Flux d’ETF : la purge s’inverse, l’Ethereum décroche
Après la purge post-Fed, les ETF Bitcoin ont rebondi de 433 millions de dollars vendredi. Au même moment, l'Ethereum décrochait, brisant quatre semaines d'entrées nettes.
La semaine du 14 au 18 septembre 2026 devait être une saignée. Deux jours plus tôt, la Réserve fédérale américaine avait relevé ses taux pour la première fois depuis 2023, et le Sénat venait d’enterrer le CLARITY Act. Le scénario semblait écrit: des ETF Bitcoin qui continuent de perdre du capital, séance après séance, sous le poids d’un dollar plus cher et d’un cadre réglementaire toujours flou. C’est l’inverse qui s’est produit. Vendredi 18 septembre, les fonds ont encaissé leur plus grosse journée d’entrées depuis le 3 septembre, la semaine s’est refermée en territoire positif pour le Bitcoin, et un renversement plus discret s’est joué en coulisses: l’Ethereum, grand gagnant des semaines précédentes, a décroché.
Le montant compte moins que la leçon. Les flux d’ETF sont le chiffre le plus regardé et le plus mal compris de la cryptomonnaie. On les brandit comme un verdict quotidien sur l’appétit institutionnel, alors qu’ils mesurent souvent autre chose que ce qu’on leur prête. Cet article lit le V de la semaine et l’inversion Bitcoin-Ethereum pour montrer ce qu’un flux dit réellement, et ce qu’il ne dit pas. Pour la mécanique du choc de la Fed et de la mort de CLARITY, nous renvoyons à notre analyse de la réaction au double verdict de la mi-septembre; ici, nous regardons ce qui s’est passé juste après.
Une semaine en dents de scie, puis un V
La séquence quotidienne raconte tout. Lundi, les ETF Bitcoin au comptant encaissent 160 millions de dollars, un début neutre. Mardi et mercredi, la double lame: 450,3 millions de dollars de sorties, puis 296 millions supplémentaires le jour même de la décision de la Fed. En quarante-huit heures, près de 746 millions de dollars quittent la catégorie. Jeudi, un premier signe de stabilisation avec 159,5 millions d’entrées. Puis vendredi, l’explosion: 433 millions de dollars, la meilleure séance depuis le pic de 730,9 millions du 3 septembre, alors mené par l’IBIT, selon les données compilées par The Block.
Bilan hebdomadaire: 6,2 millions de dollars d’entrées nettes. Un chiffre dérisoire dans l’absolu, mais un basculement de signe après la semaine précédente qui avait vu 462,7 millions de dollars s’évaporer. Le marché a effacé une purge de deux jours en deux séances, et le graphique des flux dessine un V presque parfait.
| Séance (14-18 sept. 2026) | Flux net ETF Bitcoin | Contexte |
|---|---|---|
| Lundi 14 | +160,0 M$ | Ouverture neutre |
| Mardi 15 | -450,3 M$ | CLARITY rejeté au Sénat (49-50) |
| Mercredi 16 | -296,0 M$ | Hausse des taux de la Fed |
| Jeudi 17 | +159,5 M$ | Stabilisation |
| Vendredi 18 | +433,0 M$ | Meilleure séance depuis le 3 sept. |
| Semaine | +6,2 M$ | Retour en territoire positif |
Le vendredi qui a renversé la tendance
Vendredi n’a pas seulement été gros, il a été large. Aucun des fonds cotés n’a enregistré de sortie ce jour-là, une unanimité rare. Plus surprenant encore, ce n’est pas l’IBIT de BlackRock qui a mené la danse, mais le FBTC de Fidelity, avec 310,7 millions de dollars à lui seul, contre 108,4 millions pour l’IBIT, comme l’a relevé Crypto Briefing. Sur l’ensemble de la semaine, l’ordre habituel se rétablit (IBIT +120,7 millions, FBTC +79,9 millions), mais cette journée où Fidelity a capté les trois quarts des entrées mérite d’être notée: elle rappelle que la domination de BlackRock, pour écrasante qu’elle soit, n’est pas absolue.
Ce basculement ponctuel n’est pas anodin. Quand un seul jour voit Fidelity capter l’essentiel des entrées, c’est souvent le signe que la demande vient d’un canal particulier (plateforme de courtage, allocation de conseillers) plutôt que d’un mouvement de fond uniforme. Cela ne change pas la hiérarchie de long terme, mais cela invite à la prudence: une entrée concentrée sur un produit reflète les décisions de ses distributeurs autant que l’humeur générale du marché.
Qu’est-ce qui a nourri ce rebond? Trois ingrédients se sont combinés. D’abord, la digestion de la Fed: une fois l’incertitude levée, le marché a soldé la prime de peur. Ensuite, un relais réglementaire inattendu, la CFTC ayant déposé son propre corpus de règles à la Maison-Blanche le 17 septembre (nous y revenons plus bas). Enfin, la mécanique de marché: le Bitcoin est remonté au-dessus de 81 000 dollars le 19 septembre pour venir buter sur une zone de résistance située entre 83 000 et 86 000 dollars, identifiée par Glassnode à partir des bases de coûts et des données de dérivés. Or c’est précisément dans cette bande que se concentraient les ordres de liquidation de positions vendeuses, un carburant classique de rebond mécanique. Le Bitcoin s’est ensuite stabilisé autour de 80 000 dollars (près de 70 000 euros) ce week-end, selon CoinGecko.
Flux, encours, réserves: trois chiffres à ne jamais confondre
Pour lire correctement une semaine comme celle-ci, il faut séparer trois grandeurs que le grand public mélange systématiquement. Le flux est le solde net des créations et des rachats de parts sur une période: c’est le +6,2 millions de la semaine. L’encours (les actifs sous gestion, ou AUM) est la valeur totale des fonds: il bouge avec les flux, mais aussi et surtout avec le prix du Bitcoin. La réserve, enfin, est le nombre de bitcoins réellement détenus: elle ne varie qu’avec les vraies créations et rachats.
Un détail technique éclaire cette distinction. Ce ne sont pas les émetteurs qui achètent et vendent directement le Bitcoin au fil des ordres du public, mais des participants autorisés (des banques et des teneurs de marché) qui créent ou détruisent des parts en échange de bitcoins ou de liquidités, et arbitrent en permanence l’écart entre le cours de l’ETF et sa valeur liquidative. Depuis que la SEC a autorisé les créations et rachats en nature pour ces produits, à l’été 2025, une partie des mouvements se règle par transfert direct de bitcoins, sans passer par le marché au comptant. Un rachat massif ne se traduit donc pas forcément par une vente équivalente sur les Bourses crypto, ce qui explique pourquoi la réserve bouge si peu quand les flux, eux, s’affolent.
Les chiffres de la semaine illustrent le piège. Malgré la purge de mardi et mercredi, l’encours total des ETF Bitcoin américains a grimpé à 102,53 milliards de dollars (environ 90 milliards d’euros) vendredi, en hausse sur la semaine. Comment? Parce que le prix du Bitcoin a bondi de l’ordre de 8 % sur la période, gonflant la valeur des parts bien au-delà de ce que les sorties avaient retiré. Dans le même temps, la réserve est restée quasi stable, autour de 1,258 million de bitcoins selon bitbo, soit près de 6 % de l’offre maximale de 21 millions. Autrement dit: 746 millions de dollars sortis en deux jours n’ont retiré qu’une poignée de milliers de bitcoins d’un stock qui en compte plus d’un million et quart.
Sur l’année, le tableau reste rouge: les ETF Bitcoin accusent environ 1,45 milliard de dollars de sorties nettes en 2026. Mais cumulés depuis leur lancement de janvier 2024, ils affichent toujours 55,16 milliards de dollars d’entrées, et le mois de septembre lui-même restait légèrement positif, avec environ 313 millions d’entrées nettes sur ses dix-huit premiers jours, selon Crypto Briefing. La base de détenteurs, elle, n’a pas cédé. Eric Balchunas, analyste ETF senior chez Bloomberg Intelligence, a résumé la ténacité de cette base d’une formule imagée: « incredible intestinal fortitude from the Boomers given they saw a 50% drawdown » (un cran remarquable de la part des investisseurs traditionnels, qui ont encaissé une chute de moitié sans vendre). Un flux net faiblement négatif sur l’année, adossé à un encours de plus de 100 milliards, ne décrit pas une débâcle: il décrit des mains solides.
Bitcoin rebondit, Ethereum décroche: l’inversion de la semaine
Voici le vrai fait nouveau, celui qu’aucune analyse antérieure ne pouvait capter. La semaine précédente, le récit tenait en une phrase: le Bitcoin saigne, l’Ethereum absorbe. Les ETF Ether encaissaient alors des centaines de millions pendant que le Bitcoin perdait du terrain. Cette semaine, le miroir s’est inversé. Les ETF Bitcoin repassent positifs (+6,2 millions), tandis que les ETF Ethereum perdent environ 140 millions de dollars sur la semaine et brisent une série de quatre semaines consécutives d’entrées, série qui avait accumulé près de 1,94 milliard de dollars.
Le détail est sans appel. Trois séances négatives d’affilée, du mardi au jeudi, ont drainé 404,8 millions de dollars des fonds Ether. L’ETHA de BlackRock, locomotive de la catégorie, termine la semaine à 56,1 millions de sorties malgré un vendredi à +114,3 millions. Sur l’année, l’Ethereum reste pourtant le meilleur élève relatif: +922 millions de dollars d’entrées nettes en 2026, là où le Bitcoin est négatif. Et son encours, à 16,72 milliards de dollars (environ 14,6 milliards d’euros), continue de progresser structurellement depuis le lancement des produits en 2024. L’inversion n’est donc pas un effondrement de l’Ether: c’est un changement de leader sur une seule semaine.
| Indicateur | ETF Bitcoin | ETF Ethereum |
|---|---|---|
| Flux net, semaine du 14-18 sept. | +6,2 M$ | -140 M$ |
| Séance de vendredi 18 | +433,0 M$ | ~+141 M$ |
| Série en cours | Fin de la série de sorties | Fin de 4 semaines d’entrées |
| Flux nets 2026 (cumul annuel) | -1,45 Md$ | +922 M$ |
| Encours (18 sept.) | 102,53 Md$ | 16,72 Md$ |
Pourquoi l’ether a calé quand les taux ont grimpé
Aucune explication unique ne suffit, mais trois mécanismes plausibles se conjuguent. Le premier est le plus banal: la prise de bénéfices. Après une série de quatre semaines dont BlackRock a capté près de 72 %, une pause était statistiquement probable, d’autant que la concentration sur un seul émetteur amplifie les retournements quand ce dernier fait volte-face.
Le deuxième mécanisme est plus intéressant, et proprement lié à la décision de la Fed. L’argument central de l’Ethereum comme actif d’investissement, c’est son rendement de staking, de l’ordre de 3 % bruts. Or quand le taux sans risque monte, ce rendement perd de son attrait relatif: pourquoi immobiliser du capital dans un actif volatil pour 3 %, si les bons du Trésor rémunèrent davantage sans risque de prix? La hausse des taux comprime mécaniquement la prime que les investisseurs sont prêts à payer pour un rendement crypto. Nous avons détaillé cette tension dans notre dossier sur le verrou du staking à l’épreuve des taux.
La logique est celle d’une prime de risque. Un investisseur compare le rendement de staking, versé en ether et exposé à la volatilité du sous-jacent, au rendement d’un actif réputé sans risque. Quand ce dernier grimpe, l’écart qui rémunère la prise de risque se réduit, et le produit à rendement crypto doit offrir davantage pour rester attractif. C’est la même mécanique qui pèse sur tous les rendements synthétiques du secteur, des protocoles de prêt aux dollars synthétiques: le loyer de l’argent monte, et la concurrence pour le capital se durcit. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le premier réflexe après une hausse de taux soit d’alléger les positions les plus dépendantes du rendement.
Le troisième mécanisme est comportemental: en cas de choc macro, les capitaux se réfugient vers l’actif le plus liquide et le plus réserve de l’univers, le Bitcoin, au détriment des paris à bêta plus élevé comme l’Ethereum. L’ether s’échange d’ailleurs autour de 2 570 dollars (environ 2 250 euros), loin de son sommet historique. L’inversion de la semaine n’est donc pas une trahison de l’Ether: c’est une rotation tactique, du type de celles qui font et défont les récits de flux d’une semaine sur l’autre.
Les flux ne sont pas une boussole, ils sont un miroir
La tentation est de lire un rebond de flux comme un signal avancé: l’argent revient, donc le prix va monter. La réalité est presque l’inverse. Les flux suivent le prix plus qu’ils ne le précèdent. Les fonds achètent tard: le record mensuel d’août, avec 3,52 milliards de dollars d’entrées, est arrivé après un mouvement de hausse de 25 %, alors que le Bitcoin restait négatif sur l’année. Une analyse relayée par Yahoo Finance rappelle que, historiquement, le Bitcoin a baissé le mois suivant dans sept des douze mois où les ETF avaient attiré 3 milliards de dollars ou plus.
Le corollaire est inconfortable pour qui cherche un signal d’achat: un mois de flux record est autant un sommet local qu’un tremplin. Les entrées culminent quand le prix a déjà monté et que l’euphorie attire les retardataires, exactement au moment où le rapport risque-rendement se dégrade. À l’inverse, les grosses sorties coïncident souvent avec des creux de prix, quand la peur pousse les derniers vendeurs dehors. Lire un flux comme une prédiction revient donc, la plupart du temps, à confondre la cause et la conséquence.
Il y a une deuxième raison de se méfier du chiffre brut: la concentration. Quand un seul produit comme l’IBIT représente 60 à 80 % des flux quotidiens, la statistique devient un mandataire de facto du sentiment d’une poignée d’acteurs, pas du marché tout entier. Une grosse journée isolée ne fait pas une tendance. Nate Geraci, cofondateur de The ETF Institute, a de longue date relativisé ces mouvements en qualifiant les sorties de « drop in the bucket » (une goutte d’eau) au regard des dizaines de milliards accumulés depuis 2024. C’est exactement le même piège que celui du volume affiché sur les plateformes de dérivés, où le chiffre spectaculaire cache souvent une réalité plus mince: nous l’avons documenté dans notre enquête sur le mirage du volume des perp DEX. Un flux, comme un volume, se lit dans la durée et dans sa composition, jamais en une ligne.
La concentration derrière le rebond: Fidelity prend la main
Le rebond de vendredi a une signature inhabituelle. En temps normal, l’IBIT de BlackRock aspire la majorité des flux; il pèse à lui seul environ 62 % de l’encours de la catégorie, avec plus de 63 milliards de dollars d’actifs et 785 000 bitcoins. Que le FBTC de Fidelity capte les trois quarts des entrées d’une séance record est donc l’exception, pas la règle. Mais cette exception ne change pas la structure de fond: sur l’ensemble de la semaine, les fonds autres qu’IBIT et FBTC ont encore perdu 194,4 millions de dollars. La longue traîne continue de saigner, même les semaines où le sommet du classement respire.
Le tableau ci-dessous rappelle l’anatomie de cette concentration, et l’écart de frais qui la sous-tend. Le GBTC de Grayscale, hérité de l’ère des trusts fermés, facture encore 1,50 % et perd des parts en continu; le mini-trust du même Grayscale, à 0,15 %, est le moins cher du marché. Entre les deux, l’IBIT à 0,25 % gagne malgré un tarif qui n’est pas le plus bas, porté par sa liquidité, ses options et sa distribution auprès des conseillers.
| Fonds | Encours (18 sept.) | Bitcoins détenus | Frais annuels |
|---|---|---|---|
| IBIT (BlackRock) | 63,1 Md$ | 785 024 | 0,25 % |
| FBTC (Fidelity) | 13,9 Md$ | 172 794 | 0,25 % |
| GBTC (Grayscale) | 10,2 Md$ | 127 296 | 1,50 % |
| Grayscale Mini (BTC) | 5,1 Md$ | 62 874 | 0,15 % |
| BITB (Bitwise) | 3,1 Md$ | 38 029 | 0,20 % |
| ARKB (ARK 21Shares) | 2,5 Md$ | 30 753 | 0,21 % |
| Total (13 fonds) | ~101 Md$ | 1 258 064 | – |
Le décor macro: une Fed qui serre, un décembre encore vivant
On ne lit pas des flux hors sol. Le 16 septembre, la Réserve fédérale a relevé son taux directeur de 25 points de base, à une fourchette de 3,75 % à 4,00 %, par un vote unanime de 12 voix contre 0. C’est la première hausse depuis juillet 2023, la première de Kevin Warsh comme président, et son premier dot plot. Le message des projections est sans ambiguïté: 16 des 18 membres anticipent au moins une hausse supplémentaire en 2026, et la réunion de décembre est explicitement vivante, selon le compte rendu de CNBC.
Le ton de Warsh a pesé plus que le quart de point. En conférence de presse, il a martelé que « the plain fact is that inflation is too high, and has been for too long » (le simple fait est que l’inflation est trop élevée, et depuis trop longtemps), ajoutant qu’il serait bien en peine de décrire les conditions financières générales comme restrictives. Traduction pour les flux: le coût du capital reste élevé, le rendement sans risque continue de concurrencer les actifs sans coupon, et l’environnement plus haut, plus longtemps agit comme un vent de face persistant. La Banque centrale européenne a elle aussi durci le ton en relevant ses taux le 10 septembre. Pour saisir comment ce resserrement se répercute sur l’effet de levier crypto, voir notre décryptage du funding après le verdict de la Fed, et pour le choc de ce premier resserrement sur le cycle du halving, notre analyse du cycle face à sa première hausse de taux.
Trois canaux relient concrètement la décision de la Fed aux flux d’ETF. Le premier est le dollar: un billet vert plus ferme renchérit le Bitcoin pour les acheteurs hors zone dollar et pèse sur la demande. Le deuxième est le taux réel, c’est-à-dire le taux corrigé de l’inflation: quand il monte, détenir un actif qui ne verse aucun coupon coûte plus cher en manque à gagner. Le troisième est la liquidité: un resserrement assèche le carburant des actifs de croissance, dont la crypto reste l’expression la plus sensible. Aucun de ces canaux ne s’est inversé cette semaine; le rebond des flux s’est fait malgré eux, pas grâce à eux.
CLARITY est mort, la CFTC prend le relais
Le 15 septembre, la motion de clôture sur le CLARITY Act a échoué de justesse au Sénat, 49 voix contre 50, à onze voix du seuil de 60. Le projet censé répartir clairement les compétences entre la SEC et la CFTC est mort au seuil de l’arrivée, laissant la structure de marché américaine dans le flou. Ce fut l’un des deux verdicts qui ont déclenché la purge du milieu de semaine.
Mais deux jours plus tard, un contrepoint est arrivé. Le 17 septembre, la CFTC a déposé son propre corpus réglementaire, intitulé « Regulation Crypto Asset Transactions and Regulation Crypto Asset Markets », auprès du bureau d’examen de la Maison-Blanche (OIRA), choisissant d’avancer sans le Congrès, sur la base de ses pouvoirs existants, comme l’a rapporté CoinDesk. Le calendrier reste long (si l’examen dure 60 jours, une publication est possible d’ici novembre ou décembre, une règle proposée en 2027, et une règle contraignante pas avant la fin de cette même année), mais le signal a compté: la voie administrative rouvrait ce que la voie législative venait de fermer. C’est cette lueur réglementaire, autant que la digestion de la Fed, qui a nourri l’optimisme de vendredi.
Pour les flux, l’enjeu réglementaire dépasse le seul Bitcoin. Un cadre de marché clair conditionne l’élargissement de la gamme de produits, des ETF sur altcoins aux structures à rendement, et donc la profondeur future de la demande institutionnelle. Tant que la répartition des compétences entre régulateurs reste incertaine, une partie des allocataires prudents attend en marge. La mort de CLARITY a repoussé cet horizon; l’initiative de la CFTC le rapproche un peu, sans le garantir. C’est ce genre de nuance, invisible dans le chiffre brut d’un flux quotidien, qui façonne pourtant sa trajectoire sur plusieurs trimestres.
Un rebond fragile: ce qui pourrait le casser
Deux jours d’entrées ne réparent pas une semaine, et surtout ne dessinent pas une tendance. Le rebond a buté sur une zone technique dense: entre 83 000 et 86 000 dollars se concentraient à la fois la résistance par les bases de coûts et les ordres de liquidation de positions vendeuses. Autrement dit, une partie de la hausse tient au débouclage forcé de paris baissiers, un carburant qui s’épuise vite, plutôt qu’à une conviction fraîche. Les analystes cités par news.bitcoin.com soulignent qu’une seule séance positive n’établit pas une allocation durable, la série quotidienne ayant alterné entrées et sorties massives tout au long de septembre.
À cela s’ajoute le vent de face macro. Avec une Fed qui vise plus haut, plus longtemps et un décembre encore ouvert à une nouvelle hausse, le coût d’opportunité de détenir un actif sans coupon reste élevé. Le rebond des flux est réel, mais il est conditionnel: il tiendra si le prix tient, et il se retournera si le prix se retourne. C’est toute l’ambiguïté d’un indicateur qui reflète le marché au lieu de l’anticiper.
Trois repères diront si le rebond a des fondations. D’abord, la capacité du Bitcoin à défendre la zone des 75 000 dollars, déjà tenue après la décision de la Fed: sous ce seuil, la mécanique des flux risque de repartir à la baisse. Ensuite, la nature des entrées: portées par de l’achat au comptant, elles sont plus crédibles que si elles reposent sur un simple débouclage de positions vendeuses. Enfin, l’Ethereum: un retour de ses ETF en territoire positif signalerait que l’appétit pour le risque, et pas seulement la rotation défensive, est de retour.
Comment lire un flux sans se faire piéger
Pour l’investisseur qui veut utiliser ces données sans se faire piéger, quelques réflexes valent mieux qu’un chiffre isolé:
- Distinguer flux, encours et réserve. Un encours qui monte peut cacher des sorties, si le prix a grimpé plus vite.
- Lire la semaine, pas la journée. Le bruit quotidien alterne entrées et sorties; le signal se lit sur plusieurs séances.
- Regarder la composition. Une entrée portée à 80 % par un seul fonds dit surtout ce que fait ce fonds.
- Ne pas confondre flux et vente au comptant. Les rachats passent par des participants autorisés et des mécanismes en nature; la réserve de bitcoins bouge peu.
- Croiser Bitcoin et Ethereum. L’inversion de cette semaine montre qu’une rotation interne se cache parfois derrière un flux crypto global.
- Se souvenir du décalage. Les données sont publiées avec un jour de retard, et les fonds achètent souvent tard, après le mouvement de prix.
Ce qu’un investisseur français peut réellement suivre
Il faut le répéter, car la nuance échappe à beaucoup: un particulier résidant en France ne peut pas acheter l’IBIT ou le FBTC. Ces ETF au comptant américains ne sont pas enregistrés pour la distribution auprès du grand public européen, faute de document d’informations clés (DIC) conforme au règlement PRIIPs, et aucun véhicule OPCVM ne détient de crypto au comptant. Le lecteur français qui suit ces flux observe donc un marché auquel il n’a pas directement accès.
La voie européenne passe par les ETP crypto cotés sur les Bourses du continent (CoinShares, 21Shares, WisdomTree), et par des prestataires enregistrés auprès de l’Autorité des marchés financiers sous le régime MiCA, dont la période transitoire pour les PSAN français s’est achevée le 1er juillet 2026. Deux réflexes s’imposent alors: surveiller les flux américains comme un baromètre de sentiment gratuit, mais raisonner en euros. Un Bitcoin à 80 000 dollars ne vaut pas 80 000 euros; au cours actuel d’environ 1,15 dollar pour un euro, il s’échange autour de 70 000 euros, et la variation de l’euro face au dollar ajoute une couche de performance que les chiffres américains n’affichent pas.
Cette couche de change n’est pas neutre. Sur un an de forte volatilité de l’euro face au dollar, la performance d’un même Bitcoin peut varier de plusieurs points de pourcentage selon la devise de référence, d’où l’existence d’ETP à change couvert pour les investisseurs qui veulent isoler la seule performance de l’actif. À cela s’ajoute la fiscalité, propre à chaque situation: les plus-values sur actifs numériques relèvent en France d’un régime spécifique, qu’il vaut mieux vérifier avant d’agir. Le message reste simple: les flux américains sont un excellent thermomètre du sentiment, mais l’exposition d’un résident français se construit avec d’autres outils et sous une autre juridiction.
Trois scénarios jusqu’à décembre
Plutôt qu’un pronostic, trois scénarios encadrent la suite d’ici la réunion de décembre de la Fed.
| Scénario | Catalyseur | Flux d’ETF attendus | Zone Bitcoin |
|---|---|---|---|
| Central | Fed en pause prudente, données mitigées | Flux hésitants, alternance de signes | 75 000 à 85 000 $ |
| Haussier | Inflation qui reflue, cadre CFTC qui avance | Retour d’entrées soutenues, cassure de 86 000 $ | au-dessus de 90 000 $ |
| Baissier | Nouvelle hausse actée en décembre | Reprise des sorties, longue traîne sous pression | vers 70 000 $ et sous |
Dans les trois cas, la variable clé n’est pas le flux lui-même mais ce qui le commande: la trajectoire des taux, la lisibilité réglementaire, et la tenue du prix au-dessus des 75 000 dollars défendus après la décision de la Fed. Les flux confirmeront le mouvement; ils ne le décideront pas.
Foire aux questions
Les flux des ETF Bitcoin sont-ils redevenus positifs après la hausse de la Fed ?
Oui, mais de justesse. Après deux séances de fortes sorties les 15 et 16 septembre 2026, les ETF Bitcoin au comptant américains ont enregistré 433 millions de dollars d’entrées le vendredi 18 septembre, leur meilleure journée depuis le 3 septembre. La semaine s’est refermée sur un solde net positif de 6,2 millions de dollars, un renversement de signe après 462,7 millions de sorties la semaine précédente.
Pourquoi l’Ethereum a-t-il décroché alors que le Bitcoin rebondissait ?
Les ETF Ethereum ont perdu environ 140 millions de dollars sur la semaine du 14 au 18 septembre 2026, brisant une série de quatre semaines d’entrées. Trois facteurs se conjuguent: une prise de bénéfices après une forte série concentrée sur BlackRock, la hausse du taux sans risque qui réduit l’attrait relatif du rendement de staking d’environ 3 %, et une rotation défensive vers le Bitcoin, actif jugé plus liquide en cas de choc macroéconomique.
Un flux d’ETF, est-ce la même chose qu’un achat de Bitcoin au comptant ?
Pas exactement. Un flux mesure le solde net des créations et des rachats de parts, réalisés par des participants autorisés qui peuvent utiliser des mécanismes en nature. Il faut le distinguer de l’encours, qui varie aussi avec le prix, et de la réserve de bitcoins détenue, qui n’a presque pas bougé cette semaine malgré les sorties. Un flux négatif ne signifie donc pas mécaniquement une vente massive de bitcoins au comptant.
Un investisseur en France peut-il acheter un ETF Bitcoin américain comme l’IBIT ?
Non. Les ETF au comptant américains ne sont pas enregistrés pour la distribution auprès du grand public européen, faute de document d’informations clés conforme. Les particuliers français passent en pratique par des ETP crypto cotés en Europe (CoinShares, 21Shares, WisdomTree) et par des prestataires enregistrés auprès de l’AMF sous le régime MiCA. Les flux américains restent néanmoins un baromètre de sentiment utile à suivre.
Que faut-il surveiller pour les flux d’ici décembre 2026 ?
Trois points. La trajectoire de la Fed, dont le dot plot place au moins une hausse de plus en 2026 et rend la réunion de décembre décisive. La suite réglementaire, après le dépôt du corpus de la CFTC à la Maison-Blanche. Et la solidité du rebond lui-même: une seule grosse journée d’entrées ne fait pas une tendance, surtout près d’une zone de résistance technique.
Par Julien Marchand, rédacteur marchés chez HOGE Wire.