h hoge.gg
Subscribe
BTC$67,432.18+2.34%ETH$3,521.44+1.08%SOL$178.62-0.62%BNB$612.30+0.41%XRP$0.6234-0.18%ADA$0.4521+3.12%DOGE$0.1623+1.86%AVAX$38.71-1.24%LINK$17.84+0.92%HOGE$0.00004120+4.21%
BTC$67,432.18+2.34%ETH$3,521.44+1.08%SOL$178.62-0.62%BNB$612.30+0.41%XRP$0.6234-0.18%ADA$0.4521+3.12%DOGE$0.1623+1.86%AVAX$38.71-1.24%LINK$17.84+0.92%HOGE$0.00004120+4.21%
● Markets

Funding rate : comment ce taux invisible pilote les perpétuels

Le funding rate aligne perpétuels et prix spot en faisant payer un camp par l'autre. Retour sur sa mécanique, ses épisodes 2026 et les règles AMF/ESMA en France.

Le funding rate, le pouls silencieux du marché des perpétuels

Le 13 juillet 2026, Hyperliquid a inscrit un nouveau record : plus de 9,6 milliards d’EUR (soit plus de 11 milliards de dollars) d’intérêt ouvert cumulé sur ses marchés perpétuels, tous actifs confondus, en hausse de près de 9,7% sur une semaine, selon les données relayées par CryptoTimes. Une semaine plus tôt, la plateforme avait déjà battu son record de positions ouvertes simultanées. Derrière ces chiffres se cache un mécanisme que la plupart des traders ne regardent jamais directement, mais qui détermine, toutes les heures ou toutes les huit heures selon la plateforme, qui paie qui : le funding rate.

Le Bitcoin évolue autour de 55 000 EUR (environ 63 000 USD) à la mi-juillet 2026, loin de son sommet historique d’octobre 2025 mais toujours au centre d’un marché de produits dérivés dont le volume dépasse largement celui du marché au comptant. Sur ce terrain, le contrat perpétuel, ce futur sans date d’expiration conçu pour concentrer la liquidité crypto sur un seul instrument, ne peut fonctionner sans un mécanisme de rappel vers le prix spot. Ce mécanisme, c’est le funding.

Cet article détaille comment le funding rate est calculé selon les plateformes, pourquoi il a basculé plusieurs fois de signe en 2026, comment Ethena en a fait un produit fondateur, qui en profite réellement, quels risques il fait courir aux positions à effet de levier, et ce que le droit européen (MiCA, MiFID II) et la doctrine de l’AMF en disent pour un trader basé en France.

L’invention du funding : comment BitMEX a résolu l’équation du contrat perpétuel

Le contrat perpétuel n’est pas né avec le Bitcoin. L’idée théorique remonte à un article de l’économiste Robert Shiller publié en 1993 sur des futures sans échéance, mais c’est BitMEX qui l’a implémentée pour la première fois sur un actif crypto, en mai 2016, avec le contrat XBTUSD. Arthur Hayes, cofondateur de la plateforme, a détaillé dans un billet publié sur le blog de BitMEX le problème que l’équipe cherchait à résoudre : « Est-il possible de créer un produit sans échéance afin de concentrer la liquidité sur un seul contrat ? », écrit-il, ajoutant qu’un produit qui « ressemblait et se comportait comme du trading sur marge » évitait à la plateforme de devoir répondre aux questions de clients déroutés par les mécaniques de roulement des futures classiques.

Le problème d’un contrat sans échéance est qu’il n’a plus de date de convergence naturelle vers le prix au comptant. Sans mécanisme correcteur, rien n’empêche le prix du perpétuel de dériver durablement loin du spot si la demande pour les positions longues ou courtes est déséquilibrée. La solution retenue : un paiement périodique entre les deux camps, calculé pour rendre coûteux le maintien d’une position du côté sur-demandé. Hayes donne un exemple resté classique : « si le perpétuel se négocie à une prime moyenne de 1% par rapport au spot sur les huit dernières heures, et que vous détenez une position au moment du paiement, les longs paient 1% aux shorts ». Il souligne aussi l’effet de la fréquence : avec un paiement toutes les heures plutôt que toutes les huit heures, « le funding cumulé maximal payé par jour est de 0,35% fois 12, soit 4,20% par jour », une mécanique reprise depuis, avec des paramètres différents, par des plateformes comme Hyperliquid ou dYdX.

Dix ans plus tard, la quasi-totalité des plateformes, centralisées comme décentralisées, ont adopté une variante de ce mécanisme. Seuls les paramètres exacts, fréquence de paiement, taux d’intérêt de référence, bandes mortes et plafonds, changent d’un endroit à l’autre, avec des conséquences bien réelles sur le coût d’une position tenue dans la durée, comme on le verra plus loin.

La mécanique exacte : indice de prime, taux d’intérêt et bandes de clamp

Derrière la diversité des interfaces, la formule générique reste la même sur la quasi-totalité des plateformes majeures : le funding rate correspond à un indice de prime (l’écart moyen entre le prix du contrat perpétuel et un prix de référence, souvent un indice composite de plusieurs bourses au comptant) auquel s’ajoute un terme de taux d’intérêt, l’ensemble étant généralement contraint dans une bande resserrée, ou « clamp », pour éviter les paiements extrêmes.

  • L’indice de prime capture la tension entre acheteurs et vendeurs sur le contrat perpétuel : si les longs sont plus nombreux ou plus agressifs, le prix du perpétuel se négocie au-dessus du spot, la prime est positive, et les longs paient les shorts.
  • Le terme de taux d’intérêt reflète le coût théorique de portage entre la devise de cotation et l’actif sous-jacent ; sur la plupart des plateformes, il est fixé à une valeur faible et stable, de l’ordre de 0,01% par période de huit heures.
  • La bande morte et le plafond limitent l’amplitude du taux publié : sans ces garde-fous, une dislocation brutale entre spot et perpétuel produirait un funding extrême, potentiellement plusieurs fois par jour.

La documentation technique de Deribit, par exemple, précise que son calcul se fait en continu, mise à jour permanente, mais s’exprime par convention sur une base de huit heures, sans composante de taux d’intérêt séparée, avec une bande morte de ±0,025% et un plafond de ±0,5% pour Bitcoin et ±1% pour Ether. Hyperliquid, de son côté, échantillonne sa prime toutes les cinq secondes, en fait une moyenne horaire, applique un taux d’intérêt de référence de 0,01% par tranche de huit heures, soit environ 11,6% annualisés si le funding restait bloqué à ce plancher, et autorise un plafond extrême de 4% par heure en cas de dislocation violente, nettement plus généreux que ses homologues centralisés.

Un détail technique compte particulièrement pour les traders utilisant un levier élevé : le prix de référence retenu pour calculer la valeur notionnelle d’une position. La plupart des bourses centralisées utilisent un « prix mark » lissé, une moyenne pondérée entre l’indice spot et le carnet d’ordres du perpétuel lui-même, tandis que Hyperliquid valorise directement les positions au prix d’oracle externe, une différence qui influence directement le déclenchement des liquidations. Le sujet n’est pas anodin : les manipulations d’oracles ayant déjà vidé plusieurs protocoles DeFi ont montré qu’un prix de référence reste vulnérable dès lors que la liquidité sous-jacente utilisée pour le calculer est trop fine.

Comparatif des moteurs de funding par plateforme

Le tableau ci-dessous résume les paramètres publiés par les principales plateformes à la mi-2026, tels que documentés dans leurs bases de connaissances respectives.

PlateformeFréquenceTaux d’intérêt de référenceBande morte / plafondPrix utilisé pour le notionnel
Binance / BybitToutes les 8 heuresEnviron 0,01% par période (fixe)Plafond ±0,05%Prix mark (indice + base lissée)
OKXToutes les 8 heures (bascule horaire si le plafond est atteint)Moyenne mobile pondérée depuis avril 2025Plafond dynamique selon la volatilitéPrix mark
DeribitContinu, exprimé en équivalent 8 heuresAucune composante distincteBande morte ±0,025%, plafond ±0,5% (BTC) / ±1% (ETH)Indice Deribit
HyperliquidToutes les heures (prime échantillonnée toutes les 5 secondes)0,01% par tranche de 8 heures (~11,6% annualisés au plancher)Plafond extrême de 4% par heurePrix d’oracle externe
dYdX v4Toutes les heures0,125 point de base par heure par défaut (vote de gouvernance)Plafond indexé à la marge de maintenance (~12% sur 8h pour BTC)Prix d’oracle / indice

Ces paramètres ne sont pas figés dans le temps : OKX a fait évoluer sa formule en trois étapes entre 2025 et 2026 pour lisser les à-coups de son propre taux, et dYdX peut modifier son taux d’intérêt par défaut via un vote de gouvernance de sa communauté de validateurs, comme lors d’une proposition adoptée sous le numéro 220. Cette capacité d’ajustement rappelle que le funding n’est pas une donnée de marché brute mais un paramètre partiellement piloté par chaque plateforme.

Hyperliquid et la finance on-chain : un funding structurellement plus cher

L’essor des plateformes décentralisées a changé la donne. Le 13 juillet 2026, Hyperliquid affichait un intérêt ouvert record de plus de 9,6 milliards d’EUR sur vingt-quatre heures, porté notamment par ses marchés d’actifs du monde réel (RWA) qui ont eux-mêmes atteint un sommet historique proche de 3,1 milliards d’EUR (3,6 milliards de dollars), une catégorie devenue le premier segment d’activité de la plateforme devant le Bitcoin ou son propre jeton HYPE. À l’échelle globale, Hyperliquid capte désormais environ 8,7% de l’intérêt ouvert mondial sur les perpétuels, bourses centralisées et décentralisées confondues, et domine très largement le segment purement on-chain, loin devant ses concurrents décentralisés directs.

Cette domination a un prix pour les positions longues. Le rapport trimestriel de BitMEX pour le deuxième trimestre 2026, signé par l’analyste Shang Wu, chiffre le funding annualisé moyen de Hyperliquid sur Bitcoin à environ 14,6%, contre environ 7,4% sur Binance sur la même période, soit une prime de l’ordre de 7,17 points de pourcentage en faveur des positions courtes sur Hyperliquid, un écart positif 95% du temps sur une fenêtre glissante de 90 jours. Sur Ether, l’écart tombe à environ 5,31 points, positif 89% du temps.

Une autre étude, publiée par Coin Metrics dans son bulletin State of the Network (numéro 368) sous la signature de l’analyste Cooper Duschang, nuance ce tableau : sur une moyenne glissante de six mois, le funding de Hyperliquid sur Bitcoin ressort comme le deuxième plus bas des trois plateformes étudiées, à peine au-dessus de Deribit, tout en étant 1,95 fois plus volatil que celui de Binance et 3,32 fois plus volatil que celui de Deribit. Les deux constats ne se contredisent pas nécessairement, ils mesurent des fenêtres et des méthodologies différentes, mais pointent vers la même conclusion pratique : le funding sur Hyperliquid bouge plus vite et plus fort que sur les bourses centralisées historiques, ce qui change le calcul de rentabilité d’une position maintenue plusieurs jours.

Ce funding plus « chaud » n’est pas un hasard : une part croissante de l’activité de Hyperliquid provient de marchés construits par des tiers via son standard HIP-3 (actions tokenisées, matières premières, contrats pré-IPO comme celui associé à SpaceX), des marchés plus étroits où un déséquilibre entre positions longues et courtes se traduit plus vite en funding extrême que sur une paire BTC/USDT profonde comme celle de Binance.

Quand le funding devient négatif : le signal contrarian de 2026

Le funding rate ne reste pas toujours positif. Lorsque le marché se retourne et que les positions courtes dominent, le taux passe en territoire négatif : ce sont alors les vendeurs à découvert qui paient les acheteurs pour maintenir leurs positions, une situation qui, historiquement, a souvent précédé des points bas de marché plutôt que confirmé une tendance baissière.

Deux épisodes ont marqué 2026. Le 28 février, alors que le Bitcoin oscillait autour de 55 000 à 56 000 EUR (63 000 à 64 000 USD), le funding est tombé à environ -6%, un plus bas de trois mois, tandis que l’intérêt ouvert sur les contrats réglés en Bitcoin grimpait de 668 000 à 687 000 BTC en vingt-quatre heures, signe que de nouvelles positions courtes s’ouvraient plutôt qu’un simple débouclage de positions longues en perte. Plus de 500 millions de dollars de positions ont été liquidées sur la journée, dont plus de 420 millions de positions longues, selon les données rapportées par CoinDesk.

Le 16 avril, nouvel épisode : la moyenne mobile sur sept jours du funding est tombée à -0,005%, son niveau le plus négatif depuis 2023 selon les données de Glassnode citées par CoinDesk, alors que le Bitcoin évoluait autour de 65 000 EUR (75 000 USD environ). Dans les deux cas, le marché a interprété l’accumulation de positions courtes payantes comme un terrain propice à un short squeeze : si le prix remonte alors qu’un grand nombre de vendeurs à découvert sont positionnés au même niveau, leurs liquidations forcées alimentent elles-mêmes la hausse.

Le précédent le plus souvent cité par les analystes reste l’effondrement de FTX en novembre 2022 : le funding était resté négatif pendant environ 46 jours consécutifs alors que le Bitcoin évoluait autour de 15 500 dollars, avant un rebond vers 23 000 dollars fin janvier 2023, selon une analyse historique publiée par Phemex. Ce précédent explique pourquoi une partie du marché continue de lire un funding négatif prolongé comme un indicateur contrarian plutôt que comme un simple symptôme de panique généralisée.

La flambée de janvier 2026 : funding, positionnement des teneurs de marché et risque de correction

Le mouvement inverse s’est produit quelques semaines plus tôt. Début janvier 2026, alors que le Bitcoin franchissait la zone des 78 000 à 82 000 EUR (90 000 à 94 000 USD environ) dans un contexte de liquidité réduite par les fêtes de fin d’année, le funding perpétuel sur Deribit a bondi au-dessus de 30% en rythme annualisé, les traders pariant sur une poursuite du mouvement vers 94 000, voire 100 000 dollars.

Les analystes de QCP Capital ont averti que cette envolée du funding augmentait le risque d’une correction plutôt qu’elle ne confirmait la solidité de la hausse, selon une analyse relayée par The Block. Le raisonnement technique repose sur le positionnement des teneurs de marché en options : lorsqu’ils se retrouvent en configuration dite « short gamma », toute hausse du prix les oblige mécaniquement à racheter du Bitcoin pour rester couverts, ce qui pousse le prix plus haut et amplifie encore leur besoin de couverture, un cercle qui peut s’inverser tout aussi brutalement à la baisse une fois la dynamique épuisée.

L’épisode illustre une règle simple que les traders de perpétuels expérimentés appliquent depuis les débuts de BitMEX : un funding extrême, positif ou négatif, ne dit rien en soi sur la direction future du prix ; il décrit seulement à quel point les positions sont concentrées d’un seul côté du marché, et donc à quel point une inversion serait douloureuse pour la majorité.

Chronologie 2026 des grands épisodes de funding

Pour resituer ces épisodes les uns par rapport aux autres, voici une chronologie synthétique des principaux mouvements de funding observés depuis janvier 2026.

DateBitcoin (approximatif)Funding observéÉvénement
5 janvier 2026~78 000-82 000 EUR (90 000-94 000 USD)Plus de 30% annualisé sur DeribitFlambée de funding en période de faible liquidité ; mise en garde de QCP Capital sur un risque de correction
28 février 2026~55 000-56 000 EUR (63 000-64 000 USD)Environ -6% (plus bas en 3 mois)Funding négatif ; plus de 500 M USD de liquidations en 24h ; ouverture d’intérêt en hausse
16 avril 2026~65 000 EUR (75 000 USD)-0,005% (moyenne mobile 7 jours)Funding le plus négatif depuis 2023 selon Glassnode
13 juillet 2026~55 000 EUR (63 000 USD)Fenêtre normaliséeIntérêt ouvert record sur Hyperliquid (plus de 9,6 Mrd EUR), poids croissant des marchés RWA on-chain

Cette chronologie ne prétend pas à l’exhaustivité, mais elle illustre une caractéristique structurelle du marché des perpétuels en 2026 : des bascules de signe plus fréquentes qu’auparavant, sur fond d’un intérêt ouvert global qui continue de croître, notamment via les marchés on-chain.

Ethena et la marchandisation du funding : du carry trade au stablecoin

Le funding rate n’est pas seulement un signal ou un coût pour les traders : c’est aussi devenu la matière première d’un produit financier à part entière. Ethena Labs a construit son stablecoin synthétique USDe sur une position dite delta-neutre : le protocole détient un actif comme de l’ETH staké et vend simultanément un contrat perpétuel de notionnel équivalent. Tant que le funding reste positif en moyenne, cette position courte perçoit un flux de paiements qui, combiné au rendement du staking sur la jambe longue, constitue le rendement distribué aux détenteurs de la version porteuse d’intérêt, sUSDe.

L’offre en circulation d’USDe a atteint un pic proche de 12,2 milliards d’EUR (14 milliards de dollars) avant le décrochage du marché du 10 octobre 2025, un choc de liquidité généralisé qui a fait dévisser le stablecoin jusqu’à 0,97 dollar l’espace de quelques heures avant qu’il ne revienne à sa parité, selon une analyse publiée par Forbes en juin 2026. Dans les mois qui ont suivi, l’encours a nettement reculé : les estimations à la mi-2026 se situent, selon les sources, entre 3,5 et 5,2 milliards d’EUR (4 à 6 milliards de dollars), signe que le produit reste sensible aux phases de désendettement généralisé même si son mécanisme reste, sur le papier, neutre au prix du sous-jacent.

Le rendement lui-même a suivi la courbe du funding : après avoir oscillé entre 4% et 30% annualisés sur 2024 et 2025, la majorité des périodes se situant entre 8% et 18%, il s’est comprimé à un niveau proche de la dizaine de pourcents au premier semestre 2026, à mesure que le marché du funding se refroidissait dans son ensemble. Sur un historique de trois ans, le funding cumulé sur la position a été négatif environ 17,5% des jours, avec une série continue de treize jours de funding négatif dans le pire des cas recensés, des périodes durant lesquelles seul le rendement du staking a porté le rendement distribué aux détenteurs de sUSDe.

Ce type de produit soulève une question familière aux lecteurs qui suivent le rendement mutualisé du restaking sur Ethereum et ses risques : un rendement à deux chiffres construit sur un mécanisme de marché, ici le funding, là les récompenses de validation partagées, reste par nature dépendant des conditions qui l’ont rendu possible, et peut se comprimer ou s’inverser plus vite que la communication commerciale ne le laisse entendre.

Qui exploite le funding : teneurs de marché, fonds et bots de détail

Le funding rate n’est pas qu’un coût subi : c’est aussi une source de revenu recherchée activement. Trois catégories d’acteurs s’en disputent la capture.

Les teneurs de marché et desks de trading propriétaire pratiquent l’arbitrage dit de « cash and carry » : ils achètent l’actif au comptant, ou via un ETF pour les acteurs réglementés, et vendent à découvert un notionnel équivalent en perpétuel, empochant le funding tant qu’il reste positif, une stratégie proche par construction du modèle d’Ethena mais opérée pour compte propre plutôt qu’à travers un stablecoin. Les fonds spéculatifs pratiquent une version apparentée sur les marchés à terme classiques adossés au Bitcoin, avec des positions qui se sont contractées d’environ 39% au premier trimestre 2026 selon les données de positionnement du régulateur américain CFTC, un dénouement partiel qui a coïncidé avec des sorties record enregistrées sur certains ETF spot au cours du deuxième trimestre.

Les plateformes elles-mêmes et des fournisseurs tiers de bots de trading automatisé proposent désormais des produits packagés de « funding farming » à destination des particuliers, souvent avec un effet de levier ajouté qui change radicalement le profil de risque par rapport à la position neutre originelle : un funding de quelques points de pourcentage annualisés devient rapidement significatif une fois multiplié par cinq ou dix, mais les pertes en cas de retournement le sont tout autant.

Ce marché reste concentré sur un nombre restreint de plateformes malgré la croissance de Hyperliquid : Binance a par exemple affiché un intérêt ouvert moyen quotidien proche de 23,9 milliards de dollars au premier trimestre 2026, largement au-dessus de ses concurrents directs, dans un contexte plus large de décrue des volumes constatée sur l’ensemble des exchanges crypto durant l’été 2026, ce qui tend mécaniquement à concentrer la liquidité, et donc la formation du funding, sur un nombre décroissant de plateformes dominantes.

Effet de levier et liquidations : le vrai coût du funding pour un trader

Pour un trader qui maintient une position à effet de levier pendant plusieurs jours ou semaines, le funding cesse d’être un détail comptable. Une position longue sur un contrat dont le funding moyen tourne autour de 15% annualisés, l’ordre de grandeur observé sur Hyperliquid pour Bitcoin au premier semestre 2026, paie mécaniquement ce taux sur son notionnel complet, et non sur la seule marge engagée : avec un levier de dix fois, ce coût de portage représente déjà 150% de la marge sur une base annualisée s’il devait se maintenir sans interruption, un scénario rare mais qui illustre pourquoi les positions directionnelles à fort levier restent incompatibles avec un maintien de longue durée en environnement de funding élevé.

Le second risque, plus brutal, tient au prix de référence utilisé pour calculer la valeur de la position et déclencher les liquidations. Sur les plateformes on-chain, ce mécanisme de liquidation est lui-même un smart contract, dont la robustesse dépend directement de la qualité de l’audit dont il a fait l’objet ; or le palmarès 2026 des audits de smart contracts et leurs limites rappelle qu’un code audité n’est pas un code invulnérable, et que le risque se déplace alors vers la fiabilité de l’oracle de prix externe que ce contrat utilise pour valoriser les positions en temps réel.

Enfin, la vitesse de mise à jour du funding joue un rôle sous-estimé : un cycle horaire comme celui de Hyperliquid ou dYdX réagit plus vite à un choc de positionnement qu’un cycle de huit heures, ce qui limite la durée pendant laquelle un déséquilibre extrême peut s’accumuler, au prix d’une volatilité plus élevée du taux lui-même, cohérent avec l’écart de volatilité mesuré par Coin Metrics entre Hyperliquid et ses homologues centralisés.

Cadre réglementaire européen : pourquoi les perpétuels ne relèvent pas de MiCA

En droit européen, le contrat perpétuel n’est pas un « crypto-actif » au sens du règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), qui encadre l’émission de jetons et l’activité des prestataires de services sur crypto-actifs pour les opérations au comptant. Un perpétuel est un instrument financier dérivé, et à ce titre relève de la directive MiFID II, supervisée par les régulateurs de marché nationaux, l’AMF en France.

L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a clarifié ce point sans ambiguïté dans une déclaration publique du 24 février 2026 : quel que soit le nom commercial utilisé, « perpetual futures » ou toute autre appellation marketing, ces dérivés crypto à effet de levier entrent dans le champ des mesures d’intervention sur produits applicables aux CFD (contracts for difference) au titre de MiFID II. Concrètement, cela impose des limites de levier, un avertissement sur les risques standardisé, une clôture automatique des positions en cas de marge insuffisante, une protection contre le solde négatif, et une interdiction des incitations commerciales à ouvrir des positions. Le plafond de levier applicable aux clients particuliers sur les CFD crypto reste fixé à 2 pour 1, contre des leviers pouvant atteindre 100 pour 1 sur certaines plateformes offshore non soumises à ce régime.

Cette distinction MiCA/MiFID II a une conséquence pratique directe pour un résident français : un particulier qui négocie un contrat perpétuel sur une plateforme offshore non autorisée en France échappe simultanément au périmètre de protection MiCA, réservé au spot, et au plafond de levier MiFID II, réservé aux CFD autorisés localement. Une zone grise que les épisodes de volatilité liés à l’actualité politique et électorale ont déjà montré capable d’amplifier fortement les mouvements de funding en quelques heures, faute de garde-fous équivalents à ceux imposés aux intermédiaires régulés.

Le cas français : la doctrine de l’AMF et l’étroitesse de l’accès légal

En France, l’AMF a précisé sa propre doctrine sur les produits financiers complexes adossés à des crypto-actifs le 11 décembre 2025, en adaptant ses positions-recommandations DOC-2010-05 et DOC-2013-12. Le régulateur y pose une règle simple pour qu’un produit structuré lié à un crypto-actif échappe à l’avertissement standard réservé aux produits complexes : absence totale de levier ou de composante discrétionnaire, crypto-actif sous-jacent affichant une capitalisation d’au moins 10 milliards d’euros et un volume quotidien d’au moins 50 millions d’euros, exposition via détention directe ou instrument réglementé, et conservation obligatoire par un dépositaire agréé MiCA. L’AMF prévoit de revoir cette doctrine au premier semestre 2027 et rappelle, dans le même texte, que les crypto-actifs restent par nature sujets à de fortes variations de prix.

Le régulateur a par ailleurs musclé son action de terrain : l’AMF et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ont ajouté conjointement 58 sites non autorisés dans la catégorie Forex et 29 sites proposant des produits dérivés sur crypto-actifs à leur liste noire au cours de la seule année 2025, une surveillance qui vise précisément les offres à effet de levier échappant au cadre MiFID II.

L’échéance la plus structurante reste toutefois celle du 1er juillet 2026 : la période transitoire qui permettait aux prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) déjà enregistrés en France de continuer à opérer sans agrément MiCA a pris fin ce jour-là. Binance France SAS, qui n’a pas obtenu l’agrément de prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA) prévu par MiCA, a cessé ses activités en France à cette date. Or cet agrément couvre les services sur crypto-actifs au comptant ; il ne confère aucune autorisation à proposer des perpétuels ou tout autre dérivé à effet de levier, qui resterait soumis, séparément, à un agrément d’entreprise d’investissement au titre de MiFID II, très rarement délivré en France pour ce type spécifique de produit. Concrètement, un particulier français souhaitant s’exposer légalement, via un compte domestique, au funding rate d’un perpétuel BTC ou ETH dispose d’un choix nettement plus restreint que ne le laisserait penser la popularité mondiale du produit, une situation qui pousse une partie de la demande vers des plateformes offshore, hors du périmètre de supervision de l’AMF.

Outils, bonnes pratiques et perspectives pour le second semestre 2026

Pour un trader ou un simple observateur souhaitant suivre le funding rate au quotidien, plusieurs outils gratuits font référence : les tableaux de bord FundingRate de CoinGlass, qui agrègent les taux de la plupart des grandes plateformes en un coup d’œil, les séries historiques de CryptoQuant et Coinalyze, et les données publiées directement par The Block dans sa section marchés. Ces outils permettent de comparer en temps réel le funding d’un même actif d’une plateforme à l’autre, un écart qui, on l’a vu avec Hyperliquid, peut à lui seul représenter plusieurs points de pourcentage annualisés.

Trois bonnes pratiques ressortent de cet historique 2026. D’abord, ne jamais interpréter un funding extrême comme un signal directionnel isolé : il décrit une concentration de positions, pas une prédiction de prix, et les deux plus gros mouvements de l’année, la flambée de janvier et les creux négatifs de février et avril, se sont soldés par des issues opposées. Ensuite, intégrer le funding dans le calcul du coût réel d’une position à effet de levier tenue plusieurs jours, en particulier sur les plateformes qui affichent un funding structurellement plus élevé comme Hyperliquid. Enfin, garder à l’esprit que le prix utilisé pour calculer les liquidations n’est pas toujours celui affiché sur le graphique principal de la plateforme.

Pour la seconde moitié de 2026, deux dynamiques semblent structurantes. La part croissante des marchés construits par des tiers, standard HIP-3 chez Hyperliquid, expansion continue des marchés RWA, déplace une partie de la formation du funding vers des marchés plus étroits, potentiellement plus volatils que les paires BTC ou ETH historiques. Et le cadre réglementaire européen, désormais pleinement en vigueur après l’échéance du 1er juillet 2026, formalise un peu plus l’écart entre un marché offshore où le funding circule sans plafond de levier retail et un marché européen où l’accès légal reste, pour l’instant, largement réservé aux acteurs professionnels.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le funding rate en crypto ?

Le funding rate est un paiement périodique échangé entre les positions longues et courtes sur un contrat perpétuel, calculé pour rapprocher le prix du contrat de celui du marché au comptant. Lorsqu’il est positif, les longs paient les shorts ; lorsqu’il est négatif, ce sont les shorts qui paient les longs. La fréquence de paiement varie d’une plateforme à l’autre, généralement toutes les huit heures sur les bourses centralisées historiques et toutes les heures sur des plateformes comme Hyperliquid ou dYdX.

Comment est calculé le taux de funding sur Binance, Bybit ou Deribit ?

La formule générale combine un indice de prime, l’écart moyen entre le prix du perpétuel et un prix de référence au comptant, et un terme de taux d’intérêt représentant le coût théorique de portage, l’ensemble étant borné par une bande morte et un plafond pour éviter des paiements extrêmes. Binance et Bybit utilisent un taux d’intérêt fixe proche de 0,01% par période de huit heures avec un plafond de ±0,05%, tandis que Deribit n’a pas de composante de taux d’intérêt séparée et applique une bande morte de ±0,025% avec un plafond de ±0,5% sur Bitcoin.

Pourquoi le funding rate devient-il négatif ?

Un funding négatif signifie que les positions courtes dominent le marché du perpétuel par rapport au comptant, généralement après une baisse de prix qui pousse davantage de traders à parier sur une poursuite du mouvement. Historiquement, un funding très négatif et prolongé, comme lors de l’effondrement de FTX fin 2022 ou lors des épisodes de février et avril 2026, a souvent précédé un rebond, car l’accumulation de positions courtes crée un terrain propice à un short squeeze si le prix se retourne à la hausse.

Le trading de perpétuels crypto est-il légal en France ?

Les contrats perpétuels sont juridiquement des instruments financiers dérivés assimilés à des CFD au sens de MiFID II, et non des crypto-actifs relevant de MiCA. L’ESMA a rappelé en février 2026 que le levier retail sur ces produits reste plafonné à 2 pour 1 au sein de l’Union européenne. En pratique, très peu d’acteurs disposent en France d’un agrément d’entreprise d’investissement couvrant spécifiquement ce type de dérivé, ce qui limite fortement l’offre légale domestique et pousse une partie de la demande vers des plateformes offshore échappant à la supervision de l’AMF.

Comment suivre le funding rate en temps réel ?

Des tableaux de bord gratuits comme CoinGlass, CryptoQuant ou Coinalyze agrègent le funding rate de la plupart des grandes plateformes centralisées et décentralisées, permettant de comparer un même actif d’un endroit à l’autre. Les plateformes elles-mêmes, Binance, Deribit, Hyperliquid ou dYdX, publient également leurs propres données historiques et prévisionnelles dans leur documentation ou leur interface de trading.

Article rédigé par la rédaction Marchés de HOGE Wire.

Share 𝕏 Post Telegram