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● Predictions & Forecasts

Élections et crypto : comment les scrutins font bouger le marché

Depuis 2024, le calendrier électoral influence directement le marché crypto. De la victoire de Trump aux midterms de 2026, voici comment les scrutins déplacent le Bitcoin et la régulation.

Pendant longtemps, le cours du Bitcoin a semblé répondre surtout à la politique monétaire, aux piratages de plateformes et aux cycles internes de la blockchain. Depuis 2024, un nouveau facteur s’est imposé sur les salles de marché : le calendrier électoral. Une élection peut désormais réécrire en une nuit le récit qui entoure les actifs numériques, déclencher une vague d’achats ou, à l’inverse, figer les flux le temps d’y voir plus clair. Voici comment les urnes sont devenues un moteur à part entière du marché crypto, et ce que cela implique concrètement pour les investisseurs francophones.

Pourquoi les élections sont devenues un moteur du marché crypto

La crypto a longtemps évolué dans une zone grise réglementaire. Ce n’est plus le cas. Le sort des actifs numériques dépend aujourd’hui en grande partie de qui détient le pouvoir et fixe les règles. Aux États-Unis, la composition du Congrès et l’orientation de la SEC déterminent ce qu’une plateforme peut proposer, la manière dont un token est qualifié juridiquement, et les sanctions qui menacent le secteur. Quand des candidats prennent position pour ou contre la crypto, les marchés intègrent presque instantanément la probabilité de chaque scénario.

Cette politisation a une conséquence directe : un scrutin n’influence plus seulement la fiscalité ou la dépense publique, il oriente la trajectoire d’une classe d’actifs qui pèse plusieurs milliers de milliards d’euros. Les opérateurs avisés suivent donc les sondages avec la même attention que les décisions de taux des banques centrales. Le risque réglementaire est devenu une variable de prix, au même titre que la liquidité ou le sentiment de marché.

Le tournant de novembre 2024

La démonstration la plus spectaculaire est venue de la présidentielle américaine de 2024. Donald Trump s’était présenté comme le candidat ouvertement favorable au secteur, promettant de remplacer le président de la SEC, de constituer une réserve nationale de Bitcoin et d’encadrer favorablement le minage. Le soir du scrutin, le Bitcoin, qui valait autour de 64 000 euros la veille, a bondi à un record de plus de 70 000 euros en quelques heures, porté par l’anticipation d’une régulation plus clémente. En une semaine, il gagnait environ 33 %.

Le mouvement ne s’est pas arrêté là. Début décembre 2024, le Bitcoin s’échangeait près de 95 000 euros, franchissant pour la première fois la barre symbolique des 100 000 dollars, quelques heures seulement après l’annonce de la nomination de Paul Atkins, avocat reconnu comme un allié du secteur, à la tête de la SEC (Bloomberg). Atkins a officiellement remplacé Gary Gensler, longtemps perçu comme le principal adversaire de l’industrie, au printemps 2025 (CoinDesk).

Anatomie d’un rally électoral

Pourquoi un simple résultat de vote déplace-t-il autant les prix ? D’abord par anticipation : les marchés n’attendent pas l’application concrète d’une loi, ils intègrent la probabilité d’un changement de cap dès que les sondages bougent. Ensuite par le récit : une victoire jugée favorable transforme la perception du risque, attire des capitaux institutionnels et nourrit les flux entrants des ETF Bitcoin au comptant.

Ce mécanisme a aussi un revers. Lorsque l’événement attendu se matérialise enfin, une partie des opérateurs applique la vieille règle « acheter la rumeur, vendre la nouvelle ». C’est ce qui explique qu’un décret pourtant favorable au secteur puisse provoquer un repli de court terme : la bonne nouvelle était déjà dans les prix. L’effet de levier amplifie ces deux phases, à la hausse comme à la baisse.

  • L’anticipation : les prix intègrent le résultat probable avant même le dépouillement.
  • Le récit : un cadre jugé favorable réduit la prime de risque réglementaire.
  • Les flux : ETF au comptant, trésoreries d’entreprise et fonds institutionnels suivent le sentiment.
  • L’effet de levier : il accentue aussi bien les hausses que les corrections de type « vendez la nouvelle ».

Quand l’industrie crypto finance les campagnes

Les élections ne subissent pas seulement l’influence de la crypto ; le secteur les finance désormais activement. Aux États-Unis, le comité d’action politique Fairshake, alimenté par Coinbase, Ripple et le fonds Andreessen Horowitz, a dépensé plus de 130 millions de dollars (environ 120 millions d’euros) lors du cycle 2024 pour soutenir des candidats favorables au secteur, avec un taux de réussite supérieur à 90 %. Plus de cinquante élus du nouveau Congrès ont bénéficié de cet argent (CoinDesk).

Loin de ralentir, la machine accélère. Dès le début de 2025, Fairshake disposait déjà de 116 millions de dollars en réserve pour les élections de mi-mandat (CNBC). Cet investissement vise un objectif limpide : verrouiller une majorité favorable et sécuriser la prochaine vague de législation. Quand un secteur devient l’un des premiers postes de dépense électorale d’un pays, il achète aussi, indirectement, une forme de stabilité réglementaire que les marchés savent valoriser.

Du bulletin de vote aux décrets : la chaîne de transmission

Entre une promesse de campagne et son effet sur le marché, il existe une chaîne de transmission assez précise. Premier maillon, les nominations : en remplaçant Gary Gensler par Paul Atkins, la nouvelle administration a immédiatement infléchi la doctrine de la SEC, abandonnant plusieurs poursuites et ouvrant la voie à de nouveaux produits. Le marché n’a pas attendu un texte de loi pour réévaluer son risque.

Deuxième maillon, les décrets. Le 6 mars 2025, un décret présidentiel a établi une Strategic Bitcoin Reserve, alimentée par les bitcoins saisis par l’État et destinée à ne pas être revendue (Maison-Blanche, Federal Register). Troisième maillon, la loi : le 18 juillet 2025, le GENIUS Act, premier cadre fédéral pour les stablecoins, a été promulgué, imposant une couverture intégrale des réserves et des règles strictes de lutte contre le blanchiment (Maison-Blanche). Chacune de ces étapes a renforcé la légitimité du secteur et soutenu la tendance qui a porté le Bitcoin vers un sommet historique à l’automne 2025.

États-Unis contre Union européenne : deux philosophies

Tout cela concerne avant tout les États-Unis, où la politique crypto est très personnalisée et dépend largement du pouvoir exécutif. L’Union européenne fonctionne autrement : elle fixe les règles par voie de règlement, un cadre voté en amont qui ne se renverse pas à chaque scrutin national. Pour l’investisseur européen, cela signifie qu’une élection à Paris, Berlin ou Rome pèse beaucoup moins sur le marché crypto qu’un basculement de majorité à Washington. La stabilité a un prix, et ce prix est une moindre réactivité aux signaux politiques de court terme.

CritèreÉtats-UnisUnion européenne (France)
Moteur principalCycle électoral et décrets présidentielsRèglements et directives votés en amont
Autorité de référenceSEC et CFTCESMA, relayée au plan national par l’AMF
Texte clé récentGENIUS Act sur les stablecoinsMiCA, complété par MiFID II
Sensibilité aux scrutinsÉlevéePlus faible
Échéance à surveillerÉlections de mi-mandat du 3 novembre 2026Fin de la transition le 1er juillet 2026

La France, l’AMF et le compte à rebours MiCA

En France, le cadre découle directement du règlement européen MiCA, applicable aux prestataires de services sur crypto-actifs depuis le 30 décembre 2024. L’Autorité des marchés financiers (AMF) délivre les agréments et tient la liste des acteurs autorisés. Les anciens PSAN, enregistrés sous la loi PACTE, disposent d’une période transitoire pour obtenir leur agrément de PSCA ; cette fenêtre se referme le 1er juillet 2026 (AMF). Les plateformes qui visent le marché français préparent donc déjà leur dossier, faute de quoi elles devront cesser leur activité.

Un point technique mérite l’attention des investisseurs : MiCA et la directive MiFID II se partagent le terrain. MiCA encadre les crypto-actifs qui ne sont pas des instruments financiers, tandis qu’un token assimilable à une action ou à une obligation relève de MiFID II. En décembre 2024, l’ESMA a publié des lignes directrices pour tracer cette frontière et harmoniser l’interprétation entre régulateurs nationaux (ESMA). Pour la France, cela réduit l’incertitude tout en maintenant une vigilance sur la qualification, au cas par cas, de chaque actif.

Récapitulatif : comment les scrutins ont déplacé le marché

Le tableau ci-dessous résume les principaux rendez-vous politiques récents et leur effet observé sur le marché des actifs numériques.

ÉchéanceNatureEffet observé sur le marché
Présidentielle américaine (5 novembre 2024)Victoire d’un candidat ouvertement pro-cryptoRecord de plus de 70 000 euros dans la nuit, hausse d’environ 33 % en une semaine
Annonce d’Atkins à la SEC (décembre 2024)Remplacement programmé de Gary GenslerBitcoin près de 95 000 euros, premier franchissement du cap des 100 000 dollars
Décret Strategic Bitcoin Reserve (6 mars 2025)Réserve fédérale en BitcoinRéaction de type « vendez la nouvelle », repli de court terme
GENIUS Act (18 juillet 2025)Premier cadre fédéral pour les stablecoinsSoutien structurel, sommet à plus de 110 000 euros à l’automne
Application de MiCA aux PSCA (30 décembre 2024)Cadre européen harmoniséClarification réglementaire, sans choc de prix immédiat

Cap sur les midterms de 2026 et ce qu’il faut surveiller

Le prochain rendez-vous majeur est fixé au 3 novembre 2026, date des élections de mi-mandat américaines. L’enjeu est considérable : le contrôle de la commission bancaire du Sénat décidera du sort des textes encore en suspens, notamment la législation sur la structure de marché censée clarifier le partage des compétences entre la SEC et la CFTC. Les dépenses record engagées par l’industrie, supérieures à 270 millions de dollars pour ce cycle, traduisent bien l’ampleur de l’enjeu (Axios).

Pour autant, rien n’est joué. Une partie de l’opinion américaine reste méfiante envers le secteur, et un Congrès divisé déboucherait sur une clarification progressive plutôt que sur un nouveau choc haussier. Côté européen, l’échéance à retenir n’est pas électorale mais réglementaire : le 1er juillet 2026 marquera la fin de la période transitoire pour les plateformes opérant en France.

La leçon de ces deux dernières années est claire : le calendrier électoral est devenu une donnée de marché à part entière, au même titre que les taux ou les flux des ETF. Lire un scrutin ne dispense jamais d’analyser la valeur réelle des actifs, mais l’ignorer revient à avancer à l’aveugle. Pour suivre la trajectoire du Bitcoin libellée en euros, un agrégateur comme CoinGecko reste un point de repère utile, à condition de garder en tête que le prochain catalyseur se trouvera peut-être dans une urne plutôt que sur un graphique.

Par la rédaction de HOGE Wire, pôle marchés et régulation.

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