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● DeFi & On-chain

Perp DEX Solana : Drift piraté, Pacifica monte, Jupiter tient

Les perp DEX de Solana ont franchi 1 000 milliards de dollars de volume cumulé en 2026. Mais entre le hack de Drift, le volume contesté de Pacifica et la solidité de Jupiter, qui mène vraiment ?

Solana a gagné la bataille du comptant. Restait celle des perpétuels. Fin août 2026, le SOL s’échange autour de 90 euros et le réseau traite plus de volume au comptant sur ses DEX que n’importe quelle autre blockchain. Pourtant, pendant des années, ses places de contrats perpétuels ont vécu dans l’ombre d’un seul concurrent, Hyperliquid, qui a bâti sa propre chaîne pour rafler la couronne des perps on-chain. 2026 a rebattu les cartes : les perp DEX de Solana ont dépassé 1 080 milliards de dollars de volume cumulé, deuxième écosystème derrière Hyperliquid, d’après CryptoBriefing. La même année leur a infligé la leçon la plus brutale de leur histoire.

Trois protagonistes structurent ce marché. Jupiter, la maison à oracle qui encaisse sans faire de bruit. Drift, le leader technique siphonné de près de 285 millions de dollars en avril, renaît sous le nom de Velocity. Et Pacifica, le challenger sans jeton dont le volume record a déclenché un procès en légitimité : ce volume est-il réel ? Cet article cartographie le fonctionnement de ces plateformes, désigne qui mène vraiment, raconte comment l’une d’elles a été vidée sans la moindre ligne de code défectueuse, et rappelle ce que le droit français en dit.

Solana, roi du comptant mais longtemps l’outsider des perps

Le paradoxe est ancien. Solana règne sur le trading au comptant décentralisé, porté par des frais dérisoires et une exécution rapide, mais les perpétuels sont un autre métier. Un perp exige un carnet ou un pool profond, un oracle fiable, une liquidation propre et une latence quasi nulle : autant de contraintes qu’Hyperliquid a résolues en se dotant d’une blockchain dédiée, avec son moteur d’appariement inscrit dans le consensus. Résultat, les perp DEX de Solana ont longtemps affiché plus de glissement sur les gros ordres que Hyperliquid ou les grands CEX, un handicap que documentent les tableaux de bord de Blockworks.

Le point d’inflexion s’est produit en 2026. Le volume hebdomadaire des perps sur Solana a dépassé 20 milliards de dollars dès le mois de mai, et le cumul historique a franchi la barre symbolique des mille milliards. Solana elle-même a acté ce retard pour mieux le combler : dans son initiative dédiée aux perpétuels, la fondation reconnaît que « la majeure partie du volume passe encore par des CEX ou des architectures hybrides » et qualifie cette situation d’« état transitoire, pas permanent » (solana.com). Traduction : Solana veut rapatrier sur la chaîne un marché qui vaut des dizaines de milliers de milliards par an.

Trois briques ont rendu ce rattrapage crédible. Le client de validation Firedancer, en production sur le mainnet depuis fin 2025, muscle le débit. L’oracle Pyth, en mode « pull », permet d’embarquer un prix frais dans la même transaction que l’ordre. Et des frais de base fixés à 5 000 lamports (0,000005 SOL) rendent économiquement viable le fait de poster, annuler et reposter des ordres en continu, cœur du métier de teneur de marché.

Comment un perp DEX tient debout sur Solana

Contrairement à Hyperliquid, qui est sa propre chaîne, les perp DEX de Solana sont des applications qui partagent une même blockchain généraliste. Trois familles de conception cohabitent, chacune apportant une réponse différente à la question « comment apparier, custodier et fixer un prix sans opérateur central ? ».

  • Le carnet d’ordres on-chain. Un central limit order book classique, où acheteurs et vendeurs se rencontrent directement. C’est l’héritage de Zeta et de Phoenix. Avantage : une vraie découverte du prix. Inconvénient : il faut une infrastructure taillée pour encaisser les rafales d’ordres.
  • L’oracle et le pool (peer-to-pool). Pas de carnet : le trader ouvre sa position contre un pool de liquidité partagé, au prix de l’oracle. C’est le modèle de Jupiter et d’Adrena. Zéro glissement au prix de référence, mais le pool devient la contrepartie, donc le perdant quand les traders gagnent.
  • L’hybride. Appariement hors-chaîne pour la vitesse, règlement on-chain pour la garde des fonds. C’est la voie de Drift et de Pacifica. On approche la fluidité d’un CEX, au prix d’un point de centralisation dans la couche d’appariement.

Un dernier rouage relie tout perpétuel à son sous-jacent : le funding rate. Ce loyer périodique, versé d’un côté du marché à l’autre, rapproche en continu le prix du perp de celui du comptant, à la manière du carry qui relie un contrat à terme daté à son actif. Nous avons détaillé cette mécanique de portage dans notre analyse de la base des futures. Le tableau ci-dessous résume le paysage des principales places de Solana.

PlateformeModèleOracleJetonStatut 2026
Jupiter PerpsOracle + pool (JLP)Edge, Chainlink, PythJUP / JLPActif, pilier historique
Drift / VelocityHybride (carnet + JIT + vAMM)PythDRIFTPiraté en avril, relancé en Velocity
PacificaAppariement hors-chaîne, règlement on-chainInterne + PythAucun (points)Beta fermée, volume no1 (aut. 2025)
Bullet (ex-Zeta)Carnet (appchain)PythZEX puis natifPerps lancés en février 2026
AdrenaOracle + pool (type GMX)Pyth, Chaos LabsADX / ALPActif, très petite taille
Flash TradeOracle + pool (FLP)PythFAFEn arrêt sauf repreneur
PhoenixCarnet on-chainCarnet natifAucunComptant puis perps on-chain

Jupiter Perps : la maison à oracle qui garde la porte

Jupiter est le point d’ancrage de la place. Son moteur de perpétuels repose sur le modèle peer-to-pool : le pool JLP sert de contrepartie unique, et les positions s’ouvrent et se ferment au prix de l’oracle, sans glissement de carnet. Seuls trois sous-jacents sont négociables, SOL, ETH et wBTC, avec un levier qui grimpe jusqu’à 250x d’après la documentation officielle, contre 100x auparavant. Le prix ne dépend plus d’un oracle unique : Jupiter a basculé vers un triple oracle, Edge by Chaos Labs en principal, Chainlink et Pyth en vérification et secours.

Le JLP est le nerf de la guerre. Ce panier de six actifs (SOL, ETH, wBTC, USDC, USDT et le stablecoin maison JupUSD ajouté en 2026) encaisse 75 % des frais de la plateforme, redistribués à ses détenteurs. C’est du « vrai rendement », alimenté par des commissions et non par l’émission d’un jeton, mais la documentation prévient sans détour que « le JLP n’est ni un stablecoin ni un produit à capital protégé ». La raison tient à l’asymétrie : quand les traders gagnent, le pool paie ; quand ils perdent, le pool empoche. Le fournisseur de liquidité est, littéralement, la maison. À la fin août, ce pool pèse environ 770 millions de dollars, soit près de 665 millions d’euros.

Côté activité, Jupiter a traité 263 milliards de dollars de volume de perps en 2025 selon le bilan annuel de SolanaFloor, mais ses revenus mensuels se sont tassés à mesure que Pacifica lui prenait des parts. Le jeton JUP vaut environ 0,18 euro pour une capitalisation proche de 610 millions d’euros (CoinGecko). Le protocole rachète 50 % de ses frais en JUP pour les verrouiller dans une réserve baptisée « litterbox », une décision annoncée par le fondateur pseudonyme Meow début 2025 et rapportée par The Block, avant que la DAO ne vote en 2026 une trajectoire d’émission nette nulle.

Drift, du leader on-chain au séisme d’avril

Drift était l’ingénierie la plus aboutie de l’écosystème. Son architecture hybride empile plusieurs couches de liquidité : un carnet d’ordres décentralisé animé par des bots appelés Keepers, une enchère « just-in-time » de cinq secondes où les teneurs de marché se disputent chaque ordre, un AMM virtuel calé sur l’oracle en dernier recours, et un fonds d’assurance distinct par actif. Sa couche Swift permet même des ordres signés hors-chaîne et sans frais de gas. Le tout en marge croisée, un collatéral unique couvrant toutes les positions, décrit dans sa documentation.

Fondée en 2021 par Cindy Leow et David Lu, la plateforme avait levé 25 millions de dollars en série B auprès de Multicoin en 2024, lancé un marché de prédiction et une offre institutionnelle. L’ambition était explicite. « Nous nous voyons poser les fondations d’une institution financière on-chain », déclarait Cindy Leow à Fortune en septembre 2024. Dix-huit mois plus tard, cette ambition a rencontré son test de résistance le plus violent, le 1er avril 2026.

Anatomie d’un casse à 285 millions sans faille de code

Ce hack est une leçon d’école, car il ne doit rien à un bug de contrat intelligent. Selon l’analyse post-mortem de Chainalysis, l’attaque a mûri pendant plus de six mois. Les assaillants se sont fait passer pour une société de trading quantitatif, ont déposé plus d’un million de dollars pour asseoir leur crédibilité, puis ont noué des relations de confiance avec l’équipe. Ils ont ensuite fabriqué de toutes pièces un jeton de collatéral, dont ils contrôlaient l’essentiel de l’offre, l’ont fait grimper artificiellement jusqu’à un dollar par du wash trading, et l’ont adossé à leur propre oracle.

Le coup de grâce a exploité une fonctionnalité légitime de Solana, les « durable nonces », qui permettent de pré-signer des transactions valables plusieurs jours. Les attaquants ont fait signer, à l’aveugle, des autorisations aux membres du Security Council, ont migré la gouvernance vers un multisig 2 sur 5 sans délai de sécurité, puis, le 1er avril à 16h05 UTC, ont déclenché une transaction pré-signée qui leur a transféré le contrôle administratif. Une seconde plus tard, le faux jeton était accepté comme collatéral avec une capacité d’emprunt infinie. En déposant 500 millions de jetons sans valeur, ils ont retiré près de 285 millions de dollars d’actifs réels, avec une ironie révélatrice : le plus gros poste siphonné n’était autre que le JLP de Jupiter, que Drift détenait en réserve, pour environ 155 millions.

Le montant final, estimé entre 270 et 295 millions de dollars (près de 246 millions d’euros au taux du jour), en fait le deuxième plus gros vol de l’histoire de Solana. Les fonds ont été convertis puis pontés vers Ethereum en quelques heures, et les indicateurs on-chain pointent vers un acteur lié à la Corée du Nord, selon Elliptic. La formule de Chainalysis résume l’essentiel : « Les attaquants n’avaient pas besoin de casser le système au moment de l’exécution, ils avaient déjà fait le plus dur des jours plus tôt. »

La conséquence est vertigineuse pour l’industrie. Un audit, voire une vérification formelle qui prouve mathématiquement que le code fait ce qu’il annonce, n’aurait rien changé ici : le code a fait exactement ce qu’on lui a ordonné de faire, avec les bonnes clés. Ce n’est pas la cryptographie qui a cédé, mais l’humain et la procédure, un rappel que les menaces les plus avancées visent désormais les personnes autant que les algorithmes, comme le montre aussi le débat sur la menace quantique qui plane sur Bitcoin.

De Drift à Velocity : le pansement Tether et le pari du redémarrage

La suite tient autant de la finance que du sauvetage industriel. Le 16 avril, Tether a apporté une ligne de crédit d’environ 127,5 millions de dollars, dans un paquet global proche de 148 millions avec des partenaires, à une condition : que la plateforme abandonne l’USDC de Circle au profit de l’USDT de Tether comme stablecoin cœur, comme l’a rapporté CoinDesk. En un accord, un émetteur de stablecoin a arbitré la renaissance d’un DEX et déplacé une place entière vers sa propre monnaie.

En juillet, Drift a acté sa mue en changeant de nom pour Velocity DEX, une place désormais centrée sur les seuls perpétuels et réglée en USDT. Le nouveau nom, explique l’équipe citée par The Defiant, reflète « une architecture plus propre, une base de sécurité renforcée et une idée plus claire de ce à quoi sert cette plateforme ». Une beta fermée précède la relance complète. Le jeton DRIFT, lui, traîne près de son plus-bas historique, autour de 0,011 euro, loin de son sommet de 2,60 dollars fin 2024.

Reste une question dérangeante, que la communauté n’a pas tranchée : une place dont la trésorerie a été renflouée en privé par un émetteur de stablecoin, et qui bascule sa devise de règlement sur injonction contractuelle, peut-elle encore se présenter comme neutre et sans intermédiaire ? Le sauvetage a préservé les utilisateurs, mais il a aussi montré à quel point ces protocoles « décentralisés » dépendent, en cas de crise, d’acteurs très centralisés.

Pacifica : le volume record d’un challenger sans jeton

Pendant que Drift vacillait, un outsider prenait la lumière. Pacifica a été cofondée début 2025 par Constance Wang, ancienne directrice des opérations de FTX, entourée d’anciens de Binance, Coinbase ou Jane Street. Le projet revendique un financement propre, sans capital-risque, sur le modèle d’Hyperliquid. Son architecture combine un appariement hors-chaîne, pour une vitesse proche d’un CEX, et un règlement on-chain sur Solana ; malgré des affirmations marketing, aucune preuve solide n’établit qu’il tourne sur sa propre blockchain. Le levier grimpe jusqu’à 50x, et la plateforme est en beta fermée sur le mainnet depuis juin 2025.

L’exploit commercial est réel : à l’automne 2025, alors qu’il était encore en accès restreint, Pacifica a dépassé Jupiter puis Drift en volume quotidien, selon CryptoBriefing et Cryptopolitan. Le moteur de cette ascension est un programme de points, distribués chaque semaine depuis septembre 2025, qui alimente l’anticipation d’un futur airdrop.

Un avertissement s’impose ici, car il touche directement les lecteurs français. À la date de publication, Pacifica n’a lancé aucun jeton officiel. Toute page présentant un « $PACIFICA » avec un prix, une prévente ou un achat par carte bancaire est non officielle et relève très probablement de l’arnaque. Le seul dispositif réel est le programme de points, sans valeur marchande garantie.

Volume gonflé ou vraie liquidité ? le procès de l’open interest

Le record de Pacifica a immédiatement soulevé un soupçon familier. Car un chiffre en cachait un autre : au sommet de sa domination, la plateforme captait environ la moitié du volume des perps de Solana, mais moins de 5 % de l’open interest, soit moins de 70 millions de dollars de positions réellement ouvertes. Or ces deux mesures ne racontent pas la même histoire. Le volume additionne des allers-retours qui peuvent être répétés à l’infini ; l’open interest mesure le capital effectivement engagé et laissé au risque.

« Le volume est plus facile à manipuler et à gonfler artificiellement ; l’open interest, lui, représente un engagement de capital plus significatif et reflète sans doute mieux l’activité organique », résume l’analyste Finn Miller dans SolanaFloor. Son constat est net : une large part des dépôts est arrivée dans la fenêtre où circulaient les rumeurs d’airdrop, avec des durées de détention très courtes, signature d’un comportement de farming plus que d’un usage de fond. Pacifica interdit le wash trading et retire rétroactivement les points suspects, mais le doute méthodologique demeure.

C’est exactement le débat qui avait entouré la percée d’Aster, dont le volume dopé aux incitations avait un temps dépassé celui d’Hyperliquid avant que l’open interest ne rétablisse la hiérarchie. La morale, pour un marché saturé de campagnes de points, est simple : sur une place à incitations, le volume n’est pas la liquidité. Le tableau ci-dessous, tiré de l’état des lieux de Messari sur le quatrième trimestre 2025, fixe les ordres de grandeur.

PlateformeVolume moyen par jourPart de marchéRemarque
Pacifica789,6 M$49,6 %Beta fermée, open interest faible
Jupiter Perps494,0 M$31,0 %En repli de 31,9 % sur le trimestre
Drift268,8 M$16,9 %Avant le hack d’avril 2026

Source : Messari, State of Solana Q4 2025.

Bullet, Flash, Adrena, Ranger : la longue traîne se recompose

Derrière le trio de tête, une longue traîne d’acteurs se réorganise, et 2026 ressemble à une année de consolidation. Zeta Markets, pionnier du carnet on-chain sur Solana, a fermé son produit initial en mai 2025 pour se réinventer en Bullet, une extension de réseau qui règle sur Solana tout en exécutant hors-chaîne ; ses perpétuels y ont été lancés en février 2026, selon Blockworks.

La sélection naturelle joue à plein. Flash Trade, une place de type oracle-pool dont le jeton est le FAF, a annoncé en août 2026 son arrêt, faute de repreneur pour sa technologie, comme l’a révélé The Defiant. Adrena, un clone de GMX offrant jusqu’à 100x avec ses jetons ADX et ALP, survit mais à une taille minuscule, quelques centaines de milliers de dollars de valeur verrouillée. Ranger Finance a choisi un autre créneau : agrégateur de perps, il route chaque ordre vers Drift, Jupiter, Adrena ou Flash pour obtenir la meilleure exécution, une brique lancée fin 2024 et décrite par CoinDesk. Enfin, Phoenix, le carnet entièrement on-chain d’Ellipsis Labs, longtemps cantonné au comptant, a ouvert ses propres perpétuels on-chain en 2026. Le motif est clair : la liquidité se concentre sur quelques pôles, et le volume sans open interest ne paie pas les factures.

Le talon d’Achille : oracles, pannes et le fantôme de Mango

Les perp DEX de Solana partagent deux fragilités structurelles. La première est la dépendance à l’oracle. Presque toutes ces places s’appuient sur Pyth pour fixer leurs prix, ce qui fait de la manipulation d’oracle l’attaque canonique. L’histoire fondatrice reste celle de Mango Markets. En octobre 2022, Avraham Eisenberg a fait bondir le jeton MNGO de plus de 1 000 % en une vingtaine de minutes pour gonfler la valeur de son collatéral, puis a emprunté environ 110 millions de dollars au protocole. Condamné en 2024, il a vu sa condamnation annulée en mai 2025, un juge estimant que Mango, dépourvu de conditions d’utilisation, n’avait pu être fraudé par quelqu’un qui exploitait simplement une faille de conception. Le parquet a fait appel, et Mango a lui-même été démantelé début 2025.

La seconde fragilité est le réseau lui-même. Solana a connu plusieurs pannes marquantes, la plus longue en février 2023 (près de 19 heures) et la dernière interruption totale en février 2024. Depuis, le réseau a tenu près de deux ans et demi sans arrêt de consensus, malgré une alerte en août 2026 où une défaillance d’infrastructure a mis hors ligne près de 28,8 % du stake sans stopper la production de blocs, d’après Helius. La fiabilité s’est nettement améliorée, mais pour un trader à fort levier, une simple congestion au mauvais moment peut empêcher de fermer ou de liquider une position. Le tableau suivant oppose les deux grands modes de rupture d’un perp DEX.

DimensionMango Markets (oct. 2022)Drift (avr. 2026)
NatureManipulation d’oracleCompromission opérationnelle
VecteurPump du MNGO pour gonfler le collatéralFaux jeton, durable nonces, multisig
Faille de code ?Non (design permissionless)Non (clés obtenues par tromperie)
Montant~110 millions $~285 millions $
SuiteCondamnation annulée, appel, protocole ferméSauvetage Tether, renaissance en Velocity

Ce que dit la loi française : un perp reste un CFD

Pour un investisseur en France, le cadre juridique ne laisse guère d’ambiguïté. Un contrat perpétuel crypto est un dérivé à effet de levier : il coche la définition d’un contrat financier pour différence (CFD), donc d’un instrument financier au sens de MiFID II. Cela le place hors du champ de MiCA, qui ne couvre que les crypto-actifs au comptant et leurs prestataires, et sous la supervision du régulateur de marché national, l’AMF. Dans une déclaration du 24 février 2026, l’ESMA a confirmé qu’un dérivé « commercialisé comme un contrat perpétuel » reste un CFD « quelle que soit sa dénomination commerciale », et que ni le mécanisme de funding ni un fonds d’assurance ne changent cette qualification (ESMA).

Les conséquences sont lourdes. Sur le détail, un CFD crypto vendu à un particulier européen est plafonné à un levier de 2:1, assorti d’une clôture automatique de marge, d’une protection contre le solde négatif, d’un avertissement de risque normalisé et d’une interdiction des incitations. Or Jupiter, Velocity ou Pacifica sont permissionless, non-custodial et sans KYC : aucune n’est un prestataire agréé, et proposer ces perps à des particuliers français relève de l’offre non autorisée. C’est précisément ce qui alimente la liste noire de l’AMF et de l’ACPR, qui ont ajouté 31 sites Forex et 26 sites de dérivés sur crypto-actifs au premier semestre 2026 (AMF).

Depuis la fin de la période transitoire le 1er juillet 2026, fournir des services sur crypto-actifs en France sans agrément est un délit puni de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende (articles L.54-10-4 et L.572-23 du Code monétaire et financier). Concrètement, un particulier qui négocie un perp sur une place on-chain ne bénéficie d’aucune de ces protections et n’a aucun recours si un événement à la Drift vaporise son collatéral. C’est la même logique sans portier qu’un casino crypto sans KYC, moins l’habillage ludique. Ce grand écart entre un produit permissionless et un cadre pensé pour des intermédiaires agréés traverse toute la DeFi, du staking liquide aux stablecoins.

Perspectives : Alpenglow et la course à rattraper Hyperliquid

Le goulot d’étranglement de Solana n’est plus le coût des transactions, c’est la latence et surtout la profondeur de la liquidité. La mise à niveau Alpenglow, un nouveau protocole de consensus approuvé à 98,27 % par les validateurs en septembre 2025, vise une finalité d’environ 150 millisecondes contre près de 13 secondes aujourd’hui, comme l’a rapporté CoinDesk. Attention toutefois : à la date de publication, Alpenglow est planifié pour l’automne 2026, mais n’est pas encore activé sur le mainnet ; ce sont Firedancer et Frankendancer qui tournent déjà en production.

Une latence divisée par cent aiderait, mais elle ne fera pas apparaître seule les teneurs de marché. Le vrai enjeu de 2026 est la confiance et l’open interest durable, deux choses que le choc Drift a écornées. Les rails institutionnels progressent, avec un oracle Pyth choisi par le Nasdaq pour diffuser ses données on-chain, et l’initiative de Solana pousse vers une découverte de prix entièrement sur la chaîne. Le réseau a prouvé qu’il pouvait générer du volume de perps ; il lui reste à démontrer qu’il peut retenir du capital engagé, sans nouvelle catastrophe. C’est à cette aune, et non au seul compteur de volume, qu’il faudra juger le millésime 2027.

Foire aux questions

Quel est le plus grand perp DEX de Solana en 2026 ?

Cela dépend de la mesure. En volume, Pacifica a pris la tête à l’automne 2025 alors qu’il était encore en beta fermée. Mais en open interest, c’est-à-dire en capital réellement engagé, sa domination est bien plus contestée. Jupiter reste le pilier historique le plus stable, tandis que Drift, devenu Velocity, se reconstruit après son piratage. Regarder l’open interest, pas seulement le volume, donne une image plus fidèle.

Que s’est-il passé lors du hack de Drift en avril 2026 ?

Le 1er avril 2026, des attaquants ont drainé près de 285 millions de dollars de Drift. Ce n’était pas un bug de code, mais une compromission opérationnelle : six mois d’ingénierie sociale, un faux jeton de collatéral adossé à leur oracle, et l’abus des durable nonces de Solana pour prendre le contrôle du multisig d’administration. L’attaque est attribuée à un acteur lié à la Corée du Nord. Tether a ensuite renfloué la plateforme, qui a changé de nom pour Velocity.

Pacifica a-t-il un jeton et comment obtenir l’airdrop ?

Non. À la date de publication, Pacifica n’a émis aucun jeton officiel. La plateforme fait tourner un programme de points depuis septembre 2025, souvent interprété comme un précurseur d’airdrop, mais rien n’est confirmé. Toute page proposant un jeton $PACIFICA avec un prix ou une prévente est non officielle et doit être considérée comme une arnaque potentielle.

Les perp DEX de Solana sont-ils légaux en France ?

Un perpétuel crypto est un CFD, donc un instrument financier sous MiFID II, hors du champ de MiCA et sous supervision de l’AMF. Les perp DEX permissionless ne sont pas agréés et se situent hors du périmètre autorisé. Les utiliser n’expose pas forcément le particulier à des poursuites, mais il ne bénéficie d’aucune protection (levier plafonné à 2:1, protection contre le solde négatif) ni d’aucun recours en cas de perte.

Quelle différence entre Jupiter Perps et Drift (Velocity) ?

Jupiter fonctionne en peer-to-pool : le pool JLP est l’unique contrepartie, au prix de l’oracle, sur SOL, ETH et wBTC. Drift, devenu Velocity, est hybride : il combine un carnet d’ordres décentralisé, une enchère just-in-time et un AMM virtuel, en marge croisée, avec davantage de marchés. Schématiquement, Jupiter mise sur la simplicité d’une maison à oracle, Drift sur la richesse d’un carnet proche d’un CEX.

Par Yuki Tanaka, redaction HOGE Wire.

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