ETF Bitcoin : combien rapporte vraiment l’IBIT à BlackRock ?
Les flux d'ETF battent des records, mais le vrai enjeu est ailleurs : ce que gagne BlackRock sur l'IBIT. Décryptage d'un revenu de frais qui est un pari à effet de levier sur le prix du Bitcoin.
Depuis trois semaines, les ETF Bitcoin américains encaissent de l’argent à un rythme que 2026 n’avait pas encore vu : près de 3,8 milliards de dollars de collecte nette sur la période, la plus forte série de l’année, selon FinanceFeeds. Une seule journée, celle du 3 septembre, a apporté environ 731 millions de dollars, la meilleure depuis la mi-janvier, dont 454 millions pour le seul iShares Bitcoin Trust (IBIT). Presque toute la presse crypto a titré sur ce chiffre. Il ne raconte pourtant que la moitié de l’histoire.
Un flux mesure ce qui entre et ce qui sort. Il ne dit rien de ce que gagne la maison qui tient le guichet. Or c’est précisément là que se joue l’économie réelle de ces produits : sur les frais de gestion, un pourcentage fixe prélevé chaque année sur les encours. BlackRock, gestionnaire du plus gros ETF Bitcoin au monde, ne touche pas un centime de plus lorsqu’un milliard de dollars entre un mardi pour ressortir un jeudi. Ce qu’il encaisse dépend d’une seule chose : la taille de ses encours, et donc, à flux constant, du prix du Bitcoin.
Cette mécanique, un frais fixe assis sur une base mouvante, transforme le revenu de l’IBIT en pari à effet de levier sur le cours. À l’automne 2025, elle a hissé un fonds de moins de deux ans au-dessus du produit phare actions de BlackRock. Depuis, le repli du Bitcoin l’a fait reculer, malgré des flux records. Suivre cet argent, plutôt que les seuls flux, éclaire bien mieux qui gagne, qui survit, et ce qu’un épargnant français peut réellement acheter.
Les flux records de septembre, et ce qu’ils passent sous silence
Les chiffres de rentrée sont spectaculaires. Sur la semaine arrêtée au 4 septembre, les ETF Bitcoin au comptant ont attiré environ 987 millions de dollars, dont près de 691 millions pour le seul IBIT, soit à peu près 70 % du total, toujours d’après FinanceFeeds. La veille, le 3 septembre, la collecte quotidienne avait atteint 731 millions, dont 454 millions pour BlackRock. Cumulée, la série de trois semaines dépasse 3,8 milliards de dollars, du jamais-vu en 2026, et le mois d’août avait déjà été le plus fort depuis octobre 2025 pour le fonds.
Côté Ethereum, le tableau est plus terne : après un été porteur, la collecte hebdomadaire des ETF ETH est retombée en nette baisse à la rentrée, et certaines séances ont vu le Bitcoin encaisser pendant que l’Ether décaissait. Cette divergence rappelle que le mot ETF crypto recouvre des dynamiques bien distinctes.
Mais revenons à l’essentiel. Un flux net, aussi impressionnant soit-il, est une mesure de demande instantanée. Il ne se transforme pas mécaniquement en revenu pour l’émetteur, et il ne dit rien de la rentabilité du produit. Pour comprendre qui gagne vraiment dans l’industrie des ETF, il faut cesser de regarder le robinet et regarder la facture. Les baleines qui déplacent le marché le savent bien, et elles savent aussi qu’on les observe, comme nous l’avons décrit à propos de la réflexivité des mouvements de baleines.
Un frais fixe sur une base mouvante
La règle est d’une simplicité désarmante. L’IBIT prélève 0,25 % par an sur ses encours. Son revenu annuel de frais est donc, à la louche, 0,25 % multiplié par les actifs sous gestion. Or ces actifs bougent pour deux raisons : les flux nets (créations moins rachats de parts) et, surtout, le prix du Bitcoin détenu. Sur une année entière, c’est le prix qui domine, et de très loin.
L’exemple limite est parlant. Un milliard de dollars qui entre le mardi et ressort le jeudi laisse la base de frais quasi inchangée : aucun revenu supplémentaire durable. À l’inverse, une hausse de 10 % du Bitcoin, sans le moindre flux, gonfle instantanément les encours de 10 %, et donc le revenu de frais d’autant. Le chiffre que tout le monde commente, le flux, est en grande partie du bruit pour l’émetteur; le chiffre qui compte vraiment pour lui, le prix, fait rarement les gros titres.
Au 8 septembre, l’IBIT pesait environ 61,5 milliards de dollars d’encours pour 785 635 bitcoins détenus, d’après le suivi de Bitbo, soit près de 62 % des quelque 99,5 milliards de dollars (environ 85 milliards d’euros) et 1,27 million de bitcoins que totalise la catégorie. À 0,25 %, cela représente de l’ordre de 154 millions de dollars de frais bruts par an : un calcul de coin de table, mais robuste. Le Bitcoin s’échangeait alors autour de 67 300 euros, en repli de moins de 1 % sur la journée, selon CoinGecko.
Cette dépendance au prix n’est pas un détail comptable : elle relie directement le compte de résultat de BlackRock à l’offre codée du Bitcoin et à la demande qui s’y confronte, un rapport de force que nous avons décortiqué à travers les données on-chain des portefeuilles, dans notre analyse de ce que les portefeuilles disent du cycle.
Comment l’IBIT a dépassé le fleuron actions de BlackRock
Le meilleur révélateur de cette mécanique est une comparaison devenue célèbre à Wall Street. Début juillet 2025, l’IBIT a dépassé l’iShares Core S&P 500 ETF (IVV) sur le seul critère du revenu de frais : environ 187,2 millions de dollars par an pour l’IBIT contre 187,1 millions pour l’IVV, comme l’avait relevé etf.com.
Le vertige tient à la disproportion des tailles. L’IVV, l’un des plus gros fonds indiciels de la planète, gérait alors autour de 624 milliards de dollars; l’IBIT, à peine 75 milliards. Un fonds huit fois plus petit rapportait davantage à son gérant, pour une raison unique : il facture 0,25 % quand l’IVV facture 0,03 %, soit plus de huit fois plus cher. Le Bitcoin, même empaqueté dans un ETF coté, conserve une prime de frais que les actions américaines ont perdue depuis longtemps dans une guerre des prix féroce.
L’analyste Nate Geraci, président de The ETF Store, résumait la trajectoire par une formule frappante à propos du seuil des 100 milliards de dollars d’encours : le plus grand ETF au monde avait mis plus de 2 000 jours pour l’atteindre, quand l’IBIT s’apprêtait à le faire en moins de 450, «de loin le plus rapide de l’histoire», rapportait Yahoo Finance.
Le pic d’octobre 2025, puis la marche arrière
Cette prime de frais a atteint son apogée à l’automne 2025. Le 7 octobre, alors que le Bitcoin frôlait son record, l’IBIT affichait environ 97,8 milliards de dollars d’encours, soit un revenu de frais annualisé d’à peu près 244,5 millions de dollars, toujours selon Yahoo Finance. Jamais un ETF n’avait engendré autant, aussi vite.
Puis le vent a tourné. Le Bitcoin est retombé nettement sous son sommet, et les encours de l’IBIT ont suivi : environ 61,5 milliards de dollars début septembre 2026, soit un recul de l’ordre d’un tiers (près de 37 %) par rapport au pic. Le revenu de frais s’est donc dégonflé dans la même proportion, autour de 154 millions de dollars annualisés. Les flux records de septembre n’y ont rien changé : ils ajoutent quelques centaines de millions d’encours quand la baisse du prix en a effacé des dizaines de milliards.
Pendant ce temps, l’IVV a profité de la hausse des actions américaines pour gonfler jusqu’à environ 874 milliards de dollars d’encours, d’après iShares. À 0,03 %, cela représente à peu près 262 millions de dollars de frais annuels : l’IVV a repris sa couronne. Entre le croisement de juillet 2025 et aujourd’hui, l’écart de taille est même passé d’environ huit à quatorze fois, à mesure que l’IVV grandissait et que l’IBIT rétrécissait. La leçon est limpide. Le revenu de l’IBIT n’est pas une rente stable adossée à des flux; c’est une position longue à effet de levier sur le prix du Bitcoin, déguisée en ligne de frais.
Trois fonds, trois trajectoires de revenus
Le tableau ci-dessous met côte à côte trois produits qui racontent, à eux seuls, toute l’économie des ETF. Les revenus de frais sont des estimations (frais annuels multipliés par les encours récents), arrondies, à partir des encours publiés par Bitbo et iShares.
| Fonds | Frais annuels | Encours (approx.) | Revenu de frais estimé | Lecture |
|---|---|---|---|---|
| IBIT (BlackRock) | 0,25 % | ~61,5 Md$ | ~154 M$ | pari à effet de levier sur le prix du BTC |
| IVV (iShares S&P 500) | 0,03 % | ~874 Md$ | ~262 M$ | base 14 fois plus grosse, frais 8 fois plus bas |
| GBTC (Grayscale) | 1,50 % | ~10,2 Md$ | ~153 M$ | encours 6 fois moindre, revenu quasi égal à l’IBIT |
Deux enseignements sautent aux yeux. D’abord, l’IVV a beau écraser les deux autres en taille, sa marge de frais minuscule le maintient au coude à coude en revenu. Ensuite, et c’est plus surprenant, le GBTC de Grayscale rapporte presque autant que l’IBIT avec six fois moins d’actifs. Comment ?
GBTC, le glaçon qui fond mais qui imprime
Le Grayscale Bitcoin Trust est un cas d’école. Converti en ETF en janvier 2024 après des années passées en fonds fermé, il a conservé des frais hérités de 1,50 % par an, soit six à dix fois ceux de ses concurrents. Résultat : depuis sa conversion, il perd des encours au profit de produits moins chers. Et pourtant, sur les quelque 10,2 milliards de dollars qu’il gère encore, d’après Bitbo, 1,50 % représente environ 153 millions de dollars par an, presque autant que l’IBIT sur six fois moins de bitcoins.
Grayscale exploite ce que l’on pourrait appeler la stratégie du glaçon qui fond : laisser le fonds historique se vider lentement tout en le trayant à plein tarif, parce qu’une partie des détenteurs restent bloqués par la fiscalité de leurs plus-values ou par pure inertie, pendant qu’un second produit maison, le Grayscale Bitcoin Mini Trust (ticker BTC), capte l’argent frais à 0,15 %. Le site spécialisé crypto.news le formule crûment : sur dix ans et pour 100 000 dollars investis à prix constant, rester dans le GBTC coûte environ 14 093 dollars de frais, contre 2 472 pour l’IBIT, un écart de 11 621 dollars, le prix d’une voiture d’occasion payé pour le seul privilège de ne rien faire.
Cette discipline du suivi des flux de trésorerie, savoir qui encaisse réellement derrière un produit présenté comme neutre, vaut d’ailleurs bien au-delà des ETF : c’est le même réflexe que nous appliquons quand nous auditons le cash-flow des protocoles DeFi pour distinguer un vrai rendement d’une subvention déguisée.
La guerre des frais américaine, et pourquoi l’IBIT gagne quand même
Aux États-Unis, la bataille des frais a été brutale. Voici l’échelle actuelle des principaux ETF Bitcoin au comptant, d’après crypto.news et le suivi d’encours de Bitbo au 8 septembre 2026.
| Fonds | Émetteur | Frais annuels | Encours (8 sept.) |
|---|---|---|---|
| BTC (Grayscale Mini) | Grayscale | 0,15 % | ~4,9 Md$ |
| BITB | Bitwise | 0,20 % | ~3,0 Md$ |
| ARKB | Ark / 21Shares | 0,21 % | ~2,8 Md$ |
| IBIT | BlackRock | 0,25 % | ~61,5 Md$ |
| FBTC | Fidelity | 0,25 % | ~13,8 Md$ |
| GBTC | Grayscale | 1,50 % | ~10,2 Md$ |
Le paradoxe est éclatant : l’IBIT domine sans être le moins cher. Le Grayscale Mini, le BITB et l’ARKB affichent tous des frais inférieurs, et pourtant l’IBIT concentre l’essentiel des encours. La raison n’est pas le prix, c’est la distribution : la marque BlackRock, un marché d’options profond adossé au fonds, une place de choix dans les portefeuilles modèles des conseillers, et l’avantage du premier arrivé à grande échelle. Dans l’univers des ETF, les frais sont un argument marketing; la liquidité et le réseau de distribution sont le vrai fossé défensif.
Cette liquidité attire aussi les acteurs qui ne parient pas sur le prix mais sur des écarts, arbitragistes et opérateurs de base entre comptant et contrats à terme, dont nous avons montré qu’ils passent désormais sous le rendement des bons du Trésor, dans notre décryptage du carry Bitcoin.
Pourquoi un investisseur français ne peut pas acheter l’IBIT
Tout ce qui précède décrit des produits américains, cotés à New York, réservés en pratique aux investisseurs américains. Un particulier français ne peut pas acheter l’IBIT sur son compte-titres ordinaire, et encore moins dans un PEA. Deux obstacles réglementaires se cumulent.
Premier obstacle : la protection du consommateur européen. Pour être distribué à un particulier dans l’Union, un produit doit fournir un document d’informations clés (DIC), le fameux KID prévu par le règlement PRIIPs. Les ETF américains n’en produisent pas dans le format européen, ce qui suffit à interdire leur commercialisation active auprès du grand public. Second obstacle : la directive OPCVM (UCITS) impose une diversification qui exclut les fonds mono-actif; un ETF adossé au seul Bitcoin ne peut donc pas prendre la forme d’un OPCVM, le format le plus courant des ETF grand public en Europe.
Côté français, le cadre a par ailleurs basculé dans MiCA. Le régime transitoire des prestataires de services sur actifs numériques (PSAN), hérité de la loi PACTE, a pris fin le 1er juillet 2026; l’AMF avait renouvelé le 5 février 2026 son avertissement invitant les acteurs non conformes à organiser une sortie ordonnée, sous peine de sanctions pénales pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende au titre des articles L.54-10-4 et L.572-23 du Code monétaire et financier, comme le précise l’AMF. À noter enfin que les dérivés crypto (contrats à terme, perpétuels) relèvent, eux, de la directive MiFID II et non de MiCA.
L’Europe a son propre IBIT, et son propre GBTC
L’investisseur européen n’est pas démuni pour autant. À défaut d’ETF au sens strict, il dispose d’une gamme d’ETP (Exchange Traded Products) et d’ETN adossés physiquement au Bitcoin, cotés sur Euronext, Xetra ou la Bourse suisse SIX, achetables via un courtier classique. Et, détail savoureux, l’Europe reproduit à sa manière le grand écart américain entre l’IBIT bon marché et le GBTC hors de prix.
À l’extrémité basse de l’échelle, CoinShares a ramené le 23 février 2026 les frais de son CoinShares Physical Bitcoin (ticker BITC), présenté comme le plus gros ETP Bitcoin adossé physiquement d’Europe, à 0,15 %. Son directeur général Jean-Marie Mognetti justifiait la baisse en affirmant qu’«un prix accessible doit être structurel, et non promotionnel», selon le communiqué du groupe. Le 21Shares Bitcoin Core (CBTC) fait mieux encore, avec une remise temporaire à 0,10 % engagée depuis le 1er octobre 2025, d’après 21Shares.
À l’autre extrémité, le Bitwise Physical Bitcoin (BTCE, ex-ETC Group) facture toujours 2,00 % par an, d’après les données de justETF : c’est le GBTC européen, un produit historique et liquide qui monétise l’inertie de ses porteurs. Autrement dit, un épargnant français peut aujourd’hui s’exposer au Bitcoin moins cher (0,10 à 0,15 %) que ne le ferait l’IBIT (0,25 %), pourtant inaccessible, ou treize fois plus cher s’il choisit mal son produit.
| Produit | Ticker | Frais annuels | Particularité |
|---|---|---|---|
| CoinShares Physical Bitcoin | BITC | 0,15 % | plus gros ETP physique d’Europe, baisse du 23 févr. 2026 |
| 21Shares Bitcoin Core | CBTC | 0,10 % | remise temporaire (12 mois) depuis oct. 2025 |
| Bitwise Physical Bitcoin | BTCE | 2,00 % | ex-ETC Group, le «GBTC» européen |
La concentration, l’autre visage de l’économie des ETF
Revenons un instant aux États-Unis, car la structure du marché éclaire sa rentabilité. Avec environ 62 % des encours de la catégorie, l’IBIT détient à lui seul plus de bitcoins (785 635) que les cinq autres grands fonds réunis (environ 443 000). Cette concentration n’est pas un accident : dans la gestion indicielle, la liquidité appelle la liquidité et la distribution appelle la distribution. Le gagnant rafle la mise, et la longue traîne s’étiole.
Pour les nouveaux entrants, la seule arme est le prix. D’où les remises agressives observées des deux côtés de l’Atlantique : frais réduits, exonérations temporaires, parfois même gratuité sur les premiers milliards d’encours. La logique est celle d’un pari : acheter de l’encours à perte aujourd’hui en espérant atteindre demain la taille critique qui rend le fonds rentable.
Car un ETF a un seuil de rentabilité. Il doit couvrir la conservation des actifs (l’IBIT confie ses bitcoins à Coinbase Custody), la licence de l’indice de référence (le CME CF Bitcoin Reference Rate), le marketing, la cotation et l’administration. En dessous d’un certain niveau d’encours, ces coûts fixes ne sont pas couverts, et le fonds perd de l’argent à chaque journée d’existence.
Le grand nettoyage, quand un fonds ne survit pas
Ce qui devait arriver arrive. Le millésime 2026 restera celui du premier grand nettoyage de l’industrie des produits crypto cotés. En mars, Direxion a annoncé la fermeture de dix ETF, effective le 10 avril 2026, dont deux produits crypto à effet de levier : le LMBO (haussier) et le REKT (baissier), indiquait le communiqué de l’émetteur. Le plus cruel : le LMBO affichait une performance de plus de 34 %, mais a fermé quand même. Ce n’est pas la performance qui tue un fonds, ce sont les encours insuffisants.
Pour Eric Balchunas, analyste ETF chez Bloomberg, il s’agit d’une correction nécessaire, et non du signe que les investisseurs se détourneraient des stratégies à effet de levier, rapporte Crypto Briefing. Le message pour l’investisseur est contre-intuitif : ce frais de 0,15 % ou 0,25 % qui paraît anecdotique côté acheteur est une question de vie ou de mort côté émetteur. Un fonds trop petit, même performant, ferme; un fonds cher mais installé, comme le GBTC ou le BTCE, survit et engrange.
Et l’Ethereum ? Une économie de frais plus fragile
La même logique s’applique aux ETF Ethereum, mais sur une base bien plus étroite. Les encours cumulés des ETF ETH ne représentent qu’une fraction de ceux du Bitcoin, si bien que le revenu de frais qu’ils dégagent pour leurs émetteurs est structurellement plus mince. La collecte y est aussi plus capricieuse : après un été porteur, les flux hebdomadaires sont retombés en nette baisse à la rentrée, et certaines séances ont vu les ETF Bitcoin encaisser pendant que les ETF Ether décaissaient.
L’Ether ajoute toutefois une dimension absente du Bitcoin : le staking. Certains produits reversent une partie des récompenses de validation à leurs porteurs, ce qui superpose une logique de rendement à la simple exposition au prix, et modifie le partage de la valeur entre l’émetteur et l’investisseur. Les grandes détentrices d’ETH, entre trésoreries d’entreprise et acteurs du staking, ne jouent d’ailleurs pas tout à fait la même partie que celles du Bitcoin, comme nous l’avons analysé quand les baleines d’Ethereum jouent un autre jeu.
Le 16 septembre, la Fed tient une partie de la caisse de BlackRock
Puisque le revenu de l’IBIT est une fonction du prix du Bitcoin, et que le prix du Bitcoin est très sensible aux conditions de liquidité, la banque centrale américaine pèse sur le compte de résultat de BlackRock plus sûrement que n’importe quelle semaine de flux. Le prochain rendez-vous est imminent : le comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) se réunit les 15 et 16 septembre 2026, avec une décision attendue le 16.
L’issue est incertaine. Après le discours résolument ferme de Kevin Warsh à Jackson Hole fin août, les marchés donnaient une probabilité de hausse de taux d’environ 56 % via l’outil FedWatch du CME, quand les plateformes Kalshi et Polymarket tournaient autour de 48 à 49 %, rapportait CNBC. Avant l’intervention de Warsh, un statu quo semblait acquis à près de 70 %. Ce sera aussi le premier graphique en points (dot plot) publié sous la présidence Warsh, une première lecture des intentions du nouveau comité.
D’où une tension révélatrice : les flux ont afflué (près de 3,8 milliards de dollars en trois semaines) alors même qu’une hausse de taux, hostile aux actifs risqués, n’a jamais été aussi probable. Certains y voient la preuve d’une demande structurelle qui absorbe le bruit macro. Peut-être. Mais si la Fed durcit le ton le 16 et que le Bitcoin décroche, aucun record de collecte ne compensera, dans les comptes de BlackRock, la contraction de la base de frais.
Ce que cela change pour votre portefeuille
Que retenir, concrètement, quand on investit depuis la France ?
- Les frais comptent, surtout sur la durée. Entre un ETP à 0,15 % et un produit à 2,00 %, l’écart de coût sur dix ans se chiffre en milliers d’euros pour une exposition strictement identique. Vérifiez toujours le taux de frais annuel avant d’acheter.
- L’IBIT vous est fermé, mais son équivalent européen existe, souvent moins cher. Regardez du côté des ETP adossés physiquement (CoinShares, 21Shares, WisdomTree, Bitwise) cotés à Paris, Francfort ou Zurich, en lisant le document d’informations clés.
- Méfiez-vous des tout petits fonds : un encours modeste est un facteur de risque de fermeture, comme l’ont montré les liquidations de 2026. Un fonds établi et liquide protège mieux votre capital d’une sortie forcée.
- Le flux fait le titre, le prix fait la valeur. Pour votre décision, la collecte hebdomadaire est du bruit; le taux de frais, la structure (adossement physique, conservateur), l’encours et la fiscalité sont le signal.
Suivre l’argent, comme toujours, apprend davantage que suivre l’agitation. Le revenu de l’IBIT n’est ni magique ni garanti : c’est un pourcentage fixe sur un actif volatil, une position longue sur le Bitcoin travestie en ligne de frais. BlackRock l’a compris avant tout le monde; à l’investisseur d’en tirer les mêmes conclusions.
Foire aux questions
Combien BlackRock gagne-t-il avec son ETF Bitcoin IBIT ?
À la mi-septembre 2026, l’IBIT gérait environ 61,5 milliards de dollars d’encours. À un taux de frais de 0,25 % par an, cela représente de l’ordre de 154 millions de dollars de revenus de frais bruts annualisés, un calcul d’ordre de grandeur. Ce montant avait culminé autour de 244,5 millions de dollars en octobre 2025, quand les encours frôlaient 97,8 milliards, avant que la baisse du Bitcoin ne réduise la base de frais.
Un particulier français peut-il acheter l’ETF IBIT de BlackRock ?
Non, pas dans les conditions habituelles. Les ETF Bitcoin américains ne sont pas distribués aux particuliers de l’Union européenne : il leur manque le document d’informations clés (KID/PRIIPs) exigé en Europe, et la directive OPCVM interdit les fonds mono-actif. Un investisseur français passe donc par des ETP adossés physiquement au Bitcoin (CoinShares, 21Shares, WisdomTree, Bitwise) cotés à Paris, Francfort ou Zurich, ou par l’achat direct via une plateforme enregistrée sous MiCA.
Pourquoi l’IBIT domine-t-il alors qu’il n’est pas le moins cher ?
Parce que le prix n’est pas l’argument décisif dans l’univers des ETF. L’IBIT bénéficie de la marque BlackRock, d’un marché d’options très profond, d’une place de choix dans les portefeuilles modèles des conseillers financiers et de l’avantage du premier arrivé à grande échelle. Avec près de 62 % des encours de la catégorie, il détient à lui seul plus de bitcoins que les cinq autres grands fonds réunis, alors que le Grayscale Mini, le BITB ou l’ARKB affichent des frais inférieurs.
Quel est l’ETP Bitcoin le moins cher en Europe ?
À la rentrée 2026, le bas de l’échelle est occupé par le 21Shares Bitcoin Core (CBTC), avec une remise temporaire à 0,10 %, et par le CoinShares Physical Bitcoin (BITC), ramené à 0,15 % le 23 février 2026. À l’opposé, le Bitwise Physical Bitcoin (BTCE, ex-ETC Group) reste à 2,00 %. Un même sous-jacent, le Bitcoin, peut donc coûter treize fois plus cher selon le produit choisi.
La décision de la Fed du 16 septembre 2026 affecte-t-elle les ETF Bitcoin ?
Oui, de façon indirecte mais puissante. Une hausse ou un maintien des taux influence le prix du Bitcoin, qui détermine à son tour les encours des ETF et donc les revenus de leurs émetteurs. La réunion du 16 septembre est jugée très incertaine (environ une chance sur deux de hausse après le discours ferme de Kevin Warsh) et livrera le premier graphique en points de la nouvelle présidence de la Fed, ce qui en fait un rendez-vous à surveiller de près.
Par Camille Rousseau, responsable des marchés chez HOGE Wire.