Perspectives crypto fin 2026 : le levier reprend la main
Le FOMC du 28 octobre penche vers le statu quo, mais la crypto recule quand même. Un an après le krach du 10/10, ce sont le levier et les taux longs qui décident la fin d'année.
Il y a quelque chose d’inhabituel dans la séance de ce 12 octobre 2026. Le Bitcoin s’échange autour de 74 500 EUR (environ 83 400 dollars), l’Ethereum près de 2 260 EUR, et pourtant la Réserve fédérale est désormais attendue sur un statu quo le 28 octobre. Normalement, une Fed qui ne durcit pas, c’est un vent arrière pour les actifs risqués. Cette fois, le Bitcoin vient de signer sa pire semaine en un mois et l’Ethereum a chuté plus fort encore. Autrement dit, ce qui fait bouger le prix en cette fin d’année n’est plus le taux directeur.
Pendant presque tout 2026, la question de fin d’année se résumait à un pari sur une réunion : la Fed va-t-elle encore relever ses taux ? Ce débat se referme, octobre ressemble à une pause. Les deux forces qui ont repris le relais sont les plus anciennes du métier : le levier et le marché obligataire. Un an jour pour jour après la plus grande journée de liquidations de l’histoire de la crypto, les deux clignotent en même temps. Cet article est un guide de lecture de la dernière ligne droite : ce qui déplace réellement le prix d’ici au 31 décembre, quels chiffres surveiller, et comment lire les objectifs des analystes sans se faire piéger par eux.
Le tableau au 12 octobre : prix, flux, positionnement
Partons des faits. Le Bitcoin a ouvert la journée à 83 673 dollars, a touché un plus haut de séance vers 84 250 dollars et s’appuie sur un support autour de 82 000 dollars, selon CoinDesk. Sur sept jours, il recule de 3,2 pour cent ; sur un mois, il progresse encore de 8,4 pour cent ; sur un an, il cède 24,5 pour cent, d’après les données de Yahoo Finance. Le Bitcoin évolue ainsi environ 34 pour cent sous son record absolu en dollars (126 080 dollars le 6 octobre 2025) et autour de 31 pour cent sous son record en euros, l’écart s’expliquant par un euro qui s’est affaibli sur l’année.
L’Ethereum, lui, a ouvert à 2 534 dollars et perd 7,1 pour cent sur la semaine, un repli nettement plus marqué que celui du Bitcoin, pour un recul de 32,4 pour cent sur douze mois. L’euro se négocie autour de 1,118 dollar, en baisse de 3,18 pour cent sur un mois, et les cambistes voient la paire lorgner vers 1,11 à l’approche du test d’inflation américain, rapporte Exchange Rates UK. Le tableau ci-dessous résume l’instantané.
| Indicateur (12 octobre) | Niveau | Variation |
|---|---|---|
| Bitcoin | ~74 500 EUR (83 400 $) | -3,2 % / 7 jours |
| Ethereum | ~2 260 EUR (2 530 $) | -7,1 % / 7 jours |
| Bitcoin sous son record (USD) | 126 080 $ (6 oct. 2025) | ~-34 % |
| EUR/USD | ~1,118 | -3,2 % / 1 mois |
| ETF spot BTC (US), semaine | sorties ~679 M$ | plus forte depuis juin |
| Rendement du 10 ans US | plus haut depuis 24 ans | en hausse |
La thèse : la Fed n’est plus le juge de paix de décembre
Depuis l’été, chaque séance crypto se jouait sur un seul mot : hausse ou pause. Ce n’est plus le cas. Pour la réunion du 27 et 28 octobre, les marchés de prédiction donnent le maintien des taux largement gagnant, autour de 86 pour cent sur Polymarket contre 14 pour cent pour une hausse de 25 points de base, selon l’agrégateur DeFiRate ; la probabilité implicite de marché d’un statu quo tourne autour de 82 pour cent d’après Admiral Markets. Le basculement est intervenu après que le président de la Fed de New York, John Williams, a refroidi l’idée d’un nouveau tour de vis imminent, comme l’a relevé Startup Fortune.
Rappelons le point de départ : le 16 septembre, le Comité a relevé ses taux d’un quart de point, à une fourchette de 3,75 à 4,00 pour cent, la première hausse depuis juillet 2023, par un vote unanime, rapporte CNBC. Le président Kevin Warsh n’a pas mâché ses mots : « The plain fact is that inflation is too high, and has been for too long », a-t-il déclaré en conférence de presse, reprise par PBS. Le point important pour la fin d’année : une pause en octobre n’est pas un pivot. La projection médiane du Comité voit encore une hausse d’ici fin 2026 (taux cible médian de 4,10 pour cent, 16 membres sur 18 anticipant au moins un tour de vis supplémentaire), note Chase. Si la Fed s’efface d’octobre, la question est : qui prend le relais ? La séance d’aujourd’hui donne la réponse. Notre analyse du cycle que la Fed a inversé expliquait pourquoi une banque centrale qui resserre casse le scénario haussier de quatrième trimestre ; la suite logique, c’est ce qui se passe quand ce même resserrement marque une pause.
Un an après le 10/10 : le levier a repris la main
Le 10 octobre 2025 reste gravé dans la mémoire du marché : en une seule journée, environ 19 milliards de dollars de positions ont été liquidées, la plus grande purge de levier jamais enregistrée dans la crypto, rappelle CCN. Un an plus tard, les signaux d’alerte sont revenus : ré-accumulation de levier, open interest de l’Ethereum resté élevé, et de nouvelles vagues de liquidations dans les jours précédant l’anniversaire. Le 8 octobre 2026, plus de 1,1 milliard de dollars de positions ont sauté en vingt-quatre heures, dont près de 90 pour cent de positions longues, touchant environ 191 700 traders, selon Bitget.
Ce détail est capital. Quand le prix baisse une semaine où la Fed est censée ne rien faire, le mouvement n’est pas macro, il est technique : c’est du positionnement qui se dénoue. Les analystes de Investing.com le résument sans détour : c’est le levier, pas les fondamentaux, qui a mené la baisse. Pour comprendre la mécanique précise de ces cascades, de la prime de financement aux moteurs de liquidation, notre reconstitution de ce qui a vraiment cassé le 10/10 fait référence.
Comment repérer ce risque avant qu’il ne se matérialise ? Trois jauges suffisent. Le taux de financement des perpétuels, d’abord : quand il grimpe franchement en territoire positif, c’est que les acheteurs à levier paient cher pour rester longs, un signe de surchauffe. L’open interest, ensuite : un montant de positions ouvertes qui enfle plus vite que le prix trahit un marché qui carbure au crédit, pas à l’argent frais. Les cascades de liquidations, enfin, qui agissent comme des accélérateurs : chaque position fermée de force pousse le prix plus loin et déclenche la suivante. C’est précisément cet enchaînement qui a transformé une correction ordinaire en la plus grande liquidation de l’histoire il y a un an.
Où vit ce levier aujourd’hui ? De plus en plus sur les plateformes de perpétuels décentralisées, dont le poids a explosé en 2026. C’est un changement de structure : l’effet de levier qui jadis se concentrait sur quelques exchanges centralisés se disperse désormais sur des carnets d’ordres on-chain, comme le détaille notre panorama des perp DEX et de la domination d’Hyperliquid. Cela rend la purge plus rapide, plus visible, et plus difficile à amortir par un teneur de marché unique. Le résultat, paradoxalement, c’est un marché qui peut se vider de son levier en quelques heures, pour repartir sur une base plus saine. La question de fin d’année devient alors : la purge d’octobre a-t-elle suffi à nettoyer le carnet, ou reste-t-il du levier à évacuer avant un vrai rebond ?
Les taux longs, le vrai adversaire de la fin d’année
Le deuxième relais, c’est le marché obligataire, et il est plus redoutable que la Fed parce que la Fed ne le contrôle pas. Durant la semaine achevée le 9 octobre, les rendements des bons du Trésor américain ont atteint leur plus haut niveau depuis vingt-quatre ans, souligne Purvang Mashru, analyste principal chez BitDelta, cité par CoinDesk. Le mécanisme est simple : quand les rendements sans risque montent, l’investisseur peut gagner un rendement supérieur sans supporter le risque de la crypto, ce qui détourne des capitaux du Bitcoin, qui ne verse aucun coupon, explique Yahoo Finance.
Il faut distinguer rendement nominal et rendement réel. Ce qui concurrence vraiment un actif sans coupon comme le Bitcoin, c’est le rendement réel, c’est-à-dire le taux une fois l’inflation retranchée. Tant que les taux nominaux montent plus vite que l’inflation anticipée, le réel se tend et le coût d’opportunité de détenir de la crypto augmente. C’est le même mécanisme qui a longtemps pesé sur l’or avant que la donne ne s’inverse. Pour la fin d’année, surveiller le 10 ans réel américain en dit souvent plus long que le taux directeur de la Fed.
Voici la nuance qui échappe souvent au débat sur la Fed : la banque centrale fixe le taux court (le taux directeur), mais le taux long dépend d’autres forces, prime de terme, offre de dette, déficits budgétaires, anticipations d’inflation. Une Fed qui fait une pause en octobre n’empêche donc pas le 10 ans de durcir les conditions financières de son côté. C’est précisément ce qui se joue : le resserrement vient désormais du long terme, pas de la salle du FOMC. Et cette hausse des rendements a une conséquence directe sur la définition même du « rendement réel » dans la crypto : les bons du Trésor tokenisés offrent aujourd’hui une alternative concrète aux protocoles DeFi, ce que notre bilan du rendement réel un an après le krach examine en détail. Tant que le 10 ans monte, le vent restera de face, quoi que décide la Fed le 28 octobre.
Pourquoi le statu quo d’octobre ne règle rien
Un maintien des taux le 28 octobre ne veut pas dire assouplissement. La réunion qui compte vraiment pour la fin d’année est celle du 8 et 9 décembre, où une hausse reste anticipée autour de 75 à 85 pour cent, selon Admiral Markets, cohérent avec un dot plot qui pointe encore un tour de vis. Entre les deux, un rendez-vous immédiat : le 14 octobre à 8h30 (heure de New York), l’indice des prix à la consommation de septembre. Le consensus voit l’inflation globale ré-accélérer, de 3,4 pour cent à environ 3,6 ou 3,7 pour cent sur un an, l’inflation sous-jacente restant proche de 2,4 pour cent, indique Nowflation.
C’est là que tout se tient. Un chiffre chaud le 14 octobre ranime le scénario d’une hausse en décembre et pousse de nouveau les rendements longs vers le haut, exactement la force qui pèse sur la crypto en ce moment. Voilà pourquoi le marché se positionne prudemment avant la donnée, comme le notent Yahoo Finance et CoinDesk. La fin d’année se lit donc comme une séquence, pas comme un événement unique : IPC du 14 octobre, puis statu quo probable le 28 octobre, puis décision et nouveau dot plot le 9 décembre. Chaque maillon peut rouvrir ou refermer la fenêtre haussière.
Une dimension saisonnière joue elle aussi à contre-emploi cette année. Octobre, surnommé Uptober par les habitués pour sa réputation de mois haussier, s’ouvre en 2026 sur une note bien plus heurtée. La saisonnalité n’est qu’une statistique, pas une loi, et elle cède toujours devant un catalyseur macro ou une purge de levier. Le rappel est utile à l’heure où certains attendent un rebond mécanique au seul motif que le calendrier l’aurait, dit-on, toujours offert.
Le dollar fort et la facture de change en euros
Pour un investisseur basé en zone euro, le taux de change n’est pas un détail. À 1,118 dollar, l’euro a perdu plus de 3 pour cent en un mois et vise 1,11 si l’inflation américaine surprend à la hausse. Cela joue dans les deux sens. D’un côté, les objectifs libellés en dollars se convertissent en moins d’euros, ce qui gonfle mécaniquement le prix d’entrée pour un acheteur européen. De l’autre, un euro faible amortit la baisse exprimée en euros : le Bitcoin est à environ 34 pour cent sous son record en dollars, mais seulement 31 pour cent sous son record en euros. Le change a donc coussiné une partie de la correction pour un portefeuille en euros.
Côté banque centrale européenne, le taux de dépôt est remonté à 2,50 pour cent, un resserrement qui renforce l’euro à la marge mais ne suffit pas à compenser la vigueur du dollar liée aux taux longs américains. Concrètement, un Européen qui lit « objectif 100 000 dollars » doit traduire : cela fait environ 89 400 EUR au change du jour, et non une barre psychologique ronde en euros. Garder cette conversion en tête évite de surestimer la distance qui sépare le prix actuel des cibles affichées.
Les flux ETF : l’acheteur marginal hésite
Depuis l’arrivée des ETF spot et des trésoreries d’entreprise, l’acheteur marginal du Bitcoin n’est plus le particulier, mais l’institution. Les flux de ces véhicules sont donc devenus le meilleur thermomètre de la demande. Or la semaine du 5 au 9 octobre a été rouge : les ETF spot américains ont enregistré environ 679 millions de dollars de sorties nettes, la plus forte ponction hebdomadaire depuis juin, selon KuCoin. Le gros des retraits s’est concentré le 7 octobre (environ 485 millions de dollars, la pire séance) et le 8 octobre (244 millions), le fonds FBTC de Fidelity et l’ARKB d’ARK 21Shares absorbant l’essentiel des dégagements.
« ETF flows remain volatile. US spot Bitcoin ETFs saw heavy outflows on October 7 and 8, signaling cautious institutional sentiment », résume Vikram Subburaj, directeur général de la plateforme Giottus, cité par CoinDesk. Attention toutefois à ne pas sur-interpréter : même lors d’une année difficile, ces ETF ont encaissé des entrées nettes positives malgré des sorties près d’une séance sur deux. Une mauvaise semaine n’est pas une rupture de tendance, c’est une hésitation avant l’IPC. Le vrai signal sera la reprise, ou non, des entrées une fois la donnée d’inflation digérée.
Le carnet des analystes : de 25 000 à 250 000 dollars
Face à cette incertitude, les maisons de recherche affichent des cibles qui couvrent un éventail vertigineux. Citi a relevé son objectif à douze mois à 113 000 dollars dans un scénario central, avec un cas de base à 143 000 dollars, un cas haussier au nord de 189 000 dollars et un plancher baissier autour de 78 500 dollars, rapporte Coin-Turk. Standard Chartered maintient 100 000 dollars pour la fin d’année, après avoir raboté sa cible de 300 000 à 150 000 puis 100 000 dollars au fil de 2026, retrace Phemex. Bernstein vise 125 000 dollars fin 2026, 150 000 à mi-2027 et jusqu’à 1 million d’ici 2033, selon Coinpedia. À l’autre extrémité, Tom Lee se dit « really bullish » pour les douze prochains mois, à l’approche du creux de cycle, note CoinOtag.
| Maison (scénario) | Cible BTC (USD) | Équivalent EUR (~1,118) | Écart depuis ~74 600 EUR |
|---|---|---|---|
| Citi (baissier) | ~78 500 $ | ~70 200 EUR | -6 % |
| Standard Chartered | 100 000 $ | ~89 400 EUR | +20 % |
| Citi (12 mois) | 113 000 $ | ~101 000 EUR | +35 % |
| Bernstein | 125 000 $ | ~111 800 EUR | +50 % |
| Citi (base) | 143 000 $ | ~127 900 EUR | +71 % |
| Citi (haussier) | 189 000 $ | ~169 100 EUR | +127 % |
| Tom Lee / Galaxy | 200 000 à 250 000 $ | ~179 000 à 223 600 EUR | +140 % à +200 % |
Comment lire ce carnet ? D’abord, l’écart lui-même est le message : lorsque des maisons sérieuses s’étalent de -6 pour cent à +200 pour cent, la réponse honnête n’est pas un point, c’est une distribution large. Ensuite, le sens des révisions compte autant que le chiffre : Standard Chartered a coupé trois fois en un an, ce qui en dit plus long sur la trajectoire que la cible finale. Enfin, une cible n’a de valeur qu’avec son horizon et ses hypothèses (flux d’ETF supposés, assouplissement de la Fed, clarté réglementaire). Prendre un objectif à douze mois pour une promesse de fin décembre est l’erreur de lecture la plus courante.
À l’autre bout du carnet, les ours ne manquent pas d’arguments. Les prévisions les plus basses, autour de 25 000 dollars, s’appuient sur des modèles de coût de production minière et sur l’hypothèse d’un retrait durable des flux institutionnels. Elles paraissent extrêmes au vu du socle d’ETF, mais elles rappellent une vérité utile : la plupart des cibles à six chiffres supposaient à la fois une Fed qui assouplit et une clarté réglementaire américaine, deux hypothèses qui ne se sont pas vérifiées en 2026. Lire une cible, c’est d’abord auditer ses hypothèses, pas mémoriser son chiffre.
Cycle de quatre ans : mort, atténué ou simplement reporté ?
Derrière les objectifs se cache un débat de fond : le fameux cycle de quatre ans est-il encore vivant ? Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, soutient que les forces institutionnelles (l’arrivée de Morgan Stanley, Wells Fargo ou Merrill Lynch dans l’allocation crypto) vont briser ce schéma et ouvrir plutôt « a 10-year grind upward of strong returns », une décennie de hausses solides mais sans flambée spectaculaire, rapporte Bitbo. Son raisonnement vise directement notre sujet : « the forces that previously drove four-year cycles, the Bitcoin halving, interest rate cycles, and crypto’s leverage-fueled booms and busts, are significantly weaker than they’ve been in past cycles », écrit-il, cité par The Block.
L’ironie, c’est qu’en février 2026, lors d’une forte baisse, le même Hougan citait « le cycle de quatre ans » comme première raison des pertes, selon CNBC. La vérité se situe sans doute entre les deux : le cycle n’est pas mort, il est amorti. La preuve est dans les chiffres de ce repli : environ 34 pour cent sous le record, bien loin des effondrements de 75 à 85 pour cent qu’ont connus les marchés baissiers de 2018 et 2022. Le socle d’ETF et de trésoreries amortit la chute, mais plafonne aussi l’envolée. Pour une prévision de fin d’année, cela signifie : n’attendez ni une verticale à la 2021, ni un krach à -80 pour cent. La purge de levier d’octobre colle parfaitement à ce régime « coussiné mais pas calme ».
Ethereum, le trimestre qui devait être le sien
Si une classe d’actifs incarne la déception de la fin d’année, c’est l’Ethereum. À environ 2 260 EUR, il recule de 7,1 pour cent sur la semaine, davantage que le Bitcoin, et de 32,4 pour cent sur un an. Pourtant, le discours haussier était massif : Geoff Kendrick, de Standard Chartered, avait qualifié 2026 d’« année de l’Ethereum » avec un objectif de 7 500 dollars. La réalité est trois fois plus basse. Une partie de l’explication est mécanique : l’open interest sur l’Ethereum est resté élevé à l’approche de l’anniversaire du 10/10, selon CCN, ce qui signifie que l’actif portait davantage de levier et a donc chuté plus fort lors de la purge.
Le baromètre à suivre est le ratio ETH/BTC. Tant qu’il s’effrite, le marché exprime une préférence pour la relative sécurité du Bitcoin au détriment des actifs plus risqués, soit l’inverse d’une rotation saine vers les altcoins. Un retournement durable de ce ratio serait le premier signe qu’un appétit pour le risque revient, condition nécessaire à un rallye de fin d’année élargi au-delà du seul Bitcoin. En attendant, l’Ethereum reste l’amplificateur du marché, à la hausse comme à la baisse.
Le récit structurel reste intact (verrouillage du staking, ETF, question de l’offre nette), mais il ne s’est pas traduit dans le prix. Le verrou du staking retire bien de l’offre en circulation, mais l’émission et la faiblesse du burn compliquent le calcul de rareté, un point que décortique notre analyse de l’offre d’ETH et de son angle mort logiciel. Pour la fin d’année, l’Ethereum est le pari à bêta élevé : il surperformera le Bitcoin si le levier se reconstitue dans le bon sens et si les flux reviennent, mais il reste le premier à souffrir d’une nouvelle secousse obligataire.
Le calendrier du dernier trimestre
La dernière ligne droite n’est pas une ligne, c’est une succession de portes. Chacune peut renforcer ou casser le mouvement. Voici les échéances qui structurent la fin d’année, du test d’inflation imminent au dot plot de décembre.
| Date | Événement | Pourquoi ça compte |
|---|---|---|
| 14 octobre | IPC US (septembre) | dernier test d’inflation avant le FOMC ; ré-accélération attendue |
| 27 et 28 octobre | Réunion du FOMC | statu quo probable (~82 à 86 %) ; le ton comptera plus que la décision |
| 30 octobre | Échéance VASP (Brésil) | un marché crypto majeur se met en conformité |
| 3 novembre | Élections de mi-mandat (US) | composition du Congrès et agenda crypto de 2027 |
| Décembre | Échéance d’options (Deribit) | effets de max pain et murs de strikes |
| 8 et 9 décembre | FOMC et nouveau dot plot | la vraie décision de fin d’année ; hausse pricée à ~75 à 85 % |
| 11 décembre | Mur budgétaire (US) | financement de l’État jusqu’à cette date |
France et Europe : l’AMF, MiCA et l’accès au marché
Pour l’investisseur français, la fin d’année a aussi une dimension réglementaire qui conditionne la façon même d’exprimer une vue. Le régime transitoire des PSAN, hérité de la loi PACTE, a pris fin au 1er juillet 2026 ; les prestataires non conformes doivent exécuter une liquidation ordonnée, a prévenu l’Autorité des marchés financiers. MiCA s’applique désormais pleinement, l’AMF délivrant les agréments CASP au niveau national.
Trois points pratiques en découlent. D’abord, il n’existe pas d’ETF spot crypto au format UCITS pour le grand public européen : l’exposition passe par des ETP, avec un risque émetteur à surveiller. Ensuite, les contrats perpétuels sont, en Europe, des CFD relevant de MiFID II, avec un levier plafonné à 2 pour 1 pour les particuliers et une supervision par l’AMF, et non par MiCA (qui ne couvre que les crypto-actifs au comptant et les prestataires). Enfin, côté fiscalité, la cession de crypto reste soumise au prélèvement forfaitaire unique de 30 pour cent. Ces garde-fous changent l’équation : un particulier français ne peut pas prendre le même levier qu’un trader sur une plateforme offshore, ce qui, en pleine purge de levier, n’est pas forcément un handicap.
Trois scénarios jusqu’au 31 décembre
En assemblant ces pièces, trois trajectoires se dégagent pour la clôture de l’année. Les niveaux sont indicatifs, pas des prédictions ; ils servent à cadrer la réflexion, pas à promettre un prix.
| Scénario | Déclencheur | BTC fin décembre (indicatif) | Probabilité |
|---|---|---|---|
| Désendettement et rebond | IPC doux, Fed en pause au ton accommodant, détente des taux longs, levier déjà purgé | ~89 000 à 101 000 EUR (100 à 113 k$) | Moyenne |
| Grind latéral | IPC conforme ou un peu chaud, Fed en pause mais décembre reste vivant, rendements collants, flux ETF en dents de scie | ~67 000 à 83 000 EUR (75 à 93 k$) | Élevée |
| Re-correction par les taux | IPC chaud, hausse de décembre probable, taux longs qui cassent à la hausse, dollar fort, nouveau dénouement de levier | ~60 000 à 67 000 EUR (67 à 75 k$) voire moins | Moyenne à faible |
Le scénario central n’est ni le rebond euphorique ni le krach : c’est le grind latéral, un marché qui digère sa purge de levier en attendant le dot plot de décembre. C’est précisément parce que la Fed s’efface qu’aucun des deux extrêmes ne s’impose ; ce sont désormais l’inflation du 14 octobre et le long terme obligataire qui arbitreront entre les trois.
Ce qu’il faut surveiller : la checklist
Plutôt qu’un chiffre magique, gardez sous les yeux les quelques jauges qui décident vraiment de la fin d’année.
- Levier et funding : taux de financement des perpétuels, open interest, cascades de liquidations.
- Le 10 ans américain et la prime de terme : tant qu’ils montent, le vent reste de face.
- Flux nets des ETF spot : l’acheteur marginal est devenu institutionnel.
- IPC du 14 octobre : une ré-accélération rend la hausse de décembre à nouveau vivante.
- Dot plot du 9 décembre : la vraie boussole de fin d’année.
- DXY et EUR/USD : le dollar fort pèse sur les cours, mais amortit la perte en euros.
- Échéance d’options de décembre : effets de max pain et murs de strikes.
Côté posture, le bon sens prime : dans un marché qui vient de purger son levier, ce n’est pas le moment d’en remettre. Taille de position modérée, horizon clair, et lecture des objectifs d’analystes comme des scénarios conditionnels, jamais comme des promesses datées.
Frequently Asked Questions
Bitcoin peut-il encore atteindre 100 000 dollars d’ici fin 2026 ?
Oui, c’est possible mais loin d’être acquis. Depuis environ 74 500 EUR (83 400 dollars), un objectif de 100 000 dollars représente une hausse d’à peu près 20 pour cent. Standard Chartered maintient cette cible, mais la fenêtre est courte et dépend surtout de l’inflation du 14 octobre et du ton de la Fed le 8 et 9 décembre.
La Fed va-t-elle relever ses taux le 28 octobre 2026 ?
Les marchés penchent très largement pour un statu quo, autour de 82 à 86 pour cent de probabilité, le taux restant à 3,75 à 4,00 pour cent. Le véritable rendez-vous est le 8 et 9 décembre, où une hausse reste anticipée autour de 75 à 85 pour cent.
Pourquoi la crypto baisse-t-elle alors que la Fed devrait faire une pause ?
Parce que deux autres forces dominent : le levier et les taux longs. Un an après le krach du 10 octobre 2025 (environ 19 milliards de dollars liquidés), le marché a ré-accumulé du levier, et les rendements du Trésor américain au plus haut depuis vingt-quatre ans détournent des capitaux de la crypto.
Comment un investisseur en euros doit-il lire les objectifs en dollars ?
En les convertissant au taux EUR/USD du moment (environ 1,118) et en gardant à l’esprit qu’un euro faible gonfle la valeur en euros. Le Bitcoin est à environ 34 pour cent sous son record en dollars, mais seulement 31 pour cent sous son record en euros.
Quels chiffres faut-il surveiller d’ici le 31 décembre ?
L’IPC américain du 14 octobre, le ton du FOMC du 28 octobre, le dot plot du 9 décembre, les flux nets des ETF spot, le rendement du 10 ans américain et les taux de financement des perpétuels.
Julien Marchand couvre la macro et les marchés crypto pour HOGE Wire depuis Paris.