Offre d’ETH : le flottant se vide, qui verrouille l’ether ?
L'ether a bondi de 30 % en une semaine alors que son offre totale grossit encore. Le paradoxe se règle par le flottant : staking, trésoreries et ETF verrouillent l'ETH plus vite qu'il n'est émis.
L’ether a bondi d’environ 30 % en une semaine, sa meilleure performance hebdomadaire depuis mai 2025, pour se stabiliser autour de 2 126 EUR (près de 2 477 dollars) au 25 août 2026, selon CoinGecko. Pourtant, l’offre totale d’ETH n’a jamais été aussi abondante sur le papier : environ 121,98 millions d’unités d’après le compteur de référence ultrasound.money, soit près de 950 000 ETH de plus que le jour du Merge de septembre 2022. Comment un actif dont l’offre grossit lentement peut-il grimper aussi vite ?
La réponse tient en un mot que les tableaux d’offre classiques cachent : le flottant. Le nombre d’ETH réellement disponibles à la vente, celui qui fixe le prix à la marge, rétrécit beaucoup plus vite que l’offre totale n’augmente. Le staking en immobilise un tiers, les trésoreries d’entreprise en avalent des millions, les ETF spot en absorbent encore, et les réserves des plateformes d’échange sont tombées à leur plus bas niveau depuis huit ans. Cet article dissèque qui verrouille l’ether, pourquoi cette rareté de marché est réflexive (elle amplifie les hausses comme les baisses), et ce que cela implique pour le prix d’ici la fin 2026.
Le paradoxe de l’offre d’ETH : inflationniste sur le papier, rare sur le marché
Il faut séparer deux questions que l’on confond trop souvent. La première relève de la politique monétaire du protocole : Ethereum émet-il plus d’ETH qu’il n’en détruit ? La réponse, en 2026, est un oui prudent. Le réseau est légèrement inflationniste, avec une croissance nette de l’offre de l’ordre de 0,2 % par an, et ultrasound.money affiche un rythme proche de zéro sur sept jours. La seconde question est de microstructure de marché : combien d’ETH peut effectivement changer de mains à court terme ? La réponse, elle, va dans le sens inverse : ce flottant se contracte.
Ces deux vérités ne se contredisent pas, elles décrivent des couches différentes. Une pièce peut être émise par le protocole puis disparaître immédiatement dans un validateur, une trésorerie d’entreprise ou un ETF, et donc ne jamais peser sur l’offre vendable. C’est exactement ce qui se joue. L’analyse comptable émission contre burn, que nous avions détaillée au début du mois, décrit la robinetterie ; la thèse du flottant décrit le niveau réel de la baignoire. En 2026, c’est le niveau qui bouge le prix, pas le débit du robinet.
Cette distinction n’est pas qu’un raffinement d’analyste. Elle explique pourquoi les débats sur l’offre d’ETH tournent souvent au dialogue de sourds : les uns regardent le compteur d’émission et concluent que l’ether a perdu sa rareté, les autres regardent le carnet d’ordres et voient un actif de plus en plus difficile à acheter en quantité. Les deux ont raison, chacun sur sa couche. Le parti pris de cet article est que la couche de marché domine la formation du prix en 2026, parce que l’émission nette est devenue trop petite pour compter.
Émission, burn et la fin de l’ultrasound money
Rappel des mécaniques, en version courte. Depuis le passage à la preuve d’enjeu, Ethereum émet environ 2 800 ETH par jour pour rémunérer les validateurs, un rythme qui suit une courbe en racine carrée du montant total mis en staking : plus il y a d’ETH stakés, plus le rendement par validateur baisse. Face à cette émission, l’EIP-1559 détruit une part des frais de transaction. Depuis août 2021, plus de 4,6 millions d’ETH ont ainsi été brûlés, d’après les données cumulatives de The Block.
Le point de bascule fut la mise à niveau Dencun de mars 2024. En déplaçant les données des réseaux de seconde couche vers les blobs, elle a vidé le mainnet de l’activité qui alimentait le burn. Le narratif de l’ultrasound money, cet ETH structurellement déflationniste, s’est éteint : la déflation est devenue épisodique, réservée aux rares pics de congestion. La conséquence pratique pour notre sujet est simple : l’équation comptable est quasi neutre. Un solde net proche de zéro signifie que ce ne sont plus quelques centaines d’ETH d’écart quotidien entre émission et destruction qui font le prix, mais les dizaines de millions d’unités que le marché retire, ou non, de la circulation. Le burn a cessé d’être l’histoire ; l’absorption l’est devenue.
Le vrai chiffre à suivre : le flottant, pas l’offre totale
Trois nombres circulent et sont souvent mélangés. L’offre totale, environ 122 millions d’ETH, additionne tout ce qui existe. L’offre circulante, environ 120,68 millions selon CoinGecko, en retire quelques poches techniques. Ni l’une ni l’autre ne dit ce qui compte pour un trader : le flottant, c’est-à-dire la fraction réellement mobilisable à la vente dans un délai court. C’est cette dernière qui se comprime, et c’est elle qu’il faut décomposer.
On peut ranger la détention d’ETH en quatre grandes poches, de la plus verrouillée à la plus liquide : l’ETH mis en staking, l’ETH logé dans des trésoreries d’entreprise, l’ETH détenu via des ETF spot, et enfin l’ETH posé sur les plateformes d’échange, seule poche immédiatement vendable. Le raisonnement rejoint celui que nous avions tenu sur le bitcoin, où la liquidité a fini par compter davantage que la rareté programmée : ce n’est pas le stock qui fait le prix, c’est le flux disponible. Détaillons chaque poche, puis expliquons pourquoi il est trompeur de les additionner bêtement.
Le staking immobilise un tiers de l’ether
La première poche est de loin la plus grande. Le staking a franchi un record : environ 41,4 millions d’ETH sont déposés dans des validateurs, soit 33,98 % de l’offre, un plus haut historique atteint début août, selon Coinpedia. Le réseau compte désormais autour de 900 000 validateurs actifs. Cette masse d’ETH n’est pas juridiquement bloquée, mais elle est économiquement collante : sortir un validateur passe par une file d’attente, la réactivation en cas de besoin en passe par une autre, et surtout, le rendement récompense l’immobilité.
Ce rendement s’est pourtant compressé. Le taux de base au niveau consensus est tombé autour de 2,6 %, un plus bas de trois ans, mécanique directe de la courbe en racine carrée : plus il y a de stakers, plus la part de chacun maigrit. En ajoutant les revenus de priorité et de MEV, cette taxe invisible que capte la chaîne d’approvisionnement des blocs, un validateur performant vise plutôt une fourchette de 3 à 3,8 %. Mike Silagadze, patron d’ether.fi, résume la dynamique d’absorption en une phrase reprise par la presse spécialisée : les gens qui mettent leur ETH en staking ne le vendent pas. C’est au cœur de la thèse : un tiers de l’offre a choisi le rendement plutôt que la liquidité, et ce choix est difficile à défaire vite.
Ce caractère collant a une traduction technique précise. Depuis la mise à niveau Shapella d’avril 2023, les retraits de staking sont possibles, mais ils passent par une file de sortie dont le débit est plafonné par le protocole : on ne peut pas retirer des millions d’ETH du staking d’un coup. À cela s’ajoutent le délai de balayage des récompenses, la fiscalité d’une cession et, pour beaucoup de détenteurs, la simple inertie. Résultat : même si le marché voulait soudain vendre l’ETH staké, il ne le pourrait pas rapidement. C’est ce qui distingue un verrou économique d’un simple choix de portefeuille, et c’est pourquoi ce tiers de l’offre agit comme un plancher de rareté plutôt que comme un stock dormant prêt à inonder le marché.
Les trésoreries d’entreprise (DAT), la nouvelle éponge à ether
La deuxième poche est la plus récente et la plus spectaculaire. Les trésoreries d’actifs numériques, ou DAT, sont des sociétés cotées dont le modèle consiste à accumuler de l’ETH au bilan. Elles sont aujourd’hui 34 à détenir, ensemble, environ 7,86 millions d’ETH, soit 6,51 % de l’offre, pour une valeur proche de 19,5 milliards de dollars (environ 16,7 milliards EUR), d’après l’indice des trésoreries de CoinGecko.
Le modèle n’est pas nouveau dans son principe : il décalque sur l’ether la stratégie de trésorerie bitcoin popularisée par des sociétés cotées à partir de 2020, à ceci près que l’ETH produit un rendement natif via le staking, ce qui transforme la trésorerie en actif à revenu. C’est précisément ce qui a nourri l’explosion du phénomène en 2025 et 2026. Mais cette concentration a un revers : une poignée d’acteurs détient l’essentiel de l’ETH en trésorerie, si bien que la trajectoire du flottant dépend désormais des décisions d’allocation de quelques directions financières, un facteur de fragilité que nous retrouverons plus loin.
Un acteur écrase les autres : BitMine Immersion (BMNR), présidée par le stratégiste Tom Lee, détient à elle seule environ 5,85 millions d’ETH, soit près de 4,8 % de l’offre du réseau, et se dit à 96 % de son objectif affiché d’atteindre 5 % de tout l’ETH, ce que ses dirigeants surnomment l’alchimie des 5 %. La société en a staké plus de 5 millions, ce qui pourrait lui rapporter de l’ordre de 381 millions de dollars de récompenses annuelles, et a encore ajouté 32 447 ETH la semaine dernière, selon CryptoTimes. Interrogé sur la flambée de l’ether, Tom Lee a estimé, propos rapportés par The Block, que ce mouvement de hausse était attendu compte tenu du renforcement des fondamentaux du secteur, des multiples vents porteurs de la tokenisation à Wall Street et de l’IA agentique. Le tableau ci-dessous résume les principaux accumulateurs.
| Entreprise (ticker) | ETH détenus | Valeur approximative |
|---|---|---|
| BitMine Immersion (BMNR) | ~5 847 611 | ~14,5 milliards $ |
| SharpLink Gaming (SBET) | ~868 699 | ~2,2 milliards $ |
| The Ether Machine (ETHM) | ~496 712 | ~1,2 milliard $ |
| Bit Digital (BTBT) | ~158 461 | ~0,4 milliard $ |
| Coinbase Global (COIN) | ~150 193 | ~0,4 milliard $ |
Les ETF spot, Wall Street rachète le flottant
La troisième poche est institutionnelle et régulière. Les ETF spot ETH américains totalisent environ 12 milliards de dollars d’actifs nets (près de 10 milliards EUR), un plus haut depuis le printemps, et août s’annonce comme l’un de leurs meilleurs mois de l’année : la semaine du 17 au 21 août a drainé près de 697 millions de dollars d’entrées nettes, le fonds ETHA de BlackRock en tête, d’après les données de flux de CoinGlass. À ce niveau de prix, ces encours représentent l’équivalent d’environ 4,8 millions d’ETH conservés chez des dépositaires, hors marché.
Une partie de ces produits distribue désormais du rendement de staking. Aux États-Unis, une interprétation conjointe SEC et CFTC de mars 2026 a classé les récompenses de staking hors du champ des titres financiers, ouvrant la voie à des ETF stakés comme le Grayscale ETHE (depuis octobre 2025) ou le iShares Staked Ethereum de BlackRock (mars 2026). En Europe, le paysage est différent : l’accès se fait surtout via des ETP adossés à de l’ether, souvent sans composante de staking, et la fiscalité comme la réglementation diffèrent d’un pays à l’autre. Pour l’investisseur européen, la logique reste la même : l’ETH logé dans un produit coté est de l’ETH qui a quitté le carnet d’ordres.
Surtout, cette demande a une texture différente de celle des cycles précédents. Les entrées d’ETF proviennent en partie de conseillers financiers et d’allocations modèles qui achètent par tranches régulières, une demande moins nerveuse que celle du particulier de 2021. Chaque euro qui entre par ce canal retire de l’ETH du marché pour une durée souvent longue, ce qui accentue la contraction du flottant décrite ici. La contrepartie est connue : ces mêmes véhicules peuvent aussi sortir en bloc si le sentiment se retourne, et rendre alors au marché une partie de ce qu’ils avaient absorbé.
Les réserves des exchanges, ce qu’il reste vraiment à vendre
La quatrième poche est la seule qui compte vraiment pour la pression vendeuse immédiate, et c’est celle qui fond le plus vite. Les réserves d’ETH sur les plateformes d’échange sont tombées autour de 15,1 millions d’unités, contre 16,86 millions en janvier, soit un recul d’environ 10 % en huit mois et un plus bas de huit ans, selon les données CryptoQuant relayées par CryptoRank. Par rapport au sommet de 2021, la chute atteint environ 77 %.
C’est le chiffre le plus important de tout l’article. Environ 15 millions d’ETH sur les exchanges, cela représente à peine 12 % de l’offre réellement prête à être vendue en quelques clics. Tout le reste est staké, en trésorerie, en ETF, ou dort dans des portefeuilles froids. Attention toutefois à l’interprétation : des réserves basses réduisent la pression vendeuse, mais ne forcent pas une hausse. Il faut une demande qui se raffermit pour transformer la rareté en mouvement de prix ; sinon, la situation peut simplement durer. La rareté de marché est une condition, pas un déclencheur.
Qui détient quoi : le tableau que l’on ne peut pas additionner
Voici l’erreur à ne pas commettre. On serait tenté d’additionner staking, trésoreries, ETF et réserves pour conclure que 70 millions d’ETH sont verrouillés. Faux. Ces poches se chevauchent massivement. Les 5 millions d’ETH que BitMine a mis en staking sont comptés à la fois dans la poche staking et dans la poche trésoreries. Les ETF stakés apparaissent, eux aussi, dans deux poches à la fois. Additionner reviendrait à compter les mêmes pièces plusieurs fois. Ce sont des angles de lecture, pas des tranches étanches.
| Poche | ETH (approx.) | Part de l’offre | Liquidité |
|---|---|---|---|
| Staking (validateurs) | ~41,4 M | ~33,9 % | Verrouillé (file de sortie) |
| Trésoreries DAT | ~7,86 M | ~6,5 % | Très lent (accumulateurs) |
| ETF spot (estimation) | ~4,8 M | ~3,9 % | Lent (détention longue) |
| Réserves des exchanges | ~15,1 M | ~12,4 % | Immédiatement vendable |
| Offre totale (référence) | ~122,0 M | 100 % | – |
La bonne façon de lire ce tableau : le staking est le verrou dur (un tiers de l’offre qui ne bougera pas vite), les réserves d’exchange sont le flottant réel (ce qui peut être vendu demain), et les trésoreries comme les ETF sont des lentilles qui montrent qui détient de gros blocs de l’offre non déposée sur les plateformes. Le message tient en une image : le dénominateur du prix, ce n’est pas 122 millions d’ETH, c’est plutôt les 15 millions posés sur les exchanges. Et ce dénominateur rétrécit.
Une nuance s’impose pour rester honnête avec les chiffres. Les compteurs de réserves d’exchange divergent selon la méthode : certains suivent les portefeuilles chauds et de dépôt, d’autres agrègent tous les portefeuilles connus des plateformes, si bien que les niveaux absolus varient d’un fournisseur à l’autre. La tendance, elle, ne fait pas débat : dans tous les jeux de données, la courbe descend depuis des années et s’est accélérée depuis fin 2025. C’est cette direction, plus que la décimale exacte, qui compte pour la thèse du flottant.
La réflexivité d’un flottant mince : le short squeeze du 19-20 août
Un flottant mince a une propriété redoutable : il amplifie tout. Quand la poche vendable est petite, chaque dollar de demande déplace le prix davantage, et chaque vague de couverture de positions vendeuses se transforme en cascade. C’est précisément ce qui s’est joué les 19 et 20 août. Un short squeeze a effacé plusieurs milliards de dollars de positions vendeuses en quelques heures, propulsant l’ether de près de 30 % sur la semaine, sa plus forte progression hebdomadaire depuis mai 2025.
Le déclencheur était macro : l’annonce, le 19 août, par le Trésor américain, d’un doublement de ses rachats de dette à long terme a fait refluer les rendements obligataires et rallumé l’appétit pour le risque. Mais l’ampleur du mouvement, elle, doit tout à la microstructure. Sur un carnet d’ordres profond, une telle étincelle aurait donné quelques pourcents ; sur un flottant tombé à un plus bas de huit ans, elle a donné un squeeze. C’est le même mécanisme que celui qui a fait repartir le carry trade et la base des futures sur le bitcoin : quand le sous-jacent au comptant se raréfie, les dérivés et l’effet de levier prennent le relais et accentuent les à-coups. La rareté de marché n’est pas neutre ; elle rend le prix nerveux, à la hausse comme à la baisse.
Cette réflexivité n’est pas qu’une théorie de marché ; elle se lit on-chain. Les grands mouvements de portefeuilles, les dépôts soudains sur les plateformes et les retraits vers le staking dessinent en temps réel l’état du flottant, et expliquent pourquoi une même annonce macro peut être ignorée un mois et déclencher une cascade le suivant. Quand la poche vendable est déjà mince, il suffit d’un flux modeste pour faire bouger le prix de plusieurs pourcents, puis pour enclencher les liquidations en chaîne qui font le reste. La rareté de marché ne crée pas la tendance, elle en règle le volume sonore.
Le flywheel des trésoreries à l’envers : mNAV, décote et rachats d’actions
La thèse de l’absorption a un talon d’Achille, et il porte un nom : mNAV, la prime ou la décote à laquelle une trésorerie se négocie par rapport à la valeur de son ETH. Le modèle DAT fonctionne comme un flywheel : tant que l’action se paie plus cher que l’ETH sous-jacent (prime), la société émet des actions, utilise le produit pour acheter encore de l’ETH, ce qui soutient le prix et entretient la prime. Tant que la roue tourne, chaque tour retire de l’ETH du marché.
Le problème surgit quand la roue s’inverse. BitMine se négocie désormais sous un mNAV de 1, c’est-à-dire en décote sur son propre ETH, et a étendu son programme de rachat d’actions à 4 milliards de dollars, rachetant 16,1 millions d’actions depuis le 1er juillet, selon DL News. Quand une DAT préfère racheter ses propres actions plutôt que d’acheter de l’ETH, l’éponge cesse d’absorber. Ceteris, responsable de la recherche chez Delphi Digital, a qualifié ce choix de développement plutôt négatif, car il coupe l’élan de la machine. Le risque, encore théorique, va plus loin : une DAT en décote profonde et durable pourrait, dans un scénario de stress, être poussée à vendre son ETH, rendant d’un coup au marché une partie du flottant qu’elle avait absorbé. La réflexivité qui a nourri la hausse peut donc, mécaniquement, nourrir la baisse.
EIP-8361, la politique monétaire qui voudrait freiner le staking
Au-dessus de ces dynamiques de marché plane un débat de politique monétaire qui pourrait, lui, agir sur l’offre par le haut. L’EIP-8361 (parfois référencée EIP-8363 en raison d’un conflit de numérotation) a été proposée le 4 août 2026 par un groupe d’auteurs proches de l’Ethereum Foundation, dont Justin Drake et Jérôme de Tychey. Son mécanisme : brûler une part croissante des récompenses des validateurs à mesure que le taux de staking monte, jusqu’à annuler le rendement net d’émission une fois franchi le seuil de 50 % de l’offre stakée (environ 60,25 millions d’ETH), le tout étalé sur dix-huit mois. Objectif affiché : décourager un staking qui deviendrait excessif. La proposition reste à l’état de brouillon et vise, sans garantie, la future mise à niveau Hegotá, d’après Crowdfund Insider.
La proposition a déclenché une révolte des bâtisseurs de la DeFi. Stani Kulechov, fondateur d’Aave, juge qu’Ethereum ne devrait pas être puni pour sa croissance et avertit que la mesure rendrait non viable la boucle de staking à effet de levier qui alimente une partie des marchés de prêt on-chain comme Aave et Morpho. Mike Silagadze, d’ether.fi, est allé jusqu’à dire que chaque équipe qui construit sur Ethereum s’y oppose, propos rapportés par CryptoTimes. Côté proposants, Jérôme de Tychey justifie l’urgence : sans changement, plus de 70 millions d’ETH pourraient être en staking d’ici janvier 2028, un niveau qui poserait des questions de sécurité et de centralisation. Le lien avec notre sujet est direct : si l’EIP-8361 tuait le rendement marginal du staking, une partie de l’ETH aujourd’hui verrouillé pourrait redevenir liquide, gonflant le flottant. La politique monétaire d’Ethereum est aussi, indirectement, une politique de l’offre disponible.
Fusaka, Glamsterdam et pourquoi le burn restera bas
La feuille de route technique conforte l’idée que l’émission nette restera légèrement positive et le burn structurellement bas. Fusaka, activée sur le mainnet le 3 décembre 2025, a introduit le PeerDAS et un plancher de prix pour les blobs (EIP-7918) : elle a allégé la charge des validateurs domestiques et augmenté la capacité de données des réseaux de seconde couche. Traduction : encore plus d’activité migre hors du mainnet, donc encore moins de frais brûlés sur la couche de base.
La suite ne changera pas la donne. Glamsterdam, attendue au quatrième trimestre 2026 (avec l’ePBS) mais susceptible de glisser, et Hegotá, prévue en 2027 (avec le FOCIL), sont des mises à niveau de scalabilité et de résistance à la censure, pas de restriction de l’offre, selon la feuille de route d’ethereum.org. Le message pour l’investisseur : n’attendez pas que le protocole rende l’ETH déflationniste. La rareté d’Ethereum, en 2026, ne se joue pas dans le code du burn, elle se joue dans le comportement des détenteurs. C’est pour cela que le flottant, et non le compteur d’ultrasound.money, est devenu le tableau de bord pertinent.
AMF, MiCA et l’accès au staking pour l’investisseur européen
Pour le lecteur francophone, le cadre compte autant que les chiffres. La période transitoire du régime PSAN issu de la loi PACTE s’est achevée le 1er juillet 2026 : les prestataires doivent désormais opérer sous l’agrément CASP de MiCA, faute de quoi ils doivent organiser une extinction ordonnée de leur activité. L’AMF a renouvelé son avertissement en début d’année, rappelant que la non-conformité expose à des sanctions pénales, comme le détaille sa note sur la fin de la période transitoire MiCA. Il faut garder en tête que MiCA encadre les prestataires et les émetteurs, pas le protocole lui-même : ni l’émission d’ETH, ni le burn, ni le staking au niveau consensus ne relèvent de l’AMF.
Côté accès, l’investisseur européen n’a pas les mêmes outils que l’américain. Les ETF stakés qui distribuent du rendement sont, pour l’essentiel, des produits américains difficilement accessibles au particulier européen ; en Europe, l’exposition passe surtout par des ETP sans staking ou par le staking direct via un prestataire agréé. La fiscalité, enfin, reste un point de vigilance : en France, les plus-values de cession d’actifs numériques par un particulier relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 30 %, tandis que le traitement fiscal précis des récompenses de staking demeure un sujet mouvant. Face à un rendement de staking tombé autour de 2,6 %, à comparer au coût d’opportunité d’un placement sans risque en euros, la décision d’immobiliser son ETH devient un arbitrage financier à part entière, et non un simple réflexe de conviction.
Trois scénarios pour l’offre d’ETH d’ici fin 2026
Puisque cet article s’inscrit dans notre série de prévisions, projetons la dynamique du flottant sur les prochains mois. Trois scénarios se dégagent, résumés dans le tableau ci-dessous. Ils ne constituent pas un conseil en investissement, mais une grille de lecture pour suivre les bons indicateurs : taux de staking, flux ETF, réserves d’exchange et niveau de mNAV des grandes DAT.
Concrètement, quatre cadrans méritent une surveillance régulière. Le taux de staking, d’abord : une stagnation sous 34 % signalerait que le verrou dur cesse de se resserrer. Les réserves des exchanges, ensuite : tant qu’elles baissent, le flottant continue de fondre. Le mNAV des grandes DAT, surtout : une décote qui s’installe transformerait les éponges en vendeuses potentielles. Les flux nets des ETF, enfin, restent le thermomètre le plus lisible de la demande institutionnelle. Aucun de ces cadrans ne prédit le prix à lui seul, mais leur lecture combinée dit dans quel régime de flottant se trouve le marché, et donc à quel point la prochaine étincelle sera amplifiée.
| Scénario | Dynamique du flottant | Implication prix |
|---|---|---|
| Compression continue (haussier) | Staking au-delà de 35 %, DAT et ETF continuent d’acheter, réserves d’exchange en baisse | Hausses amplifiées, marché sujet aux squeezes |
| Retournement du flywheel (baissier) | Décote mNAV persistante, rachats d’actions plutôt qu’ETH, staking qui plafonne | Le flottant revient, pression vendeuse accrue |
| Normalisation (neutre) | Flux ETF réguliers, réserves qui se stabilisent, débat EIP-8361 qui tempère les anticipations de staking | Range, la microstructure cesse d’être le moteur |
Le scénario central, à nos yeux, tient de la compression tant que la demande institutionnelle reste ferme, mais avec une fragilité nouvelle : le même flottant mince qui amplifie les hausses amplifiera la première vague de ventes sérieuse. Pour situer ces dynamiques dans le paysage plus large des anticipations du marché, on pourra les confronter aux objectifs de prix des analystes pour 2026, qui affichent un écart inhabituellement large avant décembre. La leçon de l’offre d’ETH en 2026 est contre-intuitive : la question n’est plus de savoir combien d’ETH existe, mais combien d’ETH veut bien être vendu.
Foire aux questions
Quelle est l’offre totale d’ETH en 2026 ?
Au 25 août 2026, l’offre totale d’ETH avoisine 121,98 millions d’unités selon ultrasound.money, et l’offre circulante environ 120,68 millions selon CoinGecko. L’offre a progressé d’environ 950 000 ETH depuis le Merge de septembre 2022, ce qui fait d’Ethereum un actif légèrement inflationniste, avec une croissance nette de l’ordre de 0,2 % par an.
L’ether est-il déflationniste ou inflationniste ?
Depuis la mise à niveau Dencun de mars 2024, Ethereum est le plus souvent légèrement inflationniste. Le burn de l’EIP-1559 s’est effondré parce que l’activité a migré vers les réseaux de seconde couche, si bien que l’émission des validateurs dépasse désormais la destruction, sauf lors de rares pics de congestion. Le narratif de l’ultrasound money ne décrit plus la réalité de 2026.
Combien d’ETH est immobilisé en staking ?
Environ 41,4 millions d’ETH, soit 33,98 % de l’offre, sont mis en staking dans quelque 900 000 validateurs, un record historique atteint début août 2026. Le rendement de base est tombé autour de 2,6 %, un plus bas de trois ans, car la rémunération suit une courbe en racine carrée du montant total staké.
Qu’est-ce que le flottant de l’ETH et pourquoi compte-t-il ?
Le flottant est la fraction de l’offre réellement disponible à la vente à court terme. En 2026, il rétrécit : le staking en verrouille un tiers, les trésoreries et les ETF en absorbent des millions, et les réserves sur les exchanges sont tombées autour de 15 millions d’ETH, un plus bas de huit ans. C’est ce flottant, et non l’offre totale, qui fixe le prix à la marge et le rend nerveux.
Qu’est-ce que l’EIP-8361 et changerait-elle l’offre ?
L’EIP-8361 est une proposition de brouillon présentée en août 2026 qui brûlerait une part croissante des récompenses des validateurs à mesure que le staking augmente, jusqu’à annuler le rendement net une fois la moitié de l’offre stakée. Elle vise à décourager un staking excessif ; si elle était adoptée, elle pourrait renvoyer une partie de l’ETH verrouillé vers le flottant. Elle reste à l’état de brouillon et suscite une vive opposition des acteurs de la DeFi.
Par Léa Fontaine, rédactrice Marchés chez HOGE Wire.