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● Predictions & Forecasts

Offre d’ETH : le mur des 50 % de staking, cap sur Glamsterdam

Le taux de staking de l'ETH frôle 34 % et vise le mur des 50 %, seuil où l'EIP-8361 couperait l'émission nette. Avec Glamsterdam en approche, l'offre d'Ethereum devient une affaire de politique.

L’offre d’Ethereum a longtemps été racontée comme une histoire de tuyauterie : combien d’ETH sont émis, combien sont brûlés, et si la somme des deux penche vers l’inflation ou la déflation. En septembre 2026, ce cadrage ne suffit plus. Le vrai moteur de l’offre est désormais une variable de comportement, le taux de staking, qui frôle 34 % de l’offre totale et grimpe vers un seuil que les développeurs eux-mêmes surnomment le mur des 50 %. À ce niveau, une proposition très disputée, l’EIP-8361, ramènerait l’émission nette à zéro. En toile de fond, la prochaine grande mise à niveau du réseau, Glamsterdam, pourrait raviver un burn que la couche 2 avait éteint. Voici pourquoi l’offre d’ETH est devenue, avant tout, une affaire de politique monétaire.

L’offre d’ETH, une affaire de politique plus que de comptabilité

Pendant trois ans, la question de l’offre d’Ethereum se résumait à une soustraction : l’émission de nouveaux ETH versés aux validateurs, moins la part des frais de transaction détruite par le mécanisme de l’EIP-1559. Quand le burn dépassait l’émission, l’offre reculait et le récit de l’ultrasound money tenait. Quand il passait en dessous, l’offre augmentait. Cette comptabilité reste vraie, mais elle est devenue secondaire. Deux horloges plus lentes et plus lourdes commandent désormais la trajectoire de l’offre.

La première horloge est le taux de staking. Chaque ETH déposé chez un validateur augmente mécaniquement l’émission brute du réseau, mais retire aussi de l’ETH du flottant réellement disponible à la vente. Surtout, ce taux se rapproche d’un seuil politique : autour de la moitié de l’offre stakée, une proposition en discussion couperait purement et simplement l’émission. La seconde horloge est le calendrier des mises à niveau du protocole. Glamsterdam, le prochain fork majeur, va tripler la capacité de la couche 1 et pourrait, si cette capacité se remplit, réveiller le burn que la mise à niveau Dencun avait endormi en 2024.

Ce que ces deux horloges ont en commun, c’est qu’elles ne se règlent pas dans un tableur : elles se règlent par des choix de gouvernance et par des comportements de marché. C’est la grande différence avec le Bitcoin, dont l’offre suit un calendrier gravé dans le code. L’offre d’ETH, elle, est devenue un objet de débat permanent. Cette analyse prolonge nos travaux précédents sur la comptabilité de l’offre et sur l’assèchement du flottant, en se concentrant sur la variable qui, selon nous, dominera 2026 et 2027 : la marche du staking vers son mur.

Où en est l’offre d’ETH en septembre 2026

Commençons par l’état des lieux. L’ETH s’échange autour de 2.118 euros (près de 2.459 dollars), pour une capitalisation proche de 260 milliards d’euros (environ 300 milliards de dollars) et une offre totale d’environ 122 millions d’unités, selon CoinGecko. Le jeton reste à peu près à la moitié de son record absolu de 4.946 dollars, atteint le 24 août 2025. Mais l’ambiance a changé : après un été morose, l’ETH s’est nettement repris fin août, repassant au-dessus de 2.500 dollars avant de consolider, dans le sillage d’une semaine record pour les produits cotés.

Ce rebond a une signature institutionnelle. Les ETF spot Ethereum, dont les encours avoisinent la dizaine de milliards de dollars, ont signé leur meilleure semaine de 2026 : sur la période du 17 au 21 août, les produits crypto américains ont attiré environ 2,62 milliards de dollars au total, dont près de 697 millions pour les seuls ETF ETH, un record depuis le début de l’année, d’après Incrypted. Cette demande achète de l’ETH que le protocole, lui, ne détruit plus assez vite.

Car du côté de l’offre, le tableau reste légèrement inflationniste. Depuis la mise à niveau Dencun de mars 2024, qui a déporté les données des couches 2 hors de la chaîne principale et effondré les frais, le burn quotidien est tombé à 50 ou 70 ETH, contre plusieurs milliers auparavant. Résultat : l’émission nette est repassée en positif, dans une fourchette d’environ 0,2 à 0,8 % par an selon la fenêtre de mesure, et il y a aujourd’hui plus d’ETH en circulation qu’au moment du Merge de septembre 2022, comme le documente CoinLedger. Plus de 4,6 millions d’ETH ont tout de même été brûlés depuis l’entrée en vigueur de l’EIP-1559 en août 2021, soit plus de 9 milliards de dollars partis en fumée, mais le rythme s’est tari.

Le taux de staking, la variable maîtresse

Si l’émission nette est faible et lente, la variable qui bouge vraiment est le taux de staking. Il a atteint un record historique, à 34,4 % de l’offre d’ETH, comme l’a relevé Crypto Briefing, soit plus de 41 millions d’ETH verrouillés chez quelque 900.000 validateurs. Ce chiffre est le pivot de toute analyse de l’offre, pour deux raisons.

D’abord, l’ETH staké est de l’ETH retiré du flottant. Même quand il est mis en staking liquide et transformé en stETH ou en un autre jeton dérivé, l’ETH sous-jacent reste immobilisé dans le contrat de dépôt ; le jeton liquide est une créance qui circule, pas l’ETH lui-même. Plus le taux de staking monte, plus la part de l’offre réellement mobilisable pour vendre se réduit, un phénomène que nous avons décrit à propos des baleines dormantes dont l’ETH ne bouge plus pendant des années.

Ensuite, le taux de staking commande directement les deux leviers de politique monétaire du réseau. Il fixe l’émission brute (qui croît avec le montant staké) et il détermine la proximité du seuil qui déclencherait l’EIP-8361. Autrement dit, ce n’est plus l’activité on-chain qui décide seule de la trajectoire de l’offre, mais la décision, prise par des millions de détenteurs, de staker ou non. Cette bascule d’une offre pilotée par l’usage vers une offre pilotée par le staking est la nouveauté structurelle de 2026.

La file d’attente, l’indicateur avancé

Pour savoir où ira le taux de staking, il faut regarder les files d’attente du protocole. Ethereum plafonne le rythme auquel les validateurs peuvent entrer ou sortir, précisément pour éviter des mouvements brutaux qui fragiliseraient la sécurité. Résultat, les entrées et les sorties forment des files dont la longueur est un excellent indicateur avancé de la demande de staking.

Or ces files racontent une histoire à sens unique. La file d’entrée est restée bien remplie une bonne partie de l’année, avec plusieurs semaines d’attente pour activer un nouveau validateur. Dans le même temps, la file de sortie s’est vidée jusqu’à toucher zéro, un signal que la société d’analyse on-chain Arkham interprète comme une forte conviction des stakers. Beaucoup veulent entrer, presque personne ne veut sortir.

Tant que cette configuration persiste, le taux de staking ne peut que grimper. C’est ce qui rend la trajectoire vers le mur des 50 % crédible plutôt que théorique : ce n’est pas un scénario extrême, c’est le prolongement d’une tendance déjà installée, seulement bridée par la vitesse maximale à laquelle le protocole accepte de nouveaux validateurs. La file d’attente est, en quelque sorte, le compte à rebours du mur.

Pourquoi le staking monte alors que le rendement est au plus bas

Voici le paradoxe qui déroute les nouveaux venus : le rendement du staking a fondu, autour de 2,7 à 2,8 % de récompense de base (3,3 à 3,8 % en incluant le MEV et les pourboires de priorité), contre plus de 4 % en 2023, selon KuCoin, et pourtant le staking bat des records. Comment une rémunération en baisse peut-elle attirer toujours plus de capital ? Quatre forces l’expliquent.

  • Le staking liquide a supprimé le coût d’opportunité. Un détenteur qui reçoit du stETH peut l’utiliser comme collatéral, le prêter ou le déposer dans un protocole de crédit ; staker ne l’empêche donc plus de faire travailler son capital ailleurs.
  • Les vecteurs institutionnels stakent à grande échelle. Les ETF de staking et les trésoreries cotées, avec BitMine en tête, verrouillent plusieurs millions d’ETH, souvent stakés, pour capter le rendement.
  • Le coût d’opportunité en euro reste modeste. Face à un placement en euros sans risque de l’ordre de 2 %, un rendement de staking même comprimé conserve un attrait relatif pour un investisseur de long terme.
  • Enfin, la conviction. Beaucoup de stakers considèrent le rendement comme un bonus et leur position comme quasi permanente, indépendamment du niveau de rémunération.

Ce dernier point compte plus qu’il n’y paraît : si les stakers de long terme ne revendent pas, alors chaque hausse du taux de staking retire durablement de l’offre du marché, quel que soit le rendement. C’est aussi pourquoi certains détenteurs préfèrent emprunter contre leur ETH plutôt que de le céder, ce qui immobilise encore un peu plus le flottant.

Les maths de l’émission : la courbe en racine carrée

Pour comprendre le mur, il faut d’abord comprendre la courbe d’émission d’Ethereum. Le protocole n’émet pas un montant fixe : il ajuste la récompense de sorte que l’émission brute annuelle croît avec la racine carrée du montant total staké. Une conséquence mathématique en découle : le rendement par validateur, lui, décroît avec cette même racine carrée. Doubler le montant staké n’augmente les récompenses distribuées que d’environ 40 %, répartis sur deux fois plus de capital, si bien que le rendement individuel baisse.

Cette mécanique de rendements décroissants n’est pas sans rappeler celle du halving du Bitcoin, à ceci près qu’elle est continue et non par paliers ; nous en avons détaillé la logique dans notre analyse des rendements décroissants du cycle Bitcoin. Le tableau ci-dessous en donne les ordres de grandeur (ce sont des estimations illustratives, hors MEV et pourboires) :

Taux de stakingETH stakés (ordre de grandeur)Émission brute annuelle (estimation)Rendement de base par validateur
~25 %~30 millions~0,95 million d’ETH~3,1 %
~34 % (aujourd’hui)~41 millions~1,1 million d’ETH~2,7 %
~50 % (le mur)~60 millions~1,34 million d’ETH~2,2 %
~55 à 60 %~70 millions~1,45 million d’ETH~2,1 %
Estimations illustratives, hors MEV et pourboires de priorité ; l’émission croît avec la racine carrée du montant staké.

La lecture est double. Côté émission brute, plus le staking monte, plus le réseau crée d’ETH en valeur absolue, ce qui pousse légèrement l’offre à la hausse. Côté rendement, l’incitation individuelle se comprime toute seule. C’est ce second effet que les partisans de l’EIP-8361 jugent insuffisant : selon eux, la courbe actuelle continue d’encourager le staking bien au-delà de ce dont le réseau a besoin pour sa sécurité.

Le mur des 50 % : ce que déclencherait l’EIP-8361

L’EIP-8361, parfois renumérotée EIP-8363 par les éditeurs, porte un nom technique, « tapered issuance burn », soit un burn d’émission progressif. Le principe : à mesure que le taux de staking augmente, le protocole détruirait une part croissante des récompenses versées aux validateurs, jusqu’à en brûler 100 % lorsque le montant staké atteint environ 60,25 millions d’ETH, c’est-à-dire la moitié de l’offre en circulation, comme l’explique Decrypt. À ce seuil, l’émission nette de la couche de consensus tomberait à zéro.

Au taux de staking actuel d’environ 34 %, une application immédiate ramènerait le rendement net de consensus d’environ 2,6 % à environ 1,2 %, selon CoinDesk. Pour amortir le choc, la proposition prévoit une transition de dix-huit mois, en doublant temporairement un paramètre interne (le BASE_REWARD_FACTOR, de 64 à 128) avant de le laisser décroître. La proposition a été introduite début août 2026 par Jérôme de Tychey, président d’Ethereum France, aux côtés de Justin Drake et de plusieurs contributeurs proches de la Fondation Ethereum.

La philosophie sous-jacente porte un nom dans les cercles de recherche d’Ethereum : l’émission minimale viable. L’idée est que le réseau ne devrait émettre que le strict nécessaire à sa sécurité, et pas un ETH de plus. À ce jour, la proposition reste toutefois à l’état de brouillon : elle n’a pas obtenu de statut d’inclusion (« Proposed for Inclusion ») auprès des développeurs du cœur, et elle vise, au mieux, un fork ultérieur. Rien n’est acté. Mais le simple fait qu’elle existe a transformé le taux de staking en variable de politique monétaire.

La révolte des bâtisseurs

Peu de propositions techniques ont déclenché une réaction aussi vive. Le camp des bâtisseurs d’applications, en particulier dans la DeFi, y voit une attaque contre la proposition de valeur de l’ETH comme actif productif. Stani Kulechov, fondateur du protocole de prêt Aave, résume l’objection : selon lui, « Ethereum ne devrait pas être puni pour sa croissance », et la proposition « n’atteint pas l’objectif qu’elle vise et est en réalité nuisible pour Ethereum », des propos rapportés par The Crypto Times.

Mike Silagadze, PDG de la plateforme de staking ether.fi, va plus loin : « C’est décevant à tous les niveaux », a-t-il déclaré, ajoutant que « tous les bâtisseurs sur Ethereum s’y opposent » et s’interrogeant sur le fait que ce soit une priorité. L’argument de fond des opposants est double : un rendement de staking nul rendrait l’ETH moins attractif face à des actifs concurrents qui, eux, rémunèrent la détention, et il pousserait le staking vers les opérateurs les plus efficaces en capital, souvent institutionnels, au détriment des petits stakers.

Face à eux, Jérôme de Tychey défend la démarche et le calendrier. « La fenêtre se referme », prévient-il, jugeant le débat urgent. Il répond aussi à ceux qui l’accusent de précipitation : « Être proposé pour inclusion, c’est ce qui ouvre le débat, pas ce qui le clôt. » Le fait que la proposition n’ait pas obtenu son inclusion montre, pour l’instant, que la fronde des bâtisseurs a porté. Mais la question de fond, défendre le burn ou couper l’émission, ne disparaîtra pas.

Glamsterdam, le joker du burn

La seconde horloge, c’est le protocole lui-même. Le prochain fork majeur, baptisé Glamsterdam, est entré dans sa phase finale de test et est attendu au cours du second semestre 2026 (aucune date de déploiement sur le réseau principal n’est encore figée). Il embarque une dizaine d’EIP, dont deux poids lourds : l’EIP-7732, qui inscrit la séparation proposeur-constructeur (ePBS) directement dans le protocole et pourrait réduire l’extraction de MEV de façon significative, et l’EIP-7928, qui introduit des listes d’accès au niveau du bloc pour paralléliser le traitement des transactions, d’après The Defiant.

Pour l’offre, le chiffre qui compte est le plafond de gas visé : environ 200 millions, contre à peu près 60 millions aujourd’hui, soit un quasi-triplement de la capacité de la couche 1. Or le burn de l’EIP-1559 se nourrit des frais de base payés sur cette couche. Si la capacité supplémentaire se remplit d’activité payante, le burn pourrait se raviver et repencher l’équation vers la déflation. C’est le joker de Glamsterdam.

Mais c’est un joker à double tranchant. Une capacité plus grande peut aussi faire baisser le prix du gas par transaction, donc le burn par transaction ; tout dépend de la demande réelle. La mise à niveau Fusaka de décembre 2025 avait déjà introduit un plancher de frais sur le marché des blobs, qui a légèrement soutenu le burn sans le restaurer. Glamsterdam sera un test grandeur nature : la couche 1 peut-elle redevenir assez utilisée pour que son burn compense l’émission ? Le tableau suivant récapitule les leviers en présence.

LevierEffet sur l’offre netteStatut (sept. 2026)Catalyseur à surveiller
Croissance du stakingPousse l’émission brute à la hausse, dilue le rendement~34 %, record, file pleineFranchissement des 40 % puis 50 %
EIP-8361 / 8363Réduit l’émission nette jusqu’à zéro au mur des 50 %Brouillon, sans inclusionInclusion dans un fork daté
Dencun et couches 2 (2024)Ont effondré le burn (50 à 70 ETH par jour)Acté, structurelActivité on-chain de la couche 1
Glamsterdam (200 M de gas, ePBS)Peut raviver le burn L1 si la capacité se remplitTest final, S2 2026Date de mainnet et taux de remplissage
ETF, trésoreries, stakingVerrouillent le flottant, pas l’offre totaleDemande recordFlux ETF, réserves sur les plateformes

Plus de 70 millions d’ETH stakés d’ici 2028 : la trajectoire

Si l’on prolonge la tendance actuelle, où mène la marche du staking ? Les auteurs de l’EIP-8361 avancent une projection frappante : si rien ne change, plus de 70 millions d’ETH pourraient être stakés d’ici janvier 2028, soit plus de 55 % de l’offre, selon les chiffres relayés par CoinDesk. Autrement dit, au rythme actuel, le réseau franchirait le mur des 50 % avant même qu’une politique n’ait été décidée.

Cette projection est le cœur de l’argument d’urgence de de Tychey. Elle éclaire aussi l’enjeu pour l’investisseur : plus le taux de staking grimpe, plus le flottant échangeable se contracte. Un ETH massivement staké est un actif dont l’offre disponible sur les plateformes devient structurellement rare, ce qui amplifie les mouvements de prix dans les deux sens, comme l’a montré le rebond de la fin de l’été.

Deux issues se dessinent donc. Franchir le mur sans l’EIP-8361 : l’émission nette continue de grimper, le récit de l’ultrasound money est définitivement enterré, mais le rendement, lui, se comprime tout seul par la courbe en racine carrée. Franchir le mur avec l’EIP-8361 : l’émission nette est ramenée à zéro et l’ETH devient une monnaie dont la rareté est décrétée par la politique du réseau. Dans les deux cas, l’ère de l’émission généreuse touche à sa fin ; ce qui se joue, c’est de savoir si cette fin sera subie ou pilotée.

La concentration, l’autre risque du staking

À mesure que le staking gonfle, une question devient inévitable : qui le contrôle ? Le staking liquide reste dominé par Lido, dont la part de l’ETH staké est cependant retombée à environ 23 % (un plus bas depuis le début de l’année, autour de 22,8 %), contre un pic proche de 32 % fin 2023, d’après CCN. La montée de concurrents et la diversification des opérateurs ont érodé cette domination, ce qui est plutôt sain.

Mais le sujet reste sensible, car un opérateur unique qui approcherait le tiers de l’ETH staké détiendrait un poids problématique pour la finalité du réseau. C’est pourquoi les technologies de validation distribuée (DVT), portées par des projets comme SSV ou Obol, sont vues comme un garde-fou : elles répartissent une même clé de validateur entre plusieurs machines et opérateurs, ce qui réduit les points de défaillance uniques.

L’ironie, soulignée par les opposants à l’EIP-8361, est qu’un rendement ramené à zéro pourrait aggraver la concentration plutôt que la réduire. Si le staking ne rapporte plus rien en net, seuls les acteurs capables de gagner de l’argent par d’autres canaux (MEV, économies d’échelle, produits dérivés) resteraient incités à opérer des validateurs. Le débat sur l’émission est donc aussi, en creux, un débat sur la décentralisation.

Rareté par la politique contre rareté par le protocole

La comparaison avec le Bitcoin éclaire l’enjeu. La rareté du Bitcoin est gravée dans le protocole : un plafond de 21 millions d’unités, une émission divisée par deux tous les quatre ans, un calendrier que personne ne discute. Nous avons détaillé cette mécanique dans notre analyse de l’offre codée du Bitcoin face à la demande des ETF. Rien, chez le Bitcoin, ne dépend d’un vote.

La rareté de l’ETH, elle, est devenue une affaire de politique. Le burn de l’EIP-1559, la courbe d’émission et, désormais, l’éventuel burn d’émission de l’EIP-8361 sont autant de leviers que la communauté peut actionner ou non. C’est un avantage, car le réseau peut adapter sa politique monétaire à la réalité (par exemple compenser l’effet des couches 2 sur le burn), et c’est un risque, car cette politique est contestable, contestée, et donc incertaine.

Pour un investisseur, cette différence est fondamentale. Miser sur la rareté du Bitcoin, c’est parier sur un calendrier. Miser sur la rareté de l’ETH, c’est parier sur une trajectoire de gouvernance et sur des comportements de staking. Les deux peuvent réussir, mais ils ne s’analysent pas de la même façon, et le mur des 50 % est précisément le point où la politique de l’ETH deviendra la plus visible.

Ce que ça change pour l’investisseur français

Côté cadre, la France a tourné une page en 2026. Le régime transitoire des PSAN, hérité de la loi PACTE, a pris fin le 1er juillet 2026, laissant place au régime d’agrément CASP prévu par MiCA au niveau européen ; l’AMF avait renouvelé son avertissement aux prestataires non conformes, appelés à une liquidation ordonnée, comme le rappelle la notice de l’AMF. Point important : l’AMF et MiCA encadrent les prestataires (plateformes, conservation, émission de stablecoins), pas le protocole ni sa politique d’émission. Le mur des 50 % ne relève d’aucun régulateur ; il relève de la gouvernance d’Ethereum.

Côté accès, l’investisseur européen n’a pas d’ETF spot ETH au format UCITS : il passe par des ETP ou des ETN adossés à l’ETH, le plus souvent sans composante de staking, tandis que les ETF de staking américains restent difficilement accessibles depuis la France. Concrètement, un particulier français capte rarement le rendement de staking via un produit coté ; il doit staker lui-même ou passer par un prestataire, avec les questions de contrepartie que cela pose.

Côté fiscalité, les plus-values réalisées lors d’une cession d’actifs numériques contre des euros relèvent en principe du prélèvement forfaitaire unique de 30 % (la « flat tax »), tandis que le traitement des récompenses de staking reste moins tranché et dépend de chaque situation. Cela renforce l’importance du coût d’opportunité : un rendement brut d’environ 2,7 %, amputé des frais puis de la fiscalité, se compare à un placement en euros sans risque, un exercice que nous avons mené à propos des taux d’intérêt de la DeFi. Pour l’investisseur français, l’enjeu du débat sur l’offre n’est donc pas fiscal au jour le jour : il porte sur la prime de rareté de long terme de l’ETH.

Trois scénarios pour l’offre d’ETH d’ici fin 2027

Nul ne peut prédire le résultat d’un débat de gouvernance encore ouvert. Mais on peut cadrer les possibles. Voici trois scénarios pour l’offre d’ETH à l’horizon fin 2027, à traiter comme des hypothèses de travail et non comme des prévisions fermes.

ScénarioTaux de staking fin 2027Émission netteSort de l’EIP-8361Trajectoire de l’offre
Statu quo~40 à 45 %+0,2 à +0,5 % par anReste un brouillonLégère hausse, flottant qui se resserre
Rareté pilotée~50 % et plusVers zéro, ou burn L1 ravivéAdoptée, ou Glamsterdam ravive le burnStable à déflationniste
Inflation persistante~35 à 40 %+0,5 à +1 % par anRejetéeHausse, récit ultrasound enterré

Pour suivre laquelle de ces trajectoires se matérialise, cinq cadrans méritent une attention particulière :

  • Le taux de staking, et surtout le franchissement des paliers symboliques (40 %, puis 50 %).
  • Les files d’attente d’entrée et de sortie des validateurs : leur inversion signalerait un retournement de la demande de staking.
  • Le statut de l’EIP-8361 : reste-t-elle un brouillon, obtient-elle une inclusion, vise-t-elle un fork daté ?
  • La date de Glamsterdam et, surtout, l’effet observé de son plafond de gas à 200 millions sur le burn de la couche 1.
  • Les réserves d’ETH sur les plateformes d’échange (au plus bas depuis plusieurs années) et les flux des ETF, qui mesurent la pression sur le flottant restant.

Le fil conducteur de tout cela est simple : l’offre d’ETH n’est plus une donnée, c’est une trajectoire. Elle ne se lit plus seulement dans un compteur d’émission et de burn, mais dans une file d’attente de validateurs, dans un débat sur GitHub et dans un plafond de gas. Pour la première fois, la rareté d’Ethereum est un choix collectif en train de se faire, et le mur des 50 % en est l’échéance la plus concrète.

Foire aux questions

Quelle est l’offre totale d’ETH en 2026 ?

L’offre totale avoisine 122 millions d’ETH, soit davantage qu’au moment du Merge de septembre 2022. Depuis la mise à niveau Dencun de mars 2024, l’émission nette est légèrement positive, de l’ordre de 0,2 à 0,8 % par an, car le burn quotidien s’est effondré à quelques dizaines d’ETH sous l’effet des couches 2.

Qu’est-ce que le mur des 50 % de staking ?

C’est le seuil, situé autour de 60,25 millions d’ETH stakés (environ la moitié de l’offre), où la proposition EIP-8361 brûlerait 100 % des nouvelles récompenses de validation. À ce point, l’émission nette de la couche de consensus tomberait à zéro. Au rythme actuel, le réseau pourrait s’en approcher dès 2028.

L’EIP-8361 est-elle adoptée ?

Non. La proposition, aussi numérotée EIP-8363, reste à l’état de brouillon, n’a pas obtenu de statut d’inclusion auprès des développeurs du cœur et se heurte à une forte opposition de bâtisseurs comme Stani Kulechov (Aave) et Mike Silagadze (ether.fi). Elle vise, au mieux, un fork ultérieur.

Le staking fait-il monter ou baisser l’offre d’ETH ?

Les deux logiques coexistent. Plus d’ETH staké augmente l’émission brute (qui croît avec la racine carrée du montant staké), mais retire aussi de l’ETH du flottant échangeable et rapproche le seuil qui déclencherait le burn d’émission de l’EIP-8361. L’effet net dépend donc d’un choix de politique, pas seulement de la mécanique.

Comment un particulier français est-il imposé sur l’ETH et le staking ?

Les plus-values réalisées lors d’une cession en euros relèvent en principe du prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Le traitement fiscal des récompenses de staking reste moins tranché et dépend de chaque situation. L’AMF supervise les prestataires (PSAN puis CASP sous MiCA), pas le protocole ni sa politique d’émission.

Par Julien Marchand, rédacteur spécialisé marchés et DeFi chez HOGE Wire.

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