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● Predictions & Forecasts

Glamsterdam et l’offre d’ETH : grossir sans ranimer le burn

Le 6 octobre, Glamsterdam arrive sur Sepolia avec l'ePBS et un objectif de 200 millions de gas. Mais le prochain fork d'Ethereum met l'échelle au centre, pas la rareté : le burn restera en panne.

Le 6 octobre 2026 à 13 h 53 UTC, Ethereum active Glamsterdam sur son réseau de test Sepolia. C’est le plus gros chantier protocolaire depuis Fusaka, en décembre 2025 : une séparation enchâssée entre proposeur et constructeur de blocs (l’ePBS), des listes d’accès au niveau du bloc qui ouvrent la voie à une validation en parallèle, une réécriture complète de la comptabilité du gas et un objectif de limite de gas porté à 200 millions, contre 60 millions aujourd’hui. Pour les développeurs, c’est un saut d’échelle. Pour quiconque suit l’offre d’ETH, l’information tient surtout à ce que ce fork ne fait pas.Glamsterdam ne touche pas à l’émission. Il ne ranime pas non plus le burn, ce mécanisme censé rendre l’ether « ultrasound money ». Au contraire : en rendant le réseau plus rapide et moins cher, il pousse dans le sens exact qui a cassé la déflation depuis 2024. Deux jours avant l’activation sur Sepolia, le débat sur l’offre venait pourtant de se refermer sur une autre décision : le 1er octobre, la proposition EIP-8363, seul outil sérieux pour tailler l’émission, a été retirée de la feuille de route Hegotá. Les deux leviers protocolaires de la rareté, couper l’émission ou relancer le burn, sont donc hors jeu au moment même où le réseau accélère sa mise à l’échelle.La conclusion est inconfortable pour les tenants de la thèse monétaire : Ethereum a choisi la croissance plutôt que la rareté. La rareté de l’ETH n’est plus une garantie du protocole, elle est devenue un résultat de marché, produit par le staking, les ETF et les trésoreries d’entreprise qui verrouillent le flottant, pas par un code qui détruit des pièces. Cet article décortique, composant par composant, ce que Glamsterdam change (et ne change pas) pour l’offre, pourquoi des blocs trois fois plus gros ont peu de chances de faire revenir la déflation, et quels scénarios cela dessine jusqu’en 2027.

Glamsterdam, le plus gros fork depuis Fusaka

Glamsterdam réunit deux moitiés : Amsterdam côté couche d’exécution, Gloas côté couche de consensus. L’activation sur Sepolia est fixée au 6 octobre 2026 (epoch 353 024) ; les dates pour le testnet Hoodi et pour le mainnet ne sont pas confirmées, la fondation visant le quatrième trimestre 2026 (CryptoTimes). Le fork embarque une dizaine d’EIP principales et autant de propositions de support, mais deux changements font les gros titres.Le premier est l’ePBS, la séparation enchâssée entre proposeur et constructeur (EIP-7732). Aujourd’hui, plus de 90 % des blocs Ethereum transitent par des relais MEV-Boost tiers ; l’ePBS inscrit ce découplage directement dans le protocole : le constructeur s’engage sur une charge utile d’exécution, le proposeur l’inclut, le protocole gère le paiement au proposeur, et un comité de ponctualité vérifie que la charge utile et les données de blob sont disponibles à temps. Le second est l’EIP-7928, les listes d’accès au niveau du bloc : chaque bloc transporte la liste des comptes et emplacements de stockage consultés, ce qui permet de lire l’état et de valider les transactions en parallèle plutôt qu’en séquence.Toni Wahrstätter, chercheur à l’Ethereum Foundation, résume l’avancement sans détour : Glamsterdam avec les listes d’accès par bloc est « sur le dernier kilomètre, et tout s’annonce très bien », pointant un gain de débit important grâce au parallélisme et une synchronisation plus rapide et plus simple des nœuds via snap v2 (The Cryptonomist). S’y ajoute une réécriture de la comptabilité du gas (EIP-8037 et EIP-8038, notamment), qui mesure et facture plus fidèlement le coût de création et d’accès à l’état. Rien, dans cette liste, ne concerne l’émission d’ETH ou le rythme de combustion. Glamsterdam est un fork de passage à l’échelle et de plomberie, pas un fork monétaire.

Tableau de bord de l’offre d’ETH, début octobre 2026

Avant d’entrer dans la mécanique de Glamsterdam, voici l’état des lieux de l’offre. L’ether s’échange autour de 2 380 EUR (environ 2 685 USD), pour une capitalisation voisine de 291 milliards d’euros (CoinGecko). Les chiffres d’offre proviennent d’ultrasound.money, la référence qui additionne les soldes des couches d’exécution et de consensus.
IndicateurValeur (début octobre 2026)Source
Prix de l’ETH~2 380 EUR (~2 685 USD)CoinGecko
Capitalisation~291 Md EUR (~327 Md USD)CoinGecko
Offre totale~122,1 M ETHultrasound.money
Offre vs Merge (sept. 2022)~+1,5 M ETHultrasound.money
Émission nette+0,2 % à +0,8 % par anultrasound.money
Burn quotidien~50 à 70 ETHBitget
Burn cumulé (depuis l’EIP-1559)plus de 4,6 M ETHThe Block
ETH staké~44 M (~36 %, record)ultrasound.money / Finbold
Rendement du staking~2,5 % (plus bas en 3 ans)Coinpedia
Réserves sur exchanges14,88 M ETH (plus bas en 11 ans)CryptoQuant
Trésoreries d’entreprise~7,9 M ETH (~6,5 %)CoinGecko
Deux lignes résument toute l’histoire : l’offre a augmenté d’environ 1,5 million d’ETH depuis la fusion de septembre 2022, et pourtant les réserves disponibles sur les plateformes d’échange sont tombées à leur plus bas niveau en onze ans. L’offre totale grossit lentement, mais la part réellement vendable se contracte. C’est ce grand écart que Glamsterdam, en pleine mise à l’échelle, ne fera qu’accentuer.

Ce que Glamsterdam ne touche pas : l’émission

L’émission d’ETH obéit à une formule de consensus simple dans son principe : plus il y a d’ether staké, plus le réseau émet de nouvelles pièces, mais à un rythme qui croît comme la racine carrée du total staké. Résultat, le rendement par validateur baisse à mesure que la foule rejoint le staking, tandis que l’émission totale continue d’augmenter en valeur absolue. À environ 44 millions d’ETH stakés, le réseau crée de l’ordre de 1 700 ETH par jour pour rémunérer les validateurs (Bitget).Le seul projet capable de modifier cette trajectoire par le haut était l’EIP-8363, dite « tapered issuance burn » : elle aurait brûlé une part croissante des récompenses de consensus à mesure que le taux de staking grimpe, pour atteindre 100 % autour de 60,25 millions d’ETH stakés (environ la moitié de l’offre), ramenant à zéro l’émission nette de la couche de consensus. Portée par six auteurs proches de la fondation, dont Justin Drake et Jérôme de Tychey, elle a été présentée aux core devs le 6 août, n’a jamais obtenu de feu vert d’inclusion, puis a été écartée de Hegotá début octobre, les développeurs estimant qu’un changement de politique monétaire doit passer par un processus dédié, pas être glissé dans une mise à niveau technique.Il faut bien mesurer ce que cela implique pour Glamsterdam. Le fork qui s’active sur Sepolia ne contient aucun EIP touchant à l’émission. Hegotá, prévu pour 2027, non plus. L’émission d’ETH restera donc gouvernée par la même courbe en racine carrée qu’aujourd’hui, légèrement inflationniste, pour tout l’horizon visible de la feuille de route. Côté création de pièces, la messe est dite ; et le seul contrepoids, le burn, dépend désormais entièrement de l’activité sur la couche de base.

L’ePBS change le MEV, pas le burn

L’ePBS est la réforme la plus attendue de Glamsterdam, mais son effet sur l’offre est un faux ami. Rappelons la mécanique des frais depuis l’EIP-1559 : chaque transaction paie une « base fee » qui est brûlée (retirée définitivement de la circulation), plus un pourboire de priorité qui va au validateur. Le MEV, cette valeur extraite en réordonnançant les transactions, s’ajoute aux pourboires et revient lui aussi au camp du proposeur et du constructeur. Seule la base fee alimente le burn.Ce que fait l’ePBS, c’est réorganiser qui construit le bloc et comment le constructeur est payé, en internalisant un rôle aujourd’hui tenu par des relais MEV-Boost externes. C’est un gain majeur de décentralisation et de résistance à la censure : il réduit la dépendance à une poignée de relais qui acheminent plus de neuf blocs sur dix. Mais il ne modifie en rien la répartition entre base fee brûlée et pourboires conservés. Après Glamsterdam, la base fee continuera d’être brûlée exactement comme avant, et le MEV continuera d’aller aux validateurs. L’ePBS déplace le pouvoir à l’intérieur de la chaîne d’approvisionnement des blocs ; il ne crée pas un gramme de burn supplémentaire.La nuance est essentielle, car beaucoup confondent « réforme majeure du MEV » et « bon pour la rareté de l’ETH ». Les deux sujets se croisent au niveau du validateur, mais l’un concerne la sécurité et la gouvernance des acteurs qui détiennent le stock verrouillé, l’autre la quantité d’ETH détruite. Glamsterdam fait progresser le premier sans toucher au second.

Des blocs trois fois plus gros ranimeront-ils le burn ?

C’est l’argument que l’on entend le plus : si Glamsterdam porte la limite de gas de 60 à 200 millions, des blocs plus gros ne vont-ils pas générer plus de frais, donc plus de burn ? La réponse est très probablement non, et il faut comprendre pourquoi. Les listes d’accès par bloc (EIP-7928) rendent la validation parallèle possible : un bloc qui prendrait douze secondes à valider en série peut n’en prendre que trois réparti sur quatre voies parallèles (BeInCrypto). C’est ce qui autorise techniquement des blocs beaucoup plus gros sans allonger le temps de validation.Mais la base fee de l’EIP-1559 ne dépend pas de la taille absolue des blocs : elle s’ajuste pour viser un remplissage moyen de 50 %. Tripler la capacité, c’est tripler l’offre d’espace de bloc. Si la demande ne triple pas en même temps, les blocs se remplissent moins, la base fee baisse, et le burn par transaction diminue. Autrement dit, l’objectif affiché de Glamsterdam, des frais plus bas en période de pointe, est l’ennemi direct du burn. Le fork rend l’ETH plus utile et moins cher à utiliser ; or moins cher à utiliser signifie moins brûlé. C’est exactement le mécanisme qui a vidé le burn après Dencun, désormais transposé à la couche de base.The Defiant relevait d’ailleurs que le passage en phase finale de devnet « ouvre la voie à un plancher de limite de gas de 200 millions » pour une activation sur le mainnet au second semestre 2026 (The Defiant). Cette limite est votée par les validateurs, pas gravée dans le fork : Glamsterdam fournit l’infrastructure (la validation parallèle) qui rend sûr de monter vers 200 millions, les opérateurs devant ensuite reconfigurer leurs clients pour y parvenir. Le tableau ci-dessous récapitule l’effet de chaque brique sur l’offre.
Composant de GlamsterdamCe qu’il faitEffet sur l’offre et le burn
ePBS (EIP-7732)Séparation enchâssée proposeur-constructeur ; réduit la dépendance aux relais MEV-Boost (plus de 90 % des blocs)Neutre sur le burn (la base fee reste brûlée) ; change qui construit les blocs
Listes d’accès + validation parallèle (EIP-7928)Rend possible une limite de gas portée vers 200 M (contre 60 M)Plus d’espace de bloc, donc des frais plutôt plus bas : tendance à moins de burn, sauf si la demande suit
Repricing du gas (EIP-8037 / 8038)Réaligne le coût du gas sur le coût réel de calculRééquilibrage interne, pas une hausse nette du burn
Poursuite du scaling des blobsBlobs toujours moins chers pour les L2 (lignée Dencun / Fusaka)Burn de la couche de base structurellement comprimé ; plancher EIP-7918 comme seul garde-fou

Le repricing du gas : un rééquilibrage, pas une relance

Glamsterdam réécrit une partie de la comptabilité du gas. L’EIP-8037 augmente et mesure séparément le coût de création d’état, l’EIP-8038 met à jour le coût d’accès à l’état, et d’autres ajustements touchent le gas intrinsèque des transactions, les calldata et les listes d’accès. L’idée est saine : beaucoup de prix du gas avaient été fixés il y a des années et ne reflètent plus le coût réel d’exécution sur du matériel moderne. On corrige donc des opérations sous-tarifées (souvent celles qui gonflent la base de données d’état) et on allège parfois des opérations devenues trop chères.Mais un repricing est, par construction, un rééquilibrage : il change la répartition du gas entre types d’opérations, pas le volume total brûlé. Si certaines actions coûtent plus de gas et d’autres moins, l’effet net sur la base fee dépend entièrement du panier d’activité réel. Rien n’indique que l’opération se traduise par une hausse durable du burn ; elle vise d’abord la santé de l’état et la sécurité, pas la rareté. Pour l’offre d’ETH, c’est un facteur neutre au mieux, voire légèrement baissier sur le burn si la correction rend les usages courants plus efficaces.

Les blobs, l’angle mort du burn

Pour comprendre pourquoi le burn ne reviendra pas, il faut regarder le marché à deux vitesses des frais. D’un côté, l’exécution sur la couche de base, dont la base fee est brûlée. De l’autre, l’espace de blob introduit par Dencun en mars 2024, qui sert aux rollups (les L2) et dont le prix est resté quasi nul. Dencun a fait chuter les frais des L2 d’un facteur dix à cent ; l’activité a migré massivement vers eux ; et comme les blobs ne brûlent presque rien, le burn quotidien s’est effondré, passant de plusieurs milliers d’ETH par jour à seulement 50 à 70 ETH (données Bitget).Glamsterdam s’inscrit dans cette lignée. Comme Fusaka avant lui (avec le PeerDAS et l’augmentation de la capacité de blob), il vise à rendre les rollups encore moins chers et le réseau plus rapide. Chaque gain de scaling déplace un peu plus l’activité économique vers un espace qui ne brûle pas. Karim AbdelMawla, chercheur senior chez 21shares, le formule ainsi : « des frais plus bas réduisent le burn d’ETH, sauf si l’activité globale augmente assez pour compenser » (21shares). C’est tout le pari d’Ethereum : miser sur le fait que le volume finira par compenser la compression des frais.Le seul garde-fou introduit jusqu’ici est l’EIP-7918 de Fusaka, un plancher sur le prix des blobs destiné à éviter que le burn ne tombe à zéro en période creuse. Fidelity a modélisé que ce plancher aurait ajouté de l’ordre de 78,6 millions de dollars de burn sur 93 % des jours depuis 2024. Mais un plancher n’est pas une restauration : il empêche la combustion de disparaître, il ne la ramène pas aux niveaux de l’ère déflationniste.

Le burn reste cassé : l’arithmétique sans appel

Les chiffres disent tout. Le réseau émet de l’ordre de 1 700 ETH par jour aux validateurs et n’en brûle plus que 50 à 70 : la combustion n’annule donc qu’une petite fraction de l’émission, bien moins d’un dixième. Résultat, l’offre est redevenue légèrement inflationniste depuis 2024, de l’ordre de +0,2 % à +0,8 % par an selon l’activité, avec une inflation mesurée autour de +0,23 % début 2026 (Cointelegraph).La thèse « ultrasound money » était en réalité conditionnelle : pour que l’ETH soit déflationniste, il faut que les frais moyens sur la couche de base dépassent environ 16 gwei. Or, avec la migration vers les L2, le gas reste durablement bas, souvent sous les 2 gwei. Depuis l’EIP-1559 d’août 2021, le réseau a tout de même détruit plus de 4,6 millions d’ETH au total (certains traqueurs avancent jusqu’à près de 6 millions), mais l’essentiel de ce burn date de l’ère 2021-2024, avant que Dencun ne coupe le robinet.Rien dans Glamsterdam ne renverse cette équation. Au contraire, en poussant plus loin la mise à l’échelle, le fork consolide un régime où le burn est un filet d’eau et l’émission un robinet ouvert. La déflation n’est plus un acquis protocolaire ; elle est devenue un événement exceptionnel, réservé aux rares pics d’activité sur la couche de base.

La politique monétaire de l’ETH est désormais gelée

Mettons les pièces bout à bout. L’émission ne sera pas réduite (EIP-8363 retirée). Le burn ne sera pas ranimé par le protocole (Glamsterdam et Hegotá poussent le scaling, qui le comprime). La conséquence logique : la politique monétaire d’Ethereum est de fait gelée sur un réglage « légèrement inflationniste » pour les prochaines années. Ce n’est pas une panne, c’est un choix, assumé par des développeurs qui ont préféré laisser la rareté au marché plutôt que de l’imposer par le code.Ce gel s’inscrit dans un tournant plus large de la feuille de route. Vitalik Buterin a prévenu que Hegotá, attendu en 2027, serait sans doute « le dernier fork normal » d’Ethereum, le dernier dont les fonctionnalités resteraient reconnaissables pour quelqu’un de 2015 ; après lui viendront les STARK récursifs, la vérification formelle automatisée et la sécurité post-quantique (BeInCrypto). Autrement dit, Glamsterdam est l’avant-dernier grand fork classique de la couche d’exécution, l’un des derniers moments où l’on aurait pu rouvrir le dossier monétaire. Cela n’a pas été fait.Pour l’investisseur, le message est clair : il ne faut plus attendre d’un futur fork qu’il répare la rareté de l’ETH. Le prochain chapitre de l’offre ne s’écrira pas dans un EIP, mais sur le marché, du côté de la demande et du verrouillage.

Qui absorbe l’offre : staking, ETF et trésoreries

Si la rareté est désormais une affaire de marché, trois acteurs font le travail que le burn ne fait plus. Le premier est le staking : environ 44 millions d’ETH sont verrouillés pour sécuriser le réseau, un record proche de 36 % de l’offre, atteint alors même que le rendement est tombé à son plus bas niveau en trois ans, autour de 2,5 % (Finbold). Jérôme de Tychey, l’un des auteurs de l’EIP-8363, anticipait d’ailleurs que, sans changement, le staking continuerait de grimper au-delà de la moitié de l’offre dans les deux ans. Cet ether-là ne sort pas facilement : il faut passer par une file d’attente de retrait.Le deuxième acteur, c’est la demande institutionnelle via les ETF et les trésoreries d’entreprise. Les ETF spot sur l’ether aux États-Unis ont connu des entrées records au troisième trimestre 2026 et ont même devancé ceux sur le Bitcoin en collecte annuelle, malgré quelques journées de décollecte début octobre (24/7 Wall St.). Côté trésoreries, une trentaine de sociétés détiennent près de 7,9 millions d’ETH, soit environ 6,5 % de l’offre ; BitMine, présidée par Tom Lee, a franchi la barre des 6 millions d’ETH à elle seule, dont l’essentiel est staké.Le résultat se lit dans les réserves des plateformes d’échange : elles sont tombées à 14,88 millions d’ETH début septembre, un plus bas de onze ans, après la sortie de plus de 6,4 millions d’ETH depuis juillet 2025 (ce que révèlent les flux des exchanges). Ce stock-là, le flottant réellement vendable, ne représente plus qu’une fraction de l’offre. Attention toutefois à ne pas additionner naïvement ces compartiments : l’ETH de BitMine est compté à la fois dans les trésoreries et dans le staking. Ce sont des grilles de lecture qui se recoupent, pas des couches qui s’empilent. Les baleines, elles aussi, ont continué d’accumuler pendant les chocs macro de l’automne.

Rareté de marché contre rareté programmée : ETH face à Bitcoin

La comparaison avec Bitcoin éclaire ce que Glamsterdam révèle. La rareté du Bitcoin est programmée dans le protocole : un plafond de 21 millions d’unités, des halvings tous les quatre ans, une émission qui ne dépend ni de l’activité ni d’un vote de développeurs. Elle se disperse par inertie, parce que des millions de porteurs conservent sans rien faire. L’ETH, lui, a fait le chemin inverse : sa rareté reposait sur un burn conditionnel que le scaling a neutralisé, et le seul correctif monétaire vient d’être rangé au tiroir.La rareté de l’ETH est donc devenue une rareté de marché : elle existe tant que le staking, les ETF et les trésoreries absorbent plus vite que l’émission ne dilue. C’est une rareté qui se concentre par incitation (le rendement attire le capital vers quelques gros acteurs) plutôt qu’une rareté qui se disperse par inertie. Comme le résume Karim AbdelMawla (21shares), l’ETH devient « une créance à effet de levier sur l’activité de l’écosystème plutôt qu’un actif purement monétaire ». La distinction est lourde de conséquences : un plafond gravé dans le marbre ne se renégocie pas, un équilibre de marché, si.Cette dépendance au calendrier et aux flux rapproche d’ailleurs l’ETH d’un débat familier aux lecteurs de modèles comme le stock-to-flow, où l’on confond souvent rareté et prix (le calendrier ne fait pas le prix). Pour l’ETH version 2026, la rareté ne fait pas le prix non plus : c’est la demande qui tranche.

Macro et régulation : le coût d’opportunité pèse

Cette rareté de marché a un talon d’Achille : elle repose sur des investisseurs prêts à immobiliser leur ETH à 2,5 % de rendement. Or le décor macro a changé de camp. La Réserve fédérale a relevé ses taux de 25 points de base le 16 septembre, à 3,75-4,00 %, sa première hausse depuis 2023, sous la présidence de Kevin Warsh ; la prochaine réunion du FOMC a lieu les 27 et 28 octobre. La Banque centrale européenne a elle aussi remonté son taux de dépôt à 2,50 % le 10 septembre, et le rendement du 10 ans américain a atteint mi-septembre son plus haut niveau depuis 2007. Quand le sans-risque rapporte autant ou plus que le staking, le coût d’opportunité d’immobiliser de l’ETH augmente mécaniquement.C’est le vrai test de la thèse du flottant verrouillé : tant que le prix de l’ETH monte, personne ne regarde le rendement ; mais si le marché se retourne dans un « Uptober » qui tournerait court, la tentation de déstaker pour aller chercher un rendement sûr réapparaît. Le levier, qui se recharge toujours en début de cycle, amplifierait alors les mouvements dans les deux sens (le levier se recharge un an après le krach).Pour l’investisseur français, l’enveloppe réglementaire reste le cadre MiCA, supervisé au niveau national par l’AMF. La période transitoire des PSAN vers le statut de CASP s’est achevée le 1er juillet 2026, et l’AMF rappelle que les prestataires non conformes doivent organiser une sortie ordonnée (AMF). Côté fiscalité, les plus-values sur actifs numériques restent soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, et l’accès des particuliers européens passe par des produits cotés de type ETP ou ETN, l’UCITS n’autorisant pas d’ETF spot sur crypto. Le rendement du staking, lui, est imposable et ne suffit pas, à 2,5 %, à compenser le risque pour un profil prudent.

Trois scénarios pour l’offre d’ETH d’ici 2027

Puisque le protocole a renoncé à piloter la rareté, l’offre d’ETH d’ici 2027 se jouera sur trois variables : le rythme du burn (donc l’activité sur la couche de base), la vitesse d’absorption du flottant (staking, ETF, trésoreries) et le coût d’opportunité imposé par les taux. Voici trois trajectoires cohérentes.
ScénarioMécanique de l’offreDéclencheurImplication prix
Base (le plus probable)Burn en panne, inflation légère (+0,2 à +0,8 %/an), flottant qui continue de se viderStatu quo : Glamsterdam scale, ni retour de l’émission-burn ni choc de demandeLe prix suit la demande (ETF, trésoreries), pas la rareté protocolaire
ResserrementStaking et demande absorbent le flottant plus vite qu’il ne se reconstitueAfflux ETF soutenus, trésoreries qui accumulent, réserves d’exchanges toujours plus bassesSqueeze possible sur un flottant mince, forte sensibilité à la hausse
Détente / dilutionInflation nette qui remonte, flottant qui se reconstitueDemande ETF qui s’essouffle, déstaking vers le sans-risque, activité L1 durablement faiblePression baissière, la rareté de marché se dégonfle
Le scénario de base reste le plus probable à court terme : Glamsterdam réussit sa mise à l’échelle, le burn reste anecdotique, l’offre dérive doucement à la hausse, et c’est la demande qui fait le prix. Les deux scénarios alternatifs dépendent surtout de facteurs exogènes au protocole, flux institutionnels d’un côté, retournement macro de l’autre. Dans aucun des trois Glamsterdam ne ramène la déflation : le fork est neutre à baissier sur le burn par construction.

Ce que Glamsterdam dit vraiment de l’ETH

Glamsterdam est une excellente nouvelle pour les utilisateurs et les développeurs : des transactions plus rapides, des blocs plus gros, une architecture MEV plus propre, un réseau prêt à encaisser bien plus de volume. C’est aussi, en creux, l’aveu qu’Ethereum a tranché son vieux dilemme. Entre devenir une monnaie ultrasaine et devenir la plateforme de calcul mondiale la plus utilisée possible, il a choisi la seconde. Le burn est la victime collatérale de ce choix, et l’EIP-8363 écartée en a été la confirmation politique.Pour l’analyse de l’offre, cela simplifie paradoxalement les choses. Il n’y a plus de joker protocolaire à attendre : ni réduction d’émission, ni burn ressuscité. L’ETH est, selon les mots de 21shares, une créance à effet de levier sur l’activité de l’écosystème. Sa valeur dépendra de sa capacité à monétiser cette activité et à garder le flottant verrouillé, pas d’une rareté décrétée par le code. Trois choses à surveiller après Sepolia : la date d’activation sur le mainnet (visée au quatrième trimestre), les premiers relevés de burn une fois la limite de gas montée vers 200 millions, et l’éventuel retour d’un processus dédié à la politique d’émission, le seul endroit où la rareté protocolaire pourrait un jour renaître. En attendant, c’est le marché qui tient le stylo.

Foire aux questions

Qu’est-ce que la mise à niveau Glamsterdam d’Ethereum ?

Glamsterdam est le prochain hard fork d’Ethereum, activé sur le réseau de test Sepolia le 6 octobre 2026, avec une arrivée sur le mainnet visée au quatrième trimestre. Ses deux nouveautés phares sont l’ePBS (EIP-7732), qui enchâsse la séparation proposeur-constructeur dans le protocole, et les listes d’accès par bloc (EIP-7928), qui permettent une validation en parallèle et ouvrent la voie à une limite de gas portée vers 200 millions, contre 60 millions aujourd’hui.

Glamsterdam va-t-elle rendre l’ETH déflationniste à nouveau ?

Très probablement non. Glamsterdam est un fork de passage à l’échelle : des blocs plus gros et des frais plus bas réduisent le burn par transaction plutôt qu’ils ne l’augmentent, sauf si la demande explose en même temps. Comme le fork ne touche pas à l’émission et pousse encore l’activité vers les L2, qui ne brûlent presque rien, l’ETH devrait rester légèrement inflationniste.

Qu’est-ce que l’ePBS (EIP-7732) et que change-t-il pour l’offre ?

L’ePBS inscrit dans le protocole la séparation entre le proposeur d’un bloc et son constructeur, réduisant la dépendance aux relais MEV-Boost tiers qui acheminent aujourd’hui plus de 90 % des blocs. C’est un gain de décentralisation et de résistance à la censure, mais il est neutre sur l’offre : la base fee reste brûlée et le MEV continue d’aller aux validateurs, exactement comme avant.

Pourquoi le burn d’ETH s’est-il effondré ?

Depuis la mise à niveau Dencun de mars 2024, l’essentiel de l’activité se fait sur les rollups L2 via l’espace de blob, dont le prix est quasi nul et qui ne brûle presque pas d’ETH. Le burn quotidien est tombé de plusieurs milliers d’ETH à 50-70 ETH, alors que le réseau émet environ 1 700 ETH par jour. La déflation ne revient que lors des rares pics d’activité sur la couche de base, au-delà d’environ 16 gwei.

Glamsterdam change-t-elle l’émission d’ETH ?

Non. Aucun EIP de Glamsterdam ne modifie l’émission. La seule proposition qui l’aurait fait, l’EIP-8363 (réduction de l’émission par burn progressif), a été retirée de la feuille de route Hegotá début octobre 2026. L’émission reste donc gouvernée par la courbe en racine carrée du total staké, et aucun changement n’est prévu pour l’horizon actuel de la feuille de route.Par Priya Reddy, rédactrice chez HOGE Wire.
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