La volatilité avant le FOMC : le calme trompeur du 28 octobre
À huit jours du FOMC, la volatilité implicite du Bitcoin tombe au plus bas depuis mars 2021. Avec une Fed qui refuse de guider les marchés, ce calme pourrait être un piège.
Le 20 octobre 2026, le Bitcoin ne bouge presque plus. Il s’échange autour de 81 000 à 82 000 dollars, soit près de 73 000 euros, enfermé dans un couloir de quelques centaines de dollars depuis une semaine. L’Ether traîne vers 2 380 dollars, environ 2 150 euros. Sur le papier, c’est le calme plat. Pourtant, dans huit jours, le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (FOMC) rend sa décision, et le président Kevin Warsh a prévenu qu’il ne dirait rien à l’avance.
Ce calme est précisément le sujet. La volatilité implicite du Bitcoin, mesurée par l’indice DVOL de Deribit, est tombée à son plus bas niveau depuis mars 2021. Le marché price une pause quasi certaine le 28 octobre et, dans la foulée, il a cessé d’acheter de la protection comme s’il n’y avait plus rien à craindre. Le problème, c’est qu’une Fed qui refuse de guider les marchés transforme chaque réunion en évènement binaire; et un évènement binaire, par définition, se paie en volatilité, pas en direction.
Cet article lit la réaction crypto au FOMC là où elle se construit vraiment aujourd’hui : dans la surface des options. Pas dans la bougie du jour, mais dans le prix de l’incertitude. Nous verrons ce que mesure le DVOL, pourquoi l’implicite dépasse largement le réalisé, comment la fin de la forward guidance concentre le choc sur une seule heure, et pourquoi la vraie volatilité se niche peut-être en décembre, pas le 28 octobre.
Le 28 octobre est un évènement de volatilité, pas un pari sur le sens
La règle de base d’une séance FOMC tient en une équation : la réaction du marché est fonction de l’écart entre le résultat et ce qui était déjà anticipé, pas du résultat seul. Quand les contrats à terme sur les fed funds donnent près de 88 % de probabilité à un statu quo et autour de 11 % à une hausse, selon le baromètre CME FedWatch, le sens de la décision n’offre plus beaucoup d’avantage : il est déjà dans les prix. Ce qui reste indéterminé, c’est l’amplitude du mouvement, à la hausse comme à la baisse. Cette amplitude porte un nom : la volatilité.
Il y a deux manières de la regarder. La volatilité réalisée décrit ce que le prix a effectivement fait; la volatilité implicite décrit ce que le marché paie, via les options, pour se positionner sur ce qu’il fera. Le playbook directionnel, le lot des scénarios hausse, pause accommodante ou pause ferme, nous l’avons détaillé dans notre guide de la réaction du 28 octobre. Ici, nous retournons le télescope : plutôt que de deviner le sens, nous lisons ce que les traders d’options ont déjà parié sur la taille du choc.
Ce changement de focale n’est pas un gadget. Un particulier qui achète du spot joue le sens. Un bureau qui vend un straddle avant la Fed et le rachète après joue la volatilité, indifférent à la direction. Les deux regardent le même évènement, mais l’un parie sur le où et l’autre sur le combien. À huit jours de l’échéance, c’est le second qui raconte l’histoire la plus intéressante.
DVOL : le thermomètre que le prix ne montre pas
La volatilité implicite est l’anticipation, extraite du prix des options, de l’ampleur des variations à venir. Plus une option est chère, plus le marché juge probable un grand mouvement. L’indice DVOL de Deribit condense l’ensemble des options à environ trente jours d’échéance en un seul chiffre : la fourchette de variation attendue, annualisée. C’est l’équivalent crypto du VIX actions, le fameux indice de la peur.
Le 20 octobre, le DVOL s’inscrit autour de 38,3. Traduction concrète : le marché table sur une oscillation d’environ 38 % sur un an, soit à peu près 11 % sur le mois qui vient, ce qui dessine une fourchette implicite grossière de 72 500 à 90 400 dollars. Un chiffre bas signifie que les options sont bon marché, que le marché juge peu probable un grand écart. Un chiffre élevé signifie l’inverse. Le DVOL ne dit rien du sens; il dit seulement combien d’énergie le marché s’attend à voir libérée.
C’est exactement ce que le prix spot ne montre pas. Un Bitcoin coincé à 81 500 dollars peut cacher deux mondes : un marché endormi, ou un marché en apnée avant un choc. Le DVOL tranche. Et autour d’une réunion de la Fed, il raconte une mécanique très particulière : il monte avant l’évènement connu, à mesure que les desks accumulent de la couverture, puis il s’effondre une fois l’incertitude levée. Cette respiration, la rampe puis la purge, est le véritable terrain de jeu du 28 octobre.
Le calme avant la Fed : la volatilité au plus bas depuis mars 2021
Le 19 octobre, le DVOL a clôturé à 37,33, en dessous de 92 % de toutes les clôtures quotidiennes relevées depuis mars 2021. Autrement dit, le Bitcoin n’a quasiment jamais été aussi calme, du point de vue des options, depuis plus de quatre ans et demi. Les données de CryptoQuant vont dans le même sens : les options pricent moins de volatilité que sur 95 % des journées depuis 2021.
Le spot confirme l’anesthésie. Le 20 octobre, l’amplitude de la journée se résume à 0,57 %, entre 81 232 et 81 694 dollars, contre une moyenne de 2,64 % sur trente jours. Depuis le 12 octobre, les clôtures quotidiennes s’empilent dans un mouchoir de poche, entre 81 400 et 83 100 dollars environ, selon Blockhead. Le marché retient son souffle.
Le paradoxe saute aux yeux : la volatilité implicite la plus basse depuis cinq ans, juste avant le FOMC le plus réellement incertain du cycle. Normalement, l’approche d’un évènement à risque fait grimper le DVOL. Cette fois, il s’affaisse. Soit le marché a raison et la pause du 28 octobre sera un non-évènement; soit il sous-estime le risque, et vend de l’assurance à prix cassé juste avant l’orage. C’est tout l’enjeu.
La prime de risque de volatilité : quand l’assurance coûte plus que le sinistre
Pour comprendre pourquoi un DVOL à 38 reste élevé même au plus bas, il faut le comparer à ce que le prix fait vraiment. Le 20 octobre, l’implicite affiche 38,3 % quand la volatilité réalisée sur quatorze jours n’est que de 20,2 %, un écart d’environ dix-huit points. Sur trente jours, le réalisé monte à 28,9 %, toujours sous l’implicite. Cet écart porte un nom : la prime de risque de volatilité. Le marché paie systématiquement l’assurance plus cher que le sinistre moyen.
Ce n’est pas une anomalie passagère. Sur quatre ans, les options Bitcoin ont pricé plus de volatilité qu’il n’en a été délivré 73,6 % du temps. Vendre de la volatilité est, en moyenne, un métier rentable, comme vendre des contrats d’assurance : on encaisse la prime la plupart du temps, et on rembourse rarement mais lourdement. L’acheteur de protection, lui, paie trop cher en moyenne, mais il achète le droit de survivre au jour où tout casse.
| Mesure | Niveau (20 oct. 2026) | Lecture |
|---|---|---|
| Volatilité implicite (DVOL, ~30 j) | 38,3 % | Ce que le marché paie pour le mouvement à venir |
| Volatilité réalisée 7 jours | 25,4 % | Mouvement effectif de la semaine écoulée |
| Volatilité réalisée 14 jours | 20,2 % | Le prix a bien moins bougé que l’implicite ne le craint |
| Volatilité réalisée 30 jours | 28,9 % | Écart implicite-réalisé d’environ 9 points |
| Amplitude quotidienne moyenne (30 j) | 2,64 % | Le 20 octobre : 0,57 % seulement |
C’est cette prime qui fait du FOMC un rendez-vous si particulier pour les desks d’options. À l’approche d’une réunion, l’implicite se gonfle d’une surprime d’évènement : tout le monde veut être couvert pour l’heure de la décision. Une fois le verdict tombé, l’incertitude disparaît et cette surprime s’évapore d’un coup. Celui qui a vendu l’évènement au sommet et racheté après empoche la différence, même si le prix n’a pas bougé d’un dollar. C’est la mécanique du « vol crush », que nous détaillons plus loin.
La Fed silencieuse : Warsh a enterré la forward guidance
Pour saisir pourquoi le 28 octobre pourrait libérer plus de volatilité que le marché n’en price, il faut comprendre ce que Kevin Warsh a changé. La Fed a d’abord surpris en relevant ses taux de 25 points le 16 septembre, à 3,75-4,00 %, par un vote unanime de 12 à 0, sa première hausse depuis 2023. Puis, lors des réunions du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, le 16 octobre, le président de la Fed a assumé la fin de la forward guidance, cette habitude de téléguider les marchés avant chaque décision. Ses mots : « I don’t prejudge meetings. I don’t believe in saying now what I might do at the meetings that we have in the balance of this year. » Et d’ajouter, à propos de la communication de la banque centrale : « we’re not in that business anymore. »
L’effet sur la volatilité est direct. Sous l’ancienne Fed, le président préparait le terrain des semaines à l’avance; le marché intégrait la décision par anticipation, si bien que le jour J ne délivrait souvent qu’un soupir. Sans guidance, cette pré-digestion devient impossible. L’incertitude survit intacte jusqu’à 20 heures, heure de Paris, moment où tombe la décision, puis jusqu’à la conférence de presse. Le choc n’est plus étalé sur un mois : il est comprimé dans une heure.
D’ici là, les responsables de la Fed sont en période de silence, le blackout, du 27 au 28 octobre. Privé de discours à trader, le marché s’accroche à ce qu’il reste : les rendements du Trésor, le pétrole, la tech. Comme le résume Blockhead, « every print this week will act as a small FOMC in the absence of guidance from Warsh ». Le marché négocie le calendrier autant que la décision, un réflexe que nous décrivons dans notre analyse du compte à rebours réglementaire.
L’ironie, c’est que la mort de la guidance devrait faire monter la volatilité d’évènement, pas la faire fondre. Un marché rationnel, sachant qu’il ne sera plus prévenu, paierait davantage pour se couvrir. Or le DVOL est au plancher. Deux lectures possibles : soit les investisseurs tiennent la pause pour acquise au point de négliger le reste, soit ils confondent une Fed silencieuse avec une Fed inoffensive. L’histoire récente suggère que la seconde erreur se paie cher.
Anatomie d’une séance FOMC vue des options : la rampe et le crush
Vue depuis le marché des options, une journée FOMC suit une chorégraphie en deux temps. D’abord la rampe : dans les jours qui précèdent, les options d’échéance la plus proche se renchérissent, car elles couvrent l’heure de la décision. Le straddle, l’achat simultané d’un call et d’un put au même strike, mesure directement le saut attendu : son prix est le mouvement, à la hausse ou à la baisse, que le marché juge nécessaire pour rentrer dans ses frais.
Puis le crush. Dès que la décision tombe à 20 heures, suivie une demi-heure plus tard de la conférence de presse, l’incertitude se dissipe et la surprime d’évènement s’évapore. La volatilité implicite de court terme s’effondre, parfois de plusieurs points en quelques minutes. Pour l’acheteur de straddle, le piège est là : il faut que le prix bouge plus que ce qu’il a payé, sinon la purge de volatilité lui mange son gain. C’est le fameux « vol crush », et c’est pourquoi tant de desks préfèrent vendre l’évènement plutôt que de l’acheter.
Dans le régime actuel, cette rampe est anormalement plate. CryptoTicker relève qu’une baisse de 3 % du prix n’a fait monter le DVOL que d’environ 1,06 point récemment, contre près de 5 points pour le même mouvement début août. Le marché ne tressaille plus. Cette insensibilité est confortable tant que rien ne se passe, mais elle laisse peu de coussin si la conférence de presse de Warsh, désormais seule source d’information nouvelle faute de dot plot en octobre, prend un ton inattendu.
Le skew : pourquoi les traders paient pour se couvrir à la baisse
La volatilité implicite n’est pas symétrique. Les options de vente (puts) hors de la monnaie se paient plus cher que les options d’achat (calls) équivalentes, un déséquilibre que l’on mesure par le risk reversal. Le 25-delta de novembre ressort autour de -3,2 points de volatilité, et celui à trente jours autour de -2,5 selon QCP Group : dans les deux cas, le signe négatif dit la même chose, les traders paient une prime pour se protéger de la baisse. Les données de marché confirment que les puts portent une volatilité implicite plus élevée que les calls comparables.
Ce réflexe d’assurance coexiste avec un pari inverse. QCP Group observe une large position longue sur un butterfly de calls 90 000 / 95 000 / 100 000 dollars à l’échéance du 30 octobre, la plus grosse concentration de positions pour la fin du mois. Autrement dit, le carnet est à deux faces : couverture à la baisse d’un côté, billet de loterie haussier bon marché de l’autre. C’est le positionnement classique avant un évènement binaire, où l’on se protège du pire tout en gardant une option sur le meilleur.
| Échéance Deribit du 30 octobre | Donnée |
|---|---|
| Intérêt ouvert | ~148 585 BTC (~12,1 milliards de dollars) |
| Ratio put/call | 0,50 (deux fois plus de calls que de puts) |
| Point de douleur maximale (max pain) | ~78 000 dollars |
| Plus gros amas de calls | 95 000 $ (25 567 contrats), 90 000 $ (15 302), 100 000 $ (14 312) |
| Plus gros amas de puts | 70 000 $ (4 389 contrats) |
| Risk reversal 25-delta (novembre) | environ -3,2 points de vol (puts plus chers) |
L’échéance du 30 octobre, deux jours après la décision, est le véhicule naturel de ce pari. Avec un intérêt ouvert proche de 12 milliards de dollars et un ratio put/call de 0,50, elle penche nettement vers les calls, mais son point de douleur maximale se situe vers 78 000 dollars, sous le cours actuel. Cette tension entre des strikes d’appel très hauts et un max pain bas résume l’ambivalence du marché : on espère le rebond, on se couvre pour la chute. Que des baleines accumulent tout en achetant de la protection n’a donc rien de contradictoire.
La structure par terme : la vraie volatilité est peut-être en décembre
Si le 28 octobre inquiétait vraiment le marché des options, la volatilité de court terme dépasserait celle de long terme. C’est l’inverse qui se produit. La structure par terme est en contango : la pente entre le court et le long s’est accentuée jusqu’à quatre points de volatilité, avec une implicite à 7 jours autour de 30,3 et à 90 jours autour de 37,1, selon QCP Group. Les options les plus lointaines pricent plus de risque que celles qui couvrent la réunion d’octobre. Le marché regarde au-delà du 28.
Le positionnement le confirme. QCP rapporte qu’un client a vendu plus de 4 000 calls de strike 90 000 dollars échéance 30 octobre pour racheter simultanément des calls de même strike échéance 27 novembre, un roulement d’octobre vers novembre destiné à se positionner sur la volatilité attendue autour des élections de mi-mandat du 3 novembre, du refinancement trimestriel du Trésor et de la réunion de la Fed de décembre. La prochaine décision, le 9 décembre, s’accompagnera d’un dot plot et d’un jeu de projections, absents en octobre, et le marché la considère déjà comme la hausse la plus probable du cycle.
Cette lecture rejoint celle du marché des contrats à terme. La base des futures, le prix du levier, est restée atone parce que le rebond de l’automne a été porté par le comptant et les ETF, pas par la dette, comme nous l’avons montré dans notre analyse de la base sans carry à l’approche de la Fed. Volatilité basse et base plate racontent la même histoire : un marché peu endetté, peu fébrile, qui réserve son énergie pour décembre.
Pourquoi la réaction est amortie : ETF, comptant et fin du levier
La volatilité réalisée est basse pour une raison structurelle : l’identité de l’acheteur a changé. À l’ère des ETF spot, ce sont des flux institutionnels au comptant qui fixent le prix à la marge, là où le levier de détail amplifiait autrefois chaque secousse. Un rebond financé par du comptant, et non par de la dette, produit mécaniquement moins de liquidations forcées, donc moins de volatilité réalisée. Le marché encaisse les chocs au lieu de les démultiplier.
Catherine Chen, responsable institutionnelle chez Binance, résumait cette résilience après la correction déclenchée par l’inflation de la mi-octobre : selon elle, « the CPI-driven selloff is a sentiment shock, not a structural break ». Elle s’attend à un pic d’inflation autour d’octobre et à des signes de refroidissement plus nets vers mars 2027, ce qui soutiendrait les actifs numériques à terme. Un choc de sentiment, pas une rupture : exactement le profil d’un marché à faible volatilité réalisée.
Reste que l’amortisseur a ses limites. Il fonctionne tant que les flux ETF restent neutres ou positifs; le jour où ils basculent en sorties soutenues, l’effet s’inverse. La même semaine, les ETF enregistraient d’ailleurs des sorties. Et le levier n’a pas disparu : il s’est déplacé vers des plateformes où le levier extrême et les prix de référence peuvent encore déclencher des cascades. Un amortisseur n’absorbe un choc que jusqu’à un certain seuil.
Le VIX, le Nasdaq et la crypto : la corrélation se réveille au FOMC
Un DVOL bas isolément ne garantit rien, car le Bitcoin ne vit pas en vase clos les jours de Fed. Autour des évènements macro, sa corrélation avec les actions et avec l’indice de volatilité VIX remonte brutalement. Le 28 octobre n’est pas seulement un évènement crypto : c’est un évènement de volatilité multi-actifs, qui frappe simultanément le Nasdaq, les obligations et le dollar.
On en a eu un aperçu le 16 octobre, quand le Bitcoin est tombé vers 81 000 dollars tandis que les actions reculaient et que le VIX s’envolait à l’approche de l’anniversaire du lundi noir. Les canaux de transmission sautent aux yeux : le rendement du Trésor à 10 ans a culminé à 5,33 % après la publication de l’inflation avant de refluer vers 5,09 %, et le Brent se traite au-dessus de 100 dollars, autour de 108,80 dollars, selon Blockhead. Autant de variables qui bougent le Bitcoin quand la Fed se tait.
La conséquence pour la volatilité est importante : même si les flux propres à la crypto restent calmes, un choc sur le Nasdaq ou sur les taux le 28 octobre peut tirer le DVOL vers le haut par contagion. La faible volatilité implicite du Bitcoin suppose implicitement que les actions et les obligations resteront sages. C’est une hypothèse, pas une certitude, et elle se tend un peu plus chaque fois que le VIX monte.
Le scénario qui casse le calme : une hausse-surprise à six jours des midterms
Le risque qui ferait exploser la volatilité tient dans la queue de distribution : les 11 à 17 % de probabilité d’une hausse de 25 points le 28 octobre. Précisément parce que la pause est price à près de 88 %, une hausse serait la surprise maximale, et donc le pic de volatilité maximal. C’est l’asymétrie fondamentale de la séance : le résultat attendu ne fera presque rien, le résultat inattendu fera tout.
Un détail de calendrier aiguise le risque. Le 28 octobre tombe six jours avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Or, depuis 1990, la Fed n’a relevé ses taux dans les sept jours précédant un jour d’élection qu’une seule fois, le 2 novembre 2022. Une hausse préélectorale serait donc un évènement rarissime, politiquement chargé, mais Warsh martèle qu’il ne préjuge d’aucune réunion. Le simple fait que l’option reste ouverte, faute de guidance pour la fermer, maintient une prime de risque que le DVOL, lui, a cessé d’intégrer.
Le teneur de marché Wintermute ne dit pas autre chose. Dans sa note hebdomadaire du 20 octobre, la firme juge la volatilité implicite basse et prévient que le marché pourrait sous-estimer le risque de volatilité à venir, avec un Bitcoin coincé autour de 82 500 dollars dont la fourchette devrait bientôt céder. Elle esquisse deux débouchés : une pause au ton ferme qui ferait anticiper la hausse de décembre, pousserait les rendements et pèserait sur le Nasdaq et le Bitcoin; ou une Fed prudente, doublée de résultats trimestriels solides, qui ouvrirait la voie au-dessus de 87 000 dollars.
| Scénario du 28 octobre | Probabilité implicite | Réaction volatilité attendue |
|---|---|---|
| Pause + ton accommodant (décembre adouci) | le plus probable | Vol crush classique, DVOL s’affaisse encore, soulagement haussier |
| Pause + ton ferme (décembre verrouillé) | scénario central alternatif | Vol modérée, taux en hausse, pression sur le Nasdaq et la crypto |
| Hausse-surprise de 25 points | ~11 à 17 % | Choc maximal, pic de DVOL, cascade possible à la baisse |
Lire la surprise : la conférence de presse compte plus que la décision
Comme il n’y a ni dot plot ni projections en octobre, et plus de guidance pour préparer le terrain, l’unique information nouvelle de la séance sera le communiqué et, surtout, la conférence de presse. La décision sur les taux est déjà dans les prix; la surprise viendra du ton employé à propos de décembre. C’est là que se joue l’équation de la réaction : l’écart entre ce que Warsh laissera entendre et ce que le marché avait déjà parié.
Concrètement, le marché va repricer en direct la probabilité d’une hausse en décembre pendant que Warsh parle. S’il verrouille décembre, les rendements montent, le dollar se raffermit et la crypto encaisse; s’il laisse la porte ouverte, le soulagement peut déclencher le rebond haussier décrit plus haut. QCP Group résume l’enjeu en notant que les données et signaux de politique monétaire de la semaine « may become important triggers for BTC’s directional choice », tout en rappelant que le marché price environ 17 % de probabilité de hausse en octobre.
Pour l’observateur, la leçon est de ne pas fixer la seule ligne du taux directeur. Le vrai signal se lira dans le mouvement des probabilités de décembre et dans la réaction du DVOL : un effondrement immédiat de la volatilité implicite dira que le marché a validé son scénario de pause tranquille, tandis qu’un DVOL qui refuse de redescendre trahira un doute persistant sur ce que la Fed fera dans six semaines.
Le cas français : options crypto, AMF, MiFID II et fiscalité
Pour un investisseur français, un rappel s’impose : les options et les perpétuels sur crypto ne relèvent pas de MiCA. Ce sont des instruments financiers au sens de la directive MiFID II, supervisés à ce titre par l’Autorité des marchés financiers (AMF), tandis que MiCA ne couvre que les crypto-actifs au comptant et les prestataires (PSAN puis CASP). La période transitoire du régime PSAN français a d’ailleurs pris fin le 1er juillet 2026, comme le rappelle l’AMF.
En pratique, l’accès au marché des options de Deribit, offshore et orienté professionnels, reste limité pour le particulier français, d’autant que le levier des CFD crypto destinés au grand public est plafonné par l’ESMA à 2 pour 1. La bonne nouvelle, c’est que le DVOL et le skew sont des indicateurs publics et gratuits : on peut lire la peur du marché sans jamais toucher une option. Pour la majorité des lecteurs, la surface de volatilité est un signal à interpréter, pas forcément un instrument à trader.
Côté fiscalité, les plus-values sur actifs numériques au comptant relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux), avec une exonération en deçà de 305 euros de cessions par an. Les produits dérivés, en tant qu’instruments financiers, suivent un régime distinct de celui du comptant, ce qui mérite l’avis d’un conseil avant toute opération. La leçon reste la même : pour trader la réaction au FOMC depuis la France, le comptant et les ETP sont la voie ordinaire, et la surface des options surtout une boussole.
La checklist volatilité du 28 octobre
Pour suivre la séance sans se laisser hypnotiser par la seule bougie du prix, voici les instruments à surveiller, du plus anticipatif au plus réactif.
- Le DVOL avant et après 20 heures (Paris) : une rampe modeste puis un effondrement signalent un évènement digéré; un DVOL qui s’entête révèle un doute.
- Le prix du straddle de l’échéance la plus proche : il chiffre le mouvement que le marché juge nécessaire pour être rentable.
- Le risk reversal 25-delta : plus il est négatif, plus la couverture à la baisse domine.
- La pente de la structure par terme : un contango marqué dit que le marché réserve son inquiétude pour décembre.
- Les probabilités de hausse en décembre, repricées en direct pendant la conférence de presse : le vrai thermomètre du ton de Warsh.
- Les actifs croisés : VIX, Nasdaq, rendement du 10 ans et pétrole, canaux par lesquels une Fed silencieuse se transmet à la crypto.
- Les flux ETF des jours suivants : l’amortisseur institutionnel tient ou cède.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le DVOL du Bitcoin ?
Le DVOL est l’indice de volatilité de la plateforme d’options Deribit. Il condense le prix de toutes les options Bitcoin à environ trente jours d’échéance en un seul chiffre, exprimant la fourchette de variation annualisée que le marché anticipe. C’est l’équivalent crypto du VIX des actions : il mesure l’ampleur attendue des mouvements, pas leur direction.
Pourquoi la volatilité du Bitcoin est-elle si basse avant le FOMC d’octobre 2026 ?
Parce que le marché price une pause de la Fed à près de 88 % et que le rebond de l’automne a été porté par le comptant et les ETF plutôt que par le levier, ce qui réduit les liquidations forcées. Le DVOL est tombé au plus bas depuis mars 2021. Le risque est que ce calme sous-estime l’incertitude d’une Fed qui a cessé de guider les marchés.
La Fed va-t-elle relever ses taux le 28 octobre 2026 ?
Le marché attribue environ 88 % de probabilité à un statu quo et de 11 à 17 % à une hausse de 25 points, selon le baromètre consulté. La hausse la plus attendue est celle de la réunion du 9 décembre, considérée comme la plus probable du cycle et accompagnée d’un dot plot. Kevin Warsh refuse toutefois de préjuger de la décision d’octobre.
Qu’est-ce que le vol crush après une décision de la Fed ?
Le « vol crush » est l’effondrement de la volatilité implicite juste après la levée de l’incertitude. Avant la décision, les options de court terme se renchérissent d’une surprime d’évènement; une fois le verdict connu, cette surprime s’évapore et la volatilité implicite chute. L’acheteur d’option doit alors un mouvement de prix supérieur à ce qu’il a payé pour y gagner.
Comment un investisseur français peut-il suivre la volatilité des options crypto ?
Le DVOL, le skew et la structure par terme sont des indicateurs publics et gratuits que l’on peut consulter sans trader d’options. Les options et perpétuels crypto relèvent de MiFID II et de l’AMF, pas de MiCA, et le levier des CFD grand public est plafonné à 2 pour 1 par l’ESMA. Pour la plupart des particuliers, la surface de volatilité est une boussole à lire, tandis que le comptant et les ETP restent la voie d’exécution ordinaire.
Par Julien Marchand, rédacteur macro et marchés chez HOGE Wire.