h hoge.gg
Subscribe
BTC$67,432.18+2.34%ETH$3,521.44+1.08%SOL$178.62-0.62%BNB$612.30+0.41%XRP$0.6234-0.18%ADA$0.4521+3.12%DOGE$0.1623+1.86%AVAX$38.71-1.24%LINK$17.84+0.92%HOGE$0.00004120+4.21%
BTC$67,432.18+2.34%ETH$3,521.44+1.08%SOL$178.62-0.62%BNB$612.30+0.41%XRP$0.6234-0.18%ADA$0.4521+3.12%DOGE$0.1623+1.86%AVAX$38.71-1.24%LINK$17.84+0.92%HOGE$0.00004120+4.21%
● Predictions & Forecasts

Perspectives fin d’année : ce que les marchés ont déjà voté

À quatre jours du vote CLARITY et du premier dot plot de Warsh, le Bitcoin cote sous presque toutes les cibles d'analystes. Comment lire la fin d'année dans les prix, pas dans les prévisions.

Le 12 septembre 2026, le Bitcoin s’échange autour de 76 700 dollars, soit à peu près 66 400 euros, après être repassé sous la barre des 77 000 dollars la veille de la publication de l’inflation américaine, à son plus bas niveau en deux semaines (Yahoo Finance). Ce prix a une particularité: il se situe sous presque toutes les cibles de fin d’année publiées par les grandes banques. Et il arrive à quatre jours d’une semaine que le marché attend depuis des mois: un vote de procédure sur le CLARITY Act le mardi 15, puis la décision de la Fed et le premier dot plot du président Kevin Warsh le mercredi 16.

Dans ce contexte, la question de fin d’année n’est plus de savoir quel chiffre inscrire dans une prévision, mais lequel des instruments de marché il faut croire. Car ils ne racontent pas la même histoire. Les analystes de banque visent 82 000, 100 000, parfois 250 000 dollars. Les options de Deribit dessinent une distribution large et penchée vers le haut. Polymarket donne près de trois chances sur quatre de toucher 85 000 dollars, quand Kalshi ne met qu’environ une chance sur huit sur une clôture d’année dans cette zone. Cet article n’ajoute pas une prévision de plus: il explique comment lire celles qui existent déjà, où elles divergent, pourquoi, et ce que la semaine décisive va réellement trancher.

Le paradoxe de septembre: un prix sous presque toutes les cibles

Commençons par le décor. À 76 700 dollars, le Bitcoin se trouve environ 39 % sous son plus haut historique de près de 126 200 dollars, atteint le 6 octobre 2025. Converti au taux de change du jour (environ 1,155 dollar pour un euro), cela place l’actif autour de 66 400 euros, contre un sommet équivalent à quelque 109 000 euros. La correction est réelle, mais elle est loin des effondrements de 75 à 85 % des cycles précédents.

Face à ce prix, la barre des prévisions d’analystes reste étonnamment haute. Le tableau ci-dessous reprend les cibles de fin d’année les plus citées, compilées notamment par CoinGecko, converties en euros et rapportées à la hausse (ou à la baisse) qu’elles impliquent depuis le cours actuel.

AnalysteCible fin 2026 (USD)Environ (EUR)Écart vs ~76 700 $
Peter Brandt (technique)~25 000~21 600-67 %
NYDIG (scénario baissier)38 000-39 000~33 000~-50 %
Fidelity / Timmer (support)65 000-75 000~56 000-65 000-15 à -2 %
Citi (base)82 000~71 000+7 %
Bitfinex80 000-100 000~69 000-87 000+4 à +30 %
Standard Chartered100 000~86 600+30 %
Bernstein~125 000~108 000+63 %
JPMorgan150 000-170 000~130 000-147 000+96 à +122 %
Connors / Risk Dimensions180 000~156 000+135 %
Tom Lee / Galaxy200 000-250 000~173 000-216 000+161 à +226 %

La lecture immédiate est vertigineuse: pour valider une cible médiane comme les 125 000 dollars visés par Bernstein, il faudrait que le Bitcoin gagne près des deux tiers de sa valeur en un trimestre. Pour les 250 000 dollars de Tom Lee, il faudrait plus que tripler. Ces chiffres ne sont pas absurdes en soi (le Bitcoin a déjà fait ce genre de mouvement), mais ils rappellent une chose: une cible d’analyste n’est pas une prévision de clôture au 31 décembre, c’est un objectif conditionnel assorti d’un horizon et d’hypothèses. Le confondre avec une probabilité est la première erreur de lecture.

Comment lire une cible d’analyste (et ses pièges)

Un objectif de prix repose toujours sur trois briques: un chiffre, un horizon et un jeu d’hypothèses. Changez une hypothèse, et le chiffre bouge. Citi l’a illustré cette année en abaissant sa cible de 143 000 à 112 000, puis à 82 000 dollars, essentiellement en retirant l’hypothèse de flux nets vers les ETF qui soutenait ses modèles. Standard Chartered a suivi le même chemin, de 150 000 à 100 000 dollars. Selon la compilation de CoinGecko, aucune banque n’a relevé sa cible 2026 cette année: la barre haute du tableau est donc un optimisme daté, marqué à la baisse à des vitesses différentes selon les bureaux.

Le deuxième piège est de traiter tous les émetteurs comme équivalents. Un historique compte. Certaines maisons ont manqué trois clôtures d’année d’affilée, ce qui n’invalide pas leur méthode mais impose une décote mentale. Le troisième piège est de moyenner des chiffres qui répondent à des questions différentes: un scénario de base, un scénario haussier et un plancher de risque ne se mélangent pas dans une moyenne. Le plus utile, dans le tableau, n’est pas le point central mais la dispersion: elle mesure le désaccord des professionnels, et ce désaccord est aujourd’hui énorme.

Ce désaccord recouvre un débat de fond sur la nature même du cycle. Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, défend depuis fin 2025 la thèse que le cycle de quatre ans est mort, remplacé par un « grind » (une lente ascension) sur dix ans: le halving pèse deux fois moins à chaque itération, le cycle des taux joue désormais en faveur de la crypto et non contre elle, et les corrections devraient rester de l’ordre de 20 à 40 %, pas de 80 %. À l’opposé, Jurrien Timmer, directeur macro de Fidelity, considère que le cycle est intact: le sommet d’octobre 2025 vers 125 000 dollars, après 145 semaines de hausse, colle au schéma post-halving, et 2026 serait une « année blanche » avec un support entre 65 000 et 75 000 dollars.

Le tape de 2026 tranche justement entre les deux: une baisse d’environ 39 % depuis le sommet, plus profonde qu’un simple accroc de « grind », mais bien plus douce que les hivers de 2018 ou 2022. C’est l’argument central des tenants d’un cycle « institutionnalisé »: les ETF au comptant et les trésoreries d’entreprise ont amorti le boom comme la chute. Pour qui veut relier ce débat aux données on-chain plutôt qu’aux slogans, notre analyse des maths du halving vues par les portefeuilles montre où en sont concrètement les détenteurs de long terme.

Les options: une distribution, pas un chiffre

Là où l’analyste livre un point, le marché des options livre une courbe. Sur Deribit, principale place pour les options crypto, les positions ouvertes sur les échéances de décembre 2026 dessinent une distribution nette et asymétrique. Le strike qui concentre le plus d’intérêt à l’achat (call) est celui des 120 000 dollars, avec environ 7 527 BTC de positions ouvertes, tandis que la plus grosse ligne de vente (put) se trouve à 60 000 dollars, avec près de 6 224 BTC. Le « max pain », le prix qui ferait expirer sans valeur le maximum d’options, gravite autour de 75 000 dollars pour les échéances de septembre comme de décembre.

Deux enseignements. D’abord, la fourchette que le marché juge plausible est très large: un mur d’appels à 120 000 dollars coexiste avec un mur de protections à 60 000. Ensuite, les puts pèsent plus lourd que les calls la plupart des jours depuis l’été 2025, signe d’une demande de couverture persistante, pas d’une euphorie directionnelle.

Attention toutefois au contresens le plus courant: la distribution lue dans les options est dite « risque-neutre », elle n’est pas la distribution réelle des probabilités. Elle est déformée par la demande de couverture et par le prix du risque. Un investisseur qui achète des puts à 60 000 dollars ne parie pas forcément sur ce niveau, il s’assure contre lui. Lire « le marché attend 120 000 dollars » sur un mur de calls est donc faux: on lit où se concentrent les couvertures et les paris à effet de levier, pas une espérance de prix.

Polymarket contre Kalshi: toucher n’est pas clôturer

Les marchés de prédiction offrent une troisième lecture, en probabilités explicites. Mais ils tombent dans un piège redoutable si on ne lit pas la question exacte à laquelle chaque contrat répond. Début septembre, le marché phare de Polymarket (« quel prix le Bitcoin va-t-il atteindre en 2026 ? », environ 64 millions de dollars de volume) donnait 73 % de chances de toucher 85 000 dollars avant 2027, 51 % de toucher 90 000, 26 % de toucher 100 000, 10 % de toucher 120 000 et seulement 3 % de toucher 150 000 (bitcoinethereumnews.com). Côté baissier, toucher 75 000 dollars ressortait à 74 %, 70 000 à 52 %, 65 000 à 35 % et 60 000 à 25 %.

Kalshi, sur son marché de clôture d’année (environ 35 millions de dollars de volume), raconte une histoire beaucoup plus resserrée: une médiane autour de 81 000 dollars, avec 12,5 % de probabilité de finir entre 75 000 et 80 000, 11,9 % entre 80 000 et 85 000, 7,7 % entre 90 000 et 95 000, et 3,7 % seulement au-dessus de 100 000. Le tableau suivant met les deux côte à côte.

Niveau de prixPolymarket: toucher ce niveau avant 2027Kalshi: clôturer l’année dans cette tranche
60 000 $25 % (au moins un passage)compris dans la queue basse
70 000-75 000 $52 % (70k) / 74 % (75k)~9,9 % (70-75k)
75 000-80 000 $~12,5 %
80 000-85 000 $73 % (toucher 85k)~11,9 %
90 000-95 000 $51 % (toucher 90k)~7,7 %
95 000-100 000 $26 % (toucher 100k)~5,6 %
100 000-105 000 $~3,7 %
120 000 $ et plus10 % (120k), 3 % (150k)négligeable

La leçon est cruciale. Un titre affirmant « les parieurs donnent 73 % au Bitcoin pour atteindre 85 000 dollars » est vrai, mais il décrit un passage éphémère, pas une destination. La probabilité de clôturer l’année dans la tranche des 80 000 à 85 000 dollars n’est que d’environ 12 %. Un actif volatil touche beaucoup de niveaux qu’il ne conserve pas: les probabilités de toucher sont mécaniquement supérieures aux probabilités de clôturer. Le même biais explique un contrat annexe de Kalshi qui donne 83 % au Bitcoin d’atteindre 100 000 dollars avant de retomber à 50 000: c’est une question d’ordre d’arrivée, pas de niveau final.

Ces marchés portent aussi une part de réflexivité: leurs cotes sont scrutées, citées, et finissent par influencer le sentiment qu’elles prétendent seulement mesurer. C’est le même mécanisme que celui décrit dans notre enquête sur les baleines qui savent qu’on les regarde: l’instrument de mesure fait partie du phénomène mesuré. Enfin, ces chiffres datent du début septembre, quand le Bitcoin cotait encore près de 79 000 dollars; depuis qu’il est repassé sous 77 000, les probabilités de toucher les niveaux hauts se sont mécaniquement assouplies.

Le funding et la base: le prix de la conviction

Un quatrième registre, plus technique, mesure non pas la direction mais le coût de la position. La « base » des contrats à terme est la prime (annualisée) du future sur le comptant: une base positive et élevée signale une forte demande d’exposition longue à effet de levier. Le funding des contrats perpétuels, lui, indique quel côté du marché paie l’autre pour maintenir sa position; un funding franchement positif veut dire que les acheteurs financent les vendeurs, donc que le positionnement long est encombré.

Ces indicateurs ne sont pas des prévisions de prix, ce sont des jauges de fragilité. Un funding qui grimpe à l’approche d’un événement binaire (un vote, une réunion de banque centrale) signale un consensus surchargé, donc un risque de cascade de liquidations si la nouvelle déçoit. À l’inverse, une base qui s’effondre pendant que le prix tient traduit un désendettement sain. Pour la fin d’année, le paramètre à surveiller n’est pas le niveau du funding en soi, mais son évolution autour du 15 et du 16 septembre.

Ce registre renvoie aussi à la question de l’acheteur marginal. Depuis 2024, le flux dominant ne vient plus du particulier mais des ETF au comptant et des trésoreries d’entreprise. Or ces flux sont visibles et américains, ce qui crée un signal que l’Europe observe sans pouvoir l’acheter aussi facilement, un décalage que nous avons détaillé dans notre article sur les flux d’ETF, ce signal américain que l’Europe ne peut acheter. Quand l’acheteur marginal est institutionnel, la base et le funding se lisent différemment: ils reflètent des couvertures et de l’arbitrage, moins de l’euphorie de détail.

Quand les instruments se contredisent: la Fed en direct

La meilleure illustration de « quel instrument croire » se joue cette semaine, en temps réel, sur la décision de la Fed. Les contrats à terme sur les fed funds, résumés par l’outil FedWatch de CME, donnent une probabilité élevée d’une hausse d’un quart de point le 16 septembre: plus de 85 % selon certaines lectures, environ 69 % selon d’autres relevés le même jour, la presse évoquant même près de 87 % après l’inflation. Or, au même moment, les marchés de prédiction Kalshi et Polymarket attribuaient à cette hausse une probabilité bien plus basse, de l’ordre de 48 à 49 %.

Comment le même événement peut-il valoir 85 % ici et 49 % là ? Parce que les deux instruments n’ont ni la même population, ni la même mécanique. Les futures de taux intègrent une demande de couverture massive d’acteurs institutionnels, ce qui peut gonfler la probabilité implicite au-delà de la conviction réelle. Les marchés de prédiction rassemblent un public plus restreint, aux capitaux limités, sensible aux frais et à la liquidité, dont la cote reflète autant le flux de paris que l’anticipation pure. Aucun des deux n’est « le vrai chiffre »: ce sont deux mesures d’objets légèrement différents.

La leçon dépasse la seule Fed. Lorsqu’on lit une perspective de fin d’année, il faut toujours demander: quel instrument parle, quelle question pose-t-il exactement, et quel biais structurel porte sa réponse ? Un chiffre unique qui prétend résumer « ce que pense le marché » cache presque toujours cette pluralité.

Trois dominos déjà tombés: emploi, prix de gros, inflation

Si la fin d’année est un problème de résolution d’incertitude, alors la séquence de données de septembre est le mécanisme de résolution. Trois dominos sont déjà tombés, tous du même côté. Le 4 septembre, le rapport sur l’emploi a surpris nettement à la hausse: 162 000 créations de postes en août, très au-dessus des 53 000 attendus, avec un taux de chômage stable à 4,1 % et des révisions positives des mois précédents. Un marché du travail solide, dans le régime actuel, est une mauvaise nouvelle pour la crypto, car il donne à la Fed une raison de plus de resserrer.

Le 10 septembre, l’indice des prix à la production a suivi: +0,4 % sur le mois et +5,4 % sur un an, tiré aux trois quarts par l’énergie (+4,2 %). La nuance mérite d’être notée: le cœur du PPI, hors alimentation et énergie, n’a progressé que de 0,2 %, sous les attentes. L’accélération vient donc surtout des carburants, pas d’une inflation sous-jacente généralisée.

Le 11 septembre, l’inflation à la consommation a confirmé le tableau: +0,4 % sur le mois et 3,4 % sur un an pour l’indice global, conformes aux attentes, mais un cœur à +0,3 % (2,4 % sur un an) légèrement au-dessus du consensus. Là encore, l’essence est le grand coupable, en hausse de 27,4 % sur un an et responsable de plus d’un tiers de la progression mensuelle. Malgré ce caractère surtout énergétique, la réaction a été sans ambiguïté: les paris sur une hausse de taux ont bondi. Ce durcissement s’inscrit dans la ligne fixée par Kevin Warsh à Jackson Hole le 28 août, où le président de la Fed avait jugé l’inflation encore trop élevée et réaffirmé la cible de 2 % comme priorité absolue.

Deux dominos cette semaine: CLARITY et le dot plot

Restent deux dominos, et ce sont eux qui vont réellement resserrer la distribution. Le premier est réglementaire. Le mardi 15 septembre à 14 h 15 (heure de l’Est), le Sénat américain tient un vote de clôture (cloture) sur le CLARITY Act, le texte qui répartirait la compétence entre la SEC et la CFTC. Il faut 60 voix pour passer à l’examen sur le fond. Les républicains ne disposent que de 53 sièges, et doivent composer avec des défections annoncées (Rand Paul, Josh Hawley, peut-être Thom Tillis), ce qui les oblige à trouver dix voix démocrates ou plus (The Block). En cas d’échec, le texte est probablement mort pour 2026 et, vu le calendrier des élections de mi-mandat, sans doute jusqu’en 2029.

Le marché est pessimiste: la cote Polymarket d’une adoption en 2026 est tombée de 82 % en février à environ 16 %, et Galaxy Research l’estime à 10 %. Trois points bloquent encore, selon crypto.news: des règles d’éthique visant les revenus crypto du président Trump, la responsabilité des développeurs de DeFi (section 604), et une disposition sur le rendement des stablecoins qui menace un flux de revenus important pour Coinbase. Le patron de Coinbase, Brian Armstrong, se dit malgré tout confiant et affirme que le texte passera. Pour le détail heure par heure de cette échéance, nous renvoyons à notre compte à rebours de la semaine décisive.

Le second domino est monétaire. Le mercredi 16 septembre à 14 h (heure de l’Est), la Fed publiera sa décision et, surtout, le premier dot plot de l’ère Warsh, ce nuage de points où chaque membre projette sa trajectoire de taux. Une hausse serait la première depuis 2023. Mais l’essentiel n’est pas la décision, largement anticipée: c’est le message sur la suite. Un dot plot signalant d’autres hausses pèserait davantage sur les actifs sans rendement qu’une simple hausse déjà intégrée dans les prix.

Le tiraillement: le Trésor desserre, la Fed resserre

Pour comprendre pourquoi la fin d’année est si indécise, il faut voir que les deux mains de la politique économique américaine tirent en sens opposé. D’un côté, la Fed de Warsh resserre pour casser l’inflation. De l’autre, le Trésor de Scott Bessent a élargi ses rachats de dette à long terme (de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération, avec un rythme accru), dispositif effectif depuis le 9 septembre, ce qui injecte de la liquidité et fait baisser les rendements longs. Une main freine, l’autre accélère.

C’est sur cette contradiction que repose le scénario le plus haussier. Mark Connors, de Risk Dimensions, estime que le Bitcoin pourrait viser 180 000 dollars (dans une fourchette de cycle de 180 000 à 360 000) si les rachats du Trésor allègent la pression des rendements, un soutien qui pourrait selon lui atteindre 10 à 30 milliards de dollars par mois. Mais Connors ajoute un avertissement essentiel: le principal risque de baisse à court terme est justement l’absence de progrès du CLARITY Act autour du 15 septembre. Sa cible haute et son signal de prudence pointent donc le même calendrier: la semaine qui s’ouvre.

Pour le lecteur, la conséquence pratique est qu’aucune perspective de fin d’année n’est lisible sans préciser laquelle des deux mains gagne. Une détente du Trésor combinée à une pause de la Fed ouvrirait la queue haute de la distribution; un resserrement franc sans relais budgétaire visible rouvrirait la queue basse.

L’angle européen: une BCE qui resserre aussi, un euro qui compte

Pour un investisseur en euros, deux paramètres locaux se greffent sur le tableau américain. Le premier est que la Banque centrale européenne ne fait pas contrepoids: le 10 septembre, elle a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base, portant le taux de dépôt à 2,50 %, sa première hausse depuis 2023, sur fond d’inflation de zone euro autour de 3,3 % en août (EBC Financial Group). Christine Lagarde a présenté la décision comme unanime tout en refusant de s’engager sur la suite. Autrement dit, l’euro fait face, lui aussi, à une banque centrale en mode resserrement.

Le second paramètre est le change. Au taux du jour, autour de 1,155 dollar pour un euro, une cible de 125 000 dollars équivaut à environ 108 000 euros, et 100 000 dollars à près de 86 600 euros. Mais le rendement réellement encaissé par un porteur en euros dépendra autant de l’évolution de l’euro-dollar que de celle du Bitcoin: si le dollar se renforce (ce qu’une Fed plus dure favorise), une cible en dollars atteinte peut se traduire par un gain en euros plus modeste, et inversement. Convertir mentalement les cibles en euros, comme dans notre tableau, évite de surestimer le potentiel.

Enfin, le cadre réglementaire français a changé: la période transitoire pour les prestataires (l’ancien régime PSAN vers l’agrément CASP de MiCA) s’est achevée le 1er juillet 2026, et l’AMF a rappelé que les acteurs non conformes doivent organiser une sortie ordonnée (amf-france.org). Pour l’épargnant, deux points pratiques: l’exposition au comptant passe en Europe par des ETP, pas par des fonds UCITS (interdits de crypto au comptant), et les dérivés (futures, perpétuels) relèvent de MiFID II, pas de MiCA.

Ethereum: la cible qui a le plus bougé

Le débat de fin d’année ne se limite pas au Bitcoin. L’Ethereum, autour de 2 450 dollars (environ 2 120 euros) le 11 septembre, porte l’écart de prévisions le plus spectaculaire. Selon les mêmes compilations de prévisions, Citi encadre l’actif entre un scénario baissier à 1 198 dollars, une base à 3 175 et un haussier à 4 488. Standard Chartered, par la voix de Geoff Kendrick, est nettement plus optimiste: sa cible de fin 2026 a été ramenée à 7 500 dollars (contre 12 000 auparavant), assortie d’une trajectoire à plus long terme de 15 000 en 2027, 22 000 en 2028 et jusqu’à 40 000 en 2030. Kendrick va jusqu’à parier que 2026 sera « l’année de l’Ethereum, un peu comme 2021 », portée par la domination d’ETH sur les stablecoins, les actifs tokenisés et la DeFi.

La leçon de lecture est la même que pour le Bitcoin, en plus marquée: quand une même maison fait osciller sa cible entre 4 000 et 7 500 dollars en quelques mois, c’est le signe que la fourchette d’incertitude est la vraie information, pas le point. Une part de la thèse haussière sur ETH repose aussi sur la gouvernance et la concentration du staking liquide, un sujet moins visible mais structurant, que nous avons décortiqué dans notre enquête sur qui contrôle réellement le stETH. Pour l’investisseur, l’ETH ajoute au pari macro un pari sur l’usage réel du réseau, ce qui élargit encore la distribution.

Trois scénarios pour décembre

Plutôt qu’un chiffre unique, la façon honnête de conclure est de cartographier trois états du monde, chacun conditionné par la manière dont la semaine du 15 septembre se résout, et de les ancrer sur les probabilités que les marchés affichent déjà.

ScénarioDéclencheur (semaine du 15 sept.)BTC fin 2026En eurosCe que disent les marchés
ResserrementCLARITY échoue, hausse Fed et dot plot durs, dollar fort55 000-70 000 $~48 000-61 000 €la queue basse que Kalshi chiffre autour de 30-35 % sous 75 000
Statu quo (grind)CLARITY passe ou échoue de justesse, hausse déjà intégrée, pas de nouveau catalyseur75 000-95 000 $~65 000-82 000 €le cœur de la distribution (médiane Kalshi ~81 000)
DétenteCLARITY passe, Fed signale une pause, Trésor accélère les rachats100 000-130 000 $~87 000-113 000 €la queue haute (Polymarket ~26 % de toucher 100 000)

Ce tableau n’est pas une prédiction, c’est une grille. Il relie chaque issue à un déclencheur observable et à une probabilité de marché existante. Il montre aussi pourquoi le consensus des analystes (une barre haute vers 100 000-150 000 dollars) ne coïncide pas avec le cœur des marchés de prédiction (une clôture autour de 80 000): les premiers raisonnent en objectif conditionnel à douze mois, les seconds en clôture probable au 31 décembre.

Lire les perspectives sans se faire piéger: la méthode

Récapitulons la méthode, car elle vaut au-delà de cette fin d’année. Premièrement, ne jamais confondre un objectif d’analyste (un point conditionnel avec horizon) avec une probabilité. Deuxièmement, distinguer toucher et clôturer: un marché « touch » comme celui de Polymarket surestime toujours, par construction, la probabilité qu’un actif volatil finisse à un niveau donné. Troisièmement, se rappeler que la distribution lue dans les options est risque-neutre, déformée par la couverture, et non l’espérance réelle de prix.

Quatrièmement, quand deux instruments se contredisent sur le même événement (comme FedWatch et les marchés de prédiction sur la hausse du 16 septembre), c’est un signal, pas une erreur: chacun mesure un objet légèrement différent, avec sa population et ses biais. Cinquièmement, pour un investisseur en euros, toujours reconvertir et intégrer le change, sous peine de surestimer un gain libellé en dollars. La perspective de fin d’année n’est pas un chiffre, c’est une distribution large, penchée vers le haut, dont la largeur va se réduire brutalement entre le 15 et le 16 septembre.

Un dernier mot fiscal pour la France: les plus-values de cession de crypto-actifs pour un particulier relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux), l’option pour le barème progressif restant possible. Ce paramètre ne change pas la direction du marché, mais il change le rendement net que vaut, pour vous, chacune des cibles du tableau.

Questions fréquentes

Le Bitcoin peut-il atteindre 100 000 dollars d’ici fin 2026 ?

C’est possible mais loin d’être acquis. Fin septembre, les paris de Polymarket donnaient environ 26 % de chances que le Bitcoin touche 100 000 dollars au moins une fois avant 2027, et Kalshi moins de 6 % qu’il clôture l’année entre 95 000 et 100 000 dollars. Toucher un niveau et y finir l’année sont deux choses différentes: la première est bien plus probable que la seconde.

Quelle est la cible de prix Bitcoin fin 2026 des grandes banques ?

Elles s’étalent énormément. Citi vise 82 000 dollars en scénario de base, Standard Chartered 100 000, Bernstein environ 125 000, JPMorgan 150 000 à 170 000, tandis que Tom Lee et Galaxy évoquent 200 000 à 250 000. À l’inverse, NYDIG chiffre un scénario baissier vers 38 000 et Peter Brandt parle de 25 000. Aucune banque n’a relevé sa cible 2026 cette année.

Pourquoi Polymarket et Kalshi donnent-ils des chiffres différents pour le Bitcoin ?

Parce qu’ils ne posent pas la même question. Le marché phare de Polymarket paie si le Bitcoin touche un niveau à un moment quelconque avant 2027, alors que celui de Kalshi porte sur le prix de clôture de l’année. Un actif volatil touche beaucoup de niveaux qu’il ne conserve pas, donc les probabilités de toucher sont mécaniquement plus élevées que les probabilités de clôturer.

Que se passe-t-il pour la crypto si le CLARITY Act échoue le 15 septembre ?

Le vote du 15 septembre est une motion de procédure qui exige 60 voix. S’il échoue, le CLARITY Act est probablement mort pour 2026 et, compte tenu du calendrier des élections de mi-mandat, sans doute jusqu’en 2029. Plusieurs analystes, dont Mark Connors, estiment que l’absence de progrès réglementaire d’ici cette date est le principal risque de baisse à court terme pour le Bitcoin.

La hausse des taux de la Fed est-elle mauvaise pour le Bitcoin ?

Une hausse est généralement un vent contraire, car des taux plus élevés rendent les actifs sans rendement moins attractifs. Le marché price une probabilité élevée d’une hausse le 16 septembre, la première depuis 2023, ce qui pèse sur les prix. Mais une partie de ce résultat est déjà intégrée: ce qui comptera le plus, c’est le dot plot et le ton de Kevin Warsh sur la suite, pas seulement la décision elle-même.

Julien Marchand couvre la macro et les marchés crypto pour HOGE Wire.

Share 𝕏 Post Telegram