Basis Bitcoin 2026 : le carry passe sous les bons du Trésor
En 2026, le carry des futures Bitcoin est passé sous les bons du Trésor américain. Anatomie d'un arbitrage devenu la tuyauterie des ETF, de son effondrement et de ce qu'il révèle du marché.
Pendant deux ans, une mécanique discrète a financé une large part de l’exposition institutionnelle au Bitcoin. Acheter du comptant (ou une part d’ETF au comptant), vendre à découvert un contrat à terme sur le CME, puis empocher l’écart entre les deux prix : cet écart porte un nom, le basis, et sa version annualisée s’est longtemps comportée comme un coupon quasi garanti. En 2026, la machine s’est enrayée.
Au cœur de l’été, le rendement annualisé de cette opération est passé sous ce que rapporte un simple bon du Trésor américain. Le cash-and-carry a cessé de justifier le capital qu’il immobilise, les volumes se sont vidés, et une partie des flux sortants des ETF n’a rien eu d’un désamour : c’était l’arbitrage qui se dénouait. Le Bitcoin, lui, évolue autour de 68 000 euros, loin de ses sommets.
Cet article explique ce qu’est le basis des futures, comment il est devenu la tuyauterie de l’ère des ETF, pourquoi il s’est comprimé jusqu’à l’absurde en 2026, et ce qu’un basis écrasé raconte du marché. Il détaille aussi ce que les particuliers français peuvent, ou ne peuvent pas, faire avec ces instruments, sous l’œil de l’AMF.
Le basis des futures, défini simplement
Le basis est la différence entre le prix d’un contrat à terme (future) et le prix au comptant (spot) du même actif. Quand le future cote plus cher que le comptant, le basis est positif : le marché est en contango. Quand le future cote moins cher, le basis est négatif : c’est la backwardation. Sur le Bitcoin comme sur les indices actions, le contango est la situation la plus fréquente, car détenir une position à terme évite d’immobiliser le comptant et incorpore un coût de portage.
La théorie du coût de portage éclaire cette normalité. Un contrat à terme incorpore le prix au comptant, plus le coût de financement de la position jusqu’à l’échéance, moins les revenus éventuels de l’actif. Le Bitcoin ne se stocke pas physiquement et ne verse pas de dividende, si bien que son basis reflète surtout deux composantes : le taux d’intérêt sans risque et une prime liée à l’appétit pour le levier acheteur. C’est cette seconde composante, purement comportementale, qui explique que le basis crypto ait longtemps dépassé de très loin celui des marchés traditionnels.
Un chiffre brut ne dit pas grand-chose tant qu’il n’est pas annualisé. Prenons un exemple simple en euros. Si le comptant vaut 68 000 euros et qu’un contrat échéant dans quatre-vingt-dix jours cote 69 360 euros, la prime est de 2 %. Rapportée à l’année, elle représente environ 8 % (2 % multiplié par 365 divisé par 90). Sur une échéance à trente jours, une prime de 1 % vaudrait déjà près de 12 % annualisés. C’est cette lecture, suivie par des plateformes comme CryptoQuant ou Coinalyze, qui permet de comparer une échéance à l’autre et, surtout, de mettre le basis en regard d’un taux sans risque.
| État du marché | Relation de prix | Signe du basis | Lecture courante |
|---|---|---|---|
| Contango | Future supérieur au comptant | Positif | Appétit pour le risque, demande de levier acheteur |
| Convergence | Future proche du comptant | Proche de zéro | Marché équilibré, approche de l’échéance |
| Backwardation | Future inférieur au comptant | Négatif | Aversion au risque, ruée vers le comptant, désendettement |
À l’échéance, le prix du future converge mécaniquement vers celui du comptant. C’est cette convergence garantie qui transforme le basis en rendement pour qui sait la capturer, et c’est aussi elle qui explique pourquoi l’opération a longtemps été considérée comme un quasi-arbitrage.
Du basis au rendement : le cash-and-carry
L’opération qui monétise le basis s’appelle le cash-and-carry. Le principe tient en une phrase : acheter l’actif au comptant et vendre simultanément un contrat à terme de même montant notionnel. Les deux jambes s’annulent en direction, si bien que le résultat ne dépend plus du prix du Bitcoin. On dit que la position est delta-neutre. À l’échéance, le future rejoint le comptant et l’arbitragiste encaisse l’écart initial, que le marché ait monté, baissé ou stagné entre-temps.
Concrètement, un desk qui repère un basis annualisé de 12 % achète pour dix millions d’euros de Bitcoin au comptant, vend pour dix millions d’euros de futures de même échéance, puis attend. Si le Bitcoin double, la perte sur le short est compensée par le gain sur le comptant, et inversement s’il s’effondre. Seul l’écart initial reste acquis, lissé jusqu’à l’échéance. Le pari n’est pas directionnel : il porte uniquement sur la convergence, ce qui rend la stratégie attrayante pour des acteurs qui ne veulent aucune exposition au prix.
Ce rendement, une fois annualisé, c’est le fameux carry. Historiquement, il a été généreux. Le CME Group rappelle que, lors des phases d’euphorie (le rallye qui a suivi l’arrivée des ETF au comptant début 2024, puis l’optimisme post-électoral fin 2024), la prime de contango a atteint 15 % à 30 % en rythme annualisé. Au plus fort du cycle 2021, le carry sur les futures Bitcoin dépassait même 20 %. Face à un bon du Trésor à quelques pour cent, l’écart était considérable, et l’argent institutionnel s’y est engouffré.
Le carry n’est pas magique pour autant. Il rémunère un service, celui de fournir de la liquidité et d’absorber le risque de ceux qui veulent être longs à effet de levier, et il consomme du bilan : marges à déposer, coût de financement, immobilisation de collatéral. Tant que le basis annualisé dépasse ce coût et le taux sans risque, la position vaut la peine d’exister. Sous ce seuil, elle devient un piège à capital : on immobilise des ressources pour un rendement inférieur à celui de la dette d’État.
Comment les ETF spot ont industrialisé le basis trade
Le basis trade existait bien avant les ETF, mais il restait réservé à ceux qui savaient conserver du Bitcoin au comptant en toute sécurité. L’arrivée des ETF spot américains en janvier 2024 a tout changé : elle a offert une jambe comptant propre, régulière et éligible en portefeuille classique. Le CME Group note que ces produits ont directement nourri l’essor du basis trading crypto, les fonds achetant des parts d’ETF d’un côté et vendant le future CME de l’autre.
Le rôle des participants autorisés a été décisif. Ce sont eux qui créent et rachètent les parts d’ETF au gré de la demande, et qui peuvent, dans le même mouvement, ajuster une couverture à terme. Quand la collecte est forte, la création de parts pousse la demande de comptant, tend le contango et améliore le carry; quand les rachats dominent, le mouvement s’inverse. La plomberie de l’ETF et celle du basis sont ainsi devenues les deux faces d’une même pièce, ce qui explique que les flux d’ETF soient devenus un indicateur avancé de la structure à terme.
L’empreinte de ces positions se lit dans les chiffres du marché à terme. Un rapport de liquidité du CME documente la profondeur atteinte par ses contrats Bitcoin. Et l’asymétrie entre plateformes est frappante : selon des données relayées par CryptoSlate, le CME a affiché à un moment 118 267 BTC équivalents de positions ouvertes contre 2 322 BTC sur Coinbase, la position vendeuse sur le CME étant environ 272 fois plus grande que la position acheteuse sur Coinbase. Traduction : des institutions vendent massivement le future régulé pendant qu’elles détiennent le comptant ailleurs.
Cette demande d’exposition longue, portée par la collecte des ETF, a soutenu le contango et donc le carry. Le mécanisme est réflexif : plus les émetteurs absorbent de comptant, plus la structure à terme se tend, et plus le trade devient rentable, ce qui attire encore du capital. La logique rejoint celle que nous décrivons dans notre analyse de l’offre codée du Bitcoin face à la demande des ETF. Quant à l’ensemble des rendements que l’on peut extraire d’un ETF, entre options et basis, il mérite un examen à part, que nous avons mené dans notre article sur l’étage caché des options et du rendement.
2026, quand le carry est passé sous les bons du Trésor
Puis le moteur a calé. Depuis février 2026, et pendant une série d’environ 157 jours de bourse selon les données rapportées, le carry annualisé des futures Bitcoin est resté sous le rendement des bons du Trésor américain à court terme. Un arbitragiste pouvait gagner davantage, sans le moindre risque de contrepartie crypto, en achetant simplement de la dette d’État à deux ans.
Le rebond a été bref. Début août, le CME affichait de nouveau un basis annualisé brut de 7,89 % sur l’échéance d’août, 6,25 % sur septembre et 5,69 % sur décembre, face à un rendement du deux ans américain de 4,19 % le même jour, de quoi rompre la série sans effacer la tendance de fond. Le TFTC, s’appuyant sur des données Glassnode, souligne qu’il s’agissait seulement de la deuxième fois que le basis à trois mois passait durablement sous le deux ans, après l’épisode d’août 2022 à janvier 2023.
| Échéance 2026 | Basis annualisé brut | Écart avec le deux ans US (4,19 %) |
|---|---|---|
| Août | 7,89 % | +3,70 points |
| Septembre | 6,25 % | +2,06 points |
| Décembre | 5,69 % | +1,50 point |
Le reste du tableau confirme l’anémie. Les volumes de futures, qui avaient culminé près de 1 470 milliards de dollars en février 2026, se sont fortement contractés; du côté du comptant, l’activité est tombée à son plus bas depuis 2019 selon Glassnode. Quand le carry ne paie plus, personne ne se presse au guichet, et le marché à terme perd de son épaisseur.
Pourquoi le basis s’est effondré
Trois forces se sont conjuguées. D’abord, le succès du trade a fait sa perte. Après l’arrivée des ETF, une masse de capital a poursuivi le même arbitrage, comprimant les écarts jusqu’à les rendre insignifiants : c’est la rançon d’un marché qui se professionnalise et où l’inefficience se paie de plus en plus cher à exploiter.
Ensuite, la demande d’exposition longue à effet de levier s’est tarie. Un Bitcoin coincé dans une fourchette étroite, sans tendance claire, ne donne guère envie de payer une prime pour être long à terme. Or c’est précisément cette prime, versée par les spéculateurs haussiers, qui rémunère l’arbitragiste vendeur. Sans acheteurs pressés, la source du carry se dessèche.
Enfin, la hausse des taux courts a relevé la barre. Plus le bon du Trésor rapporte, plus le basis doit être élevé pour rester attractif. Le dénouement est alors mécanique. Quand le basis tombe vers 5 %, puis sous ce seuil, le trade cesse de couvrir son coût de bilan. Les fonds débouclent : ils rachètent le future vendu et cèdent le comptant ou les parts d’ETF pour honorer les rachats. Une partie des sorties d’ETF de 2026 relève donc de ce désendettement d’arbitrage, pas d’une fuite des investisseurs de long terme. Certains analystes y voient même un signe de maturité : des écarts serrés traduisent une meilleure liquidité et moins d’inefficiences à exploiter, davantage qu’un signal de détresse.
Contango, backwardation et le thermomètre du sentiment
Au-delà de l’arbitrage, le basis est un baromètre. Un contango large signale un appétit pour le risque et une forte demande de levier acheteur; un basis qui s’écrase, voire bascule en backwardation, trahit la peur et le désendettement. Le CME rappelle qu’en février 2025, le basis Bitcoin est brièvement passé sous zéro, au moment même où les positions ouvertes reculaient. La backwardation, rare sur le Bitcoin, signe presque toujours un épisode de stress ou de liquidation forcée.
L’excès se lit aussi sur les altcoins. Toujours selon le CME, les contrats de première échéance sur SOL et XRP ont vu leur basis annualisé bondir jusqu’à 50 % en juillet 2025, symptôme d’une spéculation débridée sur ces marchés plus étroits. Lu ainsi, le basis devient un thermomètre de la cupidité : quand il s’envole, la prudence s’impose; quand il fond, le marché a déjà purgé une partie de son levier.
En pratique, un gérant s’en sert comme d’un signal de position. Un contango qui s’emballe l’incite à réduire l’exposition, car il révèle un marché saturé de longs à crédit, vulnérable au moindre repli. Un basis atone ou négatif, au contraire, indique que le levier a déjà été purgé et que le risque de cascade baissière a diminué. Aucune de ces lectures ne remplace l’analyse fondamentale, mais toutes deux complètent utilement l’image que donnent les prix seuls.
Basis des futures contre funding des perpétuels
Le basis a un cousin permanent : le funding des contrats perpétuels. Un future daté a une échéance et converge vers le comptant à cette date; un perpétuel, lui, n’expire jamais et s’arrime au comptant via un paiement périodique, le funding, échangé toutes les huit heures entre longs et shorts. Les deux instruments expriment la même chose, le coût du portage et l’appétit directionnel, mais sur des supports différents et avec des dynamiques distinctes.
| Caractéristique | Future daté | Perpétuel |
|---|---|---|
| Échéance | Oui, convergence à date fixe | Aucune |
| Ancrage au comptant | Convergence à l’échéance | Funding périodique (huit heures) |
| Signal de portage | Basis annualisé | Taux de funding annualisé |
| Lieu typique | CME, plateformes réglementées | Plateformes crypto, souvent offshore |
Pour comparer les deux, il faut tout ramener à un rythme annuel. Un funding de 0,01 % toutes les huit heures paraît anodin, mais répété trois fois par jour, il dépasse 10 % par an. C’est cette conversion qui permet d’aligner le taux de funding d’un perpétuel et le basis d’un future daté, et de voir si les deux marchés racontent la même histoire. En 2026, ils ont raconté la même : celle d’un portage qui fond.
Selon des données relayées par CryptoSlate, le funding des perpétuels Bitcoin n’a tourné qu’autour de 2,2 % annualisés jusqu’au 11 août 2026, très loin de ses pics de cycle. C’est précisément ce tassement, et les gains structurels qu’il représente pour les teneurs de marché, que certains à Wall Street veulent encadrer, un sujet que nous détaillons dans notre article sur le funding des perpétuels que Wall Street veut réguler.
Ethena, le basis trade mis en jeton
Aucune histoire du basis en 2026 n’est complète sans Ethena. Son dollar synthétique USDe repose sur un cash-and-carry tokenisé : du comptant (ETH, ETH staké, collatéral divers) d’un côté, une vente à découvert de perpétuels de même notionnel de l’autre. La couverture annule l’exposition au prix, tandis que le funding encaissé sur les shorts et le rendement de staking sur le comptant reviennent aux détenteurs de sUSDe. Le protocole a, en somme, ouvert un trade de hedge fund à quiconque possède un portefeuille, comme le décrit sa documentation.
Le hic, c’est que ce rendement suit le funding, et que le funding s’est effondré. Ethena a passé 2026 à reconstruire l’adossement d’USDe : la part du basis crypto y est tombée à environ 13 % du collatéral, contre un rôle dominant à l’origine, selon CryptoSlate. L’offre d’USDe, qui avait culminé autour de 15 milliards de dollars en 2025, était retombée à près de 4,04 milliards fin août 2026. Historiquement très cyclique, le funding crypto peut passer de nettement négatif en marché baissier à plusieurs dizaines de pour cent au sommet de l’euphorie; en 2026, il s’est simplement asséché.
D’où un virage stratégique. Le 28 août 2026, Ethena a annoncé étendre son basis trade au-delà de la crypto, vers les perpétuels sur actions, un marché où le funding s’est révélé bien plus généreux (environ 14 % sur Hyperliquid et 17,5 % sur Binance, contre 2,2 % sur le Bitcoin). Comme l’a déclaré Guy Young, fondateur d’Ethena, cité par CryptoSlate : « Les perpétuels adossés aux actions et aux matières premières sont devenus l’un des plus grands marchés de croissance potentielle du protocole. » La question de savoir si ce rendement est un véritable cash-flow ou une subvention déguisée rejoint le débat que nous avons ouvert sur l’audit du rendement réel en DeFi.
Deux carry à ne pas confondre
Le mot carry prête à confusion, car il désigne deux opérations distinctes qui se sont télescopées à l’été 2026. Le premier, c’est le cash-and-carry sur le basis, décrit ici : un arbitrage entre comptant et terme sur le même actif. Le second, c’est le carry trade de devises, emblématique du yen : emprunter dans une monnaie à taux quasi nul pour investir dans des actifs plus rémunérateurs ailleurs.
Quand les autorités japonaises et américaines sont intervenues sur le yen, la crainte d’un débouclage brutal de ce carry de devises a ressurgi, y compris pour le Bitcoin, comme l’a rapporté CoinDesk. Les deux opérations n’ont pas de lien mécanique direct, mais elles partagent une fragilité : ce sont des trades de levier qui prospèrent dans le calme et se dénouent violemment quand la volatilité revient. Confondre les deux conduit à de mauvaises conclusions; les distinguer aide à lire correctement les épisodes de stress.
Les risques d’un trade réputé sans risque
Le cash-and-carry est souvent présenté comme neutre, presque sans risque. La réalité est plus nuancée. La convergence n’est garantie qu’à l’échéance : d’ici là, le basis peut s’écarter davantage et forcer des appels de marge sur la jambe vendeuse. Rouler la position d’une échéance à l’autre expose au risque de roll, si le nouveau contango se révèle défavorable au moment du renouvellement. Sur une couverture par perpétuels, le funding peut devenir négatif et transformer le coupon attendu en coût net.
Le risque de contrepartie n’est pas théorique. Une stratégie qui détient le comptant sur une plateforme et le short sur une autre dépend de la solvabilité et de l’honnêteté des deux. L’histoire récente du secteur, faillites de plateformes, gels de retraits, écarts de prix entre lieux d’exécution, rappelle que le maillon faible est rarement le modèle mathématique, mais l’infrastructure qui l’entoure. Un basis même généreux ne compense pas la perte d’un collatéral bloqué chez un intermédiaire défaillant.
Viennent ensuite les risques d’exécution (slippage sur des carnets moins profonds) et de liquidité (déboucler en urgence dans un marché mince). Un choc de prix soudain peut déclencher des liquidations en cascade sur la jambe à effet de levier, un mécanisme que nous décortiquons à propos des liquidations en DeFi et du facteur de santé. Enfin, le coût de financement du bilan, longtemps négligé quand le carry payait 20 %, redevient déterminant dès qu’il approche des 5 % : à ce niveau, la moindre friction opérationnelle suffit à rendre l’opération perdante.
Lire le basis comme un indicateur de marché
Pour l’investisseur qui ne fait pas d’arbitrage, le basis reste un tableau de bord précieux. Quatre éléments méritent l’œil : le signe (positif ou négatif), le niveau annualisé comparé au taux sans risque, la structure par terme (les échéances lointaines paient-elles plus ou moins que les proches ?) et l’évolution des positions ouvertes. Des outils publics comme le graphique de basis annualisé du CME chez CryptoQuant ou les pages dédiées de Coinalyze rendent ces lectures accessibles à tous.
- Le signe du basis : positif (contango) ou négatif (backwardation).
- Le niveau annualisé, comparé au taux du bon du Trésor à court terme.
- La structure par terme : les échéances lointaines paient-elles plus ou moins que les proches ?
- L’évolution des positions ouvertes, qui indique si le levier entre ou sort du marché.
Un réflexe simple consiste à croiser trois chiffres : le basis annualisé, le taux du bon du Trésor à court terme et le taux de funding des perpétuels. Quand les trois convergent vers un niveau bas, comme en 2026, le marché est calme, mûr et peu endetté. Quand le basis et le funding s’envolent au-dessus du taux sans risque, l’euphorie et le levier reviennent, et avec eux le risque de correction brutale. Cette petite grille tient sur un coin de table et vaut souvent mieux qu’un long commentaire.
La grille d’interprétation est donc simple. Un basis très élevé signale un marché avide et endetté, souvent en fin de mouvement. Un basis proche de zéro ou négatif accompagne les phases de capitulation. Et un basis coincé sous les bons du Trésor, comme en 2026, dit deux choses à la fois : le marché est plus mûr et plus efficient, mais l’appétit spéculatif s’est retiré. Les deux lectures ne s’excluent pas, et c’est justement ce qui rend l’indicateur intéressant : il mesure moins une direction qu’une intensité, celle du levier présent dans le système.
France, dérivés crypto et effet de levier sous l’œil de l’AMF
Pour un particulier en France, refaire un cash-and-carry avec levier n’a rien d’évident, et c’est voulu. L’AMF considère que l’offre de dérivés sur cryptomonnaies requiert un agrément et qu’il est interdit d’en faire la publicité par voie électronique, au titre de la loi Sapin 2. Ces produits relèvent de la directive MiFID 2 et de l’obligation de reporting EMIR auprès d’un référentiel central, et non du règlement MiCA, qui ne couvre pas les dérivés. La distinction est essentielle : un perpétuel ou un future sur cryptomonnaie est traité comme un instrument financier de plein exercice, avec toutes les obligations qui l’accompagnent.
S’y ajoutent les restrictions européennes sur les CFD. L’ESMA plafonne l’effet de levier offert aux particuliers, avec une limite spécifique et sévère pour les CFD sur cryptomonnaies. Autrement dit, l’arbitrage de basis tel que le pratiquent les fonds, avec un levier confortable et un accès direct au CME, reste largement hors de portée du grand public français. Les voies légales passent plutôt par des produits encadrés, comme les ETP et ETN indexés ou les prestataires agréés, que par le montage d’un cash-and-carry maison. Ce cadre protecteur a un coût, la sophistication en moins, mais il épargne aux épargnants les pièges d’un trade que même les professionnels ont vu se retourner en 2026.
Ce qu’un basis comprimé dit de 2026 et de la suite
Faut-il s’alarmer d’un carry passé sous les bons du Trésor ? Les avis divergent. Pour les optimistes, c’est le prix de la maturité : un marché à terme profond et liquide n’offre plus de rendements à deux chiffres sans risque, exactement comme les marchés traditionnels. VanEck n’a pas dévié de sa cible : Matthew Sigel, responsable de la recherche sur les actifs numériques du gestionnaire, maintient un objectif de 180 000 dollars pour le Bitcoin à fin 2026, tout en notant que le basis CME avait touché 9 % lors d’un pic. Pour ce camp, un basis atone n’est pas un verdict baissier, mais le signe d’un actif qui rejoint les codes de la finance établie.
Pour les prudents, un basis atone reflète surtout un marché sans acheteurs pressés, cohérent avec une année 2026 sans tendance. La suite dépendra du calendrier macro : les prochains chiffres d’inflation et la réunion de la Réserve fédérale de septembre peuvent réveiller l’appétit pour le risque, retendre le contango et redonner vie au trade. Deux scénarios se dessinent. Dans le premier, la demande longue revient, le contango se réélargit au-dessus du taux sans risque, les arbitragistes reviennent au guichet et les volumes repartent. Dans le second, le calme s’installe durablement, le basis reste collé aux bons du Trésor et l’arbitrage demeure au repos. Dans un cas comme dans l’autre, surveiller le basis, c’est prendre le pouls du levier dans le système, un indicateur que ni le prix seul ni les volumes ne remplacent.
Foire aux questions
Qu’est-ce que le basis des futures Bitcoin ?
Le basis est l’écart entre le prix d’un contrat à terme sur le Bitcoin et son prix au comptant. Positif, il indique un contango (future plus cher que le comptant); négatif, une backwardation. Annualisé, il se compare à un taux sans risque et sert de mesure du coût de portage et de l’appétit pour le levier acheteur.
Comment fonctionne le cash-and-carry sur le Bitcoin ?
On achète du Bitcoin au comptant (ou une part d’ETF spot) et on vend un future de même montant notionnel. Les deux positions s’annulent en direction, si bien que le résultat ne dépend plus du prix. À l’échéance, le future rejoint le comptant et l’on encaisse le basis initial. C’est un rendement quasi neutre, tant qu’il dépasse le coût de financement et le taux sans risque.
Pourquoi le basis Bitcoin est-il passé sous les bons du Trésor en 2026 ?
Parce que trop de capital a poursuivi le même arbitrage après l’arrivée des ETF, comprimant les écarts, tandis que la demande d’exposition longue s’est tarie et que les taux courts sont restés élevés. Résultat : depuis février 2026, le carry annualisé est resté sous le rendement des bons du Trésor à court terme, avec un bref sursaut au début du mois d’août.
Quelle est la différence entre le basis et le funding des perpétuels ?
Le basis concerne les futures datés, qui convergent vers le comptant à une échéance fixe. Le funding concerne les perpétuels, qui n’expirent jamais et s’arriment au comptant par un paiement échangé toutes les huit heures entre longs et shorts. Les deux mesurent le portage, mais sur des instruments différents; en 2026, tous deux se sont comprimés.
Un particulier en France peut-il faire du basis trade sur les cryptos ?
Difficilement. L’AMF soumet l’offre de dérivés crypto à agrément et en interdit la publicité électronique, et l’ESMA plafonne l’effet de levier des CFD crypto pour les particuliers. Le montage complet, avec accès direct au CME et levier, reste réservé aux professionnels; le grand public passe surtout par des produits encadrés comme les ETP et ETN indexés.
Par Julien Marchand, rédacteur marchés chez HOGE Wire.