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● DeFi & On-chain

Staking liquide 2026 : le grand écart réglementaire USA-Europe

Le staking liquide pèse désormais des dizaines de milliards et sert de collatéral clé en DeFi. Mais la SEC l'adoube quand l'Europe et l'AMF le laissent dans le flou de MiCA.

Le staking liquide n’est plus une curiosité réservée aux initiés de la DeFi. En 2026, il immobilise des dizaines de milliards de dollars, sert de collatéral de référence sur les plus grands marchés de prêt on-chain, et vient de recevoir une réponse enfin claire du régulateur américain. Pendant que Washington ouvre grand la porte, l’Europe, avec l’AMF comme autorité de tutelle en France, laisse le sujet dans une zone grise que le règlement MiCA n’a jamais explicitement tranchée. Un même instrument, le jeton de staking liquide, se retrouve donc traité de trois manières différentes selon que l’on raisonne depuis New York, Paris ou Londres.

Le contexte de marché rend l’enjeu très concret. L’ether s’échange autour de 2 100 euros d’après CoinGecko, loin de son record de l’été 2025, mais la proportion de l’offre verrouillée dans le staking n’a jamais été aussi élevée. Elle a atteint un record proche de 34 pour cent de l’offre totale, soit plus de 41 millions d’ETH. Une part écrasante de cet ether ne dort pas chez des validateurs solitaires : elle transite par des protocoles de staking liquide qui restituent, en échange, un jeton négociable. Savoir qui contrôle ces jetons, comment ils sont régulés et quels risques ils portent est devenu indispensable pour quiconque est exposé à Ethereum.

Le staking liquide en une minute

Le principe du staking liquide tient en une idée simple : casser l’arbitrage entre rendement et disponibilité. Le staking classique consiste à immobiliser de l’ether pour faire tourner un validateur et sécuriser le réseau, en échange d’une récompense. Le problème, c’est que faire cavalier seul exige 32 ETH, des compétences techniques et une infrastructure fiable, et que le capital reste bloqué. Le staking liquide supprime ces frictions. L’utilisateur dépose n’importe quel montant dans un protocole, qui agrège les fonds, les répartit entre des opérateurs de validateurs professionnels, et remet en contrepartie un jeton représentant la position stakée et ses récompenses.

Ce jeton, appelé jeton de staking liquide (liquid staking token, ou LST), est la clé de voûte du modèle. Il est transférable, échangeable et surtout réutilisable dans la DeFi : on peut le déposer en garantie, le prêter, ou l’employer dans des stratégies de rendement, tout en continuant d’encaisser les récompenses du staking sous-jacent. L’ether staké travaille donc deux fois, ce qui explique une bonne partie de son succès.

Deux grandes mécaniques coexistent. Certains jetons sont dits rebasing : le solde détenu augmente chaque jour pour refléter les récompenses, comme le stETH de Lido. D’autres accumulent la valeur dans le prix : le nombre de jetons ne bouge pas, mais chaque unité s’apprécie face à l’ETH, à l’image du wstETH ou du rETH de Rocket Pool. Cette distinction, technique en apparence, a des conséquences fiscales et comptables lourdes, en particulier pour les investisseurs et les entreprises européennes.

Pourquoi 2026 fait basculer le staking liquide

Le staking liquide existe depuis des années, mais 2026 marque un vrai basculement, pour trois raisons qui se renforcent. La première est l’échelle. Avec près d’un tiers de l’offre d’ETH stakée et des dizaines de milliards immobilisés, le secteur n’est plus un laboratoire : il est devenu une infrastructure systémique dont dépendent le rendement, la liquidité et la sécurité d’Ethereum.

La deuxième raison est réglementaire. En 2025, la SEC américaine a mis fin à des années d’incertitude en déclarant que le staking de protocole, puis le staking liquide, ne relevaient pas, sous conditions, du droit des valeurs mobilières. Ce revirement a débloqué la demande institutionnelle qui attendait un feu vert juridique clair avant de s’engager.

La troisième raison est l’arrivée de l’argent institutionnel. Trésoreries d’entreprise cotées, gestionnaires et émetteurs de produits régulés cherchent désormais du rendement natif sur leurs réserves d’ETH, et les protocoles ont réagi en lançant des offres taillées pour eux, comme les coffres modulaires de Lido V3. Le staking liquide, longtemps produit de rendement pour particuliers avertis, se transforme en brique d’infrastructure financière.

Reste une tension de fond : cette maturation s’accompagne d’une compression des rendements et d’une concentration inquiétante autour d’un acteur dominant. C’est tout le paradoxe de 2026, le staking liquide gagne en légitimité au moment précis où ses fragilités deviennent difficiles à ignorer.

Lido, le colosse du staking liquide

Impossible de parler de staking liquide sans commencer par Lido. Le protocole domine le secteur de manière écrasante : son jeton stETH représente à lui seul environ la moitié de la valeur verrouillée dans les jetons de staking liquide, tous réseaux confondus, et de l’ordre d’un quart de tout l’ETH staké sur Ethereum. Aucun concurrent n’approche cette position.

Cette domination ne s’est pas démentie malgré des vents contraires. Un rapport relayé par AMBCrypto souligne que les revenus du protocole ont reculé d’environ 40 pour cent sur un an, sous l’effet de la baisse des rendements et de la concurrence, sans pour autant entamer sa part de marché. Lido bénéficie d’un effet de réseau puissant : le stETH est le LST le plus liquide, le plus intégré et le plus accepté comme collatéral, ce qui attire mécaniquement de nouveaux dépôts. Le protocole est gouverné par la Lido DAO et son jeton LDO, avec un mécanisme de dual governance censé donner aux détenteurs de stETH un droit de veto face à la DAO.

ProtocoleJetonRéseauPositionnementParticularité
LidostETH / wstETHEthereumLeader (environ la moitié du marché des LST)DAO, dual governance, opérateurs sélectionnés
BinanceWBETHEthereumAdossé à une plateforme d’échangeGros volumes, plus centralisé
Rocket PoolrETHEthereumAlternative décentraliséeEnviron 2 000 opérateurs, mise à jour Saturn One
FraxfrxETH / sfrxETHEthereumRendement optimiséModèle à deux jetons
JitoJitoSOLSolanaLeader SolanaCapture de la MEV
MarinademSOLSolanaChallenger SolanaDélégation automatisée

Ce tableau résume un marché à plusieurs vitesses : un leader hégémonique sur Ethereum, des alternatives décentralisées ou adossées à des plateformes, et un écosystème parallèle en pleine croissance sur Solana. Chaque modèle implique un compromis différent entre rendement, liquidité et décentralisation.

Rocket Pool, Frax, Jito : la concurrence s’organise

Face au colosse, plusieurs protocoles défendent une approche plus décentralisée ou plus spécialisée. Rocket Pool est le principal champion de la décentralisation sur Ethereum. Son jeton rETH s’appuie sur environ deux mille opérateurs de noeuds permissionless, c’est-à-dire ouverts à tous. En février 2026, la mise à jour Saturn One a marqué un tournant : elle a abaissé le capital requis par validateur de 8 à 4 ETH et activé un fee switch qui transforme le jeton RPL, jusqu’ici purement inflationniste, en actif capable de capter une part des revenus du protocole. De quoi relancer un projet longtemps distancé par Lido, même si sa valeur totale verrouillée reste de l’ordre du milliard de dollars, loin du leader.

Frax a choisi une autre voie, avec un duo frxETH et sfrxETH qui a longtemps offert parmi les rendements les plus élevés du marché, au prix d’une mécanique plus complexe. Du côté des acteurs centralisés, le WBETH de Binance illustre la puissance des plateformes d’échange, capables de convertir leur base d’utilisateurs en volumes de staking considérables, au détriment de la décentralisation.

Le staking liquide n’est pas l’apanage d’Ethereum. Sur Solana, Jito s’est imposé comme le plus grand protocole du réseau, JitoSOL étant devenu le premier jeton de staking liquide de Solana. Son atout : la capture de la MEV (maximal extractable value), ces revenus tirés de l’ordonnancement des transactions, qu’il redistribue aux détenteurs et qui gonflent le rendement effectif bien au-delà du rendement de base. Marinade, son concurrent historique, reste solidement installé. Cette dimension multi-chaînes est essentielle : elle montre que le staking liquide est un modèle générique, pas une spécificité d’Ethereum.

Le rendement se comprime : la fin de l’argent facile

Le premier argument de vente du staking liquide, le rendement, s’érode. À mesure que le nombre de validateurs augmente, la récompense de base distribuée par le réseau diminue mécaniquement. Le rendement de la couche de consensus est ainsi tombé autour de 2,7 pour cent, contre plus de 4 pour cent en 2023, d’après les données compilées par Datawallet. Pour un investisseur en euros, une fois retranchées les commissions du protocole (souvent 10 pour cent des récompenses) et la volatilité du sous-jacent, la promesse s’est nettement dégonflée.

Dans ce contexte, la différenciation ne se joue plus sur le rendement de base, identique pour tous, mais sur les revenus additionnels. La MEV est devenue le nerf de la guerre : les protocoles qui savent la capter et la restituer, comme Jito sur Solana, affichent des rendements effectifs supérieurs. Sur Ethereum, l’intégration de MEV-Boost et la qualité des opérateurs font la différence.

Cette compression a un revers positif pour les détenteurs d’ETH. Chaque ether staké est un ether retiré de la circulation active, ce qui alimente le récit d’une offre qui se raréfie, pilier du narratif ultrasound money que nous avons autopsié. Le staking liquide, en rendant l’immobilisation indolore, accélère ce verrouillage : on peut bloquer son ETH sans renoncer à sa liquidité, ce qui pousse le taux de staking toujours plus haut et réduit d’autant le flottant disponible sur les marchés.

stETH, l’actif de réserve de la DeFi

C’est peut-être l’évolution la plus profonde de ces dernières années : le stETH, et les LST en général, sont devenus l’actif de réserve de la DeFi. Un jeton de staking liquide n’est pas seulement un reçu, c’est un actif porteur de rendement, liquide et largement accepté, exactement les propriétés qui définissent une bonne garantie.

Concrètement, le stETH et le wstETH figurent parmi les collatéraux les plus déposés sur les grands marchés monétaires on-chain, d’Aave à Morpho. Le schéma type est le looping : un utilisateur dépose du wstETH, emprunte de l’ETH ou un stablecoin, rachète du wstETH, et recommence, pour démultiplier son exposition au rendement du staking. Cette stratégie, très populaire, transforme les LST en moteur de levier de tout l’écosystème.

Ce statut d’actif de réserve a une contrepartie : il crée des liens de dépendance systémiques. Un décrochage brutal du stETH, ou un incident sur Lido, se propagerait instantanément aux protocoles de prêt qui l’acceptent en garantie, avec un risque de liquidations en cascade. Les paramètres de risque (décotes, plafonds, seuils de liquidation) deviennent alors cruciaux, et leur calibrage repose souvent sur des curateurs dont la DeFi a appris, parfois douloureusement, à surveiller les décisions. Le LST n’est plus un produit périphérique : il est au coeur de la plomberie financière on-chain, ce qui en fait à la fois un pilier et un point de fragilité.

Le feu vert de la SEC : ce n’est pas un titre financier

Le grand déblocage de 2025 est venu de Washington. Après des années de guérilla juridique (l’affaire Kraken de 2023 avait abouti à un règlement de plusieurs dizaines de millions de dollars), la SEC a opéré un virage à 180 degrés. Le 29 mai 2025, sa division Corporation Finance a estimé que le staking de protocole ne constituait pas une offre de titres. Puis, le 5 août 2025, elle a étendu ce raisonnement au staking liquide.

Selon cette position, résumée par le cabinet Fenwick, les activités de staking liquide et les jetons de reçu (staking receipt tokens) ne relèvent pas du droit des valeurs mobilières, à des conditions strictes : l’activité doit rester administrative et mécanique, sans gestion discrétionnaire ni rendement garanti par un tiers, et le jeton doit se limiter à prouver la propriété des actifs déposés. Le restaking et les rendements garantis restent, eux, explicitement hors du champ de cette clémence.

Le sujet a divisé l’institution. La commissaire Hester Peirce a salué une clarté « rare » et comparé, dans sa déclaration intitulée Staking Sequel, les jetons de staking liquide à de vieux instruments du commerce comme les récépissés d’entrepôt et les connaissements, qui prouvent la propriété d’un bien sans être eux-mêmes des titres financiers. « Liquid staking is a new solution to an old problem », a-t-elle résumé, selon FinanceFeeds.

Sa collègue Caroline Crenshaw a pris le contre-pied, ironisant par un « Caveat liquid staker » (que l’investisseur soit sur ses gardes). Elle a jugé que la déclaration offrait un faux confort, reposait sur des hypothèses déconnectées des pratiques réelles du marché, et n’apportait aucun véritable refuge juridique compte tenu de ses nombreuses réserves. Une interprétation conjointe SEC-CFTC début 2026 a depuis consolidé la ligne pro-clarté, ouvrant la voie aux produits cotés intégrant du staking. Pour l’industrie américaine, le message est limpide : le staking liquide est, sous conditions, un terrain de jeu autorisé.

MiCA et l’AMF : l’Europe reste dans le flou

En Europe, le tableau est radicalement différent, et beaucoup plus flou. Le règlement MiCA, pleinement applicable après la fin de la période transitoire fixée au 1er juillet 2026, ne mentionne tout simplement pas le staking en tant que tel. Il ne prévoit donc aucun régime dédié.

Dans la pratique, comme le détaille Everstake, le staking proposé comme service par un intermédiaire est rattaché aux activités de conservation et d’administration d’actifs pour compte de tiers, ce qui impose au prestataire d’être agréé comme CASP (prestataire de services sur crypto-actifs, ou PSCA en français). Le staking en solo et le staking de protocole, où l’utilisateur valide sans intermédiaire, restent hors du champ de MiCA. En France, c’est l’AMF qui délivre et supervise ces agréments.

Le vrai casse-tête concerne les jetons eux-mêmes. Selon leur conception et leur fonction économique, les jetons de staking liquide pourraient, au cas par cas, être qualifiés de jetons se référant à des actifs (ART) ou de jetons de monnaie électronique (EMT), deux catégories aux obligations très lourdes. Une telle requalification, si elle était retenue par un régulateur national, bouleverserait le modèle économique d’un LST distribué en Europe.

Consciente de ces angles morts, la Commission européenne a lancé une révision de MiCA. La consultation porte explicitement sur le staking, le prêt et la DeFi, avec une échéance fixée à l’horizon de l’automne 2026. Autrement dit, l’Europe reconnaît que son cadre a été écrit avant que le staking liquide ne devienne central, et cherche à rattraper son retard. En attendant, l’investisseur français évolue dans un environnement juridiquement plus incertain que son homologue américain.

USA, Europe, Royaume-Uni : trois régimes pour un actif

Résultat de ces trajectoires divergentes : un même actif est encadré de trois façons différentes de part et d’autre de l’Atlantique et de la Manche. Un produit conforme aux États-Unis ne l’est pas automatiquement en Europe, et inversement. Le Royaume-Uni, de son côté, a choisi une troisième voie.

D’après une synthèse de The Industry Spread, la FCA britannique fait du staking une activité régulée à part entière, avec une participation des particuliers autorisée moyennant informations et consentement explicite ; la guidance finale est attendue à l’automne 2026 pour une entrée en vigueur en 2027. Cette fragmentation a un coût : les protocoles et les plateformes doivent maintenir des modèles de conformité distincts par juridiction, ce qui freine l’accès des Européens à certaines offres.

JuridictionAutoritéStatut du staking liquideÉchéance clé
États-UnisSEC et CFTCHors du champ des valeurs mobilières, sous conditions strictesDéclarations 2025, interprétation conjointe 2026
Union européenneESMA et AMF (France)Pas de régime dédié ; service soumis à l’agrément CASP ; jeton évalué au cas par casFin de la période transitoire le 1er juillet 2026
Royaume-UniFCAActivité régulée à part entière, particuliers admisGuidance finale à l’automne 2026, régime en 2027

Pour un lecteur français, la conséquence pratique est simple : certaines offres pensées pour le marché américain resteront hors de portée, ou seront distribuées différemment, tant que Bruxelles n’aura pas clarifié sa doctrine.

Les institutions débarquent : Lido V3 et les trésoreries

L’argent institutionnel est le grand récit de 2026, et le staking liquide s’y adapte à marche forcée. La réponse la plus emblématique est Lido V3 et ses coffres modulaires, les stVaults. Décrits par BlockEden, ces coffres séparent trois fonctions jusqu’ici mêlées : la sélection des validateurs, la fourniture de liquidité et la distribution des récompenses. Une institution peut ainsi obtenir un coffre dédié, avec ses propres opérateurs, ses paramètres de risque et sa gouvernance, tout en gardant l’option de frapper du stETH contre sa position.

Le dispositif, d’abord testé puis déployé progressivement avec un plafond prudent en phase pilote, vise ouvertement les acteurs régulés : des partenaires comme P2P.org, Northstake ou Everstake construisent des produits pour DAO, family offices et émetteurs de fonds cotés. L’objectif affiché est ambitieux, de l’ordre d’un million d’ETH acheminés via les stVaults d’ici la fin 2026.

La demande, elle, est bien réelle. Les trésoreries d’entreprise cotées, ces sociétés qui accumulent de l’ETH à leur bilan, cherchent à le faire fructifier. La société SharpLink a par exemple étendu son staking d’ETH de 200 millions de dollars via Lido, illustrant l’appétit des grands détenteurs pour un rendement natif. Ce mouvement rejoint une tendance plus large où de gros portefeuilles, longtemps passifs, activent leur ether, un basculement que suivent de près les observateurs de flux de baleines.

La concentration, le vrai risque systémique

Le succès de Lido est aussi le principal risque du staking liquide. La sécurité d’Ethereum repose sur la répartition du pouvoir de validation. Or, au-delà de certains seuils, un acteur unique devient dangereux : à plus d’un tiers des validateurs, il peut empêcher la finalisation des blocs ; au-delà de la moitié, il peut censurer ; aux deux tiers, il pourrait en théorie faire valider une chaîne frauduleuse. Lido, qui gravite autour du quart à un tiers de l’ETH staké selon les périodes, s’approche de la première ligne rouge, d’autant que ses opérateurs sont eux-mêmes concentrés.

Cette double concentration inquiète jusqu’au créateur d’Ethereum. Vitalik Buterin alerte régulièrement sur les risques de centralisation du staking et défend des mécanismes pour les contenir. Il rappelle que le principal frein au staking en solo reste le seuil de 32 ETH, et plaide pour l’abaisser fortement, jusqu’à un ETH, afin de multiplier les validateurs indépendants et de diluer le poids des géants. Sa proposition de rainbow staking, esquissée fin 2025, va dans le même sens.

La communauté a proposé d’autres garde-fous : diversité des clients logiciels pour éviter qu’un bug commun ne fasse chuter un tiers du réseau, incitations à répartir les dépôts, voire auto-limitation des protocoles dominants. Lido DAO a toutefois rejeté par le passé l’idée de plafonner volontairement sa part de marché, estimant que le marché devait trancher. Le débat reste ouvert, et il est loin d’être théorique : la crédibilité de la neutralité d’Ethereum en dépend.

Les risques à peser avant de staker

Au-delà de la concentration, tout détenteur de LST doit peser une série de risques bien identifiés. Le premier est le décrochage (depeg). Un jeton de staking liquide n’est pas garanti valoir exactement un ETH à tout instant : en cas de stress, il peut se négocier en dessous, comme le stETH l’a montré lors de la crise de 2022. Les files de retrait natives et l’arbitrage tendent à rétablir la parité, mais la sortie peut prendre du temps et se faire à perte dans la panique.

Vient ensuite le risque de contrat intelligent. Un LST repose sur du code qui gère des milliards ; un bug ou un exploit peut être catastrophique. Les audits classiques ne suffisent plus, et les protocoles sérieux recourent à la vérification formelle, qui prouve mathématiquement certaines propriétés du code, ainsi qu’à des exercices offensifs de red teaming menés par des cabinets qui attaquent le protocole avant les pirates. Le risque de slashing (la pénalité infligée à un validateur fautif) et le risque opérateur complètent le tableau, tout comme le risque réglementaire et le risque de liquidité en cas de ruée.

RisqueDescriptionAtténuation
Décrochage (depeg)Le jeton se négocie sous la valeur de l’ETH sous-jacent en cas de stressFiles de retrait natives, arbitrage, liquidité profonde
Contrat intelligentBug ou exploit du code du protocoleAudits, vérification formelle, red teaming, bug bounties
SlashingPénalité en cas de faute d’un validateurDiversité des opérateurs, sélection rigoureuse
ConcentrationUn acteur dominant menace la neutralité du réseauDiversité des protocoles et des clients logiciels
RéglementaireRequalification du jeton ou restrictions d’accèsPlateformes agréées, veille sur MiCA
LiquiditéSortie difficile en cas de ruéeFiles de retrait, liquidité sur les DEX

Aucun de ces risques n’est rédhibitoire pris isolément, mais leur accumulation impose de traiter un LST comme un actif financier à part entière, pas comme du cash on-chain sans danger.

Fiscalité et accès pour l’investisseur français

Pour l’investisseur français, deux questions pratiques dominent : comment est-ce taxé, et comment y accéder proprement. Côté fiscalité, le principe général est que les plus-values sur crypto-actifs des particuliers sont imposées lors de la conversion en euros (ou en biens et services), au prélèvement forfaitaire unique de 30 pour cent. Les échanges de crypto à crypto ne déclenchent en principe pas l’impôt. Le traitement des récompenses de staking, lui, reste un point technique délicat, en particulier pour les jetons rebasing dont le solde augmente en continu ; la prudence commande de documenter précisément ses opérations et de consulter un conseil fiscal, car l’administration n’a pas tranché toutes les zones grises.

Côté accès, la règle d’or est de passer par des plateformes agréées. Depuis l’entrée en vigueur pleine de MiCA, les prestataires opérant en France doivent être enregistrés ou agréés, sous la supervision de l’AMF. Recourir à un intermédiaire non agréé expose à des risques juridiques et opérationnels accrus. Il faut aussi garder en tête que certaines offres de staking liquide, conçues pour le marché américain, ne sont pas nécessairement accessibles ni conformes en Europe, précisément à cause de l’incertitude MiCA évoquée plus haut.

Enfin, tout se compte en euros : un rendement nominal de 2,7 pour cent peut être largement absorbé, voire effacé, par une baisse de l’ETH exprimée en euros. Le staking liquide n’est pas un placement sans risque à revenu fixe ; c’est une exposition à Ethereum, assortie d’un rendement et de risques additionnels.

Ce qu’il faut surveiller d’ici la fin 2026

Plusieurs échéances vont rythmer la fin de l’année 2026. La première est réglementaire : la révision de MiCA et sa consultation, dont l’échéance tombe à l’automne, diront si l’Europe compte enfin clarifier le statut du staking et des LST, ou laisser perdurer le flou. Toute décision sur la qualification des jetons (ART, EMT ou catégorie ad hoc) aura un impact direct sur l’offre disponible pour les Européens.

La deuxième est industrielle : l’adoption des stVaults de Lido V3 et l’objectif du million d’ETH institutionnel serviront de thermomètre à la demande des grands acteurs. En parallèle, le déploiement de Saturn One chez Rocket Pool testera la capacité des modèles décentralisés à reprendre du terrain face au leader. La troisième est macro et sécuritaire, entre la trajectoire du rendement de base, l’évolution du taux de staking et surtout tout incident majeur sur un grand protocole.

  • La révision de MiCA et le statut réglementaire des LST en Europe.
  • L’adoption des stVaults de Lido V3 et l’objectif d’un million d’ETH institutionnel.
  • La trajectoire du rendement de base et du taux de staking.
  • Tout incident majeur (décrochage, exploit) sur un protocole systémique.
  • L’évolution de la part de marché de Lido et le débat sur la concentration.

Le staking liquide a gagné sa légitimité ; il lui reste à prouver qu’il peut grandir sans fragiliser ce qu’il sécurise. C’est le vrai test des prochains mois, autant pour les protocoles que pour les régulateurs.

Foire aux questions

Qu’est-ce que le staking liquide et en quoi diffère-t-il du staking classique ?

Le staking liquide permet de déposer de l’ether dans un protocole qui le stake pour vous et vous remet en échange un jeton négociable, comme le stETH de Lido. Contrairement au staking classique, qui immobilise vos fonds et exige souvent 32 ETH pour valider en solo, il accepte n’importe quel montant et vous laisse réutiliser votre jeton dans la DeFi tout en percevant les récompenses.

Le staking liquide est-il légal et régulé en France ?

Il n’est pas interdit, mais son cadre reste flou. Le règlement MiCA ne prévoit pas de régime dédié au staking ; lorsqu’il est proposé comme service, il relève de l’agrément CASP supervisé en France par l’AMF. Les jetons de staking liquide pourraient, au cas par cas, être requalifiés en ART ou EMT, ce que la révision de MiCA en cours doit clarifier. Mieux vaut passer par des plateformes agréées.

Quel rendement peut-on attendre du staking liquide en 2026 ?

Le rendement de base d’Ethereum est tombé autour de 2,7 pour cent, contre plus de 4 pour cent en 2023, auquel s’ajoutent parfois des revenus de MEV. Après commissions du protocole (souvent 10 pour cent des récompenses), le rendement net est plus modeste. Surtout, il s’agit d’un rendement en ether, qui exprimé en euros peut être effacé par une baisse du cours.

Le stETH peut-il perdre sa parité avec l’ETH ?

Oui. Un jeton de staking liquide n’est pas garanti valoir exactement un ETH à chaque instant. En période de stress, il peut se négocier en dessous de sa valeur théorique, comme le stETH l’a montré en 2022. Les files de retrait et l’arbitrage tendent à rétablir la parité, mais la sortie peut être lente et se faire à perte dans la panique.

Lido est-il un danger pour Ethereum ?

C’est un débat sérieux. Lido contrôle environ un quart à un tiers de l’ETH staké, ce qui l’approche du seuil d’un tiers à partir duquel un acteur peut perturber la finalisation du réseau. Vitalik Buterin et une partie de la communauté plaident pour davantage de décentralisation, notamment en facilitant le staking en solo. Lido a jusqu’ici refusé de plafonner volontairement sa part de marché.

Par Yuki Tanaka, rédaction HOGE Wire. Cet article est fourni à titre d’information et ne constitue pas un conseil en investissement.

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