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● Predictions & Forecasts

Maths du halving : le cycle tient le temps, pas le prix

Le quatrième cycle du halving a respecté le calendrier presque à la semaine près, mais son ampleur a fondu jusqu'à un simple doublement. L'horloge du cycle se casse-t-elle en 2026 ?

Bitcoin vient de faire quelque chose que l’horloge du cycle n’avait pas prévu. Le 20 septembre 2026, il a clôturé au-dessus de sa moyenne mobile à 50 semaines pour la première fois depuis près d’un an, un franchissement technique que peu d’analystes attendaient si tôt (24/7 Wall St). Le rebond, environ 14 % au-dessus du plus bas du 15 septembre à 75 584 dollars, a porté le cours au-delà de 85 000 dollars, autour de 74 000 euros. Et il est survenu la semaine même où le Sénat américain a enterré le CLARITY Act et où la Réserve fédérale a relevé ses taux pour la première fois depuis 2023.

Voilà le problème. Selon la lecture classique du cycle du halving, nous devrions être en plein hiver. Le halving d’avril 2024 a eu lieu il y a dix-sept mois, le sommet historique remonte à octobre 2025, et onze mois après un sommet, les cycles précédents traversaient de profonds marchés baissiers. Pourtant le cours remonte. Cet article traite les maths du halving comme une affaire de temps autant que de prix, car c’est là que se cache l’histoire la plus intéressante de 2026 : l’horloge à quatre ans a gardé un tempo remarquablement régulier sur quatre cycles, alors même que l’ampleur des hausses s’effondrait, passant d’environ 95 fois la mise à environ 2 fois. Savoir si cette horloge est en train de se casser est la vraie question de l’année.

Deux horloges, pas une

Le halving met en scène deux horloges très différentes. La première est déterministe, inscrite dans le code : tous les 210 000 blocs, soit environ quatre ans, la récompense versée aux mineurs est divisée par deux. Cette horloge de l’offre est aussi prévisible qu’un mouvement d’horlogerie suisse. La seconde est statistique, dictée par le marché : le prix qui monte, culmine, s’effondre et repart. Cette horloge du prix n’a rien de garanti ; elle repose sur un échantillon minuscule de cycles et sur la conviction que le passé se répète.

La plupart des analyses, y compris nos propres articles sur les rendements décroissants et sur ce que les dérivés anticipent, se concentrent sur les multiples de prix. Ce cadrage est utile mais incomplet, car il ignore la variable la plus étonnamment stable de tout le dispositif : le tempo. Combien de jours s’écoulent entre le halving et le sommet ? Combien de temps dure la phase de baisse ? Et où ce compteur nous place-t-il aujourd’hui ? Pour répondre, il faut d’abord remonter la première horloge, celle de l’offre.

L’horloge de l’offre : 210 000 blocs, 21 millions et l’an 2140

Le calendrier d’émission de Bitcoin n’est pas une opinion, c’est une fonction. Chaque bloc versait 50 BTC à l’origine ; ce subside a été divisé par deux à 25, puis 12,5, puis 6,25, puis 3,125 BTC après avril 2024. La règle est appliquée dans la fonction GetBlockSubsidy du logiciel Bitcoin Core, qui décale simplement le nombre vers la droite à chaque palier (bitcoin/src/validation.cpp). Additionnez toute la série (50 multiplié par 210 000, puis la moitié, puis le quart, à l’infini) et vous obtenez exactement 21 millions. C’est une série géométrique convergente, pas un chiffre rond choisi par marketing.

Le dernier satoshi sera miné vers 2140, autour du bloc 6 930 000, après la trente-troisième et dernière division qui ramènera la récompense à zéro. À ce jour, environ 20,09 millions de BTC ont été créés, soit près de 95,6 % du total (CoinGecko). Depuis le halving de 2024, le réseau émet environ 450 BTC par jour, soit près de 164 000 par an, ce qui représente moins de 1 % d’inflation annuelle. La sécurité du réseau repose aujourd’hui sur ces récompenses de bloc ; le jour où le subside disparaîtra, ce sont les frais de transaction qui devront prendre le relais, un risque de nature très différente des failles de ponts qui frappent les chaînes à contrats intelligents (notre dossier sur les ponts crypto). Le tableau ci-dessous résume tout le mouvement d’horlogerie.

HalvingDateBlocRécompense (BTC)Nouvelle offre / jour
Genèsejanvier 2009050environ 7 200
Premiernovembre 2012210 00025environ 3 600
Deuxièmejuillet 2016420 00012,5environ 1 800
Troisièmemai 2020630 0006,25environ 900
Quatrièmeavril 2024840 0003,125environ 450
Cinquième (est.)avril 20281 050 0001,5625environ 225

Le stock-to-flow : la rareté résumée en un chiffre

De ce calendrier découle le ratio le plus cité de tout le débat : le stock-to-flow, c’est-à-dire le stock existant divisé par l’émission annuelle. Avec environ 20,09 millions de BTC en circulation et près de 164 000 nouvelles unités par an, ce ratio vaut aujourd’hui autour de 122 (CoinGecko). À titre de comparaison, celui de l’or tourne autour de 60. Chaque halving divise mécaniquement le flux par deux, donc double à peu près le ratio : après avril 2028, le stock-to-flow de Bitcoin grimpera vers 245, soit environ quatre fois celui de l’or.

C’est là qu’il faut poser un garde-fou. Le stock-to-flow décrit la rareté ; il ne modélise pas la demande. Sa version prédictive, popularisée par l’analyste anonyme PlanB, promettait des prix à six chiffres calés sur ce seul ratio et a spectaculairement échoué à partir de fin 2021. Le halving change bien l’offre de façon vérifiable, mais transformer ce fait en cible de prix suppose que la demande suive automatiquement, ce que les données ne confirment pas. Retenez donc le stock-to-flow comme un thermomètre de la rareté, pas comme une boule de cristal. Nous y reviendrons plus loin, en apprenant à lire un modèle sans se mentir.

L’horloge du prix : combien de jours après le halving ?

Voici la statistique que les tableaux de multiples oublient. Si l’on mesure le nombre de jours entre chaque halving et le sommet du cycle qui suit, on découvre une régularité troublante. Le premier cycle fait figure d’exception, avec un sommet majeur atteint environ douze à treize mois après le halving de 2012, dans une année à double sommet. Mais les trois cycles suivants se regroupent de façon remarquablement serrée, entre 526 et 548 jours, soit dix-sept à dix-huit mois. Le record d’octobre 2025 est tombé environ 534 jours après le halving d’avril 2024, presque au centre exact de cette fenêtre.

Autrement dit, le calendrier a tenu. Là où les gains fondaient d’un cycle à l’autre, le tempo, lui, est resté d’une précision presque gênante. Jurrien Timmer, directeur de la macro mondiale chez Fidelity, a résumé cette lecture temporelle en décembre 2025 : selon lui, « ma crainte est que le bitcoin ait bien pu clore une nouvelle phase de cycle de quatre ans, à la fois en prix et en temps » (CoinDesk). Le mot important est « temps ». Le tableau suivant met en regard la durée et l’ampleur de chaque cycle.

CycleHalvingSommet du cycleDélai (jours / mois)Prix halving vers sommetMultiple
2012-2013nov. 2012déc. 2013environ 371 j / 12 moisenviron 12 vers 1 150 dollarsenviron 95x
2016-2017juil. 2016déc. 2017environ 526 j / 17 moisenviron 650 vers 19 700 dollarsenviron 30x
2020-2021mai 2020nov. 2021environ 548 j / 18 moisenviron 8 700 vers 69 000 dollarsenviron 8x
2024-2025avr. 2024oct. 2025environ 534 j / 17,5 moisenviron 64 000 vers 126 198 dollarsenviron 2x

La double décroissance : l’ampleur fond, le tempo tient

Le tableau raconte deux histoires en même temps. La première est bien connue : l’ampleur des hausses s’écroule. D’un halving à son sommet, le multiple est passé d’environ 95 fois en 2013 à environ 30 fois en 2017, puis 8 fois en 2021 et à peine 2 fois en 2025. Mesuré de sommet à sommet, le schéma est identique, d’un facteur d’environ 75 entre 2013 et 2017 à seulement 1,8 entre 2021 et 2025. La cause n’a rien de mystérieux : c’est la loi des grands nombres. En 2011, quelques millions de dollars suffisaient à doubler le prix ; aujourd’hui, avec une capitalisation d’environ 1 480 milliards d’euros, un même doublement exige des dizaines de milliards de capitaux frais. CoinDesk a calculé qu’un nouvel emballement parabolique nécessiterait plus de 1 000 milliards de dollars de flux nouveaux (CoinDesk).

La seconde histoire est celle que ce dossier veut mettre en avant : pendant que l’ampleur fondait, le tempo résistait. On a donc une décroissance asymétrique, une amplitude qui s’effondre sur une horloge qui, elle, garde la cadence. Le vétéran du trading Peter Brandt en tire une conclusion sobre : il vise certes un sommet possible entre 300 000 et 500 000 dollars pour 2029, mais juge qu’un nouveau facteur de 30 à 95 est arithmétiquement improbable, Bitcoin devenant « moins volatil et plus proche de Wall Street » (CoinDesk). Un cycle qui garde son rythme mais rétrécit son amplitude ne meurt pas ; il s’aplatit. Et un cycle aplati ne se lit plus avec les mêmes cibles de prix, mais avec les mêmes repères de temps.

Pourquoi le tempo tient quand l’ampleur cède

Reste une énigme : pourquoi le calendrier survit-il alors que l’ampleur cède ? Trois mécanismes se combinent. Le premier est réflexif : le halving fonctionne comme un point de Schelling, une date focale sur laquelle chacun sait que tous les autres ont les yeux rivés, si bien que l’anticipation elle-même regroupe les achats, puis les prises de bénéfices, dans une fenêtre prévisible. Le deuxième tient au levier : les positions à crédit se construisent et se purgent selon une durée caractéristique, et une cascade de liquidations met à peu près le même temps à se déclencher d’un cycle à l’autre. Le troisième est macro : le rythme d’environ quatre ans coïncide grossièrement avec les cycles mondiaux de liquidité et de taux, au point que le halving ressemble parfois moins à une cause qu’à un métronome bien synchronisé.

L’implication est inconfortable. Si le tempo tient d’abord parce que les acteurs croient qu’il tient, alors l’horloge n’est pas une loi physique, mais une convention sociale. Or une convention ne se maintient que tant que la composition des participants ne change pas, et c’est précisément ce que bouleversent les ETF au comptant et les trésoreries d’entreprise. Un marché dominé par des allocataires institutionnels qui rééquilibrent selon un mandat, et non par des particuliers qui poursuivent la hausse, n’a aucune raison structurelle de respecter le vieux calendrier de quatre ans. Le tempo a tenu jusqu’ici ; rien ne garantit qu’il tienne au cinquième tour.

Les saisons du cycle : accumulation, hausse, distribution, hiver

Si l’on raisonne en temps, le cadre le plus intuitif est celui des saisons. Le modèle découpe chaque cycle en quatre phases : l’accumulation qui suit un creux, la hausse qui accélère vers le halving et au-delà, la distribution au sommet, puis la baisse hivernale. Denny Galindo, stratège chez Morgan Stanley, a formalisé cette lecture en un rythme qu’il résume par « trois hausses, une baisse » et parle ouvertement d’une saison automnale : « Nous sommes dans la saison de l’automne en ce moment », déclarait-il, ajoutant que c’est le moment « où l’on veut prendre ses gains » (CoinMarketCap Academy).

Le modèle des saisons capture aussi un phénomène plus subtil : la translation à gauche. À mesure que l’adoption mûrit, le sommet tend à arriver un peu plus tôt dans la fenêtre, et la phase euphorique se comprime. C’est cohérent avec des marchés plus liquides et plus institutionnels, qui anticipent le calendrier au lieu de le subir. Mais il faut rester lucide : ces saisons sont une grille narrative posée sur quatre cycles seulement. Elles décrivent élégamment le passé sans garantir l’avenir, et rien n’interdit qu’une saison saute son tour. La régularité observée est une invitation à la prudence, pas une prophétie.

Concrètement, chaque saison porte un comportement type. L’accumulation voit les mains solides racheter à bas prix pendant que le marché s’ennuie ; la hausse attire d’abord les initiés, puis le grand public ; la distribution transfère les jetons des convaincus vers les nouveaux venus au sommet ; l’hiver purge le levier et ramène les valorisations vers leur coût de production. Le problème est que ces étiquettes ne deviennent évidentes qu’après coup. En temps réel, un rebond de 14 % comme celui de septembre 2026 peut aussi bien signaler la fin de l’hiver que le dernier soubresaut d’une distribution qui s’éternise. La grille des saisons éclaire le récit sans jamais dater le prochain retournement.

Les moyennes mobiles, ou l’horloge lue sur le graphique

Les traders ont transformé cette horloge temporelle en outils graphiques. Le plus solide est la moyenne mobile à 200 semaines, soit près de quatre ans, la durée d’un cycle entier : historiquement, le cours de Bitcoin a rarement clôturé durablement en dessous, et les creux de marché baissier de 2015, 2018 et 2022 sont venus la frôler. À l’autre extrémité, la moyenne mobile à 50 semaines, environ un an, sert de ligne de partage entre régime haussier et baissier. L’indicateur Pi Cycle Top, conçu par Philip Swift, croise pour sa part deux moyennes courtes et a signalé les sommets de 2013, 2017 et 2021 à quelques jours près, même s’il s’est montré nettement moins net lors du cycle de 2025 (LookIntoBitcoin).

C’est précisément l’un de ces repères qui vient de basculer. En reprenant sa moyenne mobile à 50 semaines le 20 septembre, Bitcoin a envoyé son premier signal de tendance positif depuis presque un an. Jesse Marre, du Hilbert Group, identifie 75 000 dollars comme un support solide et 83 000 puis 85 000 dollars comme des résistances clés, avec une cible suivante dans la zone des 95 000 à 100 000 dollars, et parle du « début d’un nouveau marché haussier ». Gadi Chait, de Xapo Bank, estime que la reconquête de cette moyenne annuelle « marque un changement de tendance significatif » (24/7 Wall St). L’horloge lue sur le graphique dit donc quelque chose de différent de l’horloge lue sur le calendrier. Reste à savoir laquelle a raison.

Où l’horloge nous place aujourd’hui

Faisons le point au 23 septembre 2026. Le sommet historique, à 107 662 euros (environ 126 198 dollars), date du 6 octobre 2025 (CoinGecko). Nous sommes donc à onze mois de ce pic, soit précisément le moment où, dans les cycles de 2018 et de 2022, Bitcoin traversait un hiver profond. Le cours actuel, autour de 74 000 euros, reste inférieur d’environ 31 % au sommet. Voilà pour l’horloge du calendrier : elle indique la fin de l’automne, l’entrée dans l’hiver.

Mais le marché refuse le script. Le cours a rebondi d’environ 14 % depuis le plus bas du 15 septembre et gagne plus de 11 % sur la semaine, alors même que la Réserve fédérale a relevé son taux directeur de 25 points de base à 3,75-4,00 % le 16 septembre, sa première hausse depuis 2023 (Federal Reserve). D’habitude, un resserrement monétaire pèse sur les actifs risqués ; cette fois, le creux a coïncidé avec le rebond. CoinDesk note que la crypto a « rebondi de façon haussière » après la décision, le cours revenant tester les 84 000 dollars (CoinDesk). Deux lectures possibles : soit un simple rebond de fin d’hiver dans un cycle toujours descendant, soit le tout début d’un nouveau printemps calé sur la reconquête de la moyenne à 50 semaines. Le calendrier et le graphique s’opposent, et c’est exactement pour cela que la question du cycle mérite mieux qu’un slogan.

L’horloge est-elle en train de se casser ? Hougan contre Timmer

Le débat oppose deux camps bien identifiés. D’un côté, Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, a publié fin décembre 2025 une note au titre sans ambiguïté : « Le cycle de quatre ans est mort. Bienvenue dans la décennie de progression lente » (CoinDesk). Son argument : le halving devient « deux fois moins important » à chaque itération, l’adoption institutionnelle lisse la demande, et l’on doit s’attendre à des corrections de 20 à 40 % plutôt qu’à des effondrements de 80 %. De l’autre côté, Jurrien Timmer, chez Fidelity, tient le cycle pour intact mais aplati, et voit 2026 comme une « année blanche » avec un support vers 65 000 à 75 000 dollars.

Un point de données tranche partiellement le débat en faveur du camp « le cycle a changé » : la capitalisation réalisée, qui mesure la valeur de chaque bitcoin au prix de son dernier mouvement, est restée au-dessus de 1 000 milliards de dollars tout au long de la correction, au lieu de s’effondrer comme lors des marchés baissiers précédents (CoinDesk). Cela suggère que les détenteurs n’ont pas capitulé, un comportement inédit pour un onzième mois post-sommet. Le tableau ci-dessous résume les trois grilles de lecture concurrentes.

CampThèse sur le tempoThèse sur l’ampleurVoix
Cycle intactLe calendrier à quatre ans tient encoreAplati mais présent, sommet vers 65-75k dollars de supportTimmer, Fidelity
Cycle mortRemplacé par une progression décennale plus lisseCorrections de 20-40 %, plus de krachs de 80 %Hougan, Bitwise
SaisonsRythme trois hausses, une baisse, translation à gaucheAutomne en cours, prise de gainsGalindo, Morgan Stanley

Le nouvel acheteur marginal, ou pourquoi le cycle s’aplatit

Si l’ampleur s’effondre, c’est d’abord parce que l’acheteur marginal a changé. Lors des cycles de 2017 et 2021, la demande venait surtout du détail, par vagues réflexives : la hausse attirait des acheteurs qui alimentaient la hausse, jusqu’au retournement brutal. Depuis 2024, ce sont les ETF au comptant et les trésoreries d’entreprise qui absorbent l’offre, de façon plus régulière et moins émotionnelle. Cette demande institutionnelle amortit la hausse comme la baisse : elle explique à la fois pourquoi le sommet de 2025 n’a fait que doubler la mise et pourquoi la correction n’a atteint qu’environ 50 %, contre 75 à 85 % dans les cycles précédents.

La France a son propre représentant de cette nouvelle catégorie d’acheteurs : la société cotée qui accumule du Bitcoin en trésorerie, dont nous avons détaillé le modèle dans notre radiographie de Capital B, la trésorerie Bitcoin française. Ces véhicules transforment un flux d’épargne en demande structurelle, indépendante du calendrier du halving. La conséquence pour les maths du cycle est nette : le côté offre reste gravé dans le code, parfaitement prévisible, mais le côté demande n’a plus rien à voir avec celui des cycles étudiés pour bâtir la théorie des quatre ans. On applique un modèle historique à un marché qui a changé de nature. C’est la faiblesse structurelle de toute prévision fondée sur le seul halving.

Les ordres de grandeur donnent la mesure du basculement. Les ETF Bitcoin au comptant américains détiennent désormais une part significative de l’offre en circulation, et les sociétés de trésorerie continuent d’accumuler indépendamment des saisons du cycle. Cette demande n’a pas la même signature que celle du détail : elle arrive par mandats d’allocation, se couvre parfois sur les dérivés, et se retire moins brutalement en cas de choc. Résultat, la volatilité réalisée au sommet de 2025 a été nettement inférieure à celle de 2017 ou 2021, et la correction qui a suivi s’est étalée au lieu de s’effondrer. Un acheteur marginal plus patient produit mécaniquement un cycle plus plat, plus long et moins spectaculaire.

Le compte à rebours du halving cinq (avril 2028)

Tournons l’horloge vers l’avant. Le cinquième halving est attendu autour d’avril 2028, au bloc 1 050 000, quand la récompense passera de 3,125 à 1,5625 BTC ; les estimateurs oscillent entre le 13 et le 17 avril 2028, car la date exacte dépend du temps de bloc moyen, proche de 9,85 minutes (CoinGecko). Il reste donc environ 570 jours, un peu plus de dix-huit mois. Ce jour-là, l’émission quotidienne tombera vers 225 BTC et le stock-to-flow bondira vers 245, soit environ quatre fois celui de l’or.

Que projette l’horloge ? Si le tempo tient comme lors des trois derniers cycles, le prochain sommet arriverait dix-sept à dix-huit mois après avril 2028, soit fin 2029 ou début 2030. Mais si l’ampleur poursuit sa décroissance, le multiple pourrait tomber sous les 2 fois observés en 2025, rendant le concept même de « sommet de cycle » de plus en plus flou. C’est le paradoxe de la maturation : plus Bitcoin devient un actif institutionnel prévisible, plus ses cycles perdent en amplitude, et moins la stratégie consistant à parier sur le halving rapporte. Ce raisonnement à horizon pluriannuel rejoint la logique de nos autres prévisions de la rubrique, comme celle sur la compression des frais des couches 2 d’ici 2027 : dans les deux cas, la trajectoire structurelle compte davantage que la date précise.

Lire une horloge sans se mentir

Avant de miser sur un modèle de cycle, quelques garde-fous s’imposent. Le premier est la taille de l’échantillon : quatre cycles complets, ce n’est pas une loi statistique, c’est une anecdote répétée quatre fois. Le deuxième est le biais de survie : nous n’observons que le seul scénario qui s’est réalisé, sans les univers parallèles où le cycle aurait déraillé. Le troisième est l’ambiguïté de la translation à gauche, qui permet de justifier après coup n’importe quel sommet, qu’il arrive tôt ou tard dans la fenêtre. Le quatrième est le risque de tautologie : les modèles qui relient le prix au temps ou le prix à la rareté testent souvent une variable contre elle-même, ce qui gonfle artificiellement la qualité de l’ajustement.

La bonne question à poser à tout modèle de cycle est simple : est-il réfutable sur un horizon utile, et modélise-t-il vraiment la demande ou seulement l’offre ? Un modèle qui prédit une fourchette de 250 000 à 1 000 000 de dollars sur quatre ans n’est pas réfutable ; il est increvable parce qu’inutilisable. C’est l’exercice que nous avons mené dans notre bulletin de notes des prévisions du halving, en confrontant chaque prévisionniste nommé à ce qui s’est réellement produit. Le verdict y est constant : ceux qui ont eu raison sur le tempo se sont trompés sur l’ampleur, et réciproquement. Aucune horloge unique ne dit à la fois quand et combien.

Un dernier réflexe utile : distinguer corrélation et causalité. Que le prix ait monté après chaque halving ne prouve pas que le halving ait fait monter le prix, car d’autres horloges tournaient en même temps, celle de la liquidité mondiale, celle des taux, celle de l’adoption. Les tests statistiques sérieux, quand on ajuste l’autocorrélation d’une série qui ne fait globalement que monter sur le long terme, peinent à isoler un effet propre du halving. Cela ne signifie pas que la réduction de l’offre ne compte pas ; cela signifie qu’elle compte bien moins que la demande, et que confondre les deux est le piège classique de tout raisonnement par cycle.

Pour l’investisseur français : fiscalité et prudence

Côté cadre, la période transitoire du régime PSAN issu de la loi PACTE s’est achevée le 1er juillet 2026, laissant place à l’agrément CASP prévu par le règlement européen MiCA ; l’Autorité des marchés financiers a rappelé que les prestataires non conformes doivent organiser une extinction ordonnée de leur activité (AMF). L’AMF classe les crypto-actifs parmi les placements à haut risque, sans valeur intrinsèque garantie, et répète que les performances passées ne préjugent pas des performances futures, un avertissement qui vise exactement le raisonnement par cycle. Fiscalement, les plus-values des particuliers relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 30 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux.

La leçon pratique de ces maths du halving n’est pas un niveau de prix, c’est une posture. Le cycle est une heuristique utile pour comprendre le tempo du marché, pas une stratégie clé en main : miser sa position sur une régularité observée quatre fois relève du pari, pas de l’investissement. Beaucoup d’acteurs cherchent d’ailleurs à sortir de la seule logique d’appréciation du prix pour viser un rendement réel, produit par l’usage d’un protocole plutôt que par un cycle, une piste que nous avons explorée à propos du rachat d’UNI par Uniswap. Que l’horloge de 2026 marque la fin de l’hiver ou le début du printemps, la discipline reste la même : dimensionner ses positions pour survivre aux deux scénarios.

Foire aux questions

Quand aura lieu le prochain halving Bitcoin ?

Le cinquième halving est attendu autour d’avril 2028, au bloc 1 050 000, quand la récompense par bloc passera de 3,125 à 1,5625 BTC. La date exacte varie de quelques jours selon le temps de bloc moyen, car les estimateurs comme CoinGecko et CoinWarz la recalculent en continu.

Le cycle de quatre ans du halving est-il mort ?

Le débat n’est pas tranché. Le calendrier a tenu, les trois derniers cycles ayant culminé environ dix-sept à dix-huit mois après le halving, mais l’ampleur s’est effondrée, d’environ 95 fois en 2013 à environ 2 fois en 2025. Matt Hougan de Bitwise parle d’un cycle mort remplacé par une décennie de progression lente, tandis que Jurrien Timmer de Fidelity juge le cycle intact mais aplati par les flux institutionnels.

Combien de temps après le halving Bitcoin atteint-il son sommet ?

Historiquement, le sommet arrive entre douze et dix-huit mois après le halving. Les trois derniers cycles se sont regroupés très étroitement, entre 526 et 548 jours, et le record d’octobre 2025 est tombé environ 534 jours après le halving d’avril 2024, presque au centre de cette fenêtre.

Pourquoi les gains diminuent-ils à chaque cycle ?

À mesure que la capitalisation grandit, il faut bien plus de capital pour produire le même pourcentage de hausse. Un doublement de prix demandait quelques millions de dollars en 2011 et des dizaines de milliards aujourd’hui. L’arrivée des ETF au comptant et des trésoreries d’entreprise a aussi remplacé la frénésie de détail par une demande institutionnelle plus régulière, ce qui amortit à la fois la hausse et la baisse.

Le halving fait-il vraiment monter le prix du Bitcoin ?

L’effet d’offre est réel mais modeste: après 2024, la nouvelle émission représente moins de 1 % d’inflation annuelle, soit environ 450 BTC par jour. Ce que les cycles passés montrent surtout, c’est une corrélation sur quatre points de données seulement, pas une preuve de causalité. La demande, portée par la macro, les ETF et les taux, pèse bien plus lourd que la réduction de l’offre elle-même.

Priya Reddy couvre les marchés crypto et la macroéconomie pour HOGE Wire.

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