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● Predictions & Forecasts

Le halving de Bitcoin : les maths du cycle expliquées

Le halving divise par deux l'émission de Bitcoin tous les quatre ans avec une précision d'horloge. Mais que peut vraiment prédire cette arithmétique pour le prix ?

Dans un marché où presque tout est imprévisible, le halving de Bitcoin est l’exception : c’est le seul événement majeur dont on connaît la date approximative des années à l’avance. Tous les 210 000 blocs, soit environ quatre ans, la récompense versée aux mineurs est divisée par deux. Ce mécanisme, inscrit dans le code depuis 2009, a donné naissance à toute une mythologie de marché : le fameux « cycle de quatre ans », les prédictions à six chiffres, et une industrie entière d’analystes qui tentent de transformer une certitude sur l’offre en prophétie sur le prix. Au moment d’écrire ces lignes, Bitcoin s’échange autour de 56 000 € (environ 65 000 $), le réseau vient de dépasser le bloc 961 000, et il reste un peu moins de 88 500 blocs avant la prochaine réduction, attendue vers avril 2028 selon le compte à rebours de CoinGecko.

Cet article sépare les deux moitiés de l’équation. D’un côté, ce que les maths garantissent réellement : un calendrier d’émission déterministe, gravé dans le protocole. De l’autre, ce que ces maths ne garantissent pas du tout : le prix, dont la relation avec le halving est bien plus floue, bien plus discutée, et de plus en plus contestée en 2026.

Le halving en une phrase : ce que le code garantit

Le halving n’est pas une décision, ni une politique monétaire votée par un comité. C’est une ligne de code. Dans Bitcoin Core, la fonction GetBlockSubsidy (fichier src/validation.cpp) calcule la récompense de chaque bloc en divisant par deux la subvention initiale de 50 BTC à chaque tranche de 210 000 blocs. Après 33 divisions, aux alentours de l’an 2140, la récompense tombera à zéro et plus aucun bitcoin ne sera créé. C’est de cette mécanique que découle le plafond souvent cité de 21 millions d’unités.

Trois propriétés en découlent, et elles sont vérifiables par n’importe qui faisant tourner un nœud :

  • L’offre est plafonnée. Aucun acteur, pas même les développeurs ou les mineurs, ne peut créer plus de 21 millions de BTC sans un consensus quasi unanime du réseau pour changer les règles.
  • L’émission est prévisible. Le rythme de création de nouveaux bitcoins est connu bloc par bloc jusqu’en 2140.
  • La rareté augmente par paliers. Contrairement à l’or, dont la production annuelle peut réagir au prix, l’offre de Bitcoin ignore totalement la demande. Un prix qui décuple ne fait pas apparaître un seul bitcoin de plus.

C’est cette dernière propriété, l’insensibilité totale de l’offre à la demande, qui fait du halving un objet de spéculation si irrésistible. Si l’offre nouvelle est coupée de moitié pendant que la demande reste constante ou augmente, le raisonnement intuitif veut que le prix monte. Le problème, on va le voir, est que ce raisonnement intuitif affiche un bilan très inégal.

L’arithmétique de la rareté : le calendrier d’émission

Voici le calendrier complet des halvings passés et à venir, avec la récompense par bloc et le flux quotidien de nouveaux bitcoins.

ÉvénementDateBlocRécompenseBTC/jour (approx.)
Genesisjanvier 2009050 BTC7 200
Halving 128 nov. 2012210 00025 BTC3 600
Halving 29 juil. 2016420 00012,5 BTC1 800
Halving 311 mai 2020630 0006,25 BTC900
Halving 420 avr. 2024840 0003,125 BTC450
Halving 5 (est.)~avril 20281 050 0001,5625 BTC225

Depuis le halving d’avril 2024, le réseau émet environ 450 nouveaux BTC par jour, soit près de 164 000 par an. Rapporté à une offre en circulation d’environ 20,07 millions de BTC (à peu près 95,6 % du plafond de 21 millions, selon CoinGecko), cela représente un taux d’inflation annuel de l’ordre de 0,82 %. C’est déjà inférieur à la cible d’inflation de la plupart des banques centrales. Après avril 2028, ce taux tombera sous 0,4 %. Ce chiffre alimente la mesure la plus populaire chez les partisans du halving : le ratio stock-to-flow.

Le stock-to-flow : la formule qui a rendu le halving célèbre

Le stock-to-flow (S2F) rapporte le « stock » existant (l’offre en circulation) au « flux » annuel de production nouvelle. Un ratio élevé signifie qu’il faudrait de nombreuses années de production au rythme actuel pour reproduire le stock existant : c’est une définition mathématique de la rareté. L’or affiche historiquement un S2F autour de 60, ce qui a longtemps justifié son statut de réserve de valeur.

Avec environ 20,07 millions de BTC en circulation et un flux annuel proche de 164 000 BTC, le S2F de Bitcoin se situe aujourd’hui autour de 122. Après le halving de 2028, le flux sera à nouveau divisé par deux et le ratio doublera pour approcher 245, soit largement au-dessus de l’or. En 2019, un analyste anonyme connu sous le pseudonyme PlanB a popularisé un modèle qui reliait ce ratio directement au prix, avec une corrélation historique spectaculaire. Le modèle pointait vers des niveaux vertigineux : une fourchette dont la moyenne, pour le cycle 2024-2028, tournait autour de 500 000 $ par bitcoin, avec des estimations allant de 250 000 $ à plus d’un million. Pendant un temps, le S2F est devenu le graphique le plus partagé de tout l’écosystème.

Pourquoi le stock-to-flow a échoué

Le problème, c’est que le modèle n’a pas tenu. Le S2F prévoyait un plancher « pire cas » d’environ 98 000 $ pour novembre 2021 ; le prix réel a culminé autour de 69 000 $ avant de s’effondrer. En 2022, Bitcoin est tombé sous 16 000 $, soit plus de 80 % en dessous du plancher que le modèle jugeait infranchissable. Et sur le cycle 2024-2028, alors que le modèle vise une moyenne autour d’un demi-million de dollars, le prix a évolué entre 59 000 $ et 126 000 $ sur l’ensemble de la période. L’écart n’est pas un détail de calibrage : c’est un ordre de grandeur.

La critique la plus solide n’est pas empirique mais méthodologique. Comme l’a détaillé Bitcoin Magazine, la régression du S2F souffre d’un défaut logique : la valeur de marché égale le stock multiplié par le prix, tandis que le ratio S2F met lui aussi le stock au numérateur. On teste donc, en partie, le stock contre lui-même, une corrélation quasi tautologique. Une fois corrigé de l’autocorrélation (le fait que le prix d’un mois ressemble beaucoup à celui du mois précédent), le pouvoir explicatif du modèle s’effondre vers zéro.

La leçon dépasse le seul S2F : un modèle peut afficher un coefficient de détermination proche de 1 sur des données passées et n’avoir aucune valeur prédictive. C’est le piège classique de la surinterprétation d’une série temporelle avec très peu de cycles indépendants. Bitcoin n’a connu que quatre halvings ; construire une loi universelle sur quatre points est statistiquement fragile, un point sur lequel nous reviendrons.

La théorie du cycle de quatre ans

Si le S2F a échoué comme modèle de prix précis, une version plus souple de l’idée persiste : le « cycle de quatre ans ». L’observation est simple. Chaque halving a été suivi, dans les 12 à 18 mois, d’un sommet historique, puis d’un effondrement brutal, puis d’une longue reconstruction jusqu’au halving suivant. Trois hausses, une baisse, comme des saisons. Le tableau ci-dessous résume les quatre cycles, du prix au jour du halving jusqu’au sommet qui a suivi, puis la chute jusqu’au creux.

CyclePrix au halvingSommet suivantMultipleChute jusqu’au creux
2012~12 $~1 150 $ (nov. 2013)~95x~86 %
2016~650 $~19 700 $ (déc. 2017)~30x~84 %
2020~8 700 $~69 000 $ (nov. 2021)~8x~77 %
2024~64 000 $126 198 $ (6 oct. 2025)~2x~53 %

La chute du dernier cycle est mesurée du sommet du 6 octobre 2025 au creux de 59 375 $ atteint le 5 juin 2026, un repli d’environ 53 % que Standard Chartered a retenu comme creux de cycle. Deux tendances sautent aux yeux, et elles racontent des histoires opposées. D’un côté, le multiple de hausse s’effondre à chaque cycle : 95x, puis 30x, puis 8x, puis 2x. De l’autre, la sévérité des baisses diminue elle aussi, comme le montre une comparaison des marchés baissiers : 86 %, 84 %, 77 %, puis seulement 53 % lors de la correction de 2025-2026. Autrement dit, Bitcoin gagne moins dans les hausses, mais souffre moins dans les baisses. C’est la signature d’un actif qui mûrit.

Les rendements décroissants : pourquoi chaque cycle paie moins

Pourquoi les multiples s’effondrent-ils ? La réponse tient à une arithmétique de taille, pas de calendrier. Faire passer une capitalisation de 1 à 100 milliards de dollars est un exploit ; la faire passer de 1 000 à 100 000 milliards en est un tout autre. Plus l’actif est gros, plus il faut de capitaux frais pour le déplacer d’un même pourcentage. Un calcul de CoinDesk illustre bien cette inertie : en rapprochant les entrées nettes de capitaux de la performance de chaque cycle, on obtient une efficacité du capital en chute libre.

CycleEntrées de capitaux (approx.)Gain du cycle
2011~2,8 Mds $~55 000 %
2015~69 Mds $~10 000 %
2018~365 Mds $~2 000 %
depuis 2022~697 Mds $~689 %

La lecture est brutale : en 2011, quelques milliards suffisaient à multiplier le prix par des dizaines ; aujourd’hui, avec une capitalisation autour de 1 300 milliards de dollars, il faudrait, selon cette même analyse, plus de 1 000 milliards de dollars de capitaux réellement nouveaux pour reproduire une envolée parabolique. Ki Young Ju, fondateur de la plateforme d’analyse on-chain CryptoQuant, résume l’enjeu : « Bitcoin needs to be a core macro asset, not just a retail-driven ETF trade » (Bitcoin doit devenir un actif macro central, pas seulement un pari de particuliers via les ETF). Tant que cette bascule vers des allocations institutionnelles structurelles n’est pas achevée, le carburant d’un nouveau 8x manque tout simplement.

Pour l’investisseur, cette efficacité décroissante a une conséquence directe sur les attentes : les rendements à trois ou quatre chiffres qui ont fait la légende de Bitcoin appartiennent probablement à une époque où l’actif était minuscule. Un actif de 1 300 milliards de dollars qui doublerait ajouterait autant de valeur que la capitalisation entière de nombreuses grandes entreprises technologiques ; le répéter plusieurs fois de suite suppose des flux de capitaux d’une ampleur historique. Cela ne signifie pas que la hausse est terminée, mais qu’il faut calibrer ses espérances sur des multiples de plus en plus modestes.

2026 : le cycle est-il mort ?

Fin 2025, un argument autrefois marginal est devenu central : et si le cycle de quatre ans n’existait plus ? Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, a publié en décembre 2025 une note affirmant que le cycle allait se briser en 2026. Son raisonnement : l’effet de levier spéculatif qui amplifiait les précédents cycles s’est dégonflé après les liquidations d’octobre 2025, les taux d’intérêt baissent, et surtout, l’adoption institutionnelle (banques privées, gestionnaires de patrimoine) apporte une demande structurelle qui ne suit pas le calendrier du halving.

Un fait vient appuyer cette thèse : la realized cap, qui mesure la valeur de chaque bitcoin au prix de son dernier mouvement on-chain, a franchi les 1 000 milliards de dollars mi-2025 et s’y est maintenue tout au long de la correction, sans s’effondrer comme lors des précédents marchés baissiers. Historiquement, cette mesure chutait avec le prix quand les investisseurs capitulaient. Qu’elle tienne cette fois est le meilleur argument chiffré du camp « le cycle a changé ».

Il faut toutefois noter une ironie : Hougan lui-même, en février 2026, en pleine correction, citait le cycle de quatre ans parmi les causes des pertes. La nuance compte : sa thèse de décembre portait sur des moteurs structurels de long terme, pas sur une immunité aux corrections de court terme. Mais elle illustre à quel point le « cycle » reste un cadre mental difficile à abandonner, même pour ceux qui le déclarent mort.

Ce que disent les analystes

Tous les observateurs ne renoncent pas au cadre cyclique ; certains le raffinent. Chez Morgan Stanley, le stratège Denny Galindo décrit un rythme « three-up-one-down » (trois temps de hausse, un de baisse) et situait fin 2025 le marché dans sa saison d’automne, le moment, selon lui, où l’on veut prendre ses bénéfices. C’est une relecture saisonnière du cycle plutôt qu’un rejet.

D’autres jouent les points de retournement. Geoffrey Kendrick, responsable de la recherche sur les actifs numériques chez Standard Chartered, a d’abord abaissé ses objectifs à deux reprises début 2026 avant de déclarer, le 12 juin 2026, alors que Bitcoin touchait son creux de cycle à 59 375 $ : « Winter is over. Welcome back to crypto Spring » (l’hiver est terminé, bienvenue au printemps de la crypto). Il maintenait un objectif de 100 000 $ pour la fin d’année.

Enfin, les vétérans du trading tempèrent les attentes les plus folles. Le trader Peter Brandt, connu pour sa lecture des cycles longs, envisage un sommet entre 300 000 $ et 500 000 $ pour ce cycle, tout en avertissant qu’un actif devenu « less volatile and more Wall Street-like » (moins volatil et plus proche de Wall Street) est mécaniquement incapable de reproduire les multiples de 30x ou 95x du passé, quel que soit le flux d’ETF. La même analyse le montre autrement, en mesurant de sommet à sommet plutôt que du halving au sommet : la progression est passée d’environ 75x (de 2013 à 2017) à 3,5x (de 2017 à 2021), puis à seulement 1,8x (de 2021 à 2025). C’est peut-être la synthèse la plus honnête : la maturité de Bitcoin est à la fois ce qui soutient un plancher plus haut et ce qui plafonne les gains.

La demande a changé : ETP, trésoreries et le cas européen

Le grand changement de ce cycle, celui qui rend les modèles passés suspects, tient à la nature de la demande. Jusqu’en 2024, la demande marginale venait surtout des particuliers et de la spéculation à effet de levier. Depuis l’approbation des ETF spot américains en janvier 2024, une nouvelle catégorie d’acheteurs est entrée en jeu : les fonds cotés, les trésoreries d’entreprises et, indirectement, les gestionnaires de patrimoine.

Mais 2026 a servi de test de résistance à la thèse du « choc d’offre » institutionnel. Loin d’absorber mécaniquement l’offre réduite par le halving, les ETF américains ont connu une série de huit semaines consécutives de sorties nettes début juillet 2026, la plus longue jamais enregistrée, avant que le flux ne redevienne positif. Sur l’ensemble de l’année, une fois netté, l’apport des ETF a été bien plus faible qu’en 2025. Autrement dit, la demande institutionnelle n’est pas une pompe à sens unique : elle peut retirer des capitaux aussi vite qu’elle en apporte, ce qui ajoute une source de volatilité que le halving, lui, ne produit jamais.

Cette nouvelle demande a aussi changé de visage. Aux côtés des ETF, des sociétés cotées ont fait de Bitcoin un actif de trésorerie, accumulant des dizaines de milliers d’unités et retirant de fait ces coins du marché liquide. Mais cette concentration a un revers : une part importante des BTC détenus par les fonds américains est conservée chez un très petit nombre de dépositaires, et les décisions d’un seul gros acteur (achat massif, ou vente pour honorer des rachats) pèsent désormais bien plus lourd sur le prix que les 450 BTC quotidiens des mineurs. La demande s’est institutionnalisée, mais elle s’est aussi concentrée.

Pour un investisseur français, ce débat a une dimension très concrète. Les ETF spot américains ne sont pas commercialisables auprès du grand public en Europe, et il n’existe pas d’ETF spot crypto sous le régime UCITS. L’exposition passe donc par des ETP (Exchange Traded Products) physiquement adossés, cotés sur des places comme Xetra ou Euronext, ou par l’achat direct via un prestataire enregistré. Depuis le 1er juillet 2026, le régime transitoire PSAN a laissé place au cadre européen MiCA : l’AMF a rappelé que les prestataires non conformes doivent organiser une cessation ordonnée de leur activité. Il faut retenir un point que les maths du halving ne disent pas : MiCA et l’AMF encadrent les intermédiaires (plateformes, émetteurs d’ETP), pas le protocole. Le calendrier d’émission de Bitcoin reste, lui, totalement hors de portée de tout régulateur.

L’autre moitié de l’équation : mineurs et sécurité

Le halving n’est pas qu’une affaire de prix ; c’est d’abord un choc pour ceux qui sécurisent le réseau. Du jour au lendemain, les mineurs voient leur revenu par bloc divisé par deux, sans que leurs coûts d’électricité ni leur matériel ne changent. Chaque halving déclenche donc une sélection darwinienne : les machines les moins efficientes deviennent non rentables et s’éteignent, la difficulté finit par s’ajuster à la baisse, et les survivants se partagent le réseau.

En 2026, cette pression est bien réelle. Le hashprice, le revenu quotidien par unité de puissance de calcul, est retombé près de ses plus bas de plusieurs années, tandis que la puissance de calcul totale du réseau a atteint des records, portée par des machines toujours plus efficientes et par la diversification de certains mineurs vers l’IA et le calcul haute performance. Les frais de transaction, censés un jour remplacer la subvention, représentent encore une part marginale (moins de 5 %) du revenu des mineurs. C’est l’une des questions ouvertes les plus sérieuses du modèle : à mesure que la subvention tend vers zéro d’ici 2140, le budget de sécurité du réseau devra bien venir de quelque part.

Pour l’investisseur, la leçon est qu’acheter des actions de mineurs n’équivaut pas à détenir du Bitcoin : c’est un pari à effet de levier sur la marge minière, exposé au prix de l’électricité, à l’efficience du matériel et aux décisions de gestion. Un mineur peut sous-performer Bitcoin dans une hausse et le surperformer à la baisse, ou l’inverse, selon la structure de ses coûts.

Les modèles rivaux : loi de puissance, saisonnalité, macro

Face à l’échec du S2F, plusieurs cadres se disputent aujourd’hui l’explication du prix de Bitcoin, et aucun ne fait consensus.

  • La loi de puissance (power law), popularisée notamment par le physicien Giovanni Santostasi, relie le prix non pas au halving mais au temps écoulé depuis la genèse, le prix évoluant comme une puissance de l’âge du réseau. Dans cette lecture, le halving n’est qu’un artefact du calendrier, pas la cause du prix ; la croissance est régulière sur une échelle logarithmique, sans cycle magique de quatre ans.
  • La saisonnalité (Morgan Stanley) : le cadre « three-up-one-down » de Galindo, déjà cité, garde le rythme quadriennal mais le présente comme une régularité empirique à exploiter tactiquement, pas comme une loi physique.
  • Le camp macro : pour des analystes comme Ki Young Ju, le prix de Bitcoin est désormais surtout piloté par la liquidité mondiale, les taux réels et le dollar, bien plus que par son propre calendrier d’émission. Dans cette optique, la Réserve fédérale compte davantage que le bloc 1 050 000.

Le point commun de ces trois cadres est qu’ils relèguent le halving du statut de cause à celui de simple repère temporel. Et c’est peut-être la conclusion la plus importante de toute cette arithmétique.

Ce que les maths peuvent, et ne peuvent pas, prédire

Il est utile de séparer nettement les deux registres. Ce que les maths garantissent, côté offre :

  • La date approximative de chaque halving, des années à l’avance.
  • La récompense exacte par bloc après chaque réduction.
  • L’offre totale à n’importe quelle date future, jusqu’au plafond de 21 millions.
  • Le fait que la rareté augmente, mécaniquement, sans lien avec la demande.

Ce dont les maths ne disent rien, côté prix :

  • À quel niveau le prix se situera au prochain sommet, ou au prochain creux.
  • Quand exactement ce sommet ou ce creux surviendra.
  • Si la relation historique entre halving et prix se répétera une cinquième fois.

Le cœur du problème est statistique : nous n’avons que quatre cycles complets. Quatre points de données. Sur un échantillon aussi minuscule, presque n’importe quel motif peut sembler significatif, et il est impossible de distinguer une vraie causalité (le halving fait monter le prix) d’une simple coïncidence avec d’autres facteurs (les cycles de liquidité mondiale, qui durent eux aussi environ quatre ans, ou l’arrivée périodique de nouvelles vagues d’adoption). C’est le piège du test multiple et de la non-stationnarité : le marché de 2012, dominé par une poignée de passionnés, et celui de 2026, où des ETF détiennent une part significative de l’offre, ne sont tout simplement pas le même objet.

Contrairement à un actif générateur de rendement, dont on peut estimer la valeur par ses flux de trésorerie, Bitcoin ne produit aucun cash-flow : sa valorisation repose entièrement sur ce que le prochain acheteur est prêt à payer. Cette absence de point d’ancrage fondamental est précisément ce qui rend les modèles de prix si fragiles, un contraste que nous avons exploré à propos du real yield on-chain et de la difficulté à distinguer un vrai rendement d’une simple émission de jetons.

Halving cinq : le compte à rebours vers 2028

Concrètement, où en est-on ? Au bloc 961 000 environ, il reste un peu moins de 88 500 blocs avant le bloc 1 050 000, qui déclenchera la cinquième réduction, ramenant la récompense de 3,125 à 1,5625 BTC. Le compte à rebours de CoinGecko situe l’événement autour du 17 avril 2028, une date qui dérive de quelques jours à chaque mise à jour, puisqu’elle dépend de la vitesse réelle de production des blocs. D’ici là, le débat ne portera pas sur l’offre, qui est acquise, mais sur la demande et le contexte macro. Trois catalyseurs concurrents mériteront plus d’attention que le halving lui-même.

  • Les flux institutionnels : les ETP et trésoreries continueront-ils d’acheter, ou l’année 2026 restera-t-elle le signal d’une demande plus capricieuse ?
  • Le calendrier réglementaire : aux États-Unis comme en Europe, l’évolution du cadre (structure de marché, fiscalité) peut peser autant qu’un événement protocolaire.
  • Le cycle macro : liquidité mondiale, politique de la Fed, et le calendrier électoral, dont l’impact sur la crypto n’est plus à démontrer, comme le rappelle notre guide de l’investisseur face aux élections.

Aucun de ces trois signaux n’a de date gravée dans le code, contrairement au halving. C’est précisément pour cela qu’ils comptent : le bloc 1 050 000 tombera de toute façon, mais ce sont les flux, la réglementation et la liquidité qui décideront si cette réduction se traduit, ou non, par une cinquième vague haussière. Le halving fixe le décor ; il n’écrit pas la pièce.

Comment aborder le halving en investisseur

Que faire, concrètement, de tout cela ? Quelques principes se dégagent, moins spectaculaires que les prédictions à un million de dollars, mais plus solides. D’abord, méfiez-vous des modèles à variable unique. Le S2F a piégé de nombreux investisseurs en promettant une précision que quatre cycles ne peuvent pas soutenir. Un prix « garanti » par un modèle n’est jamais garanti. Beaucoup d’investisseurs de long terme en tirent une conclusion pratique : plutôt que de tenter de chronométrer le sommet ou le creux d’un cycle, un exercice que même les analystes professionnels ratent régulièrement (comme l’ont montré les révisions successives d’objectifs en 2026), ils étalent leurs achats dans le temps. Cette approche n’optimise pas le point d’entrée, mais elle supprime le risque le plus coûteux : engager tout son capital juste avant une correction de 50 % ou plus.

Ensuite, dimensionnez le risque à partir des baisses, pas des hausses. Même en se compressant, les corrections de Bitcoin ont atteint 53 % lors du dernier cycle, et 77 % à 86 % lors des précédents. Une position doit pouvoir survivre à un tel repli sans forcer la vente au pire moment. C’est là que l’effet de levier devient dangereux : comme l’a montré l’autopsie d’un pari à cinq milliards sur les dérivés, une cascade de liquidations peut faire bouger le marché bien plus vite que la demande réelle ne le justifierait. Pour lire cette nervosité autrement que par le seul prix, la volatilité implicite des options offre un baromètre utile, un signal que nous avons décortiqué comme autre thermomètre du marché.

Enfin, si vous détenez sur le long terme à travers plusieurs cycles, la question de la conservation devient centrale : la sécurité opérationnelle de vos clés compte autant que votre thèse de prix, comme le montre notre checklist multisig. Un actif que l’on garde quatre ans doit être détenu selon des pratiques que l’on maîtrise vraiment. Rien de tout cela ne constitue un conseil en investissement : Bitcoin reste un actif très volatil, et l’AMF rappelle régulièrement qu’aucun rendement crypto n’est garanti. Le halving offre une certitude rare, celle de l’offre. Il ne vend aucune certitude sur le prix.

Frequently Asked Questions

Le halving de Bitcoin fait-il vraiment monter le prix ?

Historiquement, chaque halving a précédé un sommet, mais la relation s’affaiblit à chaque cycle et n’a rien d’automatique. L’offre nouvelle est réduite mécaniquement, alors que le prix dépend de la demande, de la liquidité mondiale et du contexte macro, des facteurs que le halving ne contrôle pas. Avec seulement quatre cycles observés, il est statistiquement impossible d’affirmer une causalité certaine.

Quand aura lieu le prochain halving de Bitcoin ?

Le cinquième halving est attendu autour d’avril 2028, lorsque le réseau atteindra le bloc 1 050 000. La date exacte dérive de quelques jours selon la vitesse de production des blocs ; les compteurs comme celui de CoinGecko l’estiment actuellement vers la mi-avril 2028. La récompense passera alors de 3,125 à 1,5625 BTC par bloc.

Qu’est-ce que le modèle stock-to-flow et pourquoi a-t-il échoué ?

Le stock-to-flow rapporte l’offre existante au flux annuel de production pour mesurer la rareté, puis reliait ce ratio au prix. Le modèle a largement surestimé le prix (il pointait vers des centaines de milliers de dollars pour la période 2021-2025) et souffre d’un défaut méthodologique : sa corrélation est en partie tautologique et s’effondre une fois corrigée de l’autocorrélation.

Combien reste-t-il de bitcoins à créer ?

Environ 20,07 millions de BTC sont en circulation, soit à peu près 95,6 % du plafond de 21 millions. Il reste donc un peu moins d’un million de BTC à émettre, mais leur création s’étalera jusqu’aux alentours de 2140 en raison des halvings successifs, qui réduisent le rythme d’émission de moitié tous les quatre ans.

Le cycle de quatre ans de Bitcoin est-il mort ?

C’est le grand débat de 2026. Des analystes comme Matt Hougan (Bitwise) estiment que l’adoption institutionnelle et la baisse de l’effet de levier ont rompu le schéma, et la realized cap maintenue au-dessus de 1 000 milliards de dollars leur donne un argument. D’autres y voient un rythme qui se compresse plutôt qu’il ne disparaît. Aucune des deux thèses ne pourra être tranchée avant plusieurs années.

Par Julien Moreau, desk marchés de HOGE Wire.

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