Halving Bitcoin : le cycle face à sa première hausse de taux
Le 16 septembre, la Fed a relevé ses taux, une première depuis 2023. Premier cycle post-halving sous une Fed qui resserre, Bitcoin montre enfin qui mène : le code ou la liquidité.
« Le halving est une certitude ; le prix ne l’est pas. » Le 16 septembre 2026, cette vieille distinction a cessé d’être un exercice de style. La Réserve fédérale américaine, désormais présidée par Kevin Warsh, a relevé son taux directeur d’un quart de point, à 3,75-4,00 %, sa première hausse depuis 2023, par un vote unanime de douze voix contre zéro, selon le communiqué officiel du FOMC. Pour la première fois dans l’histoire de Bitcoin, la phase qui suit un halving se joue non pas sous une banque centrale qui baisse ou qui gèle ses taux, mais sous une banque centrale qui les remonte.
Ce détail de politique monétaire change toute la lecture des fameuses « maths du cycle ». Le halving d’avril 2024 a fait exactement ce que le protocole promettait : diviser par deux la récompense versée aux mineurs. Dix-sept mois plus tard, le prix, lui, refuse le scénario parabolique des cycles précédents. À environ 66 800 € (près de 75 200 $), Bitcoin évolue quelque 38 % sous son record d’octobre 2025, d’après CoinGecko. Dans le cluster des prévisions, la question n’est plus « le halving va-t-il faire monter le cours ? » mais « qu’est-ce qui, en dehors du halving, déplace réellement le cours ? » Cette semaine, la réponse tient en un mot : la liquidité.
Ce que le code garantit, et ce qu’il ne garantit pas
Commençons par la seule partie de l’histoire qui ne se discute pas. Un halving n’est pas un événement de marché, c’est une ligne de code. Tous les 210 000 blocs, soit environ quatre ans, la récompense attribuée au mineur qui valide un bloc est divisée par deux. La fonction GetBlockSubsidy, dans le client Bitcoin Core, applique cette règle sans exception ni pouvoir discrétionnaire : 50 BTC par bloc en 2009, 25 après 2012, 12,5 après 2016, 6,25 après 2020, 3,125 depuis avril 2024.
La suite est purement arithmétique. La récompense continuera de fondre jusqu’à atteindre zéro autour du bloc 6 930 000, vers l’an 2140, après trente-trois halvings. Le plafond de 21 millions d’unités n’est donc pas un slogan marketing : c’est la somme d’une série géométrique inscrite dans le consensus. Aujourd’hui, un peu plus de 20 millions de BTC circulent déjà, soit près de 95,6 % du total, et il reste moins de 0,92 million d’unités à émettre sur les cent quatorze prochaines années.
Voilà pour la certitude. Ce que le code ne garantit pas, en revanche, c’est qu’un choc d’offre programmé se traduise par un choc de prix. Le protocole règle le débit de bitcoins neufs ; il ne dit rien de la demande, du crédit mondial, du dollar ou de l’appétit pour le risque. Confondre les deux, c’est précisément l’erreur que quatre cycles de données commencent à démonter.
Le calendrier de l’offre, halving par halving
Le tableau ci-dessous résume le seul aspect vraiment prévisible du cycle : le rythme d’émission. Le débit quotidien de bitcoins neufs est passé de 7 200 par jour à l’origine à environ 450 aujourd’hui, et tombera vers 225 après le prochain halving, attendu autour du 13 avril 2028 au bloc 1 050 000 selon le compteur de CoinGecko (la date exacte dépend de la vitesse de production des blocs et se décale de quelques jours à chaque mesure).
| Halving | Date | Bloc | Récompense (BTC) | Émission / jour | Inflation annuelle |
|---|---|---|---|---|---|
| Genèse | 3 janvier 2009 | 0 | 50 | ~7 200 | élevée |
| 1er | 28 novembre 2012 | 210 000 | 25 | ~3 600 | ~12 % |
| 2e | 9 juillet 2016 | 420 000 | 12,5 | ~1 800 | ~4 % |
| 3e | 11 mai 2020 | 630 000 | 6,25 | ~900 | ~1,8 % |
| 4e | 20 avril 2024 | 840 000 | 3,125 | ~450 | ~0,83 % |
| 5e (estimé) | ~13 avril 2028 | 1 050 000 | 1,5625 | ~225 | ~0,4 % |
Un chiffre saute aux yeux : l’inflation monétaire de Bitcoin est déjà tombée sous 1 % par an, plus basse que celle de l’or. Chaque halving réduit donc un flux déjà minuscule par rapport au stock existant. C’est la première raison mécanique pour laquelle l’effet marginal d’un halving s’affaiblit : diviser par deux 0,83 %, cela ne retire quasiment rien au marché, comparé à l’époque où l’on divisait par deux 12 %.
La règle des quatre ans : ce que disent les chiffres
La « règle des quatre ans » veut qu’un halving soit suivi, douze à dix-huit mois plus tard, d’un sommet de cycle, avant un long hiver. Les données lui donnent partiellement raison, mais elles racontent surtout une décrue spectaculaire. Le multiple entre le prix au jour du halving et le sommet suivant s’est effondré de cycle en cycle, et les replis maximaux, mesurés du sommet au creux, se sont eux aussi tassés, comme le montre le récapitulatif multi-cycles de Yahoo Finance.
| Cycle (halving) | Prix au halving | Sommet suivant | Multiple | Repli maximal | Régime de la Fed |
|---|---|---|---|---|---|
| 2012 | ~12 $ | ~1 150 $ (nov. 2013) | ~95x | ~86 % | ZIRP + QE3 |
| 2016 | ~650 $ | ~19 700 $ (déc. 2017) | ~30x | ~84 % | taux proches de zéro |
| 2020 | ~8 700 $ | ~69 000 $ (nov. 2021) | ~8x | ~77 % | ZIRP + QE (Covid) |
| 2024 | ~64 000 $ | 126 198 $ (oct. 2025) | ~2x | ~53 % | pic, baisses, puis hausse |
La séquence des multiples (95x, 30x, 8x, 2x) et celle des replis (86 %, 84 %, 77 %, 53 %) pointent dans la même direction : Bitcoin devient moins explosif, à la hausse comme à la baisse. Le sommet de ce cycle, 126 198 $ le 6 octobre 2025 (environ 107 662 €), n’a été qu’un doublement par rapport au jour du halving, là où le premier cycle avait fait presque cent fois la mise. Mais regardez la dernière colonne : elle raconte une autre histoire, celle du contexte monétaire dans lequel chaque envolée s’est produite.
Des rendements qui fondent à chaque cycle
Pourquoi ces rendements décroissants ? La première explication est la taille. Faire doubler un actif de près de 1 340 milliards d’euros exige infiniment plus de capitaux frais que faire décupler un actif qui pesait quelques milliards en 2013. CoinDesk a chiffré cette « efficacité du capital » : selon son analyse, il fallait environ 2,8 milliards de dollars d’entrées nettes pour produire un gain de 55 000 % sur le cycle de 2011, contre quelque 697 milliards de dollars pour un gain de seulement 689 % sur le cycle ouvert en 2022, d’après CoinDesk.
Autrement dit, chaque dollar investi déplace de moins en moins le prix. Ki Young Ju, fondateur de CryptoQuant, en tire une conclusion qui résume l’époque : Bitcoin doit devenir un actif macro de premier plan, et non plus un simple pari de détail passant par des ETF. Le halving, lui, est resté identique d’un cycle à l’autre : même division par deux, même mécanique. Si l’effet sur le prix s’est effondré alors que la cause supposée (le halving) est restée constante, c’est que cette cause n’était pas le vrai moteur.
La seconde explication tient à la maturité de la structure de marché. Avec des ETF au comptant, des contrats à terme réglementés et des trésoreries d’entreprise, Bitcoin absorbe désormais les flux comme une classe d’actifs institutionnelle, ce qui amortit les emballements et rend le crédit et les taux plus déterminants que jamais. Un actif de cette taille ne se comporte plus comme un jeton de niche ; il réagit au prix de l’argent.
La coïncidence oubliée : chaque cycle a surfé sur l’argent facile
Voici l’angle mort du récit du halving. Regardez à nouveau la dernière colonne du tableau. Le sommet de 2013 est arrivé alors que la Fed maintenait ses taux à zéro et achetait pour dizaines de milliards de dollars d’actifs par mois (le fameux QE3). Le sommet de 2017 a couronné une période de taux encore proches de zéro. Le sommet de 2021 a suivi le déluge de liquidités de la réponse à la pandémie : taux à zéro et bilan de la Fed en expansion massive.
Trois halvings, trois sommets, et à chaque fois le même arrière-plan : de l’argent abondant et bon marché. La « magie » des quatre ans a toujours coïncidé avec le cycle de liquidité mondial. Les partisans du modèle attribuaient la hausse à la raréfaction de l’offre ; les sceptiques répliquaient que la vraie variable était le robinet monétaire, et que le halving n’était qu’un heureux compagnon de route. Pendant douze ans, impossible de trancher, car les deux forces poussaient dans le même sens.
Pour distinguer la cause de la coïncidence, il aurait fallu observer un cycle où l’offre se raréfie (le halving) pendant que la liquidité se resserre (la hausse des taux). Ce cas d’école ne s’était jamais présenté. Jusqu’à 2026.
2026, le premier post-halving sous une Fed qui resserre
Le quatrième cycle brise le schéma. La Fed a d’abord porté ses taux à 5,25-5,50 % en 2023 pour mater l’inflation post-Covid, les a ensuite abaissés jusqu’à 3,50-3,75 % fin 2025, puis, à la surprise d’une partie du marché, les a de nouveau relevés le 16 septembre 2026. C’est la première fois qu’un virage de la Fed vers le resserrement tombe en plein cœur d’une fenêtre post-halving, à l’endroit précis où, selon la règle des quatre ans, le cycle devrait culminer.
Soyons justes avec l’histoire : le cycle 2016-2017 a bien connu quelques hausses graduelles, mais depuis un plancher proche de zéro et sans jamais dépasser 1,5 % pendant l’envolée de 2017. Rien de comparable à un taux directeur qui repart au-dessus de 3,75 % avec la perspective affichée d’aller plus haut. Pour la première fois, l’horloge de la liquidité tourne à contretemps de l’horloge du code.
Le résultat est le laboratoire que les sceptiques attendaient. L’offre s’est raréfiée exactement comme prévu (environ 450 BTC neufs par jour, halving respecté à la lettre), mais le prix, privé de son vent porteur monétaire habituel, plafonne à quelque 38 % sous son record. Le contraste avec un actif dont la politique d’émission dépend, elle, d’autres variables mérite le détour : voir notre analyse de l’offre d’ETH et du verrou du staking à l’épreuve des taux.
Le 16 septembre en clair : ce que Warsh a décidé
Dans son communiqué, le Comité de politique monétaire indique avoir décidé de relever la fourchette cible du taux des fonds fédéraux d’un quart de point, à 3,75-4,00 %, afin de soutenir un retour plus rapide vers l’objectif de 2 % d’inflation. Le message est limpide : la priorité reste l’inflation, pas le soutien aux actifs risqués. Kevin Warsh a fait de la hausse des prix, jugée encore trop élevée, sa cible, et le comité laisse clairement la porte ouverte à un nouveau tour de vis d’ici la fin de l’année, selon The Block, ce qui prolonge le vent contraire bien au-delà de cette seule décision.
La réaction du marché a été étonnamment calme, signe que la hausse était largement anticipée. Bitcoin s’est maintenu autour de 75 000-76 000 $, avec un bref passage sous 75 000 $ avant de rebondir. Cooper Duschang, analyste chez Talos, y voyait la confirmation que la décision de la Fed était largement attendue par les marchés crypto. Ce calme apparent est en soi une donnée : quand une hausse de taux ne fait plus paniquer, c’est que le marché l’a intégrée dans les prix. Reste que l’intégration d’une contrainte n’est pas sa disparition ; un plafond bien anticipé demeure un plafond.
CLARITY enterré : la demande perd un catalyseur
La veille de la Fed, le 15 septembre, le Sénat américain avait infligé un second revers à la thèse haussière. La motion de clôture sur le CLARITY Act, la grande loi de structuration du marché des actifs numériques, a échoué par 49 voix contre 50, très loin des 60 requises, comme l’a rapporté CoinDesk. Le blocage ne portait même pas sur l’architecture SEC-CFTC voulue par l’industrie, mais sur des dispositions d’éthique visant les avoirs crypto de responsables publics. Compte tenu du calendrier des élections de mi-mandat, le texte est probablement mort jusqu’en 2029.
En quoi cela concerne-t-il les maths du halving ? Parce que le récit haussier de ce cycle ne reposait plus sur la seule rareté, mais sur une vague de demande institutionnelle que la clarté réglementaire devait débrider. Sans loi, les grands allocataires prudents restent sur la touche. Le halving continue de réduire l’offre ; la demande, elle, vient de perdre l’un de ses déclencheurs attendus. Nos confrères ont détaillé comment les flux d’ETF ont encaissé à la fois la Fed et la mort de CLARITY. Offre codée d’un côté, demande contrariée de l’autre : le déséquilibre est exactement l’inverse de celui que promettait le scénario de la raréfaction.
Les deux horloges, côte à côte
Le cœur du sujet peut se résumer à une image : Bitcoin vit au rythme de deux horloges. L’une, écrite dans le code, est parfaitement prévisible. L’autre, décidée par un comité, ne l’est pas. Pendant trois cycles, elles ont battu la mesure ensemble. En 2026, elles se désynchronisent, et c’est la première fois.
| Caractéristique | Horloge du code (halving) | Horloge de la liquidité (Fed) |
|---|---|---|
| Nature | Déterministe, inscrite dans le protocole | Discrétionnaire, décidée en comité |
| Cadence | Tous les 210 000 blocs (~4 ans) | Huit réunions du FOMC par an |
| Prochaine échéance | ~13 avril 2028 (bloc 1 050 000) | Prochaine réunion du FOMC en 2026 |
| Effet 2024-2026 | Offre réduite comme prévu (~450 BTC/j) | Passée du soutien au frein (hausse du 16 sept.) |
| Prévisibilité | Totale | Faible (dépend de l’inflation, de l’emploi) |
La leçon de ce tableau est simple : miser sur le halving, c’est parier sur l’horloge parfaitement prévisible ; mais c’est l’autre, l’imprévisible, qui a fixé le tempo des grands cycles d’actifs des dernières décennies. Un modèle qui n’intègre que la première ignore la variable qui vient, une fois de plus, de faire la différence.
Le stock-to-flow, la maths qui confond offre et prix
Aucun modèle n’a mieux incarné la confusion entre offre et prix que le stock-to-flow (S2F). Publié en 2019 par l’analyste pseudonyme PlanB, il rapporte le stock existant au flux annuel d’émission, puis en déduit une valorisation. Comme chaque halving double mécaniquement ce ratio (d’environ 120 aujourd’hui vers 240 après 2028, contre à peu près 62 pour l’or), le modèle promettait des prix vertigineux : sa variante S2FX visait autour de 288 000 $ de prix moyen, et son auteur défend toujours une moyenne de 500 000 $ sur 2024-2028.
Le problème est double. D’abord empirique : PlanB s’était engagé en 2021 à déclarer son modèle invalide si Bitcoin ne franchissait pas 100 000 $ avant la fin de l’année ; le seuil n’a jamais été approché (l’année s’est close sous 50 000 $), et l’auteur est finalement revenu sur sa promesse, avant que le cours ne plonge vers 15 500 $ fin 2022. Ensuite statistique : comme l’explique Bitcoin Magazine, la valeur de marché étant le produit du stock par le prix, régresser le prix contre le ratio revient à tester le stock contre lui-même, une tautologie dont le pouvoir explicatif s’évapore une fois corrigée l’autocorrélation. Cory Klippsten résume la charge d’une phrase : le S2F n’est que du prix en fonction du temps, déguisé.
Surtout, le S2F ne comporte aucune variable de demande, de taux ou de liquidité. C’est un modèle d’offre pure, aveugle par construction à ce qui vient de se passer le 16 septembre. Nous avons consacré une analyse entière à ce modèle raté qui refuse de mourir, et à la raison pour laquelle il séduit encore malgré ses échecs répétés.
Réalisé, ETF, baleines : la demande que le halving ne voit pas
Si le prix ne suit pas l’offre, c’est que la demande dicte le tempo. Trois indicateurs le montrent mieux que le compteur de halving. Le premier est la capitalisation réalisée, qui valorise chaque bitcoin au prix de son dernier mouvement. Selon CoinDesk, elle a atteint un record d’environ 1 125 milliards de dollars et, fait notable, a continué de grimper pendant la correction de 36 % qui a suivi le sommet, au lieu de s’effondrer comme en 2022 (où elle était tombée de 470 à 385 milliards). Traduction : les détenteurs n’ont pas capitulé, ils ont absorbé.
Andre Dragosch, responsable de la recherche chez Bitwise Europe, jugeait fin 2025 que Bitcoin sous-évaluait nettement le contexte macroéconomique, en pariant sur des baisses de taux capables de raidir la courbe et d’affaiblir le dollar. L’ironie de septembre 2026 est là : la Fed a fait l’inverse. Le même raisonnement macro, appliqué à une hausse plutôt qu’à une baisse, se retourne contre le prix. C’est exactement le point où l’analyse de la demande supplante l’analyse de l’offre.
Les deux autres indicateurs sont les flux d’ETF au comptant et le positionnement des gros portefeuilles. Les ETF ont transformé la demande en une variable observable au jour le jour, tandis que les mouvements de baleines trahissent l’appétit pour le risque avant les grands rendez-vous macro, comme nous l’avons suivi dans notre couverture des baleines avant le choc Fed-CLARITY. Aucune de ces forces n’apparaît dans l’équation du halving.
« Le cycle est mort » ou seulement institutionnalisé ?
Faut-il alors enterrer le cycle de quatre ans ? Matt Hougan, directeur des investissements chez Bitwise, l’a fait dès décembre 2025 dans une note au titre sans ambiguïté : le cycle de quatre ans est mort. Son argument : la baisse du levier après les liquidations d’octobre 2025, l’adoption institutionnelle et un accès élargi via les ETF remplaceraient le vieux rythme spéculatif par une progression plus lente et plus régulière, selon CoinDesk.
Le camp adverse répond que le cycle n’est pas mort, mais institutionnalisé : les ETF et les trésoreries d’entreprise ont amorti la bulle (un simple doublement au lieu d’un facteur huit) tout en coussinant la chute (un repli de 53 % au lieu de 80 %). Dans cette lecture, le halving compte toujours, mais comme toile de fond lente, pas comme détonateur. Les deux camps s’accordent en réalité sur l’essentiel : le facteur déterminant du prix s’est déplacé de l’offre codée vers la demande macro.
C’est pourquoi le débat « cycle mort ou vivant » est presque secondaire. Qu’on l’appelle mort, aplati ou institutionnalisé, le constat opérationnel est le même : en 2026, on ne trade plus un calendrier de halving, on trade une fonction de réaction de banque centrale. Le positionnement sur les perpétuels avant le verdict de la Fed, que nous avons ausculté du côté du funding des perpétuels, en dit désormais plus long qu’un compte à rebours de blocs.
Ce que les maths du cycle peuvent et ne peuvent pas prédire
Récapitulons ce que ces maths établissent réellement. Elles prédisent avec certitude l’offre : le nombre de bitcoins qui existeront à toute date future est connu au bloc près. Elles décrivent, sans l’expliquer, une tendance de rendements décroissants et de replis moins violents. En revanche, elles ne prédisent ni la date d’un sommet, ni son ampleur, ni le moindre prix, parce que le prix dépend d’une demande que le modèle n’observe pas.
La conséquence pratique pour un investisseur est double. Primo, se méfier de tout modèle qui promet un prix à partir de la seule offre : il confond une horloge prévisible avec un résultat imprévisible. Secundo, suivre les variables qui, elles, bougent le prix, à savoir les taux, la liquidité, les flux d’ETF et la réglementation. L’ère des multiples à deux chiffres, où un halving semblait tout expliquer, appartient probablement au passé : un Bitcoin plus institutionnel est aussi un Bitcoin moins explosif, dans les deux sens.
Pour le lecteur français, un rappel s’impose. L’Autorité des marchés financiers martèle qu’aucun modèle ne garantit un rendement et que les crypto-actifs restent des placements à haut risque, sans valeur intrinsèque. Depuis la fin de la période transitoire PSAN et le plein régime de MiCA (1er juillet 2026), les prestataires doivent être agréés, mais l’agrément protège le cadre, pas le cours. En France, les gains éventuels relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Un calendrier de halving n’a jamais dispensé personne de dimensionner son risque.
Foire aux questions
Le halving de Bitcoin fait-il vraiment monter le prix ?
Le halving réduit de moitié l’émission de bitcoins neufs, mais il n’agit que sur l’offre. Historiquement, les hausses qui ont suivi les halvings ont surtout coïncidé avec des politiques monétaires accommodantes ; en 2026, avec une Fed qui relève ses taux, le prix reste bien en dessous de son record malgré un halving respecté à la lettre. La demande, les taux et la liquidité pèsent davantage que la seule raréfaction de l’offre.
Quand aura lieu le prochain halving de Bitcoin ?
Le prochain halving, le cinquième, interviendra au bloc 1 050 000, estimé autour du 13 avril 2028 par le compteur de CoinGecko. La récompense par bloc passera alors de 3,125 à 1,5625 BTC. La date exacte varie de quelques jours selon la vitesse de production des blocs.
Le cycle de quatre ans de Bitcoin est-il mort ?
Les analystes sont partagés. Matt Hougan, de Bitwise, estime que le cycle de quatre ans est mort, remplacé par une progression plus lente portée par l’adoption institutionnelle. D’autres jugent qu’il n’est pas mort mais aplati : les ETF et les trésoreries d’entreprise ont réduit l’ampleur de la bulle comme celle de la chute. Dans les deux cas, le moteur du prix s’est déplacé de l’offre vers la demande macro.
Pourquoi une hausse des taux de la Fed pèse-t-elle sur Bitcoin ?
Des taux plus élevés renchérissent le crédit, réduisent la liquidité et rendent les placements sans risque plus attractifs, ce qui détourne des capitaux des actifs risqués comme Bitcoin. Les trois grands sommets de Bitcoin ont coïncidé avec de l’argent bon marché ; la hausse du 16 septembre 2026 est la première à tomber en plein cycle post-halving, ce qui prive le cours de son soutien monétaire habituel.
Combien reste-t-il de bitcoins à créer ?
Environ 20,1 millions de bitcoins sur les 21 millions prévus sont déjà en circulation, soit près de 95,6 % du total. Il reste donc moins de 0,92 million d’unités à émettre, un processus qui s’étalera par halvings successifs jusque vers l’an 2140, date à laquelle la récompense par bloc tombera à zéro.
Par Julien Marchand, rédacteur en chef adjoint, HOGE Wire. Les prix et données de marché sont cités à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement.