Maths du halving : ce que les portefeuilles disent du cycle
Le halving ne réduit presque plus l'offre de Bitcoin. Le vrai rythme du cycle se lit on-chain, dans le comportement des détenteurs, et 2026 raconte une histoire inédite.
Le halving est le chiffre le plus célèbre de la crypto, et bientôt l’un des moins déterminants. Au moment d’écrire ces lignes, le Bitcoin s’échange autour de 67 600 euros (environ 78 500 dollars), pour une capitalisation de marché d’à peu près 1 356 milliards d’euros et une offre en circulation de 20,08 millions d’unités, soit près de 95,6 % des 21 millions qui existeront un jour (CoinGecko). Le prix reste environ 37 % sous le record de 107 662 euros (près de 126 198 dollars) touché le 6 octobre 2025.
La prochaine division de la récompense, attendue vers avril 2028, fera passer l’émission de 3,125 à 1,5625 BTC par bloc. Sur le papier, c’est le grand rendez-vous de chaque cycle. En pratique, cette coupe retirera au marché quelques centaines de bitcoins par jour, une goutte d’eau face à un stock de plus de vingt millions. Si le choc d’offre est devenu si petit, pourquoi le marché continue-t-il de parler d’un cycle de quatre ans ?
La réponse ne se trouve pas dans le code de la récompense, mais dans les portefeuilles. Les données on-chain, capitalisation réalisée, ratio MVRV, cohortes de détenteurs, suivent le cycle bien mieux que la date du halving. Et 2026 est en train de tester cette lecture comme jamais : pour la première fois, plusieurs de ces signaux racontent une histoire qui s’écarte du scénario historique.
Le halving, un événement de plus en plus petit
Rappelons la mécanique. Tous les 210 000 blocs, soit environ quatre ans, la récompense versée aux mineurs est divisée par deux. La règle est inscrite dans le code de Bitcoin Core (la fonction GetBlockSubsidy, dans le fichier src/validation.cpp) et personne ne peut la modifier unilatéralement (dépôt Bitcoin Core). Elle plafonne l’offre totale à 21 millions et fixe le calendrier d’émission jusque vers 2140.
| Événement | Date (approx.) | Bloc | Récompense (BTC/bloc) | Émission (BTC/jour) |
|---|---|---|---|---|
| Bloc de genèse | janv. 2009 | 0 | 50 | ~7 200 |
| 1er halving | nov. 2012 | 210 000 | 25 | ~3 600 |
| 2e halving | juil. 2016 | 420 000 | 12,5 | ~1 800 |
| 3e halving | mai 2020 | 630 000 | 6,25 | ~900 |
| 4e halving | avr. 2024 | 840 000 | 3,125 | ~450 |
| 5e halving (est.) | ~avr. 2028 | 1 050 000 | 1,5625 | ~225 |
L’essentiel tient dans la dernière colonne. En 2012, le halving a fait tomber l’émission quotidienne de 7 200 à 3 600 BTC, une saignée énorme rapportée au stock encore modeste de l’époque. En 2028, elle passera d’environ 450 à 225 BTC par jour, une variation minuscule face aux vingt millions déjà en circulation. Chaque division retire une part de plus en plus faible d’un stock de plus en plus grand : l’inflation annuelle de l’offre est déjà tombée sous 0,9 % et glissera vers 0,4 % après 2028. Le fameux ratio stock-to-flow double bien à chaque halving, mais le flux qu’il mesure est devenu négligeable.
Au 9 septembre 2026, la chaîne comptait environ 966 200 blocs ; il en restait près de 83 800 avant le bloc 1 050 000 qui déclenchera la cinquième division (CoinGecko). Le compte à rebours fait vendre du rêve, mais son effet arithmétique sur l’offre n’a jamais été aussi faible.
Le prix ne suit pas l’offre : la demande fait le cycle
Si le halving commandait le prix, son effet serait constant, voire croissant. C’est l’inverse qui se produit. En rapportant le prix du jour du halving au sommet du cycle qui suit, on obtient une suite de multiples qui fondent : de l’ordre de 95 fois après 2012 (d’environ 12 à 1 150 dollars), 30 fois après 2016 (d’environ 650 à 19 700 dollars), 8 fois après 2020 (d’environ 8 700 à 69 000 dollars), et à peine 2 fois pour le cycle ouvert en avril 2024 (d’environ 64 000 dollars au sommet de 126 198 dollars du 6 octobre 2025).
Cette décroissance a une conséquence directe : les modèles fondés sur la seule rareté, à commencer par le stock-to-flow, ont échoué précisément parce qu’ils ignorent la demande (nous avons testé le S2F comme signal de trading, et le verdict est sans appel). Le halving est un métronome régulier ; l’amplitude du morceau, elle, vient d’ailleurs. Pour comprendre le cycle, il faut donc regarder qui achète, qui vend, et surtout qui garde. C’est exactement ce que la chaîne enregistre, transaction après transaction.
Une autre façon de le dire : chaque cycle a exigé toujours plus de capital pour un gain toujours plus faible. Là où quelques milliards de dollars de flux entrants suffisaient à propulser le marché au début des années 2010, il en a fallu des dizaines puis des centaines de milliards sur les cycles suivants, pour des multiples en chute libre. Selon CoinDesk, une nouvelle envolée parabolique pourrait désormais réclamer de l’ordre de 1 000 milliards de dollars d’argent frais, un ordre de grandeur sans rapport avec le petit choc d’offre du halving (CoinDesk).
La capitalisation réalisée : le vrai prix payé
La capitalisation de marché classique multiplie le dernier prix par toutes les unités en circulation. Elle mesure une humeur. La capitalisation réalisée fait tout autre chose : elle valorise chaque bitcoin au prix auquel il a bougé pour la dernière fois, puis additionne le tout. Le résultat approche le coût d’acquisition agrégé du réseau, c’est-à-dire le capital réellement immobilisé dans l’actif, et non sa valorisation de façade. C’est la métrique fondatrice de l’analyse on-chain, popularisée par des fournisseurs comme Glassnode.
La différence est cruciale. Quand le prix s’envole sans que les pièces bougent, la capitalisation de marché gonfle mais la capitalisation réalisée reste stable : peu d’argent frais est entré. Quand des pièces changent de mains à des prix élevés, la capitalisation réalisée monte durablement, car le nouveau coût de base est gravé dans la chaîne. Franchie pour la première fois au-dessus de 1 000 milliards de dollars en 2025, cette mesure est devenue le socle sur lequel se lit tout le reste : le rapport entre ce que vaut le marché et ce qu’il a réellement coûté.
Un exemple simplifié aide à saisir la différence. Imaginons un réseau de dix bitcoins : neuf ont bougé pour la dernière fois à 20 000 dollars, un seul vient de s’échanger à 100 000 dollars. La capitalisation de marché applique ce dernier prix à toutes les pièces, soit un million de dollars, et suggère une immense richesse. La capitalisation réalisée, elle, additionne les coûts réels (neuf fois 20 000 plus une fois 100 000), soit 280 000 dollars. L’écart entre les deux chiffres mesure le profit latent du réseau, autrement dit la marge de vente potentielle qui pèse au-dessus du marché.
Ce que 2026 change : le capital n’a pas fui
Voici la donnée la plus dérangeante pour la thèse du cycle classique. Entre le record du 6 octobre 2025 et le creux de 59 375 dollars du 5 juin 2026, le Bitcoin a perdu environ 53 % de sa valeur. Un cycle normal aurait dû s’accompagner d’une capitulation : des détenteurs vendant à perte, un coût de base agrégé qui s’effondre. C’est ce qui s’était produit en 2022, quand la capitalisation réalisée avait reculé d’environ 470 à 385 milliards de dollars, à mesure que les investisseurs cédaient leurs pièces sous leur prix d’achat.
Rien de tel cette fois. Pendant toute la baisse de 2026, la capitalisation réalisée est restée à un niveau record, au-dessus de 1 000 milliards de dollars (CoinDesk). Autrement dit, le capital n’a pas fui ; les pièces qui ont changé de mains l’ont fait à des coûts de base plus élevés, pas plus bas. C’est le signal le plus fort du camp qui affirme que le cycle a changé de nature : le plancher sous le marché est structurellement plus haut qu’aux cycles précédents, parce que les vendeurs ont été remplacés par des acheteurs à conviction longue.
Le prix réalisé : où se cachent les planchers
Divisez la capitalisation réalisée par le nombre de pièces en circulation et vous obtenez le prix réalisé : le coût d’acquisition moyen d’un bitcoin à l’échelle du réseau. C’est une référence bien plus utile que n’importe quel objectif rond tiré d’un modèle. Quand le prix de marché passe au-dessus du prix réalisé, le détenteur moyen est en profit ; quand il passe en dessous, il est en perte, et le risque de capitulation grimpe. Ce niveau agit donc à la fois comme un aimant et comme un plancher psychologique.
La chaîne permet d’affiner encore. On peut calculer un prix réalisé propre aux détenteurs long terme (leur coût de base collectif) et un autre propre aux détenteurs court terme. Historiquement, le coût de base des STH sert de support dans un marché haussier et de résistance dans un marché baissier, tandis que celui des LTH marque souvent le point de douleur maximale des grands creux. En 2026, le repli vers les 59 000 dollars a testé ces bandes de coût sans les pulvériser durablement : le marché a passé l’essentiel de l’année à graviter autour de son coût d’acquisition agrégé, ce qui ressemble davantage à une construction de plancher qu’à un effondrement.
Pour un investisseur, l’intérêt est concret : ces bandes donnent des repères de valorisation ancrés dans le comportement réel des détenteurs, et non dans une extrapolation. Elles ne disent pas quand le marché tournera, mais elles disent où se situent les zones de bascule entre profit et perte agrégés, l’information qui compte le plus quand un cycle cherche son point bas.
MVRV et Z-score : mesurer l’euphorie et la peur
Une fois la capitalisation réalisée en main, un ratio s’impose : le MVRV, pour Market Value to Realized Value, soit la capitalisation de marché divisée par la capitalisation réalisée. Au-dessus de 1, les détenteurs sont en moyenne en profit ; plus le ratio grimpe, plus les gains latents sont importants, et plus la tentation de vendre est forte. Le MVRV Z-score normalise cette mesure pour comparer les cycles entre eux, en corrigeant l’échelle par la volatilité historique.
Historiquement, les sommets se sont formés sur des lectures très élevées et les creux sur des lectures proches de zéro (les valeurs publiées varient d’un fournisseur à l’autre, mieux vaut raisonner en ordres de grandeur qu’en décimales). Deux faits ressortent pour le cycle en cours. D’abord, le sommet d’octobre 2025 n’a affiché qu’une lecture à un chiffre, bien plus modeste que l’euphorie de 2017 ou 2021 : le marché n’a jamais atteint le même degré de surchauffe. Ensuite, en juin 2026, le MVRV Z-score est retombé au voisinage de zéro, la zone qui a marqué les grands creux du passé (CoinDesk). Un sommet tiède suivi d’un creux profond : c’est la signature d’un cycle aplati, pas d’un cycle absent.
En pratique, on lit le MVRV par zones plutôt que par valeur exacte : une zone haute de surchauffe, une zone basse de sous-valorisation, et un large entre-deux sans grand pouvoir prédictif. Le piège, bien documenté, est que ces seuils dérivent vers le bas à chaque cycle, à mesure que le marché mûrit et que la volatilité diminue. Un niveau qui hurlait euphorie en 2017 ne correspond plus qu’à un marché tiède en 2025. Traiter un seuil ancien comme une vérité intemporelle est l’erreur classique de l’analyse on-chain mal utilisée.
Détenteurs long terme contre court terme : le moteur du cycle
Voici le cœur du réacteur. La chaîne permet de trier les pièces par ancienneté de détention. Par convention (la méthodologie de Glassnode fait référence), un bitcoin non déplacé depuis plus de 155 jours passe dans la catégorie des détenteurs long terme (LTH) ; en deçà, il appartient aux détenteurs court terme (STH). Le cycle classique se lit dans le va-et-vient entre ces deux groupes : les LTH accumulent patiemment pendant le marché baissier, puis distribuent leurs pièces à des acheteurs euphoriques près des sommets. Les creux se forment quand les STH capitulent et cèdent leurs pièces aux LTH ; les sommets, quand les LTH revendent aux derniers arrivants.
En 2026, ce ressort s’est comporté de façon inhabituelle. Loin de distribuer massivement dans la baisse, l’offre détenue par les LTH a atteint un record historique, autour de 16,64 millions de BTC, soit près de 83 % de l’offre en circulation, le 21 juillet 2026, pour une valeur d’environ 1 070 milliards de dollars (News.Bitcoin.com). Le fondateur de CryptoQuant, Ki Young Ju, résume le mécanisme : selon lui, « Strategy and ETF buyers absorbed large old-whale selling » (les acheteurs d’ETF et les trésoreries d’entreprise ont absorbé les ventes des très anciens portefeuilles). Ces vieilles baleines savent d’ailleurs qu’elles sont observées, un jeu du chat et de la souris que nous avons décrit dans notre enquête sur les alertes baleines. Le résultat n’est pas une distribution de sommet, mais un transfert : des mains anciennes vers des véhicules réglementés, et à des prix élevés.
Ce transfert n’est pas un détail comptable. Il change la nature du détenteur marginal, celui dont la prochaine décision fait le prix. Les baleines de la première heure vendaient par conviction ou par lassitude, souvent au pire moment pour le marché. Les fonds et les trésoreries qui prennent leur place répondent à des mandats, à des flux de souscription et à des règles de gestion du risque, pas à l’euphorie d’un forum. Un actif dont le détenteur marginal a changé de psychologie n’a aucune raison de rejouer à l’identique le film des cycles précédents.
Une nuance s’impose : selon la définition retenue, la part des LTH varie sensiblement, et des cohortes plus strictes la situent plutôt autour de 59 %. Le seuil de 155 jours reste la référence de l’industrie, mais il faut choisir sa lentille et s’y tenir, sous peine de comparer des chiffres qui ne mesurent pas la même chose.
L’offre qui dort : illiquidité et réserves des plateformes
Une partie considérable des vingt millions de bitcoins ne circule tout simplement pas : pièces perdues, portefeuilles de conviction, réserves froides des ETF et des trésoreries d’entreprise. Les réserves de BTC détenues sur les plateformes d’échange évoluent depuis des mois à des niveaux historiquement bas. Le flottant réellement disponible à la vente est donc étroit, ce qui amplifie les mouvements dans les deux sens : il faut peu d’acheteurs pour faire monter un marché dont l’offre est verrouillée, et peu de vendeurs pour le faire chuter quand la confiance vacille.
Ce verrouillage a un nouveau visage en 2026 : la garde institutionnelle. Les ETF au comptant américains détiennent désormais plus d’un million de bitcoins, et des trésoreries d’entreprise plusieurs centaines de milliers de plus. Ces pièces apparaissent immobiles sur la chaîne, mais leur propriété économique, elle, peut changer de mains hors chaîne, via des parts cotées. Les baleines d’Ethereum illustrent la même bascule vers les trésoreries et le staking, un tout autre jeu que nous avons détaillé de son côté. Nous y reviendrons : cette couche de garde brouille en partie la lecture on-chain, au moment même où elle domine le marché.
Cette étroitesse du flottant explique une bonne partie de la violence des mouvements de 2025 et 2026. Quand la quasi-totalité de l’offre est verrouillée par des mains qui ne vendent pas, la formation du prix se joue sur une mince couche de pièces réellement disponibles. Un afflux d’acheteurs, même modeste, se heurte à un mur d’offre indisponible et fait bondir le cours ; à l’inverse, un accès de peur sur cette couche mince peut effacer des milliers de dollars en quelques heures. L’offre codée par le halving importe moins que l’offre effectivement en vente.
Coin-days-destroyed : réveiller les vieilles mains
Pour mesurer non pas combien de pièces bougent, mais quelle expérience se met en mouvement, les analystes utilisent les coin-days-destroyed (jours-pièces détruits). Une pièce accumule un jour-pièce pour chaque jour où elle reste immobile ; lorsqu’elle bouge enfin, ces jours accumulés sont détruits. Un chiffre élevé signale que de vieilles pièces, détenues par des acteurs expérimentés, se remettent en mouvement, souvent pour vendre près d’un sommet. Un chiffre faible pendant une hausse indique au contraire que les anciens gardent leurs positions.
C’est la version granulaire de l’histoire des LTH. Le corollaire de 2026 est cohérent avec le record d’offre long terme : les tentatives de rebond ne se sont pas accompagnées d’une ruée des vieilles mains vers la sortie, contrairement aux distributions agressives observées en 2017 et 2021. Les portefeuilles les plus anciens sont restés largement à l’écart, ce qui prive le marché de son principal carburant baissier des cycles précédents. Quand les pièces les plus expérimentées refusent de partir, il devient très difficile de fabriquer un krach de 80 %.
Les mêmes données, présentées autrement, donnent les vagues de HODL (HODL waves), qui colorent l’offre par tranche d’âge : elles montrent d’un coup d’œil quelle proportion des pièces n’a pas bougé depuis un an, deux ans, cinq ans. Dans un sommet classique, les tranches anciennes fondent, signe que les vétérans vendent aux nouveaux venus. En 2026, ces tranches sont restées épaisses : la part des pièces détenues depuis longtemps n’a pas connu la fonte spectaculaire des fins de cycle précédentes. Là encore, la lecture converge vers un cycle amorti plutôt qu’euphorique.
Demande spot contre demande à effet de levier
Toute la demande ne se vaut pas, et la chaîne rend cette différence visible. Ki Young Ju insiste sur une distinction décisive : la demande au comptant (spot), qui grave un nouveau coût de base dans la chaîne, et la demande à effet de levier (contrats à terme et perpétuels), qui peut faire grimper le prix sans qu’un seul bitcoin change durablement de propriétaire. Or les rebonds de 2026 ont été largement portés par les dérivés, tandis que la demande spot restait faible, voire négative sur trente jours (Cryptobriefing). Le dirigeant de CryptoQuant rappelle que les creux durables se forment seulement lorsque le spot et les contrats à terme se redressent ensemble ; un rebond de levier sans spot se solde souvent par une nouvelle jambe de baisse, quand les positions se dénouent.
Il y a tout de même un frémissement récent, plusieurs indicateurs on-chain de profitabilité ayant commencé à se retourner à la hausse. C’est précisément le pont entre la chaîne et le marché des dérivés que nous avons exploré à part, en regardant ce que les dérivés anticipent du cycle. Retenez le principe : un prix qui monte sur du levier, sans demande au comptant pour le soutenir, est un prix fragile.
Cycle mort ou institutionnalisé ? Ce que tranchent les portefeuilles
Ces données arrivent au milieu d’un débat vif. Fin 2025, le directeur des investissements de Bitwise, Matt Hougan, a publié une note au titre provocateur, « The Four-Year Cycle Is Dead » (le cycle de quatre ans est mort), plaidant pour une décennie de progression plus lente et moins volatile, portée par l’adoption institutionnelle et des taux en baisse (CoinDesk). À l’inverse, le directeur macro de Fidelity, Jurrien Timmer, défend l’idée d’un cycle toujours intact, avec un 2026 en année blanche après un sommet d’octobre 2025 conforme à la fenêtre post-halving (CoinDesk).
Les portefeuilles tranchent en faveur d’une troisième voie : le cycle n’est ni mort ni identique, il s’est institutionnalisé. La baisse d’environ 53 % de 2026 se loge exactement entre la simple respiration d’une décennie de progression (20 à 40 %) et le krach classique de fin de cycle (75 à 90 % en 2014, 2018 et 2022). Le tableau ci-dessous montre cette compression, à la fois dans le prix et dans les signaux on-chain (données de repli via Yahoo Finance).
| Sommet | Prix au sommet | Creux suivant | Repli | Signature on-chain |
|---|---|---|---|---|
| Nov. 2013 | ~1 150 $ | ~152 $ | ~86 % | MVRV extrême, capitulation totale |
| Déc. 2017 | ~19 700 $ | ~3 122 $ | ~84 % | MVRV très élevé, capitulation |
| Nov. 2021 | ~69 000 $ | ~15 476 $ | ~77,5 % | MVRV élevé ; cap. réalisée de 470 à 385 Md$ |
| Oct. 2025 | 126 198 $ | 59 375 $ | ~53 % | MVRV à un chiffre ; cap. réalisée record maintenue |
Boom amorti à la hausse, chute amortie à la baisse : c’est la marque d’un actif dont le détenteur marginal n’est plus le particulier à effet de levier, mais le fonds et la trésorerie d’entreprise. Le cycle ne disparaît pas, il se comprime.
Pourquoi cette compression ? Parce que les instruments qui dominent désormais le marché amortissent mécaniquement les extrêmes. Les ETF et les trésoreries achètent régulièrement, sans le levier délirant des particuliers de 2017, ce qui plafonne l’euphorie. Et parce que ces mêmes acheteurs ne vendent pas dans la panique à la première secousse, ils amortissent aussi la chute. Le marché des options ajoute une couche de couverture qui aplatit encore les mouvements. On échange la promesse d’une multiplication par cent contre un profil plus proche d’un actif financier classique, moins spectaculaire mais plus profond.
Ce que les portefeuilles ne peuvent pas prédire
L’analyse on-chain n’est pas une boule de cristal, et il faut se méfier de ceux qui la vendent comme telle. Trois limites au moins méritent d’être posées noir sur blanc.
D’abord, ces métriques décrivent, elles ne prédisent pas. Chaque sommet a fini par afficher son signal de surchauffe, mais le même signal a aussi clignoté trop tôt et trop souvent ; a posteriori, on ne retient que les fois où il a eu raison. C’est le piège statistique que nous avons disséqué en nous demandant si quatre données prouvent vraiment un cycle. Un échantillon de quatre cycles ne suffit pas à établir une loi.
Ensuite, la garde institutionnelle brouille la chaîne. Un million de bitcoins immobiles chez le dépositaire d’un ETF ressemblent à une seule baleine endormie, alors que leur propriété réelle s’échange activement hors chaîne, via des parts cotées. À mesure que le marché migre vers ces rails enveloppés, la donnée on-chain sous-estime l’activité économique réelle, et les cohortes de détention deviennent plus difficiles à interpréter.
Enfin, la réflexivité. Tout le monde regarde les mêmes tableaux de bord (Glassnode, CryptoQuant) ; un signal connu de tous perd son avantage, car il est anticipé, et les gros portefeuilles, sachant qu’ils sont surveillés, peuvent feinter. La donnée est publique, ce qui est une force, mais aussi une raison de ne jamais la lire seule.
Une quatrième prudence, enfin : l’analyse on-chain ne voit que la chaîne Bitcoin. Elle ignore ce qui se passe sur les marchés dérivés offshore, dans les carnets d’ordres des plateformes, ou dans la tête d’un gérant de fonds à Paris ou à New York. Un signal on-chain impeccable peut être balayé en une séance par une décision de banque centrale ou par un dénouement brutal de positions à effet de levier. La chaîne est une source d’information exceptionnelle, la seule qui soit publique et infalsifiable, mais elle n’est qu’une pièce du puzzle.
Lire le cycle en 2026 : la grille on-chain
Comment assembler tout cela sans se raconter d’histoires ? En traitant chaque métrique comme un thermomètre, pas comme un déclencheur. Le tableau suivant résume ce que chaque signal indique à un sommet, à un creux, et ce qu’il affichait à la rentrée de septembre 2026.
| Signal | À un sommet | À un creux | Lecture rentrée 2026 |
|---|---|---|---|
| Capitalisation réalisée | Monte fort (argent frais) | Stagne ou chute | Record maintenu, pas de fuite |
| MVRV Z-score | Très élevé | Proche de zéro | Proche de zéro en juin, encore bas |
| Offre des LTH | Distribution (en baisse) | Accumulation (en hausse) | Record historique, près de 83 % |
| Demande spot (CryptoQuant) | Forte, positive | S’effondre puis se retourne | Faible, léger frémissement |
| Réserves sur plateformes | Remontent (dépôts pour vendre) | Basses | Historiquement basses |
Lu ensemble, ce tableau dessine une image cohérente : un marché sorti d’une correction sévère, valorisé près de son coût de base agrégé, avec des détenteurs de long terme d’une solidité inédite, mais une demande au comptant encore hésitante. Cela ressemble davantage à un processus de formation de plancher qu’à un décollage confirmé. Ce n’est pas un conseil d’achat ou de vente, seulement une grille de lecture, à confronter en permanence au marché des dérivés et au contexte macroéconomique.
Et pour l’investisseur en France ?
Pour un lecteur en France, deux rappels. Sur le plan réglementaire, le bitcoin est un crypto-actif, pas un instrument financier : le règlement MiCA encadre les prestataires (les PSAN devenus CASP), pas le protocole lui-même, et il n’existe pas d’ETF au comptant sur le Bitcoin éligible au format UCITS dans l’Union ; l’exposition cotée passe par des ETP, avec un risque d’émetteur à mesurer. Depuis le 1er juillet 2026, la période transitoire française vers MiCA est close, et l’AMF a renouvelé son avertissement : les prestataires non conformes doivent organiser une sortie ordonnée (AMF).
Sur le plan fiscal, les plus-values de cession de crypto-actifs réalisées par un particulier relèvent en principe du prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux). Aucune métrique on-chain ne modifie ce traitement. Bonne nouvelle en revanche : les tableaux de bord évoqués ici (capitalisation réalisée, MVRV, offre des LTH) sont publics et gratuits. Un particulier peut suivre les mêmes chiffres qu’un fonds ; encore faut-il les lire comme un contexte, jamais comme un ordre de passage.
Concrètement, un particulier peut consulter gratuitement des versions publiques de la capitalisation réalisée, du MVRV ou des vagues de HODL sur des tableaux de bord spécialisés, avant de croiser ces signaux avec le calendrier macroéconomique (décisions de la BCE, statistiques d’inflation) et avec l’état du marché des dérivés. Aucune de ces données ne remplace un travail de fond sur son propre horizon d’investissement et sa tolérance au risque ; elles servent à comprendre où en est le cycle, pas à décider à votre place.
Foire aux questions
Le halving fait-il monter le prix du Bitcoin ?
Pas mécaniquement. La division réduit l’émission de nouveaux bitcoins, mais celle-ci représente déjà moins de 1 % de l’offre et tombera sous 0,5 % après 2028. L’effet des halvings successifs sur le prix décroît de cycle en cycle (de l’ordre de 95 fois en 2012, à peine 2 fois pour le cycle 2024). C’est la demande et le comportement des détenteurs, pas la coupe d’offre, qui donnent son amplitude au cycle.
Qu’est-ce que la capitalisation réalisée du Bitcoin ?
C’est la somme de chaque bitcoin valorisé au prix auquel il a bougé pour la dernière fois. Elle approche le capital réellement investi dans le réseau, contrairement à la capitalisation de marché qui multiplie simplement le dernier prix par toutes les unités. Elle a dépassé 1 000 milliards de dollars en 2025 et s’y est maintenue tout au long de la baisse de 2026, signe que le capital n’a pas fui.
Qu’est-ce que le ratio MVRV et le MVRV Z-score ?
Le MVRV est la capitalisation de marché divisée par la capitalisation réalisée ; il mesure le profit latent moyen des détenteurs. Une valeur très élevée a historiquement marqué les sommets, une valeur proche de zéro les creux. Le MVRV Z-score normalise cette mesure. En juin 2026, il est redescendu au voisinage de zéro, une zone de survalorisation basse associée aux grands creux.
Que sont les détenteurs long terme (LTH) du Bitcoin ?
Ce sont les portefeuilles dont les bitcoins n’ont pas bougé depuis plus de 155 jours, selon la méthodologie de Glassnode. Ils accumulent pendant les marchés baissiers et distribuent près des sommets. En juillet 2026, leur offre a atteint un record d’environ 16,64 millions de BTC, soit près de 83 % de l’offre en circulation, signe qu’ils n’ont pas capitulé malgré la correction.
Quand aura lieu le prochain halving du Bitcoin ?
Vers avril 2028, au bloc 1 050 000. La récompense par bloc passera de 3,125 à 1,5625 BTC. Début septembre 2026, il restait environ 83 800 blocs à miner, la chaîne se trouvant autour du bloc 966 200.
Par Julien Marchand, pour HOGE Wire. Cette analyse éditoriale ne constitue pas un conseil en investissement.