Maths du halving : ce que les dérivés anticipent du cycle
Le halving est l'événement le plus prévisible de la finance, et les marchés dérivés ne le traitent pas comme un choc. Volatilité, skew, base et funding : ce qu'ils disent vraiment du cycle.
Au 7 septembre 2026, le Bitcoin s’échange autour de 67 780 EUR (environ 78 870 dollars), pour une capitalisation proche de 1 580 milliards de dollars, soit encore quelque 37,5 % sous son record de 126 080 dollars atteint le 6 octobre 2025. Le prochain halving, la cinquième division de la récompense de bloc, tombera vers avril 2028. Et c’est là tout le paradoxe : nous connaissons déjà la date approximative, le bloc exact et le montant précis de la coupe. Aucun autre marché financier ne dispose d’un rendez-vous aussi parfaitement annoncé des années à l’avance.
Cette prévisibilité change tout pour les marchés dérivés. Un chiffre d’inflation ou une décision de la Fed se «découvrent» le jour même ; le halving, lui, ne surprend personne. Résultat : les options, les futures et les perpétuels ne cotent pas le halving comme un choc. Ils cotent le cycle qui l’entoure, c’est-à-dire les attentes de hausse et de baisse dans les mois qui suivent. Lire ces instruments, c’est lire ce que l’argent réel anticipe vraiment, par opposition aux récits de cycle bâtis sur quatre points de données.
Cet article passe le halving au tamis de quatre lentilles : la volatilité implicite, le skew des options, la base des futures et le funding des perpétuels. Chacune raconte une facette du positionnement, et aucune ne prétend prédire le sommet du cycle. C’est précisément ce que leur silence a d’instructif : les acteurs qui risquent le plus d’argent sur la volatilité du Bitcoin refusent poliment de parier sur ce que les modèles de cycle affirment savoir.
Ce que le code garantit, et rien de plus
Le Bitcoin est plafonné à 21 millions d’unités. La récompense versée aux mineurs est divisée par deux tous les 210 000 blocs, soit environ tous les quatre ans, une règle inscrite dans la fonction GetBlockSubsidy de Bitcoin Core. Le halving d’avril 2024 a ramené la récompense de 6,25 à 3,125 BTC par bloc ; celui d’avril 2028 la fera passer à 1,5625 BTC. En flux quotidien, l’émission tombera d’environ 450 à environ 225 BTC par jour.
| Halving | Date | Bloc | Récompense (BTC) | Émission par jour |
|---|---|---|---|---|
| Genèse | 2009 | 0 | 50 | ~7 200 |
| H1 | nov. 2012 | 210 000 | 25 | ~3 600 |
| H2 | juil. 2016 | 420 000 | 12,5 | ~1 800 |
| H3 | mai 2020 | 630 000 | 6,25 | ~900 |
| H4 | avr. 2024 | 840 000 | 3,125 | ~450 |
| H5 (estimé) | ~avr. 2028 | 1 050 000 | 1,5625 | ~225 |
La seule chose que le halving garantit, c’est ce calendrier d’émission. Il ne dit rien du prix, rien de la demande, rien du calendrier d’un sommet. L’inflation annuelle de l’offre est déjà tombée sous 1 % (autour de 0,8 %) et se rapprochera de 0,4 % après 2028. Tout le reste relève de l’anticipation, et l’anticipation est précisément ce que les dérivés mettent en prix. Un marché d’options ne fixe pas la valeur future du Bitcoin ; il fixe le prix du risque autour de cette valeur.
Pourquoi un rendez-vous connu ne fait pas bouger la volatilité
La théorie des marchés efficients tient en une phrase : on ne peut pas être surpris par une date inscrite au calendrier. Quand une information est publique et datée, elle est intégrée aux prix bien avant l’échéance. Le halving coche toutes les cases de l’événement déjà escompté : personne, le jour venu, n’apprend quoi que ce soit de nouveau.
Les pupitres de dérivés le savent. Greg Magadini, directeur des dérivés chez Amberdata, résumait ainsi la logique avant la division de 2024 : payer une prime de volatilité pour un résultat aussi prévisible que le halving ne vaut pas la prime d’un véritable événement de volatilité. Autrement dit, un trader rationnel ne surpaie pas une protection contre un choc dont la nature et la date sont connues d’avance, contrairement à ce qu’il ferait avant un chiffre d’inflation incertain ou une décision de justice.
Il y a une raison plus profonde encore. En termes de flux, la coupe est minuscule. Retirer environ 225 BTC de l’émission quotidienne à partir de 2028 pèse peu face aux volumes échangés chaque jour sur le comptant, et surtout face à l’appétit des fonds indiciels : l’essentiel de l’offre nouvelle est déjà éclipsé par la demande des ETF au comptant. Le halving est donc, dans l’instant, un non-événement pour les prix. La question intéressante n’est jamais le jour J, mais les douze à dix-huit mois qui suivent.
La volatilité implicite : le DVOL et le «vol crush»
La première lentille est la volatilité implicite, c’est-à-dire l’ampleur de mouvement que les options intègrent dans leurs primes. La référence du secteur est le DVOL de Deribit, l’indice de volatilité implicite à 30 jours calculé selon une méthodologie de swap de variance inspirée du VIX. Comme près de neuf options Bitcoin sur dix se traitent sur Deribit, le DVOL fait office de VIX du crypto.
Autour d’un événement anticipé, la volatilité implicite suit un schéma bien connu : elle monte à l’approche du rendez-vous, puis s’effondre une fois l’incertitude levée. C’est le vol crush : la prime de risque de volatilité, l’écart entre volatilité implicite et volatilité réalisée, gonfle avant la date connue puis se dégonfle une fois la coupe passée, exactement ce que l’on a observé autour du halving d’avril 2024. Acheter des options juste avant un événement programmé, c’est souvent payer cher une assurance qui perd sa valeur dès le lendemain.
Pour un trader, la leçon est concrète : les desks avertis font l’inverse du grand public. Plutôt que d’acheter de la protection chère avant une échéance connue, ils vendent cette volatilité surévaluée et encaissent le dégonflement qui suit. C’est une raison de plus pour laquelle le jour du halving passe, année après année, sans le feu d’artifice que beaucoup imaginent : les professionnels ont déjà pris le pari inverse.
En régime normal, le DVOL évolue entre 50 % et 65 %. En 2026, il s’est nettement comprimé : passé sous 40 % au printemps, jusqu’à un plancher de plusieurs mois, il signalait des attentes tassées et des primes d’options bon marché. Une volatilité implicite basse offre une optionalité peu coûteuse, mais elle traduit surtout un marché qui ne se prépare pas à un mouvement de fin de cycle. Le message est clair : les options ne voient pas de choc imminent, halving ou pas.
Le skew : ce que le prix des options révèle du positionnement
La deuxième lentille est le skew, c’est-à-dire la différence de prix entre les options de vente (puts) et d’achat (calls) équidistantes. On la mesure via le risk reversal à 25 delta : quand les puts coûtent plus cher que les calls, on parle de skew acheteur de protection (put-rich), un marché sur la défensive ; quand ce sont les calls qui priment, la cupidité domine.
En 2026, le skew est resté défensif. Au printemps, le desk de trading QCP Capital décrivait un marché prudemment optimiste, pas euphorique, avec des risk reversals à 30 jours toujours put-rich, autour de -5,5 points de volatilité : les investisseurs participaient à la hausse tout en continuant de payer pour se couvrir à la baisse. Traduction : le marché des options couvre son dos et rêve de niveaux plus hauts, mais il ne paie pas pour une envolée parabolique.
Deux repères complètent cette lecture. Le point de max pain, le niveau de prix où le plus grand nombre d’options expirent sans valeur, agit souvent comme un aimant à l’approche des grandes échéances mensuelles. Et la répartition des calls lointains, régulièrement massés sur des strikes à six chiffres pour les échéances de fin d’année, révèle un optimisme réel mais peu engageant : le marché veut bien rêver de niveaux très hauts, tant que cela ne coûte presque rien aujourd’hui.
La concentration de l’open interest raconte la même histoire. Les positions se massent sur des strikes défensifs quand le prix stagne, puis se redéploient vers des calls lointains dès qu’un rebond se dessine. Ce positionnement en éventail est plus honnête que n’importe quelle prévision : il montre où l’argent réel place ses bornes, pas où un analyste espère voir le prix.
IBIT : quand les options débarquent sur les ETF
Le 19 novembre 2024, un basculement structurel s’est produit : les options sur les ETF Bitcoin au comptant ont commencé à se négocier sur les marchés américains réglementés. Le lancement des options sur l’IBIT de BlackRock a été spectaculaire, avec 1,9 milliard de dollars d’exposition notionnelle le premier jour, l’essentiel en calls (environ 289 000 contrats contre 65 000 puts), un début franchement haussier.
L’arrivée de ces options a aussi changé la mécanique de couverture. Chaque contrat vendu par une banque ou un teneur de marché doit être couvert sur le sous-jacent, ce qui relie désormais directement les flux d’options réglementées au prix au comptant du Bitcoin. Les limites de position imposées au départ, jugées strictes par le secteur, ont été pensées précisément pour éviter qu’un acteur unique ne concentre un pouvoir de marché excessif via ce nouveau canal.
Cet étage a rapproché la volatilité du Bitcoin des circuits de Wall Street. Depuis, l’open interest des options a dépassé celui des futures, ce qui tend à amortir la volatilité réalisée. Le mécanisme est le même que sur les actions : lorsque les teneurs de marché sont couverts et que les flux de produits structurés et de calls couverts s’accumulent, les intervenants vendent dans les hausses et achètent dans les baisses, ce qui écrase les amplitudes. C’est exactement le sujet de notre analyse de l’étage caché des options sur ETF et du gamma des teneurs de marché. La maturation est réelle : moins d’explosions verticales, davantage de comportements de marché institutionnel.
La base des futures : contango, backwardation et carry
La troisième lentille est la base, l’écart entre le prix du future et le comptant, exprimé en rythme annualisé. En temps normal, les futures Bitcoin se traitent en contango, c’est-à-dire au-dessus du comptant : cette prime reflète le coût du levier et l’appétit pour l’exposition à terme. En phase franchement haussière, elle peut grimper de 15 % à 30 % annualisés. Une backwardation (base négative, future sous le comptant) est plus rare et signale du désendettement ou de la couverture.
La base est donc bien plus qu’un chiffre technique : c’est une mesure de la conviction à effet de levier. Une prime généreuse signale des acheteurs prêts à payer pour une exposition à terme, typiquement en fin de phase euphorique. Une prime qui s’effrite, ou qui bascule en backwardation, dit l’inverse : le marché préfère se couvrir, et les capitaux spéculatifs se retirent avant même que le prix au comptant ne bouge.
Or, la base a envoyé des signaux inhabituels. Début décembre 2025, la base annualisée sur le CME est tombée à -2,35 %, sa plus forte backwardation depuis l’effondrement de FTX en novembre 2022. Une base qui plonge sous zéro n’a rien d’anecdotique : elle traduit un marché qui préfère se couvrir plutôt que de payer pour du levier long. En tant que baromètre de la demande à effet de levier, la base a donc contredit, pendant des mois, le récit d’un cycle porté par l’euphorie.
Quand le carry passe sous les bons du Trésor
La base n’est pas qu’un thermomètre ; elle nourrit un arbitrage. Le trade de cash-and-carry consiste à acheter du comptant (ou un ETF) et à vendre un future daté, pour empocher la prime tout en neutralisant le risque de prix. Tant que la base rapporte plus que le taux sans risque, la stratégie séduit les capitaux institutionnels.
Ce lien entre base et flux d’ETF est devenu central. Le CME est aujourd’hui le premier lieu réglementé pour les futures Bitcoin, et une part notable des encours d’ETF au comptant sert de jambe longue à un arbitrage de base plutôt que de pari directionnel. Quand le rendement de cet arbitrage s’effondre, ce ne sont pas des convaincus qui vendent, mais des tables d’arbitrage qui débouclent une position devenue non rentable. Lire une sortie d’ETF comme un vote baissier est, dans ce contexte, une erreur d’interprétation courante.
C’est là que 2026 a marqué une rupture. Pendant l’essentiel de l’année, la base annualisée à trois mois a rapporté moins que le bon du Trésor américain à deux ans, un écart resté négatif chaque mois depuis février. Un euro placé dans le carry rapportait moins qu’un euro dormant en dette d’État, et cela avant même de tenir compte des frais d’exécution, du risque de dislocation de la base et de la contrepartie sur la jambe vendeuse. Quand la prime disparaît, l’arbitrage se dénoue et force l’ETF à vendre : une sortie de capitaux qui reflète l’économie de l’arbitrage, pas un pari baissier sur le Bitcoin.
Le 7 août 2026, la mécanique s’est inversée : la base brute annualisée du CME est ressortie à 7,89 % (août), 6,25 % (septembre) et 5,69 % (décembre) contre un rendement du deux ans américain à 4,19 %, mettant fin à une séquence de 157 jours où le carry restait sous la dette d’État ; les ETF Bitcoin au comptant ont capté 853 millions de dollars nets cette semaine-là. Pour un épargnant, la leçon est limpide : tant que le carry ne bat pas le simple rendement d’un bon du Trésor, les capitaux d’arbitrage restent sur la touche. Nous avons détaillé ce basculement quand le carry du Bitcoin est passé sous les bons du Trésor.
Le funding des perpétuels : le thermomètre du levier
La quatrième lentille est la plus temps réel : le funding des contrats perpétuels. Un perpétuel est un future sans échéance, arrimé au comptant par un taux de financement échangé entre longs et shorts. Un funding positif signifie que les longs paient les shorts (positionnement cupide) ; un funding négatif, l’inverse (positionnement couvert ou pessimiste). Comme il se règle plusieurs fois par jour, il réagit à l’humeur du marché quasiment en direct.
En 2026, le funding a passé une grande partie de l’année sous la neutralité. En avril, sa moyenne à 30 jours ressortait à environ -5 % annualisés, contre une norme historique proche de +8 %, et il restait négatif alors même que le prix grimpait de 14 % sur le mois. À première vue, un signal baissier. Mais la maison de recherche 10x y voyait surtout une couverture structurelle des institutions : des fonds vendant des futures pour couvrir d’autres positions, pas un basculement baissier généralisé. Au milieu de 2026, le funding était revenu près de la neutralité, signe d’un levier assaini.
Le funding est aussi un facteur de risque. Quand il s’emballe à la hausse, il révèle un excès de levier long qui alimente les liquidations en chaîne dès que le prix se retourne. Ce n’est pas un hasard si le taux des perpétuels est justement l’instrument que Wall Street et les régulateurs cherchent à encadrer, tant il concentre le levier de détail que les marchés traditionnels n’autoriseraient jamais.
Les quatre lentilles en un coup d’oeil
Prises ensemble, ces quatre mesures forment un tableau de positionnement cohérent. Chacune éclaire une dimension différente : l’ampleur du mouvement attendu, la direction de la peur, l’appétit pour le levier à terme et l’appétit pour le levier au comptant. Aucune, isolée, ne suffit ; ensemble, elles dressent un portrait du risque bien plus fiable qu’un objectif de prix.
| Lentille | Ce qu’elle mesure | Ce qu’elle signalait en 2026 |
|---|---|---|
| Volatilité implicite (DVOL) | Ampleur de mouvement attendue | Comprimée, sous 40 % : pas de choc anticipé |
| Skew (risk reversal) | Direction de la couverture | Put-rich : défensif, prudemment optimiste |
| Base des futures | Appétit pour le levier à terme | De la backwardation au carry sous les Treasuries |
| Funding des perpétuels | Positionnement au comptant à levier | Sous la neutralité, couverture structurelle |
Le halving de 2024, lu dans les options
Rien ne vaut un exemple. À l’approche du 20 avril 2024, le marché des options sur Deribit ne s’attendait pas à une explosion. Les puts aux strikes de 60 000 et 61 000 dollars concentraient le plus d’open interest sur les échéances entourant le halving : le marché anticipait une faiblesse à l’approche de l’événement, suivie d’un rebond après la coupe. Autrement dit, exactement la chorégraphie historique, sans le moindre saut de volatilité le jour même.
Les dérivés avaient donc raison sur l’essentiel : le halving fut une formalité de marché, pas un choc. Ce qu’ils ne pouvaient pas coter, en revanche, c’est l’arc du cycle qui a suivi : le record de 126 080 dollars en octobre 2025, puis la correction d’environ 53 % jusqu’à quelque 59 000 dollars en juin 2026. Et c’est cohérent avec la compression des drawdowns de cycle en cycle, de l’ordre de 86 %, 84 %, 77 % puis 53 %. Les options ont bien lu le rendez-vous ; elles n’ont jamais prétendu lire le cycle.
Ce que 2028 ne dit pas encore
Voici le point le plus sous-estimé de tout le débat. Les options liquides ne s’étendent pas jusqu’en avril 2028. On peut négocier de la volatilité sur les prochaines semaines et les prochains trimestres, mais il n’existe pas de marché profond pour parier sur la volatilité du halving de 2028 aujourd’hui. La structure par terme est ancrée sur l’horizon court, pas sur la prochaine coupe.
La conséquence est vertigineuse : le marché dérivé n’a tout simplement pas encore d’opinion sur l’événement que le cluster des prédictions scrute le plus. Les lieux de cotation du risque les plus sophistiqués refusent de coter l’échéance de 2028, parce qu’il est trop tôt et trop incertain pour y attacher un prix crédible. Quand on entend qu’un modèle promet tel niveau pour l’après-2028, il faut se rappeler que les professionnels du risque, eux, ne prennent pas ce pari, faute d’instrument pour l’exprimer proprement.
Que faudrait-il pour que cela change ? Simplement du temps. À mesure que l’échéance d’avril 2028 se rapprochera, des options de plus longue maturité gagneront en liquidité et une structure par terme finira par se former autour de la coupe. Mais nous en sommes loin, et d’ici là, toute affirmation chiffrée sur le prix post-2028 relève de la conviction, pas d’un positionnement de marché observable et engagé.
La volatilité devient une classe d’actifs
Signe de maturité, il est désormais possible de trader la volatilité elle-même. Le 1er juin 2026, le CME a lancé des futures sur volatilité du Bitcoin, réglés sur l’indice CME CF Bitcoin Volatility (BVX), une mesure prospective à 30 jours de la volatilité implicite dérivée du carnet d’ordres des options CME. Avec un contrat à 500 dollars, un fonds peut pour la première fois prendre une position réglementée sur le vega du Bitcoin, à delta neutre, sans détenir un seul satoshi.
Concrètement, on peut désormais parier sur la taille du prochain mouvement du cycle sans parier sur sa direction. C’est le signe d’un marché qui s’institutionnalise et devient, mouvement après mouvement, moins explosif et plus proche des codes de Wall Street, un argument de fond contre une nouvelle envolée de l’ampleur des cycles passés, quels que soient les flux à venir.
En pratique, cela ouvre des stratégies jusqu’ici réservées aux marchés actions : vendre de la volatilité quand elle paraît chère, l’acheter quand elle est bradée, ou couvrir un portefeuille contre un pic d’amplitude sans jamais parier sur la direction. Pour le débat sur le cycle, c’est un signal fort : quand la volatilité elle-même devient un produit négociable et réglementé, le Bitcoin cesse d’être un actif que l’on ne peut qu’acheter en espérant.
Tableau de bord des dérivés : 2024 contre 2026
Comparer le halving de 2024 à l’état des dérivés en 2026 fait ressortir la transformation de l’écosystème : un marché plus profond, plus institutionnel et, surtout, plus discipliné sur le levier.
| Indicateur | Autour du halving 2024 | 2026 | Signal |
|---|---|---|---|
| Volatilité implicite | Prime de risque élevée puis vol crush | DVOL comprimé sous 40 % | Peu de choc anticipé |
| Skew des options | Puts massés vers 60 000 et 61 000 dollars | Risk reversal put-rich (~-5,5 vol) | Défensif dans les deux cas |
| Base CME | Contango de marché haussier | Backwardation -2,35 %, puis carry sous les Treasuries | Désendettement, arbitrage à la peine |
| Funding perpétuels | Souvent positif | Sous la neutralité (~-5 % en avril) | Couverture structurelle |
| Instrument dominant | Futures | Options (open interest supérieur) | Volatilité amortie |
| Options sur ETF | Inexistantes | IBIT depuis nov. 2024, BVX sur volatilité | Marché institutionnalisé |
Le cadre français : MiFID II, l’AMF et le plafond 2:1
Pour un investisseur français, un point de droit prime sur tout le reste. Les dérivés crypto (futures, perpétuels, options) ne relèvent pas de MiCA, qui encadre les actifs au comptant et les prestataires (CASP). Ce sont des instruments financiers au sens de MiFID II, supervisés par l’AMF en tant qu’autorité de marché. La distinction est structurante : un perpétuel est traité comme un CFD, pas comme un jeton au comptant.
Conséquences concrètes. Pour la clientèle de détail, l’ESMA plafonne l’effet de levier des CFD sur crypto à 2:1, à des années-lumière des 50x ou 100x affichés sur les plateformes offshore. Il n’existe par ailleurs pas d’ETF Bitcoin au comptant sous format UCITS dans l’Union : un particulier français ne peut donc pas acheter d’options sur IBIT comme le ferait un Américain. L’exposition passe surtout par des ETP ou ETN cotés (CoinShares, 21Shares, WisdomTree, Bitwise, Valour), avec le risque d’émetteur et de contrepartie que cela implique, ou par des plateformes hors Union à ses propres risques.
Enfin, la période transitoire des PSAN vers le régime CASP de MiCA s’est achevée le 1er juillet 2026, et l’AMF exige une communication loyale, claire et non trompeuse, tout en rappelant que les prestataires non conformes doivent cesser leur activité. En pratique, le tableau de bord des dérivés décrit plus haut est une plomberie largement américaine et offshore qu’un épargnant français peut lire, mais qu’il ne peut trader que très partiellement.
Ce que les dérivés peuvent, et ne peuvent pas, prédire
Les marchés dérivés sont l’expression la plus honnête qui soit : de l’argent réel, engagé, qui exprime des attentes. Ils vous disent combien de mouvement est anticipé (volatilité implicite), de quel côté penchent la peur et l’espoir (skew, funding), et jusqu’où le marché est endetté (base, funding). C’est un instrument de mesure du positionnement et du risque, précieux et sous-utilisé dans le débat sur le cycle.
Ils ne vous diront pas, en revanche, où le cycle culmine, ni si l’horloge des quatre ans bat encore. Autour du halving lui-même, ils refusent explicitement de coter un choc, et ils n’ont pas encore d’avis sur 2028. Rapprochez cela des limites statistiques d’un échantillon de quatre halvings seulement et de la primauté de la demande sur l’offre codée, et la lecture la plus sobre s’impose : le halving est un fait, le cycle est une hypothèse. Le marché dérivé, avec sagesse, trade le premier comme une certitude et le second comme un risque. C’est peut-être la meilleure leçon de prudence que puissent offrir les maths du halving.
Frequently Asked Questions
Le halving fait-il grimper la volatilité du Bitcoin ?
Pas le jour même. Comme la date et le montant de la coupe sont connus à l’avance, la volatilité implicite a tendance à retomber après l’événement (le vol crush), pas à exploser. Les mouvements marquants surviennent plutôt dans les 12 à 18 mois qui suivent, portés par la demande, pas par la coupe elle-même.
Qu’est-ce que le DVOL ?
C’est l’indice de volatilité implicite à 30 jours des options Bitcoin publié par Deribit, l’équivalent du VIX pour le crypto. Il évolue normalement entre 50 % et 65 % ; sous 40 %, il signale des attentes comprimées et des primes d’options bon marché, ce qui a été le cas au printemps 2026.
Pourquoi la base des futures est-elle passée sous les bons du Trésor en 2026 ?
La base est la prime annualisée du future sur le comptant, que capture le trade de cash-and-carry (achat au comptant, vente à terme). En 2026, cette prime a longtemps rapporté moins que le bon du Trésor américain à deux ans, rendant l’arbitrage moins intéressant que de la dette d’État. La base est repassée au-dessus des Treasuries le 7 août 2026.
Que signifie un funding négatif sur les perpétuels ?
Cela veut dire que les vendeurs à découvert paient les acheteurs, un signe apparent de pessimisme. Mais en 2026, ce funding négatif reflétait surtout une couverture structurelle des institutions (des fonds vendant des futures pour couvrir d’autres positions), pas forcément un pari baissier généralisé.
Un investisseur français peut-il trader ces dérivés Bitcoin ?
Les dérivés crypto (futures, perpétuels, options) sont des instruments financiers relevant de MiFID II et de l’AMF, pas de MiCA. Pour un particulier, l’ESMA plafonne l’effet de levier des CFD crypto à 2:1, et il n’existe pas d’ETF Bitcoin au comptant sous format UCITS : l’accès passe surtout par des ETP ou ETN cotés, avec le risque d’émetteur associé.
Par Priya Reddy, correspondante marchés et dérivés pour HOGE Wire.