Restaking 2026 : pourquoi sortir est devenu le vrai problème
ELIP-018 veut simplifier la sortie du restaking sur EigenLayer, juste quand la file d'entrée d'Ethereum dépasse 43 jours. Tour d'horizon des mécanismes de sortie, protocole par protocole.
Le restaking a passé un an à répondre à une seule question : comment maximiser le rendement d’un ETH déjà staké. En 2026, une autre question s’impose, moins spectaculaire mais tout aussi structurante : comment en sortir. Le 11 juillet 2026, un contributeur d’EigenLayer a posté sur le forum de gouvernance une proposition technique baptisée ELIP-018, surnommée RETIRE, qui s’attaque directement à ce problème. Elle arrive alors que la file d’attente pour entrer dans le staking Ethereum dépasse 43 jours, que celle pour en sortir est tombée à zéro, et qu’EIGEN doit absorber un nouveau déblocage de jetons le 1er août.
Ce n’est pas un hasard si la question de la sortie s’impose maintenant. Après l’effondrement de la TVL du printemps, l’exploit Kelp DAO x Aave d’avril et une vague de repositionnements, Karak est devenu OpenGDP en juillet, le secteur a accumulé assez de cicatrices pour que la liquidité de sortie, et non plus seulement le rendement d’entrée, devienne le critère qui distingue un protocole solide d’un protocole qui espère simplement que personne ne demandera à partir en même temps.
Le restaking en résumé, pour ceux qui prennent le train en marche
Le restaking consiste à réengager un ETH déjà staké, ou un token de staking liquide, pour sécuriser en plus des services tiers appelés AVS (Actively Validated Services) : oracles, ponts inter chaînes, couches de disponibilité des données, séquenceurs de rollup. En échange, le déposant touche un rendement additionnel, mais accepte aussi des conditions de slashing supplémentaires. Le concept a été popularisé par EigenLayer, rebaptisé EigenCloud depuis son pivot vers le cloud vérifiable (EigenDA, EigenCompute, EigenVerify). Le slashing y est activé sur le mainnet depuis avril 2025.
Trois autres familles se sont installées à côté d’EigenCloud : Symbiotic (n’importe quel collatéral ERC-20, sans jeton public à ce jour), Karak, rebaptisé OpenGDP en juillet 2026, et Babylon, qui applique le même principe au Bitcoin natif plutôt qu’à l’ETH. SSV Network, de son côté, ne restake pas au sens strict mais répartit les clés de validation entre plusieurs opérateurs indépendants (DVT, distributed validator technology), un mécanisme qui pose ses propres questions de sortie, abordées plus bas.
Ce panorama a déjà été couvert en détail sur HOGE Wire, et la dynamique de risque qui l’accompagne, notamment le slashing pendant les périodes de transition, a été analysée dans notre article sur le slashing en cascade et la course à l’assurance. Cet article part de ces constats pour se concentrer sur un point resté dans l’angle mort : que se passe-t-il concrètement quand on veut sortir ?
La question qu’on ne pose jamais : comment sort-on ?
La quasi-totalité de la documentation grand public sur le restaking traite de l’entrée : quel AVS choisir, quel rendement espérer, quel risque de slashing accepter. Très peu de contenu s’attarde sur la sortie, alors qu’elle concerne tous les scénarios qui comptent vraiment : faire pivoter les clés d’un validateur, réagir à un signal d’alerte sur un opérateur ou un AVS, réallouer du capital vers une autre stratégie, ou simplement répondre à un rachat institutionnel qui a une échéance contractuelle.
Vitalik Buterin avait anticipé une partie du problème dès 2023, dans un billet resté la référence du secteur sur les risques du restaking. « Toute extension des devoirs du consensus d’Ethereum augmente les coûts, la complexité et les risques liés à l’exploitation d’un validateur », écrivait-il sur son blog, avant d’ajouter que le consensus social des communautés blockchain est une chose fragile, et que chaque extension de ce type fragilise le socle lui même. Sreeram Kannan, fondateur d’EigenLayer, avait répondu à l’époque que le restaking n’ajoutait pas vraiment de risque nouveau par rapport à l’existant : « Tout ce que le restaking peut faire, le liquid staking peut déjà le faire, donc je considère le restaking comme un risque moindre que le liquid staking », a-t-il déclaré à CoinDesk.
Ce débat portait sur le risque d’entrée : slashing, corrélation entre AVS, concentration du pouvoir économique. Il a largement occulté un risque distinct, celui de la friction de sortie, qui ne se manifeste pas au moment du dépôt mais au moment, souvent sous pression, où l’on essaie de partir. C’est exactement ce que 2026 a mis en lumière, d’abord avec la crise Kelp DAO x Aave, puis avec la proposition ELIP-018.
L’anomalie des files d’attente Ethereum
Le contexte de fin juillet 2026 illustre bien le problème. Selon les données consolidées par plusieurs traqueurs de validateurs et reprises par AMBCrypto, la file d’attente pour entrer dans le staking Ethereum atteignait environ 2,5 millions d’ETH, soit un délai d’environ 43 à 44 jours avant activation. Dans le même temps, la file de sortie était tombée à zéro : aucun validateur n’attendait pour quitter le réseau. Le contraste est net avec le pic du quatrième trimestre 2025, où la file de sortie avait elle même atteint environ 2,6 millions d’ETH en attente, pour un délai comparable d’environ 44 jours.
Au total, environ 41 millions d’ETH sont désormais stakés, répartis sur près de 900 000 validateurs actifs, soit environ 33,6 % de l’offre en circulation. Cette asymétrie est généralement lue comme un signal haussier : la demande pour entrer dépasse largement l’envie de sortir. Mais elle a un revers directement lié au sujet de cet article. Si la file d’entrée reste longue, quiconque sort aujourd’hui pour de bonnes raisons, rotation de clés, réponse à un incident de sécurité, réallocation de capital, risque de devoir attendre plusieurs semaines avant de pouvoir revenir, une pénalité de rendement qui s’ajoute à n’importe quelle friction déjà présente au niveau du restaking lui même.
C’est précisément ce défaut de conception qu’ELIP-018 cherche à corriger, pas en réduisant la file d’entrée du réseau, un paramètre qu’EigenLayer ne contrôle pas, mais en supprimant la friction supplémentaire que la couche de restaking ajoute par dessus.
ELIP-018 « RETIRE » : le mécanisme technique expliqué
Posté sur le forum de gouvernance d’EigenLayer le 11 juillet 2026 par un contributeur identifié sous le pseudonyme mcurtis, ELIP-018 porte un nom qui résume son objectif : RETIRE, pour Retirement Enabling Terminal, Irreversible Restaking Exit. Le problème qu’il décrit est précis : les EigenPods, les contrats qui hébergent chaque validateur restaké, continuent d’imposer une comptabilité de restaking même après qu’un retrait complet a été mis en file d’attente. Un opérateur qui veut faire pivoter ses clés de validateur, ou sortir complètement d’EigenLayer, se heurte donc à une friction coûteuse, à laquelle s’ajoute la file d’entrée du beacon chain, qui, selon le texte de la proposition, avoisine 47 jours, un chiffre cohérent avec les 43 à 44 jours observés en direct sur les traqueurs de validateurs.
La proposition introduit quatre changements techniques : une nouvelle méthode disablePod() sur le contrat EigenPodManager, qui déclenche une sortie irréversible ; disableRestaking() et withdrawDisabledPodETH() sur le contrat EigenPod, qui basculent l’ETH vers un état totalement retirable ; clearQueuedWithdrawalsForDisabledPod() sur le DelegationManager, qui purge les retraits bloqués en attente ; et un nouveau drapeau de pause, PAUSED_DISABLE_POD, pour la gestion du risque opérationnel. Le texte de la proposition est explicite sur son ambition : il décrit RETIRE comme une mise à niveau des EigenPods qui permet à un propriétaire de pod de désactiver le restaking de façon permanente et irréversible via cette nouvelle méthode disablePod(), présentée comme entièrement optionnelle et rétrocompatible, sans rupture des interfaces existantes.
Ce qui reste flou, et ce que RETIRE ne résout pas
À ce stade, ELIP-018 reste une proposition à l’état de brouillon, qui n’a pas encore été approuvée par la gouvernance d’EigenLayer et n’a aucune date de déploiement sur le mainnet. Le précédent le plus proche, ELIP-012, le comité d’incitations fusionné en décembre 2025, montre que le chemin entre un brouillon posté sur le forum et une mise en œuvre effective peut prendre plusieurs mois, avec des allers retours de la communauté et une revue de sécurité. La nature irréversible du mécanisme, une fois disablePod() appelé, aucun retour en arrière n’est prévu, va presque certainement exiger un audit dédié avant tout déploiement en mainnet. Cette question du financement et de la responsabilité de l’audit, détaillée dans notre analyse sur qui paie vraiment quand un piratage a lieu, se pose avec une acuité particulière ici : un bug dans un mécanisme de sortie irréversible ne laisse par définition aucune marge de correction après coup.
Même adopté tel quel, le périmètre de RETIRE reste étroit. Il s’applique aux EigenPods, donc au restaking natif d’ETH sur EigenLayer, pas aux autres briques du secteur. Un détenteur de rsETH ou d’ezETH ne verra aucun changement : sa sortie continue de dépendre entièrement des mécanismes de rachat propres à ether.fi, Renzo ou Kelp DAO. Les utilisateurs de Symbiotic, Karak/OpenGDP, Babylon ou SSV ne sont pas concernés non plus, chacun de ces protocoles ayant sa propre architecture de sortie, sans lien technique avec les EigenPods.
RETIRE ne change enfin rien à la file d’entrée du beacon chain elle même : un validateur qui sort via ce mécanisme, puis souhaite revenir, repart en fin de la même file d’attente que n’importe quel nouveau déposant, avec le délai de plusieurs semaines que cela implique en période de forte demande.
Sortir d’un token de restaking liquide (LRT)
Les détenteurs de tokens de restaking liquide, eETH d’ether.fi, ezETH de Renzo, rsETH de Kelp DAO, n’interagissent jamais directement avec un EigenPod. Ils détiennent un jeton émis par le protocole, échangeable en théorie de deux façons : la revente immédiate sur le marché secondaire (DEX, agrégateurs), en quelques minutes mais au prix que le marché veut bien payer, ou le rachat direct auprès du protocole émetteur, qui garantit la valeur liquidative mais impose une file d’attente pouvant s’étendre sur plusieurs jours selon la profondeur des retraits en cours.
Ces deux voies ne se comportent pas de la même façon sous stress. En temps normal, elles convergent : le prix de marché d’un LRT colle de près à sa valeur liquidative, et l’arbitrage garde les deux alignés. Mais ezETH avait brièvement décroché de sa parité en avril 2024, et l’épisode Kelp DAO du printemps 2026 a montré un cas encore plus radical : la voie de sortie la plus liquide en apparence, la revente sur le marché, s’est retrouvée bloquée net quand la confiance dans le jeton lui même s’est effondrée.
C’est le paradoxe des LRT : ils existent précisément pour offrir une sortie plus rapide que le retrait natif d’ETH restaké, mais cette liquidité repose entièrement sur la confiance du marché dans le mécanisme d’émission du jeton. Quand cette confiance vacille, la voie de sortie rapide disparaît en premier, souvent plus vite que la voie lente et garantie du rachat protocolaire.
Kelp DAO x Aave : quand la sortie devient une crise
Le 19 avril 2026, un attaquant a exploité une faille dans le pont inter chaînes de Kelp DAO, basé sur la messagerie LayerZero, pour frapper 116 500 rsETH de façon illégitime, soit environ 292 millions de dollars (autour de 253 millions d’euros) et près de 18 % de l’offre en circulation du jeton à l’époque. Une partie de ces rsETH frappés a été déposée en collatéral sur Aave pour emprunter d’autres actifs, ce qui a immédiatement contaminé le protocole de prêt. Notre récapitulatif des piratages de ponts crypto replace cet épisode dans une série qui, de Ronin à Wormhole, revient beaucoup trop souvent.
Aave a suspendu le pouvoir d’emprunt de rsETH, et les estimations de créances douteuses ont varié selon les sources entre 196 et 230 millions de dollars, pendant que la valeur totale verrouillée d’Aave reculait de plusieurs milliards de dollars sur le seul week-end. La sortie ordinaire d’un détenteur de rsETH, vendre sur le marché ou demander un rachat, a été de facto suspendue pendant la crise : plus personne ne voulait acheter un jeton dont le mécanisme de frappe venait d’être compromis. Stani Kulechov, fondateur d’Aave, avait résumé l’urgence de la période dans des messages relayés par CoinDesk : « Aave est le travail de toute ma vie et nous travaillons sans relâche pour trouver le meilleur résultat possible pour les utilisateurs. »
La reconstitution complète de la couverture de rsETH s’est achevée vers juin 2026, portée par un multisig de type Recovery Guardian et une coalition informelle de protocoles partenaires. Le pont a depuis migré du modèle LayerZero OFT vers Chainlink CCIP, avec quatre attestateurs indépendants et 64 confirmations de bloc désormais exigées, et la capitalisation de rsETH a dépassé son niveau d’avant l’incident pour atteindre environ 1,5 milliard de dollars. La leçon dépasse le cas Kelp : la sortie d’un LRT n’est pas seulement une question de mécanique de rachat, elle dépend aussi de toute l’infrastructure annexe, ponts inter chaînes en tête, que l’utilisateur final ne voit jamais mais dont la défaillance peut fermer toutes les portes de sortie en même temps.
Symbiotic et Karak/OpenGDP : sortir sans jeton, sortir sans le même protocole
Symbiotic fonctionne par époques : une demande de retrait peut être soumise à tout moment, mais les fonds concernés restent exposés au slashing jusqu’à la fin de l’époque en cours, et ne deviennent réclamables qu’à la fin de l’époque suivante, ce qui porte le délai réel de sortie entre une et deux époques complètes. La durée d’une époque est fixée au déploiement de chaque vault et varie d’un vault à l’autre, avec un délai courant de sept à quatorze jours dans la pratique. Contrairement à un LRT, il n’existe pas de jeton liquide unique et universel à revendre en cas d’urgence : chaque vault Symbiotic est une brique isolée, ce qui limite la contagion d’un incident, mais prive aussi le déposant de la porte de sortie express qu’offre un marché secondaire liquide. Depuis le lancement de Core V2 le 1er juillet 2026, Symbiotic pousse un nouveau produit, Liquid Lane, qui étend son modèle de vault à des usages de crédit et de réassurance. Hugh Karp, fondateur de Nexus Mutual, a salué cette architecture dans des propos rapportés par The Block : « Le collatéral partagé est particulièrement important pour la couverture onchain, où la demande de protection dépasse ce qu’un seul bilan devrait supporter seul. Symbiotic permet à du capital délégué de se positionner derrière Nexus Mutual comme capacité de réassurance, avec une exposition en première et en deuxième perte définie séparément. »
Karak a pris un chemin radicalement différent : rebaptisé OpenGDP à la mi-juillet 2026, le protocole a explicitement quitté le vocabulaire du restaking. Son nouveau site se présente comme la couche opérationnelle pour l’exécution économique du monde réel, sans plus aucune mention de restaking, d’AVS ou de sécurité partagée dans son contenu principal ; seuls les produits hérités, V1 Staking, V2 Staking et le pont K2, restent accessibles depuis le pied de page, à l’attention des utilisateurs qui ont encore des positions à dénouer. C’est la forme la plus radicale de risque de sortie du secteur : ce n’est pas un délai technique, c’est un protocole qui a changé de métier pendant que certains utilisateurs y avaient encore du capital engagé.
Babylon : la sortie version Bitcoin
Babylon applique une logique différente : le BTC ne quitte jamais le réseau Bitcoin, il reste verrouillé via un script de verrouillage temporel natif compatible Taproot, sans pont ni wrapping. Ce choix architectural a une conséquence directe sur la sortie. Selon la documentation officielle du protocole, le dénouement d’une position (unbonding) déclenche un délai onchain d’environ 1 008 blocs Bitcoin, soit approximativement sept jours, avant que le BTC redevienne dépensable. La transaction de dénouement doit être cosignée par un comité de covenant, et la position reste exposée à un slashing partiel pendant toute la fenêtre d’unbonding.
C’est sans doute la sortie la plus prévisible du secteur : elle est rythmée par le temps de bloc de Bitcoin, pas par une file d’attente de beacon chain qui peut osciller entre zéro et 44 jours selon la demande du moment. Le tableau de bord public de Babylon Labs affiche depuis plusieurs semaines un montant stable d’environ 56 853 BTC stakés pour près de 5,6 milliards de dollars de valeur totale verrouillée, un chiffre qui semble mis à jour peu fréquemment plutôt qu’en temps réel, à prendre donc comme un ordre de grandeur plutôt qu’une donnée live.
L’intégration prévue avec Aave V4, qui ajouterait une voie de sortie supplémentaire via liquidation vers du WBTC, reste au stade du testnet ; notre suivi dédié sur Aave V4 et Babylon détaille pourquoi le projet a pris plusieurs mois de retard sur son calendrier initial. Tant que cette intégration n’est pas en mainnet, l’unbonding natif décrit ci-dessus reste la seule voie de sortie réellement disponible pour un déposant Babylon.
SSV et la sortie coordonnée des opérateurs
SSV Network ne restake pas au sens strict d’EigenLayer : il répartit les clés d’un validateur entre plusieurs opérateurs indépendants via un schéma de signature à seuil (DVT, distributed validator technology). Cette architecture change la nature même de la sortie : elle n’est jamais une décision unilatérale d’un seul opérateur, elle exige la coordination d’un nombre suffisant d’entre eux pour signer collectivement le message de sortie du validateur. C’est un compromis assumé, éliminer le risque qu’un opérateur unique fasse chuter un validateur en cas de défaillance ou de comportement malveillant, au prix d’une dépendance à la réactivité et à la disponibilité de plusieurs parties au moment précis où l’on veut partir.
Ce mécanisme n’a, à notre connaissance, pas encore connu d’incident public où la coordination entre opérateurs aurait bloqué une sortie de façon prolongée, mais il illustre un principe transversal à tout ce secteur : plus une architecture ajoute de garanties de sécurité en amont, plus elle a de chances d’ajouter de la friction en aval, au moment de sortir.
L’unlock du 1er août et ce qu’il dit du marché
Le calendrier ajoute une coïncidence difficile à ignorer. EIGEN doit absorber un nouveau déblocage de jetons le 1er août 2026, 36,82 millions de jetons au total, répartis entre 19,75 millions pour des investisseurs et 17,07 millions pour des contributeurs historiques, soit environ 5 % de l’offre en circulation actuelle, selon les données CoinGecko reprises par crypto.news. Ce déblocage s’inscrit dans une semaine où trois jetons cumulés (BEAT, EIGEN, ZETA) libèrent environ 77 millions de dollars de valeur au total.
| Actif | Prix (USD / EUR approx.) | Capitalisation approx. | Sommet historique | Variation depuis l’ATH |
|---|---|---|---|---|
| EIGEN | 0,1807 $ / environ 0,157 € | 134 M$ / environ 116 M€ | 5,65 $ (16 déc. 2024) | -96,8 % |
| SSV | 2,16 $ / environ 1,88 € | 32 M$ / environ 27,6 M€ | 65,82 $ (24 mars 2024) | -96,7 % |
| BABY | 0,01145 $ / environ 0,0099 € | 46 M$ / environ 40,1 M€ | 0,1661 $ (12 avr. 2025) | -93,1 % |
| ETH (référence) | 1 880,62 $ / 1 633,08 € | 226,9 Md$ / environ 197 Md€ | — | — |
Le contexte donne un relief particulier à la discussion ELIP-018 : au moment même où la gouvernance débat de la façon de faciliter la sortie technique du restaking, une partie non négligeable de l’offre de son propre jeton de gouvernance s’apprête à devenir vendable. Les deux mouvements ne sont pas liés sur le plan mécanique, mais ils racontent la même histoire : la liquidité de sortie, qu’il s’agisse d’ETH restaké ou de jetons EIGEN, est devenue le sujet qui structure la conversation du secteur cet été, plus que le rendement d’entrée qui dominait les échanges un an plus tôt.
AMF, MiCA et le risque de liquidité
En France, la période transitoire qui permettait aux prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) enregistrés d’opérer sans agrément CASP complet s’est achevée le 1er juillet 2026, comme le rappelle l’AMF sur son site officiel. Les acteurs qui n’avaient pas obtenu leur agrément devaient engager une cessation ordonnée de leur activité au plus tard le 30 mars 2026 ; poursuivre une activité de service sur actifs numériques sans agrément après l’échéance expose à une peine pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, l’AMF se réservant en plus la possibilité de publier des listes noires et de faire bloquer les sites non autorisés. L’ESMA a de son côté publié ses propres attentes envers les professionnels et un avertissement destiné aux investisseurs particuliers à l’approche de cette échéance.
Cette bascule réglementaire ne dit rien, en revanche, des mécanismes de sortie décrits plus haut. Un service de restaking proposé par un prestataire agréé CASP, garde d’actifs incluse, tombe dans le périmètre de MiCA et bénéficie donc d’un cadre de protection de la clientèle. Mais l’interaction directe avec un contrat EigenPod, un vault Symbiotic ou un script Babylon depuis un portefeuille non dépositaire reste, elle, largement hors du champ de MiCA, qui régule les prestataires de services et les émetteurs, pas les protocoles décentralisés eux-mêmes.
Concrètement, cela signifie qu’aucun texte n’impose de délai maximal de rachat, ni de fonds de compensation, pour la grande majorité des positions de restaking décrites dans cet article : la file d’attente de sept jours de Babylon ou les une à deux époques de Symbiotic sont des paramètres de protocole, pas des obligations réglementaires. C’est un point que les capitaux institutionnels qui commencent à s’intéresser au secteur prennent très au sérieux : sans plancher réglementaire, la diligence sur les conditions de sortie retombe entièrement sur l’investisseur.
Tableau comparatif des mécanismes de sortie
Le tableau suivant résume, protocole par protocole, ce que signifie concrètement sortir en 2026.
| Protocole | Mécanisme de sortie | Délai typique | Jeton liquide en sortie |
|---|---|---|---|
| EigenLayer / EigenCloud | File de retrait beacon chain, bientôt complétée par RETIRE (ELIP-018) | Jusqu’à environ 44 jours pour ressortir puis rentrer si besoin | EIGEN (jeton de gouvernance, pas un reçu de l’ETH restaké) |
| LRT (ether.fi, Renzo, Kelp DAO) | Revente sur le marché ou rachat auprès du protocole | Quelques minutes (marché) à plusieurs jours (rachat) | eETH / ezETH / rsETH |
| Symbiotic | Retrait par époque de vault | 7 à 14 jours selon le vault | Aucun jeton public à ce jour |
| Karak / OpenGDP | Produits hérités V1/V2 en fin de vie, pont K2 | Variable, produit en cours d’abandon | Aucun jeton liquide confirmé |
| Babylon | Unbonding Bitcoin natif, cosigné par un comité de covenant | Environ 7 jours (1 008 blocs) | BABY (jeton de gouvernance, distinct du BTC staké) |
| SSV / DVT | Signature à seuil coordonnée entre opérateurs | Dépend de la disponibilité des opérateurs | SSV |
Check-list avant d’entrer, puisqu’il faudra sortir
Les développements récents suggèrent une grille de lecture simple avant tout dépôt en restaking, quel que soit le protocole choisi :
- Vérifier si la sortie passe par un marché secondaire liquide, un rachat protocolaire à délai fixe, ou une action de gouvernance : les trois n’offrent pas la même garantie de délai.
- Consulter l’historique réel des files d’attente d’entrée et de sortie plutôt que le seul délai théorique annoncé par la documentation, l’écart peut être important selon la demande du moment.
- Identifier les dépendances externes de la voie de sortie, pont inter chaînes en tête, comme l’a montré l’épisode Kelp DAO x Aave.
- Vérifier si le protocole ou l’équipe a déjà changé d’orientation stratégique par le passé, ou pourrait le faire, à l’image du pivot d’OpenGDP.
- Distinguer le jeton de gouvernance du protocole (EIGEN, SSV, BABY) du reçu représentant l’actif réellement staké : ce ne sont pas les mêmes garanties de sortie.
- Pour un accès via un prestataire agréé, vérifier concrètement ce que le statut CASP change, ou non, aux délais de rachat contractuels.
Aucun de ces points n’est nouveau en soi. Ce qui change en 2026, c’est qu’ils sont enfin documentés par des cas concrets, l’exploit Kelp DAO, le pivot OpenGDP, la proposition ELIP-018, plutôt que par de la seule théorie.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le mécanisme ELIP-018 RETIRE sur EigenLayer ?
ELIP-018, surnommé RETIRE, est une proposition de gouvernance postée sur le forum d’EigenLayer le 11 juillet 2026. Elle ajoute des fonctions aux contrats EigenPod, dont disablePod() et disableRestaking(), pour permettre à un propriétaire de pod de désactiver le restaking de façon permanente et de récupérer son ETH sans la friction comptable actuelle. Elle reste au stade de brouillon, sans date de déploiement confirmée.
Pourquoi la file d’attente pour sortir du staking Ethereum est-elle tombée à zéro alors que celle pour entrer dépasse 40 jours ?
Fin juillet 2026, la file d’entrée du staking Ethereum comptait environ 2,5 millions d’ETH en attente, pour un délai d’environ 43 à 44 jours, tandis que la file de sortie était vide. Cette asymétrie traduit une forte conviction des détenteurs d’ETH à rester stakés plutôt qu’à sortir, mais elle a un revers : quiconque sort aujourd’hui pour une raison légitime risque d’attendre plusieurs semaines avant de pouvoir revenir si la demande d’entrée ne se tarit pas.
Combien de temps faut-il pour sortir d’un token de restaking liquide comme rsETH ou eETH ?
Deux voies existent. La revente sur le marché secondaire est quasi instantanée, mais expose au risque que le prix dévie de la valeur liquidative réelle en cas de stress, comme lors de l’exploit Kelp DAO d’avril 2026. Le rachat direct auprès du protocole émetteur garantit la valeur liquidative mais peut prendre plusieurs jours selon la profondeur de la file d’attente du moment.
Le restaking est-il régulé par l’AMF ou par MiCA en France ?
Cela dépend de l’accès utilisé. Un service de restaking proposé par un prestataire agréé CASP en France, garde d’actifs incluse, entre dans le périmètre de MiCA, régulé par l’AMF depuis la fin de la période transitoire le 1er juillet 2026. L’interaction directe avec un protocole décentralisé depuis un portefeuille non dépositaire reste largement hors du champ de MiCA à ce jour.
Que s’est-il passé entre Kelp DAO et Aave en avril 2026 ?
Le 19 avril 2026, un attaquant a exploité une faille du pont inter chaînes de Kelp DAO pour frapper 116 500 rsETH de façon illégitime, environ 292 millions de dollars, déposés en partie comme collatéral sur Aave. Aave a suspendu le pouvoir d’emprunt du jeton et absorbé entre 196 et 230 millions de dollars de créances douteuses selon les estimations. La situation a été résorbée vers juin 2026, avec un pont migré vers Chainlink CCIP et la capitalisation de rsETH revenue au-dessus de son niveau d’avant l’incident.
Par Léa Fontaine, rédaction HOGE Wire.