Prévision des frais L2 : la compression a-t-elle un plancher ?
Depuis les blobs d'EIP-4844, les frais des rollups Ethereum ont fondu de plus de 99 %. Jusqu'où peuvent-ils encore descendre, et qu'est-ce qui les empêche d'atteindre zéro ?
Au printemps 2024, un simple échange de jetons sur Arbitrum ou Optimism pouvait encore coûter l’équivalent de plusieurs euros aux heures de pointe. À l’automne 2026, la même opération se règle pour une fraction de centime. Entre les deux, une cause structurelle domine tout le reste : l’arrivée des blobs avec EIP-4844, puis leur montée en charge avec Fusaka. Pour le lecteur qui suit notre rubrique prévisions, la question n’est plus de savoir si les frais des rollups ont baissé, mais jusqu’où cette compression peut encore aller, et surtout ce qui l’empêche d’atteindre zéro.
La réponse tient dans une tension. D’un côté, un moteur technique qui pousse le coût de la donnée vers sa butée : davantage de blobs par bloc, des preuves de validité moins chères, une concurrence agressive entre séquenceurs. De l’autre, un contre-courant économique que la plupart des prévisions sous-estiment : la demande induite, les seuils de frais codés en dur et un débat devenu brûlant sur la valeur qui remonte, ou non, vers ETH. Cet article pose les chiffres, démonte la mécanique, puis propose des scénarios chiffrés pour 2026 et 2027.
Anatomie d’un frais L2 : quatre postes, un seul s’est effondré
Pour prévoir où vont les frais, il faut d’abord savoir de quoi ils sont faits. Le prix payé par l’utilisateur d’un rollup se décompose en quatre postes distincts, qui n’ont pas du tout évolué de la même manière.
- Le coût de disponibilité de la donnée (DA) : ce que le rollup paie pour publier ses données de transaction sur Ethereum. Depuis mars 2024, c’est le poste des blobs.
- Le coût de règlement et de preuve sur L1 : la vérification de l’état du rollup (preuve de fraude pour les optimistic rollups, preuve de validité pour les zk-rollups) et l’ancrage final sur Ethereum.
- Les frais d’exécution L2 : le gas consommé par la machine virtuelle du rollup lui-même, facturé via son propre marché à la EIP-1559.
- La marge du séquenceur : le surplus que l’opérateur conserve, variable selon la congestion et sa politique commerciale.
Un seul de ces quatre postes s’est véritablement effondré : la disponibilité de la donnée. Avant les blobs, publier les données en calldata représentait l’essentiel de la facture d’un rollup, d’après les analyses d’oak research. Les blobs ont écrasé ce poste. Résultat mécanique : ce sont désormais les trois autres composantes, règlement, exécution et marge, qui forment la véritable limite basse. Toute prévision sérieuse de compression revient donc à une seule question : à quelle vitesse la DA tend vers zéro, et où se stabilisent les trois postes restants.
EIP-4844 : l’électrochoc des blobs
Le 13 mars 2024, la mise à niveau Dencun a activé EIP-4844, surnommée proto-danksharding. Son idée : créer un espace de données dédié aux rollups, les blobs, séparé du gas habituel. Chaque blob pèse environ 128 Ko, n’est conservé par les nœuds qu’une dizaine de jours (environ 18 jours), et surtout dispose de son propre marché de frais. Les rollups n’ont plus à se battre contre les transactions ordinaires pour de l’espace en calldata hors de prix.
Pourquoi les blobs coûtent-ils si peu ? Parce qu’ils ne sont pas stockés indéfiniment par la blockchain. Là où le calldata restait gravé dans l’historique permanent d’Ethereum, un blob n’est disponible que le temps nécessaire aux vérifications, puis il est élagué. On paie pour de la disponibilité temporaire, pas pour du stockage éternel. Combiné à un marché de frais distinct, ce choix de conception a cassé la concurrence directe entre rollups et transactions ordinaires pour l’espace de bloc.
L’effet a été immédiat et brutal. Selon oak research, les frais ont été divisés par un facteur de 100 à 200 sur certains réseaux, tombant d’environ 1 $ à moins de 0,01 $ par transaction dans les semaines qui ont suivi. Une étude universitaire publiée sur arXiv chiffre la baisse des frais médians des trois plus gros L2 (Arbitrum, Base, Optimism) à 99,16 % entre le premier trimestre 2024 et le premier trimestre 2026. En clair, Dencun n’a pas rendu les rollups un peu moins chers : il a redéfini la ligne de base.
Le marché des blobs : un EIP-1559 bis
Comprendre la prévision des frais, c’est comprendre le marché des blobs. Il fonctionne comme le mécanisme EIP-1559 du gas classique, mais sur une ressource à part. Chaque bloc a une cible de blobs et un maximum. Quand le nombre de blobs reste sous la cible, le prix de base des blobs décroît jusqu’à sa valeur plancher, un wei, soit un coût pratiquement nul. Quand la demande dépasse la cible, le prix de base grimpe de façon exponentielle, bloc après bloc.
Cette bimodalité est le cœur du problème pour qui veut prévoir les frais. Tant que l’offre de blobs reste supérieure à la demande, la DA est quasi gratuite et les frais L2 flirtent avec leur limite basse. Mais dès que la demande franchit la cible, le prix de base s’emballe. On l’a vu dès novembre 2024, quand les rollups ont dépassé pour la première fois de façon durable la cible de trois blobs, provoquant une remontée des frais à des niveaux plus vus depuis Dencun, d’après oak research. Lors de l’épisode des BlobScriptions, début 2024, la saturation de l’espace blob avait brièvement fait exploser le prix de base. La compression n’est donc jamais une ligne droite : c’est une moyenne basse ponctuée de pics.
Un exemple concret illustre cette nervosité. Sous la cible, le prix de base glisse vers un wei et un rollup publie ses données pour une poussière. Quelques blocs saturés plus tard, l’ajustement exponentiel peut multiplier ce prix par plusieurs ordres de grandeur, et chaque transaction de l’utilisateur final en répercute la hausse. C’est pourquoi les frais affichés par les tableaux de bord sont des moyennes trompeuses : la distribution compte autant que la médiane.
Fusaka et PeerDAS : le vrai tournant de 2025-2026
Si Dencun a ouvert la voie, c’est Fusaka qui a changé d’échelle. Activée sur le réseau principal le 3 décembre 2025 (au slot 13 164 544), selon l’annonce officielle de la Fondation Ethereum, cette mise à niveau apporte deux briques décisives. La première, PeerDAS (EIP-7594), permet aux validateurs de vérifier la disponibilité des données par échantillonnage, sans télécharger l’intégralité des blobs. C’est ce qui rend possible une forte augmentation du nombre de blobs sans alourdir chaque nœud. La seconde, EIP-7892, introduit les forks BPO (Blob Parameter Only), des mini-mises à niveau qui ne changent que les paramètres de blobs.
Deux de ces forks BPO ont suivi presque immédiatement. Le BPO1, le 9 décembre 2025, a porté la cible à 10 blobs et le maximum à 15. Le BPO2, le 7 janvier 2026, a poussé la cible à 14 et le maximum à 21. En quelques semaines, la cible est donc passée de 6 (héritée de Pectra) à 14, et le maximum de 9 à 21. PeerDAS a permis cette montée en charge sans transformer chaque validateur en entrepôt de données.
| Mise à niveau | Date | Cible de blobs | Maximum | Mécanisme clé |
|---|---|---|---|---|
| Dencun | 13 mars 2024 | 3 | 6 | EIP-4844 (blobs) |
| Pectra | 7 mai 2025 | 6 | 9 | EIP-7691 |
| Fusaka | 3 décembre 2025 | 6 | 9 | EIP-7594 (PeerDAS) + EIP-7892 (BPO) |
| BPO1 | 9 décembre 2025 | 10 | 15 | fork de paramètres |
| BPO2 | 7 janvier 2026 | 14 | 21 | fork de paramètres |
| Danksharding (cible) | à venir | 128 | 128 | échantillonnage 2D (environ 16 Mo) |
L’horizon reste le danksharding complet, soit jusqu’à 128 blobs par bloc (environ 16 Mo). C’est la cible fixée de longue date par Dankrad Feist, concepteur du danksharding, entré à la Fondation Ethereum en 2018 et parti en 2026 rejoindre le projet de paiements Tempo. Entre les 14 blobs-cibles actuels et les 128 visés, il reste donc un ordre de grandeur de marge pour comprimer encore le coût de la donnée.
L’autre apport de PeerDAS est de préserver la décentralisation pendant cette montée en charge. Sans échantillonnage, multiplier les blobs obligerait chaque nœud à télécharger et stocker des volumes de données croissants, au risque d’exclure les opérateurs modestes. Avec l’échantillonnage, un validateur peut se convaincre statistiquement qu’un blob est disponible en ne récupérant que quelques fragments. C’est la condition sine qua non pour viser 128 blobs sans transformer Ethereum en réseau de centres de données.
Où en sont les frais aujourd’hui
Concrètement, combien coûte une transaction L2 en octobre 2026 ? Le tableau de bord de référence, growthepie, suit le coût médian d’un transfert d’USDC comme étalon. Les écarts entre réseaux se comptent désormais en fractions de centime. À titre de repère pour le lecteur français, ETH s’échange autour de 2 210 € le 9 octobre 2026, ce qui ramène la plupart des frais L2 sous le centime d’euro.
| Réseau | Frais médian par transaction | Ordre de grandeur en euro | Type de rollup |
|---|---|---|---|
| OP Mainnet | environ 0,0012 $ | moins de 0,2 centime | optimistic |
| Base | environ 0,010 $ | près de 1 centime | optimistic |
| Arbitrum One | environ 0,022 $ | près de 2 centimes | optimistic |
| zkSync Era | environ 0,032 $ | près de 3 centimes | zk |
Ces niveaux confirment la tendance de fond mesurée par la recherche : l’étude arXiv déjà citée observe que chaque blob-cible supplémentaire est associé à une baisse d’environ 4,3 % des frais médians, et projette une convergence des frais L2 vers ceux de Solana autour de 2027. Autrement dit, la trajectoire mécanique pointe encore vers le bas, blob après blob.
Les trois forces qui tirent les frais vers le bas
Trois dynamiques alimentent la compression et devraient se prolonger en 2026-2027.
- L’offre de blobs. Chaque fork BPO ajoute de la capacité. Tant que l’offre reste supérieure à la demande, le prix de base des blobs colle à son plancher d’un wei. Avec le danksharding en ligne de mire, la marge de progression reste considérable.
- La baisse du coût des preuves. Pour les zk-rollups, générer une preuve de validité coûtait cher en calcul. Les progrès des preuves en temps quasi réel et du matériel spécialisé réduisent ce poste, qui pèse de plus en plus face à une DA quasi gratuite.
- La concurrence entre séquenceurs. Base, Arbitrum, Optimism et une nuée de rollups plus récents se livrent une guerre de prix. Quand un acteur comme Base affiche des frais proches de zéro pour capter les utilisateurs, les autres suivent.
Jesse Pollak, créateur de Base, résumait déjà la logique au moment de Pectra : en doublant la capacité de blobs d’Ethereum, de 3 à 6 blobs-cibles et de 6 à 9 au maximum, le réseau permettait selon lui de traiter deux fois plus de transactions tout en gardant des frais bas. Fusaka et ses forks BPO ont depuis amplifié cet effet.
Et les forces qui résistent : pourquoi zéro n’existe pas
La plupart des prévisions enthousiastes oublient le contre-courant. Quatre forces empêchent les frais d’atteindre réellement zéro.
- La demande induite (paradoxe de Jevons). Des blobs moins chers attirent plus de rollups et plus d’usage. Le nombre de L2 publiant des blobs est passé d’une dizaine au lancement à plus de cinquante en huit mois, selon oak research. Si la demande rattrape l’offre, le prix de base des blobs repart à la hausse.
- Les seuils codés en dur. Beaucoup de rollups imposent un frais minimal par transaction, ne serait-ce que pour décourager le spam, et conservent une marge de séquenceur.
- Le coût résiduel de règlement et de preuve sur L1. Même avec une DA gratuite, ancrer l’état du rollup sur Ethereum a un coût, qui remonte quand le L1 est congestionné.
- Les chocs de congestion. Un afflux soudain (airdrop massif, engouement pour des inscriptions) peut saturer l’espace blob et faire bondir les frais, comme l’avait montré l’épisode des BlobScriptions.
La véritable limite basse n’est donc pas zéro : c’est la somme de la marge du séquenceur, du coût de règlement sur L1 et d’une prime de risque liée aux pics de congestion. Toute prévision qui annonce des frais nuls confond la moyenne d’une période calme avec la structure de coût réelle.
Glamsterdam : l’étage d’après
La prochaine marche s’appelle Glamsterdam. D’après la feuille de route d’Ethereum, cette mise à niveau repose sur deux EIP phares. ePBS (EIP-7732) sépare au niveau du protocole le rôle de proposeur et celui de constructeur de blocs, et allonge la fenêtre de propagation d’environ 2 à 9 secondes, ce qui permet de transporter des charges de données plus lourdes, donc davantage de blobs. Les listes d’accès au niveau du bloc (EIP-7928) ouvrent la voie à l’exécution parallèle et à une hausse de la limite de gas du L1 (les tests tournent autour de 150 millions, avec un objectif plus élevé encore).
Le fork sur le testnet Sepolia était programmé pour le 6 octobre 2026, le passage sur le réseau principal étant attendu au quatrième trimestre 2026, sans date officielle à ce jour. Attention toutefois : Glamsterdam ne baisse pas directement les frais L2. Elle élargit l’espace disponible pour les blobs et augmente le débit du L1. L’effet sur les frais dépendra de la capacité des rollups à exploiter cette marge sans que la demande ne la comble aussitôt. Nous avons détaillé ce mécanisme dans notre analyse du passage de Glamsterdam sur Sepolia et de son effet réel sur les frais L2.
Le paradoxe de la valeur : des frais bas, un ETH qui ne brûle plus
La compression a un revers que les détenteurs d’ETH n’ont pas manqué de relever. Si les blobs restent sous la cible et donc quasi gratuits, le revenu de frais du L1 et la combustion d’ETH s’effondrent. Selon plusieurs analyses de marché, la combustion quotidienne est retombée autour de 100 ETH et le réseau est repassé légèrement inflationniste, après des mois de déflation. La perspective 2026 de 21Shares décrit précisément un Ethereum à l’émission légèrement positive, porté par la scalabilité mais privé de la pression déflationniste des frais.
Le déséquilibre est frappant : des rollups comme Base dégagent des dizaines de millions de dollars de bénéfice de séquenceur, tout en ne reversant qu’une fraction minime à Ethereum sous forme de frais de blob, comme le documente la recherche de Yellow sur la bataille de revenus entre L1 et L2. C’est tout le débat de la captation de valeur : la scalabilité a réussi, mais la valeur économique a migré hors du réseau principal. Ce point rejoint directement la question de l’offre d’ETH, que nous avons traitée sous l’angle du verrou du staking et de son angle mort logiciel.
Le contre-argument de long terme existe pourtant. Si l’usage des L2 finit par saturer durablement un espace blob pourtant élargi, le prix de base repartira à la hausse et la combustion d’ETH suivra. Certaines simulations avancent qu’un Ethereum traitant des dizaines de milliers de transactions par seconde pourrait brûler une part significative de l’offre d’ETH chaque année. Dans cette lecture, des frais bas aujourd’hui ne sont pas un abandon de la valeur, mais un pari sur le volume de demain.
Vitalik rebat les cartes : « vous ne scalez pas Ethereum »
C’est dans ce contexte que Vitalik Buterin a lancé un pavé dans la mare. Le 3 février 2026, le cofondateur d’Ethereum a déclaré que « la feuille de route centrée sur les rollups n’a plus de sens » sous sa forme originelle, rapporte CoinDesk. Sa formule la plus tranchante vise les réseaux dont le pont vers le L1 repose sur un multisig : « si vous créez un EVM à 10 000 transactions par seconde dont la connexion au L1 est médiée par un pont multisig, alors vous ne scalez pas Ethereum ».
Deux raisons, selon lui : la décentralisation des L2 a progressé plus lentement que prévu, et le L1 lui-même scale désormais directement, avec des frais bas et des hausses de limite de gas attendues. La conséquence pour notre prévision est importante : la compression des frais ne suffit plus à définir un bon L2. Buterin a aussi appelé les rollups à partager une partie de leurs frais pour soutenir ETH, signe que le débat sur la valeur est désormais au centre de la feuille de route, et non plus une note de bas de page.
Scénarios chiffrés pour 2026-2027
En rassemblant ces forces, voici trois scénarios de compression pour les douze à dix-huit prochains mois. Les cibles de frais portent sur le coût médian d’un transfert simple sur les L2 les moins chers ; les probabilités reflètent la vue de la rédaction, pas une donnée de marché.
| Scénario | Hypothèse clé | Frais médian cible | Vue rédaction |
|---|---|---|---|
| Compression continue | l’offre de blobs reste en avance sur la demande (BPO3/BPO4, Glamsterdam) | moins de 0,005 $ | probabilité élevée |
| Compression maximale | preuves zk bon marché et guerre de prix entre séquenceurs | autour de 0,001 $, parfois moins | probabilité moyenne |
| Résistance | choc de demande (bull market, inscriptions) saturant les blobs | de 0,01 à 0,05 $ avec pics ponctuels | probabilité moyenne |
Notre scénario central reste la compression continue : les forks BPO et Glamsterdam gardent l’offre de blobs devant la demande, et les frais médians des L2 les moins chers glissent sous le demi-centime de dollar. La convergence vers des niveaux à la Solana, projetée par la littérature universitaire autour de 2027, paraît crédible. Mais la butée des trois postes non-DA empêche le zéro absolu, et un cycle haussier violent peut rallumer les pics de prix à tout moment.
Qu’est-ce qui ferait dérailler ce scénario central ? Un retard de Glamsterdam, un ralentissement des forks BPO, ou surtout une vague de demande plus rapide que l’offre de blobs. À l’inverse, une avancée majeure sur les preuves zk ou un transfert massif de données vers des couches de DA externes pourrait accélérer la compression au-delà de notre hypothèse. La prévision n’est pas un rail : c’est une course entre une offre qui grandit par paliers et une demande qui, elle, peut bondir d’un coup.
Ce que la compression change pour l’utilisateur et le marché
Pour l’utilisateur français, l’enjeu est concret. À l’époque où une interaction DeFi coûtait 5 à 20 € de gas sur le réseau principal, une large part des particuliers était de fait exclue. Des frais inférieurs au centime d’euro rouvrent la porte : micro-paiements, jeux on-chain, échanges fréquents, stratégies de rendement de petite taille redeviennent économiquement sensés. C’est aussi ce qui rend les app-chains attractives, ces blockchains applicatives qui internalisent la capture de frais. L’exemple le plus commenté est celui de Hyperliquid, dont nous avons décortiqué le modèle de rachat et la mécanique de frais.
Le jeu on-chain est le terrain où cette bascule se voit le mieux. Des objets échangeables, des récompenses distribuées à la transaction, des économies de jeu entièrement inscrites sur une blockchain n’avaient aucun sens à plusieurs euros le mouvement. À moins d’un centime, le calcul change : un studio peut imaginer des boucles de jeu où chaque action est une transaction, sans ruiner le joueur. La compression des frais n’est pas qu’un sujet de DeFi ; elle conditionne la viabilité d’un pan entier du Web3 ludique que nous suivons de près.
Côté régulation, la bascule de l’activité vers les L2 et les app-chains pose une question d’échelle. L’Autorité des marchés financiers (AMF) encadre en France les prestataires de services sur actifs numériques, désormais dans le cadre européen MiCA. Mais MiCA vise les intermédiaires, pas la couche protocolaire elle-même : quand les frais tombent et que l’activité se déplace vers des dizaines de rollups et de chaînes applicatives, la surveillance de l’infrastructure devient plus diffuse. Des frais quasi nuls démocratisent l’accès ; ils compliquent aussi la tâche de qui veut suivre les flux.
Les risques que la prévision sous-estime
Réduire la prévision L2 à une courbe de frais serait une erreur. Trois risques se cachent derrière les centimes.
D’abord, la sécurité et la centralisation du séquenceur. La plupart des rollups fonctionnent encore avec un séquenceur unique et des ponts administrés par multisig, exactement la configuration que Vitalik Buterin pointe du doigt. Des frais bas ne corrigent pas ces hypothèses de confiance, et la course au moins-disant tarifaire pousse plutôt vers une infrastructure centralisée. C’est un terrain propice aux prises de contrôle, dont nous avons décrit les parades et leurs effets de recentralisation dans notre dossier sur les attaques de gouvernance.
Ensuite, la disponibilité des données hors d’Ethereum. Pour comprimer encore les coûts, certains réseaux publient leurs données sur des couches de DA externes plutôt que sur les blobs d’Ethereum. C’est moins cher, mais la garantie de sécurité n’est plus celle d’Ethereum : on gagne quelques fractions de centime et on change de modèle de confiance. Enfin, le risque de fausse assurance : un audit ou un label ne vaut que ce que vaut sa portée, un point que nous avons creusé en observant comment CertiK se repositionne en couche de confiance. La prévision honnête des frais L2 doit intégrer ces coûts cachés, car ils finissent toujours par se payer, d’une manière ou d’une autre.
Foire aux questions
Pourquoi les frais des L2 ont-ils autant baissé ?
Parce que la mise à niveau Dencun de mars 2024 a introduit les blobs (EIP-4844), un espace de données dédié aux rollups et bien moins cher que l’ancien calldata. Ce changement a fait chuter les frais d’un à deux ordres de grandeur sur certains réseaux. Fusaka et ses forks BPO, fin 2025 et début 2026, ont ensuite multiplié le nombre de blobs par bloc, prolongeant la baisse.
Les frais L2 peuvent-ils tomber à zéro ?
Non. Même avec une disponibilité de données quasi gratuite, il reste le coût de règlement sur Ethereum, les frais d’exécution du rollup et la marge du séquenceur. Ces trois postes forment une limite basse. Les frais peuvent passer sous le dixième de centime, mais pas s’annuler durablement, et des pics restent possibles en cas de congestion.
Qu’est-ce qu’un blob et pourquoi change-t-il tout ?
Un blob est un paquet de données d’environ 128 Ko, attaché à un bloc Ethereum, que les nœuds ne conservent qu’une dizaine de jours. Les rollups y publient leurs données de transaction à un coût bien inférieur au calldata classique, grâce à un marché de frais séparé. C’est le levier central de la compression des frais L2.
Fusaka et Glamsterdam vont-ils encore faire baisser les frais ?
Fusaka a déjà fait baisser les frais en augmentant fortement le nombre de blobs. Glamsterdam, attendue au quatrième trimestre 2026, n’agit pas directement sur les frais L2 : elle élargit la capacité de blobs et le débit du L1. L’effet sur les frais dépendra de l’exploitation de cette marge par les rollups et du rythme de la demande.
Des frais quasi nuls, est-ce mauvais pour le prix d’ETH ?
C’est le débat de la captation de valeur. Quand les blobs sont peu chers, le revenu de frais du L1 et la combustion d’ETH chutent, et le réseau peut redevenir légèrement inflationniste. Certains, dont Vitalik Buterin, proposent que les L2 partagent une partie de leurs frais pour soutenir ETH. À long terme, une activité massive sur les blobs pourrait de nouveau générer des revenus significatifs.
Par la rédaction de HOGE Wire, pôle prévisions et infrastructure Ethereum.