h hoge.gg
Subscribe
BTC$67,432.18+2.34%ETH$3,521.44+1.08%SOL$178.62-0.62%BNB$612.30+0.41%XRP$0.6234-0.18%ADA$0.4521+3.12%DOGE$0.1623+1.86%AVAX$38.71-1.24%LINK$17.84+0.92%HOGE$0.00004120+4.21%
BTC$67,432.18+2.34%ETH$3,521.44+1.08%SOL$178.62-0.62%BNB$612.30+0.41%XRP$0.6234-0.18%ADA$0.4521+3.12%DOGE$0.1623+1.86%AVAX$38.71-1.24%LINK$17.84+0.92%HOGE$0.00004120+4.21%
● Markets

Arbitrage de funding : qui empoche le rendement des perpétuels ?

Le funding rate des perpétuels n'est pas qu'un mécanisme technique : fonds, market makers et Ethena en tirent un rendement. Voici qui en profite, et qui en paie le prix en 2026.

Le paiement invisible qui fait tourner un marché de plusieurs milliards

Toutes les huit heures, ou toutes les heures selon la plateforme, des milliards de dollars changent de mains entre traders sans qu’aucun ordre ne soit passé. Ce transfert silencieux, c’est le funding rate, le mécanisme qui maintient le prix des contrats perpétuels aligné sur le prix au comptant. Peu de particuliers y prêtent attention, sauf quand leur position s’allège discrètement à chaque échéance de paiement. Pourtant, ce taux est devenu, pour une partie du marché, une source de rendement à part entière : des fonds quantitatifs, des market makers et des protocoles comme Ethena en ont fait une stratégie construite, quand d’autres, souvent des particuliers utilisant un effet de levier excessif, en paient durablement le prix.

Mi-juillet 2026, avec un bitcoin autour de 56 300 EUR selon CoinGecko et l’indice CF Bitcoin Kraken Perpetual Funding Rate à 10,17 % annualisé le 13 juillet d’après CF Benchmarks, la question de savoir qui capte réellement ce rendement, et qui le finance, mérite d’être posée frontalement. Nous avions déjà détaillé la mécanique du taux dans notre guide sur le fonctionnement du funding rate ; cet article se concentre sur ce que les professionnels en font concrètement, et sur l’envers du décor.

Le mécanisme en bref : pourquoi le funding existe

Un contrat perpétuel n’a pas de date d’échéance, contrairement à un future classique coté au CME. Sans mécanisme correcteur, son prix pourrait dériver indéfiniment loin du prix spot. Le funding rate corrige cette dérive : quand le contrat cote au-dessus du spot, la situation la plus fréquente sur un marché structurellement acheteur, les positions longues paient les positions courtes ; quand il cote en dessous, la relation s’inverse. Le taux combine généralement un indice de prime, l’écart entre le prix du contrat et le prix spot, et une composante de taux d’intérêt.

La formule varie sensiblement d’une plateforme à l’autre : périodicité de huit heures pour Binance, Bybit et OKX, périodicité horaire pour Hyperliquid et dYdX v4, bandes mortes et plafonds différents, référence de prix mark pour la plupart des bourses centralisées contre un prix oracle pour Hyperliquid. Les détails formule par formule figurent dans notre guide déjà cité. Ce qui compte ici, c’est que ce paiement périodique, multiplié par des dizaines de milliards de dollars d’open interest, représente un flux de trésorerie bien réel, que certains acteurs cherchent activement à capter plutôt qu’à simplement subir.

De la formule à la stratégie : la naissance de l’arbitrage de funding

L’idée centrale de l’arbitrage de funding est simple dans son principe, même si son exécution demande de la discipline opérationnelle. Un acteur achète l’actif au comptant, ou détient un collatéral équivalent, et vend en parallèle un montant notionnel égal du même actif sur le marché des perpétuels. Les deux jambes s’annulent en termes d’exposition directionnelle : que le prix du bitcoin monte ou baisse, le gain sur l’une compense la perte sur l’autre. Ce qui reste, c’est le paiement de funding lui-même : si le taux est positif, la jambe courte sur le perpétuel encaisse le paiement des longs, période après période.

Cette logique n’a rien de nouveau, elle reprend celle du cash-and-carry utilisé de longue date sur les marchés à terme traditionnels. Ce qui change avec les perpétuels crypto, c’est l’absence d’échéance : la position peut, en théorie, être maintenue indéfiniment tant que le financement reste favorable, ce qui en a fait l’une des stratégies dites market neutral les plus discutées du cycle 2025-2026, aux côtés du basis trade sur futures à échéance. La différence essentielle entre les deux : le basis trade sur futures CME converge mécaniquement vers zéro à l’échéance, alors que le funding sur perpétuel peut rester positif, ou négatif, sur des périodes prolongées, sans date de convergence forcée.

Ce n’est pas une martingale. Le rendement dépend entièrement du signe et de la stabilité du funding, et rien ne garantit qu’il reste positif. C’est précisément cette dépendance qui transforme un mécanisme technique en pari, feutré mais réel, sur le comportement moyen des traders sur perpétuels.

Ethena et USDe : quand le funding rate devient un produit financier

Aucun projet n’illustre mieux cette capture de rendement qu’Ethena. Son dollar synthétique, USDe, repose sur une structure delta neutre : le protocole détient un collatéral en ETH staké et vend, en face, un montant notionnel équivalent de contrats perpétuels ETH. Le rendement distribué aux détenteurs de sa version stakée, sUSDe, provient de deux sources combinées, le rendement du staking Ethereum sur la jambe longue et le paiement de funding capté sur la jambe courte, comme l’explique Forbes.

Le protocole documente lui-même la dépendance de ce modèle au signe du funding : sur les trois dernières années, le funding cumulé a été négatif environ 17,5 % des jours, avec une séquence négative continue atteignant jusqu’à treize jours, selon la propre documentation des risques d’Ethena. La stratégie reste rentable en moyenne parce que le funding est structurellement positif plus souvent qu’il n’est négatif, mais elle a connu des épisodes de tension bien réels : USDe s’est brièvement décroché à 0,97 dollar le 10 octobre 2025, lors d’un flash crash généralisé du marché. Mi-2026, l’offre en circulation d’USDe se situe dans une fourchette de 4 à 6 milliards de dollars selon les relevés de DeFiLlama, ce qui en fait l’un des plus grands dollars synthétiques adossés à cette mécanique.

Ethena n’est pas seule à raisonner ainsi : de grandes trésoreries institutionnelles cherchent elles aussi, depuis 2025, à transformer une simple détention d’actifs en source de rendement active, une tendance que nous avons explorée dans notre article sur la fin de l’ère des primes pour les trésoreries crypto. Le funding est, en ce sens, l’une des rares sources de rendement crypto qui ne dépend ni d’un jeton natif inflationniste, ni d’un partenaire de contrepartie centralisé, ce qui explique une bonne partie de son attrait.

Le duel des données : qui fait vraiment chauffer le funding, Hyperliquid ou les CEX ?

Deux maisons de recherche réputées sont arrivées, sur ce point précis, à des conclusions en apparence contradictoires, ce qui illustre bien pourquoi construire une stratégie sur la seule lecture d’un funding rate est plus délicat qu’il n’y paraît.

Dans son rapport trimestriel, BitMEX constate que le funding standalone de Hyperliquid sur le bitcoin tourne autour de 14,6 % annualisé, contre environ 7,4 % sur Binance, soit presque le double, avec une prime de 7,17 points de pourcentage sur BTC et 5,31 points sur ETH, un écart qui se maintient dans un sens unique 95 % du temps sur BTC et 89 % sur ETH. Shang Wu, analyste senior chez BitMEX Research et auteur du rapport, attribue cet écart à la composition de la base d’utilisateurs : « les plateformes on-chain sont accessibles via des portefeuilles auto-hébergés et sont massivement peuplées de traders particuliers avec un biais directionnel structurellement acheteur », écrit-il, ajoutant que l’arbitrage institutionnel y reste « opérationnellement coûteux » en raison des contraintes de conformité, de garde d’actifs et de risque de pont.

Quelques semaines plus tard, Coin Metrics publiait, dans son bulletin State of the Network, une lecture presque inverse sur la moyenne : sur six mois glissants, le funding moyen de Hyperliquid sur le bitcoin, environ 0,00135 % par période, se classait en réalité en deuxième position la plus basse des trois plateformes comparées, tout juste au-dessus de Deribit (0,00125 %), loin derrière Binance. « Bien que plus volatil, sur les six derniers mois, le funding de Hyperliquid sur le bitcoin est le deuxième plus bas pour les positions longues », résume Cooper Duschang, chercheur associé chez Coin Metrics et auteur du bulletin. Sa mesure de volatilité, en revanche, confirme une partie du constat de BitMEX : le funding de Hyperliquid varie 1,95 fois plus que celui de Binance et 3,32 fois plus que celui de Deribit.

Les deux rapports ne mesurent pas tout à fait la même chose : fenêtres temporelles différentes, méthodologies de moyenne différentes, périodes de marché différentes. La conclusion pratique tient malgré tout : le funding on-chain bouge plus vite et plus fort que sur les grandes bourses centralisées, même si son niveau moyen sur une longue période peut, à certains moments, paraître comparable, voire plus bas. Pour un arbitrageur, cette volatilité supérieure n’est pas un détail, elle change directement le profil de risque de la position, même quand l’exposition directionnelle reste couverte.

Hyperliquid : la ruée vers le funding on-chain

Au-delà du débat méthodologique, Hyperliquid illustre une bascule plus large : une part croissante du volume de perpétuels se traite désormais on-chain, avec des paiements de funding qui suivent. La plateforme a enchaîné les records d’open interest au cours de l’été 2026, portés notamment par de nouveaux marchés adossés à des actifs du monde réel déployés via son cadre « builder » HIP-3, un segment qui a rapidement gagné en importance dans la ventilation de l’open interest par catégorie d’actif, au point de rivaliser avec le bitcoin lui-même sur cette plateforme spécifique.

Cette échelle reste toutefois à relativiser : Hyperliquid domine largement l’univers des perpétuels strictement décentralisés, mais ne capte encore qu’une fraction, de l’ordre de 8 à 9 %, de l’open interest mondial une fois les grandes bourses centralisées comme Binance, Bybit ou OKX incluses dans le calcul. C’est justement cette dynamique de capitaux institutionnels qui cherchent où se loger, entre plateformes on-chain et infrastructures régulées, que nous avons analysée dans notre article sur les capitaux institutionnels et le restaking : les arbitrages de rendement ne se limitent pas au funding, ils touchent l’ensemble des briques de la finance on-chain.

Tableau comparatif : les paramètres de funding par grande plateforme

Avant d’aller plus loin, un rappel synthétique des paramètres qui font qu’un même marché, le bitcoin par exemple, peut afficher un funding sensiblement différent selon la plateforme choisie.

PlateformeFréquenceTaux d’intérêtBande morte / plafond
Binance / Bybit8 heuresenviron 0,01 % par période, fixe± 0,05 %
OKX8 heures, bascule horaire si plafond atteintvariableplafond et plancher dynamiques
DeribitContinu, exprimé par 8 heuresaucune composante distincte± 0,025 % (bande morte), plafond ± 0,5 % BTC / ± 1 % ETH
HyperliquidHoraire, prime échantillonnée toutes les 5 secondes0,01 % par 8 heures, soit 11,6 % annualisé pour les shortsplafond extrême de 4 % par heure
dYdX v4Horaire0,125 point de base par heure par défaut, fixé par gouvernanceenviron 12 % par 8 heures pour BTC, lié à la marge

Les fonds, les market makers et le grand désendettement de 2026

L’arbitrage de funding n’est pas réservé aux protocoles automatisés comme Ethena. Une partie significative de la demande institutionnelle pour les ETF bitcoin au comptant américains, en 2024 et 2025, provenait de fonds cherchant à capter la base, l’équivalent, sur futures à échéance, du funding des perpétuels, plutôt qu’une exposition directionnelle pure. Le rapport 13F de CoinShares sur le premier trimestre 2026 documente le retournement de cette tendance : les hedge funds ont réduit leur exposition aux ETF bitcoin de 31 400 BTC sur le trimestre, une baisse de 39 % en variation trimestrielle et de 42 % sur un an, un mouvement attribué en bonne partie au funding devenu négatif et au dénouement de positions d’arbitrage devenues non rentables, dans un contexte de concurrence accrue de l’or et des actifs liés à l’intelligence artificielle pour les mêmes capitaux.

Ce retrait des fonds spéculatifs a été partiellement compensé par l’entrée de nouvelles institutions bancaires, moins focalisées sur l’arbitrage de court terme : JPMorgan a ajouté environ 3 000 BTC d’exposition, Wells Fargo environ 4 000 BTC, portant l’exposition bancaire totale à plus de 15 000 BTC, en hausse de 339 % sur un an selon le même rapport. Ce basculement, de fonds qui arbitraient activement le funding vers des institutions qui détiennent plus passivement, a des implications directes sur la liquidité et la profondeur du marché des perpétuels : moins d’arbitrageurs actifs signifie, mécaniquement, des écarts de funding qui se referment plus lentement.

Ce mouvement de repositionnement rejoint des constats plus larges sur qui contrôle réellement le marché des dérivés crypto aujourd’hui, un sujet que nous avons traité en détail dans notre article sur le positionnement des dérivés et la question de qui tient les manettes, notamment la façon dont les positions sur le CME et sur les options ont évolué en parallèle du funding sur les perpétuels.

Quand le funding plonge : négatif, capitulation et squeeze inversé

L’arbitrage de funding fonctionne dans les deux sens, ce qui signifie qu’il peut aussi punir ceux qui l’exécutent. Un funding durablement négatif inverse le paiement : ce sont alors les positions courtes qui paient les longues. Pour un arbitrageur structuré en cash-and-carry classique, long au comptant et court sur le perpétuel, un funding négatif prolongé transforme une position censée être neutre en source de perte régulière, même si le prix ne bouge pas.

2026 a offert une illustration concrète de ce risque. Après le sommet historique du bitcoin début octobre 2025, le funding a basculé en territoire négatif dès le début de l’année, avant d’atteindre, le 16 avril 2026, l’un de ses points les plus bas depuis plusieurs années : la moyenne sur sept jours est tombée à moins 0,005 %, un niveau que les données de Glassnode citées par CoinDesk qualifiaient de « plus négatif depuis 2023 », alors que le bitcoin cotait autour de 65 500 EUR, soit environ 75 000 dollars. Historiquement, ce type d’épisode a précédé des phases de reprise, à l’image de la séquence de près de cinquante jours de funding négatif observée après l’effondrement de FTX fin 2022, avant que le bitcoin ne remonte d’environ 15 500 à 23 000 dollars fin janvier 2023.

À l’inverse, un funding qui s’envole peut aussi signaler un risque de correction plutôt qu’une opportunité. Début janvier 2026, le funding sur Deribit a dépassé 30 % annualisé alors que le bitcoin testait les 78 600 EUR, soit environ 90 000 dollars, dans des conditions de liquidité de fêtes de fin d’année amincies. Les analystes de QCP Capital, cités par The Block, ont averti que la hausse des taux de funding sur les futures « accentue le risque de correction du marché crypto », un phénomène partiellement lié à une couverture en gamma courte des teneurs de marché, qui les contraint à acheter davantage à mesure que le prix grimpe, amplifiant la hausse jusqu’à ce qu’elle se retourne.

Le tableau suivant résume ces trois moments clés de l’année, du pic positif de début janvier au creux négatif d’avril, jusqu’au retour à un funding plus modéré mi-juillet.

DateFunding observéContexte BTCSignification
Début janvier 2026Plus de 30 % annualisé (Deribit)Environ 78 600 EUR, liquidité de fêtes amincieQCP Capital signale un risque de correction
16 avril 2026Moins 0,005 % en moyenne sur 7 joursEnviron 65 500 EURPlus négatif depuis 2023 selon Glassnode
13 juillet 2026Indice KFRI à 10,17 % annualiséEnviron 56 300 EURRetour à un funding modérément positif

Les altcoins et les memecoins : un funding qui tourne toujours plus chaud

La photographie ci-dessus concerne surtout le bitcoin et, dans une moindre mesure, l’ether, deux actifs relativement profonds et liquides. Sur les altcoins de plus petite capitalisation, et plus encore sur les memecoins, l’amplitude du funding peut être sensiblement supérieure. Une liquidité plus fine, une base de traders davantage dominée par des positions spéculatives de court terme, et des carnets d’ordres plus étroits font que quelques heures d’euphorie suffisent parfois à pousser le funding annualisé bien au-delà de ce qu’on observe jamais sur le bitcoin, avant un retour tout aussi rapide vers des niveaux plus calmes.

Cette caractéristique rend l’arbitrage de funding sur ces actifs à la fois plus tentant sur le papier, des taux ponctuels plus élevés signifiant en théorie un rendement plus élevé, et plus risqué en pratique : le risque de contrepartie, le risque de liquidité au dénouement, et la possibilité de retournements brusques du signe du funding sont tous amplifiés par la même faible profondeur de marché qui permettait des taux élevés au départ. Des plateformes d’agrégation comme CoinGlass permettent de suivre ces écarts en temps réel, marché par marché, une vérification que tout lecteur peut reproduire avant de tirer une conclusion sur un actif en particulier plutôt que de se fier à une moyenne générale.

C’est aussi sur ces marchés plus fins que le suivi des mouvements de grandes positions prend tout son sens, un sujet que nous avons approfondi dans notre article sur le décodage des mouvements de baleines : une seule position de taille suffit parfois à faire basculer le funding d’un altcoin peu liquide, dans un sens ou dans l’autre.

Le risque caché de l’arbitrage « sans risque »

La littérature spécialisée qualifie souvent le cash-and-carry de stratégie market neutral, quasiment sans risque de marché. C’est vrai pour le risque directionnel, mais faux pour plusieurs autres risques qui restent bien présents :

  • Le risque de contrepartie sur la plateforme qui héberge la jambe perpétuelle : en cas de défaillance ou de gel des retraits, la couverture ne protège rien si l’une des deux jambes devient inaccessible.
  • Le risque de liquidation sur la jambe à effet de levier, si la marge n’est pas correctement dimensionnée face à la volatilité du sous-jacent, même dans une position censée être neutre en direction.
  • Le risque de base lui-même, c’est-à-dire le risque que le funding se retourne plus vite ou plus durablement que prévu, ce qui a précisément motivé le dénouement massif de positions documenté par CoinShares plus haut.

Le travail de recherche de la Banque des règlements internationaux sur le « crypto carry » situe le rendement moyen de ce type de stratégie à plus de 10 % annualisé sur cycle complet, avec des pics dépassant 40 % lors des phases les plus spéculatives, mais souligne aussi sa forte variabilité et sa sensibilité aux conditions de financement à court terme. Ce n’est donc pas un rendement garanti au sens obligataire du terme, plutôt une prime de risque qui rémunère l’acceptation d’une exposition résiduelle à plusieurs sources de risque non directionnel.

Qui paie, au final ? Le bilan zéro-somme du funding

Le funding rate est, par construction, un jeu à somme nulle entre les deux côtés du marché des perpétuels : chaque euro versé par une position est un euro reçu par l’autre, avant frais de plateforme. Cette symétrie comptable masque toutefois une asymétrie économique bien réelle. Le funding est positif la majorité du temps précisément parce que la demande de levier long dépasse structurellement celle de levier court, portée par des traders particuliers optimistes qui acceptent de payer une prime pour maintenir une exposition longue avec effet de levier plutôt que d’acheter l’actif au comptant.

Ceux qui collectent ce paiement, de façon disciplinée et sur la durée, sont typiquement les acteurs qui structurent leur position en delta neutre : Ethena, des market makers, des fonds spécialisés. Ceux qui le paient, de façon répétée, sont souvent des traders particuliers qui privilégient les perpétuels pour leur simplicité d’accès et leur effet de levier, sans nécessairement intégrer le coût de portage dans leur calcul de rentabilité. Ce n’est pas un jugement moral, c’est une observation structurelle : le funding rémunère la patience et la discipline opérationnelle, et pénalise la précipitation et le sous-dimensionnement du risque.

AMF, ESMA et le cadre MiFID II : ce que le régulateur autorise vraiment

En France comme dans le reste de l’Union européenne, les contrats à terme perpétuels ne relèvent pas de MiCA, qui encadre les crypto-actifs au comptant et les prestataires de services sur actifs numériques, mais du régime des instruments financiers dérivés prévu par la directive MiFID II. L’Autorité des marchés financiers l’a rappelé explicitement dans un communiqué dédié : un contrat crypto réglé en espèces peut être qualifié de dérivé quel que soit le statut juridique de son sous-jacent, les plateformes qui en proposent en ligne relèvent d’un agrément MiFID II, et leur publicité reste par ailleurs interdite au titre de la loi Sapin 2, selon l’AMF elle-même.

Au niveau européen, l’Autorité européenne des marchés financiers a précisé, dans une déclaration publique du 24 février 2026, que l’appellation commerciale « perpetual futures » n’a aucune incidence sur la qualification juridique du produit : ces dérivés crypto à effet de levier tombent sous le régime existant d’intervention sur les CFD prévu par MiFID II, avec plafonnement du levier, avertissement obligatoire sur les risques, clôture automatique des positions en cas de marge insuffisante, protection contre le solde négatif, et interdiction des incitations commerciales, d’après le communiqué de l’ESMA. Concrètement, un particulier français qui négocie des perpétuels sur une plateforme relevant de ce régime voit son levier plafonné à 2 pour 1 sur les crypto-actifs, contre des multiples pouvant atteindre 100 pour 1 sur certaines plateformes offshore qui échappent à cette supervision.

Cette distinction n’est pas seulement théorique. La période transitoire prévue par MiCA pour les prestataires de services sur actifs numériques établis en France s’est achevée le 1er juillet 2026 ; à cette date, les entités qui n’avaient pas obtenu leur agrément complet devaient cesser leurs activités à destination des résidents français, ce qui a par exemple conduit Binance France SAS à mettre fin à ses opérations locales, l’exercice non autorisé d’activité de prestataire exposant à des sanctions pouvant atteindre deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. L’AMF avait par ailleurs, dès décembre 2025, adapté sa doctrine sur les produits financiers complexes pour tenir compte de la montée en puissance des actifs numériques, en posant des conditions précises, absence de composante de levier ou de gestion discrétionnaire, capitalisation et volume minimaux de l’actif sous jacent, conservation régulée, pour qu’un produit structuré lié à la crypto échappe à l’avertissement standard réservé aux produits complexes.

Cette architecture réglementaire a un objectif assumé : éviter que l’histoire du trading sur CFD Forex ne se répète à l’identique sur les dérivés crypto. Une étude historique de l’AMF portant sur des clients particuliers français actifs entre 2009 et 2013 avait constaté que 89 % d’entre eux avaient perdu de l’argent sur le trading de CFD et de Forex, pour une perte cumulée d’environ 161 millions d’euros sur la période, un précédent que le régulateur cite explicitement pour justifier l’encadrement actuel des produits à effet de levier, perpétuels crypto compris.

Comment surveiller le funding rate au quotidien

Pour un lecteur qui veut suivre ces dynamiques sans dépendre d’une lecture ponctuelle, plusieurs outils gratuits donnent un accès en temps réel aux données de funding, exchange par exchange et actif par actif :

  • CoinGlass, la référence la plus citée par la presse spécialisée pour comparer le funding entre plateformes.
  • Coinalyze, qui offre une vue comparable avec des séries historiques longues.
  • Le tableau de bord de The Block, qui agrège des données propres pour le bitcoin.
  • L’indice KFRI de CF Benchmarks, déjà cité en introduction, une référence indépendante calculée à partir de plusieurs bourses.

Aucun de ces outils ne remplace un jugement sur le contexte : un funding extrême, positif ou négatif, doit toujours être lu à la lumière du niveau d’open interest, du sens des liquidations récentes et de la liquidité propre à l’actif concerné, plutôt qu’isolément. C’est cette lecture combinée, plus que la seule valeur du taux, qui distingue une lecture professionnelle d’une lecture superficielle du funding.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’arbitrage de funding rate ?

L’arbitrage de funding consiste à acheter un actif au comptant, ou à détenir un collatéral équivalent, tout en vendant un montant notionnel égal du même actif sur le marché des perpétuels. Les deux positions s’annulent en termes d’exposition au prix, ce qui laisse le paiement périodique de funding comme seule source de gain ou de perte pour l’arbitrageur, selon que ce taux est positif ou négatif.

Pourquoi le funding rate des perpétuels crypto est-il souvent positif ?

Le funding est positif la plupart du temps parce que la demande de positions longues à effet de levier dépasse structurellement celle de positions courtes : les traders particuliers sont, en moyenne, plus nombreux à vouloir s’exposer à la hausse avec du levier qu’à la baisse. Ce déséquilibre pousse le prix du contrat perpétuel au-dessus du prix spot, ce qui déclenche un paiement des positions longues vers les positions courtes.

L’arbitrage de funding est-il une stratégie sans risque ?

Non. Il élimine le risque directionnel de prix, mais pas le risque de contrepartie de la plateforme utilisée, le risque de liquidation sur la jambe à effet de levier si la marge est mal dimensionnée, ni le risque que le funding s’inverse et reste négatif durablement, ce qui transforme une position censée être neutre en source de perte régulière.

Comment Ethena utilise-t-elle le funding rate pour générer du rendement ?

Ethena adosse son dollar synthétique USDe à une position delta neutre : un collatéral en ETH staké d’un côté, une position courte sur un montant notionnel équivalent de perpétuels ETH de l’autre. Le rendement distribué aux détenteurs de sa version stakée sUSDe combine le rendement du staking et le paiement de funding capté sur la jambe courte, un rendement qui dépend directement du signe et de la stabilité du funding.

Où consulter le funding rate des perpétuels crypto en temps réel ?

Des plateformes comme CoinGlass et Coinalyze publient gratuitement le funding rate en temps réel pour la plupart des exchanges et des actifs. Des indices indépendants comme le KFRI de CF Benchmarks offrent une référence agrégée pour le bitcoin, utile pour comparer un niveau ponctuel à sa moyenne récente plutôt que de le lire de façon isolée.

Rédigé par l’équipe Marchés de HOGE Wire.

Share 𝕏 Post Telegram