Maths du halving : le bulletin de notes des prévisions
Le halving promettait un cycle de prix lisible et prévisible. Nous avons noté les grands prévisionnistes, de PlanB à Standard Chartered, face au marché de Bitcoin en septembre 2026.
En cette fin septembre 2026, Bitcoin s’échange autour de 75 600 euros (près de 86 300 dollars), au plus haut depuis huit mois, selon les données de CoinGecko. Le rebond atteint environ 45 % depuis le creux de juin, et pourtant le cours reste à près de 31 % sous le record de 126 080 dollars touché le 6 octobre 2025. Voilà le décor : un marché qui remonte, un record encore lointain, et une question qui revient à chaque cycle. Quelqu’un avait-il vu venir tout cela ?
L’idée de départ est simple, presque hypnotique. Tous les quatre ans environ, le protocole divise par deux la récompense versée aux mineurs. L’offre nouvelle se contracte, la rareté augmente, le prix devrait suivre. De cette mécanique est née toute une industrie de la prévision chiffrée : 100 000 dollars, 250 000 dollars, 500 000 dollars, un million. À chaque cycle, des analystes réputés, des fonds respectés et des personnalités suivies par des millions de comptes ont posé un nombre et une date sur la courbe.
Ce dossier fait une chose que peu de publications osent : il note ces prévisions. Pas les modèles dans l’abstrait, mais les prévisionnistes eux-mêmes, nom par nom, face au marché réel de 2026. Le résultat tient en une phrase : le code a tenu sa promesse, la plupart des prophètes non. Reste à comprendre pourquoi, et surtout à en tirer une méthode de lecture, car l’objectif n’est pas de ridiculiser les prévisions mais d’apprendre à les manier. C’est le prolongement naturel de notre guide sur la façon de lire les objectifs de prix sans tomber dans le piège.
Ce que le halving garantit vraiment (et ce qu’il ne dit pas du prix)
Commençons par ce qui n’est pas discutable. La règle d’émission de Bitcoin est inscrite dans le code, dans la fonction GetBlockSubsidy du client de référence Bitcoin Core. Tous les 210 000 blocs, soit environ quatre ans, la récompense par bloc est divisée par deux. Elle est passée de 50 BTC à l’origine à 3,125 BTC depuis avril 2024, et tombera à 1,5625 BTC au cinquième halving, attendu autour du 17 avril 2028 (bloc 1 050 000) d’après le compte à rebours de CoinGecko. Le plafond de 21 millions de bitcoins, lui, ne bouge pas.
| Halving | Date | Bloc | Récompense (BTC) | BTC par jour |
|---|---|---|---|---|
| Genèse | 2009 | 0 | 50 | ~7 200 |
| Premier | 28 nov. 2012 | 210 000 | 25 | ~3 600 |
| Deuxième | 9 juil. 2016 | 420 000 | 12,5 | ~1 800 |
| Troisième | 11 mai 2020 | 630 000 | 6,25 | ~900 |
| Quatrième | 20 avr. 2024 | 840 000 | 3,125 | ~450 |
| Cinquième (est.) | ~17 avr. 2028 | 1 050 000 | 1,5625 | ~225 |
Voilà ce que le code garantit : un calendrier d’offre d’une précision d’horloger. Ce qu’il ne garantit pas, c’est le prix. Aucune ligne du protocole ne dit combien un acheteur paiera un bitcoin ; elle dit seulement combien il en existera. La confusion entre les deux est la racine de presque toutes les prévisions ratées que nous allons noter.
Un chiffre résume l’affaire. Après le halving de 2024, l’inflation annuelle de l’offre est tombée sous 0,9 %, et elle passera autour de 0,4 % après 2028. L’analyste on-chain Willy Woo le formulait crûment début septembre : l’émission est devenue « de minimis », si faible que la gravité du cycle de quatre ans, jadis alimentée par des chocs d’offre massifs, serait désormais « trop faible » pour tenir le marché sur une orbite aussi régulière (CryptoTimes). Autrement dit, plus le halving devient spectaculaire sur le papier, moins il pèse dans la balance du prix. Retenez ce paradoxe : il condamne d’avance la moitié des prévisions du panel.
Comment noter une prévision honnêtement : la méthode
Noter une prévision suppose une règle du jeu claire, sinon on récrit l’histoire à volonté. Nous retenons trois critères, empruntés à la démarche scientifique la plus élémentaire. Une prévision digne de ce nom comporte un nombre (pas une fourchette si large qu’elle ne dit plus rien), une échéance (une date, pas un « un jour ») et une condition de réfutation (à partir de quand admet-on s’être trompé ?). Une prédiction dépourvue de ces trois éléments n’est pas fausse : elle n’est même pas testable, ce qui est pire.
Ce garde-fou n’est pas de nous. Vitalik Buterin, cofondateur d’Ethereum, résumait le danger dès 2022 : les modèles « qui donnent aux gens un faux sentiment de certitude et de prédestination sur le fait que le nombre va monter sont nuisibles et méritent toutes les moqueries qu’ils reçoivent » (The Block). La note que nous attribuons ne sanctionne donc pas le fait de s’être trompé, ce qui arrive à tout le monde, mais la manière : le refus de fixer une condition d’échec, la date qui recule indéfiniment, le nombre gonflé pour faire du bruit.
Dernière précision de méthode. Les objectifs cités ci-dessous ont été formulés en dollars ; nous les gardons en dollars, car les convertir en euros au taux du jour trahirait l’intention de leurs auteurs. Le prix actuel, lui, est donné en euros pour le lecteur francophone. Cette asymétrie est volontaire : on note une prévision dans la devise où elle a été prononcée.
PlanB et le stock-to-flow : la prévision à 500 000 dollars
Impossible de commencer ailleurs. Le modèle stock-to-flow (S2F), popularisé par l’analyste pseudonyme PlanB, est la prévision la plus célèbre et la plus commentée de l’histoire de Bitcoin. Il prétend déduire le prix du seul ratio de rareté (le stock existant divisé par le flux annuel d’émission), en laissant de côté la demande. Pour le cycle 2024-2028, PlanB a répété que son modèle pointait une moyenne d’environ 500 000 dollars, dans une fourchette allant de 250 000 dollars à un million (Yahoo Finance).
Le problème n’est pas que le nombre soit élevé, c’est que le modèle a déjà échoué à son propre test. PlanB s’était engagé en juin 2021 : il tiendrait le S2F pour invalidé si Bitcoin n’atteignait pas 100 000 dollars avant décembre. Le cours a clôturé 2021 sous les 50 000 dollars. Plutôt que d’acter l’invalidation promise, l’auteur a botté en touche (« Non, en fait j’aime bien être sur les bandes basses »), transformant a posteriori un modèle à point précis en vague « modèle à fourchettes » (Protos). C’est précisément le péché que notre méthode sanctionne : la condition de réfutation existait, elle a été franchie, elle a été reniée.
Sur le fond, le S2F commet une erreur de raisonnement que Buterin visait sans le nommer : il met la rareté des deux côtés de l’équation et confond une régularité passée avec une loi de la nature. Aucun terme de son modèle ne représente la demande, l’usage ou la liquidité, c’est-à-dire tout ce qui fait réellement bouger un prix. Un modèle qui ignore la demande pour un actif dont le prix est entièrement fixé par la demande ne pouvait pas rester juste très longtemps. Verdict : échec caractérisé, aggravé par le reniement de la promesse d’invalidation. Note : F.
Tim Draper : 250 000 dollars et une date qui recule sans fin
Si PlanB illustre le modèle qui refuse d’admettre sa défaite, le capital-risqueur Tim Draper illustre l’échéance qui recule à l’infini. Draper a annoncé pour la première fois un objectif de 250 000 dollars en 2018, avec une date : fin 2022. Le cap n’a pas été atteint. Il l’a repoussé à mi-2023. Nouveau raté. Le 30 juin 2023, il a fini par le reconnaître publiquement : « Quand Bitcoin était à 4 000 dollars, j’avais prédit qu’il atteindrait 250 000 dollars. Il n’a atteint que 30 000 dollars » (Cointelegraph). Puis il a déplacé la cible vers 2025, puis vers un horizon glissant de dix-huit mois.
Le record absolu de Bitcoin, à ce jour, reste 126 080 dollars. L’objectif de Draper n’a donc jamais été qu’à moitié chemin, et ce depuis huit ans. Le problème méthodologique saute aux yeux : une prévision dont la date se déplace à chaque échéance manquée n’est jamais fausse, puisqu’elle n’expire jamais. C’est l’exact contraire d’une prédiction testable. Draper a le mérite de la constance et une honnêteté rare dans l’aveu, mais sur nos trois critères, l’échéance mobile disqualifie l’exercice. Note : la sincérité sauve l’homme, pas la prévision.
Balaji Srinivasan : un million en 90 jours, le pari perdu
Au registre des prévisions spectaculaires, celle de Balaji Srinivasan, ancien directeur technique de Coinbase, restera un cas d’école. Le 17 mars 2023, alors que Bitcoin valait environ 26 000 dollars, il a parié publiquement que la monnaie atteindrait un million de dollars en 90 jours, misant sa propre fortune contre celle d’un contradicteur. Le raisonnement n’était pas vraiment un pronostic de marché : c’était un pari macroéconomique sur un effondrement imminent du dollar.
L’issue est connue. Le 2 mai 2023, bien avant l’échéance, Srinivasan a concédé le pari et l’a soldé par anticipation, versant 1,5 million de dollars de dons, dont 500 000 dollars au développement de Bitcoin Core (CoinDesk). Il a ensuite expliqué avoir voulu envoyer « un signal coûteux et démontrable » sur la fragilité du système financier. C’est peut-être vrai, mais un signal n’est pas une prévision. Pour qui aurait pris le nombre au pied de la lettre, la leçon est brutale : un chiffre extrême assorti d’une date courte est presque toujours un outil de communication, pas une estimation. Note : le pari le plus honnête de la liste, parce que le seul immédiatement soldé, et le plus spectaculairement faux.
Tom Lee : le bon chiffre, repoussé d’une année
Passons aux maisons plus sérieuses, celles qui ne parient pas leur fortune en public. Tom Lee, de Fundstrat, a longtemps porté un objectif de 200 000 à 250 000 dollars pour la fin 2025, en s’appuyant explicitement sur le halving et l’arrivée des institutions. Bitcoin a bien inscrit un record, mais à 126 080 dollars, et a terminé 2025 autour de 88 000 dollars. Lee a reconnu que Fundstrat avait été « trop optimiste » sur l’objectif de 200 000 dollars en décembre 2025, avant de ressortir le même chiffre pour la fin 2026 (Yahoo Finance).
Le cas Tom Lee illustre un troisième mode d’échec, plus subtil que les deux précédents : le report d’un an. Le nombre ne change pas, la thèse ne change pas, seule la date glisse d’exactement un cycle saisonnier. Lee lui-même admet désormais que son objectif suppose de « casser le cycle de quatre ans », ce qui est une manière élégante de dire que le halving, censé porter la prévision, n’a pas suffi. La direction pouvait être juste ; le calendrier, lui, a été systématiquement trop pressé. Note : erreur de rythme plus que de cap.
Standard Chartered : la maison la plus disciplinée s’est quand même trompée
Il serait injuste de ne noter que des prévisions ratées avec panache. Geoffrey Kendrick, responsable de la recherche sur les actifs numériques chez Standard Chartered, incarne le meilleur de l’exercice : un processus, des révisions assumées et un vrai coup au but. Après avoir visé 150 000 dollars, il a abaissé sa cible à 100 000 dollars pour la fin 2026, tout en maintenant un objectif de 200 000 dollars pour 2027 (Cointelegraph).
Surtout, Kendrick a appelé le creux. Le 12 juin 2026, après un plancher à 59 375 dollars touché le 5 juin, il déclarait : « L’hiver est terminé. Bienvenue au printemps de la crypto » (CoinDesk). Le rebond de 45 % qui a suivi lui a donné raison. En septembre 2026, il est allé jusqu’à écrire que, « pour la première fois cette année », son objectif de 100 000 dollars pour la fin d’année pourrait se révéler « trop bas ».
Faut-il pour autant décerner la mention très bien ? Pas tout à fait. La cible a été révisée à plusieurs reprises en un an, de 150 000 à 100 000 dollars puis « peut-être plus », ce qui ressemble davantage à un suivi de marché en temps réel qu’à une prévision de cycle. Mais c’est exactement pour cela que Kendrick mérite la meilleure note du panel : il actualise sur preuves, pose des conditions, et n’a jamais renié une invalidation. Note : le processus prime sur la bravade.
Bernstein : la bonne direction, la mauvaise ampleur
Chez Bernstein, l’analyste Gautam Chhugani a construit la thèse institutionnelle la plus citée : la demande des ETF et des trésoreries d’entreprise, face à une offre contrainte par le halving, devait porter Bitcoin vers des sommets à six chiffres. Le scénario haussier de 2025 a été déçu (record à 126 080 dollars), et la maison a ramené son objectif à 150 000 dollars pour la fin 2026, un cap qu’elle qualifie elle-même d’« ambitieux » après une correction de 54 % (The Block).
Le plus instructif est ailleurs. La thèse de Bernstein repose sur un choc d’offre créé par les ETF absorbant plus de bitcoins que les mineurs n’en produisent. Or, en 2026, les ETF au comptant ont vendu net environ 2,6 milliards de dollars, et les flux ETF plus trésoreries n’ont pesé qu’autour de 12 milliards, contre 60 milliards en 2025. La demande institutionnelle, moteur supposé de la prévision, a fonctionné à l’envers pendant une bonne partie de l’année. C’est un rappel utile : un modèle peut avoir la bonne intuition directionnelle (l’institutionnalisation change le marché) et se tromper lourdement sur l’ampleur et le calendrier. Ce lien entre flux et rareté, nous l’explorons aussi à propos de l’offre d’ETH verrouillée, où la même confusion entre stock et prix guette. Note : bon sens, mauvaise magnitude.
Peter Brandt et l’argument des multiples décroissants
Le vétéran du trading Peter Brandt occupe une place à part : il prévoit un pic entre 300 000 et 500 000 dollars pour le prochain sommet, attendu vers 2029, tout en martelant que Bitcoin devient « moins volatil et plus wall-streetien ». Cette prudence dans l’immodération mérite d’être notée à part, car elle s’appuie sur la donnée la plus solide du dossier : les multiples décroissants.
| Cycle | Prix au halving | Pic suivant | Multiple (du halving au pic) | Multiple (de pic à pic) |
|---|---|---|---|---|
| 2012 | ~12 $ | ~1 150 $ (nov. 2013) | ~95x | s.o. |
| 2016 | ~650 $ | ~19 700 $ (déc. 2017) | ~30x | ~75x |
| 2020 | ~8 700 $ | ~69 000 $ (nov. 2021) | ~8x | ~3,5x |
| 2024 | ~64 000 $ | 126 080 $ (oct. 2025) | ~2x | ~1,8x |
Les chiffres sont têtus. De sommet à sommet, le rendement s’effondre : environ 75 fois entre 2013 et 2017, 3,5 fois entre 2017 et 2021, à peine 1,8 fois entre 2021 et 2025, selon l’analyse de CoinDesk. Mesuré du jour du halving au pic suivant, on retrouve la même compression : 95 fois, puis 30, puis 8, puis 2. Un objectif à 500 000 dollars pour 2029 supposerait de rompre cette tendance à la baisse des multiples, exactement l’inverse de ce que la maturation institutionnelle produit. La prévision de Brandt est encore ouverte, donc non notable, mais l’arithmétique qui la sous-tend est le meilleur antidote aux nombres à sept chiffres.
Le bulletin de notes, en une table
Rassemblons le panel. La table ci-dessous ne prétend pas à la précision d’une feuille de calcul comptable ; elle met en regard chaque prévision, son échéance d’origine et la réalité de septembre 2026. Le motif qui s’en dégage est plus éloquent que n’importe quel nombre isolé : les prévisions les plus précises et les plus datées sont aussi les plus fausses, tandis que les rares approches disciplinées se contentent d’objectifs modestes, révisés sur preuves.
| Prévisionniste | La prévision | Échéance annoncée | Réalité (sept. 2026) | Verdict |
|---|---|---|---|---|
| PlanB (S2F) | ~500 000 $ en moyenne (250 000 $ à 1 M$) | cycle 2024-2028 | ~86 000 $, invalidation reniée | Raté (F) |
| Tim Draper | 250 000 $ | fin 2022, puis 2023, puis 2025… | jamais atteint (record 126 080 $) | Échéance mobile |
| Balaji Srinivasan | 1 000 000 $ | 90 jours (juin 2023) | ~26 000 $, pari concédé | Raté (F) |
| Tom Lee (Fundstrat) | 200 000 à 250 000 $ | fin 2025, repoussé à fin 2026 | ~88 000 $ fin 2025 | Raté, repoussé |
| Standard Chartered (Kendrick) | 150 000 $ puis 100 000 $ | fin 2026 | creux de juin bien appelé | Discipliné, révisé |
| Bernstein (Chhugani) | cible ramenée à 150 000 $ | fin 2026 | record 126 080 $, flux négatifs | Bon sens, mauvaise ampleur |
| Peter Brandt | 300 000 à 500 000 $ | pic ~2029 | à venir | Incomplet (prudent) |
Une lecture s’impose. Aucune des cibles à six ou sept chiffres liées au halving n’a été approchée. Le seul praticien à sortir grandi de l’exercice, Kendrick, est aussi celui qui a le moins « prédit » et le plus « suivi », révisant sa cible à mesure que les données tombaient. Ce n’est pas un hasard : c’est la conclusion centrale de ce bulletin.
Pourquoi presque tout le monde surestime
Le fait que tant d’analystes talentueux se trompent dans le même sens n’est pas un accident, c’est un biais de structure. Premier ressort : l’ancrage sur le dernier cycle. Après une multiplication par huit en 2020-2021, extrapoler un nouveau facteur huit paraît raisonnable ; sauf que les multiples se compriment à chaque cycle, comme on vient de le voir. Deuxième ressort : la réflexivité. Une prévision spectaculaire attire l’attention, l’attention attire les flux, les flux valident partiellement la thèse, jusqu’au retournement où la même mécanique s’inverse.
Troisième ressort, le plus humain : l’intérêt. Un fonds long en bitcoins, un émetteur d’ETF, un créateur qui vit de son audience n’ont pas la même fonction d’utilité qu’un statisticien désintéressé. Le nombre rond et lointain (un million, 500 000) est un excellent outil de marketing et un piètre outil d’estimation. À cela s’ajoute le piège du petit échantillon : avec seulement quatre halvings observés, distinguer un vrai cycle d’une coïncidence relève presque de l’impossible statistique. La même prudence vaut d’ailleurs pour toute prévision de long terme, y compris nos propres projections sur la compression des frais des L2 d’ici 2027 : une prédiction n’est utile que si elle expose ses hypothèses et sa condition d’échec.
« Le cycle est mort » : faut-il cesser de prévoir depuis le halving ?
Une école entière estime désormais que noter des prévisions de cycle revient à corriger des copies sur un sujet périmé. Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, a signé fin 2025 une note au titre sans ambiguïté : le cycle de quatre ans est « mort », tué par la baisse du poids relatif du halving, l’arrivée d’acheteurs institutionnels et la fin de l’argent bon marché (CoinDesk). Willy Woo, de son côté, ne l’enterre pas mais l’allonge, plaidant pour un rythme de six à huit ans calé sur le cycle de la dette de la finance traditionnelle.
Si ces voix ont raison, la moitié des prévisions de notre panel reposaient sur une horloge qui ralentit. C’est cohérent avec ce que nous observons : le marché de 2026 se règle davantage sur les taux, les flux d’ETF et le levier des dérivés que sur le calendrier d’émission. Ce que disent les options et le funding pèse aujourd’hui plus lourd, à quelques mois d’horizon, que le prochain halving. Et pourtant, affirmer que « le cycle est mort » est aussi une prévision, tout aussi invérifiable tant qu’un ou deux cycles supplémentaires ne l’auront pas confirmée. La prudence de Buterin s’applique donc aussi aux fossoyeurs du cycle : méfiez-vous du faux sentiment de certitude, dans les deux sens.
Lire une prévision sans se faire piéger (et ce que dit l’AMF)
Que retenir, concrètement, pour un investisseur francophone ? D’abord, exiger de toute prévision les trois éléments de notre méthode : un nombre, une date, une condition d’échec. Une cible sans date qui recule (Draper), un modèle qui renie son invalidation (PlanB), un nombre rond sans mécanisme (le million) sont des signaux d’alarme, pas des boussoles. Ensuite, préférer les analyses qui décrivent un processus et acceptent d’être révisées (Kendrick) à celles qui promettent une certitude. Enfin, se rappeler que la valeur d’un actif tient à des flux et à des usages réels, pas à un calendrier d’offre : c’est la logique du rendement réel, que nous détaillons à propos des rachats d’Aave, et qui offre un contrepoint sain aux prophéties de prix.
Le cadre réglementaire va dans le même sens. En France, l’Autorité des marchés financiers (AMF) rappelle régulièrement que toute communication promotionnelle sur les crypto-actifs doit être « correcte, claire et non trompeuse », une exigence désormais ancrée dans le règlement européen MiCA, dont la période transitoire pour les prestataires français a pris fin le 1er juillet 2026. L’AMF a d’ailleurs renouvelé ses mises en garde à destination des particuliers, invitant à la plus grande prudence face aux promesses de gains (amf-france.org). Une prévision de prix n’est pas un conseil en investissement, et un objectif chiffré, aussi prestigieux soit son auteur, n’engage que celui qui le croit.
Le halving reviendra en avril 2028, ponctuel comme une horloge. Les prévisions, elles, reviendront plus tôt, plus nombreuses et plus rondes à mesure que le cours monte. Ce bulletin de notes n’a qu’une ambition : que le lecteur, la prochaine fois qu’un million de dollars s’affichera en gros titre, demande d’abord la date et la condition d’échec. C’est la seule maths du cycle qui ne déçoit jamais.
Foire aux questions
Le halving fait-il vraiment monter le prix de Bitcoin ?
Le halving réduit de moitié l’offre nouvelle, mais rien dans le code ne fixe le prix. Historiquement, les hausses ont coïncidé avec des conditions de liquidité favorables plus qu’avec le halving lui-même, et le poids de l’émission dans le marché tombe à chaque cycle, autour de 0,4 % après 2028.
Quelle a été la prévision de prix la plus fausse ?
Le pari de Balaji Srinivasan sur un million de dollars en 90 jours, en mars 2023, reste le plus spectaculairement démenti : concédé dès mai 2023 avec Bitcoin autour de 26 000 dollars. Le modèle stock-to-flow de PlanB, qui visait une moyenne de 500 000 dollars, est le plus durablement invalidé.
Quelqu’un a-t-il correctement prévu le marché de 2026 ?
Geoffrey Kendrick, de Standard Chartered, a bien appelé le creux de juin 2026 autour de 59 000 dollars et le rebond qui a suivi. Mais il a révisé sa cible plusieurs fois, ce qui tient plus du suivi de marché discipliné que de la prévision de cycle.
Pourquoi les prévisionnistes surestiment-ils presque toujours ?
Par ancrage sur le cycle précédent, par réflexivité (une prévision spectaculaire attire les flux qui la valident un temps) et par intérêt, car un nombre rond et lointain est un meilleur outil de communication que d’estimation. Le petit nombre de halvings observés rend en outre tout cycle statistiquement difficile à prouver.
Combien vaut Bitcoin aujourd’hui et à quelle distance de son record ?
Fin septembre 2026, Bitcoin s’échange autour de 75 600 euros (près de 86 300 dollars), au plus haut depuis huit mois, mais encore à environ 31 % sous son record de 126 080 dollars établi le 6 octobre 2025.
Par Priya Reddy, HOGE Wire, cellule prédictions et marchés.