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● DeFi & On-chain

AMM 2026 : Solana et Ethereum, quand la chaîne dicte la courbe

La formule x*y=k est la même partout, mais Solana et Ethereum ne la font pas tourner sur la même machine. Vitesse, frais locaux et absence de mempool dessinent deux familles d'AMM.

Deux adresses, une seule équation. Un échange de jetons sur Uniswap, côté Ethereum, et le même échange sur Orca, côté Solana, obéissent à l’idée de départ identique : un contrat autonome qui cote un prix à partir d’une réserve, sans carnet d’ordres ni teneur de marché humain. Pourtant, ces deux marchés ne se ressemblent presque plus. La raison tient moins à la formule qu’à la machine qui l’exécute. Un automated market maker (AMM) n’est qu’un programme, et un programme hérite des contraintes de sa blockchain : vitesse des blocs, coût du calcul, manière d’ordonner les transactions, présence ou non d’un mempool public. En 2026, ces contraintes ont fini par produire deux familles d’AMM distinctes. Et les volumes ont tranché : Solana mène le volume au comptant des DEX depuis cinq trimestres consécutifs, avec environ 197 milliards de dollars au troisième trimestre, selon Crypto Briefing.

La même racine, deux salles des machines

L’origine est commune. En mars 2018, Vitalik Buterin formalise la fonction x*y=k dans une note publiée sur ethresear.ch, en créditant l’idée à l’équipe de Gnosis ; Hayden Adams en tire Uniswap V1, lancé en novembre 2018. Le principe est d’une simplicité redoutable : le produit des deux réserves reste constant, donc chaque achat déplace le prix le long d’une courbe au lieu de croiser un ordre de vente. C’est cet invariant qui fixe le prix on-chain, un mécanisme que nous avons disséqué dans notre dossier sur les mathématiques des AMM.

Là où les chemins divergent, c’est au moment de faire tourner ce contrat. Ethereum et Solana ont fait des paris opposés. Ethereum a privilégié une machine virtuelle contrainte mais universellement composable, où chaque protocole s’emboîte dans le suivant comme des briques. Solana a parié sur le débit brut : des blocs toutes les 400 millisecondes environ, une exécution parallèle, des frais de quelques fractions de centime. Ces choix d’architecture ne sont pas neutres pour un teneur de marché automatisé. Ils décident de ce qu’un concepteur d’AMM peut se permettre : rééquilibrer souvent ou rarement, s’appuyer sur un oracle ou sur la seule réserve, craindre ou ignorer le mempool. La courbe est la même ; la salle des machines, non.

Ce que la chaîne impose au contrat

Quatre propriétés de la chaîne hôte pèsent directement sur le design d’un AMM. La première est le modèle d’exécution. Ethereum exécute les transactions une par une, de façon séquentielle, sur sa machine virtuelle (EVM) ; l’état global est partagé et le moindre calcul se paie en gas. Solana, à l’inverse, exécute en parallèle grâce à son moteur Sealevel : les transactions qui touchent des comptes différents sont traitées simultanément, et seules celles qui écrivent sur le même compte sont sérialisées. Pour un AMM, cela change tout, car des centaines de pools peuvent se mettre à jour au même instant sans se gêner.

La deuxième propriété est le marché des frais. Sur Ethereum, une guerre d’enchères sur un seul actif fait monter le gas pour tout le monde. Solana applique des frais locaux : la compétition de priorité se joue compte par compte, pas à l’échelle du réseau, comme l’explique Helius. Une frénésie sur un memecoin ne renchérit donc pas, en théorie, un simple swap de stablecoins ailleurs. La troisième propriété est la vitesse : des blocs de 12 secondes sur Ethereum contre environ 400 millisecondes sur Solana, ce qui autorise des rééquilibrages bien plus fréquents. La quatrième, enfin, est le mempool : Ethereum expose publiquement les transactions en attente, tandis que Solana les achemine directement vers le prochain leader via son protocole Gulf Stream, sans file d’attente publique. On verra que ce dernier point redessine tout le paysage du MEV.

PropriétéEthereumSolana
ExécutionSéquentielle (EVM), état global partagéParallèle (Sealevel), modèle de comptes
Temps de bloc~12 secondes~400 millisecondes
Marché des fraisGlobal (le gas monte pour tous)Local (par compte)
MempoolPublic (transactions visibles)Aucun natif (Gulf Stream vers le leader)
Coût d’un swapDe quelques dizaines de centimes à plusieurs euros selon la congestionFraction de centime

Ethereum : la courbe comme logiciel

Sur Ethereum, l’AMM a évolué comme un logiciel qu’on versionne. Uniswap V1 (2018) ne gérait que des paires avec ETH ; V2 (2020) a ouvert toutes les paires ERC-20 et ajouté un oracle de prix on-chain ; V3 (2021) a introduit la liquidité concentrée, où le fournisseur place ses fonds dans une fourchette de prix choisie au lieu de les étaler de zéro à l’infini. V4, déployé le 31 janvier 2025, pousse la logique plus loin avec les hooks : des morceaux de code greffés au pool qui modifient son comportement (frais dynamiques, ordres à cours limité, placement des réserves dormantes dans un protocole de prêt), le tout rassemblé dans un contrat unique, le singleton, avec une comptabilité par solde net qui réduit les coûts de gas.

Ce choix récompense la composabilité. V4 a d’ailleurs dépassé V3 : il représente désormais près de la moitié du volume du protocole Uniswap, avec une prime de frais de l’ordre de 34 % par dollar échangé, selon TokenPost. À côté, les spécialistes occupent leurs niches : Curve a inventé l’invariant StableSwap (Michael Egorov, 2019), un hybride entre somme constante et produit constant pensé pour les actifs censés coller à la même valeur, décrit dans son livre blanc ; Balancer généralise la formule à des pools pondérés de plusieurs actifs. Le dénominateur commun reste le gas : parce que chaque opération coûte cher, le design sur Ethereum cherche à faire plus avec moins de mouvements, d’où l’obsession pour la concentration du capital.

Solana : quand la vitesse réécrit le design

Sur Solana, le concepteur part d’hypothèses inverses : le calcul est quasi gratuit et les blocs s’enchaînent presque en continu. Résultat, les designs diffèrent. Orca a porté la liquidité concentrée sur Solana avec ses Whirlpools, un AMM CLMM ouvert et proche de l’esprit d’Uniswap V3, comme l’avait souligné Blockworks. Raydium, lui, a longtemps été hybride : ses pools déversaient leur liquidité dans le carnet d’ordres de Serum, avant que la communauté ne forke ce dernier en OpenBook après la chute de FTX fin 2022 ; Raydium propose aujourd’hui à la fois des pools à produit constant (CPMM) et des pools concentrés (CLMM).

Le design le plus caractéristique de Solana est sans doute celui de Meteora. Son DLMM (Dynamic Liquidity Market Maker) range la liquidité dans des bins, des cases de prix discrètes : un swap qui reste dans une seule case ne subit aucun impact de prix, et les frais montent automatiquement quand la volatilité fait traverser beaucoup de cases d’un coup, d’après la synthèse de Coin Bureau. Ce modèle de bins, hérité du Liquidity Book de Trader Joe, ne devient praticable que si l’on peut rééquilibrer sans cesse pour un coût dérisoire, ce que la cadence de Solana autorise. Fin octobre 2026, un instantané des DEX Solana montrait Orca en tête du volume au comptant, Raydium conservant la plus grosse réserve de liquidité (une TVL de l’ordre de 800 millions de dollars) et Meteora captant une part croissante du flux, d’après CoinGecko.

Lifinity, l’AMM qui a cessé de deviner le prix

S’il fallait une seule preuve que la chaîne façonne l’AMM, ce serait Lifinity. Un AMM classique devine le prix à partir du rapport de ses réserves, puis compte sur les arbitragistes pour recaler ce prix sur le marché ; c’est précisément ce mécanisme qui engendre la perte liée au rééquilibrage. Lifinity renverse la logique. Présenté comme le premier teneur de marché proactif de Solana, il ne cote pas à partir de sa réserve mais à partir de l’oracle Pyth, qu’il place au centre de sa fourchette de liquidité, selon Pyth. En suivant directement le prix de référence, le pool n’a plus besoin des arbitragistes pour se corriger, ce qui réduit fortement la perte impermanente.

Or ce design n’est viable que grâce à une propriété de la chaîne : Pyth publie une mise à jour de ses flux de prix à chaque slot, soit toutes les 400 millisecondes environ. Un AMM qui recale sa cote sur un oracle a besoin d’un oracle à la fois rapide et bon marché à lire ; Solana offre les deux. Sur Ethereum, la même approche se heurterait à des blocs douze fois plus lents et à un coût de lecture et de mise à jour nettement plus élevé, de sorte qu’un pool piloté par oracle y resterait l’exception plutôt que la règle. Lifinity n’est pas seulement un autre AMM : c’est un AMM qui n’aurait guère de sens ailleurs que sur une chaîne rapide dotée d’un oracle de premier rang.

Le carnet d’ordres ressuscité

L’AMM a été inventé pour contourner un problème : un carnet d’ordres classique exige des milliers de mises à jour (placer, annuler, modifier des ordres), des opérations ruineuses et trop lentes sur une chaîne congestionnée. La courbe automatique remplaçait cette mécanique par une seule formule. Mais dès que la chaîne devient assez rapide et assez bon marché, l’argument s’inverse et le carnet d’ordres redevient possible on-chain. Solana l’illustre : après la disparition de Serum, OpenBook a repris le flambeau du carnet d’ordres communautaire, tandis que Phoenix propose un carnet à cours limité entièrement on-chain. Ces plateformes ne sont pas des AMM, mais elles coexistent avec eux et se disputent le même flux.

Attention au contre-exemple le plus cité : Hyperliquid n’est pas un AMM. C’est un carnet d’ordres pour contrats perpétuels, tournant sur sa propre chaîne, et son succès confirme la tendance plutôt qu’il ne la contredit : là où le débit le permet, le carnet d’ordres reprend des parts au teneur de marché automatisé. Sur le mainnet Ethereum, à l’inverse, un carnet d’ordres complet et compétitif reste hors de portée à cause du gas et de la cadence ; c’est pourquoi l’AMM y règne encore presque sans partage, et c’est seulement sur les rollups, plus rapides, que des carnets hybrides recommencent à apparaître.

MEV : deux forêts sombres

La différence de mempool produit deux économies du MEV radicalement distinctes. Sur Ethereum, les transactions en attente sont visibles de tous : un bot peut repérer votre swap, glisser un ordre avant et un ordre après (le fameux sandwich) et vous faire payer un prix dégradé. Pour canaliser cette extraction, l’écosystème a séparé la proposition de bloc de sa construction, via des relais de type MEV-Boost ; nous avons décrit cette rente et ses relais de confiance dans notre dossier sur le MEV du validateur.

Solana n’a pas de mempool public, mais cela n’a pas suffi à éteindre le problème. Pour capter la valeur, Jito Labs avait ajouté un mempool hors chaîne à son moteur de blocs, où des chercheurs enchérissaient pour placer leurs bundles devant les transactions des utilisateurs. Le dispositif a tellement nourri les attaques sandwich que Jito l’a désactivé en mars 2024, invoquant l’intérêt du réseau et de ses utilisateurs, comme l’a rapporté The Block. Le sandwich n’a pas disparu pour autant, car il migre vers des canaux privés. Anatoly Yakovenko, cofondateur de Solana, soutient que la mise à niveau Alpenglow doit changer l’économie du MEV en rendant l’ordonnancement par délai beaucoup plus coûteux pour les validateurs, d’après Crypto Briefing. Deux forêts sombres, donc, mais dont les arbres ne poussent pas de la même façon.

La facture du teneur de marché, partout la même

Quelle que soit la chaîne, le fournisseur de liquidité joue le même rôle structurel : il vend la volatilité. Quand le prix bouge, sa réserve se recompose dans le mauvais sens, et l’écart avec une simple détention des jetons porte un nom, la perte impermanente. Elle est symétrique et ne dépend que de l’ampleur du mouvement, pas de la chaîne, comme le rappellent les tables de Binance Academy.

Variation de prixPerte impermanente
x1,250,6 %
x1,52,0 %
x25,7 %
x313,4 %
x420,0 %
x525,5 %

Les chercheurs d’a16z (Jason Milionis, Ciamac Moallemi, Tim Roughgarden et Anthony Lee Zhang) ont affiné cette facture avec la notion de perte face au rééquilibrage, le LVR : un pool ETH-stablecoin à 5 % de volatilité quotidienne cède environ 11 % par an aux arbitragistes, et l’équipe résume l’enjeu d’une formule restée célèbre, un AMM ne peut réussir que s’il a des «LP heureux», ce qui suppose que les revenus de frais suivent le LVR, selon a16z crypto. Ce qui change d’une chaîne à l’autre, c’est la manière de régler cette facture. Sur Ethereum, rééquilibrer coûte du gas, donc le fournisseur passif encaisse la perte ; sur Solana, le rééquilibrage fréquent est abordable, et des designs comme Lifinity tentent carrément d’esquiver la facture en pilotant par oracle. Pour fournir de la liquidité en connaissance de cause, nous détaillons ces arbitrages dans notre guide pratique du LP.

Qui gagne le volume, qui garde la valeur

Dans les faits, Solana a pris la tête des volumes. Son volume quotidien de DEX a dépassé celui d’Ethereum en mai 2026, après un bond d’environ 79 %, et la chaîne domine le volume au comptant depuis cinq trimestres d’affilée. Sur un mois donné, Solana a traité environ 117 milliards de dollars de volume de DEX contre 52 milliards pour Ethereum, soit plus du double, d’après AMBCrypto. Les frais plus bas et le règlement quasi instantané ont fait de Solana le terrain de jeu préféré du trading spéculatif et des memecoins.

Mais le volume n’est pas la valeur. Ethereum et ses rollups conservent l’essentiel de la liquidité immobilisée et de la DeFi dite sérieuse (prêt, stablecoins adossés, actifs tokenisés), là où une bonne partie du flux Solana est une rotation rapide à faible marge. Côté marché, la tendance de fond reste la montée des DEX face aux plateformes centralisées : le ratio du volume au comptant DEX/CEX a culminé autour de 24 % en juillet 2026 avant de refluer vers 20 % à l’automne, selon The Block. Au 23 octobre 2026, l’ether s’échangeait autour de 2 172 euros et le SOL autour de 92,91 euros sur CoinGecko, tandis que l’UNI valait près de 6,42 euros pour une capitalisation de l’ordre de quatre milliards d’euros, d’après la même source.

La fabrique à memecoins, moteur du volume Solana

Pourquoi Solana aligne-t-il autant de volume ? En grande partie à cause d’une primitive née de sa vitesse : la courbe d’amorçage (bonding curve) des lanceurs de memecoins. Sur pump.fun, qui a capté une large majorité des lancements de memecoins sur Solana selon Cointelegraph, un jeton se vend d’abord le long d’une courbe automatique, sans pool classique ; lorsque sa capitalisation atteint environ 69 000 dollars, la courbe se ferme et le jeton gradue vers un AMM à produit constant, où les SOL accumulés basculent automatiquement en liquidité, comme le décrit Bitget. Depuis mars 2025, cette destination n’est plus Raydium mais PumpSwap, l’AMM maison de pump.fun.

Ce pipeline est un pur produit de l’architecture Solana. Faire naître, échanger puis graduer des milliers de jetons par jour suppose un coût de transaction négligeable et une composition de programmes (une invocation inter-programmes crée le pool automatiquement dès que la courbe est pleine), deux choses hors de portée du mainnet Ethereum, où chaque lancement coûterait plusieurs euros de gas. Le revers est brutal : la quasi-totalité de ces jetons n’atteignent jamais la graduation et retombent à zéro. Le volume impressionnant de Solana est donc en partie une écume spéculative, ce qui nuance la lecture du «flippening» : la chaîne gagne la course au volume, mais une fraction de ce volume est un feu de paille, là où la liquidité immobilisée d’Ethereum reste plus patiente.

Les rollups d’Ethereum : fragmenter puis recoller

Face à la vitesse de Solana, Ethereum a répondu par les rollups : Base, Arbitrum, Optimism et consorts déportent l’exécution sur des couches rapides et bon marché, tout en héritant de la sécurité du mainnet. Le prix à payer est la fragmentation : la liquidité se disperse sur une dizaine de chaînes, et un même actif peut vivre dans vingt pools différents. D’où une vague de consolidation. Le 21 octobre 2026, Aerodrome et Velodrome ont fusionné pour lancer Aero, une place unique répartie sur sept réseaux (Ethereum, Base, Robinhood Chain, Ink, OP Mainnet, Arc et Arbitrum), comme l’a rapporté The Block ; le projet revendique vouloir tripler la part de volume au comptant EVM des chaînes qu’il dessert, aujourd’hui autour de 17 %.

Cette fragmentation est le revers de la composabilité : elle oblige à faire circuler la liquidité d’une chaîne à l’autre, le plus souvent via des ponts, dont nous avons détaillé les risques dans notre analyse des ponts crypto. Solana, en restant une seule chaîne rapide, évite ce casse-tête : toute la liquidité vit au même endroit et les routeurs n’ont pas de frontière à franchir. Le revers est symétrique : une chaîne unique concentre le risque, et une panne de Solana fige tout l’écosystème d’un coup, là où un rollup en difficulté ne paralyse pas les autres.

Routage : Jupiter d’un côté, les solvers de l’autre

Aucun utilisateur ne choisit vraiment son pool : il clique sur un agrégateur qui découpe l’ordre entre plusieurs plateformes pour obtenir le meilleur prix. Là encore, la chaîne modèle l’outil. Sur Solana, Jupiter s’est imposé comme la porte d’entrée quasi obligée : son moteur Metis route une large majorité des swaps en éclatant un même ordre entre Orca, Raydium, Meteora et d’autres, ce que la quasi-gratuité du calcul rend indolore. Multiplier les sauts coûterait une fortune sur Ethereum ; sur Solana, c’est la norme.

Sur Ethereum, les agrégateurs historiques (1inch, Matcha, CoW Swap) ont dû composer avec le gas et le mempool public. La réponse a été le basculement vers les intentions : au lieu de signer une route précise, l’utilisateur exprime un résultat souhaité (vendre tant de jetons A contre au moins tant de jetons B), et des solvers professionnels se font concurrence pour l’exécuter, souvent hors du mempool pour échapper au sandwich. CoW Protocol regroupe même les ordres par lots et les règle à un prix uniforme, ce qui neutralise une partie du MEV. Deux philosophies de routage, donc : l’éclatement multiplateforme bon marché côté Solana, l’exécution par intention et par lot côté Ethereum.

Ce que l’investisseur français doit regarder

Pour un résident français, le choix de la chaîne ne change pas seulement la mécanique, il déplace aussi les questions pratiques et réglementaires. Côté cadre européen, MiCA encadre les prestataires et les émetteurs, pas la courbe elle-même : son considérant 22 exclut les services «entièrement décentralisés» sans intermédiaire, mais ne définit nulle part ce que recouvre ce terme, de sorte qu’un AMM muni d’une interface, d’une trésorerie et d’une gouvernance reste une zone grise. En France, la période transitoire pour les prestataires (ex-PSAN) s’est achevée le 1er juillet 2026, l’AMF appelant les acteurs non conformes à une liquidation ordonnée.

À noter que les dérivés crypto (perpétuels, futures) relèvent de MiFID II et non de MiCA, un point qui concerne directement les carnets de perpétuels comme Hyperliquid. Outre-Atlantique, la SEC a clos en février 2025 son enquête sur Uniswap Labs sans aucune action, comme l’a rapporté CoinDesk. Reste la sécurité personnelle, qui ne dépend pas de la chaîne mais de vos clés : un portefeuille Phantom sur Solana ou MetaMask sur Ethereum protège aussi mal qu’un autre si l’on se fait détourner son numéro de téléphone, un risque que nous avons décortiqué dans notre enquête sur le SIM swapping. Enfin, côté fiscalité, les plus-values restent soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, quelle que soit la blockchain où le swap a eu lieu.

2026 : la chaîne est devenue un choix de design

La ligne de partage s’estompe par les deux bouts. Ethereum pousse ses rollups pour gagner la vitesse qui lui manquait, pendant que Solana ajoute la sophistication qui lui faisait défaut : liquidité concentrée chez Orca, bins chez Meteora, pilotage par oracle chez Lifinity. Les deux mondes convergent vers un même idéal (exécution rapide, frais faibles, designs riches), mais ils y arrivent par des routes opposées, et cette route laisse une empreinte durable sur les AMM qui y naissent. Choisir une chaîne, pour un concepteur, revient désormais à choisir un jeu de contraintes et de libertés.

PlateformeChaîneModèleTrait distinctif
Uniswap V4Ethereum et rollupsLiquidité concentrée + hooksContrat unique, code greffé, composabilité
CurveEthereumStableSwap (hybride)Optimisé pour les actifs ancrés
AeroSept chaînes EVMve(3,3)Fusion Aerodrome et Velodrome, oct. 2026
OrcaSolanaCLMM (Whirlpools)Liquidité concentrée portée sur Solana
MeteoraSolanaDLMM (bins)Zéro slippage dans une case, frais dynamiques
LifinitySolanaTeneur proactif (oracle Pyth)Cote sur oracle, pas sur la réserve

Faut-il en conclure que le modèle est à bout de souffle ? Son inventeur ne le croit pas. Hayden Adams, fondateur d’Uniswap, maintient que «les AMM n’en sont qu’à leurs débuts», estimant que leur coût du capital et leur composabilité leur donnent un avantage durable, propos rapportés par CryptoPotato. La formule x*y=k, elle, n’a pas changé depuis 2018 ; ce sont les machines qui la font tourner qui ne cessent d’évoluer, et c’est là, désormais, que se joue le design de l’AMM.

Foire aux questions

Pourquoi Solana a-t-il dépassé Ethereum en volume de DEX ?

Grâce à des frais de l’ordre d’une fraction de centime et à des blocs d’environ 400 millisecondes, Solana est devenu le terrain privilégié du trading spéculatif et des memecoins. Son volume quotidien a dépassé celui d’Ethereum en mai 2026 et il domine le volume au comptant depuis cinq trimestres consécutifs, même si Ethereum conserve l’avance sur la liquidité immobilisée.

Qu’est-ce qu’un AMM à oracle comme Lifinity ?

C’est un teneur de marché qui fixe son prix à partir d’un oracle externe comme Pyth plutôt que du rapport de ses réserves. En suivant le prix de référence mis à jour à chaque slot, il n’a plus besoin des arbitragistes pour se corriger et réduit fortement la perte impermanente, un design qui ne devient viable que sur une chaîne rapide et peu coûteuse comme Solana.

Y a-t-il du MEV sur Solana comme sur Ethereum ?

Oui, mais sous une forme différente. Ethereum expose un mempool public où les bots lancent des sandwichs ; Solana n’a pas de mempool natif, mais le moteur de blocs de Jito en avait ajouté un hors chaîne, qu’il a désactivé en mars 2024 face aux attaques. Le sandwich persiste via des canaux privés, et la feuille de route de Solana vise à en renchérir le coût.

Meteora, Orca et Raydium : quelles différences ?

Orca propose une liquidité concentrée classique (CLMM) via ses Whirlpools ; Raydium combine des pools à produit constant et des pools concentrés, avec un héritage de carnet d’ordres issu de Serum puis OpenBook ; Meteora range la liquidité dans des bins, des cases de prix discrètes à frais dynamiques qui offrent zéro slippage tant qu’un swap reste dans une seule case.

Les AMM sont-ils régulés en France ?

MiCA encadre les prestataires et les émetteurs, pas le protocole lui-même, et son considérant 22 exclut les services entièrement décentralisés sans toutefois les définir. En France, la période transitoire des prestataires a pris fin le 1er juillet 2026 sous l’égide de l’AMF, et les dérivés crypto relèvent de MiFID II plutôt que de MiCA.

Par Camille Roux, rédactrice en chef adjointe chez HOGE Wire, en charge de la DeFi et des infrastructures on-chain.

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