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● Predictions & Forecasts

Halving Bitcoin : les maths des rendements décroissants

Le halving divise l'offre comme une horloge, mais chaque cycle de Bitcoin rapporte moins : 95x, puis 30x, puis 8x, puis 2x. Décryptage des maths de ce tassement et de ce qu'elles disent de 2028.

Le halving de Bitcoin est l’un des rares rendez-vous programmés de la finance mondiale : tous les 210 000 blocs, soit environ quatre ans, la récompense versée aux mineurs est divisée par deux. Le code respecte ce calendrier à la lettre, bloc après bloc, sans vote ni exception. Le prix, lui, suit une logique bien plus capricieuse. À l’heure où nous écrivons, Bitcoin s’échange autour de 66 600 euros (près de 77 300 dollars), soit environ 38,8 % sous son record du 6 octobre 2025, d’après les données de CoinGecko. La prochaine division reste à plus de 84 800 blocs, aux alentours du 13 avril 2028. Entre-temps, une régularité statistique saute aux yeux : chaque cycle rapporte nettement moins que le précédent.

La thèse est simple à énoncer et lourde de conséquences : le halving n’a rien perdu de sa mécanique, mais son effet sur le prix s’érode à chaque tour. Comprendre pourquoi suppose de séparer deux horloges que les débutants confondent souvent, celle de l’offre, gravée dans le protocole, et celle de la demande, désormais dominée par de gros capitaux institutionnels. C’est le divorce entre ces deux horloges qui explique la courbe qui s’aplatit, et c’est lui qui doit guider la lecture des prévisions pour 2026 et au-delà.

Le halving en une ligne : ce que le code garantit

Bitcoin plafonne à 21 millions d’unités. La création monétaire suit une règle inscrite dans la fonction GetBlockSubsidy du logiciel de référence, visible dans le fichier src/validation.cpp de Bitcoin Core : la récompense démarre à 50 BTC par bloc et se divise par deux tous les 210 000 blocs. Aucune banque centrale, aucun conseil d’administration, aucune discrétion humaine. Le 20 avril 2024, au bloc 840 000, la récompense est passée de 6,25 à 3,125 BTC. Le prochain palier, le bloc 1 050 000, ramènera l’émission à 1,5625 BTC ; le compteur de CoinGecko situe l’échéance autour du 13 avril 2028.

Concrètement, l’offre nouvelle est déjà minuscule. Avec 3,125 BTC par bloc et environ 144 blocs par jour, le réseau émet à peu près 450 BTC neufs quotidiennement, contre 7 200 aux tout premiers jours. Plus de 20,07 millions de bitcoins circulent, soit près de 95,6 % du plafond, et l’inflation annuelle du protocole tourne autour de 0,83 %. Après 2028, elle passera sous 0,4 %. Voici le calendrier complet ; la dernière colonne, celle des BTC créés chaque jour, donne la meilleure intuition du choc d’offre qui rétrécit.

HalvingDateBlocRécompenseBTC neufs/jour
Genèsejanv. 2009050 BTC~7 200
H128 nov. 2012210 00025 BTC~3 600
H29 juil. 2016420 00012,5 BTC~1 800
H311 mai 2020630 0006,25 BTC~900
H420 avr. 2024840 0003,125 BTC~450
H5 (est.)~13 avr. 20281 050 0001,5625 BTC~225

Le protocole prévoit 33 halvings au total : la récompense atteindra zéro autour de l’an 2140, au bloc 6 930 000, après quoi les mineurs ne vivront plus que des frais de transaction. D’ici là, le message central ne change pas : le code garantit un calendrier d’émission, jamais un prix. Il fixe combien de bitcoins naissent chaque jour, pas combien un acheteur est prêt à payer. Toute la suite de cet article découle de cette distinction.

La courbe qui s’aplatit : 95x, 30x, 8x, 2x

Prenez le prix au moment de chaque halving et comparez-le au sommet du cycle suivant. Le premier a livré un facteur d’environ 95, en passant grosso modo de 12 à 1 150 dollars fin 2013. Le deuxième, environ 30, de 650 à près de 19 700 dollars fin 2017. Le troisième, environ 8, de 8 700 à 69 000 dollars fin 2021. Le quatrième, à peine 2, de quelque 64 000 dollars en avril 2024 au record de 126 080 dollars en octobre 2025. (Ces prix historiques restent libellés en dollars, la devise de référence de ces records ; les convertir en euros au taux du jour fausserait la comparaison.)

La même compression apparaît si l’on mesure de sommet à sommet plutôt que du halving au sommet. CoinDesk a chiffré ces multiples de pic en pic à environ 75 (de quelque 266 dollars en 2013 à près de 20 000 en 2017), puis 3,5 (jusqu’à 69 000 en 2021), puis 1,8 (jusqu’à 126 080 en 2025). Deux méthodes, une seule direction : les rendements fondent d’un cycle à l’autre. Notez aussi la colonne des drawdowns : les krachs qui ont suivi chaque sommet s’atténuent également, signe que la volatilité se comprime dans les deux sens.

CyclePrix ~halvingSommetMultiple approx.Drawdown suivant
2012-2013~12 $~1 150 $ (nov. 2013)~95x~86 %
2016-2017~650 $~19 700 $ (déc. 2017)~30x~84 %
2020-2021~8 700 $~69 000 $ (nov. 2021)~8x~77 %
2024-2025~64 000 $126 080 $ (oct. 2025)~2x~53 % (à ce jour)

Pour l’investisseur, ces multiples ne sont pas qu’une curiosité historique : ils cadrent les attentes. Celui qui a connu le x30 de 2017 a probablement espéré autant en 2021, et s’est heurté à un x8 ; celui qui visait un x8 en 2025 a dû se contenter d’un x2. Ancrer ses espérances sur le cycle précédent est devenu le meilleur moyen de se tromper d’un facteur trois ou quatre. La bonne question n’est plus « de combien Bitcoin va-t-il être multiplié », mais « de combien de moins que la dernière fois ».

La gravité de la capitalisation

La première explication tient en un mot : la taille. En 2011, quelques millions de dollars suffisaient à faire doubler un actif dont la capitalisation se comptait en dizaines de millions. Aujourd’hui, Bitcoin pèse environ 1 550 milliards de dollars (près de 1 340 milliards d’euros). Doubler ce chiffre exige que des acheteurs nets injectent, en gros, l’équivalent d’une capitalisation entière, soit des centaines de milliards de dollars frais qui ne ressortent pas. Un pourcentage de hausse identique réclame donc, à chaque cycle, une masse de capitaux incomparablement plus lourde.

Un exemple chiffré fixe les idées. Faire passer une capitalisation de 10 à 20 milliards demande, en simplifiant, une dizaine de milliards de demande nette. Faire passer 1 500 à 3 000 milliards en demande 150 fois plus. Le pourcentage de hausse est le même (x2), l’effort de capital est sans commune mesure. Voilà pourquoi un cycle qui ne fait que doubler aujourd’hui mobilise déjà davantage d’argent frais que les envolées spectaculaires d’hier.

C’est ce que l’on appelle la gravité de la capitalisation, et c’est un pur effet d’échelle. Un actif de 10 milliards peut faire x10 avec un flux modeste ; un actif de 1 500 milliards ne le peut pas sans un raz-de-marée de demande. Cette contrainte n’a rien de spécifique à Bitcoin : elle frappe toutes les classes d’actifs à mesure qu’elles mûrissent. Elle rappelle surtout que le prix ne dépend pas de l’offre seule ; la question de savoir qui fixe réellement le prix, et avec quel volume, devient plus déterminante que le calendrier d’émission.

L’efficacité du capital s’effondre

Le fondateur de la société d’analyse on-chain CryptoQuant, Ki Young Ju, a mis un chiffre sur cette érosion. D’après ses données relayées par CoinDesk, le cycle en cours a absorbé environ 697 milliards de dollars de capitaux nouveaux pour ne produire qu’une hausse d’à peu près 689 %, là où des cycles antérieurs tiraient des gains de 2 000 % à plus de 50 000 % avec beaucoup moins d’argent. L’efficacité du capital, c’est-à-dire le rendement obtenu par dollar entrant, s’écroule de palier en palier.

La conclusion qu’en tire l’analyste est sobre : « Le prochain cycle haussier parabolique exigera probablement des milliers de milliards de dollars d’entrées nettes de capitaux, ce qui signifie que l’adoption institutionnelle doit vraiment décoller. » Autrement dit, pour revoir une envolée digne des cycles passés, Bitcoin devrait absorber plus de 1 000 milliards de dollars de capitalisation réalisée supplémentaire et cesser d’être un pari de détail sur les ETF pour devenir une allocation macro de fonds, d’entreprises et, pourquoi pas, d’États. Le tableau ci-dessous résume la dégringolade du rendement par dollar.

CycleCapitaux entrants (approx.)Gain de prix
2011~2,8 milliards $~55 000 %
2015~69 milliards $~10 000 %
2018~365 milliards $~2 000 %
depuis 2022~697 milliards $~689 %

La capitalisation réalisée, distincte de la capitalisation de marché, valorise chaque bitcoin au prix auquel il a bougé pour la dernière fois ; elle approxime l’argent réellement investi dans le réseau. Qu’elle doive croître de milliers de milliards pour alimenter une nouvelle envolée en dit long sur le changement d’échelle. Ki Young Ju avance d’ailleurs un point de comparaison : l’or capitalise autour de 27 000 milliards de dollars, soit près de dix-sept fois Bitcoin, ce qui laisse en théorie une marge d’adoption encore immense. La marge existe ; encore faut-il que les capitaux se décident à traverser.

Le choc d’offre se dilue

Le halving agit sur un flux, pas sur un stock. Or ce flux est devenu marginal face au stock existant. Avant 2028, le réseau crée environ 450 BTC par jour ; après, ce sera 225. Rapportés aux quelque 20,07 millions de bitcoins déjà en circulation, ces montants représentent une fraction infime de l’offre totale. Diviser par deux une émission qui pèse déjà moins de 1 % du stock ne produit plus le séisme de 2012, quand la création annuelle représentait une part bien plus grande du total.

Les partisans du modèle stock-to-flow adorent souligner que le ratio stock sur flux de Bitcoin, autour de 122 aujourd’hui, doublera pour approcher 245 après 2028, dépassant de loin celui de l’or. C’est arithmétiquement exact. Mais un ratio de rareté ne dit rien de la demande, et c’est la demande qui manque à l’appel. Les frais de transaction, censés un jour relayer la récompense de bloc, restent la plupart du temps sous les 5 % du revenu des mineurs, ce qui limite l’effet compensateur du côté de l’offre.

Il faut aussi regarder du côté des vendeurs structurels. Chaque jour, les mineurs produisent des bitcoins qu’une partie d’entre eux doit céder pour payer l’électricité et le matériel. Le halving réduit cette pression vendeuse en divisant la production par deux, mais comme la production est déjà faible face au stock, l’allègement reste proportionnellement mineur. La dynamique des prix dépend bien davantage des grands acheteurs et vendeurs sur les places de marché que du robinet, désormais réduit, de l’émission minière.

Quand la volatilité se comprime

Des rendements qui fondent s’accompagnent d’une amplitude qui se réduit dans les deux sens. Les hausses sont plus contenues, mais les baisses aussi. La séquence des drawdowns de fin de cycle le montre clairement : environ 86 % après 2013, 84 % après 2017, 77 % après 2021, puis seulement 53 % lors du repli qui a mené Bitcoin de 126 080 dollars à un creux intraday de 59 375 dollars le 5 juin 2026, avant un rebond vers les niveaux actuels. Une analyse de Yahoo Finance souligne que l’arrivée des ETF spot en 2024 a introduit une vague de capitaux institutionnels, plus patients, susceptibles d’amortir les dynamiques d’emballement et d’effondrement.

Cette compression a une lecture directe pour les traders : la surface de volatilité implicite, celle que dessinent les options, s’aplatit elle aussi par rapport aux cycles précédents. Pour qui veut se positionner, l’enjeu n’est plus de miser sur un x10 mécanique post-halving, mais de lire finement le positionnement sur les dérivés et la structure de la volatilité. Le halving reste un repère de calendrier ; il n’est plus un détonateur garanti.

Cette maturation a un revers pour les amateurs de sensations : les gains à trois chiffres en quelques semaines se raréfient, et la patience redevient une compétence. Elle a un avantage pour les gérants : un actif moins convulsif s’intègre plus aisément dans une allocation diversifiée, ce qui, en retour, peut attirer les capitaux institutionnels que le marché attend. Compression de la volatilité et institutionnalisation se renforcent mutuellement.

Le débat « le cycle est mort »

Ces rendements décroissants nourrissent l’un des débats les plus vifs du marché. En décembre 2025, le directeur des investissements de Bitwise, Matt Hougan, a défendu l’idée que le cycle de quatre ans allait se briser en 2026, arguments à l’appui : effet de levier réduit après les liquidations d’octobre 2025, baisse attendue des taux, adoption institutionnelle qui change la nature de la demande (thèse détaillée par CoinDesk). Un point de données appuie ce camp : la capitalisation réalisée de Bitcoin est restée au-dessus de 1 000 milliards de dollars pendant toute la correction, au lieu de s’effondrer comme lors des marchés baissiers passés, ce que CoinDesk a lu comme un doute sérieux sur le vieux schéma.

Le camp adverse répond que le cycle n’est pas mort, seulement plus discret. Chez Morgan Stanley, le stratège Denny Galindo décrit un rythme de « trois hausses pour une baisse » et situe la période actuelle dans la « saison d’automne » du cycle, celle où l’on prend ses gains (analyse reprise par la CoinMarketCap Academy). Les deux lectures s’accordent en fait sur les faits : « cycle atténué » et « cycle mort » désignent tous deux une amplitude qui rétrécit. Le désaccord porte moins sur les chiffres que sur la métaphore, et sur la part que l’on accorde au halving par rapport aux taux, aux ETF et au cycle macro global. Pour un investisseur, l’étiquette importe peu ; ce qui compte, c’est de ne pas parier sur un retour des multiples d’antan.

Ce que l’arithmétique dit des objectifs 2028

Appliquons la contrainte de capitaux aux prévisions qui circulent. Le modèle stock-to-flow promettait une moyenne de 500 000 dollars pour le cycle 2024-2028, avec une fourchette allant jusqu’à 1 million. Pour valider ces chiffres, la capitalisation de Bitcoin devrait grimper vers 10 000 milliards de dollars et au-delà, c’est-à-dire absorber plusieurs milliers de milliards de capitaux nets en moins de deux ans. Rapproché du constat de Ki Young Ju (environ 697 milliards pour 689 % sur tout le cycle en cours), l’ordre de grandeur paraît difficile à réunir dans le temps imparti.

Faisons parler les chiffres. À offre quasi constante autour de 20 millions de bitcoins, un prix de 500 000 dollars implique une capitalisation d’environ 10 000 milliards de dollars ; 1 million de dollars en implique 20 000, soit près des trois quarts de la valeur totale de l’or mondial, atteinte en moins de deux ans. Rien n’est impossible, mais l’ordre de grandeur des capitaux requis, rapporté aux 697 milliards absorbés jusqu’ici, invite à la prudence face aux cibles les plus flamboyantes.

Les prévisions plus prudentes ne sont pas exemptes de la même arithmétique. Le vétéran du trading Peter Brandt vise un sommet de 300 000 à 500 000 dollars, mais à l’horizon septembre-octobre 2029 et à la stricte condition que le cycle de quatre ans continue de fonctionner ; CoinDesk objecte d’ailleurs que l’histoire des multiples décroissants rend ce palier peu probable. L’analyste de Standard Chartered Geoffrey Kendrick, lui, a abaissé son objectif de 150 000 à 100 000 dollars avant de déclarer le creux atteint en juin 2026 : « L’hiver est terminé. Bienvenue à nouveau dans le printemps crypto », rapporte CoinDesk. La leçon n’est pas qu’un prix précis est faux, mais que tout objectif à zéros supplémentaires doit répondre à une question : d’où viendront les capitaux ? Nos confrères ont détaillé comment le virage plus restrictif de la Fed rebat les cartes de ces objectifs.

Stock-to-flow, première victime des rendements décroissants

Aucun modèle n’illustre mieux le piège des rendements décroissants que le stock-to-flow. Popularisé en 2019 par l’analyste pseudonyme PlanB, il relie mécaniquement le prix à la rareté : plus le ratio stock sur flux monte (et le halving le fait bondir), plus le prix devrait suivre. Le raisonnement a spectaculairement déraillé. La cible de 100 000 dollars promise pour fin 2021 n’a jamais été atteinte, et le marché a plongé sous 16 000 dollars en 2022 alors que le modèle pointait bien plus haut.

La critique statistique est connue : comme l’a montré Bitcoin Magazine, la régression est en partie tautologique (on teste le stock contre lui-même) et son pouvoir explicatif s’effondre une fois corrigé de l’autocorrélation. Mais il existe une lecture plus intuitive, propre à notre sujet : un modèle fondé sur la seule offre surestime forcément le prix dès lors que le rendement par dollar entrant s’effondre. Le stock-to-flow suppose une demande élastique et quasi infinie ; les rendements décroissants prouvent l’inverse. C’est moins un modèle faux qu’un modèle aveugle à la moitié de l’équation.

Rendements décroissants ne veut pas dire rendements nuls

Il serait malhonnête de transformer ce constat en thèse baissière. Un facteur 2 sur une capitalisation de 1 550 milliards de dollars représente, en valeur absolue, un gain colossal, bien supérieur au x95 des débuts en dollars créés. La décroissance porte sur le pourcentage, pas nécessairement sur la richesse produite. Et le même Ki Young Ju qui alerte sur les milliers de milliards nécessaires estime que Bitcoin garde probablement « encore une envolée parabolique » en réserve, si l’adoption institutionnelle passe la vitesse supérieure.

Le camp optimiste avance un argument d’échelle inverse : l’or capitalise environ 27 000 milliards de dollars, soit près de dix-sept fois Bitcoin. Si une simple fraction de cette valeur migrait, la demande manquante apparaîtrait. Le raisonnement des rendements décroissants ne dit pas que la hausse est finie ; il dit que la source de la hausse a changé de nature. Le moteur n’est plus le halving qui assèche l’offre, mais le robinet de capitaux qui décide, ou non, de s’ouvrir.

Ce basculement d’un cycle d’offre vers un cycle de flux a une implication stratégique. Suivre le compte à rebours du halving ne suffit plus ; il faut suivre les entrées et sorties de capitaux, les encours des ETF, les trésoreries d’entreprises et les grandes rotations macro. Le halving reste le métronome ; la partition, elle, s’écrit désormais ailleurs.

Le halving contre l’horloge de la Fed

Si la demande commande désormais le prix, alors le calendrier qui compte n’est plus seulement celui du protocole, mais celui de la politique monétaire. Le halving reste fixe : bloc 1 050 000, aux alentours d’avril 2028. La liquidité mondiale, elle, se décide réunion après réunion. Septembre 2026 en offre une illustration parfaite, avec un rapport sur l’emploi américain le 4, un chiffre d’inflation le 11, puis une décision de la Réserve fédérale les 15 et 16, assortie du premier « dot plot » de l’ère Warsh. Ces échéances pèseront davantage sur Bitcoin, à court terme, que le compte à rebours du halving.

Nous avons consacré une analyse entière à cette tension entre le code de Bitcoin et l’horloge de la Fed. Elle rejoint un point technique souvent négligé : quand les taux sans risque montent, le coût d’opportunité de détenir un actif sans rendement grimpe, et le plancher du carry sur les contrats à terme se relève, comme l’a montré le récent mouvement de la base des futures. Autrement dit, l’horloge macro peut retarder ou accélérer l’effet du cycle, mais elle ne le supprime pas. Les deux horloges avancent en parallèle, rarement au même rythme.

Lire tout cela depuis la France

Pour l’investisseur particulier français, les rendements décroissants ont une traduction très concrète : la promesse d’un x10 automatique après le halving relève désormais du folklore, et tout discours commercial qui l’agite doit alerter. Depuis le 1er juillet 2026, le régime transitoire des PSAN a laissé place à l’agrément CASP prévu par le règlement européen MiCA ; l’Autorité des marchés financiers a rappelé que les prestataires non conformes doivent organiser une sortie ordonnée, et que toute communication à caractère promotionnel doit être « correcte, claire et non trompeuse ».

Sur le plan des maths, la conséquence pratique est double. D’abord, un objectif de prix n’a de sens qu’assorti d’une hypothèse de flux : promettre 500 000 dollars sans dire d’où viendraient les milliers de milliards nécessaires, c’est vendre une conclusion sans sa démonstration. Ensuite, la baisse d’amplitude plaide pour des stratégies moins spéculatives : étaler ses achats plutôt que parier sur une date, dimensionner ses positions face à des drawdowns qui restent violents (53 % cette fois encore), et se méfier de l’effet de levier, dont les dérivés crypto relèvent en France de la directive MiFID II et non de MiCA. Rien de tout cela ne constitue un conseil en investissement ; l’objectif est de fournir le cadre arithmétique pour juger les promesses par soi-même.

Ce que les maths peuvent et ne peuvent pas prédire

Terminons par un peu d’humilité statistique. Toute cette analyse repose sur quatre cycles complets, un échantillon minuscule. On ne bâtit pas une loi physique avec quatre points de données. Ce que le passé établit avec une certaine solidité, c’est un rythme temporel : un sommet seize à dix-huit mois après le halving, un creux environ un an plus tard. Ce que le passé ne garantit pas du tout, c’est l’ampleur du mouvement, précisément la variable qui décroît à chaque tour.

La bonne manière de lire les maths du halving est donc asymétrique. Le calendrier, oui : la division d’avril 2028 aura lieu, l’offre nouvelle sera bien réduite de moitié, et cette échéance restera un point de repère. La magnitude, non : aucun modèle fondé sur la seule rareté ne peut prédire de combien le prix montera, parce que le prix dépend d’une demande que le code n’imprime pas. Confondre un motif récurrent avec une loi mécanique est l’erreur qui a coûté le plus cher aux investisseurs des deux derniers cycles. Les rendements décroissants ne sont pas une malédiction ; ils sont le signe qu’un actif grandit et que ses moteurs changent.

Foire aux questions

Le halving de Bitcoin fait-il vraiment monter le prix ?

Historiquement, chaque halving a été suivi d’une hausse, mais d’une ampleur de plus en plus faible (environ 95x après 2012, contre à peine 2x après 2024). Le halving réduit l’offre nouvelle selon un calendrier fixe ; il ne crée pas la demande. C’est cette dernière, aujourd’hui dominée par les flux institutionnels et les ETF, qui détermine le prix. La corrélation passée n’est donc pas une garantie de gain futur.

Quand aura lieu le prochain halving de Bitcoin ?

Le prochain halving surviendra au bloc 1 050 000, estimé autour du 13 avril 2028, soit plus de 84 800 blocs après début septembre 2026. La récompense par bloc passera de 3,125 à 1,5625 BTC, ramenant l’émission quotidienne d’environ 450 à 225 BTC neufs.

Pourquoi chaque cycle de Bitcoin rapporte-t-il moins ?

Pour deux raisons liées. La gravité de la capitalisation : doubler un actif de 1 550 milliards de dollars exige infiniment plus d’argent que doubler un actif de quelques millions. Et la chute de l’efficacité du capital : le cycle actuel a absorbé environ 697 milliards de dollars pour seulement 689 % de hausse, contre 2 000 % à 50 000 % avec bien moins de capitaux auparavant.

Le cycle de quatre ans de Bitcoin est-il mort ?

Le débat est ouvert. Certains analystes, comme Matt Hougan (Bitwise), estiment que l’adoption institutionnelle brise le vieux schéma ; d’autres, comme Denny Galindo (Morgan Stanley), y voient une simple saison d’automne. Les données suggèrent un compromis : le rythme temporel du cycle tient mieux que son ampleur, et la capitalisation réalisée s’est maintenue au-dessus de 1 000 milliards de dollars durant la correction.

Quel prix pour Bitcoin en 2028 selon les maths du cycle ?

Il n’existe aucun consensus. Les cibles stock-to-flow de 500 000 à 1 million de dollars paraissent difficiles à concilier avec la contrainte de capitaux. Le trader Peter Brandt évoque 300 000 à 500 000 dollars, mais à l’horizon 2029 et sous condition que le cycle tienne. Un cycle en x2, prolongeant la tendance récente, impliquerait un sommet bien plus modeste. Ceci n’est pas un conseil en investissement.

Par Priya Reddy, correspondante marchés et prévisions pour HOGE Wire.

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