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Funding rate 2026 : de Bitcoin aux memecoins, la carte du risque

Le funding de Bitcoin reste discipliné, mais celui des memecoins, des actions tokenisées et même du pétrole atteint des extrêmes. Panorama chiffré d'un indicateur devenu baromètre du risque en 2026.

Le funding rate est censé faire la même chose partout : coller le prix d’un contrat perpétuel à celui de l’actif sous-jacent, en faisant payer les longs quand ils dominent le marché et les shorts quand la tendance s’inverse. Sur le papier, c’est un mécanisme neutre, presque comptable. Dans les faits, la façon dont il se comporte en 2026 raconte une histoire beaucoup plus large que Bitcoin et Ethereum.

D’un côté, le funding de Bitcoin oscille dans une fourchette relativement disciplinée, documentée trimestre après trimestre par les études de BitMEX et de Coin Metrics. De l’autre, un memecoin comme FARTCOIN peut voir son marché de perpétuels s’affoler en une heure, un instrument aussi inédit que les perpétuels d’actions non cotées de Hyperliquid peut naître et mourir en quelques mois, et même le pétrole négocié sous forme de perpétuel a affiché un funding annualisé à trois chiffres négatifs. Ce tour d’horizon part de Bitcoin pour remonter toute la courbe du risque, jusqu’à la bataille judiciaire qui oppose désormais le CME, le plus grand marché à terme du monde, à son propre régulateur.

Le funding rate en une minute : le mécanisme qui aligne les perpétuels au spot

Un contrat perpétuel («perp») réplique l’exposition d’un future classique, mais sans date d’expiration. Pour éviter que son prix ne dérive indéfiniment loin du marché spot, chaque plateforme prélève un paiement périodique entre les positions longues et les positions courtes : c’est le funding rate. Quand il est positif, les longs paient les shorts, signe que le contrat s’échange au-dessus du spot et que la demande de levier haussier domine. Quand il est négatif, c’est l’inverse : les shorts paient les longs.

Le calcul combine généralement un indice de prime (l’écart entre le prix du perp et le spot) et un taux d’intérêt de référence, plafonné dans une bande pour éviter les excès. Les paramètres varient toutefois beaucoup d’une plateforme à l’autre : Binance et Bybit règlent toutes les huit heures, Hyperliquid toutes les heures en utilisant un prix d’oracle plutôt qu’un prix de marché pour calculer le notionnel, et Deribit exprime un funding continu ramené à une base de huit heures. Cette diversité de designs explique une bonne partie de ce que la suite de cet article documente : au-delà de la mécanique commune, chaque marché de perpétuels a sa propre personnalité de funding.

L’invention du funding rate : BitMEX et le pari de 2016

Le funding rate n’a rien d’un concept académique tombé du ciel : il a été inventé par une bourse précise, à une date précise, pour résoudre un problème concret. En mai 2016, BitMEX lance XBTUSD, le tout premier contrat perpétuel sur Bitcoin. Dans un billet devenu culte, Adapt or Die, son cofondateur Arthur Hayes raconte l’origine du produit : «We routinely asked ourselves, is there a way to create one product with no expiry so we can concentrate liquidity onto one contract?» (nous nous demandions régulièrement s’il existait un moyen de créer un produit sans échéance, pour concentrer la liquidité sur un seul contrat).

L’idée derrière le funding, telle que Hayes la formule dans ce même texte, tient en une phrase : «if the perp traded at an average 1% premium to spot over the last eight hours… longs would pay 1% to shorts» (si le perpétuel se négocie en moyenne avec une prime de 1% par rapport au spot sur les huit dernières heures, les longs paient 1% aux shorts). Autre motivation, plus prosaïque : «A product that looked and felt like margin trading would remove the need to answer many questions from confused clients» (un produit qui ressemblait à du trading sur marge éviterait d’avoir à répondre aux nombreuses questions de clients perdus). Dix ans plus tard, ce mécanisme conçu pour un seul contrat sur une seule bourse tourne désormais sur des dizaines de plateformes, des milliers d’actifs, et, comme la suite de cet article le montre, bien au-delà de la crypto.

Bitcoin et Ethereum, le socle : deux rapports, deux lectures

Sur Bitcoin et Ethereum, le funding reste l’actif le mieux documenté du secteur, et deux études publiées à quelques semaines d’intervalle en 2026 donnent des lectures complémentaires plutôt que contradictoires. Le rapport trimestriel de BitMEX, signé par l’analyste Shang Wu, calcule que le contrat inverse XBTUSD affiche un funding annualisé moyen d’environ 6%, contre environ 10% pour le contrat linéaire XBTUSDT, un écart négatif dans 94% des fenêtres glissantes de 90 jours sur trois ans et demi de données. Sur Hyperliquid, le funding BTC ressort en moyenne autour de 14,6% annualisé, presque le double des 7,4% observés sur Binance, avec une prime de +7,17 points de pourcentage sur BTC et +5,31 points sur ETH, dans le même sens neuf jours sur dix.

Pour Shang Wu, cette différence tient avant tout à la composition des utilisateurs : «Hyperliquid’s traders skew retail, on-chain and long-biased, degen traders that are happy to pay up for leverage, which pushes its funding higher» (les traders de Hyperliquid sont majoritairement des particuliers on-chain, structurellement acheteurs, des traders «degen» prêts à payer cher pour du levier, ce qui tire son funding vers le haut).

Le bulletin State of the Network de Coin Metrics, rédigé par la chercheuse Cooper Duschang, nuance ce constat sur une fenêtre différente : sur une moyenne glissante de six mois, le funding BTC de Hyperliquid est en réalité le deuxième plus bas des trois plateformes comparées (Hyperliquid, Binance, Deribit), à peine au-dessus de Deribit, tout en étant 1,95 fois plus volatil que Binance et 3,32 fois plus volatil que Deribit. Sa formule : «While more volatile, over the last six months, Hyperliquid-BTC has the second lowest funding rate for long traders» (plus volatil, mais sur les six derniers mois, le funding BTC de Hyperliquid a été le plus bas des trois pour les positions longues). Les deux études ne se contredisent pas vraiment : elles mesurent des fenêtres différentes, mais s’accordent sur l’essentiel, à savoir que le funding on-chain bouge plus vite et plus fort que sur les plateformes centralisées historiques, dans un sens comme dans l’autre. Pour une analyse plus détaillée de qui capte ce rendement au juste, notre article sur l’arbitrage de funding creuse la question.

Ce socle bouge avec un marché spot qui, le 28 juillet 2026, cote Bitcoin autour de 55 646 EUR (63 278 USD) et Ethereum autour de 1 653 EUR (1 880 USD), en repli d’environ 3% sur 24 heures selon CoinGecko, soit approximativement 1 EUR pour 1,137 USD.

Pourquoi Hyperliquid paie plus cher : une question de design, pas seulement de foule

La composition des traders n’explique pas tout. Deux choix de design amplifient mécaniquement la volatilité du funding sur les plateformes on-chain comme Hyperliquid. D’abord, la fréquence : un règlement horaire réagit à un déséquilibre de marché huit fois plus vite qu’un règlement toutes les huit heures, ce qui traduit toute bourrasque de positionnement en un pic de funding immédiat plutôt qu’en une moyenne lissée sur la journée. Ensuite, la référence de prix : Hyperliquid calcule le notionnel de ses positions sur un prix d’oracle externe plutôt que sur son propre prix de marché interne, ce qui rend le funding plus sensible aux écarts entre son carnet d’ordres et le reste du marché, surtout sur des actifs moins liquides que Bitcoin.

Ce même design, qui amplifie le funding sur BTC et ETH, devient déterminant plus loin sur la courbe du risque, en particulier sur les altcoins et les memecoins, où la profondeur de marché est une fraction de celle de Bitcoin et où un seul gros ordre peut faire basculer le funding d’un signe à l’autre en quelques minutes.

Cette logique de design se retrouve, amplifiée, sur les marchés HIP-3 dont il sera question plus loin : plus un marché de perpétuels est récent, spécialisé et adossé à un unique oracle propriétaire, plus son funding réagit vite, et plus fort, au moindre déséquilibre entre acheteurs et vendeurs.

Altcoins et arbitrage : quand l’écart de funding devient un métier

Sur des actifs plus liquides que les memecoins mais moins profonds que Bitcoin, comme Solana (SOL), XRP ou Dogecoin (DOGE), le funding se comporte de façon nettement plus erratique. La liquidité et la composition des utilisateurs varient fortement d’une plateforme à l’autre, si bien que le même actif peut afficher un funding positif sur une bourse et négatif sur une autre au même moment, un écart que les fonds quantitatifs exploitent systématiquement en ouvrant des positions opposées sur deux plateformes pour encaisser la différence sans exposition directionnelle. Selon FinanceFeeds, cette stratégie professionnelle, pratiquée sur Binance, Bybit, OKX, Hyperliquid ou encore Bitget et Kraken, vise généralement un rendement annualisé de l’ordre de 10 à 30% en conditions normales de marché, bien loin des rendements à trois chiffres parfois mis en avant dans du contenu marketing non vérifiable.

La différence de profondeur de marché explique une bonne partie de cet écart : le carnet d’ordres de Bitcoin absorbe des ordres de plusieurs dizaines de millions de dollars sans bouger significativement le prix, alors qu’un montant équivalent sur un altcoin de taille moyenne peut suffire à faire basculer le funding d’un signe à l’autre en quelques minutes. C’est précisément cette différence de profondeur qui permet aux fonds d’arbitrage de capter un rendement régulier sur les altcoins tout en restant, en théorie, neutres au marché, à condition de gérer correctement le risque de contrepartie et de liquidité propre à chaque plateforme.

C’est la même logique que l’arbitrage de base sur les futures classiques, que notre article sur la base des futures bitcoin détaille pour les contrats à échéance fixe : le funding n’est jamais qu’une base perpétuelle, recalculée en continu au lieu de converger à une date fixe. Ethena, dont le token synthétique USDe reste construit sur une position delta neutre (collatéral staké contre un short perpétuel équivalent), demeure l’illustration la plus visible de cette mécanique à grande échelle, avec un encours généralement estimé entre 4 et 6 milliards de dollars mi-2026 selon les sources.

Ce qui change fondamentalement en descendant vers les altcoins, c’est le rapport entre le rendement du funding et le risque pris pour l’encaisser. Le tableau ci-dessous résume comment ce compromis évolue sur toute la courbe du risque, des actifs les plus liquides jusqu’aux instruments les plus récents.

Segment de marchéExemplesComportement typique du fundingÉpisode marquant en 2026
Bitcoin / EthereumBTC, ETH (Binance, Hyperliquid, Deribit)Discipliné, majoritairement positif, écarts de quelques points entre plateformesÉcart Hyperliquid-Binance de +7,17 points sur BTC (BitMEX)
Altcoins liquidesSOL, XRP, DOGE (Binance, Bybit, OKX, Hyperliquid)Plus volatil, écarts inter-plateformes activement arbitrésRendement d’arbitrage visé de 10 à 30% par an
MemecoinsFARTCOIN, BONK (Hyperliquid, Binance)Pics extrêmes, corrélés à la manipulation et à la liquidité fineLong à 145 millions de dollars et déleveraging forcé sur FARTCOIN, 9 avril 2026
Actions tokenisées (HIP-3)Ex-marchés SpaceX, Anthropic, OpenAI (Hyperliquid)Funding calé sur un oracle propriétaire, marché jeune et concentréFermeture des marchés Anthropic et OpenAI, 15 juin 2026
Matières premièresPétrole WTI (BitMEX)Distorsions mécaniques lors des roulements d’indice, indépendantes du sentimentFunding à environ -531% annualisé, roulement d’avril 2026

FARTCOIN : quand un long à 145 millions de dollars révèle la mécanique

Le 9 avril 2026, deux portefeuilles ont construit sur Hyperliquid une position longue cumulée de 145,24 millions de jetons FARTCOIN, l’un en accumulant via des ordres TWAP autour de 0,248 dollar, l’autre en ouvrant du long autour de 0,205 dollar. Cette pression d’achat a aidé le token à grimper d’environ 0,16 à 0,25 dollar en quelques jours, selon l’enquête de CoinDesk. Le retournement a été brutal : le prix a chuté de moitié en une seule bougie horaire, de 0,2519 à 0,1244 dollar, et le trader à l’origine des deux portefeuilles a perdu environ 3 millions de dollars sur l’opération.

La liquidation a activé le mécanisme d’auto-deleveraging (ADL) de Hyperliquid, qui ferme de force des positions courtes profitables pour compenser les pertes du système quand le carnet d’ordres ne peut pas absorber la liquidation normalement. Deux portefeuilles vendeurs à découvert ont ainsi vu leurs positions closes de force, pour un profit combiné d’environ 849 000 dollars, sans aucun frais. Une semaine plus tôt, le protocole Drift avait déjà subi une exploitation de 270 millions de dollars qui avait siphonné 4,1 millions de dollars de FARTCOIN, un rappel que sur ce segment, le funding rate n’est jamais le seul mécanisme extrême à l’œuvre : profondeur de marché anémique, ADL et exploits de protocoles s’ajoutent les uns aux autres.

Ce cocktail de risques, où le funding n’est qu’un symptôme parmi d’autres d’une liquidité insuffisante, rejoint ce que notre enquête sur les rug pulls et le procès Pump.fun documente déjà à propos de l’écosystème memecoin dans son ensemble.

BONK, la DAO piratée et le risque hors-funding des memecoins

Le 6 juillet 2026, la trésorerie de BonkDAO a perdu environ 20 millions de dollars après qu’un attaquant a acheté suffisamment de votes pour faire adopter une proposition de gouvernance malveillante, siphonnant les fonds vers des adresses externes. Les fonds volés ont ensuite été tracés jusqu’à des plateformes d’échange, poussant Upbit à suspendre les dépôts et retraits de BONK, selon KuCoin. Dans la même fenêtre, SOL est passé d’environ 81 à 71 dollars en sept jours, un repli d’environ 13%, entraînant dans sa chute l’ensemble du secteur memecoin de l’écosystème (WIF, BONK, PENGU, FARTCOIN, TRUMP).

Notre article dédié sur l’attaque de gouvernance BonkDAO détaille le mécanisme précis de ce vol par achat de quorum. Ce qui compte ici, c’est l’effet de contagion sur les marchés de perpétuels adossés à ces tokens : quand un piratage de trésorerie fait chuter le prix spot d’un memecoin de plusieurs pourcents en quelques minutes, le funding et les liquidations en cascade suivent presque mécaniquement, sans que le mécanisme de funding lui-même n’ait rien à voir avec la cause initiale du choc. C’est un rappel utile que sur ce segment, le risque de gouvernance et le risque de funding se superposent plutôt qu’ils ne s’excluent.

HIP-3 : Hyperliquid invente le funding rate pour les actions non cotées

Lancé sur le mainnet de Hyperliquid le 13 octobre 2025, le cadre HIP-3 permet à des équipes tierces de déployer leurs propres marchés de perpétuels de façon quasi permissionless, moyennant un dépôt de 500 000 HYPE potentiellement saisi en cas de mauvaise conduite, selon OAK Research. Les trois premiers actifs de chaque marché HIP-3 se déploient sans enchère, les suivants passent par une enchère hollandaise. L’opérateur qui déploie un marché en garde un contrôle quasi total : choix de l’oracle, exigences de marge, actifs acceptés en collatéral, structure des frais. Le champ couvert dépasse largement la crypto :

  • Actions et contrats pré-IPO (les «IPOP»)
  • Matières premières
  • Devises (FX)
  • Indices
  • ETF

TradeXYZ, l’opérateur dominant du cadre, a obtenu en mars 2026 une licence répliquant le S&P 500, une première validation institutionnelle pour ce type de dérivé on-chain selon OAK Research. La croissance a été rapide : l’open interest cumulé des marchés HIP-3 est passé d’environ 790 millions de dollars en janvier 2026 à plus de 1,4 milliard en mars, puis a dépassé 3 milliards en juin, avec des pics à 48% du volume total de Hyperliquid certains jours. Le revers de cette croissance : plus de 90% de cet open interest reste concentré sur le seul TradeXYZ, ce qui signifie qu’un cadre présenté comme permissionless reste, dans les faits, largement centralisé autour d’un unique opérateur. La documentation elle-même liste les risques inhérents : qualité de l’oracle, fragmentation de la liquidité, sécurité des contrats intelligents, incertitude réglementaire.

La fin éclair des perpétuels Anthropic et OpenAI

L’exemple le plus parlant des risques propres à HIP-3 n’est pas hypothétique : il s’est produit en juin 2026. L’équipe Ventuals avait lancé, via HIP-3, des marchés perpétuels permettant de spéculer sur la valorisation d’Anthropic et d’OpenAI sans en détenir d’actions, deux sociétés privées non cotées. Ces marchés ont généré plus de 650 millions de dollars de volume cumulé et attiré plus de 500 000 HYPE de soutien communautaire, selon CoinDesk.

Le contraste avec un autre marché HIP-3 lancé à la même période est instructif. Toujours sur Hyperliquid, les perpétuels adossés à SpaceX ont été lancés mi-mai 2026 pour permettre une découverte de prix continue avant l’introduction en bourse de l’entreprise, valorisée 135 dollars par action le 12 juin 2026 puis clôturant sa première séance autour de 161 dollars. Ce marché a accumulé plus de 100 millions de dollars de positions en amont de la cotation, avec un open interest ayant culminé au-delà de 250 millions de dollars tous venues confondues et environ 1,4 milliard de dollars de volume le jour de l’introduction, selon CryptoTimes. Contrairement aux marchés Anthropic et OpenAI, celui-ci a survécu à la transition : une fois l’action cotée au Nasdaq, le contrat est simplement devenu un perpétuel classique adossé à une action, réglé par funding rate contre le prix de marché plutôt que par livraison physique, avec un open interest qui se maintenait encore autour de 170 millions de dollars mi-juillet 2026.

Le 15 juin 2026, à l’inverse, Ventuals a annoncé l’arrêt de ses activités : le trading sur les contrats OPENAI et ANTHROPIC a été suspendu et toutes les positions ont été réglées automatiquement, l’équipe rejoignant un autre projet de l’écosystème Hyperliquid. TradeXYZ concentrait déjà près de 97% du volume de cette catégorie de marchés avant même cette fermeture. La leçon ne concerne pas le funding rate lui-même, qui a fonctionné exactement comme prévu jusqu’au bout, mais une couche de risque supplémentaire, propre à ces marchés naissants : que se passe-t-il quand ce n’est pas le funding qui casse, mais le marché tout entier, parce que l’opérateur qui le fait vivre décide de s’arrêter ?

Le pétrole aussi : le funding rate à -531% sur BitMEX

Le funding rate n’est plus l’apanage des cryptomonnaies. BitMEX propose depuis plusieurs années un contrat perpétuel sur le pétrole WTI (WTIUSDT), et son rapport du deuxième trimestre 2026 montre à quel point ce marché peut se comporter différemment d’un perpétuel crypto. Lors du roulement d’indice d’avril 2026, le funding annualisé est tombé à environ -531%, un niveau extrême qui ne reflète aucun avis directionnel des traders mais une mécanique de roulement en situation de backwardation, c’est-à-dire quand le contrat le plus proche de l’échéance se négocie plus cher que les contrats plus lointains, l’inverse de la structure de contango qui pousse habituellement le funding crypto en territoire positif.

Ce n’est pas un hasard si c’est une bourse crypto, et non un acteur traditionnel du courtage sur matières premières, qui a été parmi les premières à proposer un perpétuel sur le pétrole. Le funding rate offre un avantage structurel que les futures classiques n’ont pas : aucune date de roulement obligatoire, donc aucun coût de roulement récurrent pour un trader qui veut simplement maintenir une exposition longue ou courte dans la durée, exactement l’argument qu’Arthur Hayes avançait déjà en 2016 pour Bitcoin, appliqué dix ans plus tard à une matière première vieille de plus d’un siècle de marchés à terme.

Ce même marché avait connu l’effet inverse quelques semaines plus tôt : le volume hebdomadaire des perpétuels pétrole a dépassé 6 milliards de dollars fin février 2026, en pleine tension entre les États-Unis et l’Iran. Le pétrole illustre ainsi une idée simple mais importante pour comprendre 2026 : à mesure que le funding rate s’exporte vers des actifs traditionnels, il hérite aussi de leurs propres distorsions mécaniques, sans rapport avec le sentiment des traders sur Bitcoin ou Ethereum.

Kalshi et la CFTC ouvrent la porte aux perpétuels sur (presque) tout

Aux États-Unis, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a autorisé le 29 mai 2026 le lancement des premiers contrats perpétuels crypto régulés du pays, via KalshiEX et Coinbase Financial Markets. Le président de la CFTC, Mike Selig, a salué une décision qui «is a major step forward in delivering on President Trump’s goal of cementing America as the crypto capital of the world» (représente une avancée majeure vers l’objectif du président Trump de faire de l’Amérique la capitale mondiale de la crypto), les perpétuels constituant selon lui «a foundational risk management and price discovery tool in the global crypto asset markets» (un outil fondamental de gestion des risques et de découverte des prix sur les marchés mondiaux d’actifs numériques), selon CoinDesk.

Depuis, selon Cryptonomist, Kalshi a cumulé plus de 16,1 milliards de dollars de volume, majoritairement institutionnel, avec un levier disponible jusqu’à 50x et sans date d’expiration. La CFTC ne compte pas s’arrêter à Bitcoin : l’agence discute désormais activement d’étendre les perpétuels aux métaux (l’or, jugé «retail friendly» en priorité), aux devises et à l’énergie, le pétrole brut étant en cours d’examen, avec une consultation publique lancée en juin 2026 sur les matières premières énergétiques stockables. Des indices larges et des actions individuelles pourraient suivre. Udesh Jha, directeur des risques de Kalshi, résume l’appétit attendu : «FX, metals, and energy are probably the ones that because of geopolitical and seasonality» (le change, les métaux et l’énergie sont probablement les catégories les plus demandées, en raison de la géopolitique et de la saisonnalité). Le marché offshore des perpétuels, non régulé, pesait déjà environ 90 000 milliards de dollars de volume en 2023, et c’est ce marché que la CFTC cherche maintenant à rapatrier sous supervision américaine.

Cet attrait n’est pas propre à la crypto : sans date d’expiration, un perpétuel élimine le coût de roulement récurrent des futures classiques et permet de maintenir une exposition indéfiniment avec un seul instrument, ce qui explique pourquoi la CFTC voit dans son extension à l’or, aux devises ou à l’énergie un potentiel bien plus large qu’un simple produit crypto de niche. Cette bascule réglementaire s’inscrit dans un climat où le sort du CLARITY Act, que notre article sur le pari à 5 milliards qui dépend du Sénat détaille, continue de peser sur le positionnement des traders de dérivés crypto au sens large.

CME contre-attaque : Terry Duffy et la bataille judiciaire des perpétuels

Cette ouverture ne fait pas l’unanimité, y compris dans l’establishment américain des marchés dérivés. Le 17 juin 2026, le CME Group, la plus grande bourse à terme du monde, a assigné la CFTC et son président Michael Selig devant le tribunal fédéral du district de Columbia, selon The Block. L’argument central du CME : les contrats perpétuels devraient être qualifiés de «swaps» au sens du Dodd-Frank Act, et non de «futures», ce qui les soumettrait à une supervision plus stricte. La plainte accuse Selig d’avoir «overrode Congress’s definition of the term swap and circumvented the regulatory regime Congress required» (outrepassé la définition légale du terme «swap» fixée par le Congrès et contourné le régime réglementaire que celui-ci avait imposé).

Le PDG du CME, Terrence Duffy, qui a par ailleurs annoncé son départ à effet 2027, a résumé sa position sans détour : les perpétuels sont un «disaster waiting to happen» (un désastre en devenir). La CFTC a répliqué sèchement par la voix de son porte-parole, qualifiant la démarche de recours à la «lawfare» plutôt qu’à la concurrence sur le marché, et de plainte «frivolous» (frivole). La plainte du CME reproche aussi au régulateur de ne pas avoir ouvert de consultation publique avant d’approuver la demande de Kalshi. Au fond, cette bataille judiciaire est l’écho institutionnel exact du sujet de cet article : un mécanisme de funding rate, conçu à l’origine pour la crypto, est en train de recomposer les rapports de force de toute l’industrie des dérivés traditionnels.

En France, une porte qui reste fermée : l’AMF face aux perpétuels

Rien de tout cela n’ouvre un accès légal simple pour un résident français. Depuis la déclaration publique de l’ESMA du 24 février 2026, les contrats perpétuels crypto sont explicitement traités comme des CFD au sens de la directive MiFID II, quel que soit leur nom commercial, ce qui plafonne le levier accessible aux particuliers à 2:1, contre parfois 50x ou 100x sur les plateformes offshore évoquées plus haut. L’Autorité des marchés financiers (AMF) considère de son côté que proposer des dérivés crypto en France nécessite une autorisation, et qu’en faire la publicité par voie électronique reste interdit au titre de la loi Sapin 2.

Le 21 avril 2026, l’AMF et l’ACPR ont conjointement averti le public que 16 sites de Forex et 15 sites de dérivés crypto non autorisés avaient été recensés depuis le début de l’année, un rythme qui donne une idée de la taille du marché gris auquel ces règles tentent de s’attaquer. Ce chiffre s’inscrit dans une histoire plus longue : une étude de l’AMF portant sur la période 2009-2013 avait déjà établi que 89% d’environ 15 000 clients particuliers français actifs sur le Forex et les CFD avaient perdu de l’argent, pour une perte cumulée d’environ 161 millions d’euros. Cette étude est antérieure à l’essor de la crypto, mais elle éclaire la doctrine de prudence que l’AMF applique aujourd’hui aux produits à effet de levier, crypto comprise.

Point important pour situer ce sujet par rapport à l’actualité réglementaire européenne plus large : les perpétuels et futures restent des instruments financiers relevant de MiFID II, donc hors du champ de MiCA, qui ne couvre que les actifs crypto au comptant et les prestataires de services sur actifs numériques. La période transitoire MiCA pour les PSAN français s’est d’ailleurs achevée le 1er juillet 2026, et Binance France SAS, faute d’autorisation obtenue à temps, a cessé ses activités françaises à cette date, un dossier distinct des perpétuels mais qui illustre le durcissement général du cadre. Le tableau suivant résume ces différences de traitement d’une juridiction à l’autre.

Juridiction / acteurStatut des perpétuelsLevier retailDéveloppement récent (2026)
États-Unis (CFTC, Kalshi, Coinbase)Autorisés depuis mai 2026, encadrés comme futuresJusqu’à 50x16,1 milliards de dollars de volume cumulé; extension étudiée aux métaux, FX, énergie
Union européenne / France (ESMA, AMF)Traités comme CFD sous MiFID II, hors MiCA2:115 sites de dérivés crypto non autorisés recensés depuis janvier 2026
Hyperliquid / HIP-3 (on-chain)Aucune autorité centrale, gouvernance par le jeton HYPEVariable selon le marché déployéPlus de 90% de l’open interest HIP-3 concentré sur un seul opérateur, TradeXYZ
CME Group (Chicago)Conteste la qualification «futures» devant la justice fédéraleNon applicable, le CME ne liste pas de perpétuelsPlainte déposée le 17 juin 2026 contre la CFTC et son président

Comment suivre le funding rate au quotidien : les outils qui comptent

Vu à quel point le comportement du funding diverge désormais selon l’étage de la courbe du risque observé, l’outil consulté compte presque autant que le chiffre lui-même : un funding BTC calme sur Binance ne dit rien de ce qui se passe au même instant sur un memecoin ou un marché HIP-3.

  • CoinGlass, pour les tableaux de bord de funding croisés entre plateformes et les cartes de chaleur de liquidation
  • Coinalyze, pour le suivi historique par paire
  • The Block Data, pour des séries longues sur BTC et ETH
  • Le KFRI de CF Benchmarks (CF Bitcoin Kraken Perpetual Funding Rate Index), un indice de référence qui affichait 10,1717% annualisé à la mi-juillet 2026
  • La documentation de chaque plateforme (Hyperliquid, Binance, Deribit) pour comprendre le calcul propre à chaque marché

Aucun de ces outils ne remplace la lecture du contexte : un funding extrême peut signaler une opportunité d’arbitrage aussi bien qu’un marché sur le point de se retourner brutalement, comme l’a montré FARTCOIN en avril. Un réflexe simple aide à trancher : comparer le funding annualisé au rendement d’un placement sans risque plutôt que de réagir au chiffre brut affiché toutes les heures ou toutes les huit heures, et vérifier si le mouvement est isolé à une seule plateforme ou partagé par l’ensemble du marché.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le funding rate d’un contrat perpétuel ?

Le funding rate est un paiement périodique échangé directement entre les positions longues et les positions courtes sur un contrat perpétuel, sans passer par la plateforme elle-même. Il sert à maintenir le prix du perpétuel proche de celui de l’actif au comptant : positif, il est payé par les longs aux shorts, signe d’une demande haussière dominante ; négatif, c’est l’inverse. Le calcul et la fréquence de règlement varient d’une plateforme à l’autre.

Pourquoi le funding rate est-il plus élevé sur Hyperliquid que sur Binance ?

Plusieurs facteurs se combinent : une base d’utilisateurs plus orientée particuliers et structurellement acheteuse selon l’analyste de BitMEX Shang Wu, un règlement horaire plutôt que toutes les huit heures, et un calcul du notionnel basé sur un prix d’oracle externe plutôt que sur le prix de marché interne. Ensemble, ces choix de design rendent le funding plus réactif aux déséquilibres de positionnement que sur une bourse centralisée classique.

Le funding rate des memecoins est-il plus risqué que celui de Bitcoin ?

Oui, structurellement. La liquidité plus fine de tokens comme FARTCOIN ou BONK permet à un seul gros ordre de faire basculer rapidement le funding, comme l’a montré une position longue de 145 millions de dollars sur FARTCOIN en avril 2026. Ce risque s’ajoute à d’autres mécaniques extrêmes propres au segment, comme le déleveraging automatique ou le risque de gouvernance illustré par le piratage de la trésorerie de BonkDAO.

Peut-on trader légalement des contrats perpétuels crypto en France ?

L’accès reste très restreint. Depuis la position de l’ESMA du 24 février 2026, les perpétuels crypto sont traités comme des CFD sous MiFID II, avec un levier retail plafonné à 2:1, quel que soit le nom commercial du produit. L’AMF exige par ailleurs une autorisation pour en proposer, interdit leur publicité électronique, et met régulièrement à jour, avec l’ACPR, une liste noire de sites non autorisés ciblant les épargnants français.

Comment suivre le funding rate en temps réel ?

Des plateformes comme CoinGlass ou Coinalyze agrègent le funding de la plupart des grandes bourses en temps réel, avec des cartes de chaleur et des outils de comparaison inter-plateformes. Pour Bitcoin, l’indice KFRI de CF Benchmarks offre une référence normalisée et publiée régulièrement, tandis que chaque plateforme (Hyperliquid, Binance, Deribit) publie aussi sa propre donnée brute directement accessible.

Par la rédaction Marchés de HOGE Wire.

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