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● Predictions & Forecasts

Glamsterdam sur Sepolia : vos frais L2 vont-ils vraiment baisser ?

Le 6 octobre, Glamsterdam a forké sur le testnet Sepolia. Mais entre une limite de gas optionnelle et un mainnet sans date, la prochaine baisse des frais L2 reste à conquérir.

L’essentiel : ce qui s’est passé le 6 octobre

Le 6 octobre 2026, à 13 h 53 UTC, le testnet Sepolia a activé Glamsterdam, la plus grosse mise à niveau d’Ethereum depuis Fusaka. Pour la première fois, le prochain grand levier de compression des frais des rollups, celui de l’exécution, tourne sur un réseau public et non plus seulement dans des devnets internes. La page officielle de la feuille de route le confirme : le fork Sepolia du 6 octobre était le « prochain jalon » avant le mainnet.

Il faut pourtant se méfier d’une lecture trop rapide. Un fork de testnet n’est pas une baisse de frais. C’est une répétition générale. Entre l’activation d’hier et le moment où le coût d’une transaction baissera réellement pour un utilisateur francophone, il reste au moins trois verrous : une limite de gas qui reste optionnelle pour les validateurs, un chemin Sepolia vers mainnet encore long et sans date ferme, et une baisse qui n’a rien d’uniforme (certaines opérations vont même coûter plus cher). C’est ce décalage entre « c’est activé » et « c’est moins cher » qui structure cet article.

Notre prévision de fond, publiée en septembre, décrivait Glamsterdam comme un levier « attendu mais sans date ». Cette fois, la date est tombée : le testnet est là, le calendrier se précise, et quelques risques très concrets sont apparus au grand jour. Reprenons donc le dossier non pas sur le plan théorique, mais à partir de ce qui vient réellement de se passer, et de ce que cela change (ou pas) pour vos frais d’ici 2027.

Glamsterdam a bien forké sur Sepolia : les faits

Glamsterdam est un nom-valise : il combine Amsterdam, la mise à niveau de la couche d’exécution (celle qui traite les transactions et les smart contracts), et Gloas, celle de la couche de consensus (celle par laquelle les validateurs s’accordent sur la validité des blocs). Les deux forkent ensemble. Sur Sepolia, l’activation est intervenue à l’époque 353 024, d’après le compte rendu de Crypto Briefing, qui détaille aussi les correctifs de dernière minute poussés par les équipes clientes (Prysm est passé en version 7.2.1 pour supporter le fork).

Deux EIP forment le cœur du changement de consensus. L’EIP-7732 inscrit dans le protocole la séparation proposeur-constructeur (ePBS, pour enshrined proposer-builder separation) : un constructeur (builder) assemble un bloc rempli de transactions, un proposeur (le validateur) le soumet au réseau, et le paiement entre les deux se règle désormais à l’intérieur du protocole, sans passer par des relais tiers. L’EIP-7928 ajoute les block-level access lists (BAL), une carte des dépendances entre transactions qui permet une exécution parallèle et casse le goulot d’étranglement du traitement séquentiel. S’y ajoutent plusieurs repricings du gas que nous détaillons plus bas.

Glamsterdam est la plus grosse mise à niveau depuis Fusaka, et son périmètre déborde ces deux EIP phares. La feuille de route liste aussi l’EIP-7708, qui rend obligatoire l’émission d’un journal standard chaque fois qu’un montant non nul d’ETH est déplacé ou brûlé, l’EIP-8038 sur le coût des opérations d’accès à l’état, et toute une série de propositions encore en phase de devnet, rassemblées sous la méta-EIP-7773. Cet empilement explique pourquoi la fenêtre de test est aussi chargée : ce n’est pas un seul changement qu’il faut valider, mais une dizaine d’interactions entre eux, chacune susceptible de révéler un cas limite inattendu.

Le chemin jusqu’à Sepolia n’a pas été de tout repos. La fenêtre de gel du logiciel client a été fixée au 29 septembre, soit sept jours seulement avant le fork, la moitié du délai de revue habituel de quatorze jours, selon CoinDesk. Les devnets antérieurs avaient connu des épisodes de non-finalité imprévue, et plusieurs cas limites sur la comptabilisation du gas d’état restaient à tester. Autrement dit : le fork a bien eu lieu, mais il s’inscrit dans un processus itératif où chaque réseau de test sert à débusquer ce qui casserait en production. C’est précisément la raison d’être d’un testnet, et la raison pour laquelle en déduire une baisse de frais imminente serait prématuré.

Pourquoi un fork de testnet n’est pas une baisse de frais

Le réflexe du marché est de traiter chaque activation comme un interrupteur : avant, les frais étaient à X ; après, ils sont plus bas. La réalité d’une mise à niveau d’exécution est beaucoup plus graduelle. Glamsterdam n’abaisse pas les frais par décret ; elle change les règles qui déterminent combien coûte un calcul, puis laisse les acteurs du réseau (validateurs, séquenceurs de rollups, applications) s’y adapter. Entre le code qui s’active et la facture qui baisse, il y a de la latence, des choix humains et des arbitrages économiques.

Trois verrous séparent le fork d’hier d’une baisse tangible pour l’utilisateur, et ils structurent la suite de cet article :

  • Verrou n°1, la limite de gas est optionnelle. Le passage à 200 millions de gas par bloc n’est pas automatique ; les validateurs doivent le signaler. Sans adoption, la capacité supplémentaire reste sur le papier.
  • Verrou n°2, le chemin vers le mainnet reste long. Sepolia n’est qu’une étape ; Hoodi puis le mainnet suivent, et aucune date de production n’est verrouillée.
  • Verrou n°3, la baisse n’est pas uniforme. Certaines opérations deviennent nettement moins chères, d’autres plus chères. L’idée d’une remise générale sur tous les frais est fausse.

On peut résumer la logique ainsi : le moteur des données (les blobs) a déjà atteint son plancher technique, nous y revenons plus bas ; le moteur de l’exécution (Glamsterdam) vient tout juste de démarrer sur un banc d’essai. Tant que les trois verrous ne sautent pas, les frais francophones que vous payez sur Base, Arbitrum ou OP Mainnet resteront globalement là où ils sont, autour de leurs niveaux actuels déjà très bas.

Verrou n°1 : la limite de gas à 200 millions est optionnelle

C’est le détail le plus mal compris de l’activation. Glamsterdam « permet » un plafond de gas de 200 millions par bloc, soit plus du triple du plafond précédent d’environ 60 millions. Permettre n’est pas imposer. La page de la feuille de route précise que les développeurs testent à une valeur de référence de 150 millions, avec un plancher de 200 millions « rendu possible » par Glamsterdam. Le choix final revient aux validateurs.

Concrètement, le client de consensus Prysm, dans sa version 7.2.0, supporte le fork Sepolia mais retombe par défaut sur une limite de 60 millions de gas après activation ; un opérateur qui veut proposer des blocs à 200 millions doit le configurer explicitement, via les réglages de proposeur de deuxième version ou l’API keymanager. Cette mécanique, documentée dans les notes de version publiées sur le GitHub de Prysm, fait toute la différence : la capacité ne monte que si une masse critique de validateurs la réclame.

Pourquoi est-ce important pour les frais ? Parce qu’une limite de gas plus haute, c’est plus d’espace dans chaque bloc L1, donc plus de place pour que les rollups y inscrivent leurs preuves et leurs données, donc une pression à la baisse sur ce que les séquenceurs répercutent aux utilisateurs. Mais si la limite effective reste à 60 millions parce que les validateurs ne signalent pas la hausse, l’effet sur les frais est nul, quelle que soit la beauté du code activé. Le vote par défaut des clients, ce paramètre discret, devient donc un déterminant direct du calendrier de compression. C’est un rappel que la gouvernance d’Ethereum passe autant par des choix de configuration distribués que par les forks eux-mêmes.

Verrou n°2 : de Sepolia au mainnet, le chemin reste long

Sepolia est le testnet le plus proche des conditions du mainnet, mais ce n’en est pas un. Après Sepolia vient en général Hoodi, le réseau de test taillé pour les validateurs, puis seulement la production. CoinDesk situe le fork Hoodi autour du 27 octobre 2026, à titre indicatif. Quant au mainnet, la feuille de route officielle affiche « T4 2026 », assorti de la mention explicite « date non encore confirmée ». Une date de production ne pourra être arrêtée qu’une fois les testnets passés proprement, lors d’un appel des développeurs qui fixera un numéro de bloc d’activation.

Il reste par ailleurs des pièces manquantes côté infrastructure. CoinDesk note que les logiciels de construction de blocs en production des équipes Titan et Ultrasound n’avaient pas encore franchi la transition de fork Glamsterdam, « un autre écart avant que la mise à niveau puisse être considérée comme prête pour le mainnet ». Tant que ces briques ne sont pas validées, parier sur une activation avant la toute fin 2026 relève de l’optimisme.

ÉtapeDateStatutEffet sur les frais
Gel du logiciel client29 sept. 2026FaitFenêtre de revue raccourcie (7 j au lieu de 14)
Fork Sepolia6 oct. 2026FaitPremière exécution publique d’ePBS et des BAL
Fork Hoodi~27 oct. 2026 (indicatif)À venirTest orienté validateurs, dernière répétition
MainnetT4 2026 (non confirmée)Non planifiéAucune baisse en production avant cette étape
Limite de gas 200M effectiveDépend des validateursConditionnelCapacité réelle seulement si signalée massivement

Le message à retenir est un ordre de grandeur, pas une date : entre l’activation Sepolia d’hier et une baisse mesurable sur votre portefeuille, comptez des semaines à des mois, et non des jours. Pour un lecteur habitué aux annonces crypto qui promettent un effet immédiat, c’est le principal recalage à opérer.

Verrou n°3 : ce n’est pas une baisse uniforme

Voici le point le plus contre-intuitif. Glamsterdam ne rabote pas tous les frais à l’identique ; elle reprice le gas opération par opération, et le solde est à double sens. La feuille de route officielle est limpide sur deux EIP qui tirent dans des directions opposées.

D’un côté, l’EIP-2780 réduit le coût de base d’une transaction : un transfert d’ETH standard entre deux comptes déjà existants devient, selon ethereum.org, « jusqu’à 71 % moins cher ». De l’autre, l’EIP-8037 introduit un coût de création d’état indexé sur « la taille réelle des données créées » : envoyer de l’ETH vers une adresse neuve, qui n’existe pas encore sur la chaîne, coûte désormais plus cher. L’EIP-8038 relève par ailleurs le coût des opcodes d’accès à l’état. Autrement dit, la vieille certitude des 21 000 gas pour « un transfert », stable depuis des années, saute : le prix dépend désormais de ce que votre transaction fait réellement à l’état du réseau.

Cette nuance a des conséquences pratiques très concrètes pour les francophones. Un paiement répété vers un correspondant habituel (compte déjà vu par la chaîne) profite pleinement de la baisse ; un premier versement vers un portefeuille fraîchement créé en profite moins, voire pas du tout. Au passage, cela renforce un conseil de sécurité que nous avons déjà développé à propos de l’empoisonnement d’adresses : vérifier l’adresse de destination n’est pas qu’une question de sûreté, c’est aussi, désormais, une question de coût.

Enfin, l’ePBS agit sur le MEV (la valeur extractible par la réorganisation des transactions), pas sur le frais de base. Il change qui capte cette valeur et comment, mais ne la fait pas disparaître. Prétendre que Glamsterdam « supprime » les frais revient à confondre trois leviers distincts : le coût des données (plancher atteint), le coût de l’exécution (en cours de repricing, à double sens) et le coût invisible de l’ordonnancement (redistribué, pas annulé).

Où en sont vraiment les frais L2 aujourd’hui

Avant de prévoir où vont les frais, il faut partir de leur niveau réel, et non des chiffres gonflés que relaient parfois des blogs comparateurs peu fiables. Les données de référence de L2BEAT et de growthepie placent un transfert simple bien en dessous de deux centimes d’euro sur les principaux rollups. Les écarts de prix entre chaînes tiennent surtout à leur architecture (optimistic contre ZK) et à la marge que prélève chaque séquenceur.

RéseauCoût d’un transfert simpleType
Baseenviron 0,017 €Optimistic rollup
OP Mainnetenviron 0,026 €Optimistic rollup
Arbitrum Oneenviron 0,034 €Optimistic rollup
zkSync Eraenviron 0,043 €ZK rollup
Ethereum L1plusieurs euros (très variable)Couche de base

Note : ces montants fluctuent avec le prix de l’ETH (autour de 2 400 € le 7 octobre selon CoinGecko, en repli sur la journée) et avec la congestion. Ils ont surtout une histoire : selon les données de Token Terminal, le frais moyen des trois plus gros rollups (Arbitrum, Base, Optimism) a chuté de 99,16 % entre le premier trimestre 2024 (0,180219 $) et le premier trimestre 2026 (0,001512 $). La mise à niveau Dencun de mars 2024, qui a introduit les blobs, explique l’essentiel de cette plongée.

Un travail universitaire souvent cité, signé Ambrosia et Mizrach, prolonge la tendance : il estime que les frais médians des L2 ont reculé d’environ 95 % (de 0,05 à 0,0015 $) entre janvier 2024 et mars 2026, et projette qu’ils passeraient sous ceux de Solana aux alentours d’octobre 2026, avant de dépasser Solana en débit vers 2029. Comme nous sommes précisément en octobre 2026, cette borne devient testable en temps réel : la trajectoire est crédible, mais son calendrier dépendra justement des trois verrous décrits plus haut. Le papier est disponible sur arXiv pour qui veut en examiner la méthode.

Ce niveau de frais n’est pas qu’une statistique : il change ce qu’on peut construire. Sous un centime la transaction, des usages jusque-là non rentables deviennent possibles, des micropaiements aux objets de jeu échangés à la volée, un terrain que HOGE Wire suit de près à la croisée de la crypto et du gaming. La vraie question pour 2027 n’est donc plus seulement « combien coûte un transfert », mais « quelles applications naissent quand le coût cesse d’être un frein ». La compression des frais ne se mesure pas qu’en centimes économisés ; elle se mesure aussi en cas d’usage débloqués.

Le plancher reste le plancher : EIP-7918 n’a pas bougé

Pourquoi Glamsterdam s’attaque-t-elle à l’exécution plutôt qu’à remettre une couche de blobs ? Parce que le levier des données a déjà rencontré son butoir. Depuis Fusaka, l’EIP-7918 impose un plancher au prix de base des blobs, ancré sur le coût d’exécution de la couche de base (précisément, le frais de base d’un blob ne peut descendre sous un seizième du frais de base d’exécution de la L1). Conséquence directe : les frais de données ne peuvent plus tomber à zéro, même avec un surplus de capacité. L’idée de « frais L2 gratuits » est tout simplement fausse.

L’ampleur de l’effet a surpris jusqu’aux initiés. Le chercheur connu sous le pseudonyme Kydo (0xkydo) a résumé la rupture d’une formule marquante : le prix de base des blobs a bondi d’environ 15 000 000 fois depuis l’entrée en vigueur du plancher, car il stagnait auparavant à 0,000000001 Gwei pendant de longues périodes. Le chiffre impressionne, mais il part d’un niveau quasi nul ; en valeur absolue, le coût des données reste minuscule. Le point à retenir est qualitatif : il existe désormais un sol, et ce sol est indexé sur l’exécution de la L1.

C’est toute la logique de Glamsterdam. Puisqu’on ne peut plus comprimer les données sous leur plancher, le prochain gain doit venir de l’exécution : traiter plus de calcul par bloc (limite de gas plus haute, exécution parallèle via les BAL) et repricer finement chaque opération. Le plancher des blobs ne bouge pas ; c’est le plafond de l’exécution qu’on essaie de relever. Les deux moteurs sont distincts, et c’est pourquoi l’activation d’hier compte, même si son effet se fera attendre.

ePBS : le risque que Potuz a mis en garde

Si Sepolia sert de banc d’essai, c’est d’abord pour l’ePBS. En inscrivant la séparation proposeur-constructeur dans le protocole, Glamsterdam supprime la dépendance aux relais MEV externes, mais elle crée un nouveau marché d’enchères sur lequel des acteurs mal intentionnés peuvent jouer. Le développeur de consensus connu sous le nom de Potuz a décrit l’attaque la plus simple lors d’un appel des développeurs le 17 septembre, rapporté par CoinDesk : «Je peux simplement créer un millier de constructeurs, les faire tourner, proposer des offres très élevées, et ne pas produire les blocs. N’importe quel adolescent peut le faire.»

Le scénario est le suivant : avec de l’ETH de test gratuit et des identités jetables, un attaquant remporte des enchères de bloc à répétition, puis retient les données de transaction, laissant des blocs vides et gelant le trafic. Sur Sepolia, où l’ether n’a aucune valeur, l’attaque est triviale ; c’est justement pourquoi on la teste là plutôt qu’en production. La parade prévue pour le mainnet consiste à obliger les constructeurs à immobiliser de l’ETH réel, mais la taille optimale de ce dépôt et les règles de bannissement font encore l’objet de débats.

Pour le lecteur, la leçon dépasse l’anecdote technique. Chaque fois qu’un protocole déplace une fonction critique hors des relais tiers vers une logique de marché embarquée, il échange un risque de confiance contre un risque d’incitation. C’est le même fil conducteur que dans les hacks de ponts cross-chain, où ce sont rarement les maths qui cèdent mais les hypothèses humaines autour des clés et des opérateurs. La compression des frais n’a de sens que si la chaîne qui la permet reste vivante et difficile à geler.

Qui capte la valeur : des frais plus bas, moins d’ETH brûlé

Toute baisse de frais a un revers que les détenteurs d’ETH connaissent bien. Moins de frais payés sur la L1, c’est moins d’ETH brûlé via le mécanisme de l’EIP-1559, donc une pression déflationniste affaiblie. Depuis que les rollups ont migré leurs données vers les blobs, la part d’ETH détruite s’est effondrée et le réseau n’est plus déflationniste de façon fiable. Nous avons traité ce versant monétaire en détail dans notre analyse de Glamsterdam et de l’offre d’ETH ; retenons ici qu’une mise à niveau pensée pour l’adoption n’est pas pensée pour la rareté.

Les chiffres de Fidelity Digital Assets cadrent le débat. Sur l’année écoulée, Base a payé environ 5,2 millions de dollars de frais de blobs pour un chiffre d’affaires utilisateur d’environ 94 millions ; et si le plancher de l’EIP-7918 avait été en vigueur depuis Dencun, il aurait reversé de l’ordre de 78,6 millions de dollars supplémentaires (quelque 24 641 ETH) aux détenteurs via un surcroît de frais sur les blobs. L’analyse est consultable sur le site de recherche de Fidelity. En clair : le plancher a été introduit autant pour la soutenabilité économique d’Ethereum que pour la stabilité technique.

Cette tension nourrit une question stratégique pour les investisseurs francophones : si les frais tendent vers zéro et que le burn s’étiole, d’où viendra la valeur de l’ETH et celle des jetons de rollups ? Les séquenceurs, eux, encaissent des marges bien réelles (plusieurs dizaines de millions de dollars par an pour les plus gros), que ces revenus reviennent à une entreprise comme Coinbase pour Base ou à une trésorerie de DAO pour Arbitrum. La façon dont un écosystème redistribue (ou non) cette rente à son jeton devient décisive, un sujet que nous avons disséqué à propos du rachat qui fait tourner Hyperliquid. La compression des frais déplace la question de la valeur des frais eux-mêmes vers la capacité des plateformes à transformer du volume en revenu durable.

Notre prévision révisée : trois scénarios jusqu’en 2027

Le fork Sepolia ne change pas la fourchette finale de nos scénarios, mais il en déplace les probabilités et surtout le calendrier. Avant hier, Glamsterdam était une hypothèse datée au conditionnel ; désormais, c’est un processus engagé dont il reste à franchir les trois verrous. Voici notre lecture révisée, exprimée en frais médian d’un transfert L2 à l’horizon fin 2027.

ScénarioHypothèse de calendrierFrais médian fin 2027Probabilité
CentralMainnet T4 2026 ou T1 2027, montée progressive vers 200M de gas, BPO3 modéré0,0005 à 0,001 €environ 50 %
OptimisteMainnet rapide, signalement massif du 200M, BPO3 vers 128 blobs, concurrence DA vivemoins de 0,0003 €environ 25 %
PrudentGlamsterdam glisse vers mi-2027, limite effective bloquée à 60M, plateau0,001 à 0,002 €environ 25 %

Trois signaux feront pencher la balance entre ces scénarios, et ils sont maintenant observables. Le premier : la proportion de validateurs qui signalent le plafond de 200 millions de gas dans les semaines suivant le mainnet. Le deuxième : la fixation (ou non) d’un bloc d’activation mainnet avant la fin 2026. Le troisième : l’apparition d’une date pour BPO3, le prochain relèvement du nombre de blobs, toujours non planifié à ce jour. Tant que ces trois signaux restent au rouge, le scénario prudent gagne en poids ; chacun qui passe au vert pousse vers le central, puis l’optimiste.

Un dernier repère de long terme : Vitalik Buterin a présenté cette année une feuille de route baptisée Lean Ethereum, qu’il décrit comme «la troisième grande itération d’Ethereum, la Fusion étant la deuxième», ajoutant que «presque chaque élément majeur du protocole sera remplacé» sur «à peu près les cinq prochaines années», avec une refonte des jetons ERC-20 de type UTXO censée réduire les frais «de plus de 10 fois». Les propos ont été rapportés par The Defiant. Glamsterdam n’est donc pas une fin, mais une marche dans un escalier qui vise, à terme, un autre ordre de grandeur de compression.

Ce que ça change pour vous, lecteur francophone

Traduisons tout cela en gestes concrets. À court terme, rien ne change sur votre portefeuille : vos transferts sur Base ou Arbitrum coûtent toujours une poignée de centimes, et le fork d’hier ne les a pas rendus moins chers du jour au lendemain. La patience est de mise ; surveillez l’activation mainnet, pas le testnet.

À moyen terme, deux habitudes méritent d’être prises. D’abord, privilégier les destinataires récurrents : une fois qu’une adresse est connue de la chaîne, vos paiements vers elle bénéficient pleinement du repricing de l’EIP-2780, alors que l’ouverture d’adresses neuves à répétition coûtera relativement plus cher sous l’EIP-8037. Ensuite, garder en tête que la fenêtre de retrait diffère selon le type de rollup : un ZK rollup finalise ses retraits vers la L1 en minutes à quelques heures, un optimistic rollup impose une période de contestation qui peut atteindre sept jours. Des frais quasi nuls ne suppriment pas ce délai.

Pour les utilisateurs de DeFi, la bascule est plus subtile. Quand le frais devient négligeable, la contrainte se déplace vers d’autres postes : le slippage, le coût d’opportunité du capital immobilisé, et surtout la sécurité des contrats avec lesquels on interagit. Des frais plus bas incitent à multiplier les petites opérations (rééquilibrages, prises de profit fractionnées), ce qui augmente mécaniquement la surface d’exposition aux bugs et aux approbations malveillantes. La compression des frais est une bonne nouvelle pour l’activité, pas une dispense de vigilance.

Côté marché, le contexte d’octobre invite à la prudence sur l’interprétation. Les récits de «baisse de frais» servent souvent de prétexte à des mouvements de levier, et nous avons montré comment le financement des perpétuels se recharge chaque année à la même période dans notre dossier sur le levier en Uptober. Un fork de testnet n’est pas un catalyseur de prix ; en faire un prétexte de spéculation serait confondre une étape d’ingénierie avec un événement de marché.

Ce que l’AMF encadre (et ce qu’elle n’encadre pas)

Une mise à niveau de protocole comme Glamsterdam n’est, en soi, pas un objet réglementé. MiCA et l’Autorité des marchés financiers encadrent les prestataires de services sur crypto-actifs (les CASP) et les émetteurs, pas le code d’Ethereum ni le barème de gas. Aucune autorisation n’est requise pour qu’un fork active l’ePBS ou repricing le gas : c’est une décision de gouvernance technique, prise par les développeurs et les validateurs.

Le cadre français compte néanmoins pour l’écosystème qui vit au-dessus de ces rollups. La période transitoire du régime PSAN issu de la loi PACTE a pris fin au 1er juillet 2026, l’AMF ayant renouvelé le 5 février 2026 son avertissement aux prestataires non conformes, sommés d’organiser une liquidation ordonnée. Passé l’échéance, exercer sans l’agrément MiCA constitue une infraction pénale au titre des articles L.54-10-4 et L.572-23 du Code monétaire et financier (jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende). L’avis de l’AMF sur la fin de la période transitoire détaille ces attentes.

Dernier point souvent mal compris : les produits dérivés crypto (futures, perpétuels), y compris lorsqu’ils s’échangent sur des plateformes bâties sur des L2, relèvent de la directive MiFID II et de la supervision de marché, et non de MiCA, qui ne couvre que les crypto-actifs au comptant et les CASP. Autrement dit, des frais plus bas peuvent doper le volume de trading sur des applications L2, mais la nature juridique des instruments échangés, elle, ne change pas avec un fork.

Les angles morts de cette prévision

Toute projection a ses zones d’ombre, et l’honnêteté impose de les nommer. Premier angle mort : l’adoption de la limite de gas. Si les validateurs traînent à signaler le 200 millions, par prudence opérationnelle ou par inertie, l’effet d’exécution de Glamsterdam pourrait se matérialiser bien plus lentement que ne le suggère son activation. Un code prêt ne vaut rien sans son adoption distribuée.

Deuxième angle mort : la concurrence sur la disponibilité des données. Le prochain plancher de frais ne dépend pas que de la feuille de route d’Ethereum, mais aussi de l’endroit où les rollups achètent leur disponibilité de données. Les alternatives externes restent nettement moins chères sur le papier : selon Blockworks, les blobs d’Ethereum coûtaient autour de 3,83 $ le mégaoctet contre environ 0,07 $ pour Celestia, un rapport de 55 pour 1, détaillé dans son analyse de l’équilibre délicat des blobs. Si une vague de rollups migre vers Celestia, EigenDA ou Avail, le plancher effectif des frais pourrait baisser plus vite que Glamsterdam ne le permet, au prix d’un affaiblissement supplémentaire de la captation de valeur par l’ETH.

Troisième angle mort : le risque d’exécution lui-même. Les épisodes de non-finalité observés sur devnet, les cas limites de l’EIP-8037 sur le gas d’état et l’attaque de constructeurs décrite par Potuz rappellent qu’un bug découvert sur Hoodi ou juste avant le mainnet peut repousser le calendrier de plusieurs mois. La prévision prudente n’est pas pessimiste : elle intègre simplement le fait que «la correction prime sur la date», principe que les développeurs d’Ethereum appliquent depuis la Fusion. Enfin, le contexte macro (taux, appétit pour le risque) reste un déterminant externe que nul fork ne contrôle.

Au fond, le 6 octobre restera comme la date où la compression des frais a cessé d’être une promesse de feuille de route pour redevenir un chantier observable, avec ses jalons, ses votes de validateurs et ses risques. C’est une bonne nouvelle pour qui préfère vérifier que croire : chacun des trois verrous se mesure publiquement, et le prochain vrai signal ne sera pas un communiqué, mais un bloc d’activation mainnet inscrit dans le code des clients. D’ici là, la bonne posture tient en une phrase : le compte à rebours est reparti, mais il se compte en étapes franchies, pas en jours écoulés.

Foire aux questions

Glamsterdam va-t-il faire baisser mes frais sur les L2 Ethereum ?

Pas immédiatement. Le 6 octobre 2026, Glamsterdam a seulement forké sur le testnet Sepolia ; l’activation en production sur le mainnet est attendue au quatrième trimestre 2026, sans date confirmée. La baisse ne sera de plus pas uniforme : certaines opérations deviendront moins chères, d’autres plus chères.

Quand Glamsterdam arrive-t-il sur le mainnet d’Ethereum ?

La feuille de route officielle situe l’activation mainnet au quatrième trimestre 2026, sans date confirmée. Le fork Sepolia a eu lieu le 6 octobre 2026, un fork Hoodi est attendu autour du 27 octobre, et la date de production ne sera arrêtée qu’une fois les testnets validés, via un bloc d’activation défini par les développeurs.

Pourquoi les frais des L2 ne tombent-ils jamais à zéro ?

Depuis Fusaka, l’EIP-7918 impose un plancher au prix de base des blobs, égal à un seizième du frais de base d’exécution de la couche L1. Ce plancher empêche les frais de données de tomber à zéro, même en cas de capacité excédentaire ; la gratuité totale est donc impossible.

Qu’est-ce que l’ePBS introduit par Glamsterdam ?

L’ePBS, la séparation proposeur-constructeur inscrite dans le protocole via l’EIP-7732, sépare la construction d’un bloc, confiée à un constructeur, de sa proposition au réseau, assurée par le validateur, et règle le paiement à l’intérieur du protocole. Elle supprime la dépendance aux relais MEV tiers.

Un transfert d’ETH coûtera-t-il moins cher après Glamsterdam ?

Cela dépend du destinataire. L’EIP-2780 rend un transfert entre deux comptes déjà existants jusqu’à 71 pour cent moins cher, tandis que l’EIP-8037 renchérit l’envoi vers une adresse neuve qui crée de l’état sur la chaîne. La règle des 21 000 gas pour tout transfert ne s’applique donc plus.

Par Priya Reddy, rédactrice en chef adjointe chez HOGE Wire, spécialiste des infrastructures Ethereum et de la régulation européenne des crypto-actifs.

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