Halving Bitcoin : le spectacle d’un jour, l’arithmétique du cycle
L'industrie a fait du halving un spectacle planétaire, comptes à rebours et epic sats à l'appui. Mais l'arithmétique du protocole raconte une tout autre histoire que le show d'un jour.
Le 20 avril 2024, quelques minutes après minuit UTC, un pool minier nommé ViaBTC a validé le bloc 840 000 de la blockchain Bitcoin. Au même instant, des dizaines de milliers de personnes fixaient un compte à rebours diffusé en direct, des soirées privées réunissaient des invités par écrans interposés, et Kraken co-produisait un livestream avec Bitcoin Magazine. Le halving, cette division par deux de la récompense versée aux mineurs et inscrite dans le code depuis 2009, venait de se produire. L’industrie en avait fait un spectacle planétaire.
Pourtant, l’arithmétique derrière l’événement raconte une histoire beaucoup plus sobre. Ce jour-là, l’émission quotidienne de Bitcoin est passée de 900 à 450 unités : un filet qui se resserre, pas une falaise. Au moment d’écrire ces lignes, le Bitcoin s’échange autour de 73 350 € (environ 82 600 $), pour une capitalisation proche de 1 470 milliards d’euros, soit près de 32 % sous le record de 107 662 € touché le 6 octobre 2025, selon CoinGecko. Le réseau approche du bloc 969 000 ; il reste environ 80 978 blocs avant le cinquième halving, attendu vers le 13 avril 2028, d’après le compteur de CoinGecko. Cet article sépare deux choses que le marketing confond volontiers : le show d’un jour et l’arithmétique d’un cycle.
Le jour où le halving est devenu un show
Aucun autre rendez-vous de la finance ne ressemble au halving. Il n’y a pas de communiqué de banque centrale, pas de conférence de presse, pas de vote. Il y a un compteur de blocs qui avance, et à un moment précis, une ligne de code réduit de moitié la récompense des mineurs. Cet automatisme, dépourvu de tout suspense réel puisque tout le monde en connaît la date approximative depuis des années, a paradoxalement donné naissance à l’un des plus grands rituels médiatiques de la crypto.
En 2024, la mise en scène a atteint un sommet. Des plateformes affichaient des comptes à rebours géants, des chaînes diffusaient l’approche du bloc 840 000 en continu, et des fêtes se tenaient de Manille à New York. Le livestream officiel, co-produit par Kraken et Bitcoin Magazine, réunissait Dave Portnoy, Jack Mallers, Anthony Pompliano, Dylan LeClair et Pete Rizzo, et proposait un concours doté d’un bitcoin entier pour qui devinerait le prix au moment exact de l’événement, comme l’a raconté le magazine. Le trader Oliver Velez avait, lui, rassemblé quelque 2 000 invités à une fête en ligne six blocs avant l’échéance.
Cette théâtralisation n’est pas anodine. Elle transforme un ajustement de paramètre technique en moment collectif, en histoire que l’on se raconte. Et une histoire, sur un marché, n’est jamais neutre : elle attire l’attention, et l’attention attire des flux. Reste à savoir ce qu’elle change, ou ne change pas, pour le prix. La réponse, on va le voir, tient dans l’écart entre un instant et une trajectoire.
Ce que dit vraiment le code : l’arithmétique de l’offre
Le halving n’a rien de mystérieux. La fonction GetBlockSubsidy du client de référence, visible dans le fichier src/validation.cpp de Bitcoin Core, divise la récompense par deux tous les 210 000 blocs, soit environ tous les quatre ans. Partie de 50 BTC par bloc en 2009, elle est tombée à 25, puis 12,5, puis 6,25, et enfin 3,125 BTC en avril 2024. Le processus s’arrêtera vers 2140, au bloc 6 930 000, après trente-trois divisions, quand la récompense atteindra zéro et que l’offre plafonnera à 21 millions d’unités.
Le point essentiel, souvent noyé sous le spectacle, tient en une phrase : le halving réduit le flux de nouvelles pièces, pas le stock existant. Le 20 avril 2024, l’émission est passée d’environ 900 à 450 BTC par jour. Rapportée à un stock déjà proche de 19,7 millions d’unités, cette coupe a fait glisser l’inflation annuelle de près de 1,7 % à environ 0,83 %. Après 2028, elle tombera autour de 0,4 %. Autrement dit, le choc d’offre n’est pas un mur qui surgit un matin d’avril ; c’est un robinet que l’on resserre lentement. Cette raréfaction graduelle alimente les modèles de plancher fondés sur la rareté ou sur le coût de production des mineurs, mais aucun de ces modèles ne fait dépendre le prix du jour précis de la coupe.
| Événement | Date | Bloc | Récompense | Émission / jour | Émission / an |
|---|---|---|---|---|---|
| Bloc genèse | 3 janv. 2009 | 0 | 50 BTC | ~7 200 | ~2,6 M |
| 1er halving | 28 nov. 2012 | 210 000 | 25 BTC | ~3 600 | ~1,3 M |
| 2e halving | 9 juil. 2016 | 420 000 | 12,5 BTC | ~1 800 | ~657 000 |
| 3e halving | 11 mai 2020 | 630 000 | 6,25 BTC | ~900 | ~328 500 |
| 4e halving | 20 avr. 2024 | 840 000 | 3,125 BTC | ~450 | ~164 250 |
| 5e halving (est.) | ~13 avr. 2028 | 1 050 000 | 1,5625 BTC | ~225 | ~82 125 |
Ce tableau est la seule partie totalement fiable de toute discussion sur le halving. Les dates dérivent de quelques jours selon la vitesse de minage, mais les récompenses, elles, sont gravées dans le protocole. Tout le reste, prévisions de prix comprises, relève de l’interprétation. Le spectacle, lui, s’accroche à la seule chose qui se voit à l’écran : le bloc de bascule.
Le halving d’un seul bloc : le 840 000 et ses records
Si le halving est un processus lent, sa mise en scène, elle, se concentre sur un objet unique : le bloc de bascule. En 2024, ce fut le bloc 840 000, et il est entré dans l’histoire pour une raison qui n’a presque rien à voir avec la subvention. ViaBTC, le pool qui l’a miné, a empoché environ 40,7 BTC au total : 3,125 BTC de récompense de base et près de 37,6 BTC de frais de transaction. Avec des frais records d’environ 2,4 millions de dollars, il est devenu le bloc le plus cher jamais produit, selon Cointelegraph.
Le jour même, les frais moyens par transaction ont bondi jusqu’à près de 128 $, un plus haut historique. L’ironie mérite d’être soulignée : ce qui a fait exploser les compteurs, ce n’était pas la rareté programmée par le code, dont l’effet quotidien est infime. C’était la ruée sur l’espace de bloc, une congestion volontaire provoquée par des spéculateurs pressés de graver leur trace dans le bloc mythique. Le tableau ci-dessous résume ce que la journée a réellement produit.
| Élément | Détail | Ce que cela révèle |
|---|---|---|
| Le bloc 840 000 | ~40,7 BTC au mineur (3,125 de subvention, ~37,6 de frais) | Les frais, pas la subvention, ont fait l’événement |
| Frais moyens | Record d’environ 128 $ par transaction ce jour-là | La congestion, pas la coupe d’offre, a dominé |
| Protocole Runes | Plus de 90 % des frais du réseau en 48 h, ~7 000 Runes gravés | La spéculation a éclipsé le halving lui-même |
| Epic sat | Vendu 33,3 BTC (~2,13 M$), un des quatre seuls existants | La rareté transformée en objet de collection |
| Livestream | Kraken et Bitcoin Magazine, invités stars, concours à 1 BTC | L’événement-média pleinement institutionnalisé |
Runes : quand la spéculation a éclipsé le halving
Le bloc 840 000 a aussi servi de rampe de lancement à Runes, un protocole de jetons fongibles conçu par Casey Rodarmor, déjà à l’origine des Ordinals. Le calendrier n’avait rien d’un hasard : lancer précisément au bloc du halving garantissait une visibilité maximale, en collant le nouveau protocole à l’événement le plus regardé de l’année. En quelques heures, les inscriptions Runes ont accaparé plus de 90 % des frais du réseau, près de 7 000 Runes ont été gravés en 48 heures, et, pour la première fois de l’histoire, les frais d’un bloc ont dépassé la récompense de subvention, rapporte Cointelegraph.
L’ironie est totale. Le jour censé célébrer un resserrement de l’offre a surtout été dominé par une frénésie spéculative sans lien direct avec la baisse de la subvention. Et cette frénésie n’a pas duré : un an plus tard, la part des Runes dans les frais du réseau était retombée sous 2 %, selon BlockEden. Le spectacle du halving avait capté l’attention, mais il n’avait rien construit de durable au niveau de la demande de blocs. C’est un motif récurrent : l’événement génère un pic d’activité qui retombe presque aussi vite qu’il est monté.
L’epic sat : la rareté transformée en objet de collection
Le halving a même produit sa relique. Le tout premier satoshi du premier bloc d’une nouvelle époque porte un nom dans la nomenclature Ordinals : un « epic sat ». Il n’en existe que quatre au monde, un par halving. ViaBTC a mis de côté la récompense du bloc 840 000, puis a vendu son epic sat le 25 avril 2024 pour 33,3 BTC, soit environ 2,13 millions de dollars, sur la plateforme CoinEx, rapporte The Block. Des exchanges ont fait de la vente un événement à part entière, avec enchères et couverture dédiée.
Un satoshi vaut, par définition, un cent-millionième de bitcoin. En faire un objet à deux millions de dollars illustre parfaitement le mécanisme à l’œuvre : le halving ne crée pas de valeur par magie, mais il crée un récit de rareté, et ce récit se monétise. La rareté programmée du protocole se double d’une rareté narrative, fabriquée pour l’occasion. Les deux nourrissent l’attention, qui est le vrai carburant du spectacle. Un investisseur qui confondrait ce carburant avec un moteur de prix se tromperait lourdement, comme le montre l’histoire du cours autour de chaque halving.
Le compte à rebours comme outil marketing
Il faut comprendre pourquoi l’industrie investit autant dans ce rituel. Le halving est l’un des rares moments où le grand public, au-delà du cercle des initiés, prête attention au Bitcoin. Pour une plateforme d’échange, c’est une fenêtre d’acquisition client idéale : le compte à rebours attire des visiteurs, les articles explicatifs captent des recherches, et l’inscription se fait souvent dans la foulée. Le widget de décompte, décliné sur d’innombrables sites, n’est pas un service désintéressé ; c’est un aimant à trafic qui revient tous les quatre ans, avec une régularité que peu de campagnes marketing peuvent égaler.
Les fêtes de 2024 l’ont montré sans détour. Autour du livestream de Kraken et de son concours doté d’un bitcoin, une multitude d’acteurs organisaient des soirées en ligne pour « orange-piller » de nouveaux venus, c’est-à-dire les convertir au Bitcoin. Rien de répréhensible en soi : l’éducation et le marketing se confondent souvent dans la crypto. Mais l’investisseur a intérêt à distinguer le message promotionnel du signal de marché. Un compte à rebours vous dit quand un paramètre du protocole va changer ; il ne vous dit rien sur ce que vaudra le Bitcoin le lendemain, ni le mois suivant.
Cette confusion entretenue a un coût pédagogique. À force de présenter le halving comme un événement de prix, le discours ambiant installe l’idée fausse qu’il existe une date magique. La réalité, on l’a vu, est que la seule chose garantie ce jour-là est la baisse de la subvention, pas la hausse du cours. Le reste appartient au récit, et un récit, aussi puissant soit-il, ne fixe pas les prix tout seul.
« Acheter la rumeur, vendre la nouvelle » : le jour est un non-événement
Voici le paradoxe que le compte à rebours masque : le jour du halving est, historiquement, un non-événement pour le prix. La coupe d’offre est connue à la seconde près depuis des années ; elle ne peut donc surprendre personne. En 2016, le Bitcoin est resté sous son niveau d’avant l’événement pendant les mois qui ont suivi. En 2020, la coupe a coïncidé avec un rebond général des actifs après le choc de la pandémie, si bien qu’il est presque impossible de démêler l’effet propre du halving de celui de la relance monétaire mondiale. En 2024, il avait déjà grimpé d’environ 44 000 $ en janvier à près de 74 000 $ à la mi-mars, porté par l’arrivée des ETF au comptant, avant de refluer dans les deux semaines précédant le halving, puis de stagner tout l’été.
Les professionnels avaient prévenu. Rikke Staer, directrice générale du prestataire de paiements Coinify, résumait l’état d’esprit avant l’échéance : « Avec des participants plus sophistiqués et des investisseurs institutionnels dans ce cycle, nous pourrions assister à un cas d’acheter la rumeur, vendre la nouvelle pour ce halving », déclarait-elle à The Block. La hausse, quand elle vient, arrive plus tard, six à dix-huit mois après l’événement, et se dilue dans une foule d’autres facteurs. Le tableau suivant met le doigt sur ce décalage.
| Halving | Prix au halving (approx.) | Sommet du cycle | Délai jusqu’au sommet | Multiple (jour vers sommet) |
|---|---|---|---|---|
| 1er (2012) | ~12 $ | ~1 150 $ (déc. 2013) | ~12 mois | ~95x |
| 2e (2016) | ~650 $ | ~19 700 $ (déc. 2017) | ~17 mois | ~30x |
| 3e (2020) | ~8 700 $ | ~69 000 $ (nov. 2021) | ~18 mois | ~8x |
| 4e (2024) | ~64 000 $ | 126 198 $ / 107 662 € (oct. 2025) | ~17 mois | ~2x |
Le prix au moment du halving et le sommet du cycle sont séparés par de longs mois, et le multiple entre les deux ne cesse de rétrécir : environ 95 fois en 2012, 30 fois en 2016, 8 fois en 2020, à peine 2 fois pour le sommet d’octobre 2025. Le jour lui-même ne dit presque rien ; c’est la trajectoire qui compte, et elle s’aplatit de cycle en cycle.
« Déjà dans les prix » : la thèse du marché efficient
La finance traditionnelle a un nom pour ce phénomène : l’efficience des marchés. Si une information est connue et publique, elle est censée être déjà intégrée au prix. Avant le halving de 2024, les analystes de JPMorgan menés par Nikolaos Panigirtzoglou l’affirmaient sans détour : la division de la récompense était « largement intégrée » dans le cours, car l’événement et son effet sur l’offre sont « prévisibles et, à notre avis, bien pris en compte dans le prix actuel du bitcoin », selon The Block.
La banque avait même chiffré un possible reflux vers 42 000 $ une fois « l’euphorie » retombée, rapportait CoinDesk. Sur le niveau, JPMorgan s’est trompée : le Bitcoin n’est jamais redescendu à 42 000 $. Sur la direction de court terme, en revanche, la thèse a tenu : le halving n’a déclenché aucune envolée immédiate, le cours a stagné puis reflué pendant l’été 2024, et il a fallu attendre l’automne pour voir la tendance repartir. Le jour du halving n’a pas été un catalyseur ; il a été un rendez-vous. Le débat sur l’efficience reste ouvert, car les partisans du choc d’offre répliquent qu’une demande croissante face à une offre qui se tarit finit toujours par peser, même quand tout le monde s’y attend.
Pourquoi le sommet arrive un an et demi plus tard
Si le halving compte, ce n’est donc pas par son jour, mais par le rythme qu’il imprime. Depuis trois cycles, le sommet arrive environ dix-sept à dix-huit mois après la coupe. Le record d’octobre 2025, à 126 198 $ (107 662 €), est survenu près de 534 jours après le halving d’avril 2024, en plein cœur de la fenêtre historique. Le tempo, remarquablement, s’est maintenu, comme si une horloge lente battait la mesure sous le bruit des marchés.
C’est l’amplitude qui s’effondre. À mesure que la capitalisation grossit, il faut des sommes toujours plus colossales pour faire bouger le prix d’autant. Les rendements de sommet à sommet le montrent crûment : environ 75 fois de 2013 à 2017, 3,5 fois de 2017 à 2021, moins de 2 fois de 2021 à 2025, selon les calculs relayés par CoinDesk. La contrepartie de cette maturation est une baisse de la violence des chutes : les krachs de fin de cycle sont passés d’environ 86 % en 2014 et 84 % en 2018 à 77 % en 2022, puis à seulement 53 % lors du creux de juin 2026, d’après Yahoo Finance.
Ces chiffres nourrissent le débat le plus vif de 2026 : le fameux cycle de quatre ans existe-t-il encore, ou n’est-il qu’une coïncidence qui s’estompe ? Pour approfondir la question de la rareté programmée et de ses limites, notre analyse du modèle stock-to-flow face au halving de 2028 détaille pourquoi l’offre codée ne suffit pas, à elle seule, à dessiner un prix.
Le spectacle fait-il partie du mécanisme ?
Ici, une nuance s’impose. Dire que le jour du halving est un non-événement ne veut pas dire que la mise en scène est sans effet. Le spectacle peut agir comme un point de Schelling, un point de ralliement où les attentes convergent. Chaque cycle, la même histoire est racontée : l’offre baisse, donc le prix doit monter. Suffisamment d’acteurs y croient, achètent en conséquence, et la prophétie se réalise en partie. La réflexivité, ici, ce n’est pas la rareté qui agit, mais la croyance dans la rareté, coordonnée par un calendrier commun.
Ce ressort explique le demi-succès de 2020 et 2021, une période où l’audience du halving était surtout composée de particuliers coordonnés par les mêmes récits. Mais le carburant se raréfie. À mesure que l’acheteur marginal devient une institution qui raisonne en allocation de portefeuille, et non en mèmes de compte à rebours, le pouvoir d’entraînement du spectacle s’affaiblit. C’est précisément ce que suggère l’analyste on-chain Willy Woo, pour qui les « forces internes » du halving sont devenues « trop faibles » face à une émission désormais « de minimis », passée sous 1 % par an, déclarait-il en septembre 2026. Le rituel garde son public, mais son emprise sur le prix se dilue.
2026 : cycle mort ou cycle institutionnalisé ?
Le camp du « cycle mort » a gagné en audience. Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, soutient depuis fin 2025 que le cycle de quatre ans a vécu, invoquant un levier moins agressif, la baisse des taux attendue et surtout l’adoption institutionnelle, selon CoinDesk. Le vétéran du trading Peter Brandt fait un constat voisin sous un autre angle : le Bitcoin devient « moins volatil et plus proche de Wall Street », ce qui rend improbable un nouveau bond de 30 à 95 fois, notait-il en juillet 2026.
Un fait objectif nourrit cette lecture : qui achète réellement compte désormais plus que le calendrier codé. Les flux des fonds cotés et des trésoreries d’entreprise pèsent bien davantage sur le prix que les 450 bitcoins émis chaque jour. Notre dossier sur les flux d’ETF Bitcoin et leurs véritables acheteurs montre à quel point la demande, et non l’offre, tient désormais le volant. Le spectacle du halving, lui, persiste, alors même que le mécanisme qu’il célèbre perd de sa force. C’est peut-être cela, le vrai signe de maturité : le rituel survit à sa cause, comme une fête dont on a oublié l’origine mais que l’on continue de célébrer.
Le spectacle, dans ce contexte, devient presque un vestige. Il s’adresse encore à un public de particuliers enthousiastes, alors que les décisions qui déplacent réellement le marché se prennent désormais dans des comités d’allocation d’actifs, loin des livestreams et des comptes à rebours. Le halving reste un excellent support pédagogique pour expliquer la rareté programmée du Bitcoin, mais en faire le moteur central d’une thèse d’investissement, en 2026, revient à confondre l’affiche et le film.
Le compte à rebours de 2028 : un remake annoncé ?
Le prochain spectacle est déjà en préparation. Le cinquième halving, attendu vers le 13 avril 2028 au bloc 1 050 000, ramènera la récompense de 3,125 à 1,5625 BTC et l’émission quotidienne de 450 à 225 unités. Mécaniquement, le ratio stock-sur-flux, cher aux partisans de la rareté, doublera à nouveau, passant d’environ 119 à près de 240, soit davantage que celui de l’or. Sur le papier, l’argument haussier n’aura jamais paru aussi solide, et les compteurs afficheront des chiffres encore plus impressionnants.
Le problème est que ce test a déjà été passé, et raté. L’offre de 2024 est arrivée exactement comme prévu par le code, et le prix n’a pas suivi la trajectoire promise par les modèles de rareté : il a culminé à environ deux fois son niveau de halving avant de refluer. Rien n’indique qu’un scénario identique produira un résultat différent en 2028. La coordination de particuliers qui avait alimenté 2021 n’existe plus sous la même forme, et une émission tombant sous 0,5 % par an pèse encore moins qu’une émission à 0,83 %. Le compte à rebours de 2028 sera tout aussi spectaculaire ; son effet arithmétique, lui, sera plus ténu que jamais. Le show grossira à mesure que la cause rétrécira.
Ce que le spectacle coûte, et ce qu’il apprend
Pour un investisseur, la principale leçon est défensive : ne tradez pas le jour du halving. L’histoire montre qu’il ne délivre ni hausse fiable ni signal exploitable, et que les tentatives d’anticiper « le pump du halving » se soldent le plus souvent par un achat au plus haut de l’euphorie, suivi d’un reflux. Le compte à rebours est un objet de communication, pas un indicateur de marché. Confondre les deux revient à payer le billet d’entrée d’un spectacle en pensant acheter une action.
La leçon constructive est tout aussi importante. Si le prix bouge sur un cycle, c’est parce que la demande met du temps à absorber une offre qui se raréfie, dans un contexte macroéconomique et réglementaire donné. Cela plaide pour une approche fondée sur des règles, comme l’achat programmé et le dimensionnement des positions en fonction des chutes historiques, plutôt que sur le calendrier. Notre guide pour se positionner sans prédire le sommet détaille cette méthode, et notre suivi du financement des perpétuels après la Fed rappelle à quel point le levier, et non la coupe d’offre, dicte les mouvements brutaux de court terme.
- Ne pas concentrer d’achat sur la date du halving ni sur les jours qui l’entourent, quand l’euphorie gonfle les prix.
- Étaler ses achats dans le temps plutôt que de parier sur un événement unique et déjà connu de tous.
- Dimensionner ses positions en fonction des chutes historiques, qui atteignent encore 50 % ou plus, même dans un cycle jugé « mature ».
- Traiter les compteurs, les livestreams et les prévisions à sept chiffres comme du contenu, pas comme des signaux d’achat.
Halving et cadre réglementaire en France
La dimension spectaculaire du halving n’échappe pas au régulateur. En France, toute communication à caractère promotionnel sur les crypto-actifs doit être « exacte, claire et non trompeuse », un principe que l’Autorité des marchés financiers rappelle régulièrement et que le règlement européen MiCA a généralisé, la période transitoire pour les prestataires s’étant achevée, comme l’a précisé l’AMF. Un compte à rebours laissant entendre qu’une hausse est garantie le jour du halving se situe précisément à la frontière de ce que ce cadre entend encadrer.
Concrètement, l’investisseur français ne peut pas acheter de fonds indiciel au comptant sur le Bitcoin dans un cadre UCITS ; il passe le plus souvent par des produits négociés en Bourse (ETP ou ETN) émis par des acteurs comme CoinShares, 21Shares ou Bitwise, avec le risque d’émetteur que cela suppose. Les plus-values relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Aucune de ces réalités n’apparaît sur un livestream de halving ; elles conditionnent pourtant le rendement net bien plus sûrement que la magie supposée d’un bloc. Regarder le show est gratuit ; en tirer des conclusions d’investissement peut coûter cher.
Foire aux questions
Le halving fait-il monter le prix du Bitcoin le jour même ?
Non. Historiquement, le jour du halving est un non-événement, voire un moment de reflux (« acheter la rumeur, vendre la nouvelle »). La coupe d’offre est connue des années à l’avance, donc déjà intégrée au prix. Quand une hausse survient, elle arrive en général six à dix-huit mois plus tard et dépend surtout de la demande.
Quand aura lieu le prochain halving du Bitcoin ?
Le cinquième halving est attendu vers le 13 avril 2028, au bloc 1 050 000. Il fera passer la récompense de 3,125 à 1,5625 BTC par bloc, et l’émission quotidienne d’environ 450 à 225 unités. La date exacte dépend de la vitesse de minage et peut varier de quelques jours.
Pourquoi dit-on que le halving est « déjà dans les prix » ?
Parce que l’événement est totalement prévisible : sa date approximative et son effet sur l’offre sont inscrits dans le code. Selon l’hypothèse d’efficience des marchés, une information publique connue à l’avance est intégrée au cours bien avant de se produire. JPMorgan défendait ce point de vue avant 2024, en jugeant le halving « largement intégré » au prix.
Qu’est-ce que le bloc 840 000 avait de spécial ?
C’était le bloc du halving de 2024. Il est devenu le bloc le plus cher jamais miné (environ 40,7 BTC au mineur, grâce à des frais records), a servi de lancement au protocole Runes, qui a accaparé plus de 90 % des frais du réseau, et a produit un « epic sat » vendu ensuite 33,3 BTC, soit environ 2,13 millions de dollars.
Le cycle de quatre ans est-il encore valable en 2026 ?
Le débat est ouvert. Le tempo a tenu (sommet environ dix-sept mois après le halving), mais l’amplitude s’est effondrée : le sommet de 2025 n’a fait qu’environ deux fois le prix du halving, contre 8 à 95 fois auparavant. Plusieurs analystes, comme Matt Hougan de Bitwise, estiment que l’adoption institutionnelle a brisé le cycle classique.
Priya Reddy couvre les cycles de marché et la macro du Bitcoin pour HOGE Wire.