Réaction au FOMC : comment la Fed fait bouger la crypto en 2026
Le CPI de juillet est tombé pile sur les attentes et Bitcoin n'a presque pas bougé. Voici pourquoi la crypto réagit à la surprise, pas à la décision de la Fed, et comment lire le FOMC de septembre.
Le 12 août 2026 à 14 h 30, heure de Paris, le Bureau of Labor Statistics américain a publié l’indice des prix à la consommation (CPI) de juillet : +0,1 % sur le mois, +3,4 % sur un an, soit très exactement le chiffre attendu par le consensus des économistes. Dans la minute qui a suivi, Bitcoin est passé de 64 400 à 64 080 dollars, puis s’est immédiatement stabilisé ; sur vingt-quatre heures, il n’a quasiment pas bougé, autour de 64 000 dollars, soit environ 55 500 euros d’après CoinGecko. Pas de krach, pas d’envolée. Pour qui associe la crypto à la volatilité, cette quasi-absence de réaction est presque plus instructive qu’un mouvement brutal : elle raconte la façon dont le marché digère aujourd’hui le rendez-vous macroéconomique le plus surveillé de son calendrier, le FOMC.
Le FOMC (Federal Open Market Committee) est le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. Huit fois par an, ses décisions sur les taux d’intérêt en dollars fixent le prix de l’argent pour la planète entière, et donc l’appétit pour le risque qui irrigue les actions, l’or et les actifs numériques. Cet article explique, pas à pas, pourquoi et comment un communiqué de banque centrale fait bouger Bitcoin et l’Ethereum, ce que veut dire réagir à la surprise plutôt qu’à la décision, et comment lire la séquence qui mène à la réunion cruciale des 15 et 16 septembre.
Le FOMC, ou pourquoi huit réunions par an dictent le tempo de la crypto
La Réserve fédérale poursuit un double mandat fixé par le Congrès : la stabilité des prix et le plein emploi. Son principal levier est le taux des fonds fédéraux, le taux auquel les banques se prêtent leurs réserves au jour le jour. Le FOMC se réunit huit fois par an pour fixer une fourchette cible pour ce taux ; quatre de ces réunions s’accompagnent d’un jeu de projections économiques (le Summary of Economic Projections) et du fameux graphique à points, le dot plot. Le calendrier complet est public sur le site de la Réserve fédérale.
Pourquoi une décision prise à Washington déplace-t-elle un actif qui se veut apatride et décentralisé ? Parce que le dollar reste la monnaie de réserve mondiale et que le taux directeur américain sert d’ancre au taux dit sans risque, la référence à partir de laquelle tous les autres actifs sont valorisés. Quand ce taux monte, détenir du cash rémunéré devient plus attrayant, et les actifs les plus spéculatifs, ceux qui ne versent aucun coupon et dont la valeur repose entièrement sur des flux futurs lointains, deviennent relativement moins intéressants. Bitcoin et l’Ethereum se situent à l’extrémité de ce spectre : ce sont les actifs de plus longue duration et de plus fort bêta du marché. Ils montent plus vite que les actions quand la liquidité abonde, et corrigent plus fort quand elle se retire. Le FOMC est le robinet principal de cette liquidité.
La conséquence pratique est simple : depuis 2022, le calendrier de la Fed structure la volatilité crypto autant que les événements internes au secteur. Un investisseur qui ignore les huit dates du FOMC, les prints d’inflation qui les précèdent et le symposium annuel de Jackson Hole navigue les yeux bandés.
Ce que la Fed décide vraiment : taux directeur, bilan et dot plot
Le communiqué du FOMC tient en quelques lignes, mais il contient trois informations distinctes que le marché traite séparément. La première est la fourchette de taux. Depuis la baisse des 9 et 10 décembre 2025, la troisième d’affilée, elle est fixée entre 3,50 % et 3,75 %, et elle a été maintenue à chaque réunion depuis. La deuxième est le bilan de la banque centrale : environ 6 700 milliards de dollars, en baisse par rapport au pic proche de 9 000 milliards de 2022, la Fed laissant expirer une partie de ses obligations sans les remplacer. Ce resserrement quantitatif retire mécaniquement de la liquidité du système, un vent contraire discret mais permanent pour les actifs risqués.
La troisième information, publiée seulement quatre fois par an, est la plus riche : le dot plot. Chaque membre du comité indique, de façon anonyme, où il pense que le taux directeur se situera fin 2026, fin 2027 et à plus long terme. La médiane de ces points résume la trajectoire attendue par le comité. Lors des projections de juin 2026, cette médiane pour la fin d’année est remontée vers 3,8 %, contre 3,4 % en mars, avec un comité partagé entre neuf membres penchant pour au moins une hausse, huit pour un statu quo et un seul pour une baisse, selon CNBC. Autrement dit, le dot plot signalait une Fed prête à durcir, pas à assouplir. C’est souvent ce document, et non la décision de taux elle-même, qui provoque le plus gros mouvement de marché le jour d’un FOMC.
Vient enfin la conférence de presse du président, une demi-heure après le communiqué. Le ton, les nuances, une phrase mal calibrée : c’est souvent là que se joue l’amplitude de la réaction, bien plus que dans le texte officiel.
La règle d’or : le marché paie la surprise, pas la décision
Voici le principe que tout débutant doit graver : les marchés ne réagissent pas à ce que la Fed fait, mais à l’écart entre ce qu’elle fait et ce qui était anticipé. La formule tient en une ligne : surprise = résultat moins anticipations. Un actif liquide intègre en permanence le scénario le plus probable ; on dit qu’il est pricé. Si une hausse de taux est anticipée à 90 %, elle est déjà dans les prix, et sa confirmation ne déclenche presque rien. À l’inverse, un maintien de taux, geste en apparence anodin, peut provoquer une envolée s’il survient alors que la moitié du marché pariait sur une hausse.
Le CPI du 12 août en offre une illustration parfaite. Le chiffre était attendu à +0,1 % sur le mois et +3,4 % sur un an ; il est tombé à +0,1 % et +3,4 %. Zéro surprise, donc zéro mouvement durable. Daniela Sabin Hathorn, analyste marché senior chez Capital.com, résume la logique auprès de CoinDesk : l’absence de mauvaise surprise sur l’inflation retire l’une des plus grandes menaces immédiates pour les actifs risqués, mais le rapport n’est probablement pas assez faible, à lui seul, pour déclencher un vrai repricing accommodant. Traduction : ni assez chaud pour faire peur, ni assez froid pour faire rêver. Le marché est resté sur place parce que rien de nouveau ne lui a été appris.
Prenons l’exemple inverse. Imaginons que le même chiffre de 3,4 % soit tombé alors que le marché redoutait 3,8 % : le résultat, identique en valeur absolue, aurait été lu comme une bonne surprise désinflationniste, et Bitcoin aurait probablement bondi. À l’inverse, un chiffre de 3,4 % attendu à 3,0 % aurait provoqué un repli, la même donnée devenant une mauvaise nouvelle. C’est tout le paradoxe des marchés efficients : la valeur d’une information ne tient pas à ce qu’elle dit, mais à ce qu’elle apprend par rapport à ce qui était déjà su.
Cette règle explique pourquoi il est si dangereux de trader un chiffre en se fiant à son intuition. Un CPI faible peut faire chuter Bitcoin si le marché attendait encore plus faible ; un rapport d’emploi solide peut le faire monter s’il éloigne le spectre d’une récession. Ce qui compte n’est jamais la donnée brute, c’est la donnée moins le consensus.
Les trois canaux par lesquels la Fed atteint Bitcoin
La politique monétaire ne touche pas la crypto par magie. Elle emprunte trois canaux de transmission qu’il faut savoir distinguer.
Le premier est le dollar. Des taux plus élevés attirent les capitaux vers les actifs en dollars et renforcent le billet vert, mesuré par l’indice DXY. Or Bitcoin est coté en dollars : un dollar fort agit comme une gravité baissière sur son prix, tandis qu’un dollar faible fait office de vent arrière. Le deuxième canal, plus subtil et souvent décisif, est celui des taux réels, c’est-à-dire le taux nominal moins l’inflation anticipée. Un actif qui ne verse aucun rendement, comme Bitcoin ou l’or, souffre quand les taux réels montent, car le coût d’opportunité de le détenir augmente : pourquoi garder un actif sans coupon quand une obligation d’État offre un rendement réel positif et confortable ?
Le troisième canal est la liquidité au sens large : la taille du bilan de la Fed, le rythme du resserrement quantitatif, la quantité de réserves dans le système bancaire. C’est le canal le plus lent mais le plus puissant sur la durée ; il explique pourquoi les grands cycles haussiers de la crypto ont coïncidé avec des phases d’expansion monétaire. Ces trois canaux sont amplifiés par un quatrième facteur, interne au marché crypto : l’effet de levier. Quand les positions à effet de levier sont massives, un petit choc macro suffit à déclencher des liquidations en cascade, sujet que nous détaillons dans notre analyse du signal des perpétuels et de la courbe du funding.
L’année 2022 reste le cas d’école de ces trois forces agissant ensemble. Face à une inflation au plus haut depuis quarante ans, la Fed a relevé ses taux au rythme le plus rapide depuis des décennies tout en réduisant son bilan ; les taux réels sont passés de négatifs à nettement positifs, le dollar s’est envolé, et la crypto a perdu près des deux tiers de sa capitalisation. Rien dans le protocole de Bitcoin n’avait changé cette année-là ; c’est le prix de l’argent qui avait bougé. Comprendre ces canaux, c’est comprendre pourquoi un actif conçu pour ignorer les banques centrales reste, à court terme, l’un des plus sensibles à leurs décisions.
29 juillet 2026 : l’anatomie d’un hawkish hold
Pour comprendre l’état d’esprit du marché aujourd’hui, il faut revenir à la réunion des 28 et 29 juillet. La Fed a maintenu ses taux entre 3,50 % et 3,75 %, un cinquième statu quo d’affilée. Sur le papier, un non-événement. Dans les faits, un choc de ton. Le vote s’est soldé par un score de 9 contre 3, la première dissidence à trois voix depuis 2016, et les trois dissidents (les présidentes et président des Fed régionales de Cleveland, Minneapolis et Dallas) réclamaient non pas une baisse, mais une hausse immédiate. Le message implicite : au sein même du comité, une partie voulait durcir davantage.
C’est la définition d’un hawkish hold, un maintien à coloration restrictive. Le taux n’a pas bougé, mais le signal était résolument ferme. La réaction des marchés traditionnels fut nette : repli de Wall Street et rendement du Treasury à 30 ans propulsé à son plus haut depuis 2007. Bitcoin, lui, est resté remarquablement calme, autour de 64 000 dollars, un sang-froid qui aurait été impensable deux ans plus tôt. Les analystes réunis par CoinDesk ont convenu que le maintien était hawkish, tout en divergeant sur la suite. La leçon à retenir : ne jamais se fier au seul mot maintien. Un statu quo peut être accommodant ou restrictif selon le ton, le vote et les projections qui l’accompagnent.
Kevin Warsh, le président qui a réécrit la fonction de réaction
Une grande partie de la nervosité actuelle vient d’un changement d’homme. Jerome Powell a quitté la présidence de la Fed à la mi-mai 2026. Le Sénat a confirmé Kevin Warsh par 54 voix contre 45, l’un des votes les plus serrés de l’histoire moderne pour un président de la Réserve fédérale, et il a prêté serment le 22 mai. Ancien gouverneur de la Fed entre 2006 et 2011, Warsh est perçu comme un faucon assumé. Lors de la conférence de presse du 29 juillet, il a résumé sa doctrine d’une formule restée célèbre : il n’existe pas d’objectif d’inflation souple (there is no soft inflation target), manière de dire que tout dépassement durable de la cible de 2 % est inacceptable à ses yeux.
Warsh a aussi modifié la mécanique de communication : déclarations plus courtes, moins de guidage explicite, et, fait notable, il s’est abstenu de soumettre son propre point au dot plot de juin, refusant d’engager le marché sur une trajectoire. Côté bilan, il vise un portefeuille composé uniquement de Treasuries, quitte à vendre activement les titres hypothécaires. Pour un marché crypto habitué au style prévisible de l’ère Powell, ce changement de fonction de réaction, c’est-à-dire la façon dont la banque centrale répond aux données, est une source d’incertitude en soi. À cela s’ajoute une tension politique de fond sur l’indépendance de la Fed, avec les pressions de l’exécutif américain sur sa composition. Moins de prévisibilité signifie des réactions potentiellement plus violentes à chaque surprise.
Le CPI du 12 août : le signal que tout le monde attendait
L’inflation est le carburant des décisions du FOMC : c’est la donnée que la Fed surveille avant tout. D’où l’importance du CPI publié ce 12 août. Le détail confirme une désinflation lente mais réelle : headline à +0,1 % sur le mois et +3,4 % sur un an (contre 3,5 % en juin), core (hors alimentation et énergie) à +0,2 % et +2,5 %, tout cela conforme au consensus, d’après le Bureau of Labor Statistics. Sous le capot, l’énergie reste chaude : +14,7 % sur un an, avec l’essence en hausse de 24,6 %, séquelle du choc pétrolier de printemps ; les billets d’avion bondissent de 25,5 % et l’alimentation progresse de 3,0 %.
Voici la trajectoire de l’inflation américaine sur l’année, qui dessine une cloche : une accélération jusqu’au printemps, puis un reflux progressif.
| Mois 2026 | Inflation sur un an | Sur le mois | Contexte |
|---|---|---|---|
| Janvier | env. 2,4 % | – | désinflation |
| Février | env. 2,4 % | – | stable |
| Mars | 3,3 % | +0,9 % | choc pétrolier, essence +21 % sur le mois |
| Avril | 3,8 % | chaud | accélération |
| Mai | 4,2 % | pic | sommet du cycle |
| Juin | 3,5 % | -0,4 % | plus forte baisse mensuelle depuis avr. 2020, core 2,6 % |
| Juillet | 3,4 % | +0,1 % | conforme au consensus, core 2,5 % |
La réaction de Bitcoin a été un manuel de cas d’école : un bref réflexe de 64 400 à 64 080 dollars, puis un retour au calme. Ryan Lee, analyste en chef chez Bitget Research, l’explique auprès de The Block : un CPI conforme aux attentes ne force ni un repricing plus dur ni un catalyseur clairement accommodant. Attention toutefois : ce print n’est pas le dernier avant le FOMC de septembre. Un autre CPI, celui du mois d’août, sortira le 11 septembre, quelques jours seulement avant la réunion. Le 12 août achète du temps à la Fed ; il ne tranche rien.
Pricé : comment lire le CME FedWatch et Polymarket
Comment savoir ce qui est déjà dans les prix ? Deux familles d’outils existent. La première, la référence des professionnels, est l’outil CME FedWatch, qui déduit des contrats à terme sur les fonds fédéraux la probabilité implicite de chaque décision. La seconde regroupe les marchés de prédiction comme Polymarket et Kalshi, où des particuliers parient de l’argent réel sur les issues. Les deux ne donnent pas toujours le même chiffre, et l’écart lui-même est une information.
Au lendemain du CPI du 12 août, le CME FedWatch affichait environ 44 % de probabilité d’une hausse en septembre, contre 48 % la veille et 54 % une semaine plus tôt, selon CoinDesk. Dit autrement, le marché penche à 60/40 en faveur d’un statu quo. Polymarket, plus prudent, ne donnait la hausse qu’à 36 %. Ce recul avait déjà été amorcé par le rapport d’emploi décevant du 7 août, avec 23 000 postes détruits en juillet là où le consensus attendait des créations, ce qui avait fait plonger les paris de hausse, comme l’a rapporté CNBC.
La leçon opérationnelle : avant chaque FOMC, vérifiez ces probabilités. Elles vous disent quel scénario est déjà pricé, donc quel résultat serait un non-événement et quel autre serait un choc. C’est la matière première de toute anticipation sérieuse, la même qui alimente notre lecture des objectifs de prix crypto pour 2026.
La route vers le 15-16 septembre
La prochaine grande échéance est la réunion des 15 et 16 septembre, l’une des quatre de l’année assortie de projections et d’un nouveau dot plot. Mais elle n’arrive pas isolée : une séquence de rendez-vous va progressivement recalibrer les anticipations. Les voici.
| Date | Événement | Pourquoi cela compte |
|---|---|---|
| 12 août | CPI de juillet (publié) | confirme la désinflation, sans trancher la question de septembre |
| 27-29 août | Symposium de Jackson Hole, discours de Warsh le 28 | donne le cadre et le ton de la Fed pour l’automne |
| 10 septembre | Décision de la BCE | alimente la divergence Fed/BCE et l’effet EUR/USD |
| 11 septembre | CPI d’août | dernier chiffre d’inflation avant la réunion |
| 15-16 septembre | FOMC, projections (dot plot) et conférence de presse | décision de taux et nouvelle trajectoire officielle |
Le symposium de Jackson Hole, où Warsh prononcera un discours très attendu le 28 août, mérite une attention particulière : le thème retenu cette année porte sur l’innovation financière et ses implications pour les paiements, un sujet qui touche directement les stablecoins et la réglementation. C’est aussi durant cette fenêtre que le positionnement des acteurs se met en place ; nous décryptons cette mécanique de repositionnement dans notre analyse du marché des dérivés qui recharge pour septembre.
Quatre scénarios pour la réaction crypto de septembre
Plutôt que de tenter de prédire l’imprévisible, l’approche saine consiste à cartographier les issues possibles et la réaction crypto probable de chacune. Le point clé : ce n’est pas seulement la décision de taux qui comptera, mais le couple décision plus dot plot plus ton de Warsh. Voici quatre scénarios de travail.
| Scénario | Ce que fait la Fed | Réaction crypto probable |
|---|---|---|
| 1. Hausse surprise | relève de 25 pb, à 3,75-4,00 % | choc baissier : dollar et taux réels en hausse, repli marqué |
| 2. Statu quo hawkish | maintien, dot plot relevé, ton ferme | réaction neutre à légèrement négative |
| 3. Statu quo dovish | maintien, ton d’apaisement, dot plot stable | soulagement, rebond modéré |
| 4. Signal de détente | maintien, dot plot abaissé, porte ouverte à une baisse | rally risk-on |
À l’heure où ces lignes sont écrites, le marché price un mix des scénarios 2 et 3 : un maintien, avec un biais encore ferme mais une probabilité de hausse retombée sous les 50 %. Le vrai risque asymétrique reste le scénario 1, une hausse surprise, précisément parce qu’il n’est pricé qu’à environ 44 %. C’est ce type de configuration, où un choc macro rencontre un effet de levier tendu, qui produit les grandes liquidations ; nous en faisons l’anatomie dans notre dossier sur le funding et les krachs. Rappelons enfin que ces scénarios macro dominent désormais les modèles purement on-chain : la trajectoire de la Fed a fait mentir plus d’une prévision fondée sur la seule rareté programmée, comme l’illustre l’échec du modèle stock-to-flow.
Fed contre BCE : la divergence qui pèse sur l’euro
Pour un investisseur en zone euro, la Fed n’est que la moitié de l’équation. L’autre moitié est la Banque centrale européenne, dont le taux de dépôt est de 2,25 %. La BCE a relevé ses taux le 11 juin 2026, sa première hausse depuis des années, en réaction au choc énergétique, avant de maintenir le 23 juillet, comme détaillé dans son communiqué officiel. Christine Lagarde a prévenu que le retour à la cible de 2 % n’était pas attendu avant la fin 2027. La prochaine réunion de la BCE, le 10 septembre, précède de cinq jours celle de la Fed.
| Élément | Réserve fédérale | Banque centrale européenne |
|---|---|---|
| Taux directeur | 3,50-3,75 % (fourchette) | 2,25 % (taux de dépôt) |
| Dernier mouvement | maintien le 29 juillet (vote 9-3) | hausse le 11 juin, maintien le 23 juillet |
| Biais | ferme, hausse encore possible | prudent, porte entrouverte |
| Prochaine réunion | 15-16 septembre (avec projections) | 10 septembre |
Cet écart de taux, favorable au dollar, maintient l’EUR/USD autour de 1,15. La conséquence pour un détenteur français est concrète : Bitcoin est coté en dollars, mais votre pouvoir d’achat est en euros. Une hausse de 3 % de BTC en dollars peut se traduire par un gain plus faible en euros si le dollar recule simultanément, et inversement. Côté réglementaire, rappelons que les produits dérivés crypto (futures, perpétuels) relèvent de la directive MiFID II et de la supervision de l’AMF, tandis que le règlement MiCA encadre les prestataires de services sur actifs numériques au comptant ; la période transitoire des PSAN français s’est achevée au 1er juillet 2026, comme l’a rappelé l’AMF.
Pourquoi la crypto tremble moins qu’avant
Le fait le plus frappant de 2026 n’est pas l’ampleur des réactions crypto au FOMC, mais leur rétrécissement. Le calme de Bitcoin le 29 juillet, comme sa quasi-immobilité le 12 août, marque un changement de régime. Plusieurs facteurs y contribuent. Le premier est l’arrivée des ETF au comptant, qui ont introduit une base d’acheteurs institutionnels moins réactive au bruit macro de court terme et jouant un rôle d’amortisseur : les flux entrants absorbent une partie de la volatilité qui, autrefois, se déversait directement dans le carnet d’ordres. Le deuxième est la maturation du marché des dérivés, avec une couverture plus systématique.
Fabian Dori, directeur des investissements de la banque suisse d’actifs numériques Sygnum, résume ce nouvel équilibre auprès de BeInCrypto : les probabilités de taux pour septembre devraient rester globalement stables, laissant le décor macro pour les actifs risqués quasiment inchangé ; si les prix de l’énergie continuent de refluer, la combinaison reste constructive pour les actifs numériques sans besoin d’un revirement de politique monétaire. Attention cependant à ne pas confondre calme et invulnérabilité : ce sang-froid tient tant qu’il n’y a pas de vraie surprise. Une hausse non anticipée en septembre, ou un discours de Jackson Hole plus dur que prévu, retrouverait sans mal le chemin d’une correction brutale. Le marché ne tremble plus à chaque donnée ; il tremblerait encore face à un choc.
Ce que l’investisseur peut faire, et éviter, autour d’un FOMC
Comment un investisseur particulier doit-il aborder ces rendez-vous ? Quelques principes de bon sens, tirés de tout ce qui précède.
- Ne pas trader le chiffre à chaud. Les premières secondes après un communiqué ou un CPI sont souvent un aller-retour violent (un whipsaw) qui piège les traders trop rapides. Le mouvement durable se dessine plus tard, une fois la conférence de presse digérée.
- Regarder la surprise, pas la donnée. Comparez toujours le résultat au consensus et aux probabilités du CME FedWatch avant de conclure quoi que ce soit.
- Surveiller le levier. Une position à fort effet de levier peut être liquidée par un simple pic de volatilité intraday, même si votre thèse de fond est correcte. Le funding et la structure des perpétuels sont des indicateurs avancés de fragilité.
- Suivre le dollar et les taux réels, pas les gros titres. Ce sont les canaux de transmission réels ; l’indice DXY et le rendement réel à dix ans en disent plus que n’importe quelle manchette.
- Dimensionner ses positions pour survivre au scénario le moins pricé, ici une hausse surprise, plutôt que pour maximiser le gain du scénario central.
Matt Mena, stratège recherche crypto senior chez 21Shares, notait après le CPI que Bitcoin testait un support au-dessus de 64 000 dollars et pourrait viser 66 000 dollars, selon The Block. C’est une hypothèse, pas une certitude : la valeur de ces niveaux tient à la séquence macro qui vient. Le FOMC de septembre, précédé de Jackson Hole et du CPI d’août, tranchera. D’ici là, la discipline vaut mieux que la prédiction.
Frequently Asked Questions
Qu’est-ce que le FOMC et à quelle fréquence se réunit-il ?
Le FOMC (Federal Open Market Committee) est le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. Il se réunit huit fois par an pour fixer la fourchette du taux directeur en dollars ; quatre de ces réunions s’accompagnent de projections économiques et du dot plot. Ses décisions influencent le prix de l’argent à l’échelle mondiale, donc l’appétit pour le risque qui porte les actions et la crypto.
Pourquoi Bitcoin a-t-il si peu réagi au CPI du 12 août 2026 ?
Parce que le chiffre (+0,1 % sur le mois, +3,4 % sur un an) était exactement conforme au consensus. Les marchés réagissent à la surprise, c’est-à-dire à l’écart entre le résultat et les anticipations. Sans surprise, la donnée était déjà dans les prix, et Bitcoin est resté autour de 64 000 dollars après un bref réflexe de quelques centaines de dollars.
La Fed va-t-elle monter ses taux en septembre 2026 ?
C’est incertain. Après le CPI du 12 août, l’outil CME FedWatch donnait environ 44 % de probabilité à une hausse le 16 septembre, soit un marché penchant à 60/40 en faveur d’un statu quo ; Polymarket était plus bas encore, autour de 36 %. Le rapport d’emploi d’août et le CPI du 11 septembre pourraient encore faire bouger ces probabilités avant la réunion.
Comment un investisseur français peut-il suivre les décisions de la Fed ?
En surveillant trois choses : le calendrier officiel du FOMC (huit dates par an), les probabilités implicites du CME FedWatch, et les prints d’inflation (CPI) qui les précèdent. Côté local, gardez à l’esprit que les produits dérivés crypto relèvent de MiFID II et de l’AMF, que MiCA encadre les prestataires au comptant, et que l’écart de taux Fed/BCE agit sur l’EUR/USD, donc sur vos gains convertis en euros.
Quelle différence entre le dot plot et la décision de taux ?
La décision de taux fixe la fourchette du taux directeur pour la période en cours. Le dot plot, publié quatre fois par an, agrège les projections anonymes de chaque membre du comité sur le niveau futur des taux. Le marché réagit souvent davantage au dot plot et au ton du président qu’à la décision elle-même, car ils révèlent la trajectoire attendue et non le seul geste immédiat.
Par Julien Marchand, rédacteur macro et marchés chez HOGE Wire.