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● Markets

Trésoreries crypto 2026 : la fin de l’ère des primes

Strategy, Twenty One Capital, Metaplanet et Capital B : les trésoreries crypto cotées vivent en 2026 une phase de tri entre discipline et primes effondrées.

En 2025, l’idée qu’une société cotée puisse lever des capitaux pour acheter et conserver du Bitcoin, de l’Ethereum ou du Solana comme actif de bilan est passée du statut d’anomalie associée à Michael Saylor à celui de modèle reproductible à grande échelle. Environ 200 entreprises cotées ont acheté pour 96 milliards de dollars de Bitcoin au cours de cette seule année, tandis que 68 sociétés supplémentaires ajoutaient 22 milliards de dollars d’Ethereum à leurs bilans, selon les données compilées par DL News. Mi-2026, ce mouvement n’a pas disparu, mais il s’est brutalement trié entre gagnants disciplinés et perdants fragilisés.

Le Bitcoin a perdu environ 30 % de sa valeur depuis son sommet historique du 6 octobre 2025, et cette correction a grippé le mécanisme que l’industrie surnomme la flywheel : émettre des actions ou des obligations convertibles au-dessus de la valeur des cryptoactifs détenus, utiliser le produit de l’émission pour acheter davantage de cryptoactifs, puis répéter l’opération. Quand la prime de marché disparaît, la mécanique s’inverse et devient dilutive pour les actionnaires. C’est exactement ce qui est arrivé à Strategy, dont le mNAV, la mesure centrale de tout ce secteur, est passé sous la valeur de 1 pour la première fois de son histoire fin juin 2026, avant de se redresser péniblement autour de la parité.

Ce panorama fait le point sur les principaux mouvements de trésorerie de la première moitié de 2026 : les géants du Bitcoin (Strategy, Twenty One Capital, Metaplanet), la trésorerie française Capital B, la course à l’Ethereum institutionnel menée par BitMine et SharpLink, les acteurs Solana et gaming, les réserves souveraines et de Tether, et les premiers signes concrets de consolidation d’un secteur qui a cessé de croire que toutes les trésoreries se valent.

Sauf mention contraire, les montants en euros de cet article utilisent un cours de référence de 56 200 euros pour le Bitcoin, 1 644 euros pour l’Ethereum et 65 euros pour le Solana, selon CoinGecko au 19 juillet 2026, et un taux de change EUR/USD proche de 1,14.

Le modèle « treasury company » et l’année 2025 qui a tout lancé

Une digital asset treasury company, ou DAT, est une société cotée en bourse dont la stratégie de bilan consiste à détenir un ou plusieurs cryptoactifs comme réserve de valeur principale, financée par des émissions d’actions ordinaires, d’obligations convertibles ou d’actions préférentielles plutôt que par les seuls revenus d’une activité opérationnelle. Le modèle a été popularisé à partir de 2020 par Strategy (alors MicroStrategy) sous la direction de Michael Saylor, qui a transformé un éditeur de logiciels de business intelligence en la plus grande trésorerie Bitcoin cotée au monde.

Pendant plusieurs années, l’approche est restée marginale. 2025 a changé d’échelle : plus de 200 sociétés cotées ont acheté du Bitcoin, pour un total cumulé de 96 milliards de dollars, et 68 trésoreries dédiées à l’Ethereum ont ajouté 22 milliards de dollars supplémentaires à leurs bilans. Le sommet du Bitcoin à 126 198 dollars, atteint le 6 octobre 2025, a marqué le point culminant de ce que les analystes du secteur appellent aujourd’hui, non sans ironie, « l’ère des primes ».

Pour mesurer leur propre performance, ces sociétés ont popularisé des indicateurs maison comme le « BTC Yield » ou la croissance du nombre de cryptoactifs par action, censés démontrer que l’accumulation profite aux actionnaires existants et pas seulement à la trésorerie elle-même. Capital B publie ainsi un BTC Yield cumulé depuis le début de l’année à chaque communiqué d’acquisition, un exercice de transparence directement inspiré de la pratique de Strategy.

Depuis, la correction du marché a servi de test de résistance grandeur nature. Les sociétés qui avaient construit leur discours d’investissement sur la seule accumulation, sans coussin de liquidités ni discipline de capital, se retrouvent avec des actions qui se négocient en dessous, parfois très en dessous, de la valeur des cryptoactifs qu’elles détiennent. Les sections suivantes détaillent comment chacun des grands noms du secteur a traversé, ou non, cette phase.

Le mNAV, la mesure qui obsède (et divise) les analystes

Le mNAV (multiple to net asset value) rapporte la valorisation d’une trésorerie crypto, capitalisation boursière ou valeur d’entreprise selon la méthode retenue, à la valeur de marché des cryptoactifs qu’elle détient. Un explicatif de crypto.news résume bien le mécanisme : au-dessus de 1, la société peut émettre des titres au-dessus de la valeur de ses cryptoactifs pour en acheter davantage par action, c’est la flywheel décrite plus haut. En dessous de 1, la même émission dilue les actionnaires existants sans augmenter la quantité de cryptoactifs par titre, ce qui inverse complètement l’incitation.

Le problème, largement documenté depuis le printemps 2026, est que le mNAV n’est pas une mesure unique et consensuelle. Le tracker de The Block dédié à Strategy publie simultanément plusieurs variantes : un mNAV basé sur la valeur d’entreprise, qui intègre la dette et les actions préférentielles, et des mNAV basés sur la capitalisation boursière en actions de base ou diluées. Début juillet 2026, ces méthodes donnaient des résultats très différents pour la même société le même jour, l’une frôlant la parité, les autres affichant une décote de 30 à 40 %.

La différence entre les méthodes n’est pas anecdotique : plus une société a financé ses achats de cryptoactifs par de la dette convertible ou des actions préférentielles plutôt que par des actions ordinaires, plus l’écart entre un mNAV basé sur la valeur d’entreprise et un mNAV basé sur la seule capitalisation boursière en actions de base peut être important, ce qui explique pourquoi Strategy, la société la plus endettée du secteur, est aussi celle où ces chiffres divergent le plus.

Cette ambiguïté n’est pas un détail technique : elle détermine si une société peut encore lever des capitaux sans détruire de la valeur par action, et elle explique pourquoi deux investisseurs peuvent regarder la même trésorerie et arriver à des conclusions opposées sur sa capacité à continuer d’accumuler. Les sections suivantes indiquent, à chaque fois que c’est pertinent, quelle méthode de calcul est utilisée.

Strategy, le pionnier rattrapé par sa propre flywheel

Strategy (Nasdaq : MSTR) reste, de loin, la plus grande trésorerie Bitcoin cotée au monde avec 843 775 BTC, un stock resté quasiment inchangé depuis plusieurs semaines. Le coût d’acquisition moyen tourne autour de 75 000 dollars par BTC, ce qui signifie qu’au cours de référence retenu dans cet article, la position affiche une moins-value latente significative sur la base du coût moyen, même si elle reste largement bénéficiaire par rapport aux tout premiers achats de 2020. Le 27 juin 2026, le mNAV de Strategy calculé sur la valeur d’entreprise est passé sous 1,0 pour la toute première fois de son histoire.

Le 6 juillet 2026, un dépôt 8-K a révélé que Strategy avait vendu 3 588 BTC pour environ 216 millions de dollars, sa plus importante cession ponctuelle jamais réalisée, explicitement destinée à financer le paiement de dividendes préférentiels plutôt qu’à répondre à un appel de marge. Une vente de cette ampleur, exécutée en une seule opération par une société habituée à ne jamais vendre, n’est pas passée inaperçue des outils de suivi on-chain (voir notre guide sur le décodage des mouvements de baleines pour comprendre comment ce type de transaction est repéré et interprété par le marché).

Dans la foulée, Strategy a dévoilé un « Digital Credit Capital Framework » en cinq volets : une réserve de liquidités en dollars portée à 3 milliards après une vente de 4 818 781 actions MSTR pour environ 467 millions de dollars entre le 6 et le 12 juillet, une hausse du taux de dividende sur une catégorie d’actions préférentielles, deux programmes de rachat d’un milliard de dollars chacun (titres de crédit numérique et actions ordinaires), et surtout un programme autorisant désormais explicitement la vente de Bitcoin. Le détail complet figure dans le suivi publié par The Block.

Le mNAV s’est depuis redressé autour de la parité, mais l’action MSTR reste, selon DL News, en baisse de plus de moitié depuis le début de l’année. Matthew Sigel, responsable de la recherche sur les actifs numériques chez VanEck, résume la nouvelle perception du marché dans un billet où il propose un mécanisme de « testament de vivant » forçant un démantèlement ordonné si le mNAV reste durablement sous un certain seuil, publié sous le titre « Deconstructing Strategy ». Selon lui, cité par Stocktwits : « Vous achetez un hedge fund qui peut trader cinq choses : sa propre structure de capital et le Bitcoin. »

Twenty One Capital, la machine intégrée de Tether

Twenty One Capital (NYSE : XXI) a commencé à coter le 9 décembre 2025 après une fusion avec le SPAC Cantor Equity Partners, lié à Cantor Fitzgerald, avec plus de 43 500 BTC en portefeuille dès le premier jour de cotation, selon le communiqué officiel de l’opération. Avec 43 514 BTC, XXI est désormais la deuxième trésorerie Bitcoin d’entreprise au monde, devant Metaplanet.

La société est cofondée et dirigée par Jack Mallers, également fondateur de Strike, et majoritairement détenue par Tether, qui a racheté en mai 2026 la participation restante que détenait SoftBank. Fin avril 2026, lors de la conférence Bitcoin 2026, Tether a proposé une fusion à trois voies réunissant XXI (trésorerie), Strike (services financiers et paiements en Bitcoin de Mallers) et Elektron Energy, un opérateur de minage privé dirigé par Raphael Zagury qui revendique environ 50 exahashes par seconde, soit près de 5 % de la puissance de calcul totale du réseau Bitcoin. Aucun calendrier ni condition financière précise n’avait été communiqué à la mi-juillet, selon CoinDesk.

Contrairement à Strategy, XXI continue de se négocier avec une prime notable sur la valeur de ses seuls Bitcoin : à la mi-juillet, son action valait environ 5,3 dollars pour une capitalisation boursière proche de 3,4 milliards de dollars (environ 2,97 milliards d’euros), alors que ses 43 514 BTC valaient à eux seuls environ 2,44 milliards d’euros au cours de référence retenu dans cet article. Cet écart d’environ 20 % reflète probablement la valeur d’option attachée au projet de fusion à trois et au soutien direct de Tether, davantage qu’une simple accumulation passive de Bitcoin.

Metaplanet, troisième position mondiale et moteur de rendement

Metaplanet (Tokyo : 3350), souvent présentée comme le « Strategy japonais », a franchi les 43 000 BTC le 2 juillet 2026 après l’achat de 2 823 BTC supplémentaires pour environ 221 millions de dollars, confirmant sa troisième place mondiale derrière Strategy et Twenty One Capital selon Cryptonomist et TFTC. Le coût d’acquisition moyen de la société, autour de 95 000 dollars par BTC, est nettement supérieur à celui de Strategy, ce qui reflète des achats plus tardifs et plus concentrés sur la période où le Bitcoin se rapprochait de son sommet d’octobre 2025.

Contrairement à ses concurrents, Metaplanet a développé une activité génératrice de revenus, la vente de primes d’options sur Bitcoin, qui a rapporté environ 10,85 millions de dollars au deuxième trimestre 2026 et permet de ramener le coût effectif par BTC à environ 77 000 dollars. La société vise désormais 100 000 BTC d’ici la fin de 2026 et 210 000 BTC d’ici fin 2027 dans le cadre de son « 555 Million Plan », un objectif encore loin d’être atteint mais assumé publiquement par la direction.

Fait notable relevé par DL News : alors que la prime de Metaplanet sur la valeur de ses Bitcoin serait passée d’environ 237 % à environ 10 % depuis l’été 2025, l’action elle-même n’aurait reculé que d’environ 1 % depuis le début de l’année, bien mieux que Strategy. L’endettement plus faible de Metaplanet, environ 23 % de la valeur nette de ses Bitcoin, explique en partie cette meilleure résistance.

Capital B, la trésorerie bitcoin française à l’épreuve du marché

Capital B (Euronext Growth Paris : ALCPB), ancienne The Blockchain Group renommée en 2025, est la première trésorerie Bitcoin cotée en Europe, avec une stratégie d’accumulation lancée en novembre 2024. Selon son dernier communiqué disponible, daté du 1er juin 2026, la société détenait 3 139 BTC pour un coût d’acquisition cumulé de 283,8 millions d’euros, soit un prix moyen de 90 418 euros par BTC.

Au cours de référence d’environ 56 200 euros par BTC retenu dans cet article, cette position ne vaut plus qu’environ 176 millions d’euros, soit une moins-value latente proche de 38 % par rapport au coût d’acquisition moyen. C’est une illustration très concrète, à l’échelle française, du même mécanisme de compression des primes qui frappe Strategy et Metaplanet, simplement à une taille beaucoup plus modeste : une trésorerie qui a acheté massivement quand le Bitcoin coûtait plus de 90 000 euros affiche mécaniquement une perte de valeur comptable quand le prix retombe sous ce niveau.

Le 17 juin 2026, l’assemblée générale a approuvé à plus de 95 % un cadre permettant de lever jusqu’à 105 milliards d’euros de capitaux ou de lignes de crédit futures, un plafond d’ambition à long terme et non un montant déjà levé, avec pour objectif intermédiaire 15 000 BTC d’ici fin 2027 et 1 % de l’offre totale de Bitcoin d’ici 2033. La société explore aussi un instrument de crédit adossé au Bitcoin inspiré du STRC de Strategy, selon The Block.

Sur le plan réglementaire, Capital B n’est pas un prestataire de services sur crypto-actifs : elle est supervisée par l’AMF comme n’importe quel émetteur d’Euronext Growth Paris, au titre du droit boursier ordinaire (prospectus, information permanente, abus de marché sur ses propres titres), et non au titre de MiCA. Nous détaillons cette distinction plus loin dans cet article.

Le tableau suivant résume les positions Bitcoin des quatre sociétés détaillées ci-dessus, aux cours de référence retenus dans cet article.

SociétéMarchéBTC détenusValeur approximativeRang
StrategyNasdaq : MSTR843 775 BTC≈ 47,4 Md€1er mondial
Twenty One CapitalNYSE : XXI43 514 BTC≈ 2,44 Md€2e mondial
MetaplanetTokyo : 335043 000 BTC≈ 2,42 Md€3e mondial
Capital BEuronext Growth Paris : ALCPB3 139 BTC≈ 176 M€1re en France et en Europe continentale

BitMine et SharpLink, la course à l’Ethereum institutionnel

Sur Ethereum, la dynamique de 2026 oppose deux sociétés américaines. BitMine Immersion (NYSE : BMNR), présidée par Tom Lee, cofondateur de Fundstrat, a transféré sa cotation du NYSE American vers le NYSE le 9 avril 2026 et détenait 5 770 038 ETH au 13 juillet, soit environ 4,8 % de l’offre en circulation, pour un total combiné de cryptoactifs et de liquidités de 11,3 milliards de dollars selon CoinDesk. Près de cinq millions de ces ETH sont mis en jeu via MAVAN, la plateforme de staking interne du groupe.

Lee justifie la conviction du groupe par le calendrier réglementaire américain : « Nous pensons que la clarté réglementaire est une étape importante, qui permet aux cryptoactifs, en particulier aux plateformes de smart contracts comme Ethereum, de bénéficier de l’intégration progressive de la crypto dans notre vie quotidienne », a-t-il déclaré, en référence directe aux débats autour du CLARITY Act au Congrès américain.

SharpLink Gaming (Nasdaq : SBET), présidée par Joseph Lubin, cofondateur d’Ethereum et dirigeant de Consensys, occupe la deuxième place mondiale avec 887 673 ETH accumulés en partie grâce aux récompenses de staking, selon CryptoBriefing. La société a simultanément racheté plus de 2,1 millions de ses propres actions sur la même période, une combinaison rare d’accumulation de cryptoactifs et de gestion active du capital-actions. Lubin qualifie le modèle DAT d’« innovation assez profonde » et présente SharpLink et BitMine comme les gardiens de long terme de l’écosystème Ethereum.

Le 14 juillet 2026, BitMine, SharpLink et Lubin à titre personnel ont soutenu le lancement d’EthSystems, une infrastructure de confidentialité institutionnelle permettant aux banques et gestionnaires d’actifs réglementés de transiger sur Ethereum sans exposer leurs positions ni leurs données de marché, fondée par d’anciens chercheurs de l’Ethereum Foundation. Le marché a réagi le jour même : BMNR a gagné 11,5 %, SBET près de 9,8 %, et l’ETH plus de 6 %, selon Decrypt, preuve que ces trésoreries ne se contentent plus d’accumuler passivement.

Une partie de ces positions transite par des dérivés de liquid staking ou de liquid restaking, comme le weETH d’ether.fi, ce qui ajoute un risque de smart contract au-dessus du simple risque de prix (voir notre analyse de la guerre des architectures de restaking). Ce risque n’a rien de théorique : même des protocoles déjà passés en audit ont laissé filer des failles exploitées ensuite en production, comme le rappelait notre enquête sur les limites des audits crypto.

Solana, jeu vidéo et trésoreries de niche

Sur Solana, Forward Industries (Nasdaq : FWDI), présidée par Kyle Samani, cofondateur de Multicoin Capital, a porté sa trésorerie à 7,55 millions de SOL fin juin 2026 après l’achat de plus de 500 000 SOL supplémentaires à un prix moyen d’environ 79 dollars, selon Solana Compass. La société revendique une croissance annualisée de SOL par action de 36 % et a rejoint les indices Russell 2000 et Russell 3000. Elle cherche activement à racheter des trésoreries Solana plus modestes, comme Upexi (2,4 millions de SOL), dans une logique de consolidation sectorielle qui préfigure celle décrite plus loin pour le Bitcoin.

Le secteur gaming a lui aussi son propre laboratoire de trésorerie crypto. GameSquare (Nasdaq : GAME), société de médias et d’esport, a fait approuver un programme de gestion de trésorerie en Ethereum pouvant aller jusqu’à 250 millions de dollars, dont environ 63 millions déployés à ce jour. Elle détenait 15 502 ETH lors de sa dernière divulgation publique et vise un rendement annualisé de 8 à 14 % via un partenariat avec Dialectic, selon le communiqué officiel de la société.

Le tableau suivant récapitule les principales trésoreries Ethereum et Solana évoquées dans cet article.

SociétéMarchéActif et quantité détenueValeur approximative
BitMine ImmersionNYSE : BMNR5 770 038 ETH≈ 9,48 Md€
SharpLink GamingNasdaq : SBET887 673 ETH≈ 1,46 Md€
Forward IndustriesNasdaq : FWDI7,55 millions SOL≈ 491 M€
GameSquareNasdaq : GAME15 502 ETH≈ 25,5 M€

Les mineurs bitcoin, trésoreries malgré eux

Les grands mineurs cotés détiennent eux aussi des réserves de Bitcoin substantielles, mais avec une philosophie très différente des DAT pures : ils vendent une partie de leur production pour financer leurs opérations et gérer leur dette. MARA a ainsi cédé 15 133 BTC pour environ 1,1 milliard de dollars entre le 4 et le 25 mars 2026 afin de racheter environ 1 milliard de dollars d’obligations convertibles avec une décote d’environ 9 %, réduisant sa dette convertible d’environ 30 % (de 3,3 à 2,3 milliards de dollars), et conservait 38 689 BTC en réserve après l’opération, selon le communiqué officiel de la société.

Riot Platforms a suivi une trajectoire comparable en vendant 3 778 BTC à un prix moyen d’environ 76 626 dollars, pour une réserve résiduelle d’environ 15 680 BTC. La lettre ouverte du fonds activiste Starboard Value, en février 2026, a explicitement poussé Riot à privilégier une bascule vers l’intelligence artificielle et les centres de données plutôt qu’à maximiser l’accumulation de Bitcoin, selon CoinDesk. Cette doctrine du « vendre au besoin » tranche nettement avec l’orthodoxie du « ne jamais vendre » longtemps défendue par Strategy.

Cette différence de doctrine a une conséquence directe pour les investisseurs : la thèse d’investissement d’un mineur coté ne se résume jamais à la seule quantité de Bitcoin en réserve, contrairement à une DAT pure, puisque les décisions de vente répondent aussi à des impératifs opérationnels (financement du matériel, coût de l’électricité, refinancement de dette) largement déconnectés du prix du Bitcoin lui-même.

Réserve stratégique américaine et Tether, les poids lourds non cotés

En dehors des sociétés cotées, deux acteurs pèsent lourd sans être directement investissables. La réserve stratégique de Bitcoin des États-Unis, créée par décret présidentiel le 6 mars 2025, détenait environ 328 372 BTC en février 2026, provenant exclusivement de confiscations judiciaires et non d’achats sur le marché. Sa structure administrative précise, logée au Trésor ou au département du Commerce, restait indéterminée à la mi-2026, selon CoinDesk.

La sénatrice Cynthia Lummis pousse depuis plusieurs mois son BITCOIN Act, qui obligerait le Trésor américain à acheter jusqu’à un million de BTC sur cinq ans et à les conserver au moins vingt ans, selon le texte publié par son bureau. Le texte restait en instance au Congrès à la mi-juillet 2026. Cette trajectoire reste, comme souvent aux États-Unis, indissociable du calendrier politique et des rapports de force au Congrès ; notre guide sur l’impact des cycles électoraux sur le marché crypto détaille ce type de mécanisme.

Tether, de son côté, n’est pas une treasury company au sens strict mais gère l’un des plus gros bilans de l’industrie : environ 132 tonnes de réserves d’or, une réserve Bitcoin proche de 7 milliards de dollars, une exposition aux bons du Trésor américain d’environ 141 milliards de dollars, et un excédent de réserves record de 8,23 milliards de dollars au premier trimestre 2026, pour un profit trimestriel de 1,04 milliard de dollars, selon CoinDesk. Son rapport du deuxième trimestre n’était pas encore publié à la mi-juillet. Ce bilan alimente directement Twenty One Capital, dont Tether est l’actionnaire majoritaire.

MSCI, le risque d’indice qui plane toujours

Une partie du secteur reste suspendue à une décision d’indexation. MSCI avait ouvert fin 2025 une consultation sur l’exclusion de ses indices mondiaux des sociétés dont plus de 50 % des actifs sont des cryptoactifs, ce qui aurait menacé jusqu’à 15 milliards de dollars de ventes forcées réparties sur 39 sociétés représentant environ 113 milliards de dollars de capitalisation flottante. En février 2026, MSCI a finalement choisi de ne rien changer dans l’immédiat, un statu quo confirmé par son communiqué officiel.

Ce n’est toutefois qu’un sursis. MSCI a explicitement indiqué qu’un réexamen plus large restait à venir, avec la possibilité d’introduire une distinction entre Bitcoin et les autres cryptoactifs, ou des seuils plus stricts. Tant que cette question n’est pas définitivement tranchée, les fonds indiciels qui répliquent les indices MSCI restent une source potentielle de ventes forcées et de volatilité supplémentaire pour l’ensemble du secteur des trésoreries cotées, au-delà du seul sentiment de marché sur les cryptoactifs eux-mêmes.

Strive-Semler, la consolidation est déjà enclenchée

Le premier rapprochement significatif entre deux trésoreries Bitcoin cotées a déjà eu lieu. Strive (Nasdaq : ASST), la société cofondée par Vivek Ramaswamy et dirigée par Matt Cole, a annoncé en septembre 2025 le rachat intégral en actions de Semler Scientific, initialement une société de dispositifs médicaux devenue trésorerie Bitcoin. L’opération, approuvée par les actionnaires de Semler en janvier 2026 puis rapidement finalisée, valorisait chaque action Semler à environ 21,05 actions Strive, selon The Block.

La société combinée détenait environ 12 798 BTC à la clôture, avant de poursuivre ses achats jusqu’à environ 15 000 BTC à la mi-2026, entrant ainsi dans le top 10 mondial des détenteurs corporatifs de Bitcoin. C’est exactement le type d’opération que plusieurs analystes voient désormais se multiplier. John Fakhoury, de Stacking Sats, résume ainsi le nouveau climat auprès de DL News : « L’ère des primes est terminée. Nous entrons dans une phase où seules les structures disciplinées et une exécution opérationnelle réelle vont survivre. »

Dom Kwok, cofondateur d’EasyA, va dans le même sens : « Seules les DAT de la plus haute qualité survivront. » Brian Huang, dirigeant de Glider, nuance en distinguant les actifs : « Les DAT adossées aux grands actifs comme l’ETH, le BTC et le SOL vont performer », par opposition aux trésoreries construites autour d’altcoins plus spéculatifs et moins liquides. À l’inverse, Nakamoto Holdings (Nasdaq : NAKA), la société fondée par David Bailey et issue de sa fusion avec KindlyMD en 2025, se négocierait avec une décote proche de 63 % sur la valeur de ses Bitcoin, selon les mêmes données DL News.

Le raisonnement économique sous-jacent est simple : un acheteur n’a aucun intérêt à racheter une trésorerie au-dessus de la valeur de ses cryptoactifs, et un vendeur n’a aucune raison de céder sous cette valeur puisqu’il peut vendre directement ses cryptoactifs sur le marché au prix plein. Les opérations les plus probables restent donc celles, comme Strive-Semler, où l’acquéreur paie proche ou en dessous de la valeur nette des actifs.

Le cadre réglementaire européen, ce que couvre (et ne couvre pas) MiCA

Un malentendu revient régulièrement dans la couverture de ce secteur : MiCA ne régule pas les treasury companies en tant que telles. Le règlement européen encadre les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP), c’est-à-dire les plateformes d’échange, de conservation ou de négociation, ainsi que les émetteurs de stablecoins adossés à des actifs ou à une monnaie (ART/EMT). Une société industrielle ou financière qui se contente de détenir du Bitcoin ou de l’Ethereum à son bilan, sans offrir de service crypto à des tiers, n’entre pas dans ce périmètre.

Strategy, Metaplanet, Capital B, BitMine ou SharpLink sont donc supervisées comme des émetteurs cotés ordinaires, selon le droit boursier de leur juridiction (prospectus, information permanente, abus de marché sur leurs propres titres). Seule la négociation du cryptoactif sous-jacent lui-même relève du titre VI de MiCA sur les abus de marché (articles 86 à 92), pleinement applicable dans toute l’Union depuis le 28 juillet 2026. En France, la période transitoire pour les anciens PSAN devenus CASP s’est achevée le 1er juillet 2026, ce qui laisse l’AMF pleinement compétente sur les deux volets : la supervision des plateformes agréées et celle des émetteurs cotés comme Capital B.

Cette architecture réglementaire, MiCA pour les prestataires de services et les émetteurs de stablecoins, droit boursier national pour les émetteurs qui détiennent des cryptoactifs à leur bilan, n’a rien de spécifiquement français : elle s’applique de la même manière à toute trésorerie cotée sur un marché réglementé ou organisé de l’Union européenne. Elle explique aussi pourquoi une opération comme celle envisagée par Capital B autour d’un instrument de crédit adossé au Bitcoin devra probablement composer avec un prospectus classique plutôt qu’avec un agrément CASP.

Le tableau suivant résume, pour chaque type d’acteur, le régime réglementaire applicable en France et dans l’Union européenne.

Type d’acteurExemplesRégime applicableRégulateur compétent
Société cotée détenant du BTC/ETH comme actif de bilan, sans service crypto à des tiersStrategy, Metaplanet, Capital B, BitMine, SharpLinkDroit boursier ordinaire (prospectus, information permanente, abus de marché sur ses propres titres)AMF pour un émetteur français, MiFID II au niveau de l’UE
Prestataire de services sur crypto-actifs (échange, conservation, négociation)Plateformes agréées CASPMiCA, agrément CASPAMF en France, ESMA au niveau de l’UE
Émetteur de jeton de monnaie électronique ou de référence d’actifs (stablecoin)Circle (USDC), Tether hors UEMiCA, titres III et IVRégulateur de l’État membre d’origine, ESMA et ABE en coordination
Négociation du cryptoactif sous-jacent détenu par une trésorerieToute trésorerie cotéeMiCA, titre VI, abus de marché sur cryptoactifs (articles 86 à 92)AMF et ESMA, application intégrale dans l’UE depuis le 28 juillet 2026

Ce que les prochains mois pourraient changer

Le secteur des trésoreries crypto entre dans une phase où l’accumulation seule ne suffit plus à justifier une prime. Les noms qui résistent le mieux combinent une réserve de liquidités significative, comme les 3 milliards de dollars de Strategy, une activité génératrice de revenus, comme les primes d’options de Metaplanet, ou un adossement stratégique, comme le soutien de Tether à Twenty One Capital. Les prochains rendez-vous à surveiller sont connus :

  • Le réexamen plus large de MSCI sur le traitement indiciel des DAT
  • L’issue législative du BITCOIN Act de la sénatrice Lummis
  • L’application intégrale du régime d’abus de marché de MiCA depuis le 28 juillet 2026
  • Le prochain rapport d’attestation trimestriel de Tether

Pour Capital B et les futures trésoreries qui pourraient émerger en France ou ailleurs en Europe, la leçon de ce premier semestre 2026 est claire : la taille ne protège pas automatiquement de la compression des primes, mais la discipline de capital, la diversité des sources de revenus et la transparence des divulgations semblent, à ce stade, mieux corrélées à la résilience boursière que le seul nombre de BTC ou d’ETH détenus.

Rien de tout cela ne remet en cause l’existence du modèle DAT en tant que tel : il reste un moyen légal et transparent d’obtenir une exposition à effet de levier aux cryptoactifs via un compte-titres classique. Mais le millésime 2026 aura durablement enterré l’idée que la simple annonce d’un achat de Bitcoin suffit, à elle seule, à faire monter une action.

Questions fréquentes

Les questions suivantes reviennent le plus souvent à propos des trésoreries crypto cotées.

Qu’est-ce qu’une « treasury company » crypto ?

Une treasury company, ou DAT pour digital asset treasury, est une société cotée en bourse qui utilise sa capacité à lever des capitaux, actions, obligations convertibles ou actions préférentielles, pour acheter et conserver des cryptoactifs comme réserve principale de son bilan plutôt que comme simple diversification de trésorerie. Strategy, Metaplanet, Twenty One Capital ou la française Capital B en sont les exemples les plus connus.

Qu’est-ce que le mNAV et pourquoi ce chiffre fait-il autant débat ?

Le mNAV, ou multiple to net asset value, rapporte la valorisation boursière d’une trésorerie crypto à la valeur de marché des cryptoactifs qu’elle détient. Au-dessus de 1, la société peut émettre des titres au-dessus de la valeur de ses cryptoactifs pour en acheter davantage par action ; en dessous de 1, toute émission dilue les actionnaires existants. Le débat vient du mode de calcul, valeur d’entreprise ou capitalisation boursière, actions de base ou diluées, qui peut donner des résultats très différents pour une même société le même jour.

Pourquoi l’action Strategy (MSTR) a-t-elle autant baissé alors que ses réserves de Bitcoin sont restées stables ?

Les 843 775 BTC détenus par Strategy n’ont presque pas bougé depuis plusieurs semaines, mais le cours de l’action reflète surtout la prime que le marché est prêt à payer au-dessus de la valeur de ces cryptoactifs, une prime qui s’est effondrée avec la baisse du Bitcoin et le poids de la dette convertible et des dividendes préférentiels. C’est ce décalage entre la valeur des actifs détenus et la valorisation boursière que mesure précisément le mNAV.

Existe-t-il une trésorerie Bitcoin cotée en France ou en Europe ?

Oui. Capital B, ex-The Blockchain Group, cotée sur Euronext Growth Paris, est la première trésorerie Bitcoin cotée en Europe, avec une stratégie d’accumulation lancée en novembre 2024 et un objectif affiché de 15 000 BTC d’ici fin 2027.

Quels sont les principaux risques pour un investisseur qui achète une action de « treasury company » ?

Au risque de prix du cryptoactif sous-jacent s’ajoutent le risque de dilution en cas d’émission de titres sous la valeur des actifs détenus, le risque de refinancement de la dette convertible ou des actions préférentielles, le risque de gouvernance lié à la concentration du pouvoir de décision, et pour les trésoreries Ethereum ou Solana, un risque technique supplémentaire lié au staking et aux dérivés de liquid restaking utilisés pour générer du rendement.

Par la rédaction marchés de HOGE Wire, à partir de données publiques et de divulgations réglementaires arrêtées au 19 juillet 2026.

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