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● Markets

Volumes des exchanges crypto: la grande décrue de l’été 2026

Les volumes spot des plateformes centralisées sont au plus bas depuis deux ans, alors que les perp DEX progressent. En France, seules les plateformes agréées MiCA opèrent depuis le 1er juillet.

Le premier semestre 2026 restera dans les mémoires comme celui de la grande décrue. Les volumes échangés sur les plateformes crypto centralisées, longtemps considérés comme le thermomètre le plus fiable de l’appétit du marché, sont retombés à des niveaux que l’on n’avait plus observés depuis la fin de l’année 2023. Dans le même temps, une part croissante de l’activité migre vers les carnets d’ordres décentralisés, et en France le calendrier réglementaire vient de basculer: depuis le 1er juillet 2026, seules les plateformes agréées sous MiCA peuvent légalement servir la clientèle française.

Ce point de marché récapitule l’état réel des volumes, plateforme par plateforme et prix à l’appui, puis mesure ce que la fin de la période transitoire de l’AMF change concrètement pour les traders francophones.

Un marché spot au plus bas depuis deux ans

Les chiffres sont sans appel. Selon les données mensuelles compilées par The Block, le volume spot cumulé des plateformes centralisées est tombé à environ 679 milliards de dollars en avril 2026, soit un recul de 46 % sur un an et près de 67 % sous le pic d’octobre 2025. C’est le niveau le plus faible depuis octobre 2023, avant même le démarrage du dernier grand cycle haussier.

Sur l’ensemble du premier trimestre, la photographie est tout aussi terne: le volume spot des plateformes centralisées a chuté de 39,1 % pour s’établir à 2 700 milliards de dollars, et aucune des dix premières plateformes n’a échappé à la baisse, avec des reculs compris entre 23 % et 55 %. Le contexte macroéconomique explique une bonne partie du mouvement. La posture prolongée de la Réserve fédérale, qui maintient des taux élevés plus longtemps que prévu, a détourné les capitaux des actifs les plus spéculatifs; l’indice Fear and Greed est retombé à 21 en avril, en zone de peur extrême. Quand la peur domine, les particuliers cessent de faire tourner leur portefeuille et les volumes se tarissent.

Le tableau ci-dessous résume la trajectoire des volumes spot centralisés depuis le sommet du cycle.

RepèreVolume spot (plateformes centralisées)Contexte
Année 2025 (top 12)près de 21 000 milliards de dollarsAnnée de référence
Pic mensuel, octobre 2025environ 2 000 milliards de dollarsPlus haut du cycle
Premier trimestre 20262 700 milliards de dollars-39,1 % sur le trimestre
Avril 2026 (mensuel)679 milliards de dollars-46 % sur un an, plus bas depuis octobre 2023

Binance domine un gâteau qui rétrécit

La contraction des volumes n’a pas rebattu les cartes du classement: elle a surtout un peu plus concentré le marché autour de son leader. Sur l’ensemble de 2025, les douze plus grandes plateformes centralisées ont traité près de 21 000 milliards de dollars de volume spot, d’après le rapport annuel de CoinGecko. Binance, à elle seule, a représenté environ 7 300 milliards de dollars, soit 39,2 % du volume du top 10.

Derrière le géant, la hiérarchie s’est resserrée. En décembre 2025, Bybit occupait la deuxième place avec 9,5 % de part de marché et 90 milliards de dollars de volume mensuel, juste devant MEXC (9,1 % et 86 milliards). Le top 10 des plateformes centralisées par volume se compose de Binance, Bybit, MEXC, Gate, Crypto.com, Bitget, OKX, Coinbase, HTX et Upbit. Fait notable pour les investisseurs prudents, Coinbase ne pointe qu’au huitième rang par le volume (6,1 % de part de marché) mais conserve la meilleure note de confiance de CoinGecko, à 10 sur 10: un rappel utile que volume ne rime pas toujours avec sécurité.

Des prix en euros qui pèsent sur l’activité

La baisse des volumes va de pair avec celle des prix. Le 2 juillet 2026, le Bitcoin s’échangeait autour de 53 700 euros selon CoinGecko, en repli d’environ 42 % sur douze mois; sur le seul mois de juin, la fourchette s’est étalée entre 50 677 et 63 516 euros, preuve que la volatilité n’a pas disparu, même en marché baissier. L’Ethereum évoluait pour sa part aux alentours de 1 419 euros, en recul de 16 % sur un mois et très loin de son record historique de 4 230 euros.

Le lien entre prix et volume est mécanique. En phase de correction, les market makers réduisent la taille de leurs ordres, les spreads s’élargissent et les particuliers se mettent en retrait. Un carnet d’ordres moins profond décourage les gros intervenants, ce qui alimente une spirale où la baisse d’activité nourrit la baisse d’activité. C’est précisément ce que l’on observe depuis le début du printemps.

Les perp DEX grignotent du terrain

Tous les volumes ne s’évaporent pas au même rythme. Si les plateformes centralisées gardent la main sur l’essentiel du marché (environ 87 % des volumes spot en 2025), la finance décentralisée a nettement progressé sur le segment des dérivés. D’après les données de The Block, le ratio de volume spot entre DEX et CEX a atteint près de 0,23 au deuxième trimestre 2025, un record pour les plateformes décentralisées.

Le mouvement est encore plus marqué sur les perpetual futures. Les douze principaux perp DEX ont traité 6 380 milliards de dollars de volume sur l’ensemble de 2025, contre seulement 1 500 milliards en 2024. Le ratio de volume perp entre DEX et CEX est passé de 3 % en janvier 2025 à un pic de 13 %, avant de se stabiliser autour de 10 % en avril 2026. Sur la même période, le volume perp mensuel moyen des onze plus grandes plateformes centralisées est tombé de 7 110 milliards de dollars en 2025 à 4 690 milliards sur les quatre premiers mois de 2026. Au total, plus de 1 100 DEX suivis par les agrégateurs échangeaient encore plus de 6,4 milliards de dollars par jour au printemps, selon DefiLlama.

Open interest en hausse, conviction en baisse

Un paradoxe résume l’été 2026: les volumes baissent, mais les positions ouvertes montent. Dans sa note de positionnement de juin, la recherche de Coinbase relève que l’open interest a progressé alors même que les volumes reculaient sur le spot, les perpetuals, les futures et les options. Autrement dit, le positionnement s’est reconstitué plus vite que la liquidité, porté par l’effet de levier plutôt que par une conviction acheteuse sur le sous-jacent.

Cette configuration est fragile. Quand l’open interest grimpe sur des volumes anémiques, le marché devient plus sensible aux liquidations en cascade: il suffit d’un mouvement de prix modeste pour déclencher des appels de marge en chaîne. Les traders francophones qui recourent au levier ont tout intérêt à surveiller ce décalage entre positions ouvertes et volumes réels, souvent annonciateur de pics de volatilité.

Les futures TradFi remplacent peu à peu les CFD

Au-delà de la conjoncture, une recomposition structurelle est à l’œuvre. Plusieurs plateformes réorientent leur offre de produits à effet de levier des contrats sur différence (CFD) vers des futures adossés à des chambres de compensation de type TradFi, jugés plus lisibles par les régulateurs. Ce basculement, documenté par la presse spécialisée alors que le volume spot touchait son plus bas sur dix-huit mois, traduit une maturation du secteur: les revenus de trading se déplacent vers des instruments mieux encadrés, quitte à sacrifier une partie du volume spéculatif de court terme.

Pour les plateformes, l’enjeu est double: capter une demande institutionnelle plus stable, et se conformer à des cadres comme MiFID II en Europe, qui régit les dérivés crypto en tant qu’instruments financiers. Car en Europe, tout ne relève pas de MiCA.

La France bascule sous MiCA le 1er juillet

C’est l’événement réglementaire de ce début d’été pour les lecteurs français. Depuis le 1er juillet 2026, la période transitoire qui permettait aux prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) enregistrés sous la loi PACTE de poursuivre leur activité sans agrément MiCA a pris fin. Désormais, seules les plateformes disposant d’un agrément de prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA, ou CASP en anglais) délivré par l’AMF, ou passeportées depuis un autre État membre, peuvent légalement proposer leurs services en France.

Les conséquences pour les acteurs non conformes sont lourdes. L’AMF a rappelé qu’exercer sans agrément expose à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, au titre des articles L. 54-10-4 et L. 572-23 du Code monétaire et financier. Le régulateur avait demandé aux plateformes en voie de cessation de mettre en place un plan de sortie ordonnée au plus tard le 30 mars 2026, afin que les détenteurs d’actifs puissent récupérer leurs avoirs. En parallèle, l’ESMA et l’AMF ont appelé les CASP non agréés à préparer une sortie ordonnée du marché européen, et prévenu les investisseurs particuliers des risques encourus auprès de plateformes non autorisées.

Ce que la bascule AMF change pour les volumes français

Concrètement, une partie du volume tricolore va se recomposer autour d’un nombre plus restreint d’acteurs agréés. L’AMF, qui accepte les demandes d’agrément CASP depuis l’entrée en application de MiCA, prévient que l’instruction d’un dossier complet peut prendre jusqu’à quatre mois, ce qui a poussé les plateformes sérieuses à déposer très en amont. Pour l’investisseur français, quelques réflexes s’imposent.

  • Vérifier que la plateforme figure sur la liste des CASP agréés ou passeportés publiée par l’AMF avant tout dépôt de fonds.
  • Distinguer les services spot (encadrés par MiCA) des dérivés crypto tels que les perpetuals et les futures, qui relèvent de MiFID II.
  • Se méfier des plateformes qui continuent de démarcher des résidents français sans agrément: elles sont désormais dans l’illégalité et peuvent être inscrites sur liste noire.
  • Anticiper d’éventuelles migrations d’actifs si un prestataire choisit de quitter le marché français plutôt que de se mettre en conformité.

Cette clarification devrait, à terme, rendre les volumes français plus lisibles: moins d’acteurs, mais mieux identifiés, avec des données de reporting harmonisées à l’échelle européenne.

Ce qu’il faut surveiller au second semestre

Trois signaux mériteront l’attention d’ici la fin de l’année. D’abord, un éventuel rebond des volumes spot: un retour durable au-dessus des niveaux d’octobre 2025 signalerait un vrai regain d’appétit, tandis qu’une stabilisation sur les planchers actuels confirmerait un marché en hibernation. Ensuite, la poursuite du transfert d’activité vers les perp DEX: si le ratio DEX/CEX repasse au-dessus de 13 %, il faudra acter un changement d’habitudes durable chez les traders actifs.

Enfin, le rythme des agréments AMF: le nombre de CASP autorisés, et la vitesse à laquelle les grandes plateformes internationales obtiennent leur passeport européen, dictera la profondeur des carnets d’ordres accessibles depuis la France. Dans un marché où le volume est roi, la liquidité ira là où la réglementation la laisse circuler. Pour l’heure, le mot d’ordre reste la prudence: des volumes bas, un levier élevé et un cadre en pleine mutation forment un cocktail qui récompense la patience plus que la précipitation.

Par la rédaction Marchés de HOGE Wire. Cet article est fourni à titre d’information et ne constitue pas un conseil en investissement.

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