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● DeFi & On-chain

Fournir de la liquidité en 2026 : le guide pratique du LP

Déposer dans un pool AMM, ce n'est pas encaisser un rendement passif : c'est vendre de la volatilité. Voici le mode d'emploi du fournisseur de liquidité en 2026.

Fournir de la liquidité à un teneur de marché automatisé (AMM) est souvent vendu comme un rendement passif : vous déposez deux jetons, des frais tombent pendant que vous dormez. La réalité est moins confortable. Déposer dans un pool, c’est prendre une position précise et parfaitement mesurable. Vous devenez un teneur de marché permanent, toujours prêt à acheter ce qui baisse et à vendre ce qui monte, que vous le souhaitiez ou non. Vous n’encaissez pas un coupon : vous vendez de la volatilité, et le marché vous verse une prime en échange.

La bonne question n’est donc pas « combien je gagne » mais « cette prime couvre-t-elle ce que la courbe me coûte ». Pendant longtemps, la réponse a été non pour une majorité de fournisseurs : une étude de référence signée Topaze Blue et Bancor a conclu que près de la moitié des fournisseurs de liquidité d’Uniswap V3 auraient fait mieux en conservant simplement leurs jetons. Ce guide reprend le design des AMM depuis le siège du fournisseur de liquidité. HOGE Wire a déjà disséqué la formation du prix on-chain, de la courbe au solver, et la façon dont la courbe devient elle-même un oracle ; ici, le propos est opérationnel : ce que vous devenez en déposant, comment chaque choix de courbe modifie votre profit et perte, et comment choisir puis piloter une position en 2026.

Ce que vous devenez vraiment en déposant dans un pool

Un pool constant-product obéit à une seule règle : le produit des deux réserves reste constant, x multiplié par y égale k. Dès qu’un prix externe bouge, des arbitragistes rééquilibrent le pool jusqu’à ce que son prix colle au marché. Mécaniquement, cela signifie que le pool vend l’actif qui monte et achète celui qui baisse, en continu, sans vous demander votre avis. Vous finissez donc toujours avec davantage de l’actif qui a perdu de la valeur et moins de celui qui en a gagné. C’est l’inverse exact du réflexe d’un investisseur discrétionnaire, et c’est le coeur de ce que vous signez.

Un exemple théorique fixe les idées. Vous déposez 10 ETH et 20 000 EUR dans un pool, l’ETH valant 2 000 EUR ; le produit des réserves vaut 200 000. Si l’ETH double à 4 000 EUR, la courbe rééquilibre la position autour de 7,07 ETH et 28 284 EUR, soit environ 56 570 EUR au nouveau prix. En gardant vos jetons sans rien faire, vous détiendriez 60 000 EUR. L’écart, près de 5,7 %, n’est ni une commission ni un vol : c’est le prix structurel de la courbe, et il joue dans les deux sens, à la hausse comme à la baisse.

En langage d’options, vous êtes court gamma : votre position se comporte comme un portefeuille qui vend de la volatilité. Votre gain est concave. Vous battez le simple fait de conserver vos jetons uniquement si le prix oscille sans tendance marquée et si les frais encaissés dépassent l’érosion de la courbe. Toute la suite de ce guide consiste à savoir quand cette condition tient.

L’impermanent loss, chiffrée

Cet écart entre la valeur de votre position dans le pool et celle d’un simple portefeuille conservé porte un nom trompeur : la perte impermanente, ou impermanent loss. Elle ne dépend que de l’ampleur de la divergence de prix entre les deux actifs, pas de la direction, et elle est symétrique : une multiplication par deux du prix produit la même perte relative qu’une division par deux. Le qualificatif « impermanent » induit en erreur : la perte ne s’efface que si le prix revient exactement à son point de départ. Si vous retirez votre liquidité après une divergence, elle est parfaitement réalisée et définitive.

Les ordres de grandeur, dérivés de la formule du constant-product, sont faciles à mémoriser (source : Binance Academy) :

Variation de prix d’un actifImpermanent loss contre le holding
1,25x0,6 %
1,5x2,0 %
2x5,7 %
3x13,4 %
4x20,0 %
5x25,5 %

Ces chiffres valent pour une paire volatile dans un pool constant-product classique, à 50/50. Ils expliquent une intuition déroutante : vous pouvez avoir raison sur la direction d’un actif, voir son prix tripler, et pourtant sous-performer un investisseur qui l’a simplement gardé en portefeuille. L’impermanent loss est le point de départ de tout calcul de rentabilité du fournisseur de liquidité ; ce n’est pas le point d’arrivée.

LVR : le vrai coût, mesuré en continu

L’impermanent loss est une photographie prise à l’instant du retrait. Pour un pool qui s’échange en permanence, la mesure plus honnête est la LVR, pour loss-versus-rebalancing, ou perte face au rééquilibrage. Elle capture la valeur qu’un arbitragiste extrait de votre pool chaque fois qu’il en réaligne le prix sur le marché extérieur. Autrement dit, c’est l’argent que vous laissez à ceux qui corrigent votre courbe en retard, et ce flux ne dépend pas du prix final : il s’accumule avec la volatilité, quelle que soit l’issue.

Les chercheurs de a16z crypto et de l’université Columbia (Jason Milionis, Ciamac Moallemi, Tim Roughgarden et Anthony Lee Zhang) ont formalisé cette perte dans un article devenu une référence. Leur modèle la rend proportionnelle au carré de la volatilité divisé par huit : un pool ETH-stable soumis à 5 % de volatilité quotidienne perd environ 3,125 points de base par jour, soit de l’ordre de 11 % par an, uniquement par sélection adverse. Leur conclusion tient en une phrase (source : a16z crypto) : « An AMM can be successful only if it has happy LPs, which means that fee revenues need to scale with LVR. » Traduction pratique : si les frais ne couvrent pas la LVR, le pool finit par se vider.

La différence avec l’impermanent loss est capitale pour un fournisseur. L’IL se referme si le prix revient à son point de départ ; la LVR, elle, est déjà réalisée, encaissée par les arbitragistes à chaque oscillation, et ne se rembourse jamais. C’est le même flux toxique que subissent les ordres passifs sur n’importe quel carnet. Pour qu’un pool le compense, il faut un volume d’échange considérable : couvrir une commission de 0,30 % face à ce type de volatilité suppose que le pool tourne à peu près à 10 % de ses actifs par jour. Peu de pools y parviennent durablement.

Les frais : votre seule rémunération, désormais partagée

Face à l’impermanent loss et à la LVR, vous ne disposez que d’une seule ligne positive : les frais de transaction. Sur Uniswap, ils se déclinent en paliers, 0,05 %, 0,30 % et 1,00 %, auxquels V4 ajoute des frais dynamiques. La règle est simple : plus une paire est volatile et exposée au flux toxique, plus le palier doit être élevé pour espérer compenser la courbe. Un pool de stablecoins à 0,01 % ne survit que par le volume ; une paire long-tail à 1 % mise sur la rareté de la liquidité.

Depuis fin 2025, un troisième prélèvement s’est invité dans ce calcul. La gouvernance d’Uniswap a activé le fee switch prévu par la proposition UNIfication (source : Uniswap Labs) : le protocole conserve désormais une part des frais, de l’ordre d’un sixième (environ 17 %) sur les pools à 0,30 % et jusqu’à près d’un quart sur les paliers les plus bas. Sur les pools V2, la commission de 0,30 % revient dans les faits à 0,25 % pour le fournisseur et 0,05 % reversés au protocole puis brûlés en UNI. Le dispositif a d’abord été déployé sur Ethereum fin décembre 2025, puis sur les L2 comme Arbitrum et Base début 2026 (source : Blockworks).

Le problème, pour le fournisseur, est que ce prélèvement s’ajoute à une rémunération déjà étroite. Matt Fiebach, analyste chez Blockworks, le formule sans ménagement (source : AMBCrypto) : « Liquidity providers’ main incentive to take on impermanent loss risk is the return on investment from trading fees, and these returns are already minimal. » Avec un jeton UNI autour de 6,60 EUR fin octobre 2026 (source : CoinGecko), le marché n’a d’ailleurs guère célébré ce transfert de valeur des fournisseurs vers les détenteurs du jeton.

Liquidité concentrée : plus de capital, plus de surveillance

Uniswap V3, lancé en mai 2021, a bouleversé le métier de fournisseur en introduisant la liquidité concentrée (source : Uniswap Labs). Au lieu d’étaler votre capital sur toute la courbe, de zéro à l’infini, vous choisissez une fourchette de prix dans laquelle il travaille. Dans cette bande, votre efficacité du capital grimpe, jusqu’à 4 000 fois celle d’un pool V2 pour une fourchette serrée, et vos frais par euro déposé augmentent d’autant. Votre position devient un NFT unique, défini par ses bornes, et non plus une simple part fongible du pool.

Le revers est brutal. Dès que le prix sort de votre fourchette, deux choses se produisent en même temps : vous vous retrouvez intégralement dans l’actif qui a le moins bien performé, et vous cessez de toucher le moindre frais, puisque votre liquidité n’est plus active. Plus la fourchette est étroite, plus les frais sont denses tant que le prix reste dedans, mais plus l’impermanent loss et le risque de sortie sont violents. S’ajoute la liquidité juste-à-temps (JIT) : des acteurs sophistiqués déposent une liquidité massive le temps d’un seul bloc autour d’une grosse transaction, raflent la commission, puis se retirent, laissant aux fournisseurs passifs le résidu toxique du flux.

Les chiffres confirment la difficulté. L’étude Topaze Blue et Bancor, qui a analysé plus de 17 000 portefeuilles sur dix-sept pools V3 représentant 43 % de la valeur verrouillée, a conclu que 49,5 % des fournisseurs affichaient un rendement négatif une fois l’impermanent loss déduite ; sur la période étudiée, ces pools ont généré environ 199 millions de dollars de frais pour plus de 260 millions de dollars d’impermanent loss, et dans l’un d’eux la proportion de perdants atteignait 74 % (source : Crypto Briefing). La liquidité concentrée a relevé le plafond de rendement, mais elle a surtout relevé le niveau de compétence exigé.

Passif ou actif : gérer soi-même ou déléguer à un vault

La liquidité concentrée impose un choix que la V2 n’exigeait pas : gérer activement ou déléguer. Gérer soi-même, c’est surveiller le prix, rééquilibrer sa fourchette quand il dérive, et payer le gaz à chaque ajustement. Peu de particuliers le font bien et régulièrement ; les meilleurs résultats de l’étude citée plus haut venaient presque exclusivement d’acteurs professionnels et de fournisseurs JIT.

D’où l’essor des vaults de gestion automatisée de liquidité, ou ALM. Des protocoles comme Gamma (source : documentation Gamma), Arrakis (source : documentation Arrakis), Bunni ou Beefy prennent votre dépôt, choisissent et rééquilibrent les fourchettes à votre place, et prélèvent une commission de gestion. Ils restent non dépositaires : vos fonds ne quittent pas des contrats que vous pouvez inspecter. Pour un fournisseur qui veut une exposition sans tenir un poste de trading, c’est souvent le compromis le plus rationnel.

La V4 pousse cette logique plus loin avec les hooks, ces modules greffés sur un pool (source : Uniswap Labs). Trois d’entre eux changent la donne pour le fournisseur : les frais dynamiques, qui montent avec la volatilité ; l’am-AMM, un mécanisme d’enchère où un gestionnaire temporaire achète le droit de fixer les frais du pool et d’en capter le surplus, pensé pour réduire la LVR et optimiser la tarification en une seule opération (source : arXiv) ; et le redéploiement de la liquidité oisive vers des marchés de prêt comme Aave, qui fait travailler le capital même hors fourchette. Déléguer ajoute une couche de risque de contrat et une commission, mais achète une gestion de fourchette que la plupart des particuliers ne sauraient reproduire.

Choisir son pool : la matrice de décision

La décision la plus lourde de conséquences n’est pas le montant déposé, mais le pool choisi. Quatre grands archétypes couvrent l’essentiel du marché, chacun avec un profil de risque et de rendement radicalement différent.

Type de poolExempleCourbeRisque IL / LVRPotentiel de fraisGestion
Stablecoin contre stablecoinUSDC-USDTStableSwapTrès faibleFaible, dépend du volumePassive
Actifs corréléswstETH-ETHStableSwap ou concentréeFaible, sauf rupture d’ancrageModéréSemi-active
Blue-chip volatilETH-USDCConcentréeÉlevéÉlevéActive
Long-tail ou memecoinjeton récent contre ETHConstant-product largeExtrêmeTrès élevé mais éphémèreSpéculative

La lecture est directe : plus vous descendez dans le tableau, plus les frais potentiels grimpent, mais plus la courbe vous expose. Un pool stable-stable ne bougera presque jamais contre vous, au prix d’un rendement mince ; une paire long-tail peut rapporter spectaculairement quelques jours, puis vous laisser avec un jeton sans acheteur. Entre les deux, les paires corrélées et blue-chip forment le terrain de jeu réaliste de la plupart des fournisseurs.

Un second axe se superpose à la paire : le jeton du pool sert-il aussi d’oracle de prix on-chain ? Un pool peu profond dont le prix spot alimente un marché de prêt est une cible de manipulation, et vous héritez alors d’un risque qui n’a rien à voir avec la volatilité ordinaire. C’est précisément la dérive décrite ailleurs, lorsque la courbe cesse d’être un lieu d’échange pour devenir une source de vérité exploitable. Vérifiez donc non seulement la paire, mais l’usage que le reste de la DeFi fait du prix de votre pool.

Stablecoins et actifs corrélés : la courbe qui vous protège

Pour deux actifs censés valoir la même chose, un dollar contre un dollar ou de l’ETH liquide contre de l’ETH, la courbe constant-product gaspille du capital : elle facture une pente de prix là où il n’y a presque aucune divergence à arbitrer. La StableSwap de Curve, décrite par Michael Egorov en 2019, règle le problème en mélangeant une somme constante près de l’ancrage, donc une courbe quasi plate et un dérapage minime, avec un produit constant dans les extrêmes (source : whitepaper StableSwap). Egorov lui-même a qualifié sa formule d’« Uniswap avec effet de levier ».

Le paramètre clé est le coefficient d’amplification A, et il faut le lire comme un cadran de risque, pas de performance. Un A élevé aplatit la courbe : moins de dérapage, moins d’impermanent loss tant que l’ancrage tient. Mais si l’ancrage casse, la même platitude vide le pool d’un seul côté, et vous vous retrouvez à détenir presque uniquement l’actif qui a décroché. Une paire comme wstETH-ETH se comporte paisiblement la quasi-totalité du temps, puis concentre tout son risque sur l’événement rare de la rupture. Vous échangez une perte quotidienne faible contre un risque de queue concentré.

Ces pools jouent souvent un double rôle. Le crvUSD de Curve utilise un moteur AMM, LLAMMA, comme mécanisme de liquidation douce : à mesure que le collatéral baisse, il est vendu bande par bande en crvUSD plutôt que liquidé d’un coup (source : documentation Curve). Côté jeton, le CRV se négociait autour de 0,36 dollar fin octobre 2026, pour une capitalisation d’environ 562 millions de dollars (source : CoinGecko). Dernier point utile en zone euro : les pools libellés en euros restent nettement moins profonds que leurs équivalents en dollars, ce qui renchérit le dérapage et amincit les frais pour un fournisseur français.

Frais contre émissions : le piège de la liquidité mercenaire

Le rendement affiché d’un pool mélange presque toujours deux choses très différentes, et les séparer est l’un des réflexes les plus rentables du métier. D’un côté, les frais : de l’argent réel versé par les traders qui utilisent votre liquidité. De l’autre, les émissions : des jetons que le protocole imprime pour louer votre capital. Les premiers sont un revenu durable ; les secondes, une subvention qui peut s’arrêter du jour au lendemain.

Le modèle ve(3,3) a industrialisé cette location. Sur Aerodrome, premier DEX de la chaîne Base, les détenteurs d’AERO verrouillé votent pour diriger les émissions vers tel ou tel pool, qui affiche alors un rendement spectaculaire (source : Crypto Briefing). Le problème est connu : la liquidité mercenaire suit les émissions les plus généreuses et déserte dès qu’elles se tarissent, faisant chuter à la fois le jeton distribué et le rendement affiché. Le seul rendement sur lequel bâtir une position durable reste celui des frais.

Le secteur se consolide d’ailleurs autour de ces mécanismes : Aerodrome et son équivalent Velodrome, né sur Optimism, devaient fusionner en un protocole unifié baptisé Aero le 21 octobre 2026, sur plusieurs chaînes. Pour un fournisseur, le signal est double. D’abord, traiter toute émission comme temporaire et calculer son rendement hors subvention avant de déposer. Ensuite, garder en tête l’état du marché : les DEX ont représenté jusqu’à 24 % du volume spot des plateformes centralisées en juillet 2026, avant de retomber autour de 20 % en septembre (source : The Block), tandis que la V4 d’Uniswap concentre désormais près de la moitié du volume du protocole, plus de 44 milliards de dollars sur trente jours (source : TokenPost). La liquidité se déplace vite ; votre capital doit savoir pourquoi il reste.

Le coût d’opportunité : battre le sans-risque et le carry

Quel que soit le rendement d’un pool, la bonne référence n’est jamais zéro. Votre capital a des alternatives, et un fournisseur discipliné les compare systématiquement avant de déposer. Trois étalons s’imposent en 2026.

Le premier est le taux sans risque. Les bons du Trésor américain, dont le rendement dépend directement de la Réserve fédérale, fixent le plancher de tout arbitrage : la décision de la réunion du FOMC du 28 octobre compte donc autant pour un fournisseur de liquidité que pour un trader de taux. Le deuxième est le staking d’ETH, de l’ordre de 3 % par an, qui rémunère un capital sans l’exposer à l’impermanent loss. Le troisième est le carry neutre au marché, comme la base des futures bitcoin, qui capte un écart de prix sans pari directionnel.

La conséquence est sévère. Si les bons du Trésor paient autour de 4 % sans risque et que votre pool ETH-USDC ne dégage que 6 % une fois l’impermanent loss, la LVR et la part du protocole déduites, la prime pour tout ce risque supplémentaire devient dérisoire. Beaucoup de stratégies vendues comme du « rendement » en 2026 ne sont, net de tout, que le taux sans risque assorti d’un risque de queue non rémunéré. La bonne méthode tient en trois gestes : calculer le rendement net de tout, le comparer à ces trois étalons, puis dimensionner la position en conséquence.

La matrice des risques du fournisseur de liquidité

Au-delà de l’impermanent loss et de la LVR, une position de liquidité embarque une pile de risques qui n’ont rien à voir avec la courbe. Les passer en revue avant de déposer évite les mauvaises surprises.

RisqueExemple concretAtténuation
Contrat intelligentFaille dans le pool ou le vaultPrivilégier le code audité, éprouvé, à forte liquidité
Hook malveillant (V4)Un hook qui intercepte ou bloque les retraitsN’utiliser que des hooks audités ou whitelistés
Rupture d’ancrageStablecoin ou LST qui décrochePlafonner l’exposition, surveiller les réserves
Impermanent loss / LVRDivergence de prix de la paireChoisir la courbe adaptée, exiger des frais suffisants
Pont cross-chainActif bridgé dépendant d’un pontPréférer l’actif natif à sa version enveloppée
Clés et conservationPortefeuille compromisSécuriser les clés, vérifier le matériel
RéglementaireStatut du front-end, fiscalitéSuivre l’évolution de MiCA et de l’AMF

Deux lignes méritent une insistance particulière. Le risque de hook est le prix de la programmabilité de la V4 : la même mécanique qui autorise des frais dynamiques permet aussi d’enfouir une logique hostile dans un pool d’apparence banale ; ne déposez que dans des hooks dont le code a été audité. Le risque de clés est plus terre-à-terre mais tout aussi fatal : votre position de liquidité, matérialisée par un NFT, ne vaut que ce que valent les clés qui la détiennent, et même un portefeuille matériel n’est pas automatiquement sûr, comme l’a rappelé l’affaire de l’implant caché dans des Ledger. Aucun rendement de fournisseur ne compense la perte totale du capital sous-jacent.

Fiscalité et cadre réglementaire en France

Du côté réglementaire, MiCA encadre les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) et les émetteurs, pas la formule mathématique d’un AMM. Le considérant 22 du règlement exclut les services fournis de manière « pleinement décentralisée sans intermédiaire », mais sans définir ce terme : un AMM doté d’une interface, d’une trésorerie et d’une DAO reste un cas contesté. En pratique, les contrats du protocole ne sont pas un CASP, mais le front-end par lequel vous accédez au pool peut l’être. En France, la période transitoire du régime PSAN s’est achevée le 1er juillet 2026, et l’AMF a prévenu que les prestataires non conformes devaient organiser une liquidation ordonnée (source : AMF). Aux États-Unis, le contexte diffère : la SEC a classé son enquête sur Uniswap sans suite en février 2025 (source : CoinDesk).

Côté fiscalité, la prudence s’impose, car le droit français n’a pas tranché proprement le cas des positions de liquidité. Pour un particulier, les plus-values de cession d’actifs numériques relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Mais fournir de la liquidité suppose d’échanger ses actifs contre un jeton de pool puis l’inverse, et d’encaisser des frais : autant d’opérations dont la qualification fiscale (cession imposable ou simple dépôt, revenu ou plus-value, activité occasionnelle ou habituelle) n’est pas gravée dans le marbre. La position sûre consiste à documenter chaque entrée, sortie et récompense, et à consulter un conseil avant d’industrialiser la pratique plutôt qu’après un contrôle.

Verdict : un métier, pas un rendement passif

Fournir de la liquidité en 2026, c’est exercer un métier de gestion du risque, pas encaisser un revenu passif. Toute la frontière du design, des frais dynamiques à l’am-AMM, en passant par les enchères par lots de CoW AMM et les hooks de la V4, existe précisément parce que la première génération d’AMM laissait trop de fournisseurs sous l’eau. L’enjeu de ces mécanismes est de refermer l’écart entre ce que la courbe coûte et ce que les frais rapportent, c’est-à-dire de rendre les fournisseurs à nouveau rentables.

Le fondateur d’Uniswap, Hayden Adams, balaie d’ailleurs l’idée que les AMM seraient structurellement condamnés : selon lui, « AMMs are only just getting started » (source : CryptoPotato). L’outillage s’améliore, c’est vrai. Mais le fournisseur individuel, lui, doit toujours battre son étalon : s’il ne peut ni surveiller sa position ni dépasser le taux sans risque net d’impermanent loss et de LVR, un vault géré ou le simple fait de conserver ses jetons reste la réponse honnête. Le playbook tient en quatre gestes : connaître la position que vous prenez, tarifer le risque, choisir la courbe adaptée, et la comparer sans complaisance à ses alternatives.

Foire aux questions

Peut-on perdre de l’argent en fournissant de la liquidité sur un AMM ?

Oui. Entre l’impermanent loss, la LVR et la part désormais prélevée par le protocole, les frais encaissés ne couvrent pas toujours le coût de la courbe ; l’étude Topaze Blue et Bancor a montré que près de la moitié des fournisseurs d’Uniswap V3 auraient fait mieux en conservant simplement leurs jetons.

Quelle est la différence entre impermanent loss et LVR ?

L’impermanent loss est l’écart, à un instant donné, entre votre position dans le pool et un portefeuille simplement conservé ; elle se referme si le prix revient à son point de départ. La LVR mesure en continu la valeur captée par les arbitragistes à chaque rééquilibrage ; elle est déjà réalisée et ne se rembourse jamais, ce qui en fait l’indicateur le plus honnête pour un pool actif.

Vaut-il mieux fournir de la liquidité sur des stablecoins ou sur une paire volatile ?

Les pools de stablecoins ou d’actifs corrélés minimisent l’impermanent loss grâce à la courbe StableSwap, mais rapportent peu et portent un risque de rupture d’ancrage. Les paires volatiles paient davantage de frais, au prix d’une impermanent loss et d’une LVR bien plus élevées. Le choix dépend de votre tolérance au risque et de votre capacité à battre le taux sans risque.

Qu’est-ce qu’un vault de gestion de liquidité comme Gamma ou Arrakis ?

C’est un contrat non dépositaire qui prend votre dépôt, choisit et rééquilibre automatiquement les fourchettes de liquidité concentrée à votre place, en échange d’une commission de gestion. Il offre une exposition proche de la gestion active sans exiger que vous surveilliez le marché en permanence, mais il ajoute son propre risque de contrat.

Comment sont imposés les revenus de fournisseur de liquidité en France ?

Pour un particulier, les plus-values de cession d’actifs numériques relèvent en principe du prélèvement forfaitaire unique de 30 %, mais la qualification des entrées, sorties et frais d’un pool reste incertaine en droit français. Mieux vaut documenter chaque opération et consulter un conseil fiscal, le protocole n’étant pas lui-même un CASP mais l’interface pouvant l’être.

Par Camille Roux, rédactrice en chef adjointe chez HOGE Wire, spécialiste des marchés DeFi et on-chain.

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