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ETF Bitcoin et Ethereum : le rebond de juillet est-il solide ?

Après leur pire mois en juin, les ETF Bitcoin et Ethereum enchaînent des semaines de flux positifs, mais les analystes restent prudents sur la solidité de la reprise.

Juin 2026 restera dans les annales comme le pire mois de l’histoire des ETF Bitcoin au comptant : plus de 4,5 milliards de dollars (environ 3,94 milliards d’euros) sont sortis des fonds cotés aux États-Unis en un seul mois, un record qui a nourri des titres alarmistes pendant plusieurs semaines. Trois semaines plus tard, le tableau a changé de couleur.

Les ETF Bitcoin enchaînent six journées consécutives de flux nets positifs au 22 juillet, les ETF Ethereum ont mis fin à huit semaines de retraits d’affilée, et de nouveaux produits, des ETF Solana avec staking aux ETF XRP, continuent d’attirer des capitaux frais. Reste une question que les analystes eux-mêmes refusent de trancher avec certitude : ce rebond traduit-il un retour réel de la demande institutionnelle, ou n’est-il qu’un sursaut technique dans un marché d’été à faible volume ?

Cet article fait le point complet sur les flux d’ETF crypto à la mi-2026 : les chiffres détaillés de la reprise de juillet pour Bitcoin et Ethereum, la montée en puissance des ETF avec staking, l’ouverture de la vanne réglementaire aux ETF XRP et Solana grâce aux nouvelles normes d’admission génériques de la SEC, la guerre des frais entre émetteurs, et ce que change concrètement la fin du régime PSAN pour les investisseurs français depuis le 1er juillet 2026. Pour un investisseur basé en zone euro, ces mouvements ne sont pas qu’une curiosité américaine : ils influencent directement le prix auquel se négocient les ETP cotés à Paris, Francfort ou Zurich.

Juillet 2026, un rebond qui reste à confirmer

Le contraste avec juin est frappant. Selon les données compilées par CoinDesk, les ETF Bitcoin au comptant ont perdu 4,5 milliards de dollars en juin, dépassant de près de 29% le précédent record négatif de février 2025 (3,48 milliards de dollars). Le fonds IBIT de BlackRock a concentré à lui seul environ 3,55 milliards de dollars de retraits, soit près de 79% de la casse du mois, tandis que le bitcoin perdait plus de 20% sur la période, sa pire performance mensuelle depuis juin 2022. Neuf journées consécutives de rachats ont clôturé le mois.

La suite a surpris une partie du marché. Le 2 juillet, un flux net positif de 221,7 millions de dollars (environ 194,3 millions d’euros), tiré notamment par le fonds FBTC de Fidelity, a mis fin à une série de dix journées de retraits qui avait drainé 2,73 milliards de dollars. Le rebond s’est ensuite étoffé : plus de 510 millions de dollars sont entrés sur trois séances début juillet, puis les flux hebdomadaires sont repassés dans le vert deux semaines de suite, avec 197,4 millions de dollars pour la semaine du 6 au 10 juillet et 75,6 millions de dollars pour celle du 13 au 17 juillet, selon les chiffres SoSoValue relayés par The Block. Au 22 juillet, les ETF Bitcoin affichaient six journées consécutives de flux positifs, pour un cumul de 779 millions de dollars (environ 683 millions d’euros) depuis le 13 juillet.

Le signal le plus parlant n’est peut-être pas le montant des flux, mais leur régularité retrouvée : selon des analystes de Bitfinex cités par CoinDesk, seul un tiers des séances de juillet a enregistré des sorties nettes, contre environ 90% des séances de juin. Reste que sur l’année, le compteur demeure largement négatif : les flux cumulés 2026 pour les ETF Bitcoin américains avoisinaient encore moins 5,2 milliards de dollars (environ moins 4,56 milliards d’euros) à la mi-juillet, un chiffre qui rappelle que la reprise part de très loin.

Vetle Lunde, responsable de la recherche chez K33, tempère l’enthousiasme. « C’est un schéma estival classique dans la crypto, et il montre à nouveau des signes de répétition », a-t-il expliqué à The Block, décrivant un bitcoin qui « est entré dans une phase de consolidation estivale calme, autour de 64 000 dollars ». Une lecture partagée par plusieurs bureaux de recherche : les volumes restent faibles, autour de 62% de la moyenne annuelle sur 30 jours selon les mêmes données, ce qui rend les flux plus faciles à faire pivoter dans un sens ou dans l’autre.

PériodeFlux ETF BitcoinFlux ETF EthereumRepère
Juin 2026 (mois complet)-4,5 Md$ (-3,94 Md€)8e semaine de retraits d’affiléePire mois de l’histoire des ETF Bitcoin
23 juin au 2 juillet-2,73 Md$ (-2,39 Md€)N/DSérie de 10 jours de rachats consécutifs
2 juillet+221,7 M$ (+194,3 M€)N/DFin de la série de rachats
Semaine du 6 au 11 juillet+197,4 M$ (+173 M€)+84,4 M$ (+74 M€)Retour aux flux positifs pour bitcoin et ether
Semaine du 13 au 17 juillet+75,6 M$ (+66,3 M€)N/DDeuxième semaine positive d’affilée pour bitcoin
14 au 21 juilletN/D+196,4 M$ (+172,1 M€)ETHA de BlackRock en tête de la demande
13 au 22 juillet (cumul)+779 M$ (+683 M€)3e séance positive d’affilée au 22 juilletPlus longue série positive depuis le printemps
Sources : SoSoValue, CoinDesk et The Block. Conversion EUR indicative au taux de 1,14 USD pour 1 EUR.

Flux, encours et actifs détenus : trois chiffres à ne pas confondre

Avant d’aller plus loin, une clarification s’impose, tant ces trois notions sont souvent mélangées dans les gros titres. Le flux net d’un ETF mesure la différence entre les créations et les rachats de parts sur une période donnée : c’est un indicateur de demande, exprimé en dollars entrant ou sortant. L’encours sous gestion (AUM) est la valeur totale du fonds à un instant T ; il évolue avec les flux, mais aussi simplement avec le prix de l’actif sous-jacent, ce qui explique qu’un ETF puisse voir son encours grimper alors même qu’il subit des rachats, si le prix du bitcoin monte plus vite que les sorties. Enfin, la quantité de bitcoin ou d’ether réellement détenue par les fonds ne bouge, elle, qu’avec les créations et rachats effectifs, pas avec le prix.

Ce mécanisme repose sur les participants autorisés (authorized participants ou AP), des banques et teneurs de marché qui achètent ou vendent l’actif sous-jacent en échange de parts nouvelles ou rachetées, et arbitrent l’écart entre le prix de l’ETF et sa valeur liquidative. Ce travail d’arbitrage rapproche d’ailleurs la mécanique des ETF de celle des marchés à terme : les mêmes acteurs surveillent la base entre spot et futures pour capter les écarts de prix, un manège que nous décortiquions récemment dans notre analyse sur l’assèchement de l’arbitrage de base sur les futures bitcoin. Un changement réglementaire notable est passé relativement inaperçu : depuis le 29 juillet 2025, la SEC autorise les créations et rachats en nature pour l’ensemble des ETF crypto au comptant, et non plus seulement en cash comme l’exigeait la règle initiale de janvier 2024. Les AP peuvent désormais livrer ou recevoir directement du bitcoin ou de l’ether plutôt que des dollars, ce qui réduit les frictions fiscales et opérationnelles de l’arbitrage.

Bitcoin : quatre semaines de mieux, une année toujours dans le rouge

Au 22 juillet 2026, les 13 ETF Bitcoin au comptant cotés aux États-Unis totalisaient environ 80 milliards de dollars d’encours (environ 70,1 milliards d’euros), pour 1 219 319 BTC détenus, soit près de 5,81% de l’offre plafonnée à 21 millions de bitcoins, selon les données quotidiennes compilées par Bitbo. La concentration reste extrême : IBIT de BlackRock représente à lui seul plus de 60% de l’encours total de la catégorie, loin devant Fidelity (FBTC) et le duo de fonds Grayscale. Depuis le lancement des premiers ETF Bitcoin au comptant le 11 janvier 2024, la catégorie n’avait jamais connu un tel dérapage sur un mois calendaire que celui de juin 2026, ce qui donne à la reprise actuelle une importance disproportionnée aux yeux des analystes qui cherchent à savoir si elle marque un vrai plancher ou une simple pause avant une nouvelle jambe baissière.

ETFTickerBTC détenusEncours (AUM)Part de l’offre (21M)
iShares Bitcoin Trust (BlackRock)IBIT741 67248,66 Md$ (42,66 Md€)3,53%
Fidelity Wise Origin Bitcoin FundFBTC172 47511,32 Md$ (9,92 Md€)0,82%
Grayscale Bitcoin TrustGBTC134 0708,80 Md$ (7,71 Md€)0,64%
Grayscale Bitcoin Mini TrustBTC58 1453,81 Md$ (3,34 Md€)0,28%
Bitwise Bitcoin ETFBITB36 7062,41 Md$ (2,11 Md€)0,18%
ARK 21Shares Bitcoin ETFARKB34 0762,24 Md$ (1,96 Md€)0,16%
VanEck Bitcoin TrustHODL16 6161,09 Md$ (0,96 Md€)0,08%
Source : Bitbo, données du 22 juillet 2026. Conversion EUR indicative au taux de 1,14 USD pour 1 EUR.

Cette domination d’IBIT explique aussi pourquoi les grands titres de juin (3,55 milliards de dollars de sorties) et de juillet (IBIT en tête du rebond) concernent souvent le même fonds : sa taille en fait à la fois le premier vecteur de retraits en phase de panique et le premier vecteur d’entrées en phase de reprise, un effet mécanique de sa part de marché plus qu’un signal en soi. Sur l’ensemble de 2026, le solde net des flux ETF Bitcoin restait toutefois négatif d’environ 5,2 milliards de dollars à la mi-juillet, la conséquence directe de l’ampleur de la chute de juin, que même quatre semaines de flux globalement positifs n’ont pas suffi à effacer.

Ethereum : la série de huit semaines de retraits enfin brisée

Les ETF Ethereum au comptant sortaient d’un passage à vide plus long encore que celui du bitcoin : huit semaines consécutives de retraits nets, la pire série depuis leur lancement en juillet 2024. Cette série s’est achevée durant la semaine du 6 au 11 juillet, avec un flux net positif de 84,4 millions de dollars (environ 74 millions d’euros), la meilleure lecture hebdomadaire depuis fin avril. Le mouvement s’est confirmé la semaine suivante : 196,4 millions de dollars (environ 172,1 millions d’euros) sont entrés entre le 14 et le 21 juillet, avec le fonds ETHA de BlackRock en tête de la demande (58,3 millions de dollars le 14 juillet, 52,8 millions le 21 juillet, 31,7 millions le 17 juillet). Au 22 juillet, les ETF ether enchaînaient une troisième séance consécutive de flux positifs, à hauteur de 37,5 millions de dollars, selon The Block.

L’encours cumulé des ETF Ethereum au comptant avoisinait 10,4 milliards de dollars (environ 9,1 milliards d’euros) à la mi-juillet, un montant nettement plus modeste que celui des fonds bitcoin, à l’image d’un marché de l’ether qui reste, en proportion, moins institutionnalisé. Le prix de l’ether lui-même évoluait autour de 1 930 dollars (environ 1 690 euros) le 22 juillet, très loin de ses sommets historiques, ce qui rend la lecture des flux en dollars plus volatile pour un même volume de parts échangées.

Le pari du staking : quand les ETF Ethereum deviennent des machines à rendement

Une partie de ce regain d’appétit pour l’ether tient à un changement structurel : les ETF ether ne se contentent plus de répliquer un prix, certains distribuent désormais un rendement de staking. Le tournant réglementaire remonte au 17 mars 2026, quand la SEC et la CFTC ont publié une prise de position interprétative conjointe qualifiant le staking de protocole (en solo, en autogestion, via un dépositaire ou sous forme liquide) d’opération ne constituant pas une transaction sur titre pour les commodités numériques comme l’ether. Cette clarification a ouvert la voie à deux approches concurrentes chez les grands émetteurs.

Grayscale a choisi la conversion : son fonds historique ETHE, coté depuis 2024, a activé le staking dès octobre 2025 et a été rebaptisé Grayscale Ethereum Staking ETF, tout en conservant son ticker. Environ 71% de ses actifs sont mis en jeu, et une première distribution de récompenses est intervenue le 5 janvier 2026, couvrant le trimestre octobre-décembre 2025. BlackRock a préféré créer un véhicule séparé : l’iShares Staked Ethereum Trust (ticker ETHB) a été lancé le 12 mars 2026 avec environ 107 millions de dollars d’actifs de départ, pour atteindre environ 465 millions de dollars (environ 408 millions d’euros) à la mi-juillet. Le fonds met en jeu entre 70% et 95% de ses avoirs via Coinbase Prime et Figment, facture 0,25% de frais annuels, et reverse environ 82% des récompenses brutes aux porteurs de parts, ce qui correspond à un rendement net estimé entre 2% et 2,6%, contre un rendement brut du réseau plutôt situé entre 3,1% et 3,3%.

Cette mécanique de rendement rapproche les ETF ether d’un phénomène plus large que nous suivons de près : l’afflux de capitaux institutionnels vers le staking et le restaking, deux briques désormais imbriquées dans la gestion de portefeuille crypto institutionnelle. Notre analyse sur la destination réelle des capitaux institutionnels dans le restaking en 2026 détaille comment ces flux se répartissent entre protocoles de restaking et produits cotés comme les ETF à staking.

XRP et Solana : la nouvelle génération d’ETF tient le choc

Le duo bitcoin-ether ne résume plus à lui seul le paysage des ETF crypto américains. Les ETF XRP au comptant ont fait leurs débuts le 13 novembre 2025, le XRPC de Canary Capital ouvrant le bal, suivi de près par le XRPZ de Franklin Templeton ainsi que par des produits Grayscale et Bitwise, selon CryptoSlate. Côté Solana, treize fonds distincts se partagent désormais un encours cumulé qui a franchi le seuil du milliard de dollars pour la première fois : environ 1,13 milliard de dollars (environ 990 millions d’euros), selon les données compilées par The Block. Le fonds BSOL de Bitwise domine la catégorie avec environ 620 millions de dollars (62% du total), devant le VSOL de VanEck (240 millions de dollars, 24%), le solde se répartissant entre 21Shares et Canary Capital.

Ces produits ne sont pas de simples clones du modèle bitcoin : plusieurs intègrent du staking natif dès le premier jour, comme le SSK de REX-Osprey, premier ETF Solana avec staking coté aux États-Unis dès juillet 2025, ou le GSOL de Grayscale. Fait notable, cette catégorie a globalement mieux résisté à la purge de juin que le bitcoin lui-même : les flux XRP et les produits liés à des actifs comme HYPE étaient restés en territoire positif pendant que les grands fonds bitcoin saignaient, un découplage que nous avions documenté dans notre bilan du mois de juin. Ce comportement suggère une base d’investisseurs partiellement différente, plus tactique ou plus convaincue par la thèse de rendement, moins sensible aux grands mouvements macro qui pèsent sur IBIT.

Les normes d’admission génériques de la SEC ouvrent la vanne à de nouveaux produits

Cette prolifération de nouveaux tickers n’est pas un hasard de calendrier : elle découle directement d’une décision réglementaire du 17 septembre 2025, quand la SEC a approuvé des normes d’admission génériques pour les parts de trusts adossés à des matières premières, catégorie qui inclut les actifs numériques. Concrètement, les bourses américaines peuvent désormais coter un nouvel ETF spot sur un actif qui remplit certains critères objectifs (liquidité, marché à terme surveillé, etc.) sans devoir soumettre chaque produit à une procédure d’approbation individuelle au titre de la section 19(b) de l’Exchange Act. Le même jour, la Commission a aussi approuvé la cotation du Grayscale Digital Large Cap Fund, un fonds répliquant l’indice CoinDesk 5.

L’effet pratique est spectaculaire sur les délais : le processus d’approbation, qui pouvait s’étirer jusqu’à 240 jours sous l’ancien régime, tient désormais en environ 75 jours. Les émetteurs n’ont plus besoin de déposer et défendre un dossier 19b-4 par produit. Les analystes de Bloomberg Intelligence tablent sur plus d’une centaine de nouveaux ETF crypto lancés en 2026, dont plus de 50 produits spot sur des altcoins. Pour les flux d’ETF, cela signifie un changement de nature autant que d’échelle : la conversation ne portera plus seulement sur le montant entré ou sorti du bitcoin, mais sur la manière dont les capitaux se répartissent entre une liste d’actifs éligibles qui s’allonge chaque trimestre.

Qui achète ? Ce que disent les signaux de positionnement

Identifier qui se cache derrière ces flux reste l’exercice le plus difficile du secteur, les ETF ne publiant ni l’identité de leurs porteurs de parts ni leurs motivations. Les analystes s’appuient donc sur des indices indirects : volumes d’options, positionnement des contrats à terme, et déclarations trimestrielles 13F des gérants institutionnels. Eric Balchunas, analyste ETF senior chez Bloomberg Intelligence, avait qualifié dès le début de la vague de retraits les sorties de « bruit » au regard de l’échelle du marché, estimant que Wall Street continuait d’approfondir son exposition structurelle à la crypto malgré la volatilité des flux court terme, une lecture rapportée par CoinDesk.

Le marché des dérivés donne un autre indice. La couche options s’étoffe : la SEC a validé le 22 mai 2026 la cotation par Nasdaq PHLX d’options indicielles sur bitcoin réglées en cash sous le ticker QBTC, un produit qui suit un centième de l’indice CME CF Bitcoin Real Time Index. Ce feu vert reste toutefois partiel : le lancement effectif est suspendu à une exemption de la CFTC, qui n’avait toujours pas fixé de calendrier fin juillet, les précédents historiques allant de 30 jours à neuf mois selon la procédure retenue. Pour une lecture plus fine du positionnement des acteurs institutionnels sur les dérivés, notamment le rôle des teneurs de marché dans la formation des prix, notre article sur qui tient vraiment les manettes du marché crypto creuse ce sujet en détail.

Les moteurs macro : Warsh, la Fed et le calendrier électoral

Une partie de la volatilité des flux de juin trouve son origine hors du marché crypto lui-même. L’introduction en bourse de SpaceX début juin a absorbé une partie du capital à risque disponible, au moment même où les marchés digéraient les premières orientations de politique monétaire de Kevin Warsh, devenu le 22 mai 2026 le nouveau président de la Réserve fédérale en remplacement de Jerome Powell. Ce changement à la tête de la Fed reste une variable surveillée de près par les gérants crypto : Kyle Rodda, analyste chez Capital.com, résume ainsi le risque pour The Block : « si Warsh est déterminé à faire baisser l’inflation (…), cela pourrait vraiment peser sur le bitcoin ». La prochaine réunion du FOMC, prévue les 28 et 29 juillet 2026, sera scrutée de près, même si le marché n’anticipe pas de changement du taux directeur, actuellement maintenu entre 3,50% et 3,75% depuis décembre 2025.

Le calendrier électoral ajoute une autre couche d’incertitude macro que les flux d’ETF ont tendance à refléter avec un décalage. Entre les scrutins nationaux qui se succèdent et les élections de mi-mandat américaines de novembre 2026, les gérants institutionnels ajustent leur exposition au gré des sondages autant que des données macroéconomiques. Nous avons cartographié l’ensemble de ce calendrier et son impact potentiel sur les marchés crypto dans notre analyse du calendrier électoral 2026-2027, qui met notamment en perspective la présidentielle française de 2027 et son influence sur le positionnement des investisseurs européens.

La guerre des frais : panorama des principaux ETF bitcoin

Pendant que les flux occupent les gros titres, la bataille des frais continue en toile de fond, un facteur qui pèse sur la rentabilité à long terme pour l’investisseur bien plus que la volatilité quotidienne des entrées et sorties. Le Grayscale Bitcoin Mini Trust reste l’option la moins chère parmi les grands émetteurs à 0,15% de frais annuels, une martingale héritée de la scission opérée par Grayscale en janvier 2024 pour concurrencer les nouveaux entrants sans sacrifier les 1,50% de frais de son fonds historique GBTC, toujours en vigueur et toujours parmi les plus chers du secteur malgré la fonte de son encours.

ETFTickerFrais annuelsParticularité
Grayscale Bitcoin Mini TrustBTC0,15%Le moins cher des grands émetteurs
Bitwise Bitcoin ETFBITB0,20%Frais stables depuis le lancement
ARK 21Shares Bitcoin ETFARKB0,21%Frais suspendus jusqu’au 8 octobre 2026
iShares Bitcoin TrustIBIT0,25%Domine les flux malgré des frais dans la moyenne
Fidelity Wise Origin Bitcoin FundFBTC0,25%Deuxième plus gros encours
Grayscale Bitcoin TrustGBTC1,50%Frais hérités du trust historique pré-2024
Frais annuels indicatifs, à vérifier auprès de chaque émetteur avant investissement.

La concurrence se joue désormais aussi sur les promotions temporaires : 21Shares a annoncé la suppression totale des frais de gestion de son fonds ARKB du 9 octobre 2025 au 8 octobre 2026, une manière d’attirer de nouveaux souscripteurs pendant que la catégorie se recompose. Reste qu’IBIT, malgré des frais alignés sur la moyenne du marché (0,25%) plutôt que les plus bas, continue de dominer très largement les flux, un paradoxe régulièrement souligné par les observateurs du secteur : la marque, la liquidité des options et la puissance de distribution des conseillers financiers pèsent au moins autant que le prix affiché.

En Europe, des ETP et non des ETF : ce qui change pour les investisseurs français

Un investisseur basé à Paris ne peut pas acheter IBIT ou FBTC sur son compte-titres ou son PEA : la réglementation européenne UCITS impose une diversification minimale aux fonds qui portent l’appellation ETF, ce qui exclut de facto les trackers mono-actif comme le bitcoin ou l’ether. Le marché européen s’est donc structuré autour d’un autre véhicule, l’ETP (Exchange Traded Product), parfois qualifié d’ETN selon sa structure juridique exacte, qui réplique physiquement le prix de l’actif sans entrer dans le cadre UCITS. Les émetteurs les plus connus sur cette place, CoinShares avec son produit Physical Bitcoin, WisdomTree, 21Shares ou encore Invesco, cotent leurs produits sur des places comme Xetra, le SIX suisse ou Euronext, avec des frais annuels qui oscillent aujourd’hui, selon les émetteurs et les vagues successives de baisses tarifaires depuis 2024, entre environ 0,15% et 0,40%.

Cette architecture n’est pas qu’une question de nom. La création et le rachat de parts d’ETP fonctionnent selon une mécanique proche de celle des ETF américains, avec des teneurs de marché désignés qui assurent la liquidité en continu sur le carnet d’ordres, mais sans le filet de sécurité qu’offre un régime UCITS aux fonds actions ou obligataires classiques, ce qui justifie la vigilance réglementaire accrue de l’AMF et de ses homologues européens sur ces produits. Les produits dérivés sur crypto (futures, options, contrats à terme), eux, ne relèvent ni de MiCA ni du régime UCITS : ils tombent sous la directive MiFID II, comme n’importe quel autre instrument financier dérivé coté en Europe.

Fin du régime PSAN : la France bascule pleinement sous MiCA

Pour l’écosystème crypto français, l’actualité réglementaire la plus structurante de l’été ne vient pas des États-Unis mais de l’Autorité des marchés financiers. La période transitoire qui permettait aux prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) enregistrés sous le régime national issu de la loi PACTE de continuer leur activité sans agrément MiCA s’est achevée le 1er juillet 2026. La France comptait environ 117 PSAN enregistrés fin 2025, l’un des marchés les plus structurés d’Europe avant l’entrée en application pleine de MiCA. Dans les mois qui ont précédé l’échéance, l’AMF a multiplié les rappels, invitant les prestataires n’ayant pas encore déposé de dossier de demande d’agrément PSCA (prestataire de services sur crypto-actifs) à le faire sans délai, sous peine de devoir organiser une cessation ordonnée de leur activité.

Depuis le 1er juillet, exercer une activité de services sur crypto-actifs en France sans agrément PSCA délivré par l’AMF expose à des sanctions pénales, jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Plusieurs cabinets d’avocats spécialisés dans la conformité crypto estiment qu’une partie significative des PSAN historiques n’aura pas obtenu son agrément dans les temps, ce qui devrait accélérer la concentration du marché français autour d’un nombre plus restreint de plateformes pleinement agréées MiCA. Pour l’investisseur particulier qui souscrit à un ETP crypto ou passe par une plateforme d’échange, la conséquence pratique est double : une meilleure protection réglementaire (règles de conduite, garde des actifs, lutte anti-blanchiment harmonisées à l’échelle européenne), mais aussi un choix de plateformes potentiellement réduit à court terme, le temps que le marché absorbe la sortie des acteurs non conformes.

Les risques qui pourraient casser la reprise

Plusieurs analystes rappellent qu’un rebond de quelques semaines ne referme pas automatiquement un épisode aussi violent que celui de juin. Dessislava Ianeva, analyste chez Nexo, décrit dans The Block un marché qui « absorbe le bruit macro plutôt qu’il ne montre des signes de stress », une formule prudente qui n’exclut pas un nouveau choc. Plusieurs facteurs de fragilité restent identifiables :

  • Un ton plus restrictif de la Fed lors de la réunion du 28 et 29 juillet, ou lors des suivantes, referait pression sur les actifs à duration longue comme le bitcoin, selon la lecture de Kyle Rodda (Capital.com).
  • Les volumes d’échange restent inférieurs à leur moyenne annuelle (environ 62% selon les dernières lectures), ce qui rend les flux plus sensibles à quelques ordres de taille plutôt qu’à une tendance de fond diversifiée.
  • La résistance technique autour de 68 000 dollars, qui correspond au prix d’achat moyen des acheteurs récents selon Bitfinex, pourrait déclencher une vague de prises de bénéfices si elle n’est pas franchie rapidement.
  • La concurrence pour le capital à risque reste vive : introductions en bourse très médiatisées, thème de l’intelligence artificielle, et produits de trésorerie d’entreprise adossés à la crypto se disputent les mêmes flux institutionnels.

Sur ce dernier point, il faut noter que la demande institutionnelle ne passe plus seulement par les ETF : les sociétés de trésorerie crypto, les « DAT » (digital asset treasury companies), constituent un canal parallèle, avec une dynamique propre que nous avons analysée dans notre article sur la fin de l’ère des primes pour les trésoreries crypto. Ces deux canaux, ETF réglementés d’un côté, sociétés cotées qui accumulent du bitcoin à leur bilan de l’autre, absorbent une partie de la même demande institutionnelle et peuvent se faire concurrence en période de capital limité.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines

Plusieurs échéances concrètes permettront de juger si la reprise de juillet tient la distance ou s’essouffle à l’automne :

  • La décision du FOMC du 29 juillet et surtout le ton du communiqué de Kevin Warsh, sa première réunion pleinement sous son mandat sans enjeu électoral immédiat.
  • Le calendrier de l’exemption CFTC pour les options QBTC de Nasdaq, dont le lancement effectif conditionnera l’arrivée d’une nouvelle couche de couverture et de spéculation institutionnelle sur le bitcoin.
  • Le rythme des nouveaux lancements d’ETF altcoins sous les normes d’admission génériques, et la question de savoir si les capitaux qui affluent vers Solana et XRP viennent diluer la demande pour le bitcoin ou s’y ajoutent.
  • La capacité des ETF Ethereum à staking à maintenir leur rythme de collecte alors que le rendement net reste, avec 2 à 2,6%, modeste comparé à d’autres formes de rendement crypto.

Matt Hougan, directeur des investissements chez Bitwise, situe l’enjeu à un horizon plus long : pour lui, le prochain cycle crypto se définira par la « convergence entre la finance on-chain et la finance traditionnelle », un mouvement dont les ETF, avec toute leur volatilité de flux à court terme, ne sont jamais que la partie émergée. Cette lecture rejoint un constat plus large : la volatilité des flux hebdomadaires fait beaucoup de bruit médiatique, mais la tendance structurelle, celle de produits réglementés qui absorbent année après année une part croissante de l’offre en circulation, ne s’est pas arrêtée en juin, elle a simplement marqué une pause.

Foire aux questions

Qu’est-ce qu’un flux d’ETF et en quoi diffère-t-il de l’encours sous gestion ?

Le flux net mesure la différence entre les créations et les rachats de parts d’un ETF sur une période donnée, c’est un indicateur de demande exprimé en dollars entrant ou sortant du fonds. L’encours sous gestion (AUM), lui, représente la valeur totale du fonds à un instant donné et évolue à la fois avec les flux et avec le prix de l’actif sous-jacent. Un ETF peut ainsi voir son encours augmenter alors qu’il subit des rachats, simplement parce que le prix du bitcoin ou de l’ether progresse plus vite que les sorties de capitaux.

Pourquoi les ETF Bitcoin ont-ils connu leur pire mois en juin 2026 ?

Les ETF Bitcoin ont perdu environ 4,5 milliards de dollars en juin 2026, un record. Plusieurs facteurs se sont combinés : l’introduction en bourse très médiatisée de SpaceX a absorbé une partie du capital à risque disponible, l’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale a créé une incertitude sur la trajectoire des taux, et le bitcoin a perdu plus de 20% sur le mois, déclenchant des rachats en chaîne concentrés notamment sur le fonds IBIT de BlackRock.

Les ETF Ethereum avec staking rapportent-ils vraiment un rendement aux investisseurs ?

Oui, depuis la clarification réglementaire de la SEC et de la CFTC en mars 2026. Des fonds comme l’iShares Staked Ethereum Trust (ETHB) de BlackRock ou le Grayscale Ethereum Staking ETF mettent en jeu une partie de leurs avoirs en ether et reversent la majorité des récompenses aux porteurs de parts, après déduction de leurs frais de gestion. Le rendement net obtenu tourne généralement autour de 2 à 2,6% par an, un chiffre variable selon le taux de participation du réseau Ethereum et la part des récompenses brutes reversée par chaque émetteur.

Peut-on acheter un ETF Bitcoin directement depuis la France ?

Pas sous la forme d’un ETF au sens réglementaire européen : la réglementation UCITS impose une diversification minimale qui exclut les fonds mono-actif comme le bitcoin. Les investisseurs français accèdent plutôt à cette exposition via des ETP (Exchange Traded Products) physiquement adossés au bitcoin, proposés par des émetteurs comme CoinShares, WisdomTree ou 21Shares, cotés sur des places comme Xetra ou Euronext et accessibles via la plupart des courtiers en ligne.

Que change la fin du régime PSAN pour les investisseurs et plateformes français ?

Depuis le 1er juillet 2026, seules les plateformes disposant d’un agrément PSCA (prestataire de services sur crypto-actifs) délivré par l’AMF au titre de MiCA peuvent légalement opérer en France ; l’ancien régime PSAN, plus léger, a définitivement pris fin. Pour l’investisseur, cela signifie un cadre de protection renforcé (garde des actifs, règles de conduite, lutte anti-blanchiment harmonisées au niveau européen), mais aussi la nécessité de vérifier que sa plateforme habituelle a bien obtenu son agrément, sous peine de devoir migrer ses avoirs vers un prestataire conforme.

Par Camille Fontaine, rédaction marchés de HOGE Wire.

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