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● DeFi & On-chain

Real yield 2026 : le vrai rendement on-chain existe-t-il ?

Le « real yield » distingue les revenus réels des protocoles des rendements financés par l'inflation des jetons. Tour d'horizon des sources durables, des risques et du cadre AMF en 2026.

Le marché baissier de 2022 a laissé une leçon que la finance décentralisée n’a pas fini de digérer. Pendant des mois, des protocoles avaient affiché des rendements annualisés à trois ou quatre chiffres, présentés comme la preuve du génie de la DeFi. La réalité était plus prosaïque : ces taux étaient presque entièrement financés par l’émission de nouveaux jetons distribués aux déposants. Tant que le cours du jeton montait, le rendement paraissait somptueux. Dès qu’il chutait, la valeur réelle de ces distributions s’évaporait, et les rendements nominaux à 1000 % ne compensaient plus la perte en capital.

De cette désillusion est né un mot d’ordre repris sur tout l’espace crypto : le « real yield », ou rendement réel. L’idée tient en une phrase. Un rendement mérite d’être qualifié de réel lorsqu’il provient des revenus effectivement encaissés par un protocole (frais de transaction, intérêts payés par les emprunteurs, commissions de trading, MEV pour maximal extractable value) et non de la simple création de jetons supplémentaires. Le premier est adossé à une activité économique ; le second dilue les détenteurs existants pour habiller un rendement qui n’existe pas vraiment.

En 2026, la distinction a quitté le terrain du débat entre initiés pour devenir un critère d’investissement central. Après le rebond des ETF Bitcoin et Ethereum de l’été, des capitaux institutionnels et particuliers cherchent un placement on-chain qui ressemble à un produit de taux crédible. Les bons du Trésor américain tokenisés dépassent désormais 16 milliards de dollars d’encours (soit près de 14 milliards d’euros) selon le registre rwa.xyz, les protocoles de prêt reversent une part croissante de leurs revenus à leurs détenteurs, et même Ethereum, via le staking, offre un rendement dont l’origine est parfaitement traçable. Cet article passe en revue les principales sources de rendement réel accessibles aux investisseurs francophones, protocole par protocole, avec les chiffres, les risques et le cadre réglementaire de l’AMF.

Aux origines d’un mot d’ordre né en plein marché baissier

L’expression s’est imposée durant l’été 2022, au plus fort de la débâcle qui a suivi l’effondrement de Terra et la faillite en cascade de plusieurs prêteurs centralisés. Le contraste était brutal. D’un côté, des protocoles de « yield farming » distribuaient des jetons de gouvernance à un rythme effréné pour attirer des liquidités ; de l’autre, une poignée de plateformes reversaient à leurs utilisateurs des revenus libellés en actifs que personne ne pouvait imprimer, comme l’ETH, des stablecoins ou l’AVAX.

GMX, un échange de contrats perpétuels déployé sur Arbitrum et Avalanche, est devenu l’emblème de ce second camp. Son modèle était limpide : les traders payaient des frais, et une partie de ces frais était reversée en ETH ou en AVAX aux détenteurs de jetons ayant mis leurs actifs en staking et aux fournisseurs de liquidité, jamais en jetons GMX fraîchement émis. Gains Network, Synthetix ou dYdX défendaient des approches voisines. Le message adressé au marché était simple : si le rendement vous est versé dans une monnaie que le protocole ne contrôle pas, il est beaucoup plus difficile de tricher.

Cette généalogie compte, car elle éclaire la définition. Le rendement réel n’est pas seulement un rendement « élevé » ou « durable » ; c’est un rendement dont on peut retracer la source jusqu’à une recette effective. Un protocole peut afficher un rendement modeste et parfaitement réel (le staking Ethereum) ou un rendement élevé et largement fictif (une ferme de liquidité qui vit de ses émissions). La bonne question n’est jamais « combien ? » mais « payé par qui, et avec quel argent ? ».

Rendement réel contre rendement inflationniste : la ligne de partage

Pour trancher, il faut regarder le flux de trésorerie. Un rendement inflationniste repose sur l’émission de nouveaux jetons : le protocole crée de la valeur nominale à partir de rien, la distribue, et compte sur l’appréciation du cours pour que l’opération reste indolore. Mécaniquement, c’est un transfert des détenteurs futurs vers les fournisseurs de liquidité présents. Un rendement réel, à l’inverse, prélève sa source dans des recettes : commissions de swap sur un DEX, intérêts versés par les emprunteurs sur un marché monétaire, taux de financement (funding) sur les perpétuels, coupons de bons du Trésor pour les actifs tokenisés.

CritèreRendement inflationnisteRendement réel
SourceÉmission de nouveaux jetonsRevenus du protocole (frais, intérêts, MEV)
Monnaie de versementJeton natif du protocoleETH, stablecoins, actifs externes
Effet sur les détenteursDilutionNeutre, voire relutif (rachats)
DurabilitéDépend du cours du jetonDépend de l’activité économique
Exemple typeFerme de liquidité à APY élevéStaking ETH, frais GMX, coupons RWA

La distinction n’est pas binaire dans la pratique. Beaucoup de protocoles panachent les deux : ils versent un socle de rendement réel issu de leurs frais, complété par des incitations en jetons pour amorcer la liquidité. L’erreur classique de l’investisseur consiste à lire le rendement total affiché sans en décomposer l’origine. Un taux de 12 % qui se décompose en 3 % de frais réels et 9 % d’émissions n’a pas le même profil de risque qu’un taux de 5 % intégralement adossé à des revenus. Le premier fond dès que les incitations s’arrêtent ; le second tient tant que l’activité existe.

Comment mesurer un vrai rendement : revenus, ratios et revenus reversés

La bonne nouvelle, c’est que ces flux sont publics. Des tableaux de bord comme DefiLlama ou Token Terminal recensent, protocole par protocole, les frais générés (ce que paient les utilisateurs), les revenus (la part que conserve le protocole) et, de plus en plus, le montant effectivement reversé aux détenteurs de jetons. Trois ratios méritent l’attention : le rapport revenus sur TVL (la capacité d’un protocole à faire travailler la liquidité déposée), le rapport capitalisation sur revenus (l’équivalent d’un price-to-sales boursier) et la part des revenus qui revient réellement au jeton.

Ce dernier indicateur est révélateur. Sur trente jours, dix protocoles concentraient environ 87 % de l’ensemble des revenus reversés aux détenteurs de la DeFi, Hyperliquid arrivant largement en tête avec près de 38 % du total, d’après les données compilées par Crypto Briefing. Autrement dit, la grande majorité des jetons DeFi ne redistribuent quasiment rien, et le rendement réel se concentre sur une poignée d’acteurs qui dominent leur segment.

Attention toutefois : un revenu réel n’est pas automatiquement un revenu sain. Pump.fun, la plateforme de lancement de memecoins sur Solana, figure parmi les plus gros générateurs de recettes de l’écosystème. Ses frais sont bien réels, mais ils proviennent d’un flux spéculatif qui a nourri d’innombrables projets frauduleux, comme le rappelle notre enquête sur le procès qui ébranle l’industrie du rug pull. La traçabilité d’un rendement dit seulement d’où vient l’argent ; elle ne dit rien de la solidité de la demande qui l’alimente.

Le staking Ethereum, colonne vertébrale du rendement on-chain

Si un actif incarne le rendement réel, c’est l’ETH staké. Un validateur qui immobilise 32 ETH sécurise le réseau et perçoit en échange trois sources de revenus : les récompenses de consensus (émises par le protocole pour la validation des blocs), les pourboires de priorité (priority fees) que les utilisateurs paient pour être traités plus vite, et la MEV, cette valeur extraite de l’ordonnancement des transactions. Les deux dernières composantes ne sont pas de l’inflation : ce sont des paiements que des acteurs économiques réels consentent pour utiliser Ethereum.

En 2026, le socle de consensus tourne autour de 3 % par an, et l’ensemble atteint plutôt 3 à 3,8 % une fois les priority fees et la MEV inclus, selon la performance de l’opérateur. Le taux paraît modeste face aux promesses du yield farming, mais il est d’une nature différente : il est versé en ETH, adossé à l’usage du réseau, et son mécanisme est documenté sur le site ethereum.org. L’émission suit par ailleurs une courbe inversement proportionnelle à la racine carrée du total staké, si bien que plus il y a de validateurs, plus la part de chacun se réduit ; près d’un tiers de l’offre d’ETH est aujourd’hui immobilisé.

Autour de ce socle se sont empilées des couches supplémentaires. Le staking liquide (Lido, Rocket Pool) émet un jeton représentatif qui reste utilisable en DeFi, et le restaking permet de réutiliser l’ETH staké pour sécuriser d’autres services, avec un rendement additionnel à la clé. Ces surcouches ajoutent du rendement, mais aussi des risques nouveaux, comme le montre le pari d’EigenCloud sur une infrastructure d’IA vérifiable financée par le restaking. Chaque strate empilée éloigne un peu plus le rendement de sa source réelle.

Sky, l’héritier de MakerDAO et l’épargne en stablecoin

MakerDAO, l’un des plus anciens protocoles de la DeFi, s’est rebaptisé Sky en 2024 et a lancé le stablecoin USDS aux côtés du DAI historique. Son produit phare pour l’épargnant s’appelle le Sky Savings Rate (SSR) : en déposant des USDS, l’utilisateur reçoit des sUSDS, un jeton porteur d’intérêts dont la valeur s’apprécie mécaniquement au fil du temps. À la mi-2026, ce taux tournait autour de 3,75 %, fixé par la gouvernance du protocole, pour une offre d’USDS dépassant les 7 milliards de dollars.

Ce rendement est réel au sens le plus strict : il provient des intérêts effectivement perçus sur le collatéral qui adosse le stablecoin. Or ce collatéral a changé de nature. Là où MakerDAO reposait surtout sur des cryptoactifs surcollatéralisés, Sky tire désormais une part importante de ses revenus de bons du Trésor américain détenus via des structures dédiées, complétés par les intérêts des emprunts en crypto et par les opérations du module de stabilité du peg. Les détails sont publics sur le site officiel sky.money.

Le contraste avec les stablecoins algorithmiques de la génération Terra est frappant. Là où l’UST promettait un rendement de 20 % garanti par un mécanisme réflexif condamné à s’effondrer, le SSR ne promet que ce que le collatéral rapporte, ni plus, ni moins. Quand les taux directeurs baissent, le SSR baisse ; quand ils montent, il remonte. Cette honnêteté cyclique est précisément ce qui le rend crédible aux yeux des trésoreries qui cherchent un rendement dollar passif sans détenir elles-mêmes des bons du Trésor.

Ethena : le rendement du basis trade et ses limites

Ethena a popularisé un troisième modèle, plus subtil. Son dollar synthétique USDe est adossé à une position dite delta-neutre : le protocole détient du collatéral (ETH staké et actifs liquides) et vend à découvert un montant équivalent de contrats perpétuels ETH. Le résultat est une exposition quasi nulle au prix de l’ETH, tandis que deux flux de revenus s’accumulent au profit des détenteurs de sUSDe (la version stakée du jeton) : le rendement du staking de la jambe au comptant, et surtout les taux de financement payés par les positions longues sur les perpétuels.

Le protocole pèse plus de 4 milliards de dollars de valeur verrouillée pour une offre d’USDe de l’ordre de 5 à 6 milliards, d’après DefiLlama. Mais le rendement de sUSDe s’est nettement normalisé : après des pics à deux chiffres en 2024, il évolue en 2026 dans une zone à un chiffre, autour de 9 % sur les données récentes. La raison est structurelle : les taux de financement, moteur principal du modèle, se sont détendus, et Ethena a reconstruit l’adossement de l’USDe autour d’actifs plus stables, réduisant la part du basis trade dans ses réserves. Ethena, fondée par Guy Young, a d’ailleurs communiqué publiquement sur ce rééquilibrage de son collatéral.

C’est ici que la notion de rendement réel montre ses nuances. Le rendement d’Ethena est bien réel, mais il est cyclique et peut devenir négatif : lorsque le marché passe massivement vendeur, les taux de financement s’inversent et le protocole doit payer pour maintenir sa couverture. Comprendre ce mécanisme suppose de savoir lire les positions dérivées, un exercice que nous avons détaillé à propos du positionnement à cinq milliards suspendu au Sénat américain. Un rendement réel n’est pas forcément un rendement stable.

GMX, Hyperliquid et le rendement versé en ETH

Retour aux pionniers. GMX incarne toujours l’idée fondatrice du rendement réel : les frais de trading sont reversés à ceux qui fournissent la liquidité et sécurisent le protocole, dans un actif externe et non en jetons émis. Mais le paysage a radicalement changé. La valeur verrouillée de GMX est retombée autour de 150 millions de dollars, selon DefiLlama, très loin de ses sommets. Le protocole a été supplanté par Hyperliquid, dont la blockchain applicative dédiée aux perpétuels traite de l’ordre de plusieurs centaines de milliards de dollars de volume sur trente jours, contre seulement quelques milliards pour GMX.

Hyperliquid a poussé la logique du rendement réel un cran plus loin en utilisant une large part de ses revenus pour racheter son propre jeton sur le marché, plutôt que de distribuer directement des frais. Cette mécanique, sur laquelle nous revenons plus bas, explique pourquoi la plateforme domine si nettement le classement des revenus reversés aux détenteurs. Le message reste le même qu’en 2022 : le rendement provient d’une activité économique vérifiable, en l’occurrence les commissions payées par des traders bien réels.

Cette bascule illustre une vérité inconfortable pour l’investisseur en rendement réel : un modèle sain ne protège pas d’une perte de parts de marché. GMX versait un rendement authentique, mais l’assèchement de ses volumes a réduit ce rendement à mesure que l’activité migrait ailleurs. La qualité de la source ne dispense jamais d’évaluer sa pérennité concurrentielle.

Pendle : séparer le capital de son rendement

Pendle occupe une place à part, car il ne produit pas de rendement : il le transforme. Le protocole prend un actif porteur d’intérêts (par exemple des sUSDe ou des sUSDS) et le scinde en deux jetons distincts. Le Principal Token (PT) donne droit à récupérer le capital à l’échéance, à la manière d’une obligation zéro-coupon ; le Yield Token (YT) capte pour sa part la totalité du rendement produit d’ici là. En achetant du PT avec une décote, l’investisseur verrouille un rendement fixe connu d’avance ; en achetant du YT, il spécule sur l’évolution future des taux.

Ce marché du taux fixe on-chain a connu un essor spectaculaire : la valeur verrouillée de Pendle a dépassé 13 milliards de dollars à son pic en 2025 avant de refluer autour de plusieurs milliards, d’après DefiLlama. Le protocole a étendu son offre avec Boros, une plateforme qui vise à transformer les taux de financement des perpétuels en instruments négociables, un marché quotidien qui se compte en dizaines de milliards de dollars.

La subtilité, pour qui cherche du rendement réel, est que Pendle hérite de la qualité de ce qu’il emballe. Acheter du PT adossé à un actif au rendement authentique revient à sécuriser un taux réel fixe ; mais acheter du PT adossé à un rendement inflationniste ne fait que reconditionner une promesse fragile dans un emballage d’apparence obligataire. Le taux fixe rassure ; il ne transforme pas par magie une source douteuse en source solide.

Les bons du Trésor tokenisés : la TradFi apporte son taux

La forme la plus incontestable de rendement réel vient paradoxalement de la finance traditionnelle. Les bons du Trésor américain tokenisés reversent, sous forme de jetons, les coupons de la dette souveraine la mieux notée du monde. Le segment a franchi les 16 milliards de dollars d’encours distribués début août 2026, pour un rendement moyen d’environ 3,43 %, selon le registre rwa.xyz. Il n’y a ici aucune ambiguïté sur l’origine du rendement : c’est le contribuable américain qui paie.

FondsÉmetteur / plateformeEncours (approx.)
USYCCircle~3,0 milliards $
BUIDLBlackRock / Securitize~2,7 milliards $
USDYOndo Finance~2,1 milliards $
BenjiFranklin Templeton~1,7 milliard $

Le fonds BUIDL de BlackRock, opéré via Securitize, distribue un rendement quotidien à ses détenteurs autorisés sur plusieurs blockchains. Ces produits sont devenus une brique de trésorerie pour les protocoles eux-mêmes, y compris Sky, qui adosse une partie de son collatéral à ce type d’instrument. La boucle est bouclée : le rendement réel de la DeFi s’appuie de plus en plus sur le rendement réel de la dette souveraine.

Pour un investisseur en euros, une nuance capitale s’impose. Ce rendement de 3,43 % est libellé en dollars. Avec un taux de change autour de 1,15 dollar pour un euro début août 2026, un placement en bons du Trésor tokenisés expose à un risque de change EUR/USD qui peut, sur une année, dépasser en amplitude le rendement lui-même. Un gain de 3,4 % en dollars peut se transformer en perte en euros si le billet vert se déprécie. Le rendement est réel ; le risque de change l’est tout autant.

Le rachat de jetons : le dividende discret de la DeFi

Comment un protocole reverse-t-il son rendement réel au jeton ? Deux écoles s’opposent. La première distribue directement les revenus aux stakers, à la manière de GMX. La seconde utilise les revenus pour racheter le jeton sur le marché, ce qui soutient son cours et augmente mécaniquement la part de chaque détenteur restant, à la manière d’un rachat d’actions en bourse. Aave a franchi une étape décisive dans cette direction avec Aavenomics 3.0, entré en vigueur le 28 juin 2026.

Ce dispositif remplace les décisions discrétionnaires par un mécanisme automatisé et immuable qui achète des jetons AAVE avec les revenus du protocole, comme l’a rapporté The Defiant. La gouvernance avait au préalable ramené le budget de rachat d’environ 50 à 30 millions de dollars par an, en réponse à un tassement des revenus d’intérêts, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 142 millions de dollars en 2025, alors que le protocole reste le plus grand marché de prêt décentralisé avec près de 34 milliards de dollars de dépôts. Stani Kulechov, fondateur d’Aave, défend de longue date cette idée de reverser aux détenteurs la valeur créée par le protocole plutôt que de la laisser dormir en trésorerie.

Le choix du rachat plutôt que du dividende n’est pas anodin sur le plan juridique. Une distribution directe et régulière de revenus à des détenteurs passifs rapproche dangereusement un jeton de la définition d’un titre financier, avec les obligations réglementaires qui l’accompagnent. Le rachat, plus indirect, offre une zone grise plus confortable. Le rendement réel de la DeFi épouse ainsi les contours du droit des valeurs mobilières, autant que ceux de l’ingénierie financière.

Réel ne veut pas dire sans risque

La qualification de rendement réel rassure, mais elle ne dit rien du niveau de risque. Un rendement peut être parfaitement traçable et parfaitement dangereux. Le risque de smart contract demeure le plus universel : un bug ou une faille peut vider un protocole en quelques minutes, et la question de savoir qui indemnise alors les victimes reste largement ouverte, comme nous l’avons montré en examinant qui paie vraiment quand le piratage a lieu. Un audit réduit le risque, il ne l’annule pas.

Source de rendementRendement réel ?Risque principal
Staking ETHOuiSlashing, illiquidité de sortie, risque technique
Stablecoin d’épargne (Sky)OuiDépeg, exposition RWA et contrepartie
Ethena (sUSDe)Oui, mais cycliqueFunding négatif, risque d’exécution
Frais DEX (GMX, Hyperliquid)OuiVolatilité des volumes, smart contract
Bons du Trésor tokenisésOuiContrepartie, custody, change EUR/USD
Ferme à émissionsNonDilution, effondrement du cours

À cela s’ajoutent des risques spécifiques : le dépeg pour les stablecoins, l’inversion des taux de financement pour Ethena, le slashing et l’illiquidité de sortie pour le staking et le restaking, le risque de contrepartie et de conservation (custody) pour les actifs tokenisés, et le risque de change pour l’investisseur en euros. Un rendement réel bien compris est donc un rendement dont on a identifié non seulement la source, mais aussi le scénario précis dans lequel il cesse d’être versé.

AMF, MiCA et fiscalité : ce que dit le cadre français

Côté réglementation, 2026 est une année charnière. Le régime transitoire qui permettait aux prestataires enregistrés PSAN d’opérer en France s’achève, et l’agrément CASP au titre de MiCA devient obligatoire à compter du 1er juillet 2026. L’AMF a répété que les prestataires non conformes devaient organiser une extinction ordonnée de leur activité, comme le rappelle sa communication officielle. Fournir des services sur actifs numériques sans agrément après cette date constitue un délit passible de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende.

Sur le rendement lui-même, le cadre reste en construction. Le staking et le prêt de cryptoactifs ne sont pas pleinement couverts par MiCA, qui encadre les prestataires de services sur actifs au comptant, mais pas les protocoles en tant que tels ; les produits dérivés comme les perpétuels relèvent, eux, de MiFID II et du régulateur de marché. Un comité consultatif rattaché à la Banque de France a été mandaté pour étudier précisément l’application de MiCA au staking et au prêt. Dans une mise en garde relayée par l’AMF, le régulateur et l’ESMA ont par ailleurs alerté les particuliers sur les offres de rendement non régulées, un signal qui vaut autant pour les produits inflationnistes que pour certains montages présentés comme du rendement réel.

Sur le plan fiscal, les plus-values de cession d’actifs numériques réalisées par les particuliers relèvent en principe du prélèvement forfaitaire unique de 30 % (la flat tax). Le traitement des revenus de staking et de prêt reste plus discuté et dépend des circonstances, ce qui invite à la prudence et, souvent, au conseil d’un professionnel. Un point demeure constant : un rendement encaissé est un revenu, et un revenu finit toujours par croiser l’administration fiscale.

Évaluer une opportunité de rendement réel : la méthode

De cette revue se dégage une grille de lecture applicable à n’importe quelle offre de rendement. Elle tient en quelques réflexes, à appliquer avant tout dépôt.

  • Décomposer le rendement affiché : quelle part vient de frais réels, quelle part vient d’émissions de jetons ?
  • Identifier la monnaie de versement : un actif externe (ETH, stablecoin, dollar) est plus crédible que le jeton natif du protocole.
  • Vérifier le ratio revenus sur TVL et la part réellement reversée, sur DefiLlama ou Token Terminal.
  • Nommer le payeur : traders, emprunteurs, Trésor américain ? Un rendement sans payeur identifiable est un signal d’alerte.
  • Cartographier le risque : smart contract, dépeg, funding, slashing, contrepartie, change EUR/USD.
  • Contrôler le statut réglementaire du prestataire (agrément CASP) et anticiper la fiscalité.

Aucun de ces critères ne garantit un gain, mais leur combinaison écarte l’essentiel des pièges. Le rendement réel n’est pas une promesse de sécurité ; c’est une exigence de transparence sur l’origine de l’argent. En 2026, avec des bons du Trésor tokenisés à plus de 16 milliards de dollars, un staking Ethereum mature et des protocoles de prêt qui redistribuent enfin leurs revenus, cette exigence est enfin satisfaite par une partie substantielle du marché. Reste à l’investisseur de faire le tri, ligne de trésorerie par ligne de trésorerie.

Frequently Asked Questions

Qu’est-ce que le real yield en DeFi ?

Le real yield, ou rendement réel, désigne un rendement financé par les revenus effectifs d’un protocole (frais de transaction, intérêts d’emprunt, taux de financement, MEV, coupons d’actifs tokenisés) et non par l’émission de nouveaux jetons. Il s’oppose au rendement inflationniste, qui dilue les détenteurs existants et s’effondre dès que le cours du jeton baisse.

Le staking Ethereum est-il un rendement réel ?

Oui, en grande partie. Une portion du rendement provient des récompenses de consensus émises par le protocole, mais les priority fees et la MEV sont des paiements réels effectués par les utilisateurs du réseau. En 2026, le rendement tout compris se situe autour de 3 à 3,8 % par an, versé en ETH, avec des risques de slashing et d’illiquidité de sortie à prendre en compte.

Les bons du Trésor tokenisés sont-ils sans risque ?

Non. Leur rendement, autour de 3,43 % début août 2026, est adossé à la dette souveraine américaine, mais l’investisseur supporte un risque de contrepartie et de conservation lié à l’émetteur, ainsi qu’un risque de change EUR/USD non négligeable pour un épargnant en euros. Un gain en dollars peut se traduire par une perte en euros si le dollar se déprécie.

Le rendement de l’USDe d’Ethena est-il durable ?

Le rendement de sUSDe est réel mais cyclique. Il dépend des taux de financement des perpétuels, qui se sont normalisés en 2026 pour ramener le rendement dans une zone à un chiffre. Ces taux peuvent devenir négatifs en marché baissier, réduisant voire annulant temporairement le rendement. Ethena a réduit sa dépendance au basis trade en diversifiant son collatéral.

Comment le rendement crypto est-il imposé en France ?

Les plus-values de cession d’actifs numériques des particuliers relèvent en principe du prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Le traitement fiscal des revenus de staking et de prêt reste plus discuté et dépend des circonstances de chaque situation. Compte tenu de la complexité et de l’évolution du cadre, le recours à un conseil professionnel est recommandé.

Par la rédaction de HOGE Wire, pôle DeFi et marchés on-chain.

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