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● DeFi & On-chain

Staking liquide 2026 : le stETH, collatéral de réserve de la DeFi

En 2026, le stETH n'est plus un simple jeton de rendement : il est devenu le collatéral de réserve de la DeFi. Levier, risque oracle et cascades de liquidation, voici ce que cela change.

Le staking liquide a réglé un problème simple : immobiliser des ETH dans un validateur, c’est renoncer à la liquidité de ce capital. En échange de vos ETH, un protocole comme Lido vous remet un jeton, le stETH, qui continue de circuler pendant que vos ETH sécurisent Ethereum. On croyait l’histoire finie là. Sauf qu’en 2026, le stETH est devenu bien plus qu’un reçu de rendement : il s’est imposé comme le collatéral de réserve de la finance décentralisée, l’actif que les protocoles de prêt acceptent presque comme du cash et sur lequel se sont bâties des stratégies à effet de levier pesant des milliards.

C’est là que le risque a migré. Le rendement de base du staking, autour de 2,7 % selon Datawallet, n’a plus rien de spectaculaire. Ce qui fait la richesse, et la fragilité, du staking liquide aujourd’hui, c’est ce que la DeFi construit par-dessus : le looping, les oracles qui fixent la valeur du collatéral, la concentration d’un acteur dominant, et cette question devenue soudain très concrète de savoir qui règle les paramètres de risque quand des dizaines de milliards de dollars en dépendent. Avec un ETH qui s’échange autour de 2 115 euros, voici comment lire cette couche de collatéral, et comment ne pas s’y brûler.

Du rendement au collatéral : la mue du staking liquide

Le principe, lui, n’a pas bougé. Vous déposez des ETH auprès d’un protocole de staking liquide, il les délègue à des opérateurs de validateurs, et il vous émet en retour un jeton de reçu, le liquid staking token (LST). Ce jeton représente votre dépôt plus les récompenses accumulées ; vous pouvez le vendre, le prêter ou le déposer ailleurs sans jamais toucher à la file d’attente de retrait des validateurs. La liquidité, c’est tout l’argument.

Ce qui a changé, c’est l’échelle et l’usage. Une quarantaine de millions d’ETH sont aujourd’hui en staking, soit environ un tiers de l’offre en circulation, pour un rendement de base tombé autour de 2,7 % (Datawallet). Le segment liquide à lui seul pèse quelque 14 millions d’ETH répartis sur une trentaine de protocoles. Et le plus gros de ces jetons, le stETH de Lido, affiche une capitalisation d’environ 23,7 milliards de dollars (CoinGecko). Mais l’essentiel n’est plus dans ces chiffres bruts : il tient au fait que ce stETH est devenu la brique de base d’à peu près toute la DeFi de prêt.

Autrement dit, le staking liquide de 2026 ne se juge plus à son rendement affiché, mais à ce que l’on peut empiler dessus. Le jeton est passé du statut de placement à celui d’infrastructure. Et comme toute infrastructure, ses points de rupture ne sont pas là où on les cherche d’habitude.

stETH ou wstETH : rebasing contre taux de change

Premier piège pour qui découvre le sujet : il existe deux versions du même actif, et la DeFi n’utilise presque jamais celle que les débutants connaissent. Le stETH classique fonctionne en rebasing : le solde affiché dans votre portefeuille augmente chaque jour, à mesure que les récompenses tombent. Pratique pour suivre son rendement à l’oeil, cauchemardesque pour un contrat intelligent, dont la comptabilité déteste qu’un solde change tout seul.

D’où le wstETH (wrapped stETH), qui inverse la mécanique : le solde reste fixe, c’est la valeur du jeton qui monte. Un wstETH vaut aujourd’hui environ 1,2469 ETH (CoinGecko), non pas parce qu’il se négocie avec une prime, mais parce qu’il incorpore plus de deux ans de récompenses accumulées. Ce détail est capital : quand un néophyte voit « 1 wstETH = 1,25 ETH » et croit à une décote ou à une surcote, il se trompe de repère. Le taux de change monte mécaniquement, par construction.

Pour les protocoles de prêt, ce modèle à taux de change est bien plus commode : un solde constant se comptabilise sans heurt, se prend en collatéral sans réévaluation permanente, et se prête sans casse-tête. C’est pour cette raison que, dès qu’on parle de collatéral, on parle de wstETH (ou de rETH, de cbETH, tous à taux de change), pas du stETH rebasant. La distinction paraît technique ; elle explique pourquoi le staking liquide a pu se glisser au coeur de la finance on-chain.

  • stETH (rebasing) : solde qui grossit chaque jour, idéal pour détenir et suivre son rendement à l’oeil nu.
  • wstETH (taux de change) : solde fixe, valeur croissante, format préféré des protocoles DeFi.
  • Conversion réversible à tout moment entre les deux, sans passer par la file de retrait.

La carte du marché et le problème du tiers

Le marché du staking liquide est l’un des plus concentrés de la crypto. Lido domine de très loin : son stETH représente environ 62 % du segment liquide et pèse quelque 8,9 millions d’ETH, même si sa part de l’ensemble des ETH en staking est retombée autour de 23 %, contre un pic proche de 32 % fin 2023 (CCN). Derrière, le peloton est clairsemé : le rETH de Rocket Pool (environ 915 millions de dollars, CoinGecko), le wBETH de Binance et le cbETH de Coinbase (deux jetons custodial), puis les jetons frxETH et sfrxETH de Frax.

ProtocoleJetonModèleTaillePart du segment liquide
LidostETH / wstETHRebasing / taux de change~23,7 Mds $ (stETH)~62 %
Rocket PoolrETHTaux de change~915 M$quelques %
BinancewBETHTaux de change (custodial)plusieurs Mds $2e du segment
CoinbasecbETHTaux de change (custodial)quelques centaines de M$en recul
FraxfrxETH / sfrxETHDeux jetonsmoins de 300 M$marginal

Cette domination n’est pas qu’une curiosité de parts de marché. Elle touche à la sécurité même d’Ethereum. Le chercheur Danny Ryan a popularisé une grille de lecture désormais classique (notes.ethereum.org) : un acteur qui contrôlerait un tiers des ETH en staking pourrait empêcher la finalisation du réseau, la moitié lui permettrait de censurer, et deux tiers de finaliser une chaîne invalide. C’est le fameux « problème du tiers ».

Vitalik Buterin ne dit pas autre chose. Il a rangé la domination d’un fournisseur de staking parmi « les plus grands risques » pesant sur Ethereum, dans le cadre de sa feuille de route de recherche dite « the Scourge » (The Block). Le paradoxe est cruel : le staking liquide a si bien résolu le problème de la liquidité qu’il en a créé un autre, celui de la concentration. Nous y reviendrons, car la parade de Lido, la double gouvernance, est l’un des chantiers les plus intéressants de l’année.

Pourquoi le stETH est devenu le collatéral de réserve

Un bon collatéral coche trois cases : il est liquide, sa valeur est prévisible, et il rapporte de préférence quelque chose pendant qu’il dort en garantie. Le wstETH les coche toutes. Il est corrélé à l’ETH presque à l’unité, ce qui rend son risque facile à modéliser. Il jouit d’une liquidité profonde sur les marchés secondaires. Et surtout, il continue de produire du rendement de staking même déposé en garantie : c’est un collatéral productif, là où un stablecoin ou de l’ETH nu dort sans rien rapporter.

Résultat, le wstETH s’est hissé au rang de troisième actif de collatéral sur Aave dès octobre 2025 (Aave), aux côtés du wBTC et des stablecoins. Aave lui a même dédié un marché spécifique, le marché Lido, où le couple wstETH/WETH bénéficie de ratios prêt-valeur (LTV) pouvant grimper jusqu’à 95 % en mode d’efficacité (e-mode). On retrouve le même schéma sur Spark, sur Morpho et sur la plupart des places de prêt on-chain : le wstETH y joue le rôle de garantie de référence.

Cette adoption a une conséquence directe : la santé de tout un pan de la DeFi de prêt dépend désormais de la bonne tenue d’un seul actif, lui-même émis par un seul protocole dominant. Le collatéral de réserve concentre donc à la fois la commodité et le risque systémique. Pour comprendre l’un, il faut regarder l’autre.

Le looping : transformer 3 % en rendement à deux chiffres

Puisque le wstETH sert de garantie et que l’ETH s’emprunte à bas coût, une stratégie s’est imposée : le looping, ou staking à effet de levier. Le principe tient en une boucle. Vous déposez du wstETH en collatéral, vous empruntez du WETH contre lui, vous échangez ce WETH contre davantage de wstETH, que vous redéposez, et vous recommencez. Chaque tour empile de l’exposition au rendement de staking sur le même capital de départ.

Le e-mode d’Aave, qui autorise des LTV jusqu’à 95 % pour des actifs corrélés, pousse la mécanique à l’extrême. Mathématiquement, un LTV de 90 % permet un levier théorique de dix fois (le multiplicateur vaut 1 divisé par 1 moins le LTV). Un rendement de base de 2,6 % peut alors, sur le papier, se transformer en rendement à deux chiffres. Le tableau ci-dessous illustre la mécanique, avec des hypothèses volontairement simples.

LTV (e-mode)Levier approx.Rendement net approx.Marge avant liquidation
0 %1x~2,6 %totale
50 %2x~3,2 %large
75 %4x~4,4 %moyenne
90 %10x~8,0 %mince
93 %~14x~10,6 %quasi nulle

Exemple illustratif. Rendement net estimé = levier x 2,6 % moins (levier moins 1) x 2,0 %. Les taux d’emprunt sur Aave sont variables : une simple hausse suffit à faire passer le rendement dans le rouge.

La colonne de droite est la plus importante. Plus le levier monte, plus la marge avant liquidation fond. À 90 % de LTV, la moindre secousse sur le prix relatif du collatéral, ou un simple hoquet de l’oracle qui le valorise, suffit à déclencher une liquidation. Le looping n’est pas une martingale : c’est un échange de rendement contre fragilité, dont les termes se dégradent brutalement dans les extrêmes.

Les maths du carry : quand le levier se retourne

Le looping est un carry trade, ni plus ni moins. Vous encaissez un rendement (le staking, multiplié par le levier) et vous payez un coût (l’intérêt sur l’ETH emprunté, multiplié par le levier moins un). Tant que le premier dépasse le second, la boucle est profitable. Le jour où le taux d’emprunt de l’ETH passe au-dessus du rendement de staking, le carry devient négatif : vous payez pour rester exposé, et le levier amplifie la perte au lieu du gain.

Or ce taux d’emprunt n’a rien de fixe. Sur Aave, il monte avec la demande d’emprunt et se tend quand le taux sans risque global grimpe. C’est le lien souvent oublié entre la DeFi et la macro : quand le loyer de l’argent augmente, le rendement du carry on-chain se comprime, exactement comme pour la base des contrats à terme sur le bitcoin, qui sert de plancher au rendement du carry. Un opérateur de looping doit surveiller ce spread comme le lait sur le feu.

La leçon pratique est simple : un rendement affiché à deux chiffres sur une position à effet de levier n’est jamais acquis. Il suppose que le taux d’emprunt reste sage, que l’oracle reste juste, et que le collatéral ne décroche pas. Trois hypothèses qui tiennent la plupart du temps, jusqu’au jour où elles cèdent, toutes en même temps.

L’oracle est le vrai risque : l’incident Aave CAPO

Le 10 mars 2026, Aave a offert une démonstration grandeur nature de ce dernier point. Ce jour-là, ce n’est pas le marché qui a lâché, c’est un oracle. Le CAPO (Correlated Asset Price Oracle), un garde-fou censé lisser le prix du wstETH par rapport à l’ETH, s’est retrouvé mal configuré : une incohérence entre le ratio et son horodatage lui a fait afficher un taux d’environ 1,1939 au lieu de la valeur réelle proche de 1,228, soit un wstETH sous-évalué d’environ 2,85 % (The Block).

Sous-évaluer le collatéral, c’est déclencher des liquidations qui n’auraient pas dû avoir lieu. Environ 26 millions de dollars de positions wstETH, réparties sur 34 comptes, ont été liquidées à tort, pour quelque 10 938 wstETH. La cause racine : un plafond on-chain limitant la hausse du ratio à 3 % par période de trois jours, qu’un processus hors-chaîne n’avait pas anticipé, plus un horodatage périmé. Aucune créance douteuse n’en a résulté, et un plan de compensation (141,5 ETH récupérés plus jusqu’à 345 ETH prélevés sur la trésorerie du DAO) a dédommagé les victimes ; les liquidateurs tiers, eux, ont empoché environ 499 ETH.

La morale est contre-intuitive. Le wstETH n’avait pas décroché ; sa valeur réelle était intacte. C’est la représentation de cette valeur, l’oracle, qui a failli. Pour un collatéral aussi systémique, le prix qui compte n’est pas celui du marché, mais celui que le protocole croit voir. Ce type de dysfonctionnement, où la plomberie de valorisation fait plus de dégâts qu’un vrai mouvement de prix, est devenu un motif récurrent en 2026, comme l’a rappelé le bilan d’août de CertiK sur la manipulation de prix dans la DeFi.

Qui surveille le collatéral ? Le départ de Chaos Labs

L’incident de mars pose une question dérangeante : qui décide, au juste, du LTV maximal du wstETH, de son seuil de liquidation, du réglage de son oracle ? La réponse, sur Aave, était longtemps : Chaos Labs, la société de gestion de risque qui calibrait les paramètres du protocole depuis novembre 2022. Or, en avril 2026, Chaos Labs a claqué la porte (CoinDesk).

Le motif tient autant du budget que de la responsabilité. La firme a refusé une proposition de renouvellement à 5 millions de dollars, estimant qu’il lui en faudrait au moins 8 pour couvrir à la fois le déploiement V3 existant et la future architecture V4, jugée bien plus complexe. Rapporté aux 142 millions de dollars de revenus d’Aave en 2025, ce budget de gestion du risque représentait à peine 2 % des recettes. Son patron, Omer Goldberg, a évoqué un désalignement fondamental avec la stratégie d’Aave et, surtout, le poids d’une responsabilité juridique non définie pour qui règle les curseurs de dizaines de milliards de dollars de prêts (The Block).

Chaos Labs est le troisième contributeur majeur à quitter Aave, après BGD Labs et l’Aave Chan Initiative. Pour l’utilisateur de staking liquide, ce feuilleton de gouvernance n’est pas anecdotique : le collatéral de réserve de la DeFi ne vaut que par la qualité des paramètres qui l’encadrent, et ces paramètres sont réglés par des humains, rémunérés par des votes de trésorerie, exposés à un risque légal flou. La solidité du wstETH-collatéral tient autant à la sociologie de la gouvernance qu’aux mathématiques du contrat.

Le peg qui n’en est pas un : prix de marché contre valeur liquidative

Revenons au malentendu du « peg ». Un wstETH à 1,2469 ETH ou un rETH à 1,1741 ETH (CoinGecko) ne sont pas des jetons au-dessus de leur ancrage : ils valent plus d’un ETH parce qu’ils en contiennent plus d’un, récompenses comprises. Le seul ancrage à surveiller, c’est l’écart entre le prix de marché du jeton et sa valeur liquidative (la quantité d’ETH qu’il représente réellement). Tant que les deux collent, tout va bien. Quand ils divergent, c’est le signal d’un stress de liquidité, pas d’un vice de construction.

L’histoire a un précédent fondateur. En mai et juin 2022, dans le sillage de l’effondrement de Terra, le stETH s’est négocié en décote : Celsius avait mis en gage des centaines de millions de dollars de stETH sur Aave, et Three Arrows Capital a retiré d’un coup près de 400 millions de dollars du principal pool Curve stETH/ETH, asséchant la sortie. Le stETH est tombé autour de 0,93 à 0,95 ETH (CoinDesk). Pas de hack, pas de défaut du protocole : une simple crise de confiance et de liquidité, aggravée par le fait qu’à l’époque, avant Shapella, le stETH n’était même pas encore remboursable en ETH.

Ce qui détermine ce prix de marché, c’est le carnet d’ordres et la profondeur des pools, pas une promesse de parité. C’est la même logique que celle qui fixe la cotation du bitcoin, où le volume fait le prix bien plus que n’importe quel juste théorique. Pour un collatéral, cette nuance est vitale : un protocole qui liquide sur le prix de marché plutôt que sur la valeur liquidative peut punir des positions parfaitement saines lors d’un simple trou d’air de liquidité.

Cascades de liquidation et collatéral partagé

Quand tout le monde utilise le même collatéral pour la même stratégie, le risque cesse d’être individuel. Une baisse brutale du prix relatif du wstETH, réelle ou provoquée par un oracle, fait franchir à des milliers de positions leur seuil de liquidation en même temps. Les liquidateurs vendent le collatéral saisi, ce qui pèse encore sur son prix, ce qui déclenche de nouvelles liquidations : la cascade. Plus le looping a comprimé les marges, plus l’amorce est facile.

Le staking liquide a évité le pire jusqu’ici, mais son cousin, le restaking, a montré le scénario noir. En avril 2026, un actif de restaking liquide (le rsETH de Kelp), utilisé en collatéral, a laissé près de 200 millions de dollars de créances douteuses sur Aave après un exploit (Forbes). La distinction est essentielle et souvent brouillée : un jeton de staking liquide représente de l’ETH en staking simple, un jeton de restaking y superpose des couches de risque supplémentaires. Confondre les deux dans un même bac à collatéral, c’est importer le risque de l’un dans l’autre.

Ce risque de corrélation est aussi un risque de positionnement. Quand le levier agrégé est élevé et la volatilité faible, tout paraît calme ; c’est précisément le moment où une secousse fait le plus de dégâts, comme le rappellent les lectures de surface de volatilité et de positionnement des dérivés. Le collatéral partagé transforme un incident local en événement de marché.

Concentration et double gouvernance : la parade de Lido

Reste le risque de fond, celui de la concentration. Si Lido pèse une part aussi grande du staking, alors gouverner Lido revient presque à gouverner une fraction critique d’Ethereum. La réponse du protocole s’appelle la double gouvernance (dual governance), entrée en vigueur à l’été 2025 (The Block). L’idée : les détenteurs de stETH ne votent pas les décisions, mais ils peuvent les bloquer. Un seuil de 1 % du stETH en opposition déclenche un timelock dynamique de plusieurs jours ; au-delà de 10 %, un mécanisme de rage quit gèle la décision le temps que les mécontents sortent leurs ETH.

C’est une architecture de contre-pouvoir, pensée pour qu’un détournement des jetons de gouvernance (les LDO) ne puisse pas imposer une décision aux détenteurs du capital réel (les stETH). Le timelock y joue le rôle central, exactement le genre de garde-fou dont la crypto découvre chaque année la fragilité : on l’a vu avec l’attaque de gouvernance de Term Finance, qui a su déjouer un timelock que l’on croyait suffisant. La double gouvernance de Lido est un pari : rester incapturable plutôt que se plafonner soi-même.

En parallèle, Lido a lancé en 2026 une consolidation de son parc de validateurs, en s’appuyant sur l’EIP-7251 qui a relevé le solde effectif maximal d’un validateur de 32 à 2 048 ETH (eips.ethereum.org). Moins de validateurs, mais mieux dotés et forcés de déposer des cautions : la manoeuvre réduit la surface d’attaque opérationnelle sans rien changer, hélas, à la question de la concentration économique. Sur ce front, la seule vraie parade reste la diversification du marché, que le peloton peine à imposer.

D’où vient vraiment le rendement

Il vaut la peine de rappeler d’où sort ce rendement de base, car il conditionne tout le reste. Un validateur Ethereum gagne trois choses : l’émission de nouveaux ETH pour son travail de consensus, les frais de priorité payés par les utilisateurs, et la valeur extractible par les mineurs, la fameuse MEV, captée via des enchères de blocs. L’émission dépend du nombre total d’ETH en staking (plus il y a de stakers, moins chacun touche) ; les frais et la MEV, eux, dépendent de l’activité réelle du réseau.

Sur ce brut, Lido prélève une commission de 10 %, partagée entre les opérateurs et le DAO. Le détenteur de stETH touche donc un net d’environ 2,6 %, la fourchette tous frais compris montant vers 3,1 à 3,3 % les bons mois grâce à la MEV (Datawallet). La distinction compte pour juger de la qualité d’un rendement : la part issue de l’émission est en partie une dilution, tandis que la part issue des frais et de la MEV est un vrai revenu, tiré de l’usage. Un LST qui affiche un rendement supérieur ne fait souvent que concentrer la même récompense sur moins de jetons, ou prendre plus de risque.

L’EIP-7251, en autorisant le compounding automatique des récompenses sur des validateurs à plus gros solde, améliore légèrement le rendement composé et simplifie la vie des gros opérateurs. Mais l’ordre de grandeur ne bouge pas : le staking d’ETH est un placement à rendement modeste. Tout ce qui promet beaucoup plus vient d’un levier, d’un risque de contrepartie, ou des deux.

Régulation : l’AMF, MiCA et le feu vert de la SEC

Côté européen, le staking liquide avance dans un angle mort. MiCA, le règlement européen sur les crypto-actifs, ne prévoit pas de catégorie de service « staking » en tant que telle. Un staking custodial, où une plateforme conserve vos clés et stake pour vous, relève des services de conservation et d’administration soumis à l’agrément CASP ; un LST purement décentralisé, où un contrat émet le jeton, tombe dans la zone grise de la DeFi que MiCA ne tranche pas encore. En France, l’AMF supervise les prestataires (CASP), pas les protocoles.

Le calendrier ajoute une pression. La période transitoire qui permettait aux anciens PSAN français d’opérer sans agrément MiCA complet s’est achevée le 1er juillet 2026 ; l’AMF a rappelé dès février 2026 que les acteurs non conformes devaient organiser une sortie ordonnée, sous peine de sanctions pénales (AMF). Pour un fournisseur de staking custodial servant des clients français, la question n’est plus théorique.

JuridictionAutoritéTraitement du staking liquide
France / UEAMF + MiCAPas de catégorie staking dédiée ; custodial = service de conservation (CASP), LST décentralisé en zone grise
États-UnisSECSafe harbor du 5 août 2025 : staking liquide et jetons-reçus non qualifiés de titres, sous conditions

Outre-Atlantique, la clarté est venue plus vite. Le 5 août 2025, la division Corporation Finance de la SEC a explicitement étendu son safe harbor au staking liquide et aux jetons de reçu comme le stETH : correctement structurés, ils ne sont pas des titres financiers (SEC). La commissaire Hester Peirce a résumé la doctrine dans une déclaration au titre limpide, « Providing Security is not a ‘Security’ » (SEC). Le garde-fou est clair, toutefois : un custodian qui garantirait un rendement fixe ou exercerait une discrétion sur le staking sortirait du refuge. La sécurité, oui ; la promesse de rendement garanti, non.

Utiliser le stETH comme collatéral sans se faire liquider

Pour l’utilisateur, la synthèse tient en quelques règles de survie. Elles ne rendent pas le looping sûr, elles le rendent moins imprudent.

  • Gardez une marge. Un LTV proche du plafond e-mode ne laisse aucune place à un hoquet d’oracle ou à un trou de liquidité ; visez un tampon large plutôt que le rendement maximal.
  • Surveillez le taux d’emprunt. Un carry positif ce matin peut virer au rouge cet après-midi si la demande d’ETH emprunté se tend ; le rendement affiché n’est jamais garanti.
  • Comprenez l’oracle. Sachez si le protocole valorise votre collatéral au prix de marché ou à la valeur liquidative, et connaissez ses garde-fous (comme le CAPO) et leurs modes de défaillance.
  • Ne mélangez pas staking et restaking. Un jeton de restaking (rsETH et consorts) porte un risque supplémentaire ; ne le traitez pas comme du wstETH.
  • Pensez à la sortie. La conversion en ETH via la file de retrait prend de un à plusieurs jours ; en cas de stress, le marché secondaire peut se payer cher.

Au-delà de l’utilisateur, la trajectoire de fond est claire : le staking liquide est devenu une infrastructure institutionnelle. Des produits comme l’ETF ETH stakés de BlackRock, les coffres modulaires de Lido V3 et l’arrivée de trésoreries d’entreprise sur le wstETH tirent la demande vers le haut. Le collatéral productif de la DeFi est en train de devenir le collatéral productif de la finance tout court. Reste à savoir si la gestion du risque, la gouvernance et les oracles suivront le rythme de cette institutionnalisation. En 2026, c’est la vraie question du staking liquide, bien plus que le demi-point de rendement.

Foire aux questions

Quelle est la différence entre stETH et wstETH ?

Le stETH est la version rebasing : son solde augmente chaque jour au rythme des récompenses. Le wstETH est la version à taux de change : le solde reste fixe et c’est la valeur du jeton qui monte (environ 1,2469 ETH aujourd’hui). Les deux représentent le même dépôt et se convertissent librement ; la DeFi préfère le wstETH parce qu’un solde constant est plus simple à utiliser comme collatéral.

Le stETH peut-il perdre son ancrage à l’ETH ?

Le stETH ne vise pas une parité fixe avec l’ETH : il vaut ce que valent les ETH qu’il représente. Le seul écart à surveiller est celui entre son prix de marché et sa valeur liquidative. Cet écart s’est creusé en 2022, lors de la crise Terra et Celsius, quand le stETH s’est négocié autour de 0,93 à 0,95 ETH faute de liquidité de sortie. Ce fut un stress de marché, pas un défaut du protocole.

Qu’est-ce que le looping du stETH et est-ce risqué ?

Le looping consiste à déposer du wstETH, emprunter de l’ETH, racheter du wstETH, redéposer et répéter, pour multiplier l’exposition au rendement de staking. C’est un carry trade à effet de levier : il amplifie les gains quand le rendement dépasse le coût d’emprunt, mais il amplifie aussi les pertes et rapproche la position du seuil de liquidation. Une hausse du taux d’emprunt ou une erreur d’oracle peut suffire à le faire basculer.

Le staking liquide est-il légal et réglementé en France ?

Oui. En Europe, MiCA ne crée pas de catégorie staking spécifique : un staking custodial relève des services de conservation soumis à l’agrément CASP, supervisé en France par l’AMF, tandis qu’un LST décentralisé reste dans une zone grise. La période transitoire pour les anciens PSAN s’est achevée le 1er juillet 2026. Aux États-Unis, la SEC a précisé en août 2025 que le staking liquide correctement structuré n’est pas un titre financier.

Pourquoi Lido pose-t-il un problème de concentration ?

Parce que Lido contrôle une part importante des ETH en staking, une prise de contrôle de sa gouvernance équivaudrait presque à une prise de contrôle d’une fraction critique d’Ethereum. Un acteur dépassant un tiers du staking pourrait perturber la finalisation du réseau. Lido a répondu avec la double gouvernance, qui donne aux détenteurs de stETH un droit de véto et une option de sortie, mais le risque de fond de la concentration demeure.

Par Julien Mercier, rédaction DeFi de HOGE Wire.

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