Positionnement dérivés : la Fed a serré, le marché a grimpé
La Fed a relevé ses taux, le CLARITY Act est mort au Sénat, et Bitcoin a pourtant bondi au-dessus de 86.000 dollars. Autopsie d'un septembre où le positionnement a battu les manchettes.
Le 16 septembre 2026, la Réserve fédérale a relevé ses taux directeurs pour la première fois depuis 2023. La veille, le Sénat américain enterrait le CLARITY Act, le texte censé donner un cadre fédéral au secteur. Deux nouvelles que le manuel range sans hésiter du côté baissier pour les actifs risqués. Et pourtant, une semaine plus tard, Bitcoin s’échangeait autour de 84.187 dollars (74.046 euros), après avoir dépassé 86.000 dollars, un plus haut depuis janvier, en balayant des centaines de millions de dollars de positions vendeuses. La capitalisation tournait autour de 1.691 milliards de dollars, à environ 33 pour cent sous le record de 126.080 dollars du 6 octobre 2025, selon CoinGecko.
Ce décalage entre la nouvelle et la réaction est le vrai sujet de cet article. Il n’a rien d’anecdotique : il illustre la règle que les traders de dérivés répètent à longueur de cycle. Ce n’est pas la manchette qui fait le mouvement, c’est le positionnement qui l’attendait. Un marché massivement penché d’un côté transforme même une nouvelle défavorable en carburant pour le camp opposé, et c’est exactement ce qui s’est produit.
Le calendrier a d’ailleurs bien fait les choses. Ce vendredi 25 septembre, la plus grosse expiration d’options de l’année, environ 15,6 milliards de dollars de contrats Bitcoin sur Deribit, se règle à 8h00 UTC, vidant le livre au moment précis où le marché cherche à valider sa cassure. Voici l’autopsie d’un mois où la lecture du positionnement valait bien mieux que la lecture des titres.
Le paradoxe de septembre : la mauvaise nouvelle, la hausse quand même
Le scénario écrit d’avance était simple. Une Fed qui resserre, c’est un dollar plus fort, des rendements obligataires plus hauts et moins d’appétit pour le risque. Un cadre réglementaire qui capote au Sénat, c’est une prime d’incertitude en plus. Additionnez les deux à quelques jours d’intervalle et vous obtenez, sur le papier, une recette franchement baissière pour un actif aussi sensible à la liquidité que Bitcoin.
Le marché a fait l’inverse, et la raison tient en un mot : le positionnement. Avant le verdict, le livre penchait déjà du côté défensif, avec une part significative de paris vendeurs bâtis pendant l’été. La question qui décide du sens d’un mouvement n’est presque jamais si une nouvelle est bonne ou mauvaise dans l’absolu, mais si elle est meilleure ou pire que ce que le prix intégrait déjà. Or ici, la nouvelle a été moins mauvaise que redouté.
La hausse de 25 points de base était largement dans les cours, et le dot plot a suggéré une seule hausse supplémentaire plutôt qu’un cycle de resserrement prolongé. La menace s’est muée en soulagement. Les vendeurs, coincés du mauvais côté d’un ressort comprimé, ont dû racheter leurs positions, et ce rachat a nourri la hausse. C’est le même exercice que celui appliqué dans le bulletin de notes des prévisions de prix : la question utile n’est pas ce que le consensus annonçait, mais comment le marché était placé face à ce qu’il annonçait.
Ce mécanisme a un nom parmi les traders : le marché récompense la surprise, pas la nouvelle. Quand tout le monde redoute une Fed agressive et se place en conséquence, une Fed simplement conforme aux craintes devient, paradoxalement, un signal d’achat. Le pessimisme était déjà dans les prix ; il ne restait plus guère de vendeurs marginaux pour pousser plus bas, mais une foule de positions vendeuses prêtes à se racheter dès que le pire ne se matérialisait pas. Septembre a offert un cas d’école de cette asymétrie.
Ce que le livre contenait avant le verdict
Pour comprendre le rebond, il faut rembobiner jusqu’au livre d’options tel qu’il se présentait à la mi-septembre. Fait notable, il avait basculé haussier pour la première fois en douze mois : les calls représentaient 61,39 pour cent de l’open interest contre 38,61 pour cent pour les puts, et le skew à 25 delta était repassé positif depuis le 20 août, selon news.bitcoin.com. Autrement dit, les acheteurs d’options misaient enfin sur la hausse après un an de couverture baissière.
Mais cette photo optimiste du livre d’options cachait une réalité plus nerveuse sur le comptant et sur les perpetuals, où le funding restait modéré et où une frange de traders continuait de vendre à découvert dans l’attente d’une Fed agressive. Ce grand écart, un livre d’options qui parie sur la hausse et un flux marginal qui se couvre à la baisse, est précisément le terrain d’un short squeeze : il suffit d’un catalyseur moins mauvais que prévu pour que le camp le plus fragile soit forcé de se déboucler.
Le mois offrait justement une série de catalyseurs rapprochés. Emploi, inflation, vote au Sénat, décision de la Fed et expiration trimestrielle se sont enchaînés en trois semaines, chacun capable de faire basculer le rapport de forces. Le tableau ci-dessous récapitule ce gant que le marché devait traverser, et le verdict de chaque étape.
| Événement | Date | Attendu | Résultat | Réaction de Bitcoin |
|---|---|---|---|---|
| Emploi (NFP août) | 4 sept. | ~50-55.000 postes | +162.000 (chaud) | repli sous 80.000 $ |
| Inflation CPI (août) | 11 sept. | désinflation | +0,4 % sur le mois, sous-jacente 2,4 % | quasi inchangé |
| CLARITY Act (cloture) | 15 sept. | incertain | échec, 49 voix contre 50 | creux sous 75.000 $ |
| FOMC et dot plot | 16 sept. | hausse probable | +25 pb à 3,75-4,00 % (unanime) | résilient, ~76.700 $ |
| Expiration trimestrielle | 25 sept. | ~15,6 Mds$ | règlement à 8h00 UTC | en cours |
La Fed a serré : 25 points de base, la première hausse depuis 2023
Le 16 septembre, le Comité de politique monétaire a relevé la fourchette cible entre 3,75 et 4,00 pour cent, une décision unanime et la première hausse depuis 2023. C’était aussi le premier meeting de Kevin Warsh comme président de l’institution, et son premier dot plot : seize des dix-huit participants anticipaient encore une hausse supplémentaire cette année, d’après Cointelegraph.
Warsh a assumé la ligne dure. «L’inflation reste trop élevée alors que l’économie américaine semble se renforcer», a-t-il résumé. Le contexte macro nourrissait cette fermeté : en août, l’emploi américain avait surpris à la hausse avec 162.000 créations de postes, les prix à la production accéléraient et l’inflation sous-jacente restait collante à 2,4 pour cent. Rien, dans ces chiffres, ne militait pour un pivot accommodant, et le marché obligataire l’avait compris.
Et pourtant, Bitcoin a encaissé. Le jour de l’annonce, il tenait autour de 76.663 dollars, en hausse de 1,35 pour cent sur 24 heures. La microstructure trahissait toute la nuance du moment : dans l’heure qui a suivi la décision, les perpetuals affichaient une vente nette d’environ 82 millions de dollars sur Bitcoin, tandis que le comptant absorbait quelque 15,5 millions de dollars d’achats nets. Le levier vendait la nouvelle, le comptant l’achetait. Cooper Duschang, de Talos, jugeait la hausse largement anticipée par le marché crypto ; Andrew Melville, de Block Scholes, prévenait qu’une hausse de plus constituerait une surprise nettement plus agressive que ces 25 points de base déjà digérés.
CLARITY meurt au Sénat, le CFTC prend le relais
La veille de la Fed, le 15 septembre, le vote de cloture sur le CLARITY Act échouait, à court des 60 voix requises, par 49 voix contre 50. Le grand pari réglementaire de l’été, ces gros paquets de calls calés sur une adoption rapide du texte que ce cluster avait documentés dès juillet, était mort et enterré. Pour le positionnement, c’était le dernier clou d’une thèse déjà largement dégonflée, et l’un des déclencheurs du creux sous 75.000 dollars.
Mais Washington n’a pas dit son dernier mot. Le 17 septembre, deux jours après l’échec du vote, la CFTC déposait auprès de la Maison-Blanche un projet de réglementation créant une catégorie de marché désigné pour les cryptos à effet de levier, en s’appuyant sur ses pouvoirs existants, sans attendre le Congrès, rapporte The Block. Le régulateur des matières premières contournait ainsi l’impasse législative.
Le signal compte pour qui lit le positionnement. Aux États-Unis, les dérivés crypto relèvent du régulateur des matières premières, pas de celui des valeurs mobilières : c’est un débat CFTC contre SEC, et non l’inverse. Nous verrons plus loin que le partage des compétences est très différent en Europe, où l’AMF encadre ces produits au titre des instruments financiers. Retenons pour l’instant que l’échec du CLARITY Act a retiré une source d’incertitude sans fermer la porte à une supervision fédérale des perpetuals.
Pourquoi ça a grimpé : le short squeeze du 22 septembre
La mécanique de la hausse s’est déroulée en deux temps. Premier temps, juste après la Fed : Bitcoin, tombé sous 75.000 dollars sur l’échec du CLARITY Act, a rebondi de 5,88 pour cent jusqu’à 80.846 dollars les 18 et 19 septembre, son premier passage au-dessus de 80.000 dollars depuis le 7 septembre. Ce rebond a coûté environ 230 millions de dollars aux vendeurs de Bitcoin et 445 millions à l’ensemble des shorts crypto, selon Decrypt, qui notait que le dot plot impliquait un seul mouvement de plus plutôt qu’un cycle de resserrement soutenu.
Deuxième temps, le 22 septembre : la cassure s’est accélérée. Bitcoin a franchi successivement les résistances jusqu’à toucher environ 86.500 dollars, un sommet depuis janvier, et brièvement au-delà de 87.000 dollars. Sur 24 heures, les liquidations ont atteint 746,6 millions de dollars, dont 647,9 millions du seul côté vendeur, et près de 160 millions en une seule heure, d’après les données Coinglass reprises par CoinDesk.
C’est un short squeeze de manuel : le prix monte, les vendeurs sont forcés de racheter, ce rachat pousse le prix plus haut, et la boucle se referme sur elle-même jusqu’à épuisement du carburant. Mais réduire le mois à ce seul mécanisme serait une erreur d’analyse, car un squeeze, aussi spectaculaire soit-il, ne dit rien de la durabilité de la hausse. La vraie question est ailleurs.
Spot ou levier ? La nuance qui change tout
Ici se joue la lecture qui sépare l’analyste du commentateur. Un short squeeze n’est pas une demande nouvelle : c’est la fermeture de paris existants. Il pousse le prix, mais son carburant s’épuise dès que les derniers vendeurs ont capitulé. À l’inverse, les créations d’ETF au comptant retirent réellement du Bitcoin du flottant disponible et laissent derrière elles une demande plus persistante. Les deux peuvent soulever le prix dans la même séance ; seul le second ajoute un socle durable.
Or les deux ont joué de concert en septembre. Les ETF Bitcoin au comptant ont absorbé plus de 2,1 milliards de dollars d’entrées nettes en trois séances, les 18, 21 et 22 septembre, après deux jours de rachats en milieu de mois, selon The Crypto Times. Le média résume la dynamique d’une formule utile : la hausse était amplifiée par le levier mais tirée par le comptant. Cette distinction n’est pas académique ; elle détermine si le plancher tiendra une fois le squeeze terminé.
Le compteur du levier confirme cette prudence. L’open interest agrégé sur les dérivés Bitcoin s’est certes rapproché de 160 milliards de dollars, un niveau revu pour la dernière fois en octobre 2025, mais le funding est resté modérément positif, loin de la surchauffe des grands sommets. Un livre volumineux, oui ; un excès de levier euphorique, non. Pour lire correctement un rebond, il faut donc croiser trois compteurs : la variation d’open interest (le levier se construit-il ou se solde-t-il ?), le funding (les longs paient-ils cher pour rester en position ?) et les flux au comptant (y a-t-il un acheteur qui immobilise réellement des pièces ?). En septembre, la réponse pointait vers une hausse mieux étayée qu’un simple feu de paille.
Anatomie d’un squeeze : comment un livre penché se retourne
Le squeeze mérite qu’on en démonte le moteur, car la même mécanique fonctionne dans les deux sens. Quand trop de traders sont vendeurs et que le prix casse une résistance, les ordres stop et les seuils de liquidation déclenchent des rachats forcés. Chaque rachat est un achat qui pousse le prix, ce qui déclenche le seuil suivant. La position se dénoue par vagues, exactement comme une cascade de liquidations à la baisse, mais à l’envers. Le levier accumulé dans le calme est de l’énergie stockée ; les liquidations sont la façon dont elle se libère.
Sur les marchés on-chain, cette violence peut se jouer en un seul bloc, à l’image du crédit qui vit et meurt en un bloc : une position s’ouvre, se liquide et se solde dans le même espace de temps, sans échappatoire pour le trader pris à contre-pied. Sur les plateformes centralisées, le processus s’étale davantage mais reste opaque, ce qui complique la mesure en temps réel de l’ampleur du mouvement.
Il faut d’ailleurs se méfier des chiffres eux-mêmes. Les données de liquidation sont notoirement incomplètes : beaucoup de plateformes centralisées ne publient qu’un ordre de liquidation par seconde, si bien que les pics réels sont massivement sous-estimés, parfois d’un ordre de grandeur. Le montant affiché d’un squeeze est un plancher, pas une mesure exacte, et un trader prudent traite ces totaux comme des indications de direction plutôt que comme des vérités comptables.
L’expiration du trimestre : 15,6 milliards qui tombent aujourd’hui
C’est sur ce marché tendu que se règle, ce vendredi 25 septembre à 8h00 UTC sur Deribit, la plus grosse expiration d’options de l’année. Environ 15,6 milliards de dollars de contrats Bitcoin arrivent à échéance, soit 182.000 contrats, dont 106.200 calls et 75.900 puts, un ratio put/call de 0,71 qui confirme le penchant haussier du livre, précise Decrypt. Les futures du CME, eux, se règlent le même jour à 15h00 UTC.
En ajoutant les options Ethereum, l’échéance trimestrielle avoisine 16 à 18 milliards de dollars, et environ 55 pour cent des 9,4 milliards de dollars de calls arrivent dans la monnaie, selon Crypto Briefing. La carte des strikes raconte l’état d’esprit du marché : le niveau de 70.000 dollars concentre à la fois le plus gros call (8.705 BTC) et le plus gros put (7.653 BTC), véritable pivot du livre. Au-dessus, les calls s’empilent à 90.000 et 100.000 dollars, purs paris de continuation. Le max pain, lui, se situe autour de 76.000 dollars, soit environ 8.000 dollars sous le cours au comptant.
| Donnée | Valeur | Lecture |
|---|---|---|
| Notionnel Bitcoin | ~15,6 Mds$ (182.000 contrats) | plus grosse échéance de l’année |
| Ratio put/call | 0,71 | livre penché côté call |
| Max pain | ~76.000 $ | environ 8.000 $ sous le spot |
| Strike le plus chargé | 70.000 $ | plus gros call ET plus gros put |
| Calls hauts | 90.000 $ et 100.000 $ | paris de continuation |
| Part de l’OI options Deribit | ~37 % | vide une large partie du livre |
Que se passe-t-il concrètement une fois la cloche sonnée ? Les contrats dans la monnaie sont réglés en cash, les positions perdantes disparaissent, et une partie des paris est reconduite (le fameux roll) sur les échéances d’octobre et de décembre. Le marché perd d’un coup une grande partie de son ancrage optionnel : les niveaux qui aimantaient les couvertures s’effacent, et le prix retrouve une liberté de mouvement qu’il n’avait pas les jours précédents. C’est pourquoi les lendemains d’expiration trimestrielle sont souvent plus volatils que la journée de règlement elle-même.
Max pain, gamma et l’illusion de l’aimant
Le max pain fascine parce qu’il promet une prophétie : le prix serait attiré vers le strike qui fait le plus mal au plus grand nombre. La réalité est plus modeste. Jasper De Maere, trader chez Wintermute, le formulait sans détour dans CoinDesk : «Malgré un récit séduisant, les expirations d’options récentes n’ont pas vraiment épinglé mécaniquement les prix comme les gens s’y attendent.» Avec un spot quelque 8.000 dollars au-dessus du max pain, l’aimant du 25 septembre ne pinçait manifestement rien.
L’histoire récente donne raison à cette prudence. En juin, une expiration de 10 milliards de dollars affichait un max pain autour de 72.000 dollars alors que le prix évoluait bien en dessous, sans jamais y être ramené ; d’autres échéances, à l’inverse, se sont réglées tout près de leur max pain. Cette inconstance est précisément le problème : un indicateur qui pince parfois et pas d’autres fois n’est pas un aimant, c’est une coïncidence habillée en règle.
Ce qui compte davantage, c’est le gamma des teneurs de marché. Les intermédiaires qui ont vendu ces options couvrent leur exposition en achetant ou en vendant du Bitcoin réel au fur et à mesure que le prix bouge. Ce flux de couverture disparaît, ou se reporte sur l’échéance suivante, une fois les contrats réglés. C’est le vrai effet d’une grande expiration : moins l’attraction vers un strike que le retrait d’une force stabilisatrice.
Concrètement, tant que les teneurs de marché sont en gamma positif autour du prix courant, leur couverture agit comme un frein : ils vendent quand ça monte et achètent quand ça baisse, amortissant les écarts. En gamma négatif, l’effet s’inverse et amplifie les mouvements. Une fois 15,6 milliards de dollars de contrats effacés du livre, une partie de ce frein saute, ce qui peut libérer la volatilité dans les deux sens, à la hausse comme à la baisse, indépendamment du fameux max pain.
Les cohortes encore en jeu : carry, trésoreries, ETF
Derrière les métriques agrégées se cachent des acteurs aux intentions opposées, et c’est leur composition qui détermine la suite. Un même chiffre d’open interest ne veut pas dire la même chose selon qui le porte. Trois cohortes méritent l’attention après septembre.
Les fonds de base et de carry, d’abord, jouent la structure et non la direction. Ils achètent le comptant, vendent le future et récoltent l’écart, dans une logique proche du rendement réel que nous suivons dans la DeFi. Ils n’amplifient pas la tendance ; ils la stabilisent tant que la base reste rémunératrice, et se retirent quand elle se comprime. Leur présence dans l’open interest est donc du levier neutre, pas un pari directionnel.
Les trésoreries d’entreprise, ensuite, sont réflexives : elles accumulent quand leur prime sur l’actif net le permet et se figent quand elle s’évapore. En France, Capital B, la trésorerie Bitcoin française, illustre ce modèle et sa sensibilité au sentiment de marché. Les allocateurs d’ETF, enfin, ont fourni le bid persistant du mois, mais leur fidélité est réversible : la mi-septembre avait vu plus de 450 millions de dollars de rachats en une seule séance avant le retournement. Lire le positionnement, c’est d’abord identifier laquelle de ces mains tient la position.
Lire le positionnement sans se faire piéger
La leçon transversale de septembre, c’est qu’aucune métrique ne se lit seule. Chacune est un indicateur retardé, fragmenté entre plateformes, et facile à mal interpréter. Un open interest qui monte peut signaler de nouveaux longs comme de nouveaux shorts. Le funding est un thermomètre de sentiment à fenêtre courte, très volatil d’un jour à l’autre. Le skew dit la direction que la foule paie pour se protéger, pas celle que prendra le prix.
La carte n’est pas le territoire. Le positionnement ne prédit pas le sens du prochain mouvement ; il en indique la violence potentielle. C’est la même discipline que celle qui consiste à se positionner sans prédire le sommet : on construit un plan qui survit à plusieurs scénarios plutôt qu’un pari sur un seul. Le tableau suivant résume comment lire chaque signal sans tomber dans son piège.
| Métrique | Ce qu’elle montre | Le piège |
|---|---|---|
| Open interest | taille des paris ouverts | ne dit pas le sens (longs ou shorts) |
| Funding | prime payée entre longs et shorts | fenêtre courte, très volatil |
| Ratio put/call | biais du livre d’options | une photo, pas un film |
| Max pain | strike le plus douloureux | descriptif, non prédictif |
| Skew à 25 delta | direction de la couverture | mesure la peur, pas la trajectoire |
| Liquidations | énergie du levier qui se décharge | sous-déclarées, parfois d’un ordre de grandeur |
Prenons l’exemple de fin septembre pour illustrer la méthode. Le ratio put/call de 0,71 dit un livre penché vers les calls, mais ce n’est qu’une photo ; le funding modéré tempère l’enthousiasme ; l’open interest élevé signale beaucoup de paris ouverts sans préciser leur sens ; et les liquidations massives de shorts confirment que le carburant du mouvement venait surtout de vendeurs pris à contre-pied. Aucun de ces signaux ne suffit seul, mais leur superposition dessine une image cohérente : une hausse réelle, portée par un vrai bid au comptant, mais encore vulnérable à un dénouement si la demande spot venait à se tarir.
Le cadre AMF : pourquoi un perp est un CFD
Pour un lecteur français, une précision réglementaire s’impose, car elle change la nature même du levier accessible. Les dérivés crypto, perpetuals, futures et options, ne relèvent pas de MiCA, qui couvre le comptant et les prestataires de services sur actifs numériques. Ce sont des instruments financiers au sens de la directive MiFID II, supervisés par l’AMF au titre de la conduite de marché.
L’ESMA a rappelé, le 24 février 2026, que les perpetuals s’apparentent à des CFD et tombent donc sous les mesures d’intervention produit : effet de levier de détail plafonné à 2:1 sur les cryptos, clôture obligatoire à 50 pour cent de la marge et protection contre le solde négatif, comme le détaille l’ESMA. Un particulier européen sur une plateforme régulée accède donc à une fraction seulement du levier de 20 à 50 fois observé hors de ce périmètre.
Cette asymétrie éclaire le récit du squeeze : l’essentiel du carburant à liquidation se trouve sur des plateformes situées hors du champ de l’AMF, là où le levier reste débridé. En France, le régime transitoire PSAN a par ailleurs pris fin le 1er juillet 2026 ; les prestataires non conformes doivent liquider leurs activités de façon ordonnée, sous peine de sanctions pénales pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende, souligne l’AMF. Le paysage se resserre côté conformité au moment même où le levier offshore continue d’alimenter la volatilité.
Et maintenant ? Le livre après l’expiration
Une fois l’échéance du 25 septembre réglée, le livre se remet à plat : les flux de couverture des teneurs de marché se réinitialisent et le marché repositionne pour le quatrième trimestre. Le dot plot laisse la porte ouverte à une hausse supplémentaire, ce qui fait du FOMC de décembre le prochain grand rendez-vous à surveiller. Un resserrement de plus, s’il survient, serait perçu comme le signal d’un cycle plus dur que ce que le marché intègre aujourd’hui.
Le facteur de bascule reste la demande au comptant. Si le bid des ETF persiste, le plancher tient et la composante durable de la hausse l’emporte ; s’il s’essouffle, la part transitoire du squeeze se dénoue et le prix retombe vers les zones où le levier s’était accumulé. CryptoQuant a repéré la zone de 88.000 à 90.000 dollars comme prochaine résistance d’offre, tout en précisant qu’il s’agit d’une conclusion de recherche, pas d’une prévision.
La morale de septembre tient en une phrase : surveillez le positionnement, pas la manchette. La Fed a serré, le cadre législatif a échoué, et le marché a grimpé quand même, parce que le livre était déjà penché du mauvais côté pour ceux qui misaient sur la baisse. Le prochain retournement suivra la même logique : il ne récompensera pas ceux qui auront le mieux deviné la nouvelle, mais ceux qui auront le mieux lu comment le marché s’y était préparé.
Foire aux questions
Pourquoi Bitcoin a-t-il monté alors que la Fed a relevé ses taux ?
Parce que le positionnement anticipait déjà une Fed agressive. Le livre penchait vendeur et défensif avant le 16 septembre ; une hausse de 25 points de base largement attendue, et un dot plot suggérant une seule hausse supplémentaire plutôt qu’un cycle prolongé, ont été moins mauvais que redouté, forçant les vendeurs à racheter leurs positions (short squeeze). C’est le positionnement, pas la manchette, qui a fait le mouvement.
Qu’est-ce que le max pain d’une expiration d’options ?
Le max pain est le prix auquel le plus grand nombre d’options, calls et puts confondus, expirent sans valeur, infligeant la perte maximale aux acheteurs. Pour l’expiration du 25 septembre 2026, il se situe autour de 76.000 dollars, soit environ 8.000 dollars sous le cours au comptant. C’est un repère descriptif, pas prédictif : les expirations récentes n’ont pas aimanté le prix comme la théorie le voudrait.
Le rebond de septembre est-il porté par le levier ou par le comptant ?
Les deux, mais dans des proportions qui comptent. Le short squeeze, c’est-à-dire le rachat de positions vendeuses, est transitoire ; les créations d’ETF au comptant retirent du Bitcoin du flottant et laissent une demande plus durable. Les entrées nettes sur les ETF ont dépassé 2 milliards de dollars en trois séances, tandis que le funding restait modérément positif, ce qui plaide contre un simple excès de levier.
Comment l’AMF encadre-t-elle les dérivés crypto en France ?
Les perpetuals, futures et options crypto sont des instruments financiers relevant de la directive MiFID II, supervisés par l’AMF, et non de MiCA, qui couvre le comptant et les prestataires de services. L’ESMA rappelle que les perps s’apparentent à des CFD : effet de levier de détail plafonné à 2:1, clôture à 50 pour cent de marge et protection contre le solde négatif.
L’expiration d’options du 25 septembre 2026 va-t-elle faire chuter le prix ?
Rien ne l’impose. Environ 15,6 milliards de dollars d’options Bitcoin se règlent sur Deribit à 8h00 UTC, la plus grosse échéance de l’année. L’effet principal n’est pas le pin du max pain mais la disparition des flux de couverture, le gamma des teneurs de marché, une fois les contrats réglés, ce qui peut accroître la volatilité dans les deux sens.
Par Liam Brennan, journaliste marchés chez HOGE Wire.