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● Markets

Funding et skew : ce que les options disent du levier

Après la première hausse de la Fed depuis 2023, le funding des perpétuels paraît calme. Mais le skew des options raconte une autre histoire du prix du levier crypto.

Le 16 septembre, la Réserve fédérale a relevé ses taux pour la première fois depuis 2023, un quart de point qui porte la fourchette directrice à 3,75-4,00 %, une décision unanime accompagnée d’un point médian 2026 à 4,1 % qui laisse une nouvelle hausse sur la table en décembre (KuCoin). Trois jours plus tard, le marché ne plie pas : il grimpe. Le Bitcoin gagne plus de 5 % en une séance pour retrouver environ 70 650 euros (81 200 dollars), l’Ether repasse au-dessus de 2 280 euros et Solana bondit de plus de 8 % (CoinGecko).

Sur les perpétuels, le funding, ce loyer que les longs versent aux shorts quand le contrat se paie plus cher que le comptant, semble tranquille. L’indice KFRI de CF Benchmarks, qui suit le funding annualisé du perpétuel Bitcoin de Kraken, affiche +5,46 % au 18 septembre, en net repli après le pic de +10,66 % de la veille (CF Benchmarks). Si vous ne regardez que ce chiffre, tout va bien : les longs paient encore, personne ne capitule.

Sauf que le funding n’est qu’une lecture, la plus grossière, d’une chose bien plus riche : le prix du levier. Il vous dit combien coûte, maintenant, le fait de porter une position à effet de levier. Il ne dit rien de la peur, de l’asymétrie, ni de ce que le marché attend pour les semaines à venir. Cette information vit ailleurs, dans le marché des options, où elle prend deux formes que peu de traders de perpétuels regardent : le skew (le prix relatif des calls et des puts) et le funding « synthétique » que l’on peut extraire des options via la parité put-call. Cet article est consacré à ce jumeau caché du funding, et il tombe à pic : la volatilité implicite sort d’un plus-bas historique et 16,6 milliards de dollars (environ 14,4 milliards d’euros) d’options arrivent à échéance le 25 septembre (Crypto Briefing).

Le funding, un seul chiffre pour un objet à plusieurs dimensions

Rappelons la mécanique. Sur un perpétuel, le funding est un paiement périodique entre longs et shorts, calibré pour coller le prix du contrat à celui du sous-jacent. Chez Deribit, il se réduit à un taux de prime : (prix mark moins indice) divisé par l’indice, filtré par une bande morte de plus ou moins 0,025 % (en dessous, le funding est nul) et plafonné à plus ou moins 0,5 % sur huit heures pour le Bitcoin, plus ou moins 1 % pour l’Ether (Deribit Insights). Fait notable, la page pédagogique de Deribit ne mentionne « ni options, ni coût de portage, ni taux d’intérêt » : le funding y est présenté comme un pur mécanisme de convergence entre traders.

C’est vrai mécaniquement, et trompeur économiquement. Car le funding est bel et bien un taux de portage, le prix du temps et du levier. Le problème, c’est qu’il est un scalaire : un seul nombre, symétrique et instantané. Un long paie le même funding que le prochain mouvement soit de plus 10 % ou de moins 10 % ; le funding ignore l’asymétrie. Il regarde le présent, pas ce que le marché anticipe. Et il est éclaté sur des dizaines de plateformes qui affichent chacune leur propre chiffre. Comme nous l’avons montré après le verdict de la Fed, la hausse des taux a surtout renchéri le coût d’opportunité de ce levier, en creusant l’écart entre un funding autour de 10 % et un cash désormais rémunéré près de 4 % (voir notre analyse du funding après le verdict Fed). Mais pour lire la peur et l’anticipation, il faut sortir du perpétuel.

Un ordre de grandeur aide à saisir l’enjeu. Un funding modeste de 0,01 % toutes les huit heures paraît anodin ; annualisé, il pèse pourtant près de 11 % par an. Et ce taux s’applique à la valeur notionnelle de la position, pas à la marge déposée : un trader qui ouvre cinq fois sa mise en levier paie ce loyer sur les cinq parts, soit un coût rapporté à son capital cinq fois plus lourd. Sur un marché où le cash sans risque rapporte déjà près de 4 %, ce loyer devient la variable qui décide si une position longue a un sens ou non.

La parité put-call : le funding « synthétique » caché dans les options

Voici le pont le plus direct entre les deux mondes. Achetez un call et vendez un put de même strike et même échéance : vous détenez un forward synthétique, une position qui gagne et perd comme si vous étiez long le sous-jacent à terme. La parité put-call vous donne le prix de ce forward, et l’écart entre ce forward et le comptant révèle exactement le taux de financement que le marché des options facture. C’est un funding synthétique, un carry implicite, lisible sans jamais toucher un perpétuel.

Ce n’est pas une curiosité de manuel. Dans un travail de mai 2026, Mindy Mallory (université Purdue) applique précisément cette méthode aux options de l’ETF IBIT de BlackRock : elle extrait un forward implicite par parité put-call, le convertit en unités de bitcoin grâce au fichier de détentions du fonds, puis le compare au carry des futures du CME mesuré contre l’indice BRRNY. L’écart, qu’elle appelle le « wedge », est en moyenne de 2,58 % par an, avec une médiane de 2,52 % et une fourchette allant de moins 4,77 % à plus 10,42 % entre les 5e et 95e centiles (Mallory, 2026). Elle qualifie ces écarts d’« économiquement significatifs » et conclut que « des systèmes de collatéral et de marge cloisonnés limitent l’arbitrage ».

Un exemple rend la mécanique concrète. Supposons le Bitcoin à 81 000 dollars et, pour une échéance à trois mois, un call et un put au même strike de 81 000 dollars. Si le call vaut 200 dollars de plus que le put, ce surcoût est le prix que le marché attache au fait de détenir le sous-jacent à terme plutôt qu’aujourd’hui : il implique un forward légèrement au-dessus du comptant, donc un carry positif. Rapporté à l’année, cet écart se traduit en un taux de financement annualisé, directement comparable au funding d’un perpétuel. Si le put était le plus cher, le carry implicite serait négatif, le signe d’une légère décote à terme (une backwardation). Aucune position sur perpétuel n’est nécessaire pour lire ce taux : il est déjà dans le prix des options.

La leçon est structurante : il existe au moins trois taux de portage pour le même Bitcoin, le funding des perpétuels, la base des futures datés et le carry implicite des options, et ils ne s’égalisent pas. Le fait que les options d’ETF servent désormais de laboratoire pour mesurer ce financement en dit long sur la maturation du marché ; c’est le même canal régulé qui absorbe les flux que nous suivons du côté des ETF Bitcoin.

Le skew, ou le prix de la peur que le funding ne voit pas

Le deuxième canal d’information, c’est le skew. On le mesure souvent par le risk reversal à 25 deltas : la différence entre la volatilité implicite d’un call à 25 deltas et celle d’un put à 25 deltas équidistant. Quand ce chiffre est négatif, les puts coûtent plus cher que les calls : le marché paie une prime pour se protéger de la baisse. C’est, littéralement, le prix de la peur.

La crypto ajoute une nuance que les actions ignorent. Sur un indice actions, la volatilité monte presque toujours quand le marché baisse ; le skew y est structurellement orienté vers les puts. Sur le Bitcoin, « les options affichent souvent un skew positif des deux côtés, car de grands mouvements peuvent être attendus à la hausse comme à la baisse » (Deribit Insights). La volatilité y joue le rôle de « jauge d’avidité et de peur », pas seulement de baromètre de panique. Autrement dit, le skew crypto peut pencher côté calls en plein rallye euphorique, puis basculer côté puts en une nuit.

C’est exactement ce que le funding, linéaire et symétrique, ne peut pas capturer. Et c’est ce que confirme Jean-David Pequignot, directeur commercial de Deribit, à la veille de l’échéance de septembre : les puts de protection restent relativement chers face aux calls, et « les call spreads restent un mécanisme attrayant pour s’exposer à la hausse », car ils permettent d’acheter « the cheaper wing of a skew leading toward downside puts », l’aile la moins chère d’un skew penché vers les puts de baisse, tout en gardant un risque défini avant les catalyseurs Fed et inflation (CoinDesk). Traduction : même en plein rebond, les institutions gardent une couverture baissière dans le skew pendant que le retail chasse le haut.

Pourquoi cette prime sur les puts persiste-t-elle, même en marché haussier ? Parce que la demande de protection est structurelle. Les trésoreries d’entreprise, les fonds et les mineurs qui détiennent du Bitcoin au comptant achètent des puts pour verrouiller un plancher, comme on souscrit une assurance incendie sans souhaiter que la maison brûle. En face, les vendeurs de cette assurance exigent une prime pour porter un risque de queue asymétrique : une chute de 30 % en un week-end leur coûte bien plus qu’un gain équivalent ne leur rapporte. Le skew est le prix d’équilibre de cette assurance, et il reste tendu tant que les détenteurs longs veulent dormir tranquilles. Le funding, lui, ignore cette notion d’assurance : il facture le levier, jamais la peur.

DVOL et BVIV : lire l’incertitude, pas la direction

Le troisième signal issu des options est le niveau de volatilité lui-même. La DVOL de Deribit est un indice de volatilité implicite à 30 jours, prospectif et annualisé : il agrège le sourire de volatilité des échéances proches pour donner « l’anticipation à 30 jours de la volatilité » (Deribit Insights). Astuce de terrain : on divise grossièrement la DVOL par 20 (la racine de 365) pour estimer l’amplitude quotidienne implicite. Le BVIV de Volmex joue le même rôle. Ces indices ne disent pas la direction ; ils disent combien de mouvement le marché price.

Deux faits comptent ici. D’abord, la concentration : « près de neuf fois sur dix qu’une option Bitcoin se traite dans le monde, elle se traite sur Deribit. » Le skew et la DVOL sont donc des signaux propres, adossés à une courbe de référence unique, là où le funding est un signal bruyant, dispersé. Ensuite, le régime : cet été, la volatilité du Bitcoin est tombée à un plus-bas de deux ans. Fidelity Digital Assets la jugeait, le 19 août, plus basse que 98,5 % environ des jours de l’histoire du Bitcoin (Spendnode). Une volatilité comprimée précède souvent une expansion : c’est un ressort bandé. Un funding calme avec une DVOL comprimée n’est pas la même chose qu’un funding calme avec une DVOL qui remonte ; dans le second cas, le marché price un choc qu’il ne voit pas encore dans le portage.

Trois fenêtres sur le même prix du levier

Mettons de l’ordre. Le funding, la base des futures et le carry implicite des options sont trois fenêtres sur un unique objet : le prix du levier et du temps. Le funding est le point le plus court de la courbe, le portage payé maintenant. La base des futures datés en est le corps, le portage jusqu’à une échéance fixe. Le carry implicite des options ajoute une dimension que ni l’un ni l’autre ne porte : l’asymétrie, via le skew. Ensemble, ils forment une surface de carry, et c’est cette surface, pas un chiffre isolé, qu’il faut lire. Nous avions posé cette idée de courbe dans notre analyse de la structure par terme du funding ; le tableau ci-dessous en résume les quatre lectures.

SignalCe qu’il chiffreHorizonOù le lireSa limite
Funding des perpétuelsLe portage payé maintenant (long vers short)Continu (1h à 8h)CoinGlass, indice KFRIScalaire, symétrique, éclaté par plateforme
Base des futures datésLe portage jusqu’à une échéance fixeSemaines à moisCME, DeribitPas d’asymétrie, se referme à l’échéance
Carry implicite des optionsPortage attendu via la parité put-callJusqu’à l’échéance de l’optionOptions IBIT, DeribitNécessite un modèle, bruité si peu liquide
Skew (risk reversal 25 deltas)Le prix relatif de la peur (puts) vs l’avidité (calls)Par échéanceDeribit (DVOL, RR25)Directionnel, pas un taux de portage

Quand le funding et le skew divergent, c’est le vrai signal

Voici le coeur de la méthode. Un indicateur pris seul ment souvent ; c’est la confirmation ou la divergence entre deux signaux qui informe. Quatre configurations reviennent.

  • Funding chaud, skew neutre ou côté calls. Les longs sont surchargés et personne ne se couvre. C’est la froth unilatérale, celle qui a nourri le short squeeze d’août. Fragile : au moindre repli, les liquidations en cascade s’enchaînent.
  • Funding chaud, puts chers. Le marché monte mais s’assure. C’est un rallye qui grimpe un mur d’inquiétude, structurellement plus sain qu’une hausse non couverte.
  • Funding négatif, puts très chers. Peur réelle, capitulation possible. Historiquement, c’est le terrain des creux contrariens.
  • Funding négatif, skew calme. Attention au piège : ce n’est pas de la peur, c’est de la plomberie. Des flux delta-neutres et des couvertures mécaniques poussent le funding sous zéro sans intention baissière.

La règle tient en une phrase : ne jamais trader le funding seul, toujours le croiser avec le skew. Le funding vous dit ce que coûte le levier ; le skew vous dit si le marché a peur de ce qu’il paie.

Septembre 2026 : un funding calme, des options qui parlent

Appliquons la grille au moment présent. Côté funding, l’indice KFRI a fait le grand écart tout le mois : négatif le 4 septembre sur un rapport d’emploi chaud, puis brusquement positif quand les longs se sont reconstruits alors même que le prix bougeait à peine, avant de se calmer autour de 5 à 6 % après la hausse de la Fed. Le portage se refroidit, mais reste positif : les longs paient encore, sans capituler.

Date (2026)KFRI annualiséContexte
4 septembre-2,72 %Emploi chaud, le Bitcoin vend
6 septembre+10,12 %Longs se reconstruisent, prix quasi plat
10 septembre+12,83 %Avant l’inflation, front chaud
15 septembre+6,45 %Veille du FOMC, dé-risquage
17 septembre+10,66 %Lendemain de la hausse
18 septembre+5,46 %Le portage se calme

Côté options, le tableau est plus nuancé. La volatilité implicite sort de son plus-bas historique et le positionnement penche nettement vers les calls à l’approche du 25 septembre. Mais, on l’a vu, les puts de baisse restent chers dans le skew. C’est une personnalité dédoublée : le retail price la hausse via calls et perpétuels, les institutions gardent une couverture baissière. Le croisement des deux donne une lecture claire : un rebond couvert, pas encore la froth unilatérale d’août. Le risque n’est pas dans le funding, il est dans la DVOL comprimée, ce ressort qui peut se détendre violemment autour de l’échéance du 25 et de la réunion de la Fed de décembre, jugée « live » par le point médian à 4,1 % (KuCoin).

L’échéance trimestrielle du 25 septembre

Le rendez-vous mérite qu’on s’y arrête. Environ 16,6 milliards de dollars d’options Bitcoin et Ether expirent le 25 septembre sur Deribit, dont 14,63 milliards sur le seul Bitcoin et 1,93 milliard sur l’Ether (Crypto Briefing). Le ratio put/call ressort à 0,52 sur le Bitcoin et 0,57 sur l’Ether : il y a grosso modo deux fois plus de calls que de puts en circulation, un positionnement franchement haussier. Le point de douleur maximale, le niveau où le plus d’options expirent sans valeur, se situe entre 72 000 et 75 000 dollars, sous le prix actuel. À retenir comme contexte, pas comme signal de trading : ce n’est pas la mécanique de couverture des market makers qui nous intéresse ici, mais ce que le positionnement révèle du prix du levier.

Et il révèle une chose subtile : la quantité et le prix racontent deux histoires. Le ratio put/call (une mesure de quantité) penche haussier ; le skew (une mesure de prix) garde les puts chers. À l’intérieur même du marché des options, deux indicateurs divergent. C’est exactement pourquoi Pequignot recommande des call spreads plutôt que des calls secs : ils financent l’aile haussière en vendant une partie de la volatilité, sans surpayer une DVOL qui peut se dégonfler après l’échéance. Le funding, lui, ne connaît ni quantité ni prix de l’asymétrie : il ne voit rien de tout cela.

Reste un piège de calendrier bien connu des vendeurs d’options : le « vol crush ». À l’approche d’une grande échéance, la volatilité implicite intègre une prime d’incertitude ; une fois l’événement passé et le résultat connu, cette prime s’évapore souvent d’un coup, faisant chuter la DVOL même quand le prix, lui, bouge à peine. C’est précisément ce que redoute l’acheteur de calls secs, et ce que le call spread cherche à neutraliser en vendant une partie de cette volatilité surcotée. Le funding d’un perpétuel, insensible au calendrier des échéances, ne subit pas ce dégonflement : c’est un autre exemple d’information que les options portent et que le perpétuel ignore.

Pourquoi les trois portages divergent : les limites de l’arbitrage

Dans un monde sans friction, funding, base et carry implicite des options s’aligneraient tous sur le taux sans risque augmenté d’un rendement de convenance. Ils ne le font pas, et la raison a un nom : les limites à l’arbitrage. Le wedge de 2,58 % mesuré par Mallory entre le carry des options d’IBIT et celui des futures CME persiste précisément parce qu’on ne peut pas croiser le collatéral du bitcoin comptant avec une marge CME : les systèmes de garantie sont cloisonnés, et l’arbitrage théorique reste opérationnellement coûteux (Mallory, 2026).

La Banque des règlements internationaux arrive à la même conclusion par un autre chemin. Dans son working paper 1087 sur le « crypto carry », elle documente un portage moyen supérieur à 10 % par an, avec des pics proches de 60 %, entretenu par deux forces : des investisseurs plus petits, chasseurs de tendance, qui veulent de l’exposition à effet de levier, et un capital d’arbitrage limité par les marges, les liquidations et les frictions réglementaires. Surtout, la BIS observe qu’« un carry crypto élevé prédit de futurs krachs de prix » (BIS, WP 1087). La divergence entre les portages n’est donc pas du bruit : c’est l’empreinte d’un marché où le capital ne circule pas librement entre les plateformes. Plus le carry est élevé, plus le système est fragile, et le skew des options est précisément ce qui vous dit si cette fragilité est couverte ou pas.

Pour le lecteur, la conséquence est directe : les trois taux de portage ne se contredisent pas par erreur, chacun encode une information que les deux autres n’ont pas. Le funding capte l’humeur des traders à effet de levier ici et maintenant ; la base des futures reflète l’appétit institutionnel jusqu’à une échéance ; le carry implicite des options ajoute la prime exigée pour porter le risque d’asymétrie. Chercher lequel serait le vrai portage revient à demander laquelle des trois aiguilles d’une montre donne l’heure : elles la donnent ensemble.

Le funding tourne plus chaud on-chain, les options restent sur Deribit

Un mot sur la géographie de ces signaux, car elle change leur fiabilité. Le funding varie fortement d’une plateforme à l’autre. Le rapport dérivés du deuxième trimestre 2026 de BitMEX, signé par l’analyste senior Shang Wu, chiffre l’écart : sur le Bitcoin, Hyperliquid tourne autour de 14,6 % annualisés contre environ 7,4 % sur Binance, soit une prime de 7,17 points, et ce funding reste unilatéral 95 % du temps. L’explication tient à la clientèle : les plateformes on-chain sont « peuplées de traders particuliers avec un biais structurellement long », prêts à payer cher pour du levier (BitMEX Research). Le funding on-chain crie donc plus fort que le funding des grandes plateformes centralisées, un point que nous détaillions à propos du mirage du volume sur les perp DEX.

Les options, à l’inverse, sont ultra-concentrées sur Deribit. Pour lire le prix du levier, on croise donc un signal fragmenté et potentiellement biaisé par le retail (le funding) avec un signal concentré et institutionnel (le skew). Quand le funding on-chain s’emballe alors que le skew de Deribit reste sage, c’est souvent le signe d’un excès local de retail long, pas d’un vrai changement de régime.

Ce que l’histoire dit du funding négatif

Le funding négatif fascine parce qu’il a un vrai pouvoir prédictif. Selon les données compilées par Matthew Sigel, responsable de la recherche actifs numériques chez VanEck, depuis 2020 les périodes de funding négatif ont précédé des rendements Bitcoin à 30 jours de 11,5 % en moyenne, contre 4,5 % sur l’ensemble des sessions, avec un taux de réussite de 77 % (Bitcoin Magazine). Le funding négatif est donc un signal contrarien de creux, documenté et robuste.

Mais, on l’a dit, le funding ment parfois. Quand il devient négatif alors que le prix monte, ce n’est pas forcément de la peur : ce peut être un flux structurel, des couvertures mécaniques, des positions delta-neutres qui vendent le perpétuel pour récolter le portage. Comment distinguer les deux ? Par le skew. Un funding négatif accompagné de puts très chers, c’est de la vraie peur, le terrain d’un rebond contrarien. Un funding négatif avec un skew calme, c’est de la plomberie, pas un signal baissier. L’un des deux indicateurs pris isolément vous égare ; ensemble, ils tranchent. C’est la même logique de compression de la prime de risque que nous avons décrite pour le restaking à l’épreuve des taux : quand le cash rapporte 4 %, chaque rendement crypto doit se justifier, et le marché des options est l’endroit où ce doute se price en premier.

Régulation : le mécanisme de funding définit le produit

Pour un lecteur français, un point de cadre. En Europe, perpétuels comme options sont des instruments financiers relevant de la directive MiFID II, pas du règlement MiCA, qui ne couvre que le comptant et les prestataires de services sur crypto-actifs. Le régulateur national, l’Autorité des marchés financiers, supervise ces dérivés ; et la période transitoire qui permettait aux prestataires enregistrés de continuer d’opérer s’est achevée le 1er juillet 2026 (AMF).

Le détail qui nous intéresse est juridique. Dans sa déclaration du 24 février 2026, l’ESMA a tranché : les perpétuels sont des CFD, le plafond de levier pour un particulier est de 2:1 sur crypto, et surtout « le mécanisme de funding ne change pas la classification » (ESMA). Le funding est donc le coeur même du produit aux yeux du droit : c’est lui qui fait du perpétuel un CFD. Les options, elles, offrent un payoff asymétrique, un risque défini pour l’acheteur, ce qui explique pourquoi elles portent une information (le skew) que le perpétuel, linéaire, ne peut pas porter. Le même cadre MiFID II encadre les deux, mais leurs profils diffèrent : le perpétuel vous expose linéairement et vous fait payer un funding ; l’option vous vend ou vous achète une asymétrie et vous fait payer une prime. Sur un perpétuel bridé à 2:1, le funding pèse d’ailleurs relativement peu ; c’est sur les plateformes offshore à fort levier, souvent non autorisées en France, que le funding mord vraiment, et c’est là que l’AMF concentre ses mises en garde.

Comment lire les deux ensemble : mode d’emploi

Résumons en un protocole. Face à un marché, cinq questions se posent dans l’ordre, et aucune ne se répond avec le seul funding. Le tableau ci-dessous condense les configurations les plus fréquentes ; il complète, sans le remplacer, notre lecture du funding avant le verdict de la Fed.

  • Niveau et signe du funding (KFRI, CoinGlass) : chaud, calme ou négatif ?
  • Dispersion inter-plateformes : le funding on-chain hurle-t-il plus fort que celui des grandes plateformes centralisées ? Excès de retail long probable.
  • Skew et risk reversal 25 deltas (Deribit) : les puts sont-ils chers (peur couverte) ou le skew penche-t-il côté calls (avidité) ?
  • DVOL et structure par terme : la volatilité est-elle comprimée (ressort) ou déjà tendue (choc price) ?
  • Carry implicite des options contre funding : divergent-ils, comme le suggère le wedge de Mallory ?
ConfigurationFundingSkew (puts vs calls)Lecture
Froth unilatéraleChaud, on-chain bien au-dessus des CEXNeutre ou côté callsLongs surchargés, risque de long squeeze
Rally couvertChaudPuts chersHausse assurée, plus saine
Creux possibleNégatifPuts très chersCapitulation, signal contrarien
Flux structurelNégatifSkew calmeDelta-neutre ou couvertures, pas baissier
ComplaisanceCalmeÉquilibré, DVOL basseRessort bandé, choc possible

Le funding restera l’indicateur le plus simple et le plus regardé, à raison : il est gratuit, en temps réel et lisible d’un coup d’oeil. Mais en 2026, avec un cash qui rapporte près de 4 % et une volatilité qui sort de son sommeil, le prix du levier est devenu trop important pour se résumer à un seul chiffre. Les options ne remplacent pas le funding ; elles lui donnent le relief, la peur et l’anticipation qui lui manquent. Le trader qui lit les deux voit le tableau entier. Celui qui ne regarde que le funding regarde le marché d’un seul oeil.

Foire aux questions

Qu’est-ce que le funding « synthétique » des options ?

C’est le taux de portage que l’on extrait des prix d’options via la parité put-call. En achetant un call et en vendant un put de même strike et même échéance, on reconstitue un forward synthétique ; l’écart entre ce forward et le comptant révèle le financement que le marché des options facture. Une étude de Mindy Mallory (université Purdue) montre que ce carry implicite diffère de celui des futures d’environ 2,58 % par an en moyenne.

Le skew des options est-il un meilleur signal que le funding ?

Ni meilleur ni pire : il mesure autre chose. Le funding est un paiement symétrique qui chiffre le coût du levier maintenant ; le skew chiffre le prix relatif de la protection à la baisse (puts) contre les paris à la hausse (calls), donc l’asymétrie et la peur. Les deux se lisent ensemble : la divergence entre eux est plus informative que l’un ou l’autre pris isolément.

Qu’est-ce que la DVOL ?

La DVOL est l’indice de volatilité implicite à 30 jours de Deribit, une mesure prospective et annualisée de l’ampleur, et non de la direction, des mouvements attendus. On divise grossièrement la DVOL par 20 pour estimer l’amplitude quotidienne implicite. Comme près de neuf options Bitcoin sur dix se traitent sur Deribit, cet indice fait référence pour tout le marché.

Pourquoi le funding et le carry des options ne convergent-ils pas ?

À cause des limites à l’arbitrage. On ne peut pas facilement croiser le collatéral entre le comptant, les futures CME et les options d’ETF, et les marges peuvent exploser lors des liquidations. La Banque des règlements internationaux estime que le carry crypto dépasse en moyenne 10 % par an, avec des pics proches de 60 %, précisément parce que le capital d’arbitrage est cloisonné et limité.

Que disent funding et options après la hausse de la Fed de septembre 2026 ?

Le funding est resté positif mais s’est calmé (indice KFRI à +5,46 % annualisé le 18 septembre), signe que les longs paient encore sans capituler. Côté options, le positionnement est à dominante call vers l’échéance du 25 septembre, mais les puts de baisse restent chers : un rebond couvert plutôt qu’une euphorie unilatérale. La volatilité implicite, sortie d’un plus-bas historique, suggère un ressort qui peut se détendre autour de la réunion de décembre.

Par Liam Brennan, rédacteur marchés chez HOGE Wire.

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