h hoge.gg
Subscribe
BTC$67,432.18+2.34%ETH$3,521.44+1.08%SOL$178.62-0.62%BNB$612.30+0.41%XRP$0.6234-0.18%ADA$0.4521+3.12%DOGE$0.1623+1.86%AVAX$38.71-1.24%LINK$17.84+0.92%HOGE$0.00004120+4.21%
BTC$67,432.18+2.34%ETH$3,521.44+1.08%SOL$178.62-0.62%BNB$612.30+0.41%XRP$0.6234-0.18%ADA$0.4521+3.12%DOGE$0.1623+1.86%AVAX$38.71-1.24%LINK$17.84+0.92%HOGE$0.00004120+4.21%
● Markets

Whale alerts : les baleines avant le choc Fed-CLARITY

Les 15 et 16 septembre 2026, le vote CLARITY et la décision de la Fed forment un double catalyseur. Avant un rendez-vous daté, une alerte de baleine ne se lit pas comme un jour ordinaire.

Une alerte de baleine ne se lit pas pareil la veille d’un verdict

Une whale alert énonce un fait brut : telle adresse vient de déplacer telle quantité de bitcoins. Elle ne dit ni pourquoi, ni ce qui va suivre. Le sens que le marché lui prête dépend pourtant d’une variable que la plupart des lecteurs négligent : le moment. Un transfert de 2.000 BTC un mardi calme de plein été ne porte pas la même charge qu’un transfert identique quarante-huit heures avant une décision monétaire à l’issue incertaine. Le contexte transforme le signal, et cette semaine en offre la démonstration la plus nette de l’année.

Le 15 septembre 2026, le Sénat américain se prononce sur la clôture des débats du CLARITY Act. Le lendemain, la Réserve fédérale rend une décision qui pourrait acter la première hausse de taux depuis 2023. Deux rendez-vous datés, deux issues ouvertes, empilés sur quarante-huit heures. Autour d’eux, les plus grosses adresses on-chain ne bougent pas au hasard : elles se placent. Lire ce positionnement, sans lui faire dire plus qu’il ne dit, est l’exercice le plus utile qu’un lecteur de whale alerts puisse mener en ce moment.

Au comptant, le Bitcoin s’échange autour de 67.309 EUR (près de 79.000 dollars), en hausse de 0,1 % sur vingt-quatre heures mais en repli de 1,6 % sur sept jours, à quelque 37 % sous son record de 107.662 EUR, pour une capitalisation d’environ 1.350 milliards d’euros selon CoinGecko. Un marché qui hésite et scrute les baleines pour deviner la suite. Le hic : les baleines, elles, scrutent l’agenda. Pour le calendrier complet de cette parenthèse à haut risque, nous renvoyons à notre tour d’horizon de la semaine décisive de septembre.

Le double rendez-vous des 15 et 16 septembre

Commençons par le fait réglementaire. Le CLARITY Act, qui répartirait la surveillance du marché spot américain entre la SEC et la CFTC, doit franchir un vote de procédure au Sénat le 15 septembre à 14h15 heure de l’Est. Il faut 60 voix pour clore le débat : les républicains détiennent 53 sièges, il manque donc au moins sept ralliements démocrates. Les marchés de prédiction n’y croient plus guère. Selon crypto.news, la probabilité d’adoption sur Polymarket s’est effondrée de 82 % en février à 16 % au 6 septembre, tandis que Galaxy Research la situe autour de 10 %.

Trois blocages nourrissent ce pessimisme. Un volet éthique d’abord : sept sénateurs démocrates exigent une interdiction ferme pour un président et de hauts responsables de tirer profit de la crypto, en visant les quelque 1,4 milliard de dollars de revenus crypto attribués à Donald Trump. La sénatrice Kirsten Gillibrand a fait savoir qu’elle ne soutiendrait pas le texte sans ce garde-fou. Deuxième friction : la Section 604 et l’exemption des développeurs non-dépositaires de la DeFi, dénoncée comme une faille de blanchiment par les uns, défendue comme « étroitement circonscrite » par les autres. Troisième : une disposition sur le rendement des stablecoins qui menacerait environ 1,35 milliard de dollars de revenus annuels de récompenses USDC chez Coinbase.

Le second rendez-vous est monétaire. Le 16 septembre, le FOMC pourrait relever son taux directeur de 25 points de base, de 3,50-3,75 % vers 3,75-4,00 %, ce qui constituerait la première hausse depuis 2023 d’après hitechies. Le marché est partagé : le CME FedWatch donne environ 58 % de probabilité de hausse, Polymarket plutôt 49 %, autrement dit un quasi pile ou face. Le tableau ci-dessous résume les deux mécaniques.

Rendez-vousDate et heureSeuil et mécaniqueScénario de base du marchéEnjeu pour les baleines
Vote de clôture CLARITY Act (Sénat US)15 sept., 14h15 ET60 voix requises (53 R plus au moins 7 D)Adoption jugée improbable (Polymarket 16 %, Galaxy 10 %)Cadre juridique du marché spot US ; un échec relance l’incertitude
Décision du FOMC (Réserve fédérale)16 sept.Hausse possible de 25 pb (3,50-3,75 % vers 3,75-4,00 %)Quasi pile ou face (CME FedWatch 58 %, Polymarket 49 %)Première hausse depuis 2023 ; renchérit le cash, pèse sur le risque

Pourquoi une hausse de taux fait bouger les baleines

Une hausse de taux agit sur la crypto par deux canaux. Le premier est mécanique : un cash mieux rémunéré renchérit le coût d’opportunité de détenir un actif sans rendement comme le Bitcoin, et comprime la valorisation des actifs risqués en général. Le second est psychologique : une première hausse après trois ans de statu quo signale un régime monétaire nouveau, moins clément, ce qui pousse les gros portefeuilles à réduire le risque avant même de savoir.

Le contexte a viré au faucon en quelques semaines. L’inflation américaine d’août a rebondi de 0,4 % sur un mois, contre 0,1 % en juillet, pour un rythme annuel de 3,4 % selon AMBCrypto, un chiffre qui a ravivé les paris de resserrement. Le président de la Fed, Kevin Warsh, a durci le ton : son discours de Jackson Hole du 28 août a fait bondir la probabilité de hausse d’environ 35 % à la fin des années 50, rapporte hitechies. Pour une baleine, l’important n’est pas de prédire la décision, mais de se placer pour n’être surprise par aucun des deux scénarios.

C’est là que le calendrier réoriente la lecture des alertes. En temps normal, un retrait vers cold storage se lit comme de l’accumulation, un dépôt vers un exchange comme une pression vendeuse. À la veille d’un verdict binaire, les mêmes gestes prennent un sens tactique : on met à l’abri, on prépare des munitions, on couvre une position. Le mouvement n’exprime plus une conviction de long terme mais une gestion du risque à très court terme. Notre analyse de la base des futures et du carry onshore détaille comment ce coût du temps se matérialise sur les marchés dérivés réglementés.

Ce que les grandes adresses ont fait avant le choc

Les données on-chain des dernières semaines racontent une accumulation obstinée par le haut. Les plus grosses cohortes, ces portefeuilles qui pèsent des milliers de bitcoins, ont continué d’absorber de l’offre nette pendant que les prix stagnaient sous leurs prix de revient moyens, un schéma que CryptoQuant documente depuis l’été. En face, le détail vend : les plus petits porteurs cèdent leurs coins dans la main des gros, transfert de propriété caractéristique des phases de bas de cycle.

Le geste le plus commenté est un achat de baleine repéré par Lookonchain et relayé par AMBCrypto : 1.075,6 BTC acquis pour 85,4 millions de dollars (environ 73 millions d’euros) à un cours moyen de 79.412 dollars, réglés en USDC sur quatre jours. L’accumulation s’est accélérée depuis le creux de juillet autour de 57.000 dollars, avant un rebond d’environ 35 %. Payer en stablecoins est un détail qui compte : c’est de la poudre sèche déjà présente sur la chaîne, prête à être déployée, un signal de demande plus crédible qu’un simple transfert entre portefeuilles.

Julio Moreno, responsable de la recherche chez CryptoQuant, résume la dynamique de fond. Il observe, dans une note relayée par The Block, que « à travers le bitcoin, l’ether et le XRP, les plus grandes cohortes ajoutent de l’offre alors que les prix se situent près ou en dessous de leurs prix réalisés », une configuration qu’il associe à la phase finale d’un repli de cycle. Autrement dit, l’accumulation des baleines est réelle, mais elle ne dit pas quand le marché remontera : elle dit seulement qui absorbe l’offre. Pour approfondir ce jeu à deux vitesses entre grands et petits porteurs, voir notre lecture de ce que les marchés ont déjà voté.

La couche dérivés : funding, ratio long/short et open interest

Les alertes on-chain ne montrent qu’une moitié du tableau. L’autre vit sur les marchés à terme, où les baleines prennent des positions à effet de levier invisibles à la blockchain. Trois indicateurs méritent l’attention avant un catalyseur.

Le taux de financement (funding) d’abord. Il est resté positif, ce qui signale un positionnement acheteur encombré : trop de longs payant pour rester longs. Un tel déséquilibre rend le marché vulnérable à une purge si la Fed surprend par sa fermeté. Le ratio long/short ensuite : il est tombé à 0,79 sur vingt-quatre heures d’après AMBCrypto, son plus bas en plus d’un mois, ce qui traduit une prudence croissante, voire une constitution de positions vendeuses à l’approche du vote.

Troisième indicateur, plus structurel : la part de l’open interest adossé à des cryptos (par opposition au collatéral en stablecoins) est tombée à environ 11 % du total, un plus bas historique selon hitechies. C’est une bonne nouvelle pour la stabilité : quand le collatéral est en dollars numériques plutôt qu’en BTC, une baisse de prix ne déclenche pas la spirale de liquidations en chaîne qui amplifiait les krachs des cycles précédents. Le marché aborde donc ce double rendez-vous avec moins de levier fragile qu’auparavant, mais avec des longs encore trop nombreux.

Le signal contrarian : profits record et réserves d’exchange au plus haut

Deux chiffres invitent à la prudence face au récit d’accumulation. Le premier : le profit latent des baleines à court terme a atteint 9,07 milliards de dollars le 4 septembre, le plus haut jamais enregistré par CryptoQuant depuis le début de son suivi en 2016, rapporte hitechies. Un profit latent de cette ampleur n’est pas un coussin, c’est une exposition : plus la plus-value non réalisée est grande, plus la tentation de la matérialiser augmente, surtout à la veille d’un événement susceptible de casser la tendance.

Le second, toujours selon hitechies : les réserves de Bitcoin sur Binance ont grimpé à 687.000 BTC début septembre, un sommet pour 2026. Des réserves qui montent, ce sont des munitions vendeuses qui se rapprochent du marché. Rien n’oblige ces coins à être vendus, un dépôt n’est pas une vente, mais leur présence sur une plateforme réduit la friction entre l’intention et l’exécution. En semaine de catalyseur, ce genre de niveau mérite d’être surveillé bien davantage qu’un transfert isolé de portefeuille dormant.

La leçon est classique mais souvent oubliée : les données on-chain se contredisent en permanence, et le calendrier tranche. Une accumulation par le haut (haussière) coexiste avec des profits records et des réserves d’exchange gonflées (baissières). Aucune alerte ne résout seule cette tension ; seul l’enchaînement des flux après le 16 septembre le fera.

La même alerte, deux lectures selon le moment

Le tableau suivant est un antidote à la sur-réaction. Il oppose la lecture par défaut d’un type d’alerte, un jour ordinaire, à sa lecture dans la fenêtre de vingt-quatre à quarante-huit heures qui précède un catalyseur daté. La colonne de droite rappelle qu’une alerte n’est qu’une hypothèse à vérifier, jamais une conclusion.

Type d’alerteLecture un jour ordinaireLecture 24 à 48 h avant un catalyseurComment vérifier
Dépôt massif vers un exchangePression vendeuse possibleMunitions pour vendre sur la nouvelle, ou couvertureVoir si les fonds repartent après le vote ; croiser les réserves d’exchange
Retrait vers cold storageAccumulation, convictionMise à l’abri avant volatilité, pas forcément haussierVérifier l’adresse de destination (fraîche, labellisée)
Achat de baleine en stablecoinsDemande spotPoudre sèche déployée avant l’événementCroiser le SSR et les réserves de stablecoins sur exchange
Réveil de portefeuille dormantSignal neutre pris isolémentRarement lié au macro ; agenda propre au détenteurVérifier l’âge et l’absence de transit par exchange
Émission (mint) de stablecoinLiquidité potentielle« Autorisée mais non émise » : inventaire, pas achatLire la page de transparence de l’émetteur

Aucune de ces lignes n’autorise un « achète » ou un « vends » automatique. Elles rappellent que le même octet de données change de sens selon l’horloge, et que la vérification (destination, transit par exchange, croisement avec les cohortes) fait toute la différence entre un signal et un réflexe.

Les ETF, l’autre baleine qui vote avant la Fed

La plus grosse baleine de 2026 ne tweete pas : elle publie des flux quotidiens. Les ETF Bitcoin au comptant ont enregistré environ 987 millions de dollars d’entrées nettes sur la semaine écoulée, selon Analytics Insight, preuve que la demande institutionnelle réglementée reste active alors même que les anticipations de taux se durcissent. C’est un contrepoids majeur au récit baissier : pendant que le funding signale des longs fragiles, la création de parts d’ETF traduit une demande spot qui, elle, ne se dénoue pas d’un clic.

Ces flux sont une baleine d’un genre particulier. Une entrée nette dans un ETF se traduit par un achat de BTC livré chez un dépositaire, mouvement qui alimente souvent une whale alert sans qu’aucun investisseur individuel ne soit à la manoeuvre : c’est de la plomberie de règlement. Confondre cette mécanique avec une conviction de marché est l’erreur type. Nous avons détaillé ce signal américain que l’Europe importe sans pouvoir l’acheter directement dans notre analyse des flux d’ETF.

Avant un rendez-vous de la Fed, la lecture des flux ETF gagne en importance parce qu’ils réagissent au macro avec un jour de retard (le décompte est arrêté en fin de séance américaine). Une série d’entrées la veille du FOMC dit que les allocataires institutionnels achètent la faiblesse ; une bascule brutale en sorties, le lendemain, dirait l’inverse. C’est un thermomètre plus lent mais moins bruyant que les alertes de portefeuille.

Les baleines dormantes ignorent le calendrier de la Fed

Toutes les grosses adresses ne jouent pas la macro. Les portefeuilles dormants suivent leur propre horloge, souvent décorrélée de la politique monétaire. Le 6 septembre, un portefeuille resté inactif 10,2 ans, depuis le 9 juillet 2016, a déplacé 1.260,78 BTC (environ 100,63 millions de dollars, soit quelque 85 millions d’euros) au bloc 965.770, selon des données de Galaxy Research relayées par ZyCrypto. Les coins avaient été acquis autour de 652 dollars, soit une plus-value d’environ 12.122 %. Le transfert n’a pas été confirmé vers un exchange, ce qui laisse ouverte l’hypothèse d’une simple mise à jour de garde.

Ce type de mouvement est le plus mal lu de tous. La taille et l’âge en font un titre facile, mais un réveil de dormant n’a presque jamais de lien avec le FOMC ou un vote au Sénat : le détenteur agit selon sa propre situation (succession, sécurité, migration de matériel), pas selon l’agenda de Washington. Le confondre avec un signal macro, c’est projeter un calendrier sur un acteur qui ne le partage pas.

Le phénomène ralentit d’ailleurs. Les analystes de Galaxy Research estiment que la grande redistribution des bitcoins anciens est en bonne partie derrière nous, le rythme des réveils en 2026 étant nettement inférieur à celui de 2025. Autrement dit, la fenêtre où un dormant pouvait à lui seul faire vaciller le marché se referme, et la charge du signal se déplace vers les cohortes agrégées et la plomberie institutionnelle.

« Vendre la rumeur » : le mouvement d’après compte plus que l’alerte d’avant

La règle la plus ancienne du trading événementiel tient en quatre mots : « acheter la rumeur, vendre la nouvelle ». Appliquée aux baleines, elle inverse la logique naïve de la whale alert. Un gros achat la veille d’un vote peut être un pari haussier, mais il peut tout aussi bien être une position destinée à être soldée dans la liquidité offerte par l’annonce elle-même. Le mouvement qui compte n’est pas l’alerte d’avant, c’est le flux d’après.

Le scénario du CLARITY illustre l’asymétrie. Un échec du vote, jugé probable par les marchés de prédiction, renverrait la régulation américaine à des règles d’agences réversibles, sans certitude juridique durable. Bernstein estime, toujours via crypto.news, qu’un tel échec pourrait pousser le Bitcoin à tester la zone des 55.000-60.000 dollars, soit un repli de 10 à 25 %. Dans ce cas, les dépôts d’exchange accumulés avant le vote se révéleraient a posteriori comme des munitions vendeuses, et non comme du bruit.

Tout le monde ne partage pas ce pessimisme. Brian Armstrong, directeur général de Coinbase, s’est dit confiant dès le 21 août, dans des propos rapportés par Yahoo Finance : « Il [le chef de la majorité, John Thune] n’aurait pas programmé ce vote le 15 septembre s’il ne pensait pas qu’il passerait. Je suis assez optimiste sur le fait qu’il obtiendra plus de 60 voix, et je pense que les deux camps ont obtenu environ 90 % de ce qu’ils voulaient. » L’écart entre cette confiance et les 16 % de Polymarket mesure exactement l’incertitude que les baleines cherchent à couvrir.

Les outils, et ce qu’ils voient (ou pas) avant un événement

Aucun outil ne lit l’intention. Ils lisent des mouvements, avec des angles morts qui s’aggravent en semaine de catalyseur, quand les acteurs les plus sophistiqués soignent leur discrétion. Le seuil de déclenchement de Whale Alert, environ 10 millions de dollars, est d’ailleurs public : il suffit de fractionner sous ce plancher pour ne pas figurer dans les alertes grand public. Selon Paybis, une baleine se définit conventionnellement par une détention d’au moins 1.000 BTC ou 10.000 ETH.

OutilCe qu’il montreAngle mort en semaine de catalyseur
Whale AlertTransferts au-delà de 10 M USD sur 25+ chaînes, en temps réelMontre le mouvement, jamais l’intention ni le timing macro
Arkham IntelligenceDésanonymisation, plus de 800 millions d’adresses labelliséesAdresses fraîches non labellisées juste avant un événement
NansenLabels « smart money », clusters, base de flux à 30 joursCoûteux (environ 150 USD/mois) ; aveugle sur l’OTC
LookonchainRécit interprété des flux (compte X)Biais narratif ; relaye ce qui est déjà public
CryptoQuant, GlassnodeCohortes, réserves, funding, profits latentsDonnées agrégées, pas l’acteur individuel

La bonne pratique consiste à empiler ces outils plutôt qu’à en croire un seul : une alerte brute de Whale Alert, la désanonymisation d’Arkham, le contexte narratif de Lookonchain, et surtout les cohortes agrégées de CryptoQuant ou Glassnode qui, elles, résistent au fractionnement. Nous avions montré, dans notre enquête sur le déplacement du volume des exchanges, à quel point une lecture mono-source peut induire en erreur.

Sept réflexes pour lire une alerte en semaine de catalyseur

Voici une méthode de discipline, à appliquer chaque fois qu’une alerte tombe entre le lundi d’un CPI et le mercredi d’un FOMC.

  • Dater l’alerte par rapport au catalyseur : à J-1, un mouvement est presque toujours tactique, pas structurel.
  • Distinguer flux et stock : une transaction (flux) ne pèse rien face à la tendance des cohortes (stock).
  • Vérifier la destination : exchange (pression potentielle) ou adresse fraîche de cold storage (mise à l’abri).
  • Croiser avec le funding et le ratio long/short : un marché de longs encombrés réagit violemment à une surprise.
  • Se méfier du dormant : son horloge n’est pas celle de la Fed.
  • Attendre le flux d’après : le mouvement post-annonce infirme ou confirme le pari pré-annonce.
  • Ne jamais agir sur une information privilégiée : surveiller est légal, négocier sur une inside info ne l’est pas.

Ce que dit la régulation : AMF, MiCA et le pari américain

Le paradoxe de la semaine est là : c’est un vote de régulation américaine qui agite le marché, alors que l’Europe a déjà tranché. Depuis le 30 décembre 2024, le régime d’abus de marché du Titre VI de MiCA (articles 86 à 92 : opération d’initié, divulgation illicite, manipulation) s’applique à toutes les transactions sur crypto-actifs, sur plateforme comme hors plateforme. Surveiller les baleines est parfaitement légal ; négocier sur une information privilégiée ne l’est pas, et les lignes directrices sur la prévention des abus de marché précisent les attentes en la matière, comme le rappelle l’ESMA.

En France, l’AMF est l’autorité compétente. La période transitoire des PSAN vers l’agrément CASP complet de MiCA s’est achevée le 1er juillet 2026, et l’AMF a rappelé que les prestataires non conformes doivent organiser une liquidation ordonnée de leur activité, sous peine de sanctions pénales, comme détaillé dans sa note de fin de période transitoire. Les dérivés crypto (perpétuels, futures) relèvent, eux, non de MiCA mais de MiFID II et de la surveillance du régulateur des marchés.

Côté américain, l’enjeu du CLARITY est précisément de sortir de l’incertitude que MiCA a, elle, dissipée : qui, de la SEC ou de la CFTC, supervise quoi. Tant que ce partage reste flou, chaque échéance législative devient un catalyseur de volatilité que les baleines apprennent à jouer. Pour l’observateur européen, la conséquence pratique est double : la structure de marché reste dictée par Washington, mais le cadre de conduite qui s’impose à lui est, lui, déjà écrit à Bruxelles et à Paris.

Se positionner sans sur-interpréter

Que retenir à la veille de ce double verdict ? Que les baleines accumulent par le haut mais s’assoient sur des profits records ; que le détail vend ; que les longs sont encombrés mais le levier crypto-margé au plus bas ; que les ETF achètent la faiblesse pendant que les réserves d’exchange gonflent. Aucun de ces faits ne pointe dans la même direction, et c’est normal : un marché à la veille d’un événement binaire est, par construction, indécis.

La whale alert n’est pas un oracle, c’est un capteur. Sa valeur dépend de la question qu’on lui pose et du moment où on la pose. Cette semaine, la bonne question n’est pas « que font les baleines ? » mais « comment se placent-elles avant un choc qu’elles ne peuvent pas prédire ? ». La réponse se lira dans les quarante-huit heures qui suivront le 16 septembre, pas dans l’alerte qui a précédé. D’ici là, la discipline vaut mieux que le réflexe : dater, croiser, vérifier, et attendre le flux d’après.

Foire aux questions

Qu’est-ce qu’une whale alert et à partir de quel montant se déclenche-t-elle ?

Une whale alert est une notification automatique signalant un transfert de crypto-actifs de grande taille sur la blockchain. Le service de référence, Whale Alert, surveille plus de 25 chaînes et déclenche généralement au-delà d’un seuil d’environ 10 millions de dollars. Par convention, une baleine désigne un portefeuille détenant au moins 1.000 BTC ou 10.000 ETH. L’alerte montre qu’un mouvement a eu lieu, jamais l’intention derrière.

Un gros transfert de bitcoins avant une décision de la Fed est-il un signal de vente ?

Pas nécessairement. Un dépôt vers un exchange peut préparer une vente, mais aussi servir de collatéral ou de couverture ; un retrait vers cold storage ressemble à de l’accumulation mais peut n’être qu’une mise à l’abri avant la volatilité. À la veille d’un catalyseur, ces gestes sont surtout tactiques. Le seul moyen de conclure est d’attendre le flux qui suit l’annonce et de le croiser avec les données de cohortes.

La Fed va-t-elle vraiment relever ses taux le 16 septembre 2026 ?

C’est incertain. Le CME FedWatch donnait environ 58 % de probabilité d’une hausse de 25 points de base et Polymarket plutôt 49 %, soit un quasi pile ou face. Une hausse porterait le taux directeur de 3,50-3,75 % à 3,75-4,00 % et constituerait la première depuis 2023. L’inflation d’août, remontée à 3,4 % sur un an, et le ton plus ferme du président de la Fed Kevin Warsh ont ravivé ces paris.

Le vote du CLARITY Act du 15 septembre change-t-il quelque chose pour les baleines européennes ?

Indirectement, oui. Le CLARITY fixerait le partage de compétences entre la SEC et la CFTC aux États-Unis, ce qui influence la structure du marché mondial et donc les prix. Mais pour un acteur européen, le cadre de conduite reste MiCA : le vote américain agit sur la volatilité, pas sur les obligations réglementaires qui s’appliquent en France.

Surveiller les baleines pour trader, est-ce légal en France ?

Oui. Observer les mouvements on-chain et en tirer des décisions est parfaitement légal. Ce qui est interdit, sous le régime d’abus de marché du Titre VI de MiCA appliqué depuis le 30 décembre 2024 et supervisé par l’AMF, c’est de négocier sur une information privilégiée ou de manipuler le marché. La frontière n’est pas la surveillance, c’est l’usage d’une information non publique.

Par Liam Brennan, rédacteur marchés à HOGE Wire.

Share 𝕏 Post Telegram