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● Predictions & Forecasts

Élections et crypto : tout se joue à Washington, pas à Paris

Un portefeuille crypto en euros dépend davantage des midterms américains que d'un scrutin français. Décryptage des canaux qui relient vraiment les urnes aux prix.

Le 1er septembre 2026, un détenteur de Bitcoin à Paris qui ouvre son application voit à peu près le même chiffre qu’un trader à New York : le BTC s’échange autour de 67 000 euros, en hausse d’environ 24 % sur trente jours, mais encore loin de son record de l’année, proche de 107 000 euros. Ce qui décidera de la suite ne se joue pourtant ni à Paris, ni à Bruxelles, ni à Francfort. Cela se joue à Washington.

C’est le paradoxe que cet article veut expliquer : un portefeuille crypto libellé en euros est aujourd’hui bien plus exposé à la politique américaine qu’à un scrutin français. La raison tient à trois faits têtus. Le régime réglementaire européen est déjà fixé par MiCA et ne dépend plus des urnes. La liquidité mondiale du marché reste massivement libellée en dollars. Et le principal foyer d’incertitude politique de la fin 2026, ce sont les élections de mi-mandat américaines du 3 novembre, précédées d’un test législatif immédiat le 15 septembre.

Voici comment les élections se transmettent réellement aux prix, ce qui distingue un simple soubresaut d’un changement de régime durable, et comment un investisseur européen peut gérer un risque qui, qu’il le veuille ou non, parle anglais.

Le décor de septembre 2026 : un marché suspendu à un calendrier

Commençons par planter le décor. À la fin de l’été 2026, le Bitcoin capitalise environ 1 350 milliards d’euros et reste le premier actif du marché, selon CoinGecko. Le cours a rebondi d’à peu près 24 % en un mois, mais il évolue toujours sous le sommet annuel touché plus tôt dans l’année, autour de 107 000 euros. Autrement dit, le marché n’est ni en euphorie, ni en capitulation : il attend.

Ce qu’il attend, c’est un calendrier. Le quatrième trimestre concentre une série d’échéances politiques rapprochées : un vote de procédure décisif au Sénat américain le 15 septembre, le premier tour de la présidentielle brésilienne le 4 octobre, puis les élections de mi-mandat américaines le 3 novembre. Contrairement à 2024, il ne s’agit pas d’une présidentielle : les midterms renouvellent le Congrès, pas la Maison-Blanche. L’enjeu systémique est donc moindre, mais l’agenda législatif crypto, lui, se joue précisément là. Un Congrès favorable peut voter une loi ; un Congrès hostile peut la bloquer pendant deux ans.

À ce calendrier électoral se superpose un calendrier monétaire tout aussi chargé : le rapport sur l’emploi américain le 4 septembre, les chiffres de l’inflation le 11, et la décision de la Réserve fédérale les 16 et 17 septembre. Pour un investisseur, la difficulté consiste à ne pas confondre ces deux horloges. Un rebond d’octobre peut être un pari sur une baisse de taux bien plus qu’un pari électoral. Nos objectifs de prix pour 2026 détaillent d’ailleurs pourquoi le virage de la Fed pèse davantage, à court terme, que n’importe quel bulletin de vote.

Pourquoi les urnes bougent les cryptos : quatre canaux de transmission

Pour comprendre pourquoi un vote déplace un cours, il faut cesser de raisonner en bloc. Une élection n’agit pas sur la crypto par un canal unique, mais par quatre, qui n’ont ni la même vitesse ni la même durée de vie. Les confondre, c’est se tromper de trade.

CanalVitesseDurabilitéIllustration 2024-2026
Régime réglementaireLente (mois)Très durableNomination de Paul Atkins à la SEC, GENIUS Act, vote CLARITY
Liquidité et macroRapideVariableAnticipations de déficit et de taux, orientation de la Fed
Récit et sentimentImmédiateFaibleRhétorique pro ou anti-crypto, memecoins politiques
Flux directsMoyenneDurableETF spot, trésoreries d’entreprise, adoption des stablecoins

Le premier canal, le régime réglementaire, est le plus lent mais le plus puissant sur la durée. Une élection décide qui dirige la SEC et la CFTC, quelles majorités siègent au Congrès, et donc quelles lois passent. Quand ces variables changent, ce n’est pas le cours d’une journée qui bouge, c’est la prime de risque de l’actif sur plusieurs années. C’est le canal qui a réellement porté le cycle 2024-2025, bien après le soir de l’élection.

Le deuxième canal, la liquidité et la macro, est le plus rapide. Les élections modifient les anticipations de déficit budgétaire, de fiscalité et, indirectement, de politique monétaire. Mais attention : le principal levier macro reste la banque centrale, pas le Parlement. Une promesse de campagne ne crée pas de liquidité ; une baisse de taux, si. C’est aussi le volume, majoritairement en dollars, qui fixe le prix marginal, un point que nous approfondissons plus loin.

Les deux derniers canaux tirent dans des directions opposées. Le récit et le sentiment produisent les mouvements les plus bruyants et les plus éphémères : une déclaration, un memecoin, un sondage. Les flux directs, à l’inverse, agissent lentement mais en profondeur : une clarté réglementaire débloque les ETF spot, les trésoreries d’entreprise et l’adoption des stablecoins. Le piège classique de l’investisseur consiste à surréagir au troisième canal en ignorant le quatrième, à trader le tweet et à manquer le flux.

La preuve par 2024 : de 69 000 à plus de 100 000 dollars en un mois

L’exemple de 2024 vaut tous les modèles théoriques. Le jour de l’élection présidentielle américaine, le 5 novembre 2024, le Bitcoin valait environ 69 374 dollars. Un mois plus tard, le 4 décembre, il montait jusqu’à 103 713 dollars et franchissait pour la première fois la barre symbolique des 100 000 dollars (près de 95 000 euros au cours de l’époque), selon les données de CoinDesk relayées par Euronews. La victoire de Donald Trump, largement anticipée par les marchés comme favorable au secteur, avait suffi à enclencher le mouvement.

Mais le plus instructif n’est pas la flambée post-électorale. C’est ce qui l’a prolongée. Le franchissement des 100 000 dollars est intervenu quelques heures après l’annonce, par le président élu, de son intention de nommer un avocat pro-crypto, Paul Atkins, à la tête de la SEC. Huit mois plus tard, le 18 juillet 2025, Trump promulguait le GENIUS Act, première grande loi fédérale encadrant les stablecoins. « La signature du GENIUS Act par le président Trump est une avancée monumentale pour les crypto-actifs, les marchés financiers et notre pays », déclarait alors Paul Atkins.

La leçon est nette : le sursaut du soir d’élection relevait du bruit ; ce qui a durablement revalorisé l’actif, c’est le changement de régime, à savoir un nouveau patron à la SEC et une loi votée. Le canal réglementaire, le plus lent, a fait le vrai travail. Un investisseur qui aurait vendu son rebond de novembre 2024 pour « prendre ses profits sur l’élection » serait passé à côté de l’essentiel : la revalorisation structurelle qui a suivi.

Le vrai test n’est pas novembre, c’est le 15 septembre

Le prochain grand rendez-vous n’est pas le 3 novembre. C’est le 15 septembre. Ce jour-là, le Sénat américain doit tenir un vote de procédure (une motion de clôture, ou cloture) sur le CLARITY Act, le texte censé fixer la structure de marché des actifs numériques. Le chef de la majorité, John Thune, a déposé la motion avant la trêve estivale. Pour avancer, le texte doit réunir une majorité qualifiée de 60 voix, rapporte CoinDesk. La Chambre des représentants l’avait déjà adopté en juillet 2025 par 294 voix contre 134, et la commission bancaire du Sénat l’avait validé par 15 voix contre 9.

Ce que fait ce texte est fondamental. Là où le GENIUS Act n’a réglé que les stablecoins, le CLARITY Act tenterait de trancher la question qui empoisonne le secteur depuis dix ans : un token donné est-il un titre financier relevant de la SEC, ou une matière première numérique relevant de la CFTC ? De cette frontière dépendent les obligations d’enregistrement, la fiscalité, l’accès des plateformes au marché américain et, in fine, la profondeur de liquidité de dizaines d’actifs. Un échec du vote du 15 septembre ne renverrait pas simplement le dossier : il l’enterrerait probablement pour 2026. Pour le marché, c’est un événement binaire à date connue, le type de configuration qui fabrique de la volatilité.

Le blocage tient moins à la crypto elle-même qu’aux garde-fous. Les démocrates réclament des dispositions sur l’éthique, les conflits d’intérêts et la lutte contre la finance illicite, en partie à cause des affaires de memecoins présidentiels que nous détaillons plus bas. Les républicains veulent, eux, la sécurité juridique qui attirerait les capitaux. Tant que ce désaccord tient, le calendrier reste incertain, et l’incertitude a un prix. C’est pourquoi ce vote de procédure, en apparence technique, mérite bien plus d’attention qu’un sondage de mi-mandat.

Fairshake : quand l’industrie s’achète une place au Congrès

Comment un vote se transforme-t-il concrètement en loi, puis en cours de bourse ? Aux États-Unis, par l’argent. Le super PAC Fairshake, bras de financement politique de l’industrie, a abordé le cycle 2026 avec une cagnotte déclarée d’environ 193 millions de dollars, soit près de 165 millions d’euros, selon Axios. Le dispositif se décline en trois entités : Fairshake, qui soutient les deux partis, Defend American Jobs, orienté vers les républicains, et Protect Progress, vers les démocrates. L’objectif est explicite : récompenser les candidats favorables et sanctionner les hostiles, dans les deux camps.

Parmi les principaux bailleurs de ce réseau figurent quelques poids lourds :

  • Coinbase, la plus grande plateforme d’échange américaine ;
  • le fonds de capital-risque Andreessen Horowitz (a16z) ;
  • Ripple ;
  • Jump Crypto ;
  • Uniswap Labs.

Coinbase a promis près de 25 millions de dollars supplémentaires pour les midterms, selon CCN, et son directeur général Brian Armstrong ne cache pas l’ambition politique du secteur. « Les midterms approchent, et les électeurs crypto sont attentifs », a-t-il déclaré, en s’appuyant sur un sondage de l’organisation Stand With Crypto selon lequel 70 % des détenteurs interrogés affirment que la question crypto pèsera sur leur vote.

Le point essentiel n’est pas le montant, c’est le mécanisme. Ce n’est pas le bulletin de vote qui transmet l’élection au marché, c’est l’argent qui décide, en amont, quels candidats sont éligibles et quelles lois ont une chance de passer. Aux États-Unis, ce financement est légal et assumé. Retenez ce point : nous allons voir qu’un autre géant démocratique, le Brésil, a fait exactement le choix inverse.

Ce que les marchés prédictifs disent des midterms

Pour lire l’humeur du marché sur ces échéances, les investisseurs crypto disposent d’un outil qu’ils ont eux-mêmes contribué à populariser : les marchés prédictifs. Sur Polymarket, plateforme on-chain, les parieurs donnaient récemment aux démocrates environ 88 % de probabilité de reprendre la Chambre des représentants et 51 % de faire basculer le Sénat, selon les cotes affichées. Le scénario le plus probable n’est donc pas un balayage d’un camp, mais un gouvernement divisé.

ScénarioProbabilité implicite (Polymarket)Implication pour la crypto
Chambre démocrate, Sénat républicainScénario central (environ 38 à 48 %)Agenda législatif crypto ralenti, statu quo réglementaire préservé
Balayage démocrate des deux chambresEnviron un tiersRisque de garde-fous renforcés, ton plus prudent envers le secteur
Statu quo républicain des deux chambresEnviron 13 à 18 %Voie dégagée pour la loi de structure de marché

Cette configuration compte, car elle inverse le vent de 2024. Il y a deux ans, le marché achetait un gouvernement unifié et ouvertement pro-crypto. En 2026, le scénario central est un pouvoir partagé, c’est-à-dire un frein potentiel au fameux « policy put », cette idée que Washington finira toujours par légiférer dans le sens du secteur. Une Chambre démocrate ne tuerait pas l’agenda, mais elle pourrait le ralentir ou en durcir les conditions, notamment sur les garde-fous qui bloquent déjà le CLARITY Act.

Une précaution s’impose toutefois. Les marchés prédictifs mesurent des probabilités, pas des certitudes ; leurs volumes restent modestes et peuvent être déplacés par quelques gros paris. Ils constituent un bon thermomètre en temps réel, pas un oracle. Ils rappellent surtout que, dans cet univers, l’outil de mesure de l’élection est lui-même un produit crypto : Polymarket règle ses paris en stablecoins et publie ses cotes on-chain.

Pourquoi votre portefeuille en euros se moque (presque) de la politique française

Venons-en au cœur du sujet pour un lecteur européen. Pourquoi votre portefeuille en euros se moque-t-il presque de la politique française ? Parce que le régime qui vous concerne est déjà écrit, et il ne s’écrit pas à Paris. Depuis l’entrée en application de MiCA, c’est l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui délivre l’agrément de prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA). Depuis le 1er juillet 2026, toute plateforme opérant en France doit détenir cet agrément ou quitter le marché, rappelle l’AMF. Fin juillet 2026, le registre de l’ESMA comptait 323 prestataires agréés dans l’Espace économique européen, dont 33 en France.

La conséquence est décisive. En Europe, le régime réglementaire est verrouillé pour plusieurs années par un cadre harmonisé ; une élection nationale n’a plus le pouvoir de le réécrire du jour au lendemain. Aux États-Unis, au contraire, ce régime est encore en chantier, comme le montre le suspense autour du CLARITY Act. C’est pour cela que la politique américaine porte une « prime réglementaire » que la politique européenne, elle, a largement cessé de porter. L’incertitude, donc la volatilité, s’est déplacée outre-Atlantique.

Ajoutez la mécanique des prix. Le prix marginal du Bitcoin se forme sur des marchés libellés en dollars : ETF spot américains, contrats à terme du CME, grandes plateformes internationales. Le rendement en euros d’un investisseur français se décompose donc en deux : la variation du BTC en dollars, puis celle de l’euro face au dollar. Or, ces deux composantes sont surtout pilotées par des forces américaines, flux ETF et politique de la Fed, comme nous l’expliquons dans notre décryptage de qui fixe réellement le prix du Bitcoin. Votre exposition à votre propre vote est faible ; votre exposition au vote américain est forte.

Cela ne signifie pas que l’Europe ne compte pas. L’euro numérique, une éventuelle révision de MiCA, la politique de la BCE et surtout la fiscalité nationale (en France, le prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les plus-values) restent des variables réelles. Mais elles évoluent lentement et sont largement connues d’avance. Elles ne produisent pas les chocs soudains qui font les gros titres et vident les carnets d’ordres en quelques minutes.

Le Brésil, miroir inversé des États-Unis

Le contre-exemple parfait se trouve dans l’hémisphère sud. Le Brésil élit son président en octobre 2026, avec un premier tour le 4 et un éventuel second tour le 25. Or, le pays a fait un choix diamétralement opposé à celui des États-Unis : il interdit purement et simplement les dons de campagne en crypto. Le ministère public fédéral l’a rappelé le 22 juin 2026, en s’appuyant sur la résolution 23.607 de la Cour supérieure électorale, en vigueur depuis 2019, rapporte crypto.news. Le motif : la nature pseudonyme des transactions se heurte à l’exigence d’identification des donateurs. Les contributions doivent passer par des canaux traçables (virement bancaire, Pix ou financement participatif agréé), sous peine d’amendes et de restitution des fonds au Trésor.

L’épisode le plus révélateur concerne un candidat pro-Bitcoin, Renan Santos. Le 13 août, lors de la conférence Blockchain Rio, il a promis de constituer une réserve nationale de Bitcoin, de rendre Rio « crypto friendly » et de supprimer la taxe sur les opérations financières. Le 31 août, la Cour supérieure électorale, via le juge Dias Toffoli, a suspendu sa campagne numérique et gelé 3,3 millions de reais (environ 550 000 euros), selon les informations relayées par plusieurs médias. Précision importante : la sanction ne visait pas sa position sur le Bitcoin, mais un manquement procédural, seize profils de réseaux sociaux déclarés hors délai. Le candidat dénonce une censure ; sa candidature, elle, n’est pas annulée.

Deux démocraties, deux postures inverses. À Washington, l’argent crypto irrigue légalement la vie politique ; à Brasília, il en est banni au nom de la transparence. D’autres cas récents, du Salvador de Nayib Bukele, qui avait fait du Bitcoin une monnaie légale en 2021, à l’Argentine de Javier Milei, confirment que la crypto est devenue un objet politique à part entière. Mais pour un actif mondial, la morale est constante : la politique est locale, le prix est global. Un choc réglementaire à Brasília ou à Buenos Aires se diffuse instantanément sur un cours en dollars que tout le monde partage.

La variable cachée : la Fed de Warsh, pas les urnes

Il existe une variable qui brouille en permanence la lecture électorale : la Réserve fédérale. Depuis mai 2026, elle est dirigée par Kevin Warsh, confirmé par le Sénat par 54 voix contre 45 le 13 mai et entré en fonction le 22, en remplacement de Jerome Powell, selon CNBC. Nommé par Donald Trump, qui réclame de longue date des taux plus bas, Warsh incarne à lui seul un aléa politique et monétaire mêlés. Sa nomination est, en soi, un produit de l’élection de 2024.

Le problème, pour l’investisseur, est celui de l’attribution. La décision de la Fed des 16 et 17 septembre tombe en plein cœur de la préparation des midterms. Un rebond de la crypto à l’automne sera-t-il un pari sur une baisse de taux ou un pari électoral ? Le plus souvent, les deux se mélangent, et l’on prête aux urnes un mouvement qui appartient à la banque centrale. Le vrai beta du Bitcoin se joue sur les taux réels et la liquidité en dollars, comme le montre notre analyse de la base des futures et du taux sans risque.

Cela ne rend pas les élections neutres, loin de là. Mais elles agissent surtout de façon indirecte, en modifiant la trajectoire budgétaire (déficits, émissions de dette) et la composition des institutions monétaires. C’est un canal réel, mais lent et diffus, très différent du choc instantané qu’imagine le grand public le soir d’un scrutin. Confondre les deux, c’est le meilleur moyen d’acheter un sommet ou de vendre un creux.

Signal contre bruit : ce qui dure et ce qui ne dure pas

De tout ce qui précède découle une grille de lecture simple, qui sépare le signal du bruit. Les mouvements liés aux élections se rangent en deux catégories, selon leur durée de vie. La première est transitoire et se paie cher quand on la poursuit ; la seconde est structurelle et se laisse accumuler avec patience.

Type de mouvementExemplesDemi-vieRéaction rationnelle
Transitoire (volatilité d’événement)Soir d’élection, sondages, déclarations, memecoins politiquesHeures à joursSouvent réversible ; ne pas courir après
Structurel (changement de régime)Direction de la SEC et de la CFTC, lois (GENIUS, CLARITY), ETF, fiscalitéMois à annéesRevalorise l’actif ; mérite d’être suivi et accumulé

Le soir du 5 novembre 2024, la flambée relevait de la première catégorie. La nomination d’Atkins et le GENIUS Act relevaient de la seconde. C’est pourquoi le rallye a tenu : il ne reposait pas sur une émotion, mais sur un changement de régime. La règle pratique qui en découle tient en une phrase : on négocie le régime, pas le gros titre. Le bruit électoral crée des mouvements spectaculaires et symétriques, qui montent puis retombent ; le signal réglementaire, lui, déplace durablement le point d’équilibre.

Le piège de la politisation : memecoins, réserves et récupération

La fusion de la politique et de la crypto a un revers : la politisation des tokens eux-mêmes. L’exemple le plus douloureux reste le $LIBRA. En février 2025, le président argentin Javier Milei a relayé sur X un memecoin du même nom, avant de supprimer son message. Le token a flambé puis s’est effondré en quelques heures, infligeant aux investisseurs des pertes chiffrées à au moins 100 millions de dollars et déclenchant des enquêtes pénales pour fraude, corruption et trafic d’influence, retrace DL News. Le même schéma s’était déjà vu avec les tokens $TRUMP et $MELANIA, lancés autour de l’investiture américaine début 2025.

À cela s’ajoutent les promesses de « réserve nationale de Bitcoin », brandies aussi bien par Renan Santos au Brésil que, sous une autre forme, par l’administration américaine. Ces annonces sont de formidables moteurs de récit. Elles sont aussi, le plus souvent, longues à se concrétiser, quand elles ne restent pas lettre morte. Entre l’effet d’annonce et la réalité budgétaire, l’écart peut être considérable, et c’est justement dans cet écart que se logent les déceptions de marché.

Pour l’investisseur, le danger est double. Ces actifs politisés sont des pompes à récit, très manipulables et souvent pilotées par des initiés ; la marque politique ne les rend pas plus sûrs, au contraire. La frontière avec la manipulation de marché est mince, comme le rappelle notre bilan des exploits recensés par CertiK. Un token n’est pas un vote : il n’offre aucune protection parce qu’un responsable connu s’en réclame. Ce sont d’ailleurs ces scandales qui nourrissent, au Congrès, la demande de garde-fous qui bloque le CLARITY Act.

Le playbook de l’investisseur européen face au risque politique

Comment traduire tout cela en méthode ? D’abord, en séparant deux risques de nature différente. Le risque d’événement est daté et couvrable : on connaît la date du 15 septembre, du 3 novembre, de la réunion de la Fed. Le risque de régime, lui, est lent et se gère par le dimensionnement des positions, pas par le trading de court terme. Les confondre revient à utiliser un marteau pour visser.

Autour des dates connues, la volatilité implicite grimpe mécaniquement. La discipline consiste à réduire la taille de ses positions ou à se couvrir en amont, et surtout à ne pas trader le gros titre dans les premières minutes, quand la liquidité est mince et les faux départs nombreux. Utiliser des dérivés (options, contrats à terme) pour se couvrir vaut souvent mieux que vendre son spot dans la panique ; c’est tout l’objet de notre lecture du positionnement dérivés et de la surface de volatilité.

Ensuite, quelques principes simples valent mieux qu’un modèle compliqué :

  • suivre les signaux de régime (direction des agences, texte des lois, flux ETF) davantage que les sondages ;
  • garder en tête la couche de change : un rallye piloté par les États-Unis peut être amplifié ou amorti par l’euro-dollar ;
  • ne jamais confondre un mouvement de la Fed avec un mouvement électoral ;
  • traiter les marchés prédictifs comme un thermomètre, pas comme une boule de cristal ;
  • se méfier de tout token qui se drape dans une couleur politique.

Ce qu’il faut surveiller d’ici la fin 2026

Pour finir, voici les échéances à cocher sur l’agenda du dernier trimestre 2026, dans l’ordre :

  • 4 septembre : rapport sur l’emploi américain ;
  • 11 septembre : chiffres de l’inflation américaine ;
  • 15 septembre : vote de procédure au Sénat sur le CLARITY Act (seuil de 60 voix) ;
  • 16 et 17 septembre : décision de taux de la Fed de Kevin Warsh ;
  • 4 octobre : premier tour de la présidentielle brésilienne ;
  • 25 octobre : éventuel second tour au Brésil ;
  • 3 novembre : élections de mi-mandat américaines ;
  • en continu : montée en puissance des agréments PSCA sous MiCA et croissance du registre de l’ESMA.

Aucune de ces dates ne justifie, à elle seule, de bouleverser un portefeuille. Mais toutes, prises ensemble, dessinent la carte du risque politique du Bitcoin pour la fin de l’année. Le vote se déroule à Washington, à Brasília ou à Francfort ; l’encaissement, lui, se fait sur votre relevé en euros. C’est précisément pour cela qu’il vaut mieux surveiller les signaux de régime, lents mais décisifs, que se laisser hypnotiser par le bruit des soirs d’élection.

Foire aux questions

Les élections américaines influencent-elles vraiment le prix du Bitcoin en euros ?

Oui. Le prix marginal du Bitcoin se forme sur des marchés en dollars (ETF spot américains, CME, grandes plateformes), et le rendement en euros dépend à la fois du BTC en dollars et du taux euro-dollar, deux composantes largement pilotées par des forces américaines. En 2024, le BTC est passé d’environ 69 000 à plus de 100 000 dollars dans le mois qui a suivi l’élection présidentielle.

Le vote du 15 septembre 2026 sur le CLARITY Act peut-il faire bouger le marché ?

Oui. Il s’agit d’un vote de procédure qui requiert 60 voix au Sénat. Son adoption ferait avancer la loi sur la structure de marché des actifs numériques ; son échec l’enterrerait probablement pour 2026. Dans les deux cas, c’est un événement binaire à date connue, propice à des mouvements de prix marqués.

Une élection en France ou dans l’Union européenne change-t-elle la donne pour mes cryptos ?

Marginalement. Le régime réglementaire est déjà fixé par MiCA, appliqué en France par l’AMF via l’agrément PSCA obligatoire depuis le 1er juillet 2026. Les principaux leviers nationaux restent fiscaux, comme le prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les plus-values.

Faut-il trader autour d’une élection ?

En général, pas sur le gros titre. Il vaut mieux distinguer la volatilité d’événement, transitoire, du changement de régime, durable. Autour des dates connues, réduire la taille des positions ou se couvrir via des dérivés est plus prudent que de réagir dans les premières minutes, quand la liquidité est faible.

Qu’est-ce que Fairshake et pourquoi est-ce important pour les investisseurs ?

Fairshake est le principal super PAC pro-crypto américain, qui a abordé le cycle 2026 avec près de 193 millions de dollars. Il illustre le vrai canal de transmission des élections vers les prix : l’argent qui détermine, en amont, quels candidats sont éligibles et quelles lois peuvent passer.

Par Priya Reddy, HOGE Wire, qui couvre l’intersection de la politique, de la réglementation et des marchés crypto.

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