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● Predictions & Forecasts

FOMC du 28 octobre : la réaction crypto quand décembre décide

La Fed a relevé ses taux en septembre; le 28 octobre, la décision compte moins que le ton. Comment lire la réaction crypto quand décembre décide et que Warsh refuse de guider le marché.

Dans une dizaine de jours, le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (le FOMC) se réunit les 27 et 28 octobre. Pour la première fois depuis des années, la question posée au marché crypto n’est plus «quand la Fed va-t-elle baisser ses taux», mais «jusqu’où compte-t-elle les monter». Le 16 septembre 2026, la banque centrale a relevé son taux directeur d’un quart de point, à une fourchette de 3,75 % à 4,00 %, sa première hausse depuis juillet 2023. En quelques semaines, le récit qui portait le cycle haussier, celui d’une liquidité qui se détend, s’est inversé.

Sur le papier, la réunion du 28 octobre devait être une non-réunion: un statu quo attendu, aucune nouvelle projection économique, un communiqué de transition avant la vraie décision de décembre. Puis l’inflation de septembre, publiée le 14 octobre, est ressortie trop chaude, et une réunion que tout le monde croyait pliée s’est brusquement rouverte. Les probabilités de hausse ont presque doublé en vingt-quatre heures avant de refluer.

Pour un détenteur de Bitcoin ou d’Ethereum, l’enjeu n’est donc pas tant la décision elle-même, largement dans les prix, que le signal qu’elle enverra sur décembre. Et comme le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a officiellement enterré la pratique du guidage des anticipations, toute la réaction sera comprimée en quelques minutes le 28 octobre. Nous avions décrit ailleurs la mécanique de transmission qui relie la Fed à la crypto; cet article se concentre sur un cas particulier, celui d’une réunion où presque toute l’information tient dans le ton.

Ce qui a changé depuis l’été: la Fed a vraiment serré

Le point de départ de toute lecture de la réaction du 28 octobre, c’est d’admettre que le régime a changé. Le 16 septembre, le FOMC a voté à l’unanimité, 12 voix contre 0, pour relever la fourchette cible des fonds fédéraux à 3,75-4,00 %, selon le compte rendu de CNBC. C’était la première hausse depuis juillet 2023, et la première sous la présidence de Warsh. Le calendrier officiel de la Fed place les deux dernières réunions de l’année les 27-28 octobre et les 8-9 décembre (voir federalreserve.gov).

La grille de points (le fameux dot plot) publiée en septembre plaçait la médiane des projections à 4,1 % pour fin 2026 et à 4,1 % encore pour fin 2027, soit un quart de point au-dessus de la nouvelle fourchette: autrement dit, la majorité des membres anticipait au moins une hausse supplémentaire avant la fin de l’année. Warsh a justifié le geste par une économie et un marché du travail robustes, une inflation toujours au-dessus de la cible de 2 %, et la contribution des tensions au Moyen-Orient aux prix de l’énergie. En conférence de presse, il a répété que l’inflation restait «trop élevée, depuis trop longtemps». Pour la crypto, dont une partie de la thèse 2024-2025 reposait sur l’idée d’une Fed qui finirait par assouplir, ce basculement est structurant: le vent de face monétaire est redevenu réel.

Le 14 octobre a rouvert une réunion que tout le monde croyait pliée

Jusqu’au milieu du mois, le consensus était confortable: la Fed venait de serrer, elle ferait une pause en octobre et garderait ses munitions pour décembre. L’indice des prix à la consommation de septembre, publié le 14 octobre, a fissuré ce confort. Le chiffre est ressorti à +0,6 % sur un mois et +3,7 % sur un an, au-dessus des +3,6 % attendus, avec un noyau dur (hors alimentation et énergie) qui a dépassé le consensus d’un dixième, selon les données relayées par Yahoo Finance. La hausse n’était pas concentrée sur un poste isolé, mais «généralisée», selon les termes de l’économiste cité plus bas.

La réaction du marché à terme a été immédiate: la probabilité d’une hausse le 28 octobre est passée d’environ 22 % à près de 44 % en une journée sur l’outil CME FedWatch, d’après CNBC. Le pétrole n’a rien arrangé: le baril de WTI a bondi d’environ 3,8 % pour revenir autour de 101 dollars, alimentant précisément le canal énergétique que Warsh avait pointé en septembre. En quarante-huit heures, un statu quo acquis est redevenu une vraie question à deux issues. C’est tout l’intérêt de cette réunion: la réaction crypto ne portera pas sur un scénario connu d’avance, mais sur un arbitrage encore ouvert.

Repère (17 octobre 2026)Niveau
Bitcoin~81 300 USD (~72 400 EUR)
Ethereum~2 410 USD (~2 150 EUR)
EUR/USD~1,123
Taux directeur Fed3,75-4,00 % (depuis le 16 sept.)
Statu quo le 28 oct. (CME FedWatch)~72 %
Hausse le 9 déc. (Kalshi)~89 %
Pétrole WTI~101 USD (+3,8 % le 16 oct.)
Record Bitcoin (6 oct. 2025)126 080 USD / ~107 700 EUR (~35 % plus haut)
Sources: CoinDesk, CME FedWatch, Kalshi, tradingeconomics. Les prix crypto sont volatils et donnés à titre indicatif.

La règle d’or: le marché réagit à la surprise, pas à la décision

Le réflexe du débutant est de regarder ce que la Fed fait. Le réflexe du professionnel est de regarder l’écart entre ce qu’elle fait et ce que le marché avait déjà payé. La formule tient en une ligne: réaction = résultat moins anticipations. Si un statu quo est anticipé à 72 %, il est déjà aux trois quarts dans les prix; le jour J, l’essentiel du mouvement ne viendra pas de la décision mais de ce qu’elle révèle sur la suite. C’est la raison pour laquelle le Bitcoin peut chuter sur une baisse de taux (si elle est jugée moins généreuse que prévu) ou grimper sur une hausse (si le ton laisse entrevoir une pause).

Cette grammaire explique les faux pas de lecture les plus fréquents. En juillet, un statu quo «faucon» avait fait reculer les actions tout en laissant le Bitcoin quasi inerte, parce que le résultat collait aux anticipations. En septembre, la hausse elle-même n’a pas provoqué de panique: elle était attendue, et c’est le dot plot, plus dur que prévu, qui a pesé. Nous avons détaillé l’anatomie minute par minute d’une séance de FOMC dans un article dédié; retenez ici le principe: on ne négocie pas l’événement, on négocie l’écart à ce qui était déjà escompté.

Lire les probabilités: trois thermomètres, trois réponses

Avant de parier sur la réaction, encore faut-il lire correctement les probabilités, car elles ne disent pas toutes la même chose. Trois thermomètres coexistent. L’outil CME FedWatch déduit les probabilités du prix des contrats à terme sur les fonds fédéraux: c’est la référence des salles de marché, mais il mesure une anticipation neutre au risque, pas une conviction. Les marchés de prédiction, comme Polymarket et Kalshi, agrègent pour leur part des paris en argent réel sur une issue binaire. Le 16 octobre, Polymarket donnait encore le statu quo d’octobre autour de 73 %, selon 99bitcoins, soit un chiffre très proche du 72 % affiché par le CME.

Cette convergence d’octobre est en réalité trompeuse, car les trois thermomètres divergent souvent, et pour de bonnes raisons: ils ne répondent pas à la même question. FedWatch intègre une prime de risque; Polymarket et Kalshi reflètent un flux d’argent qui peut être mince et nerveux sur des contrats de niche. Sur décembre, les trois s’accordent en revanche sur une quasi-certitude de hausse, que nous détaillons plus bas. Retenez la règle pratique: utilisez FedWatch pour la probabilité, les marchés de prédiction pour le sentiment, et méfiez-vous d’un consensus trop propre, car c’est précisément lui qui laisse le marché exposé à la moindre surprise, et donc à la plus forte réaction.

Une Fed sans dot plot et sans guidage: la réaction se concentre

Deux particularités rendent le 28 octobre atypique. D’abord, octobre n’est pas une réunion à projections: il n’y aura ni nouveau dot plot, ni nouvelles prévisions de croissance ou de chômage. La prochaine grille de points tombera le 9 décembre. La seule information neuve, le 28 octobre, sera donc le communiqué et la conférence de presse, rien d’autre.

Ensuite, Warsh a changé la doctrine de communication. Le 16 octobre, en marge des réunions du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, il a refusé de donner la moindre indication sur la réunion à venir. «Je ne préjuge pas des réunions. Je ne crois pas qu’il faille dire aujourd’hui ce que je pourrais faire lors des réunions qui nous restent cette année», a-t-il déclaré, selon CNBC. Il a qualifié ce virage de «nouveau chapitre à la Fed», ajoutant que la banque centrale «n’est plus dans ce métier», celui de télégraphier ses mouvements à l’avance.

Le paradoxe est contre-intuitif: moins de guidage ne veut pas dire moins de volatilité, mais plus. Dans l’ancien régime, le marché pré-positionnait pendant des semaines à partir des interventions des gouverneurs, lissant la réaction. Sans ce canal, l’information arrive d’un coup, à 14 heures (heure de New York) le 28 octobre, puis à 14 h 30 avec la conférence de presse. Pour un actif qui se négocie 24 heures sur 24 comme la crypto, cela signifie que le pic de volatilité sera concentré sur une fenêtre d’une heure, sans l’amortisseur des anticipations graduelles. Celui qui ne regarde que la décision risque de confondre le silence de la Fed avec une absence d’enjeu.

CritèreRéunion du 28 octobreRéunion du 9 décembre
Nouveau dot plot / projectionsNonOui
Issue la plus probableStatu quo (~72 %)Hausse (~87-89 %)
Information neuveCommuniqué et conférenceDécision, projections, conférence
Proximité d’un scrutin6 jours avant les mi-mandatsAucune
Rôle pour le marchéValider ou contester la trajectoire de décembreLivrer la hausse déjà anticipée
Octobre est une réunion de langage; décembre, une réunion de chiffres. Sources: Fed, CME FedWatch, Kalshi.

La vraie réunion, c’est décembre

Si le marché garde son sang-froid sur octobre, c’est parce qu’il a déjà déplacé le gros de son pari sur décembre. Les probabilités y sont sans ambiguïté: sur Kalshi, une hausse le 9 décembre est donnée autour de 89 % (dont environ 62 % pour un quart de point et 27 % pour un demi-point), tandis que les contrats à terme CME pointent près de 87 %. Le marché ne se demande plus vraiment «si», mais «de combien». CNBC titrait d’ailleurs, après l’inflation du 14 octobre, que la Fed pourrait «devoir monter deux fois, ou d’un demi-point, en décembre».

Cette asymétrie éclaire le rôle du 28 octobre: la réunion sert à valider ou à contester la trajectoire de décembre. Un statu quo assorti d’un communiqué qui maintient la porte grande ouverte serait un statu quo «faucon», confirmant le pari de décembre. Un statu quo au ton plus prudent, insistant sur la dépendance aux données, relâcherait au contraire la pression. Et une hausse surprise dès octobre viderait partiellement décembre de sa substance. Le marché, en somme, négocie moins une décision qu’une date, exactement comme il le fait pour les grandes échéances réglementaires que nous avons cartographiées dans notre compte à rebours des dates qui font bouger 2026.

Pour la crypto, cela veut dire qu’une réaction haussière au 28 octobre n’est pas forcément un signal d’achat durable: tant que décembre reste armé, chaque rebond risque de buter sur la perspective d’un resserrement supplémentaire. Inversement, le premier signe crédible que décembre pourrait ne pas se faire serait, lui, un vrai catalyseur.

La hausse d’avant-scrutin: un précédent presque unique

Il existe une raison supplémentaire, non économique celle-là, de douter d’une hausse dès octobre: le calendrier politique. La décision du 28 octobre tombe six jours avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Or, selon Yahoo Finance, la Fed n’a relevé ses taux dans les sept jours précédant un scrutin qu’une seule fois depuis 1990: le 2 novembre 2022. Une hausse le 28 octobre 2026 serait donc seulement la deuxième en trente-six ans. Les parieurs lui donnaient tout de même une probabilité d’environ 42 % au plus fort de la réaction à l’inflation.

Les analystes se divisent précisément sur ce point. Pour Simon Penn, d’UBS, un mouvement en octobre serait «politiquement intenable», et la Fed préférera décembre. Stephen Brown, de Capital Economics, juge au contraire octobre encore plausible au vu de pressions inflationnistes persistantes et «généralisées» sur les prix sous-jacents, toujours selon Yahoo Finance. Warsh, qui a fait de l’indépendance de la banque centrale un marqueur et qui affronte régulièrement les pressions politiques de la Maison-Blanche, pourrait vouloir précisément démontrer que le calendrier électoral ne dicte pas sa fonction de réaction. C’est l’un des rares cas où un argument de pure optique institutionnelle pèse autant que les données.

Pour le lecteur, la leçon est simple: une hausse le 28 octobre ne serait pas seulement une surprise de politique monétaire, ce serait un événement historique rare, et le marché crypto réagirait à la rareté autant qu’à la hausse. C’est le scénario à plus fort potentiel de choc, même s’il reste minoritaire.

Les trois canaux par lesquels la Fed atteint la crypto

Pourquoi une phrase prononcée à Washington fait-elle bouger un actif sans frontières comme le Bitcoin? Par trois canaux, auxquels s’ajoute un quatrième, propre à l’ère des fonds indiciels. Comprendre lequel domine, le 28 octobre, aide à anticiper la forme de la réaction.

Le premier canal est le dollar. Une Fed plus restrictive que les autres banques centrales renchérit le billet vert; or le Bitcoin se cote d’abord en dollars, et un dollar fort est mécaniquement un vent de face. Le deuxième est celui des taux réels: quand le rendement réel (nominal moins inflation anticipée) monte, le coût d’opportunité de détenir un actif sans rendement, comme le Bitcoin, augmente, ce qui pèse sur sa valorisation. Le troisième, le plus puissant à long terme, est la liquidité: resserrement quantitatif, taille du bilan, et par-dessus, la plomberie du Trésor américain. Le quatrième canal, plus récent, est celui des flux: fonds indiciels au comptant, effet de levier et positionnement des dérivés amplifient ou amortissent le choc initial.

Un exemple concret aide à visualiser. Supposons un statu quo le 28 octobre, mais un Warsh qui martèle que décembre reste «vivant»: le canal des taux réels domine, le rendement du 10 ans américain remonte, le dollar se raffermit, et le Bitcoin s’effrite de quelques points sans krach, tandis que l’or encaisse mieux. À l’inverse, un statu quo au ton prudent ferait refluer les taux réels et le dollar, et la crypto rebondirait d’autant plus vite qu’elle était survendue. Dans les deux cas, le niveau du taux n’a pas bougé d’un centième; c’est le canal activé par le ton qui a fait le prix.

CanalMécanismeEffet d’une Fed plus dure sur la crypto
Dollar (DXY, EUR/USD)Taux plus élevés qu’ailleurs, billet vert plus fortVent de face en dollars, coussin en euros
Taux réelsHausse du coût d’opportunité d’un actif sans rendementPression baissière sur les valorisations
LiquiditéBilan de la Fed, rachats du Trésor, conditions de financementCanal lent mais dominant, le vrai moteur de cycle
Flux (ETF, levier)Demande institutionnelle, dérivés, liquidationsAmortisseur ou accélérateur du choc du jour
Le 28 octobre, surveillez lequel domine: un mouvement du dollar signe le canal FX, un décrochage des actions et des cryptos ensemble signe le canal liquidité.

L’euro, l’angle mort du lecteur français

Un investisseur basé dans la zone euro ne subit pas la même réaction qu’un investisseur américain, et c’est souvent mal compris. Le 16 octobre, l’euro s’échangeait autour de 1,123 dollar, en recul d’environ 2,2 % sur un mois et 3,7 % sur un an, selon tradingeconomics. Ce dollar fort, conséquence directe du resserrement de la Fed, change l’arithmétique: à 81 300 dollars, le Bitcoin vaut environ 72 400 euros; son record d’octobre 2025, à 126 080 dollars, correspondait à environ 107 700 euros.

Autrement dit, une partie de la baisse en dollars est absorbée, pour un Européen, par l’affaiblissement de l’euro. Une Fed dure pèse sur la crypto en dollars, mais soutient le dollar, ce qui amortit la perte convertie en euros. L’inverse est vrai aussi: une Fed qui capitulerait ferait remonter l’euro et amplifierait, en euros, un rebond du Bitcoin. Pour le lecteur français, l’EUR/USD n’est pas un détail de change, c’est une deuxième jambe de la position.

Le contexte européen compte aussi. La Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt à 2,50 % le 10 septembre, embarquée elle aussi dans un cycle de resserrement. Les deux banques centrales serrent désormais en même temps, ce qui réduit l’écart de taux transatlantique qui avait tant fait bouger l’EUR/USD plus tôt dans l’année. Warsh l’a d’ailleurs reconnu à Bangkok, décrivant «un resserrement synchrone de la politique monétaire dans la plupart des régions du monde», sans «passagers clandestins».

Quatre scénarios pour le 28 octobre

Puisque la décision se résume à deux issues (statu quo ou hausse) et le signal sur décembre à deux tonalités (porte grande ouverte ou prudence affichée), on obtient une matrice de quatre scénarios. Elle ne prédit pas l’avenir; elle prépare la lecture pour ne pas se faire surprendre par sa propre surprise.

ScénarioDécision du 28 oct.Signal sur décembreRéaction crypto probable
1. Statu quo faucon (cas de base)PausePorte maintenue grande ouverteSoulagement bref puis plafonnement; marché de range
2. Statu quo prudentPauseTon plus dépendant des donnéesRebond le plus net; l’issue la plus haussière
3. Hausse puis pause suggéréeHausse surpriseDécembre referméVente réflexe puis stabilisation (lecture «une et terminée»)
4. Hausse et décembre arméHausse surpriseResserrement enchaînéRepli le plus violent; aversion au risque
Les scénarios 1 et 2 concentrent la majorité des probabilités; les scénarios 3 et 4, minoritaires, portent le plus fort potentiel de choc.

Deux pièges guettent le lecteur. Le premier est de confondre le scénario 1 avec un signal haussier: un statu quo qui laisse décembre armé n’est pas une victoire pour les acheteurs, c’est un sursis. Le second est de sous-estimer le scénario 3: une hausse surprise accompagnée d’un message de pause pourrait, après la secousse initiale, être lue comme la fin du cycle, donc comme un soulagement. La direction du premier mouvement n’est pas toujours celle du mouvement durable.

Comment lire le communiqué et la conférence de Warsh

Sans dot plot ni guidage, le communiqué et la conférence de presse deviennent le signal tout entier. Voici la grille de lecture pratique pour le 28 octobre.

  • Le diff du communiqué. Comparez mot à mot le texte du 28 octobre à celui du 16 septembre. Les adjectifs sur l’inflation («élevée», «encore élevée», «qui demeure trop élevée») et sur l’activité sont les signaux à guetter. Un durcissement de formulation vaut, en l’absence de projections, autant qu’un point de dot plot.
  • Le décompte des dissidences. Le vote de septembre était unanime (12-0). Une dissidence en faveur d’une hausse signalerait un camp faucon plus pressé; une dissidence en faveur d’une baisse, l’inverse. Le solde des votes est une information de premier ordre un mois sans chiffres.
  • Les adjectifs de Warsh. «Confiant», «patient», «dépendant des données», «pas de cible d’inflation souple»: chaque qualificatif recalibre la probabilité de décembre en direct. Le pic de volatilité crypto se situe traditionnellement pendant la conférence, pas à l’annonce.
  • La fonction de réaction. Warsh a posé une doctrine lisible: l’inflation d’abord, pas de «Fed put» automatique, et la fin du guidage. Toute phrase compatible avec cette ligne confirme le biais restrictif; toute inflexion vers l’emploi ou la stabilité financière serait, elle, la vraie nouvelle.

Goldman Sachs, après les propos de Bangkok, a lu Warsh comme signalant une pause en octobre suivie d’une dernière hausse en décembre, selon la synthèse de briefs.co. C’est le scénario 1 de notre matrice: le plus probable, et paradoxalement l’un des moins confortables pour la crypto, puisqu’il laisse la menace de décembre intacte.

Le marché crypto arrive fragilisé

La réaction du 28 octobre ne se jouera pas sur une page blanche. Le Bitcoin aborde l’échéance affaibli: autour de 81 300 dollars le 16 octobre (il est même brièvement repassé sous 80 000 dollars avant d’être racheté vers 82 000), parti pour une deuxième semaine consécutive de baisse, selon le suivi en direct de CoinDesk. Le fameux «uptober», cette saisonnalité favorable d’octobre, ne s’est pas matérialisé. L’actif reste environ 35 % sous son record de 126 080 dollars, établi un an plus tôt, le 6 octobre 2025.

Le décor macro n’aide pas: le 16 octobre, le pétrole bondissait, le Nasdaq cédait environ 2,15 % et l’indice de volatilité VIX s’envolait d’environ 22 %, à l’approche de l’anniversaire du «lundi noir». L’Ethereum suivait, autour de 2 410 dollars. Côté flux, les fonds indiciels au comptant montraient des sorties (environ 60 millions de dollars de rachats sur les ETF Ether, après 261 millions de sorties sur le Bitcoin la veille), signe que l’amortisseur institutionnel n’était pas, cette semaine-là, au rendez-vous. Le Bitcoin était déjà repassé sous 81 000 dollars la veille, sur fond d’incertitude de taux.

Tout n’est pas noir pour autant. Selon news.bitcoin.com, Glassnode identifiait un regain de ventes à perte comme un possible signe de plancher local autour de 80 000 dollars, et les liquidations avaient fortement reflué (environ 290 millions de dollars contre 929 millions la veille), signalant moins de ventes forcées sur les marchés à effet de levier. Catherine Chen, de Binance, résumait l’épisode comme «un choc de sentiment, pas une rupture structurelle».

Les amortisseurs: ETF, trésoreries et dérivés

Si la réaction crypto aux décisions de la Fed est, depuis 2024, plus feutrée qu’au cycle 2022, c’est grâce à une couche d’acheteurs structurels qui n’existait pas alors. Les fonds indiciels au comptant ont institutionnalisé la demande; les trésoreries d’entreprise ont ajouté une poche d’acheteurs peu sensibles aux séances de FOMC. Nous avons décrit comment ces sociétés peuvent encaisser des milliards de pertes latentes sans rien vendre, ce qui en fait, en théorie, des mains plus solides qu’un particulier à levier.

La comparaison avec 2022 est éclairante. Cette année-là, une Fed en plein resserrement avait accompagné la chute du Bitcoin d’environ 48 000 à moins de 17 000 dollars: la réaction était brutale parce que l’acheteur marginal était un particulier à effet de levier, prompt à vendre dans la panique. En 2024-2026, les fonds indiciels au comptant et les trésoreries ont introduit un socle de demande moins nerveux, ce qui explique des réactions bien plus feutrées aux séances de FOMC. Mais ce socle n’est pas inconditionnel, et les sorties de capitaux de cette semaine rappellent qu’un amortisseur qui se retire au mauvais moment laisse le marché aussi exposé qu’avant.

Mais un amortisseur peut se transformer en accélérateur. Quand les flux ETF s’inversent, comme cette semaine, le coussin disparaît au pire moment. Et le marché des dérivés reste le véritable épicentre de la volatilité d’un jour de FOMC: la structure du financement des perpétuels et la base des contrats à terme disent, mieux que tout sondage, si le marché est tendu à la hausse ou à la baisse. Nous suivions récemment un rebond mené par le levier plutôt que par le carry, configuration typiquement fragile: elle monte vite et se dénoue violemment. Avant le 28 octobre, un financement des perpétuels qui s’emballe serait un signal d’alerte autant qu’un signe d’optimisme.

Ce que le lecteur français doit surveiller

Au-delà des cours américains, trois réglages concernent directement un investisseur en France. D’abord, le levier: les contrats perpétuels et autres dérivés crypto ne relèvent pas du règlement MiCA mais de la directive MiFID II, sous la supervision de l’Autorité des marchés financiers (AMF); pour un particulier, l’effet de levier sur ces produits est plafonné (de l’ordre de 2 pour 1), précisément pour éviter qu’une séance comme celle du 28 octobre ne se solde par une liquidation. Négocier un FOMC à 20 fois son capital n’est pas une stratégie, c’est un pari sur le hasard.

Ensuite, le cadre: la période transitoire pour les PSAN français s’est achevée le 1er juillet 2026, et l’AMF applique désormais pleinement le régime MiCA (voir la communication de l’AMF). Enfin, la toile de fond réglementaire américaine reste un facteur de volatilité à part entière: la loi CLARITY a échoué au Sénat le 15 septembre (49 voix contre 50), la commissaire Hester Peirce a quitté la SEC le 2 octobre, réduisant le collège à deux membres, et un accord budgétaire finance l’État fédéral jusqu’au 11 décembre, soit deux jours après la réunion de décembre.

La check-list du jour tient sur une carte: l’outil CME FedWatch pour l’écart aux anticipations, le diff du communiqué, le décompte des dissidences, les adjectifs de Warsh en conférence, l’EUR/USD, le pétrole et les flux ETF du lendemain. Qui coche ces cases lit la réunion; qui ne regarde que le niveau du taux la subit.

Foire aux questions

La Fed va-t-elle relever ses taux le 28 octobre 2026?

Le statu quo reste le scénario de base, avec environ 72 % de probabilité sur le CME FedWatch après les propos de Warsh du 16 octobre. Mais l’inflation chaude du 14 octobre a fait bondir la probabilité de hausse jusqu’à près de 44 % en séance. Le marché place surtout la prochaine hausse en décembre, donnée autour de 87 à 89 %.

Pourquoi le marché crypto réagit-il au FOMC même quand la décision est attendue?

Parce que la réaction porte sur la surprise, c’est-à-dire l’écart entre le résultat et les anticipations déjà payées, et surtout sur le signal donné pour les réunions suivantes. Un statu quo largement anticipé bouge peu les prix par lui-même; c’est le ton du communiqué et de la conférence qui crée le mouvement.

Qu’est-ce que le forward guidance et pourquoi Warsh l’a-t-il abandonné?

Le guidage des anticipations consiste pour une banque centrale à télégraphier ses mouvements futurs afin de lisser la réaction des marchés. Kevin Warsh y a mis fin, parlant d’un nouveau chapitre où la Fed n’est plus dans ce métier. Conséquence: l’information arrive d’un coup le jour de la réunion, ce qui concentre la volatilité au lieu de l’étaler.

Quel est l’impact d’une hausse de taux sur le Bitcoin?

Une hausse agit par trois canaux: un dollar plus fort, des taux réels plus élevés qui renchérissent la détention d’un actif sans rendement, et une liquidité plus rare. Pour un investisseur en euros, l’affaiblissement de l’euro amortit toutefois une partie de la baisse en dollars, et la demande des fonds indiciels tend à atténuer le choc par rapport au cycle 2022.

Une hausse six jours avant les élections de mi-mandat, est-ce déjà arrivé?

Rarement. Depuis 1990, la Fed n’a relevé ses taux dans les sept jours précédant un scrutin qu’une seule fois, le 2 novembre 2022. Une hausse le 28 octobre 2026 serait la deuxième en trente-six ans, ce qui conduit des analystes comme Simon Penn, d’UBS, à la juger politiquement intenable et à privilégier décembre.

Par Julien Marchand, rédacteur macro et marchés chez HOGE Wire.

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