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● Markets

Positionnement dérivés : qui tient les manettes du marché crypto ?

Gamma des market makers, vide institutionnel sur le CME, bascule vers les options IBIT : le positionnement des dérivés crypto révèle qui pilote vraiment le Bitcoin mi-2026.

Le 17 juillet 2026, 19 000 contrats d’options sur Bitcoin sont arrivés à expiration sur Deribit, pour un notionnel proche de 1,2 milliard de dollars. En apparence, rien d’alarmant : le ratio put/call est ressorti à 0,9, le prix de « max pain » à 63 000 dollars, et le Bitcoin évoluait, comme depuis plus d’un mois, dans une fourchette étroite entre 60 000 et 65 000 dollars (Greeks.live via Bloomingbit). Un marché qui semble s’être endormi en plein été.

Mais sous cette surface plate, le positionnement sur les dérivés raconte une histoire à plusieurs niveaux. Les teneurs de marché (market makers) qui vendent des options ont accumulé une exposition en gamma qui agit comme un frein physique au dessus de 70 000 dollars. Sur le CME, gestionnaires d’actifs et hedge funds réduisent leurs positions en même temps, un phénomène rare qui laisse le marché institutionnel dans ce qui ressemble à un vide de positionnement. Et en toile de fond, le centre de gravité des options Bitcoin a commencé, cette année, à basculer de Deribit vers des produits cotés à Wall Street. Comprendre ces couches permet de lire le marché autrement qu’à travers le seul prix au comptant.

Le tableau de bord du positionnement : trois couches à lire ensemble

Parler de « positionnement » sur les dérivés crypto revient à mesurer trois choses distinctes, souvent confondues. La première est la taille de l’effet de levier en circulation : l’open interest, le notionnel total des contrats futures et perpétuels encore ouverts, et le funding rate, ce taux que les positions longues et courtes se paient entre elles sur les perpétuels pour ancrer leur prix sur le comptant. Nous avons détaillé ce mécanisme formule par formule dans notre guide sur le funding rate, une lecture complémentaire utile avant d’aller plus loin ici.

La deuxième couche est la structure des options : qui achète des protections (puts), qui vend de l’upside (calls), à quels prix d’exercice, et comment les teneurs de marché couvrent le risque que cela leur transfère. C’est cette couche, largement ignorée du grand public, qui explique pourquoi le Bitcoin bute parfois sur des niveaux de prix précis sans raison fondamentale apparente, un phénomène que nous détaillons plus loin.

La troisième couche est institutionnelle : les rapports hebdomadaires Commitments of Traders (COT) de la CFTC, qui ventilent les positions ouvertes sur les futures Bitcoin du CME par catégorie d’acteur (gestionnaires d’actifs, fonds à effet de levier, dealers). C’est la seule fenêtre régulée et publique sur ce que font réellement les grandes institutions, par opposition aux flux on-chain, qui montrent des mouvements de portefeuilles sans jamais révéler l’intention derrière eux. Prises séparément, ces trois couches racontent des histoires partielles. Assemblées, elles dessinent une carte plus fidèle du marché que le prix seul.

Open interest et funding : la photo de la mi-juillet

Un mois et demi plus tôt, le tableau était très différent. Début juin 2026, alors que le Bitcoin évoluait encore autour de 69 300 dollars, l’open interest agrégé sur les futures et perpétuels atteignait environ 773 000 BTC, l’une des lectures les plus élevées jamais enregistrées, avec un funding annualisé proche de 10 % et un Coinbase Premium Index tombé à -100, signe d’une pression vendeuse plus marquée sur les plateformes américaines qu’ailleurs (CoinDesk). Les traders sur produits dérivés pariaient massivement sur un rebond, alors même que la demande spot se dégradait déjà, un décalage que plusieurs analystes avaient qualifié de signal d’alerte à l’époque.

Mi-juillet, ce décalage s’est largement résorbé. Le Bitcoin s’échange autour de 64 000 dollars, environ 56 000 euros au taux de change actuel (proche de 1,144 dollar pour un euro), l’open interest sur les futures toutes plateformes confondues tourne autour de 48 milliards de dollars, soit environ 42 milliards d’euros (CoinGlass), et le funding est retombé proche de la neutralité. Ni euphorie acheteuse, ni panique vendeuse : le marché a dégonflé son effet de levier sans effondrement du prix, ce qui est généralement meilleur signe qu’une purge brutale et rapide.

IndicateurLecture (mi-juillet 2026)Ce que cela signale
Prix du Bitcoinenviron 64 000 $ / 56 000 €Fourchette étroite entre 60 000 et 65 000 $ depuis plus d’un mois
Open interest futures (toutes plateformes)environ 48 Md$ / 42 Md€Effet de levier nettement dégonflé depuis le pic du début d’année
Funding rate BTCproche de la neutralitéNi euphorie acheteuse ni panique vendeuse
Put/call ratio BTC (échéance du 17 juillet)0,9Marché équilibré, léger biais haussier
Max pain BTC (échéance du 17 juillet)63 000 $Proche du spot, faible tension mécanique
Strike BTC le plus garni70 000 $ (call), 1,63 Md$ d’OIZone de résistance gamma actuelle
Put/call ratio ETH (échéance du 17 juillet)1,61Couverture baissière nettement plus marquée que sur BTC
CME, gestionnaires d’actifs, position netteenviron 800 M$ de longPlus bas niveau depuis le lancement des ETF spot
CME, fonds à effet de levier, position nette-1,95 Md$ (short)Amélioré depuis -10 Md$, mais toujours net short
Liquidations sur 24h (17 juillet)432 M$, dont 365 M$ de longsRatio longs/shorts de 5,5 pour 1

Ce tableau capture un instant, pas une tendance. C’est précisément pour cela qu’il faut le croiser avec les couches suivantes, options et institutionnels, avant d’en tirer une conclusion directionnelle.

Le mur des 70 000 dollars : le gamma des market makers

Sur Deribit, le strike qui concentre le plus d’open interest en options d’achat (calls) est actuellement 70 000 dollars, avec environ 1,63 milliard de dollars de contrats ouverts. Ce niveau a détrôné le call à 80 000 dollars, qui occupait la première place depuis six mois, tandis que le call à 72 000 dollars arrive en troisième position. Côté protection, le put à 60 000 dollars reste le pari baissier le plus recherché (CoinDesk).

Ce mur de calls à 70 000 dollars n’est pas qu’une statistique isolée. Imran Lakha, fondateur d’Options Insights, explique que les teneurs de marché détiennent une exposition en gamma nette longue au dessus de ce niveau, ce qui les pousse à « vendre ou céder dans la force au dessus de 70 000 » pour rester neutres ou couverts. Selon lui, cette dynamique « agit comme un frein, limitant la vitesse à laquelle le Bitcoin peut monter une fois qu’il atteint cette zone » (CoinDesk).

Alex Kuptsikevich, analyste en chef chez FxPro, voit dans cette accalmie une fenêtre d’entrée plutôt qu’un signal d’alarme : « acheter dans un marché calme, à moins de la moitié des niveaux de pic, ressemble à une tactique parfaitement raisonnable pour les jours ou semaines à venir » (CoinDesk). Les deux lectures ne se contredisent pas : un marché contenu par le gamma peut très bien rester une zone d’accumulation raisonnable, tant que personne ne s’attend à une explosion de prix à court terme.

Comment fonctionne la couverture en gamma, en pratique

Le mécanisme derrière le mur des 70 000 dollars mérite d’être détaillé, car il explique une bonne partie du comportement du Bitcoin près des strikes très garnis. Quand un market maker vend une option, il ne parie pas sur la direction du marché : il cherche à rester delta neutre, c’est à dire sans exposition directionnelle nette, en achetant ou en vendant l’actif sous jacent au fur et à mesure que le prix bouge. Cette opération de couverture continue s’appelle le delta hedging.

Quand un teneur de marché est net long en gamma sur une zone de prix, parce que les clients ont davantage acheté que vendu d’options sur cette zone, sa couverture consiste à vendre quand le prix monte et à acheter quand il baisse pour rester neutre. Le résultat est un amortisseur : les mouvements dans cette zone sont freinés, parce que la couverture du dealer va mécaniquement à l’encontre de la tendance en cours.

C’est l’inverse quand le dealer est net court en gamma : il doit alors acheter quand le prix monte et vendre quand il baisse pour rester couvert, ce qui amplifie la tendance en cours au lieu de la freiner. Ce sont ces épisodes de gamma courte qui produisent les mouvements les plus violents et les plus rapides, à la hausse comme à la baisse, souvent près d’une échéance d’options importante ou lorsque le prix sort brutalement de la zone où le gamma était concentré. Suivre où se situe la bascule entre gamma longue et gamma courte, ce que certains desks appellent le niveau de gamma zéro, est devenu une pratique standard chez les professionnels des options.

Le paradoxe de la compression : une faible volatilité prépare parfois un mouvement violent

Un marché qui s’endort n’est jamais un marché qui s’arrête. L’indice de volatilité implicite à 30 jours du Bitcoin sur Deribit est retombé depuis les sommets atteints fin juin, une normalisation confirmée par la note de QCP Capital, qui observait à la mi-juillet une volatilité implicite en léger repli et un skew court terme resserré (KuCoin). Cette compression n’a rien d’anodin : dans les cycles précédents, une volatilité implicite durablement basse a souvent précédé, plutôt qu’exclu, des mouvements brusques.

Le mécanisme est le même que celui du gamma décrit plus haut, mais à l’échelle du marché entier. Quand la volatilité réalisée reste inférieure à la volatilité implicite pendant plusieurs semaines, les vendeurs d’options, souvent des stratégies de rendement comme la vente d’options couvertes (covered calls), engrangent des primes régulières, ce qui alimente l’exposition longue en gamma des dealers et retient le prix dans une fourchette. Mais chaque strike garni représente aussi un point de bascule : une fois le prix suffisamment éloigné du mur, ou une fois l’échéance passée et l’open interest qui s’y rattachait expiré, l’amortisseur disparaît. Rien ne remplace le gamma perdu tant qu’une nouvelle concentration de strikes ne s’est pas reconstituée ailleurs.

C’est exactement ce qui explique pourquoi les desks professionnels suivent de si près la séquence des échéances mensuelles et trimestrielles sur Deribit : chacune redistribue les cartes du gamma agrégé, et la période qui suit immédiatement une grosse échéance est statistiquement celle où la volatilité réalisée a le plus de chances de rattraper, voire de dépasser, la volatilité implicite.

Le put/call ratio et le skew : la boussole du sentiment

Le ratio put/call, le rapport entre le nombre de contrats de vente et d’achat ouverts, donne une lecture rapide du sentiment. Un ratio proche de 1 signale un marché équilibré ; un ratio nettement supérieur à 1 signale une demande de protection dominante, tandis qu’un ratio nettement inférieur à 1 trahit un appétit marqué pour l’upside.

Sur l’échéance du 17 juillet, le Bitcoin affichait un ratio de 0,9, proche de l’équilibre avec un léger biais haussier. L’Ethereum, sur la même échéance, affichait un ratio de 1,61, nettement plus défensif : 123 000 contrats sont arrivés à expiration pour un notionnel d’environ 230 millions de dollars, avec un prix de max pain à 1 800 dollars et une concentration du gamma des dealers entre 1 825 et 2 000 dollars. Le ratio put/call de l’ETH était resté supérieur à 1 pendant tout le mois précédant cette échéance, signe d’une couverture baissière persistante plutôt que ponctuelle (Greeks.live via Bloomingbit).

Le skew, l’écart de volatilité implicite entre les puts et les calls à distance égale du prix, généralement mesuré à 25 delta, complète cette lecture. Les puts se négocient presque toujours à une prime par rapport aux calls sur le Bitcoin, une caractéristique structurelle du marché crypto qui reflète la crainte persistante d’un crash plutôt qu’une prévision précise. Chez QCP Capital, la note publiée à la mi-juillet observait une demande claire sur les calls à 70 000 dollars pour fin juillet, signe d’un pari sur la saisonnalité (le mois de juillet affiche historiquement un gain moyen de 7,5 % pour le Bitcoin), tout en relevant une demande persistante sur les puts à 58 000 dollars pour la fin d’année, ce que la firme interprète comme un signe de prudence durable malgré le calme apparent (KuCoin).

Niveau de prix (BTC)NatureStatut mi-juillet 2026
60 000 $Put le plus demandéPlancher psychologique et niveau de protection privilégié
63 000 $Max painPrix d’équilibre théorique de l’échéance du 17 juillet
64 000 $ à 70 000 $Zone de gammaConcentration principale du gamma des dealers
70 000 $Call le plus garni1,63 Md$ d’OI, mur de résistance actuel
72 000 $CallRésistance secondaire, 3e position en OI
80 000 $CallA détenu la 1re place pendant 6 mois avant juillet 2026

Deribit perd du terrain face à IBIT et Wall Street

Une transformation plus structurelle s’est produite en parallèle des variations de sentiment : le marché des options Bitcoin a commencé à basculer hors de la crypto pure. En avril 2026, l’open interest sur les options IBIT, l’ETF Bitcoin au comptant de BlackRock coté au Nasdaq, a brièvement dépassé celui de Deribit : 27,61 milliards de dollars contre 26,9 milliards, alors que l’ensemble des grandes plateformes d’options combinées pesait environ 80 milliards de dollars en octobre 2025 (KuCoin).

Ce basculement n’est pas qu’une question de taille. L’échéance moyenne des contrats IBIT était, en avril 2026, environ deux mois plus longue que celle des contrats natifs sur les exchanges crypto, ce qui trahit un usage différent : du positionnement stratégique de moyen terme plutôt que de la spéculation court terme typique des plateformes offshore. La raison invoquée est structurelle : les fonds de pension et grands gestionnaires d’actifs ont besoin de la protection juridique qu’offrent des produits cotés aux États-Unis, quelque chose que Deribit, plateforme offshore, ne peut pas leur offrir, même si sa liquidité et sa profondeur de marché restent largement supérieures sur le très court terme.

Ce mouvement fait écho à ce que nous avions documenté sur les trésoreries crypto cotées et la fin de l’ère des primes : la même quête de légitimité réglementaire et d’accès institutionnel pousse une partie du marché à migrer vers des structures encadrées, quitte à sacrifier un peu de liquidité immédiate. Dans les deux cas, ce sont les mêmes catégories d’acteurs, fonds de pension, gestionnaires d’actifs traditionnels, family offices, qui pilotent la demande.

CME et les rapports COT : les deux camps se dégonflent ensemble

Le rapport Commitments of Traders, publié chaque vendredi par la CFTC avec les données du mardi précédent, ventile les positions ouvertes sur les futures réglementés par catégorie d’acteur : dealers, gestionnaires d’actifs (asset managers, essentiellement les positions liées aux produits comme les ETF), fonds à effet de levier (leveraged funds, principalement des hedge funds), et autres traders. Sur le Bitcoin du CME, c’est la seule photographie publique et vérifiable du positionnement institutionnel réglementé, à lire chaque semaine comme un thermomètre plutôt qu’un signal isolé.

Ce que ce rapport montre début juillet 2026 sort de l’ordinaire. Selon l’analyste Crazzyblockk de CryptoQuant, la position nette longue des gestionnaires d’actifs est tombée à environ 800 millions de dollars, son plus bas niveau depuis le lancement des ETF Bitcoin au comptant et la lecture la plus basse en 124 semaines de données CFTC, l’indice COT de cette catégorie restant à zéro pendant cinq semaines consécutives. Ce même agrégat avait pourtant culminé autour de 17,5 milliards de dollars en avril 2026, un plus haut de 14 mois, selon plusieurs agrégateurs de données CFTC.

Mais le plus frappant n’est pas cet effondrement isolé : c’est qu’il se produit en même temps qu’un dégonflement symétrique côté vendeur. La position nette courte des fonds à effet de levier s’est améliorée de -10 milliards à -1,95 milliard de dollars sur la même période, les ventes à découvert brutes reculant de 67,5 %, de 10,88 à 3,53 milliards de dollars. L’open interest total sur le CME a chuté de 63,5 %, de 18 à 6,6 milliards de dollars, et l’indice COT des fonds à effet de levier se situe désormais à 99,3, proche de son extrême historique (Coinpaper).

Catégorie CFTC (futures Bitcoin, CME)Pic d’avril 2026Début juillet 2026Évolution
Gestionnaires d’actifs, position nette longueenviron 17,5 Md$environ 800 M$Repli d’environ 95 %
Fonds à effet de levier, position nette courte-10 Md$-1,95 Md$Position courte réduite d’environ 80 %
Ventes à découvert brutes (gross shorts)10,88 Md$3,53 Md$-67,5 %
Open interest total sur le CME18 Md$6,6 Md$-63,5 %

Autrement dit, les longs institutionnels et les shorts à effet de levier se dégonflent au même rythme. Ce n’est pas une capitulation, où un camp abandonnerait le terrain à l’autre : c’est un vide. L’analyste rapproche cette configuration de novembre 2022, quand le Bitcoin, alors à 16 232 dollars, avait ensuite progressé de 30,3 % dans les mois suivants, tout en notant que la prochaine impulsion dépendra de qui, des longs institutionnels ou des shorts de basis trade, reconstituera sa position en premier (Coinpaper).

Ethereum, un positionnement à part

L’Ethereum, qui s’échange actuellement autour de 1 860 dollars, environ 1 625 euros, suit une dynamique de positionnement distincte de celle du Bitcoin. Selon la même analyse d’Options Insights citée plus haut, l’ETH reste nettement moins exposé aux dynamiques de gamma des dealers que le Bitcoin, ce qui limite l’effet de mur observé sur BTC autour de certains strikes (CoinDesk).

Fin juin, le skew à 25 delta de l’ETH a basculé en territoire positif sur les échéances de début juillet, signe que les traders payaient davantage pour se couvrir à la baisse qu’à la hausse, un basculement prudent plutôt que paniqué (NewsBTC). Le ratio put/call constamment supérieur à 1 tout au long du mois, documenté plus haut, confirme cette lecture défensive et persistante plutôt qu’un simple accident ponctuel.

Sur les marchés réglementés, l’écart avec le Bitcoin se retrouve aussi : le CME propose des futures Ether (50 ETH par contrat, réglés sur le CME CF Ether-Dollar Reference Rate) et les deux actifs disposent désormais d’un mécanisme Basis Trade at Index Close, mais les volumes institutionnels sur l’ETH restent une fraction de ceux du Bitcoin. Cela rend son positionnement dérivés plus sensible à des flux ponctuels, comme une grosse structure d’options isolée, qu’à une tendance de fond homogène.

Liquidations : l’effet de levier a la mémoire courte

Le 17 juillet 2026, environ 432 millions de dollars de positions ont été liquidées en 24 heures sur les marchés de futures et perpétuels Bitcoin et Ethereum, dont 365 millions de dollars de positions longues contre seulement 66,8 millions de dollars de positions courtes, un ratio de 5,5 pour 1. Entre 100 000 et 130 000 traders ont été touchés par cette purge (CryptoBriefing).

Ce n’était ni un record ni un événement isolé : des purges de taille comparable, parfois entre 498 millions et plus de 900 millions de dollars sur une seule journée, se sont répétées à plusieurs reprises entre mai et juillet 2026. Le schéma se reproduit inlassablement : dès que le funding remonte et que l’open interest se reconstitue vers un côté du marché, ce même côté se retrouve exposé à une cascade de liquidations au moindre accident de prix, chaque liquidation forcée alimentant la suivante en poussant le prix un peu plus loin dans la même direction.

Ces cascades sont aussi le moment où le positionnement dérivés croise le plus nettement l’activité on-chain : une liquidation massive de longs déclenche souvent des transferts de collatéral et des mouvements de grandes adresses que nous avons appris à décoder dans notre article sur les whale alerts et les mouvements de baleines. Un ordre de liquidation forcé sur un exchange n’est pas un choix de portefeuille, mais son effet sur le carnet d’ordres, et par ricochet sur les indicateurs on-chain, est souvent identique à celui d’une vente volontaire.

Hyperliquid et les dérivés on-chain, hors radar du CME

Aucun rapport COT ne couvre les perpétuels échangés sur les exchanges décentralisés, un angle mort qui pèse de plus en plus lourd dans une lecture complète du positionnement. Hyperliquid a atteint un record d’open interest supérieur à 11 milliards de dollars le 13 juillet 2026, en hausse de près de 9,7 % sur une semaine, porté notamment par les marchés d’actifs du monde réel (RWA) déployés via HIP-3, qui ont eux mêmes atteint un plus haut historique d’environ 3,6 milliards de dollars d’open interest, devançant désormais les segments Bitcoin et HYPE (CryptoTimes).

Hyperliquid capte aujourd’hui entre 60 et 80 % du volume des perpétuels échangés exclusivement on-chain, et environ 8 à 9 % de l’open interest mondial sur les perpétuels toutes catégories confondues, CEX et DEX réunis, un chiffre encore loin de Binance, Bybit ou OKX en valeur absolue, mais qui progresse plus vite que n’importe quelle autre plateforme suivie.

Ce positionnement on-chain a une particularité : il est entièrement public et vérifiable en temps réel sur la blockchain, contrairement aux carnets d’ordres des exchanges centralisés ou même du CME, où seules des synthèses hebdomadaires ou des chiffres agrégés sont publiés. Mais cette transparence ne dit rien de l’identité ou de l’intention des adresses concernées, ce qui rapproche ce type d’analyse des mêmes limites que le suivi des baleines évoqué plus haut : on voit le mouvement, jamais la raison qui le motive.

Ce que l’AMF et la MiFID II encadrent sur les dérivés crypto

En France, les dérivés sur crypto-actifs (futures, options, perpétuels, CFD) ne relèvent pas de MiCA, le règlement européen qui encadre les crypto-actifs au comptant et les prestataires de services sur crypto-actifs. Ils sont traités comme des instruments financiers classiques sous la directive MiFID II, ce qui place leur supervision sous l’autorité de l’AMF plutôt que sous le régime plus récent conçu pour le spot.

L’AMF a formellement tranché la question dans une analyse dédiée : un contrat sur crypto-monnaie réglé en espèces peut être qualifié de dérivé, indépendamment de la qualification juridique de la crypto-monnaie sous-jacente elle même. Les plateformes qui proposent des dérivés crypto en ligne entrent donc dans le champ de MiFID II et doivent se conformer aux règles d’agrément et de conduite des affaires ; leur publicité est en outre soumise à la loi Sapin 2, qui interdit la promotion de certains contrats financiers auprès du grand public par voie électronique (AMF).

Au niveau européen, l’ESMA a confirmé le 24 février 2026 que l’appellation commerciale « perpetual futures » n’a aucune incidence sur leur qualification : ces dérivés à effet de levier tombent sous le régime existant des mesures d’intervention sur les CFD prévu par MiFID II, avec plafond de levier, avertissement de risque obligatoire, clôture automatique des positions en cas de marge insuffisante, protection contre le solde négatif, et interdiction des incitations commerciales. Le levier retail y est plafonné à 2 pour 1 sur les crypto-actifs, contre des multiples parfois supérieurs à 100 pour 1 sur certaines plateformes offshore qui échappent à ce périmètre (ESMA).

Cet encadrement n’a rien de théorique. Dans une étude portant sur la période 2009-2013 auprès de près de 15 000 clients particuliers actifs sur le Forex et les CFD en France, l’AMF elle même avait constaté que 89 % d’entre eux étaient ressortis perdants sur quatre ans, pour une perte cumulée de 161 millions d’euros (AMF). L’étude est ancienne et antérieure à l’essor des crypto-actifs, mais c’est précisément le type de résultat que le plafond de levier à 2 pour 1 et l’interdiction de publicité cherchent aujourd’hui à limiter sur les dérivés crypto.

Les outils pour suivre le positionnement soi-même

Pour un lecteur qui veut suivre ces indicateurs sans les recalculer soi même, quelques sources reviennent systématiquement dans cet article et couvrent, ensemble, les trois couches décrites plus haut.

  • CoinGlass, pour l’open interest, le funding rate en temps réel toutes plateformes confondues, le put/call ratio et les cartes de liquidation.
  • Les statistiques publiques de Deribit, pour l’indice de volatilité implicite du Bitcoin et la répartition de l’open interest en options par strike et par échéance.
  • Les données CME COT compilées et republiées par The Block, pour suivre gratuitement l’évolution semaine par semaine des catégories de traders sur les futures réglementés.
  • Glassnode, pour des séries longues sur le skew à 25 delta et la base annualisée des futures, utiles pour resituer un chiffre ponctuel dans son contexte historique.

Aucun de ces outils ne donne, seul, une image complète. C’est en les croisant, un peu comme funding, open interest et positionnement institutionnel se croisent tout au long de cet article, qu’une lecture cohérente finit par émerger.

Les catalyseurs à surveiller d’ici la fin de l’été

Plusieurs échéances vont tester la solidité de ce calme apparent. Les expirations d’options mensuelles et trimestrielles sur Deribit restent le rendez vous le plus mécanique : elles concentrent une part disproportionnée de l’open interest total et peuvent, ponctuellement, aimanter le prix vers leur niveau de max pain avant de le relâcher juste après l’échéance, comme décrit plus haut.

Les décisions de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine restent le catalyseur macro le plus surveillé par les desks d’options, au point que les marchés qui pricent les probabilités de baisse de taux sont désormais suivis presque autant que les statistiques officielles elles mêmes pour calibrer une position. Nous avions détaillé ce mécanisme de formation des prix par les paris macro et politiques dans notre article sur les marchés prédictifs et leur impact réel sur la crypto.

Enfin, la tendance des flux sur les ETF spot Bitcoin et Ether continuera de peser sur le camp des gestionnaires d’actifs au CME : un retour d’entrées nettes soutenues serait le signal le plus direct que ce vide de positionnement institutionnel commence à se combler côté acheteur plutôt que côté vendeur. QCP Capital reconnaît elle même l’incertitude, rappelant le précédent de l’été 2022, où un rebond similaire au dessus de la moyenne mobile à 200 semaines avait précédé une rechute en août puis un plancher plus tardif à l’automne : un rappel utile que le dégonflement synchronisé du levier observé cet été ne garantit, à lui seul, aucune direction.

Foire aux questions

Qu’est-ce que le positionnement sur les dérivés crypto ?

Le positionnement désigne l’ensemble des paris directionnels, positions longues ou courtes, du niveau d’effet de levier et des couvertures détenues par les traders sur les marchés de futures, de perpétuels et d’options. Il se mesure via l’open interest, le funding rate, le ratio put/call et des rapports institutionnels comme le COT de la CFTC, et complète le prix au comptant en révélant si le marché est fragile ou équilibré.

Comment lire l’open interest et le funding rate ensemble ?

L’open interest mesure le notionnel total de contrats encore ouverts, c’est à dire la quantité d’effet de levier en circulation. Le funding rate indique quel camp, longs ou shorts, paie l’autre pour maintenir sa position sur les perpétuels. Une hausse simultanée des deux indique une conviction directionnelle croissante et potentiellement fragile ; une baisse de l’open interest, quelle que soit la direction du funding, signale plutôt un dégonflement du levier qu’un simple changement de sentiment.

Qu’est-ce que le gamma des market makers et pourquoi peut-il freiner une hausse du Bitcoin ?

Le gamma mesure la sensibilité de la couverture d’un teneur de marché aux mouvements de prix. Quand les dealers sont nets longs en gamma sur une zone de prix très garnie en options, ils doivent vendre quand le prix monte et acheter quand il baisse pour rester neutres, ce qui amortit les mouvements dans cette zone, comme observé mi-2026 autour du strike de 70 000 dollars sur Bitcoin. Une position courte en gamma produit l’effet inverse : elle amplifie la tendance en cours au lieu de la freiner.

Qu’est-ce que le rapport COT de la CFTC et pourquoi les traders crypto le suivent-ils ?

Le rapport Commitments of Traders, publié chaque vendredi par le régulateur américain CFTC, ventile les positions ouvertes sur les futures réglementés, dont ceux du Bitcoin au CME, par catégorie d’acteur : gestionnaires d’actifs, fonds à effet de levier, dealers. C’est la seule photographie publique et vérifiable du positionnement institutionnel réglementé, complémentaire des données on-chain qui montrent des mouvements de portefeuilles sans jamais révéler leur intention.

Les dérivés crypto, futures, options et perpétuels, sont-ils légaux et réglementés en France ?

Oui, sous réserve d’agrément. Les dérivés sur crypto-actifs relèvent de la directive MiFID II et non de MiCA, avec une supervision assurée par l’AMF. Au niveau européen, l’ESMA a confirmé que les perpetual futures sont traités comme des CFD, avec un levier retail plafonné à 2 pour 1, un avertissement de risque obligatoire et une interdiction de publicité pour les plateformes non autorisées. Les plateformes offshore qui proposent un levier bien plus élevé échappent à ce cadre protecteur.

Par Liam Brennan, rédaction Marchés de HOGE Wire.

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