Marchés prédictifs et élections : l’impact réel sur la crypto
Super PAC, Polymarket, Kalshi : les scrutins de 2026 pèsent sur les cryptoactifs. Retour sur Trump, le trader Théo et le calendrier à venir.
Le 3 novembre 2026, une bonne partie de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat américain seront renouvelés. Quelques mois plus tôt, les 15 et 22 mars, les Français ont élu leurs conseils municipaux. En octobre, le Brésil choisira son prochain président. Trois calendriers électoraux différents, un même point commun : chacun pèse, à sa manière, sur le prix du Bitcoin, la régulation des cryptoactifs et l’appétit au risque des investisseurs.
Depuis la victoire de Donald Trump en novembre 2024, la relation entre politique électorale et marché crypto n’est plus un sujet marginal. Des super PAC (comités d’action politique) comme Fairshake lèvent des centaines de millions de dollars pour peser sur des courses au Congrès, un trader français a empoché des dizaines de millions de dollars en pariant sur un scrutin via Polymarket, et les régulateurs européens viennent tout juste de statuer sur le sort des marchés prédictifs adossés à la blockchain. Ce guide décortique les mécanismes par lesquels une élection, où qu’elle se déroule, se répercute sur les cryptoactifs, avec les échéances à surveiller d’ici la fin de 2026.
Trois canaux de transmission : comment un scrutin agit sur les prix
Un scrutin ne fait jamais bouger un actif numérique par un seul mécanisme. En pratique, trois canaux distincts se superposent, et les confondre conduit souvent à mal anticiper les mouvements de marché.
Le premier est l’anticipation. Dans les semaines qui précèdent un vote important, les marchés prédictifs comme Polymarket ou Kalshi affichent des probabilités qui deviennent elles-mêmes un indicateur suivi par les traders de produits dérivés, lesquels ajustent position et effet de levier en conséquence. Nous détaillions déjà cette mécanique d’anticipation dans notre guide 2026 pour anticiper le marché.
Le deuxième canal est le choc de résultat : une fois le vainqueur connu, les prix se repositionnent brutalement en quelques heures, parfois avant même l’annonce officielle si les marchés prédictifs ont déjà convergé vers un candidat. C’est ce canal qui a produit le rallye spectaculaire du Bitcoin en novembre 2024.
Le troisième canal, plus lent mais souvent plus déterminant sur la durée, est le suivi réglementaire : nominations à la tête des agences, projets de loi débloqués ou enterrés, doctrine d’application qui change. Ce canal se compte en mois, voire en années, et c’est souvent lui qui déçoit les investisseurs ayant acheté sur la seule foi d’une promesse de campagne. C’est ce triptyque, anticipation, choc de résultat, suivi réglementaire, qui structure le reste de cet article.
Le calendrier électoral 2026 à connaître
Avant d’entrer dans le détail des mécanismes, un repère chronologique s’impose. Les 15 et 22 mars 2026, la France a renouvelé l’ensemble de ses conseils municipaux et communautaires. Ce scrutin local n’a pas d’effet direct sur la régulation crypto, mais il a précédé de quelques mois l’échéance réglementaire la plus commentée de l’année pour le secteur en France, comme on le verra plus loin. Deux autres rendez-vous, hors de l’Hexagone, pèsent beaucoup plus directement sur les cryptoactifs :
| Scrutin | Date | Enjeu pour les cryptoactifs |
|---|---|---|
| Élections municipales et communautaires françaises | 15 et 22 mars 2026 | Renouvellement des exécutifs locaux; sert de repère avant l’échéance MiCA du 1er juillet 2026 |
| Élections de mi-mandat américaines | 3 novembre 2026 | Composition du Congrès, qui déterminera le sort du CLARITY Act et l’application du GENIUS Act |
| Élection présidentielle brésilienne | 4 et 25 octobre 2026 (1er et 2e tours) | Orientation de la politique crypto du Brésil : encadrement par la banque centrale ou réserve nationale de Bitcoin |
Ce calendrier n’est pas exhaustif, mais ces trois rendez-vous concentrent l’essentiel des enjeux de marché et de régulation pour le secteur d’ici janvier 2027.
Novembre 2024, le choc de référence : la victoire de Trump et le rallye du Bitcoin
Le cas d’école reste la victoire de Donald Trump le 5 novembre 2024. Le Bitcoin, qui évoluait autour de 69 374 dollars la veille du scrutin, a bondi de 8 % dès le lendemain, avant d’atteindre un premier record à plus de 98 700 dollars le 22 novembre, puis de franchir pour la première fois la barre des 100 000 dollars quelques semaines plus tard, porté par la perspective d’une administration favorable au secteur, selon The Hill.
Deux annonces ont amplifié le mouvement : le départ programmé du président de la SEC Gary Gensler, dont l’agence avait multiplié les poursuites contre les acteurs crypto, remplacé par Paul Atkins, un défenseur de longue date du secteur; et la promesse formulée par Donald Trump lors de la Bitcoin Conference de juillet 2024 à Nashville de conserver « 100 % » des bitcoins détenus par l’État fédéral et de ne jamais les vendre.
Le PDG de Coinbase, Brian Armstrong, qui avait fait de cette élection un enjeu direct pour son entreprise, a salué le résultat comme une victoire pour ce qu’il appelle « l’électeur crypto ». Sur le réseau social X, il écrivait que l’électeur crypto s’était « exprimé de façon décisive, par-delà les lignes partisanes et dans les courses clés à travers le pays », revendiquant l’élection d’au moins 219 candidats jugés favorables au secteur à la Chambre et au Sénat, selon Daily Hodl. Pour la mécanique complète de ce rallye, notre article sur le vote qui fait bouger Bitcoin revient en détail sur cette séquence.
Depuis, le cours a beaucoup fluctué. Mi-juillet 2026, le Bitcoin évolue autour de 62 000 à 65 000 dollars, soit environ 55 000 à 57 000 euros au taux de change du moment, un niveau très supérieur au prix d’avant l’élection de 2024 mais loin de tout sommet historique récent, selon les cours relevés par CoinDesk. Une élection ne se contente pas de désigner un chef de l’État : elle redistribue aussi, au moins temporairement, les rapports de force entre l’industrie crypto et ses régulateurs.
La réserve stratégique de Bitcoin : promesse de campagne, réalité législative
La promesse de campagne la plus commentée n’a pourtant pas tenu toutes ses promesses. Le 6 mars 2025, Donald Trump a signé le décret présidentiel 14233 créant une « réserve stratégique de Bitcoin » et un « stock d’actifs numériques » au sein du Trésor américain. Dans les faits, ce texte se contente d’ordonner que les bitcoins déjà saisis par l’État fédéral à l’issue de procédures pénales ne soient plus revendus et soient conservés comme actif de réserve à long terme, sans obligation d’achats supplémentaires, selon Crypto Briefing. Le gouvernement fédéral détiendrait ainsi environ 328 000 BTC.
Le projet plus ambitieux, celui d’un achat actif de bitcoins par l’État, reste porté par un texte distinct : le BITCOIN Act de la sénatrice Cynthia Lummis, qui prévoit l’acquisition d’un million de bitcoins étalée sur cinq ans. Déposé une première fois en juillet 2024 puis bloqué, réintroduit en mars 2025 avec cinq co-sponsors, ce texte n’avait toujours pas franchi l’étape de la commission mi-2026. Début 2026, plusieurs responsables de l’administration évoquaient encore des obstacles juridiques et des désaccords internes entre le Trésor et le département du Commerce sur la garde des actifs, retardant la pleine mise en œuvre de la réserve.
La leçon vaut pour tous les scrutins à venir : une promesse de campagne favorable aux cryptoactifs et un décret signé au lendemain de l’investiture ne garantissent pas, à eux seuls, un changement de politique publique. Le temps législatif reste le goulot d’étranglement, y compris pour une administration ouvertement favorable au secteur.
Fairshake : la financiarisation du vote pro-crypto
Si le résultat d’une élection compte, les sommes investies en amont pour l’influencer comptent tout autant. Le secteur crypto s’est doté depuis 2024 d’un instrument de lobbying électoral sans équivalent récent parmi les industries américaines : le super PAC Fairshake.
Fairshake ne fonctionne pas seule. Elle chapeaute deux structures sœurs, l’une tournée vers les candidats démocrates, l’autre vers les candidats républicains, ce qui lui permet de financer des campagnes dans les deux camps sans jamais soutenir un candidat jugé hostile aux cryptoactifs :
| PAC | Orientation | Rôle |
|---|---|---|
| Fairshake | Bipartisane | Finance des candidats des deux partis jugés favorables aux cryptoactifs |
| Protect Progress | Pro-démocrate | Cible les courses où un candidat démocrate favorable au secteur est en jeu |
| Defend American Jobs | Pro-républicain | Cible les courses où un candidat républicain favorable au secteur est en jeu |
À l’entame du cycle 2026, l’ensemble formé par Fairshake et ses PAC affiliés disposait de 193 millions de dollars en caisse (environ 169 millions d’euros), en hausse de près de 60 millions de dollars par rapport aux montants déployés lors du cycle 2024. Parmi les principaux contributeurs, Coinbase revendique plus de 75 millions de dollars versés depuis 2024, la société de capital-risque a16z environ 70 millions de dollars sur la même période, et Ripple Labs autour de 50 millions de dollars. Mi-2026, l’industrie crypto dans son ensemble avait déjà dépensé environ 189 millions de dollars sur le cycle, la plaçant devant tout autre secteur comme premier financeur politique corporate des élections de mi-mandat, selon US News.
Ce qui se joue au Congrès américain en novembre 2026
Le 3 novembre 2026, l’intégralité de la Chambre des représentants et environ un tiers du Sénat seront renouvelés. L’enjeu direct pour le secteur crypto est connu : le CLARITY Act, un texte qui répartirait la supervision des cryptoactifs entre la SEC et la CFTC selon qu’un jeton relève d’une valeur mobilière ou d’une matière première, a été adopté par la Chambre en juillet 2025 par 294 voix contre 134, mais reste bloqué au Sénat.
Le président de la SEC, Paul Atkins, a multiplié les prises de parole pour débloquer le texte. Sur X, en soutien à une déclaration du secrétaire au Trésor Scott Bessent, il écrivait qu’il était « temps pour le Congrès de blinder notre économie contre des régulateurs incontrôlés et de faire avancer une législation complète sur la structure de marché jusqu’au bureau du président Trump », selon Stocktwits.
Ironie de la situation : ce sont les marchés prédictifs eux-mêmes, ceux-là même que ce guide examine plus loin, qui donnaient mi-2026 la meilleure estimation du sort du Congrès. Ils attribuaient alors environ 60 % de probabilité à un maintien républicain du Sénat et 83 % à un basculement démocrate de la Chambre, un scénario de Congrès divisé qui compliquerait toute nouvelle loi crypto d’ici janvier 2027, selon US News. Le sort du GENIUS Act sur les stablecoins, promulgué en juillet 2025 et dont les principales règles d’application doivent être finalisées par les régulateurs avant le 18 juillet 2026, illustre à quel point ce calendrier réglementaire reste indissociable du calendrier électoral.
Les marchés prédictifs, miroir et amplificateur des élections
Ce paradoxe, des marchés qui prédisent l’issue des élections qui les régulent, est au cœur du sujet de ce guide. Polymarket et Kalshi, les deux plus grandes plateformes de marchés prédictifs, permettent de parier sur l’issue d’événements réels, des élections aux décisions de la Réserve fédérale, via des contrats à règlement binaire. Leur volume combiné se comptait en dizaines de milliards de dollars par mois au premier semestre 2026, un niveau sans précédent pour une industrie qui n’existait pratiquement pas avant 2024.
| Critère | Polymarket | Kalshi |
|---|---|---|
| Régulateur américain | CFTC, via sa filiale Polymarket US depuis fin 2025 | CFTC depuis l’origine, statut de bourse à terme désignée |
| Rail de règlement | USDC sur la blockchain Polygon | USDC, en garde chez Coinbase Custody |
| Valorisation évoquée en 2026 | Autour de 15 milliards de dollars | Autour de 22 milliards de dollars |
| Accès en France et dans l’UE | Géobloqué depuis novembre 2024 (ANJ) | Géobloqué, non reconnu par l’ANJ |
Les deux plateformes ont suivi des trajectoires réglementaires opposées aux États-Unis. Kalshi opère depuis l’origine sous licence de la CFTC en tant que bourse à terme réglementée. Polymarket, à l’inverse, avait été fermée aux résidents américains après une sanction de la CFTC en 2022; l’entreprise a repris pied sur le marché domestique en rachetant pour 112 millions de dollars la bourse dérivée QCEX, déjà licenciée par la CFTC, ce qui lui a valu en novembre 2025 le statut de marché à terme désigné, selon PR Newswire. La maison mère du New York Stock Exchange, Intercontinental Exchange, a investi 600 millions de dollars dans Polymarket en mars 2026, avec un engagement pouvant grimper jusqu’à 2 milliards de dollars.
Kalshi, de son côté, s’est rapproché du monde crypto par un autre biais : la plateforme fait garder ses réserves de stablecoin USDC par Coinbase Custody, et Coinbase a intégré les marchés Kalshi directement dans son application mobile, brouillant un peu plus la frontière entre bourse crypto et marché prédictif.
Le trader français qui a fait plier une élection américaine
L’histoire la plus emblématique du lien entre élections et cryptoactifs a un accent français. À l’automne 2024, un trader connu sous le seul pseudonyme de « Théo » a placé environ 30 millions de dollars sur Polymarket, répartis sur quatre comptes anonymes, en pariant sur une victoire de Donald Trump, sur son succès au vote populaire et sur ses résultats dans les swing states clés que sont la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan, selon le Wall Street Journal, cité par Fortune.
Théo a expliqué ne poursuivre aucun agenda politique : il s’était convaincu que les instituts de sondage sous-estimaient systématiquement le vote Trump, un phénomène qu’il attribuait à des électeurs réticents à assumer publiquement leur choix. Selon cette même estimation du Wall Street Journal, il pouvait espérer environ 80 millions de dollars de gains si ses paris se confirmaient, ce qui a fini par être le cas.
Ce pari, à lui seul, a eu un effet réglementaire concret : c’est en grande partie ce mouvement de capitaux hors norme, associé à l’absence de tout agrément français, qui a précipité l’intervention de l’Autorité Nationale des Jeux quelques semaines plus tard. Un particulier français pouvait donc, depuis son ordinateur, peser sur le narratif d’une élection américaine tout en devenant, malgré lui, le déclencheur d’une décision réglementaire dans son propre pays.
Pourquoi Polymarket et Kalshi restent hors-jeu en France et dans l’UE
Le 29 novembre 2024, l’ANJ a formellement établi que les contrats proposés par Polymarket relevaient de jeux d’argent non autorisés au sens de l’article L. 320-1 du Code de la sécurité intérieure, qui interdit toute offre faisant naître une espérance de gain liée au hasard en échange d’un sacrifice financier. Contactée par le régulateur, la société éditrice a mis en place un géoblocage volontaire empêchant tout accès depuis le territoire français, selon l’ANJ, qui précise avoir fait bloquer plus de 944 adresses de jeu illégal depuis le début de l’année 2024. Le régulateur insiste sur un point : la qualification de jeu d’argent illégal tient à la nature du produit proposé, un contrat à issue binaire, et non au fait qu’il soit réglé en cryptoactifs. Kalshi, bien que structurée différemment aux États-Unis, subit le même sort : la plateforme figure elle aussi parmi les opérateurs non reconnus par l’ANJ, aux côtés d’autres juridictions européennes comme l’Allemagne, la Belgique ou la Suisse.
L’été 2026 a ajouté une couche supplémentaire de contrainte à l’échelle européenne. Le 3 juillet 2026, l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a publié une déclaration confirmant que ces « contrats événementiels », dès lors qu’ils portent sur un sous-jacent visé par la directive MiFID II, tombent sous le coup des mesures d’intervention sur les options binaires, interdites à la commercialisation auprès des clients particuliers, y compris lorsque la plateforme habille le produit d’une « récompense » ou d’un « coupon » pour tenter de contourner la règle, selon CoinDesk. La Commission européenne consulte en parallèle jusqu’au 30 septembre 2026 sur l’inclusion, ou non, des marchés prédictifs tokenisés dans le champ du réexamen de MiCA.
Ce durcissement coïncide, presque jour pour jour, avec une autre échéance française majeure : le 1er juillet 2026 marquait la fin de la période transitoire pendant laquelle les prestataires de services sur actifs numériques agréés sous l’ancien régime national pouvaient continuer d’opérer sans agrément européen. Passé cette date, seuls les prestataires de services sur crypto-actifs agréés par l’AMF peuvent légalement exercer en France, sous peine de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, selon l’AMF. Sa présidente, Marie-Anne Barbat-Layani, avait averti fin mai 2026 que la situation devenait très urgente pour les acteurs n’ayant pas finalisé leur dossier, ces derniers s’exposant à un retrait de la liste des prestataires reconnus et à des poursuites s’ils continuaient de solliciter des clients européens sans agrément, selon CryptoTimes.
Pour l’investisseur français, le message de ces deux calendriers qui se percutent, celui des marchés prédictifs et celui de MiCA, est le même : la marge de tolérance réglementaire qui existait depuis 2022 se referme, et elle se referme au moment précis où l’appétit du public pour parier sur des résultats électoraux via la blockchain n’a jamais été aussi fort outre-Atlantique.
L’effet boomerang : quand un scandale crypto pèse sur une élection
L’influence ne va pas seulement des urnes vers les cryptoactifs : elle peut aussi jouer en sens inverse, quand un scandale crypto devient un enjeu de campagne. L’exemple le plus spectaculaire vient d’Argentine. En février 2025, le président Javier Milei a fait la promotion sur X d’un jeton nommé LIBRA, présenté comme un projet destiné à stimuler l’économie argentine. Le jeton a bondi jusqu’à une capitalisation dépassant 4 milliards de dollars avant qu’une poignée d’initiés ne revendent massivement leurs positions, effondrant le cours et provoquant des pertes importantes chez des milliers d’investisseurs de détail, selon BeInCrypto.
L’affaire, surnommée « Libra-gate », a débouché sur des enquêtes judiciaires; des analyses forensiques ont ensuite suggéré que Milei aurait perçu des versements réguliers d’un lobbyiste lié au projet avant même le lancement du jeton. Malgré ce climat, La Libertad Avanza, le parti de Milei, a remporté une victoire nette aux élections de mi-mandat argentines d’octobre 2025, avec près de 41 % des voix au niveau national et une percée jusque dans le fief traditionnellement péroniste de la province de Buenos Aires.
La leçon pour les investisseurs est à double tranchant : un scandale crypto ne suffit pas toujours à faire dérailler une carrière politique, mais il continue d’alimenter des procédures judiciaires longtemps après le scrutin, un risque de tête que les marchés ont tendance à sous-estimer une fois l’élection passée.
Brésil, octobre 2026 : la prochaine grande échéance à surveiller
La prochaine échéance majeure se tient au Brésil, où le premier tour de l’élection présidentielle est fixé au 4 octobre 2026, avec un éventuel second tour le 25 octobre. Le pays présente une singularité par rapport aux autres grandes démocraties : le ministère public électoral y interdit purement et simplement les dons de campagne en cryptoactifs, au nom de la transparence sur l’identité des donateurs, une interdiction confirmée par la Cour suprême dès février 2024 et toujours en vigueur à l’approche du scrutin de 2026, selon crypto.news.
Le président sortant Lula da Silva, candidat à un nouveau mandat, a plaidé pour un encadrement des cryptoactifs piloté par la banque centrale brésilienne plutôt que pour une interdiction, tandis qu’un candidat d’opposition, Renan Santos, s’est positionné sur un terrain plus radical en promettant la création d’une réserve nationale de Bitcoin s’il était élu. Entre ces deux lignes, une partie du débat public brésilien de la campagne 2026 se joue déjà, comme aux États-Unis deux ans plus tôt, sur la place que doit occuper le Bitcoin dans les réserves d’un État.
Pour les investisseurs qui suivent l’Amérique latine, le Brésil combine ainsi un marché crypto parmi les plus actifs de la région et l’un des cadres électoraux les plus stricts au monde en matière de financement crypto de la vie politique, un contraste qui mérite d’être suivi jusqu’au résultat d’octobre.
Volatilité, funding rate et volumes : ce que surveillent les traders
Au-delà des grands récits électoraux, les traders de produits dérivés surveillent des indicateurs plus techniques à l’approche d’un scrutin déterminant. Le funding rate, ce taux payé périodiquement entre positions longues et courtes sur les contrats perpétuels, a tendance à s’écarter fortement de sa moyenne dans les jours qui précèdent un résultat électoral incertain, signe d’un excès de positionnement dans un sens. Nous expliquions ce mécanisme en détail dans notre article sur ce taux invisible qui pilote les perpétuels; il reste l’un des meilleurs indicateurs avancés d’un marché qui a déjà choisi son camp avant même l’ouverture des bureaux de vote.
Les volumes d’échange racontent une histoire complémentaire. Les grandes plateformes centralisées enregistrent généralement un pic d’activité dans les jours qui suivent un résultat électoral majeur, avant un reflux progressif à mesure que l’incertitude se dissipe, une dynamique que nous décrivions dans notre analyse sur la décrue des volumes d’échange durant l’été 2026. Ce schéma s’est vérifié après la victoire de Trump en 2024 comme, dans une moindre mesure, après plusieurs scrutins européens depuis.
Pour un investisseur particulier, la combinaison des deux signaux, un funding rate qui s’envole et des volumes qui s’emballent sur un horizon très court, est souvent le signe qu’il est déjà trop tard pour profiter du mouvement initial sans prendre un risque de levier disproportionné.
Comment se positionner sans céder à la spéculation
Face à ce faisceau de facteurs, quelques principes simples permettent d’aborder une échéance électorale sans transformer un portefeuille en pari binaire.
- Ne pas confondre probabilité de marché prédictif et certitude : une cote à 83 % laisse tout de même 17 % de chances à l’autre issue, un rappel utile après les surprises électorales de la décennie passée.
- Distinguer promesse de campagne et texte de loi voté : l’écart entre le décret sur la réserve de Bitcoin et le BITCOIN Act toujours bloqué au Sénat illustre un délai parfois compté en années.
- Vérifier la juridiction avant d’utiliser un marché prédictif : Polymarket et Kalshi restent inaccessibles aux particuliers français et, plus largement, européens.
- Surveiller le calendrier réglementaire autant que le calendrier électoral : une échéance MiCA ou une décision de l’ESMA peut peser autant qu’un résultat de scrutin sur le sentiment de marché à court terme.
- Ne pas répliquer aveuglément les paris des gros portefeuilles : le profit du trader Théo reste une exception statistique, pas une méthode reproductible.
Un dernier point, plus technique, mérite l’attention des investisseurs qui s’aventurent sur les marchés prédictifs eux-mêmes : ces plateformes reposent sur des contrats intelligents dont la sécurité et les mécanismes de résolution des litiges (qui décide, en cas de contestation, du résultat réel d’un événement) ne bénéficient pas toujours du même niveau d’audit que les grands protocoles DeFi établis. Notre palmarès 2026 des audits de smart contracts et de leurs limites donne un cadre utile pour évaluer ce risque avant d’exposer du capital à une plateforme encore jeune.
Foire aux questions
Comment les élections influencent-elles le prix du Bitcoin ?
Une élection agit par trois canaux distincts : l’anticipation via les marchés prédictifs et les produits dérivés avant le scrutin, le choc de résultat une fois le vainqueur connu, et le suivi réglementaire dans les mois qui suivent. Le cas le plus marquant reste la victoire de Donald Trump en novembre 2024, lorsque le Bitcoin est passé de 69 374 dollars à plus de 100 000 dollars en quelques semaines, selon The Hill.
Pourquoi Polymarket est-il interdit en France ?
L’Autorité Nationale des Jeux considère les contrats à issue binaire proposés par Polymarket comme une offre de jeu d’argent non autorisée au sens de l’article L. 320-1 du Code de la sécurité intérieure. Après qu’un trader français a misé environ 30 millions de dollars sur l’élection américaine via la plateforme, l’ANJ a obtenu fin novembre 2024 le géoblocage du site pour les utilisateurs français, sous peine de poursuites pénales, selon l’ANJ.
Qu’est-ce que le CLARITY Act et pourquoi le marché crypto le surveille-t-il ?
Le CLARITY Act est un projet de loi américain qui répartirait la supervision des cryptoactifs entre la SEC et la CFTC selon qu’un jeton est qualifié de valeur mobilière ou de matière première. Adopté par la Chambre des représentants en juillet 2025, il restait bloqué au Sénat mi-2026 malgré le soutien affiché du président de la SEC Paul Atkins. Son adoption dépend en partie de la composition du Congrès qui sortira des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026.
Les élections de mi-mandat américaines de novembre 2026 vont-elles affecter le marché crypto ?
Indirectement, oui. L’ensemble de la Chambre des représentants et environ un tiers du Sénat seront renouvelés le 3 novembre 2026, ce qui déterminera si des textes comme le CLARITY Act peuvent aboutir. Le secteur crypto est devenu le premier financeur politique corporate du cycle électoral américain, avec environ 189 millions de dollars dépensés mi-2026, principalement via le super PAC Fairshake, selon US News.
Peut-on parier légalement sur des élections avec des cryptomonnaies en France ?
Non. Polymarket et Kalshi sont tous deux géobloqués en France par l’ANJ, qui les assimile à des jeux d’argent non autorisés, et l’Autorité européenne des marchés financiers a confirmé en juillet 2026 que ces contrats événementiels relèvent des règles européennes sur les options binaires, dont la commercialisation aux clients particuliers est interdite, selon CoinDesk.
Rédaction HOGE Wire, édition francophone, 15 juillet 2026.