Analyse de l’offre d’ETH en 2026 : rareté, burn et EIP-8361
L'offre d'Ethereum a cessé d'être déflationniste et les développeurs veulent désormais plafonner l'émission. Décryptage du burn, du staking et de l'EIP-8361 qui divise la DeFi.
Pendant des années, la crypto a résumé Ethereum en une formule : ultrasound money, une monnaie dont l’offre pouvait se contracter avec le temps. En 2026, cette histoire ne tient plus tout à fait. L’offre d’ETH remonte, lentement mais réellement, et le 4 août des chercheurs d’Ethereum ont posé sur la table une proposition, l’EIP-8361, qui couperait à zéro l’émission versée aux validateurs une fois la moitié de l’offre mise en staking. La question de savoir combien d’ETH existera demain est redevenue un débat ouvert, à la fois technique et politique.
Analyser l’offre d’ETH ne consiste pas seulement à compter des jetons. Il s’agit de comprendre trois forces qui s’opposent : l’émission versée aux validateurs, la destruction (le burn) d’une partie des frais, et l’immobilisation d’une part grandissante des jetons dans le staking, les ETF et le restaking. Cet article démonte ces mécanismes un par un, chiffres à l’appui et convertis en euros, pour le lecteur qui veut savoir ce que la rareté d’Ethereum signifie concrètement pour les prochains mois.
L’offre d’ETH en un coup d’oeil
Au moment d’écrire ces lignes, l’offre totale d’ETH tourne autour de 121,9 millions de jetons selon le compteur de référence ultrasound.money, pour un prix proche de 1 656 euros et une capitalisation d’environ 200 milliards d’euros d’après CoinGecko. Contrairement à Bitcoin, Ethereum n’a pas de plafond d’offre gravé dans le marbre : il n’existe pas de « 21 millions » pour l’ETH. Son offre est le résultat mouvant d’une soustraction permanente entre ce qui est créé et ce qui est détruit.
Premier réflexe de méthode : les compteurs ne s’accordent pas toujours. CoinGecko affiche une offre en circulation légèrement inférieure à celle d’ultrasound.money, parce que les deux ne mesurent pas exactement la même chose (soldes on-chain contre offre en circulation ajustée). Pour une analyse d’offre, ultrasound.money reste la source la plus fidèle, car il additionne les soldes de la couche d’exécution et de la beacon chain, puis retranche les dépôts. La règle d’or : retenez l’ordre de grandeur, pas la décimale. Un écart d’un million de jetons entre deux trackers n’est pas une erreur, c’est une différence de méthode.
| Indicateur | Valeur approximative (août 2026) |
|---|---|
| Offre totale d’ETH | ~121,9 millions |
| Prix | ~1 656 EUR |
| Capitalisation | ~200 milliards EUR |
| Offre au moment du Merge (sept. 2022) | ~120,5 millions |
| ETH en staking | ~41 millions (~34%) |
| ETH brûlés depuis l’EIP-1559 (août 2021) | plus de 4,6 millions |
| Émission brute annuelle | ~0,8% |
Comment un ETH naît, comment il meurt
Depuis le passage en proof-of-stake (le Merge, septembre 2022), la création d’ETH ne dépend plus des mineurs mais des validateurs. Le protocole émet de nouveaux ETH pour récompenser ceux qui immobilisent 32 ETH (ou un multiple, depuis la mise à niveau Pectra) et sécurisent le réseau. Cette émission tourne aujourd’hui autour de 2 800 ETH par jour, soit environ 0,8% d’inflation brute annualisée. C’est déjà bien moins que les 4% et plus de l’ère minière, un choix délibéré de réduire la subvention de sécurité au strict nécessaire.
Face à cette création, un mécanisme de destruction : l’EIP-1559, actif depuis août 2021. Chaque transaction paie une « base fee » qui n’est pas versée au validateur mais brûlée, retirée de la circulation pour toujours. Plus le réseau est encombré, plus la base fee grimpe, plus la destruction s’accélère. Depuis 2021, plus de 4,6 millions d’ETH ont ainsi disparu, une somme qui dépasse aujourd’hui les 7 milliards d’euros au prix courant, d’après les données de suivi de The Block.
Le solde net, celui qui fait vraiment bouger l’offre, est donc une course entre deux compteurs : émission moins burn. Quand le burn dépasse l’émission, l’offre se contracte et l’ETH devient déflationniste. Quand c’est l’inverse, l’offre gonfle. Tout l’enjeu de 2026 tient dans un constat simple : la balance a basculé du côté défavorable aux partisans de la rareté, et elle n’y est pas revenue par accident.
ETH contre Bitcoin : deux philosophies de la rareté
Pour bien comprendre l’offre d’ETH, il faut la comparer à celle de Bitcoin, son miroir inversé. Bitcoin promet une rareté absolue et connue d’avance : 21 millions d’unités, un point final, avec une émission qui diminue de moitié tous les quatre ans lors du halving. On sait aujourd’hui combien il existera de bitcoins en 2140. Cette prévisibilité est le coeur de son récit de « monnaie saine ».
Ethereum a fait le pari inverse : une rareté relative et adaptative, sans plafond fixe, où l’offre répond à l’usage réel du réseau via le burn. L’argument des défenseurs de l’ETH est que cette rareté est « meilleure » parce qu’elle est liée à la demande : quand le réseau sert beaucoup, il détruit beaucoup, et l’offre peut se contracter davantage qu’un simple plancher fixe ne le permettrait. C’est de là que vient le slogan ultrasound money, une pique amicale envers le « sound money » de Bitcoin.
Le revers de cette élégance, c’est l’incertitude. La rareté de l’ETH n’est jamais garantie ; elle dépend de variables (activité, structure des frais, taux de staking) qui bougent en permanence et que la gouvernance peut modifier. Là où Bitcoin offre une certitude rigide, Ethereum offre une flexibilité risquée. Analyser l’offre d’ETH, c’est donc accepter de raisonner en scénarios plutôt qu’en chiffre unique.
« Ultrasound money », la promesse et sa fêlure
Le mème de l’ultrasound money est né juste avant le Merge. L’idée : là où Bitcoin propose une monnaie à offre plafonnée, Ethereum promettait mieux, une monnaie dont l’offre pouvait diminuer si l’activité était suffisante. Pendant plusieurs trimestres, la promesse a tenu. Entre la fin 2022 et le début 2024, le burn a régulièrement dépassé l’émission ; l’offre est même repassée sous son niveau du Merge, franchement déflationniste lors des pics d’activité de 2023.
La fêlure porte un nom : Dencun. En mars 2024, cette mise à niveau a introduit les « blobs », un espace de données bon marché réservé aux rollups de couche 2. Résultat, les frais sur ces L2 ont chuté de 90 à 98%, et l’activité qui payait de grosses base fees sur le mainnet a migré vers un espace où elle brûle infiniment moins d’ETH. Le burn quotidien s’est effondré, tombant certains jours sous la centaine d’ETH, tandis que l’émission poursuivait son rythme. Mécaniquement, le solde net est repassé positif et n’en est plus vraiment sorti.
La thèse n’est pas morte, elle est devenue conditionnelle. Pour que l’ETH redevienne déflationniste, il faut que l’activité sur le mainnet pousse les frais moyens au-dessus d’un seuil situé autour d’une quinzaine de gwei. Or, avec un prix du gas tombé à une fraction de gwei lors des périodes calmes, on en est très loin. La formule à retenir est cruelle de simplicité : l’ETH dispose d’un mécanisme déflationniste, pas d’une garantie déflationniste.
Dencun, Fusaka et le burn qui a fondu
Si Dencun a ouvert la brèche, la mise à niveau Fusaka l’a élargie. Déployée sur le mainnet le 3 décembre 2025, elle a lancé le nouveau rythme de deux hard forks par an et introduit PeerDAS (EIP-7594), qui permet aux validateurs d’échantillonner des fragments de données au lieu de télécharger chaque blob entier. La charge des validateurs domestiques a baissé d’environ 87,5%, ce qui a permis d’augmenter fortement la capacité en blobs, jusqu’à un facteur huit avec les forks de paramètres BPO qui ont suivi en décembre et janvier.
Cette abondance de capacité est une excellente nouvelle pour les utilisateurs de rollups, beaucoup moins pour la rareté de l’ETH. Plus les blobs sont nombreux et bon marché, moins ils génèrent de burn par unité de données. Les développeurs en avaient conscience : Fusaka embarque l’EIP-7918, qui instaure un prix plancher pour les blobs afin d’éviter que le burn ne s’effondre totalement quand la couche 1 est calme, un garde-fou débattu par la communauté lors du DappCon 2026.
Le paradoxe est structurel. Ethereum a choisi de passer à l’échelle par les couches 2, ce qui déporte volontairement l’activité (et donc une partie du burn potentiel) hors du mainnet. La valeur revient toujours à l’ETH, mais par des canaux plus diffus : demande d’espace de blobs, ETH utilisé comme actif de règlement, frais de priorité versés aux validateurs. La question ouverte de 2026 est de savoir si ces canaux suffiront un jour à faire repasser durablement le solde net dans le rouge, ou si la rareté restera un événement de crise.
Le solde net en 2026 : une inflation douce
Où en est-on concrètement ? Sur les périodes calmes de 2026, l’émission d’environ 2 800 ETH par jour écrase un burn parfois réduit à quelques dizaines ou centaines d’ETH. Le solde net annualisé oscille donc autour de zéro, légèrement positif : une inflation douce, de l’ordre de quelques dixièmes de pour cent par an, très loin de l’inflation des monnaies fiat mais aussi très loin de la déflation promise. Le compteur d’ultrasound.money affiche d’ailleurs un taux de croissance de l’offre proche de 0% sur douze mois glissants, ce qui résume bien la situation : l’ETH est aujourd’hui un actif à offre quasi stable.
Pour visualiser la sensibilité de ce solde à l’activité du réseau, le tableau suivant illustre le principe. Les chiffres sont indicatifs et servent à montrer la mécanique, pas à prédire une journée précise.
| Régime d’activité | Émission/jour | Burn/jour | Solde net | Effet sur l’offre |
|---|---|---|---|---|
| Mainnet calme (2026 typique) | ~2 800 ETH | ~50 à 300 ETH | positif | inflation douce |
| Activité soutenue | ~2 800 ETH | ~2 000 à 2 800 ETH | proche de l’équilibre | offre stable |
| Pic de congestion | ~2 800 ETH | > 2 800 ETH | négatif | déflation |
Ce tableau dit l’essentiel : la déflation d’Ethereum n’a pas disparu, elle est devenue épisodique. Elle réapparaît lors des tempêtes de marché ou des lancements très demandés, puis s’efface dès que le calme revient. La rareté de l’ETH est désormais un phénomène cyclique, pas une tendance de fond, et c’est précisément ce glissement qui a réveillé le débat sur l’émission.
Le staking, l’aspirateur à ETH
L’offre ne se limite pas au duel émission contre burn. Une part croissante des ETH est retirée du marché liquide par le staking. Selon CoinDesk, environ 41 millions d’ETH sont aujourd’hui immobilisés par des validateurs, soit à peu près 34% de l’offre totale, avec encore quelque 2,5 millions d’ETH en file d’attente d’activation et des délais dépassant six semaines. Jerôme de Tychey, l’un des auteurs de l’EIP-8361, rappelle que le staking a franchi la barre des 33% dès avril 2026.
Ce mouvement a deux effets sur l’offre. D’abord, il réduit le flottant réellement disponible à la vente : un ETH staké ne peut pas être cédé instantanément, la file de sortie prenant de quelques jours à plusieurs semaines. Ensuite, il augmente l’émission, puisque plus il y a d’ETH stakés, plus le protocole distribue de récompenses. Le rendement, lui, s’est comprimé : le taux de base tourne autour de 2,8% brut selon les statistiques de staking 2026, auquel s’ajoutent le MEV et les frais de priorité. Ce rendement réel, distinct des simples émissions, est au coeur du débat que nous avons détaillé dans notre analyse du vrai rendement on-chain.
Le staking est donc une arme à double tranchant pour la rareté : il assèche l’offre liquide, mais il nourrit l’inflation brute en gonflant la facture d’émission. Plus le taux de staking monte, plus le protocole imprime, et plus la « taxe d’inflation » pesant sur les non-stakers augmente. C’est exactement cette tension que l’EIP-8361 tente de trancher, quitte à froisser une partie de l’écosystème.
EIP-8361, la proposition qui veut brider l’émission
Le 4 août 2026, six chercheurs d’Ethereum, dont Justin Drake de l’Ethereum Foundation, ont publié un brouillon d’EIP baptisé « tapered issuance burn ». Le principe, décrit par Coinpaprika, est le suivant : à mesure que le taux de staking grimpe, une fraction croissante des récompenses des validateurs est non pas redistribuée mais détruite. Cette fraction augmente linéairement jusqu’à atteindre 100% lorsque le staking approche son point de saturation.
Le seuil clé se situe autour de 60,25 millions d’ETH stakés, soit environ la moitié de l’offre actuelle, près de 100 milliards d’euros au prix du jour. Passé ce cap, l’émission nette de la couche de consensus tomberait à zéro : le protocole ne créerait plus de nouveaux ETH pour rémunérer le staking, seuls subsisteraient les revenus de la couche d’exécution comme les frais de priorité. Pour éviter une sortie brutale de validateurs, le mécanisme se déploierait progressivement sur environ dix-huit mois, précédés de plusieurs mois de préavis avant activation.
Cette proposition est l’aboutissement d’une philosophie ancienne chez les chercheurs d’Ethereum, celle de l’émission minimale viable (minimum viable issuance) : le protocole ne devrait créer que juste assez d’ETH pour rester sécurisé, tout excédent revenant à une taxe d’inflation payée par les non-stakers. Concrètement, l’EIP-8361 ferait de la barre des 50% un plafond de fait au staking, tout en rendant l’offre nette bien plus favorable à la rareté. Attention toutefois : au 6 août 2026, le texte n’était qu’un brouillon, sans calendrier d’intégration confirmé, les développeurs devant en discuter en vue de la prochaine mise à niveau, baptisée Hegotá et attendue au second semestre. Un brouillon d’EIP n’est pas une décision ; c’est le début d’une négociation.
La fronde de la DeFi contre le burn des récompenses
La réponse ne s’est pas fait attendre. Stani Kulechov, fondateur du protocole de prêt Aave, a ouvertement critiqué le projet. « Ethereum ne devrait pas être puni pour sa croissance », a-t-il résumé, cité par Coinpedia. Son argument central est que l’incertitude introduite a un coût d’adoption : si le rendement du staking peut disparaître au-dessus de 50% de l’offre stakée, les acteurs, particuliers comme institutionnels, ne peuvent plus modéliser leurs revenus avec fiabilité.
Kulechov pointe aussi un effet pervers pour la finance décentralisée. Si le staking ne rapporte plus rien, prêter de l’ETH ne rapporte plus rien non plus, et selon lui « la seule raison d’emprunter de l’ETH serait, ironiquement, de le vendre à découvert ». Autrement dit, une émission nulle pourrait paradoxalement affaiblir la demande pour l’actif au lieu de la renforcer, en asséchant les marchés de prêt qui font tourner la DeFi. Ce type d’arbitrage entre sécurité du protocole et santé de l’écosystème rappelle les débats de gouvernance que nous avons couverts, par exemple lors de l’attaque de gouvernance contre BonkDAO.
Tous ne partagent pas cette inquiétude. Mike Silagadze, fondateur du protocole de liquid staking ether.fi, relativise l’impact sur le marché en rappelant, dans les colonnes de CoinDesk, que « les gens qui stakent de l’ETH ne le vendent pas ». Pour ce camp, brider l’émission renforcerait la rareté sans provoquer l’exode redouté, puisque les stakers de long terme resteraient en place. Le désaccord illustre une réalité : l’analyse de l’offre d’ETH n’est plus une affaire purement comptable, c’est devenu un choix politique sur qui capte la valeur du réseau, les stakers ou l’ensemble des détenteurs.
Lido, ETF et la concentration de l’offre bloquée
Savoir combien d’ETH est staké ne suffit pas ; il faut aussi savoir par qui. Lido, le plus grand protocole de liquid staking, reste l’acteur individuel dominant, mais sa part de l’ensemble des ETH stakés a reflué vers un quart environ, contre près d’un tiers auparavant, à mesure que des institutionnels comme BitMine et Grayscale montaient en puissance. Cette déconcentration relative est plutôt saine : la crainte historique qu’un seul opérateur franchisse des seuils critiques (un tiers, puis la moitié du staking) s’est atténuée, aidée par des modules de staking communautaire ouverts à davantage d’opérateurs indépendants.
L’autre grand aspirateur d’offre, ce sont les ETF. Depuis que la SEC et la CFTC ont clarifié, dans une interprétation conjointe de mars 2026, que les récompenses de staking de plusieurs actifs numériques dont l’ETH ne constituent pas des valeurs mobilières, les ETF de staking se sont multipliés aux États-Unis. D’après Everstake, des produits comme le ETHE de Grayscale et le ETHB de BlackRock stakent déjà l’ETH de leurs porteurs, avec des rendements bruts de l’ordre de 3,1 à 3,3% et des distributions nettes plus faibles après frais. Chaque ETH ainsi staké dans un ETF est un ETH qui ne peut pas être vendu immédiatement, un verrou structurel absent des ETF Bitcoin, un point que nous avons détaillé dans notre suivi des flux d’ETF Bitcoin et Ethereum.
À cette immobilisation s’ajoute le restaking, qui empile une couche de rendement supplémentaire sur l’ETH déjà staké. Là encore, la promesse de rendement se double d’un problème de liquidité au moment de sortir, un sujet que nous avons exploré dans notre dossier sur la difficulté de sortir du restaking. Additionnées, ces trois strates (staking simple, ETF, restaking) transforment une part grandissante de l’offre en jetons collants, lents à revenir sur le marché.
Offre liquide contre offre bloquée : le vrai flottant
Pour un investisseur, le chiffre qui compte n’est pas l’offre totale mais le flottant, la part réellement susceptible d’arriver sur le marché à court terme. En retirant l’ETH staké, l’ETH verrouillé dans les ETF, l’ETH restaké et les réserves de long terme des trésoreries d’entreprise, on obtient une offre liquide sensiblement inférieure aux 121,9 millions affichés. Le tableau ci-dessous propose une décomposition illustrative de ces grands blocs.
| Bloc d’offre | Ordre de grandeur | Disponibilité à la vente |
|---|---|---|
| ETH en staking | ~41 millions (~34%) | différée (file de sortie) |
| dont détenu via ETF de staking | en croissance rapide | très faible |
| ETH restaké | sous-ensemble du staking | différée, parfois bloquée |
| Trésoreries d’entreprise (DAT) | plusieurs millions | faible (détention longue) |
| Offre liquide restante | le solde | immédiate |
La leçon est simple : la rareté d’Ethereum se joue autant sur la demande de blocage que sur le solde émission/burn. Un actif dont l’offre totale gonfle de 0,3% par an, mais dont plus d’un tiers est immobilisé pour des mois, peut afficher un profil de liquidité plus serré que ne le laisse penser sa courbe d’offre. C’est l’argument favori des partisans de l’ETH : compter les jetons créés sans compter les jetons verrouillés donne une image trompeuse. L’inverse est vrai aussi, et nous y reviendrons : cette offre bloquée n’est pas détruite, elle peut refluer.
Offre et prix : ce que disent (et taisent) les modèles
Reste la question qui intéresse le cluster prédictions : tout cela bouge-t-il le prix ? La réponse honnête est : indirectement. Une offre nette proche de zéro n’est ni un vent porteur ni un vent contraire décisif ; à ce niveau, la dynamique de l’ETH dépend bien davantage des flux (ETF, trésoreries d’entreprise, positionnement des dérivés) que de la mécanique d’émission. Les modèles qui promettent un prix précis en fin d’année, souvent au-dessus de 6 000 euros dans les scénarios haussiers, extrapolent surtout la demande, rarement l’offre.
Ce que l’offre change, c’est la sensibilité. Avec un flottant réduit par le staking et les ETF, un choc de demande se traduit par des mouvements de prix plus violents, à la hausse comme à la baisse, car il y a moins de jetons disponibles pour amortir le mouvement. C’est pourquoi les baromètres de positionnement comptent autant : nous avons montré comment le positionnement sur les dérivés peut amplifier ces secousses. Si l’EIP-8361 était un jour adopté, il ajouterait une variable de plus : une émission nette potentiellement nulle rendrait l’ETH structurellement plus rare, mais au prix d’un rendement de staking incertain, exactement le compromis dénoncé par Kulechov.
La prudence s’impose donc face aux « price predictions » qui font de la rareté un argument automatique. La rareté d’Ethereum est réelle, mais conditionnelle, cyclique et politiquement disputée. Aucun modèle sérieux ne peut la traiter comme une constante, et tout scénario de prix qui repose sur une déflation garantie de l’ETH doit être lu avec méfiance.
Ce que l’analyse de l’offre change pour l’investisseur français
Côté français et européen, l’accès à ces dynamiques d’offre passe par des canaux spécifiques. Il n’existe pas de fonds coté spot sur l’ETH au format UCITS ; l’investisseur particulier européen s’expose généralement via des produits négociés en bourse (ETP) adossés physiquement, émis par des acteurs comme 21Shares ou CoinShares, avec le risque d’émetteur que cela implique. L’achat direct et le staking passent, eux, par des prestataires de services sur actifs numériques enregistrés auprès de l’Autorité des marchés financiers et soumis au règlement européen MiCA.
Pour le lecteur français, deux points méritent l’attention. D’abord, le staking proposé par une plateforme n’est pas sans risque : au-delà du rendement affiché, il faut regarder qui contrôle les clés, comment fonctionne la file de sortie et quelle est la solidité de l’intermédiaire, car le rendement ne compense jamais une contrepartie défaillante. Ensuite, la fiscalité française traite les gains en crypto selon des règles propres, distinctes du régime des valeurs mobilières classiques, et le rendement de staking soulève des questions de qualification qu’il vaut mieux anticiper avec un professionnel. L’analyse de l’offre éclaire le « pourquoi » de la rareté ; elle ne dispense jamais de la diligence sur le « comment » on s’y expose.
Les angles morts de l’analyse d’offre
Toute analyse d’offre repose sur des hypothèses fragiles qu’il faut garder en tête. La première est la fiabilité des chiffres : comme on l’a vu, les compteurs divergent sur l’offre en circulation, et les estimations d’ETH staké varient de plusieurs millions selon la méthode retenue. Traiter une décimale comme une vérité absolue est une erreur de débutant.
- Le burn dépend de l’activité, elle-même imprévisible : un seul cycle spéculatif peut faire mentir un modèle annuel.
- Le staking peut refluer aussi vite qu’il a gonflé si le rendement se dégrade ou si un incident de slashing effraie les validateurs.
- Les décisions de gouvernance, comme l’EIP-8361, peuvent redéfinir du jour au lendemain la trajectoire d’émission.
- L’offre bloquée n’est pas perdue : elle peut revenir sur le marché, la file de sortie ne fait que retarder le choc, pas l’annuler.
Le second angle mort est plus subtil. La rareté ne crée pas la valeur par elle-même ; une monnaie rare mais peu utilisée ne vaut rien. La vraie question n’est donc pas seulement « combien d’ETH existe-t-il ? », mais « combien de personnes veulent en détenir, et pourquoi ? ». L’offre est un plateau de la balance ; la demande est l’autre, et c’est le plus souvent elle qui tranche. Une bonne analyse d’offre ne prétend pas prédire le prix : elle donne le cadre pour comprendre pourquoi il bouge.
Foire aux questions
Quelle est l’offre totale d’ETH en 2026 ?
L’offre totale d’ETH tourne autour de 121,9 millions de jetons à l’été 2026 selon ultrasound.money. Contrairement à Bitcoin, Ethereum n’a pas de plafond fixe : son offre varie en permanence selon l’émission versée aux validateurs et le burn de l’EIP-1559.
L’ETH est-il déflationniste ou inflationniste aujourd’hui ?
Depuis la mise à niveau Dencun de mars 2024, l’ETH est légèrement inflationniste, avec une croissance nette de l’offre proche de zéro, de l’ordre de quelques dixièmes de pour cent par an. Il ne redevient déflationniste que lors des pics d’activité qui font grimper les frais et donc le burn.
Qu’est-ce que l’EIP-8361 et que changerait-elle ?
L’EIP-8361 est un brouillon publié début août 2026 qui propose de brûler une part croissante des récompenses des validateurs à mesure que le staking augmente, jusqu’à ramener l’émission de consensus à zéro autour de 60 millions d’ETH stakés (environ 50% de l’offre). Elle rendrait l’ETH plus rare mais plafonnerait de fait le rendement du staking, ce qui divise la communauté.
Combien d’ETH est en staking et quel rendement ?
Environ 41 millions d’ETH, soit à peu près 34% de l’offre, sont en staking à l’été 2026, avec une file d’attente d’activation encore chargée. Le rendement de base tourne autour de 2,8% brut, auquel s’ajoutent le MEV et les frais de priorité, avant les frais des intermédiaires.
Pourquoi la thèse de l’« ultrasound money » est-elle remise en cause ?
Parce que le passage à l’échelle par les couches 2, accéléré par Dencun puis Fusaka, a déporté l’activité hors du mainnet et fait fondre le burn. L’émission dépasse désormais le burn la plupart du temps, si bien que la déflation promise n’est plus qu’occasionnelle et conditionnée à une forte activité sur la couche 1.
Par la rédaction de HOGE Wire. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.