FOMC et crypto : lire la réaction du marché à la Fed en 2026
La Fed de Kevin Warsh a relevé ses taux en septembre et pourrait recommencer. Voici comment le marché crypto réagit au FOMC, et ce qu'il faut surveiller le 28 octobre.
Le 13 octobre 2026, le Bitcoin évolue autour de 74 500 euros, soit environ 83 200 dollars, au terme d’une semaine nerveuse. Toute la place financière fixe la même date : les 27 et 28 octobre, quand le Federal Open Market Committee (FOMC), le bras armé de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, rendra son verdict. Avec une nuance qui change tout cette année : la Fed ne baisse pas ses taux, elle les relève.
Depuis dix-huit mois, aucune statistique on-chain, aucune mise à jour de protocole, aucune annonce d’ETF n’a pesé autant sur le prix que la trajectoire des taux américains. Le FOMC est devenu le juge de paix du marché crypto. Cet article explique, pas à pas, pourquoi une réunion de banquiers centraux à Washington fait bouger un actif né pour s’en affranchir, comment lire la réaction du marché, et ce qu’il faut réellement surveiller le 28 octobre.
Nous passerons en revue le mécanisme de transmission des taux au prix du Bitcoin, le régime de resserrement inédit de 2026, l’anatomie des dernières réactions, le rôle de l’effet de levier, l’importance du dot plot, le canal des flux ETF, la plomberie des stablecoins, puis l’angle européen avec la BCE et l’AMF. L’objectif est simple : vous donner une grille de lecture utilisable dès la prochaine décision.
Pourquoi le FOMC est devenu le juge de paix du marché crypto
Le FOMC se réunit huit fois par an pour fixer la fourchette du taux des fed funds, le loyer de l’argent à court terme aux États-Unis. Ce taux irrigue tout le système financier mondial : il détermine le rendement sans risque auquel tout le reste se compare. Quand il monte, détenir un actif qui ne verse aucun coupon, comme le Bitcoin, coûte plus cher en termes d’opportunité. Quand il baisse, la liquidité part chercher du rendement ailleurs, y compris dans les actifs les plus spéculatifs.
Jusqu’en 2021, beaucoup d’investisseurs crypto ignoraient superbement les banques centrales. Le marché haussier de 2020 et 2021 s’est largement construit sur l’argent gratuit de l’après-pandémie. Le réveil a été brutal en 2022, quand le cycle de hausses le plus rapide en quarante ans a effacé les trois quarts de la capitalisation du secteur. Depuis, la corrélation entre le Bitcoin et les actifs de risque, en particulier les valeurs technologiques américaines, s’est installée durablement sur les horizons macro. Le Bitcoin n’est plus une île ; c’est une barque amarrée au même quai que le Nasdaq.
Calendrier officiel à l’appui, la Fed publie son communiqué le dernier jour de réunion à 14 h 00 à New York, suivi d’une conférence de presse du président une demi-heure plus tard (calendrier du FOMC). Ces quarante-cinq minutes concentrent plus de volatilité que bien des semaines entières. Le reste du temps, le marché anticipe, réévalue, se repositionne, dans un cycle permanent qui fait de chaque réunion un rendez-vous à haut risque.
Le régime 2026 : une Fed qui resserre, un cycle à l’envers
Le 16 septembre 2026, le FOMC a relevé son taux directeur de 25 points de base, à une fourchette de 3,75 % à 4 %, par un vote unanime de douze voix contre zéro. C’est la première hausse depuis 2023. Présidée depuis le début de l’année par Kevin Warsh, la Fed a justifié ce tour de vis par une inflation qui refuse de rentrer dans le rang, l’indice core PCE étant resté au-dessus de 3 % mois après mois.
Lors de sa conférence de presse, Warsh n’a laissé aucune place au doute. « The plain fact is that inflation is too high and has been for too long » (« le fait est que l’inflation est trop élevée, et ce depuis trop longtemps »), a-t-il déclaré, avant d’ajouter que l’action du jour devait soutenir « un retour plus rapide » vers la cible de 2 % (transcription officielle). Il a aussi évoqué, parmi les facteurs d’incertitude, des développements géopolitiques qui pèsent sur les perspectives.
Ce resserrement prend le secteur à contre-pied. Tout le narratif du cycle crypto, du halving aux prévisions à six chiffres, reposait sur l’idée d’un assouplissement monétaire en 2026. La Fed fait exactement l’inverse. Nous avons détaillé par ailleurs comment la banque centrale a littéralement inversé le cycle que le marché attendait ; la réaction des prix depuis septembre en est la traduction directe.
Les professionnels ne s’y sont pas trompés. Dès l’été, commentant le ton déjà restrictif de la Fed, Andrei Grachev, managing partner de DWF Labs, résumait l’enjeu sans détour : « C’est la Fed qui dit aux marchés qu’elle ne tolérera pas une inflation au-dessus de sa cible, même au prix d’une alerte sur la croissance », et « pour les actifs numériques, c’est le scénario le moins favorable de ce cycle » (propos recueillis par CoinDesk).
Du taux directeur au prix du Bitcoin : le mécanisme de transmission
Comment une hausse de 25 points de base se transmet-elle concrètement à un token ? Par trois canaux principaux, qu’il faut distinguer pour ne pas confondre bruit et signal.
Premier canal, le coût d’opportunité et l’actualisation. Un taux sans risque plus élevé augmente le rendement auquel on renonce en détenant un actif non rémunéré. Il relève aussi le taux auquel on actualise les flux futurs : les actifs dits « de longue durée », dont la valeur repose sur des promesses lointaines, en souffrent le plus. Le Bitcoin, comme les valeurs de croissance, appartient à cette catégorie. Plus les taux montent, plus le présent l’emporte sur le futur, et plus les récits de valorisation à long terme perdent de leur poids.
Deuxième canal, le dollar et les conditions financières. Des taux américains plus hauts attirent les capitaux vers le billet vert et poussent l’indice DXY à la hausse. Or un dollar fort pèse mécaniquement sur le Bitcoin, libellé en dollars, et sur l’appétit pour le risque en général. Le resserrement durcit aussi les conditions de crédit, renchérit le financement des positions à effet de levier et réduit la liquidité disponible pour la spéculation.
Troisième canal, la liquidité qui alimente spécifiquement la crypto. Le teneur de marché Wintermute a prévenu qu’une politique plus restrictive risquait de réduire les flux entrant dans le secteur via trois tuyaux devenus essentiels : les ETF, les stablecoins et les trésoreries d’entreprises (analyse relayée par Bitcoin.com). Autrement dit, la Fed n’agit plus seulement sur le sentiment, elle agit sur la plomberie du marché.
La conséquence pratique est claire : sur les horizons macro, le Bitcoin se comporte de plus en plus comme un actif de risque à bêta élevé, amplifiant les mouvements des actions technologiques plutôt que de s’en découpler. Le mythe de la valeur refuge totalement décorrélée résiste mal à l’épreuve d’une journée FOMC.
Un marché 24/7 : pourquoi la crypto bouge avant et après la décision
Les actions américaines cessent de coter à 16 h 00 à New York. Le Bitcoin, lui, ne dort jamais. Cette différence structurelle façonne la réaction aux décisions du FOMC de trois manières.
D’abord, le marché crypto intègre l’événement en continu, y compris la nuit et le week-end précédant la réunion. Les traders arrivent rarement à plat le jour de la décision : ils se sont déjà positionnés. D’où le schéma classique du « buy the rumor, sell the news », ou son inverse. Lors de la publication des minutes du 7 octobre, le marché avait déjà vendu en amont ; le Bitcoin a même rebondi à la publication alors que les actions et l’or bougeaient à peine (chronologie du marché).
Ensuite, la crypto encaisse seule le choc pendant que Wall Street dort. Une décision tombant en fin d’après-midi à New York laisse les actions réagir, mais tout mouvement nocturne ou de week-end est absorbé d’abord par le Bitcoin et l’Ethereum. Le secteur sert d’exutoire aux réajustements macro hors séance, ce qui explique une partie de sa volatilité.
Enfin, l’horaire compte pour l’investisseur français. Le 28 octobre 2026, le communiqué tombera à 19 h 00, heure de Paris (14 h 00 à New York), et la conférence de presse à 19 h 30. Attention au décalage : l’Europe est déjà repassée à l’heure d’hiver le 25 octobre, mais pas les États-Unis ; pour la réunion de décembre, l’écart reviendra à six heures et la décision tombera à 20 h 00, heure de Paris.
Anatomie des réactions récentes : septembre et les minutes du 7 octobre
Rien ne vaut des exemples concrets. Trois épisodes récents montrent comment le marché digère l’information de la Fed, et pourquoi la même nouvelle peut produire des effets opposés selon le positionnement.
La hausse du 16 septembre, d’abord. Le Bitcoin est brièvement repassé sous les 75 000 dollars avant de se ressaisir vers 76 400 dollars. La décision était largement anticipée ; c’est le signal d’une possible nouvelle hausse qui a fait mal, pas le geste lui-même.
Les minutes du 7 octobre, ensuite. Le compte rendu de la réunion de septembre, en confirmant que plusieurs membres voyaient encore des risques inflationnistes, a déclenché une vague de ventes : le Bitcoin a cédé 2,8 % à environ 83 088 dollars, l’Ethereum 5 % à 2 547 dollars et le XRP 5 % à 1,42 dollar, avec près de 550 millions de dollars de positions longues liquidées (données de marché).
Le rapport sur l’emploi du 2 octobre, enfin, illustre l’effet inverse. Avec seulement 29 000 créations de postes en septembre et un chômage remonté à 4,2 %, le marché a réduit ses paris sur une hausse en octobre, ce qui a soutenu les actifs de risque. La règle d’or de ce régime : en phase restrictive, une mauvaise nouvelle pour l’économie est souvent une bonne nouvelle pour les prix, car elle rapproche la fin du resserrement.
| Événement | Date | Bitcoin | Ethereum | Contexte |
|---|---|---|---|---|
| Hausse de taux (à 3,75 %-4 %) | 16 sept. 2026 | sous 75 000 $ puis ~76 400 $ | forte baisse | première hausse depuis 2023 |
| Rapport emploi (29 000 postes) | 2 oct. 2026 | rebond | rebond | chômage à 4,2 %, paris de hausse en recul |
| Minutes du FOMC | 7 oct. 2026 | -2,8 % (~83 088 $) | -5 % (~2 547 $) | ~550 M$ de longs liquidés |
| Avant la réunion | 13 oct. 2026 | ~74 500 € (~83 200 $) | ~2 250 € | consolidation, sorties d’ETF |
L’effet de levier : l’amplificateur des journées FOMC
Si les mouvements paraissent parfois disproportionnés, c’est à cause du levier. Le marché des dérivés crypto, perpétuels en tête, pèse plusieurs fois le marché au comptant. Quand la volatilité surgit, les liquidations en cascade transforment une variation de 2 % en effondrement de 8 %.
Le mécanisme est simple. Des positions longues financées à crédit doivent être débouclées de force quand le prix franchit le seuil de maintenance. Chaque liquidation vend sur le marché, pousse le prix plus bas, déclenche la liquidation suivante. Les quelque 550 millions de dollars de longs effacés autour des minutes du 7 octobre illustrent cette mécanique, et la consolidation d’avant-réunion a encore nettoyé des centaines de millions de positions trop optimistes.
Ce n’est pas nouveau. Le secteur a appris à ses dépens que le levier a repris la main sur ce cycle, rendant chaque rendez-vous macro potentiellement explosif. La bascule du volume vers les perp DEX comme Hyperliquid n’a rien changé à l’arithmétique : plus le financement des positions est tendu avant la réunion, plus une surprise de la Fed fait mal.
Pour l’investisseur, la leçon est double. Les journées FOMC sont précisément celles où un levier mal calibré se paie au prix fort. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’ESMA plafonnent à 2:1 l’effet de levier sur les CFD adossés aux cryptoactifs pour les particuliers : la combinaison volatilité extrême et levier élevé est un destructeur de capital bien documenté.
Le dot plot et la conférence de presse : la vraie information
Quand une décision est anticipée à plus de 80 %, elle ne contient presque aucune information. Le marché bouge alors sur deux autres éléments : le dot plot et le ton du président.
Le dot plot, publié chaque trimestre dans les Summary of Economic Projections, agrège les anticipations de taux de chaque participant sous forme de points. En septembre, la projection médiane de taux des fed funds pour fin 2026 a été relevée à 4,10 %, contre 3,80 % en juin ; seize des dix-huit participants anticipaient une hausse supplémentaire cette année, quatre en voyaient deux (synthèse des projections, FRED). La médiane reste à 4,10 % pour 2027 avant des baisses graduelles les années suivantes. Autrement dit, la Fed signale un plateau haut et durable, pas un simple pic passager.
| Projection médiane (SEP, septembre 2026) | Valeur |
|---|---|
| Taux des fed funds fin 2026 | 4,10 % (vs 3,80 % en juin) |
| Taux des fed funds fin 2027 | 4,10 % |
| Taux des fed funds fin 2028 | 3,9 % |
| Taux des fed funds fin 2029 | 3,6 % |
| Taux de long terme | ~3,2 % |
| Inflation core PCE 2026 | 3,40 % |
| Croissance du PIB réel 2026 | 2,3 % |
Le second moteur, c’est la tonalité. Can-Luca Köymen, stratégiste d’investissement chez Sygnum Bank, soulignait cet été que « le scénario de base était un maintien, et un langage restrictif qui l’accompagne correspond à un comité qui veut préserver sa marge de manoeuvre » (CoinDesk). Son confrère Stephen Coltman, responsable macro chez 21Shares, prévenait quant à lui que la patience de la Fed était « un pari » susceptible de rendre la réunion de septembre tendue si l’inflation restait inconfortablement élevée. La suite lui a donné raison.
Pour la crypto, cela signifie qu’une hausse accompagnée d’un ton accommodant (« dovish ») peut faire monter les prix, tandis qu’un simple maintien au ton restrictif (« hawkish ») peut les faire chuter. Ce n’est pas le geste qui compte, c’est la musique qui l’accompagne.
Les flux ETF : le nouveau canal de transmission
Depuis l’arrivée des ETF Bitcoin au comptant, un nouveau canal relie la macro au prix : les flux institutionnels. Quand les taux montent et que l’appétit pour le risque se contracte, ces véhicules enregistrent des rachats, qui se traduisent par des ventes de Bitcoin sous-jacent.
Le mois d’octobre en offre l’illustration. Après plusieurs semaines de collecte, les ETF Bitcoin au comptant américains ont subi des sorties nettes d’environ 681 millions de dollars sur la semaine du 5 au 9 octobre, signe d’une prudence institutionnelle renouvelée à l’approche de la réunion. Ces flux sont devenus un indicateur avancé scruté autant que le prix lui-même.
Les analystes insistent sur ce point. Ryan Lee, analyste en chef de Bitget, observait après la dernière décision que « le débat s’est déplacé vers la question de savoir si le prochain geste sera une hausse », tout en notant que « la demande institutionnelle a continué d’absorber l’essentiel de la volatilité initiale » (CoinDesk). Pour qu’un rebond durable s’installe, encore faut-il que les flux ETF confirment le mouvement.
Le canal ETF a un effet pervers : il rend le Bitcoin plus sensible aux horaires et aux humeurs de Wall Street, puisque ces véhicules ne s’échangent qu’en séance américaine. La crypto, censée fonctionner en continu, hérite ainsi d’une horloge institutionnelle qui se cale sur la séance de New York.
Stablecoins, trésoreries et liquidité : la plomberie du marché
Au-delà des ETF, deux autres tuyaux relient la politique monétaire au marché. Les stablecoins d’abord. Adossés majoritairement à des bons du Trésor américain, ils prospèrent quand les taux courts sont élevés, car le rendement de leur collatéral enrichit leurs émetteurs. Mais leur capacité à injecter de la liquidité dans l’écosystème dépend de la demande d’actifs risqués, elle-même dictée par la macro. Nous avons montré comment le stablecoin est devenu la monnaie cachée du volume crypto : la quasi-totalité des paires d’échange s’y libellent désormais.
Les trésoreries d’entreprises ensuite, ces sociétés cotées qui accumulent du Bitcoin au bilan. Tant que leur coût du capital reste bas et que leur action se traite au-dessus de la valeur de leurs avoirs, elles peuvent lever des fonds et acheter. Un resserrement renchérit ce capital et comprime leurs primes. Nous avons décrit comment certaines trésoreries en sont réduites à vendre leur Bitcoin pour rester crédibles auprès de leurs créanciers, transformant un soutien du marché en source potentielle de ventes.
Ces deux canaux expliquent pourquoi l’avertissement de Wintermute est si important : en régime restrictif, les trois robinets (ETF, stablecoins et trésoreries) tendent à se fermer en même temps. La liquidité qui portait le marché se raréfie, et le prix le ressent souvent avant même que la Fed ne bouge. C’est la différence entre lire la décision et lire le courant qui la précède.
Ce que le marché price pour le 28 octobre
À quelques jours de la réunion, le scénario central est clair : un maintien. Selon l’outil CME FedWatch, les marchés accordaient le 12 octobre une probabilité d’environ 80,6 % à un statu quo dans la fourchette de 3,75 % à 4 %, contre 19,4 % à une nouvelle hausse. Un retournement spectaculaire : début octobre, la probabilité de hausse dépassait encore 50 %, avant que le rapport sur l’emploi ne vienne la doucher.
Mais attention au piège sémantique. Un maintien n’est pas une détente. Le dot plot de septembre pointe toujours vers au moins une hausse d’ici la fin de l’année. Le statu quo du 28 octobre doit donc se lire comme une pause à l’intérieur d’un cycle de resserrement, pas comme sa fin. C’est précisément le type de maintien restrictif qui peut décevoir un marché crypto trop pressé de célébrer la victoire.
| Scénario | Probabilité implicite (CME FedWatch, 12 oct.) | Lecture pour la crypto |
|---|---|---|
| Maintien à 3,75 %-4 % (ton restrictif) | ~80,6 % | déjà pricé ; réaction au dot plot et au ton de Warsh |
| Hausse de 25 pb (à 4 %-4,25 %) | ~19,4 % | choc baissier à court terme, risque de liquidations en cascade |
Dans les deux cas, la volatilité viendra surtout de la conférence de presse. Si Warsh insiste sur décembre, les actifs de risque pourraient corriger même en l’absence de hausse. S’il ouvre la porte à une pause prolongée, le soulagement pourrait l’emporter, au moins le temps d’une séance.
Décembre, le vrai rendez-vous : scénarios de fin d’année
Pour beaucoup de stratégistes, octobre n’est qu’une répétition. Le vrai rendez-vous, c’est le 9 décembre, dernière réunion de l’année, accompagnée d’un nouveau jeu de projections. Avec seize participants sur dix-huit anticipant une hausse supplémentaire en 2026, un maintien en octobre reporte mécaniquement le suspense sur décembre.
Trois scénarios se dessinent pour la crypto d’ici la fin de l’année. Dans un scénario restrictif, la Fed délivre sa dernière hausse en décembre : la liquidité se contracte encore, le Bitcoin reste sous pression et les altcoins souffrent davantage. Dans un scénario médian, la Fed maintient et laisse planer le doute : le marché oscille sans tendance claire, à la merci de chaque statistique. Dans un scénario accommodant, l’inflation reflue enfin et la Fed signale la fin du resserrement : c’est le carburant qu’attendent les haussiers.
C’est tout l’enjeu d’un cycle où le levier et les taux longs ont repris la main. Les prévisions sérieuses pour le Bitcoin en 2026 restent très étalées, de cibles prudentes sous les niveaux actuels jusqu’à des objectifs bien plus hauts, conditionnés à un reflux des taux. Le dénominateur commun de toutes ces projections est frappant : elles dépendent d’abord de la Fed, et seulement ensuite de la crypto elle-même.
L’angle européen : BCE, euro et cadre AMF
Pour l’investisseur francophone, la Fed n’est pas le seul acteur. La Banque centrale européenne a suivi un chemin parallèle : le 10 septembre 2026, elle a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base, portant le taux de la facilité de dépôt à 2,50 %, le taux de refinancement à 2,65 % et le taux de prêt marginal à 2,90 %. Les deux grandes banques centrales resserrent donc en même temps, une configuration rare qui prive le marché de toute soupape d’assouplissement.
Conséquence : le différentiel de taux entre les deux rives de l’Atlantique reste large, ce qui soutient le dollar face à l’euro. Un Bitcoin acheté en euros voit son prix amplifié ou amorti par les variations du taux de change, un paramètre que les investisseurs en dollars ignorent. Au cours du jour, les quelque 83 200 dollars du Bitcoin équivalent à environ 74 500 euros, tandis que l’Ethereum se traite autour de 2 250 euros.
La prochaine réunion de la BCE tombe le 29 octobre, au lendemain du FOMC, avec une décision à 14 h 15 et une conférence de presse de Christine Lagarde à 14 h 45, heure de Paris. Un maintien du taux de dépôt à 2,50 % est très largement attendu. Les deux réunions, à vingt-quatre heures d’intervalle, promettent une fin de mois agitée pour les portefeuilles libellés en euros.
Côté cadre réglementaire, c’est l’AMF qui supervise en France les prestataires de services sur actifs numériques, désormais sous le régime européen MiCA. L’autorité rappelle régulièrement aux particuliers les risques des produits à effet de levier et la volatilité extrême des cryptoactifs, en particulier autour des annonces macroéconomiques. Trader une journée FOMC avec un levier élevé, c’est s’exposer précisément au scénario que le régulateur cherche à encadrer.
Comment lire une journée FOMC sans se faire piéger
Terminons par une grille pratique. Une journée FOMC se joue en trois temps, et la plupart des erreurs viennent de la confusion entre ces trois moments.
- Avant : regardez ce qui est déjà pricé (CME FedWatch) plutôt que ce que vous jugez « juste ». Le marché ne réagit qu’aux surprises, pas aux décisions attendues.
- Pendant : le communiqué donne le geste ; la conférence de presse donne le ton. C’est presque toujours la seconde qui crée la vraie volatilité, pas le premier.
- Après : méfiez-vous du premier mouvement, souvent trompeur. Les faux signaux sont fréquents dans les minutes qui suivent, le temps que la liquidité se replace et que les algorithmes aient fini de se neutraliser.
Quelques réflexes complémentaires. Surveillez le dollar (DXY) et les taux américains à deux ans, qui réagissent plus proprement que la crypto et servent de boussole. Gardez un oeil sur le financement des perpétuels : un funding très positif avant la réunion signale un marché long et vulnérable à un dégonflement brutal. Et rappelez-vous que les frais d’exécution et les écarts de prix explosent dans ces fenêtres de volatilité, un coût caché qui grignote les gains des traders les plus actifs.
En résumé, le FOMC ne dicte pas la valeur fondamentale du Bitcoin, mais il fixe le prix du risque pour tout le marché. Tant que la Fed de Kevin Warsh gardera le doigt sur la détente d’une nouvelle hausse, chaque réunion restera le rendez-vous le plus important du calendrier crypto. Le 28 octobre ne fera pas exception, et décembre encore moins.
Foire aux questions
Quand a lieu la prochaine réunion du FOMC en 2026 ?
La prochaine réunion se tient les 27 et 28 octobre 2026, la décision étant annoncée le 28 à 19 h 00 heure de Paris. La dernière réunion de l’année aura lieu les 8 et 9 décembre, avec de nouvelles projections économiques.
Pourquoi la Fed relève-t-elle ses taux en 2026 ?
Parce que l’inflation reste trop élevée. L’indice core PCE est demeuré au-dessus de 3 % toute l’année, ce qui a conduit le FOMC présidé par Kevin Warsh à relever son taux de 25 points de base en septembre, à une fourchette de 3,75 % à 4 %, la première hausse depuis 2023.
Comment le Bitcoin réagit-il à une hausse des taux de la Fed ?
Une hausse des taux renforce le dollar, augmente le coût d’opportunité de détenir un actif sans rendement et réduit la liquidité, autant de facteurs défavorables aux actifs risqués comme le Bitcoin. L’ampleur de la réaction dépend surtout de l’écart entre la décision et ce que le marché avait déjà anticipé.
À quelle heure la décision du FOMC tombe-t-elle en France ?
Le communiqué est publié à 14 h 00 à New York, soit 19 h 00 à Paris le 28 octobre 2026 en raison du décalage temporaire des changements d’heure ; l’écart repasse à six heures (20 h 00 à Paris) pour la réunion de décembre. La conférence de presse suit trente minutes plus tard.
Le Bitcoin monte-t-il ou baisse-t-il quand la Fed resserre ?
Historiquement, un resserrement pèse sur le Bitcoin, comme en 2022. Mais en 2026, le marché a souvent vendu avant l’annonce puis rebondi une fois l’incertitude levée. Ce qui compte n’est pas la hausse elle-même mais le ton de la Fed sur la suite, le dot plot et la conférence de presse.
Par la rédaction de HOGE Wire, pôle macro et marchés. Analyse publiée le 13 octobre 2026 ; les prix et probabilités cités évoluent en temps réel.