Funding sous tension : les perpétuels avant le verdict de la Fed
Le 16 septembre, entre l'échec du CLARITY Act et la décision de la Fed, le funding des perpétuels trahit le positionnement des traders. Voici comment le lire avant un catalyseur.
Ce 16 septembre 2026 au matin, le marché crypto avance vers un double rendez-vous à haut risque. La veille, le Sénat américain n’a pas réuni les voix nécessaires pour ouvrir le débat sur le CLARITY Act, enterrant de fait le texte pour l’année; dans la journée, la Réserve fédérale rendra un verdict que les marchés à terme jugent désormais penché vers une hausse de taux, la première depuis 2023. Bitcoin recule d’environ 2,4 % sur vingt-quatre heures, autour de 65 680 euros (75 809 dollars) d’après CoinGecko, et l’attention se porte sur un chiffre que la plupart des lecteurs ne regardent jamais: le funding des perpétuels.
Le funding, ou taux de financement, est le loyer périodique que s’échangent longs et shorts sur un contrat perpétuel pour arrimer son prix au comptant. En temps normal, c’est un baromètre de sentiment. À l’approche d’un catalyseur binaire, comme une décision de la Fed, il devient autre chose: une jauge de positionnement en temps réel, qui dit qui penche de quel côté, à quel point le consensus est serré, et donc à quel point le marché est fragile si la surprise tombe du mauvais côté.
Cet article ne porte pas sur la mécanique du funding en général, sujet déjà traité, mais sur son comportement autour d’un choc macroéconomique programmé. Le cas d’école est servi aujourd’hui: une Fed qui menace de resserrer alors qu’une partie du marché espérait l’inverse, doublée d’une déception réglementaire déjà encaissée. Septembre a été un mois de coups de balancier pour le funding; la bande de prix ne le montre pas, la bande de funding, si.
Le funding en bref : le prix de la position à levier
Un contrat perpétuel n’a pas d’échéance. Rien ne force donc son prix à converger vers le comptant, sauf un mécanisme inventé par BitMEX en 2016: le funding. Toutes les huit heures sur Binance, Bybit, OKX ou Deribit, chaque heure sur Hyperliquid ou dYdX, un paiement passe d’un camp à l’autre. Sa formule combine une prime (l’écart entre prix du perpétuel et prix comptant) et une composante d’intérêt, le tout borné par un plafond. Quand le perpétuel se traite au-dessus du comptant, les longs paient les shorts; en dessous, l’inverse.
Il faut retenir deux choses. D’abord, ce n’est pas une commission versée à la plateforme: c’est un transfert entre traders, un jeu à somme nulle. Ensuite, son signe et son ampleur mesurent le penchant net du levier. Un funding fortement positif dit que les acheteurs à levier sont trop nombreux et paient cher pour le rester; un funding négatif dit la même chose des vendeurs. C’est le seul signal de marché qui cote en continu le prix de la conviction, ce qui en fait un outil précieux quand une nouvelle imminente peut faire basculer ce prix d’un instant à l’autre.
Un exemple chiffre l’enjeu. Un funding de 0,01 % par période de huit heures paraît minuscule, mais il se paie trois fois par jour, soit environ 0,03 % quotidiennement et près de 11 % en rythme annuel. Surtout, ce coût s’applique à la taille notionnelle de la position, pas à la marge déposée: avec cinq fois de levier, le loyer réel rapporté au capital engagé grimpe vers 55 % annualisés. Le funding n’est jamais un détail pour qui garde une position à levier plusieurs jours.
Pourquoi un catalyseur macro déforme le funding
Autour d’un rendez-vous connu à l’avance, le funding cesse de se comporter comme en marché calme. Trois dynamiques se superposent. La première est le dégonflage préventif: un trader rationnel réduit son levier avant une décision dont il ne peut pas prévoir le sens, parce que le coût d’une liquidation sur la surprise dépasse le gain espéré. Résultat, l’open interest baisse et le funding se comprime vers zéro, comme si le marché retenait son souffle.
La deuxième dynamique est le ressort comprimé. Si, malgré tout, le positionnement reste unilatéral en entrant dans l’événement, le carnet devient un ressort tendu: une surprise déclenche des liquidations forcées qui font violemment basculer le funding. La troisième est le rebond post-décision: une fois le résultat connu, le levier se reconstruit vite dans le sens gagnant, et le funding dépasse souvent sa valeur d’équilibre avant de se calmer. C’est pourquoi le funding autour d’un catalyseur est plus bruyant qu’en temps normal.
Les données de ce mois collent au manuel. D’après CryptoSlate, l’open interest sur les dérivés Bitcoin a reculé d’environ 14 % en deux semaines à mesure que les traders réduisaient leur exposition, avant qu’une posture de cash-and-carry ne se reconstitue autour du 12 septembre. Dégonflage, puis re-risque prudent: la signature classique d’un marché qui se prépare à un choc.
Un catalyseur ne vient d’ailleurs jamais seul. Cette semaine, la décision de la Fed précède de peu l’expiration trimestrielle des options de fin septembre, l’une des échéances les plus fournies de l’année. Quand plusieurs rendez-vous se télescopent, la couverture des vendeurs d’options peut amplifier les mouvements de prix, donc les à-coups de funding. Lire le funding avant un événement, c’est aussi savoir quels autres rendez-vous se cachent juste derrière.
16 septembre : une Fed qui pourrait relever, une première depuis 2023
Le taux directeur américain campe entre 3,50 % et 3,75 % depuis la réunion du 29 juillet. Ce qui a changé, c’est le pari du marché. Après un quasi pile-ou-face fin août, les marchés à terme sur taux placent désormais la probabilité d’une hausse de 25 points de base autour de 87 %, selon l’agrégat de defirate. Ce serait la première hausse depuis 2023, un renversement de cap plutôt qu’un simple ajustement.
Le déclencheur est l’inflation. Les prix d’août sont ressortis plus chauds que prévu, et l’indice PCE tourne autour de 3,7 % sur douze mois selon CryptoSlate, bien au-dessus de l’objectif de 2 %. Le président de la Fed, Kevin Warsh, a durci le ton à Jackson Hole. «Bien que les chiffres de cet été aient été meilleurs que prévu, ils ne me disent pas que les tendances de fond se sont sensiblement améliorées», a-t-il déclaré, cité par Yahoo Finance; avant son discours, le marché voyait encore un statu quo à près de 70 %.
Pour le funding, la nuance est cruciale. La configuration habituelle voit des longs miser sur des baisses de taux; ici, le risque est une hausse, ce qui inverse le biais naturel du carnet. Et la décision ne tombera qu’en fin de journée européenne: à l’heure où nous écrivons, elle n’est pas connue. Tout se joue donc dans le positionnement d’avant-verdict, exactement ce que le funding mesure. Sur le fond macro, nos perspectives de fin d’année rappellent que les marchés votent souvent bien avant l’annonce officielle.
CLARITY a échoué la veille : le catalyseur crypto déjà encaissé
Le 15 septembre, le Sénat a rejeté la clôture du débat sur le CLARITY Act, la loi de structure de marché que le secteur attendait. Le vote est resté loin des 60 voix requises (46 pour, selon un décompte non officiel rapporté par CoinGape), après l’effondrement de négociations de dernière minute. La sénatrice Cynthia Lummis, l’une des chevilles ouvrières du texte, a résumé l’ambiance: «Je crois que c’est fini. C’est terminé», rappelant plus d’un an de travail et plus de 120 modifications concédées aux démocrates. Un acteur du secteur a été plus lapidaire: «C’est mort.»
Pour le trader de perpétuels, ce résultat a une vertu: c’est un catalyseur qui a déjà tiré. La déception est en partie encaissée, ce qui explique une part du dégonflage observé sur le levier. Il reste que l’empilement de deux chocs en vingt-quatre heures, l’un réglementaire et déjà connu, l’autre monétaire et encore à venir, entretient un carnet nerveux. Les gros portefeuilles l’avaient anticipé: nos alertes baleines montraient un repositionnement défensif avant le choc Fed-CLARITY, bien avant que le vote ne tombe.
Le baromètre en direct : le KFRI et les coups de balancier de septembre
Pour lire le funding sans dépendre d’une seule plateforme, l’indice KFRI de CF Benchmarks fournit un taux de funding Bitcoin annualisé, recalculé chaque jour. Au 15 septembre à 20h GMT, il ressortait à 6,45 % en rythme annuel: positif, donc des longs qui paient encore, mais loin de l’euphorie. Autrement dit, le levier acheteur est présent, sans être surchauffé, à la veille de la décision.
Le plus parlant, c’est le chemin parcouru. En quinze jours, l’indice a balayé une amplitude de plus de quinze points de pourcentage, au gré des données macro, alors que le cours du Bitcoin n’a lui presque pas bougé. C’est la démonstration la plus nette du propos: le funding capte ce que le prix cache, c’est-à-dire la reconstruction et la destruction rapides du levier autour de chaque publication.
Le tableau ci-dessous se lit moins comme une suite de chiffres que comme un rythme cardiaque. Chaque pic correspond à un moment où le levier acheteur s’est reconstitué après une publication rassurante; chaque creux, à une purge sur mauvaise nouvelle. Le fait que ce rythme se soit emballé début septembre, autour d’un rapport sur l’emploi puis des chiffres d’inflation, montre à quel point le carnet est devenu sensible à la macro à l’approche de la Fed.
| Date (2026) | KFRI annualisé | Contexte |
|---|---|---|
| 4 septembre | -2,72 % | Rapport emploi solide, repli du BTC, levier long purgé |
| 6 septembre | +10,12 % | Levier long reconstruit, prix quasi stable |
| 10 septembre | +12,83 % | Front du funding au plus chaud du mois |
| 15 septembre | +6,45 % | Dégonflage avant la Fed, CLARITY rejeté |
Anatomie d’un dégonflage pré-événement
Le passage de plus de 12 % (10 septembre) à 6,45 % (15 septembre) n’est pas anodin: le levier acheteur s’est allégé à l’approche de la Fed. Le recul d’environ 14 % de l’open interest sur deux semaines raconte la même histoire du côté des volumes engagés. Le marché a fait ce qu’il fallait: réduire la voilure avant la tempête annoncée.
La nuance importe. Un funding autour de 6 % annualisé reste bien en dessous du seuil, souvent situé vers 0,03 % par période de huit heures, qui signale un carnet acheteur vraiment surchargé. Traduction: les longs sont vulnérables, mais pas au point de rendre une purge systémique inévitable. Le carnet n’est ni propre ni tendu à l’extrême; il est dans cette zone grise où une surprise peut faire mal sans être garantie de provoquer une cascade.
Le canal de transmission d’un choc hawkish est mécanique. Un resserrement plus dur que prévu assèche la liquidité en dollars et pousse les fonds à levier à lever du cash là où c’est le plus facile, c’est-à-dire sur les actifs les plus liquides comme Bitcoin et Ethereum. Ce besoin de trésorerie peut faire basculer le funding en territoire négatif en quelques heures. Le même mécanisme de fin du levier facile se joue dans le crédit DeFi, où un choc de taux renchérit soudainement le coût du levier.
Le ressort comprimé : quand le positionnement devient trop unanime
Le vrai danger n’est pas le niveau du funding pris isolément, mais sa combinaison avec l’unanimité à l’entrée d’un événement binaire. Si les longs sont trop nombreux et que la Fed surprend par sa fermeté, la vague de liquidations acheteuses fait plonger le funding, ce qui prépare paradoxalement un rebond ultérieur. Si ce sont les shorts qui sont trop nombreux et que la surprise est accommodante, c’est un short squeeze qui s’enclenche.
La mi-août en a offert une illustration. Un funding négatif signalait alors des vendeurs trop nombreux; le rebond du marché a déclenché l’un des plus gros short squeezes de l’année, propulsant Bitcoin de plus de 10 % au-dessus de 62 400 euros (72 000 dollars) en quelques séances. Le funding avait prévenu, non pas de la direction, mais de la fragilité: un carnet déséquilibré est un carnet inflammable.
C’est la grille de lecture à appliquer aujourd’hui. Un funding modérément positif signifie que, si choc il y a, il pénalisera d’abord les longs résiduels. Une purge de ces longs ferait passer le funding sous zéro, moment que certains traders guettent comme un point d’entrée, à condition de savoir distinguer un excès de positionnement d’un flux structurel.
Quand le funding ment : signal structurel contre sentiment
Lire le funding comme un pur thermomètre de sentiment est un piège, surtout autour des événements. Markus Thielen, fondateur de 10x Research, l’a montré plus tôt cette année: le funding est tombé à -5 % en moyenne sur trente jours, contre une norme historique de +8 %, alors même que Bitcoin grimpait de 15 %. Sa conclusion, rapportée par CoinDesk: «quelque chose de structurel se produit sur le marché à terme, pas un changement de sentiment».
Il identifie trois moteurs mécaniques: des couvertures liées aux rachats dans des fonds crypto en difficulté, des arbitrages autour de l’action Strategy et de ses actions de préférence, et la couverture des positions sur les mineurs qui pivotent vers l’informatique liée à l’IA. Aucun n’est un pari baissier; ce sont des opérations de gestion du risque qui vendent des contrats à terme pour neutraliser une exposition.
Autour d’une décision de la Fed, ce biais double d’intensité. Des fonds qui se couvrent avant le verdict peuvent pousser le funding en négatif pour des raisons purement techniques. Confondre cette couverture avec un pari directionnel conduit à mal lire le carnet. La bonne question n’est pas «le funding est-il négatif?», mais «pourquoi l’est-il?».
Trois questions aident à trancher. Le funding négatif s’accompagne-t-il d’une baisse du prix, ce qui trahit du sentiment, ou d’un prix stable voire haussier, ce qui pointe vers du structurel? L’open interest monte-t-il pendant que le funding chute, signe de nouvelles couvertures plutôt que de capitulation? Et l’écart se creuse-t-il surtout sur les places institutionnelles? Répondre non à la première et oui aux suivantes oriente vers un flux mécanique, pas vers un pari baissier.
Le contre-argument contrarian : ce que dit l’historique
Une fois cette réserve posée, l’historique plaide pour lire un funding négatif comme une opportunité. Matthew Sigel, responsable de la recherche sur les actifs numériques chez VanEck, a chiffré la chose: depuis 2020, les périodes de funding négatif ont précédé des rendements Bitcoin à trente jours de 11,5 % en moyenne, contre 4,5 % le reste du temps, avec un taux de réussite de 77 %. Sous -5 % annualisé, la moyenne à trente jours grimpe à 19,4 %, et 19 des 50 meilleures fenêtres de 180 jours ont débuté sur des journées de funding négatif, alors que ces jours ne représentent que 13,6 % de l’échantillon.
«Les baisses du taux de hachage minier comme les taux de funding négatifs ont été associées à de solides rendements futurs; nous sommes donc devenus plus optimistes», résume-t-il dans une note relayée par Bitcoin Magazine. Autrement dit, une purge du levier acheteur provoquée par un choc de taux pourrait, statistiquement, être un signal d’achat, à condition qu’il s’agisse de positionnement et non de flux structurel.
La recherche académique complète le tableau par l’avertissement inverse. Le document de travail 1087 de la BRI montre que le carry crypto, dont le funding est la brique la plus courte, dépasse en moyenne 10 % par an et culmine près de 60 %, porté par une clientèle de détail qui court après la tendance et par un capital d’arbitrage limité. Sa conclusion frappe: «un carry élevé prédit de futurs effondrements de prix». Un funding trop chaud est un marqueur de fragilité, pas de force.
Toutes les places ne cotent pas le même funding
Autour d’un choc, la dispersion entre plateformes devient elle-même un signal. Shang Wu, analyste de recherche senior chez BitMEX, quantifie l’écart dans le rapport trimestriel de BitMEX: Hyperliquid paie environ 7,17 points de pourcentage de funding annualisé de plus que Binance sur Bitcoin (soit près de 14,6 % contre 7,4 %), un écart à sens unique 95 % du temps sur une base glissante de 90 jours; sur Ethereum, la prime atteint 5,31 points, à sens unique 89 % du temps. L’écart entre contrat inverse et contrat linéaire (XBTUSD contre XBTUSDT) ressort à 3,93 % en moyenne, négatif sur 94 % des fenêtres.
La raison tient à la clientèle: les places on-chain sont davantage peuplées de particuliers, structurellement acheteurs, prêts à payer cher pour du levier. Quand une place cote un funding nettement plus chaud que les autres à l’approche d’un événement, elle indique où se loge le levier fragile. Suivre cet écart, souvent via des tableaux de bord comme CoinGlass ou Coinalyze, revient à cartographier les zones de rupture avant qu’elles ne cèdent.
| Plateforme | Cadence | Composante d’intérêt | Particularité |
|---|---|---|---|
| Binance / Bybit | 8 heures | ~0,01 %/période, bornage +/-0,05 % | Référence CEX, marge en USDT |
| OKX | 8 heures | Bascule horaire si plafond atteint | Moyenne mobile pondérée |
| Deribit | Continu (exprimé sur 8 h) | Aucune | Bande morte, plafonds BTC/ETH distincts |
| Hyperliquid | 1 heure | 0,01 %/8 h payée aux shorts | Prix oracle, plafond 4 %/heure |
| dYdX v4 | 1 heure | Paramétrée par gouvernance | Plafond lié à la marge |
Le funding est le cousin le plus court de la base des futures datés. Quand la Fed déplace le coût de l’argent, c’est toute cette courbe de carry qui se réévalue, comme l’analyse notre dossier sur la base des futures passée sous pavillon réglementé.
De l’autre côté du trade : Ethena et les récolteurs de funding
Si des longs paient le funding, quelqu’un l’encaisse. De l’autre côté du trade se tiennent les récolteurs delta-neutres: teneurs de marché, tables quantitatives et, surtout, Ethena. Le principe consiste à détenir du collatéral au comptant tout en vendant un montant équivalent de perpétuels, pour empocher un funding positif sans exposition directionnelle. En marché haussier, cette récolte s’ajoute au rendement du staking.
Un événement inverse la logique. Un choc hawkish qui fait passer le funding en négatif transforme la récolte en coût: les récolteurs se mettent à payer pour maintenir leur couverture. Une flambée de volatilité renchérit aussi le rééquilibrage de leurs positions. Leur éventuel débouclage amplifie alors le mouvement de funding, un effet d’entraînement bien réel: lors du krach éclair d’octobre 2025, le stablecoin d’Ethena avait brièvement perdu son ancrage. Le mécanisme qui comprime le funding avant une décision de la Fed tient en partie à ces couvertures, qui se déchargent quand l’incertitude monte.
Funding contre taux sans risque : l’arbitrage qui change avec la Fed
Une décision de taux ne fait pas que bouger le prix; elle déplace le seuil de rentabilité de toute stratégie fondée sur le funding. La stratégie cash-and-carry (acheter le comptant, vendre le perpétuel) récolte le funding, mais son coût d’opportunité est le taux sans risque. Si la Fed relève son taux vers 3,75 % à 4,00 %, le rendement des bons du Trésor monte d’autant, et un funding de 6 % devient nettement moins attractif net de ce plancher.
Le même raisonnement vaut on-chain, où le taux d’épargne de référence est lui aussi réévalué par la macro, comme le montre le taux d’épargne on-chain de Sky, fixé au vote. Conséquence: la Fed influence directement la quantité de capital d’arbitrage disponible pour lisser le funding. Un resserrement rend l’arbitrage plus exigeant, ce qui peut laisser le funding s’écarter davantage de son équilibre, précisément quand le marché est le plus nerveux.
Le calcul est concret. Un funding annualisé de 6 % face à un taux directeur qui pourrait atteindre 4 % ne laisse qu’une prime nette d’environ deux points au récolteur de carry, avant frais d’exécution et coût du collatéral. Si la Fed resserre et que le funding ne suit pas, cette prime fond, et une partie des tables d’arbitrage réduisent la voilure. Moins d’arbitragistes pour aplatir les écarts, c’est un funding plus volatil: le resserrement se mord la queue.
Le funding au cœur de la bataille juridique
Détail rarement souligné: des deux côtés de l’Atlantique, les régulateurs définissent le produit par son mécanisme de funding. En Europe, l’ESMA a confirmé le 24 février 2026 qu’un perpétuel est un CFD, et que le mécanisme de funding ne change pas cette classification. Conséquence pour le particulier: levier plafonné à 2:1 sur les crypto-actifs, clôture automatique sur appel de marge et protection contre le solde négatif.
En France, l’AMF rappelle que les crypto-dérivés relèvent de MiFID II, et non de MiCA, et qu’ils exigent un agrément. Depuis la fin de la période transitoire, le 1er juillet 2026, proposer ces produits sans autorisation en France est un délit. Le contexte justifie la prudence: à travers l’Union, entre 74 % et 89 % des investisseurs particuliers en CFD perdent de l’argent.
Aux États-Unis, la même mécanique nourrit un procès: l’opérateur CME conteste devant la justice la classification des perpétuels, plaidant que le paiement de funding en fait des «swaps» et non des futures. Le funding est donc, littéralement, le point de bascule juridique sur les deux continents. Pour le lecteur français, la conclusion est directe: le levier de 20x que le funding mesure sur les places offshore est justement le segment que l’AMF cherche à tenir à distance du grand public.
Comment lire le funding avant une décision de la Fed
Passons à la pratique. Avant un catalyseur, cinq lectures se combinent. Le niveau du funding rapporté au seuil de surchauffe dit si le carnet est déséquilibré. L’écart entre plateformes localise le levier fragile. Les coups de balancier récents révèlent un carnet nerveux. La comparaison entre funding et base des futures datés donne la pente de la courbe de carry. Enfin, un funding négatif persistant peut constituer un signal contrarian, sous réserve de vérifier qu’il n’est pas structurel.
| À surveiller | Ce que cela indique | Où regarder |
|---|---|---|
| Niveau du funding | Au-delà de ~0,03 %/8 h, longs surchargés | KFRI, CoinGlass |
| Spread entre plateformes | Où se loge le levier fragile | Coinalyze |
| Coups de balancier récents | Carnet nerveux, sensible aux surprises | Historique du KFRI |
| Funding contre base des futures | Pente de la courbe de carry | CME, plateformes |
| Funding négatif persistant | Signal contrarian possible, vérifier le structurel | Tableaux de bord |
Appliqué au 16 septembre, ce cadre donne une lecture claire. Le funding est modérément positif (6,45 % au KFRI), le levier a été partiellement purgé, le carnet est vulnérable sans être extrême et la dispersion entre plateformes reste normale. Traduction: pas un ressort tendu à l’excès, mais pas un carnet propre non plus. Une surprise hawkish pourrait encore faire basculer le funding en négatif et essorer les longs résiduels; un statu quo inattendu déclencherait le mouvement inverse. Le funding ne prédit pas le sens de la décision, il mesure le prix que le marché paiera pour s’être trompé.
Foire aux questions (Frequently Asked Questions)
Qu’est-ce que le funding des perpétuels ?
Le funding, ou taux de financement, est un paiement périodique échangé entre positions longues et courtes sur un contrat perpétuel afin d’arrimer son prix au cours au comptant. Quand le funding est positif, les longs paient les shorts, signe d’un marché penché à l’achat; quand il est négatif, les shorts paient les longs. Il est prélevé toutes les huit heures sur la plupart des plateformes, chaque heure sur certaines comme Hyperliquid.
Le funding monte-t-il ou baisse-t-il avant une décision de la Fed ?
En général, il se comprime vers zéro à l’approche d’un catalyseur binaire, car les traders réduisent leur levier pour éviter une liquidation sur la surprise. Une fois la décision tombée, le funding rebondit vite dans le sens gagnant, souvent de façon exagérée. En septembre 2026, l’indice KFRI a oscillé de valeurs négatives à plus de 12 % puis autour de 6 % en deux semaines, au rythme des données macro.
Un funding négatif est-il un signal d’achat ?
L’historique de VanEck depuis 2020 montre que les périodes de funding négatif ont précédé des rendements à trente jours de 11,5 % en moyenne, contre 4,5 % le reste du temps. Mais un funding négatif peut aussi refléter des couvertures structurelles, et non un pari baissier, comme l’a souligné Markus Thielen de 10x Research. Il faut distinguer un positionnement excessif d’un flux mécanique avant d’y voir un signal contrarian.
Où suivre le funding des perpétuels en temps réel ?
L’indice KFRI de CF Benchmarks fournit un taux de funding Bitcoin annualisé recalculé chaque jour, et des tableaux de bord comme CoinGlass ou Coinalyze agrègent le funding par plateforme et par actif. Chaque exchange publie aussi son taux et sa cadence dans sa documentation. Comparer les plateformes est utile: le funding est souvent bien plus chaud sur les places on-chain que sur Binance.
Les traders français peuvent-ils utiliser des perpétuels à fort levier ?
Non légalement dans les conditions offshore. Pour l’ESMA et l’AMF, un perpétuel est un CFD: le levier de détail est plafonné à 2:1 sur les crypto-actifs, avec protection contre le solde négatif. Les crypto-dérivés relèvent de MiFID II et exigent une autorisation; proposer ces produits sans agrément en France est un délit depuis la fin de la période transitoire MiCA, le 1er juillet 2026.
Par Liam Brennan, rédacteur marchés, HOGE Wire.