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● DeFi & On-chain

Hyperliquid : le rendement réel à l’épreuve du cycle

Hyperliquid a bâti le plus gros rendement réel de la DeFi, un buyback financé par les frais. Mais ses revenus reculent et Pump.fun le dépasse : le vrai test devient la durée.

En 2026, la DeFi a gagné une bataille de vocabulaire. Les investisseurs ne demandent plus seulement quel est le rendement affiché, mais d’où il vient : des revenus réels d’un protocole (frais de trading, funding, intérêts, coupons d’actifs tokenisés) ou d’une simple création de tokens qui dilue les détenteurs existants. Cette distinction, résumée par l’expression « rendement réel », a un champion évident : Hyperliquid. Le protocole de perpétuels décentralisé consacre près de 99 % de ses revenus au rachat automatique de son token HYPE, sans la moindre émission, et a représenté à lui seul environ 370 millions de dollars (quelque 318 millions d’euros) sur un record de 638 millions de dollars de rachats de tokens en 2026, selon Crypto Economy. Le token HYPE, autour de 85 dollars (près de 73 euros) pour une capitalisation proche de 18 milliards de dollars, a même inscrit un record à 89,54 dollars le 6 septembre, d’après CoinGecko.

Sur le critère de la sincérité, le dossier est clos. Mais 2026 a révélé un second test que le premier masquait. Parce que le rachat de Hyperliquid est une part fixe des bénéfices, il fond quand les bénéfices fondent : le rachat trimestriel est passé d’environ 290 millions de dollars au troisième trimestre 2025 à près de 149 millions au deuxième trimestre 2026, une chute de 51 %, tandis que le chiffre d’affaires reculait de 43 %. Et en août, Pump.fun a dépassé Hyperliquid en revenus mensuels pour la première fois depuis avril 2025. La question n’est plus de savoir si ce cash-flow est réel, mais s’il va durer. Hyperliquid en est le cas d’école.

Rendement réel : le rappel en une minute

Un rappel pour les lecteurs qui rejoignent le dossier en cours de route. Le rendement réel désigne un rendement payé à partir des revenus effectifs d’un protocole, par opposition à un rendement financé par l’émission de nouveaux tokens. Le test le plus simple tient en une phrase : le paiement survivrait-il si le prix du token tombait à zéro ? Si le rendement provient de frais encaissés en stablecoins ou en ETH, il survit ; s’il provient de tokens fraîchement émis dont la seule valeur est spéculative, il s’effondre avec le cours.

Le concept est né du marché baissier de 2022, quand des protocoles comme GMX et Synthetix ont commencé à reverser une part de leurs frais réels aux détenteurs, en rupture avec les fermes de rendement à trois chiffres financées par l’inflation qui avaient marqué 2020 et 2021. Depuis, distinguer un cash-flow durable d’une subvention déguisée est devenu un exercice de base pour tout allocataire sérieux ; nous avons détaillé la démarche dans notre guide pour auditer le cash-flow d’un protocole DeFi. Ce qui suit part de l’étape d’après : une fois qu’un rendement a prouvé qu’il était réel, comment savoir s’il est durable ?

Le premier test, Hyperliquid le passe haut la main

Sur le premier test, Hyperliquid n’est pas seulement conforme, il fixe la norme. Son Assistance Fund est un contrat qui rachète du HYPE sur le marché en continu, financé par les frais de trading réels de la plateforme. D’après Crypto Economy, le protocole consacre près de 99 % de ses revenus à ces rachats, et Hyperliquid plus Pump.fun représentent à eux deux près de 90 % des 638 millions de dollars (quelque 549 millions d’euros) de rachats de tokens enregistrés en 2026.

La mécanique mérite un instant d’attention, car elle tranche avec les rachats d’actions des entreprises cotées. Chez Hyperliquid, il n’y a ni décision discrétionnaire d’un conseil d’administration, ni fenêtre de rachat annoncée à l’avance : l’Assistance Fund achète en continu, au fil des frais qui entrent, selon des règles inscrites dans le protocole. Les frais bruts annualisés se comptent en centaines de millions de dollars, de l’ordre du milliard sur une année complète à plein régime, et c’est cette assiette, et non une promesse marketing, qui alimente le rachat. Pour un détenteur, l’avantage est double : la dépense est prévisible dans son principe (une part fixe des revenus) et impossible à truquer, puisque chaque achat laisse une trace on-chain.

La comparaison la plus parlante est celle avec les protocoles qui financent leurs distributions autrement. Sur une fenêtre récente de 30 jours, la plateforme edgeX a reversé aux détenteurs davantage qu’elle n’a gagné en revenus, un écart qui ne peut être comblé que par des tokens ou une trésorerie, autrement dit une subvention. Hyperliquid, à l’inverse, ne distribue que ce qu’il encaisse. C’est pourquoi il figure en tête du classement du « holders-revenue » de la DeFi, c’est-à-dire de la valeur qui revient effectivement aux détenteurs de tokens, selon Crypto Briefing.

Ce mécanisme a un mérite que la baisse récente ne doit pas faire oublier : il est honnête. Contrairement à un rendement affiché en pourcentage qui dépend d’hypothèses de prix, le rachat de Hyperliquid est une dépense réelle, vérifiable on-chain, tirée de flux réels. Le token capte la valeur du protocole sans promesse de dividende artificiel. Sur la question de la sincérité, il n’y a rien à redire.

Le vrai test de 2026 : la qualité du revenu, pas sa sincérité

Réussir le premier test ne garantit pas le second. Un rachat financé par les frais n’est robuste que si les frais le sont, et les frais de trading sont, par nature, cycliques : ils gonflent quand les marchés sont volatils et spéculatifs, ils s’effondrent quand le calme revient. Un rendement peut donc être parfaitement réel et parfaitement fragile en même temps. La bonne question n’est plus binaire (réel ou factice), elle est graduée : quel est le degré de cyclicité du revenu, et que devient le rendement dans un marché atone ?

La qualité d’un revenu se juge sur trois axes. Le premier est la durabilité : le flux se répète-t-il d’un trimestre à l’autre, ou dépend-il d’un pic ponctuel ? Le deuxième est la diversification : le protocole tire-t-il ses revenus de plusieurs sources indépendantes, ou d’une seule ? Le troisième est la marge : de chaque euro encaissé, combien reste-t-il vraiment au protocole après les coûts, les incitations et les parts reversées aux partenaires ? Un rendement peut être réel mais fragile sur l’un de ces trois axes ; Hyperliquid, nous allons le voir, l’est sur les trois à la fois, ce qui explique la nervosité autour de HYPE malgré des fondamentaux sains.

L’histoire de la DeFi offre un précédent limpide : GMX. Vers 2022, GMX était le visage même du rendement réel. Le protocole reversait 30 % de ses frais à ceux qui stakaient le token, payés en ETH et en AVAX, jamais en GMX inflationniste, et 70 % aux fournisseurs de liquidité du pool GLP, selon Tokenomics.com. C’était authentiquement réel. Mais un rendement réel ne vaut que par le volume qui le nourrit, et quand le volume a migré ailleurs (vers Hyperliquid, notamment), les paiements ont fondu. GMX traînait par ailleurs ses propres émissions via l’esGMX, ce qui brouillait le label. La leçon pour les détenteurs de HYPE est directe : être financé par les frais est nécessaire, mais pas suffisant. Encore faut-il que les frais tiennent dans la durée.

Anatomie du chiffre d’affaires de Hyperliquid

Le chiffre d’affaires de Hyperliquid repose presque entièrement sur une seule chose : le trading. C’est sa force (des marges élevées, aucune dépendance à des subventions) et sa vulnérabilité (une base de revenus mono-source et cyclique). Le tableau ci-dessous décompose ses sources et leur sensibilité au cycle.

Source de revenuMoteurCyclicité
Frais de perpétuels (cœur)Volume x volatilitéTrès élevée
Frais des marchés HIP-3Volume des déployeurs (tradeXYZ)Très élevée, et partagés
Frais spotActivité au comptantÉlevée
HLP (market-making)Spreads et PnLÉlevée et variable
Coupon T-bill tokenisé (référence externe)Taux directeur de la FedFaible (mais hors périmètre de HL)

Le point à retenir : à l’exception du taux de base des bons du Trésor tokenisés, que Hyperliquid n’encaisse pas et qui sert ici de simple référence, toutes les lignes de revenus du protocole dépendent du volume et de la volatilité. Quand l’appétit spéculatif reflue, elles refluent ensemble. Il n’existe pas, dans le modèle actuel, de revenu récurrent contra-cyclique qui amortirait la baisse.

Le buyback rétrécit avec les revenus

Le résultat de cette structure s’est vu en 2026. Selon un rapport d’OAK Research, le chiffre d’affaires trimestriel du protocole est tombé de 356,7 millions de dollars au troisième trimestre 2025 à 201,8 millions au deuxième trimestre 2026, soit 43 % de moins en moins d’un an. Le rachat, part fixe des bénéfices, a suivi mécaniquement : d’environ 290 millions de dollars (quelque 249 millions d’euros) à près de 149 millions (environ 128 millions d’euros), une baisse de 51 %.

IndicateurT3 2025T2 2026Variation
Chiffre d’affaires du protocole356,7 M$201,8 M$-43 %
Rachat de HYPE (buyback)~290 M$~149 M$-51 %
Coût du revenu (part aux déployeurs)<6 % (T2 2025)~18 %en hausse

Le plus troublant est que cette baisse survient malgré des volumes record. L’open interest de Hyperliquid a atteint un sommet 2026 autour de 11 milliards de dollars, et la plateforme traite près de 9 % des positions de perpétuels mondiales, d’après CoinDesk. Records d’activité, revenus en repli : le paradoxe s’explique par un troisième chiffre, le coût du revenu, c’est-à-dire la part reversée aux constructeurs et déployeurs de marchés. Il est passé de moins de 6 % du chiffre d’affaires brut au deuxième trimestre 2025 à environ 18 % aujourd’hui, selon OAK Research. Hyperliquid fait tourner plus de volume, mais en garde une part plus mince.

HIP-3 : la croissance qui rogne la marge

Ce coût du revenu qui grimpe a un nom : HIP-3. Il s’agit du mécanisme par lequel des tiers déploient leurs propres marchés sur l’infrastructure de Hyperliquid, en échange d’une part des frais. L’idée a spectaculairement fonctionné en termes d’activité : les marchés HIP-3 sont passés d’à peine 2 % du volume total début 2026 à environ la moitié aujourd’hui, selon OAK Research. L’essentiel provient de tradeXYZ, qui concentre plus de 90 % de l’open interest HIP-3, lui-même supérieur à 4 milliards de dollars.

Le moteur de cette croissance, ce sont les perpétuels sur actifs du monde réel (RWA). Leur open interest a atteint un record de 3,6 milliards de dollars en juillet 2026, contre 2,6 milliards en mai, et les perpétuels RWA sous HIP-3 pesaient 32,2 % du volume total de la plateforme au deuxième trimestre 2026, contre 20,7 % le trimestre précédent, rapporte CoinDesk. Le hic est structurel : comme les déployeurs prélèvent une part des frais, chaque dollar de volume HIP-3 rapporte moins au protocole qu’un dollar de volume sur le carnet natif. C’est exactement ce qui fait monter le coût du revenu et comprime le rachat. Hyperliquid a réussi à faire croître son volume, en partie en cédant une part de sa marge, au moment où de nouveaux concurrents comme Robinhood Chain arrivent sur le créneau des perpétuels décentralisés, dont le mécanisme de funding que Wall Street cherche à réguler reste central.

Cette dépendance a un revers rarement souligné : la concentration. Si plus de 90 % de l’open interest HIP-3 provient d’un seul déployeur, tradeXYZ, alors une part croissante de l’activité de Hyperliquid repose sur les décisions, la santé et la conformité d’un tiers. Le protocole a externalisé une partie de sa croissance, mais aussi une partie de son risque opérationnel et réglementaire. Un incident, un départ ou un changement de modèle chez ce déployeur se répercuterait directement sur le volume, donc sur les frais, donc sur le rachat. La diversification apparente des marchés masque une concentration bien réelle des sources.

Watkins contre Wazz : faut-il tripler les frais ?

La direction de Hyperliquid a pris la mesure du problème et propose une solution qui divise : réduire, voire supprimer, la remise de 90 % dont bénéficient les déployeurs HIP-3 en mode croissance, ce qui reviendrait à tripler certains frais. Le débat oppose deux lectures du même chiffre.

Pour Ryan Watkins, cofondateur de la société d’investissement Syncracy Capital, la hausse serait nettement positive pour les revenus. Il estime, dans les colonnes d’AMBCrypto, que peu d’acteurs anticipent l’accélération des revenus que des hausses de frais, même graduelles, pourraient déclencher sur HIP-3, avec à la clé un chiffre d’affaires plusieurs fois supérieur. Autrement dit, Hyperliquid pourrait sortir de sa spirale de revenus par le haut, en actionnant un levier de prix qu’il n’a jamais utilisé.

L’analyste Wazz défend l’inverse. Toujours d’après AMBCrypto, il juge la hausse insensée : le très bas niveau des frais est précisément ce qui a attiré autant de capitaux vers HIP-3, où la plateforme rivalise déjà difficilement, dans certains cas, avec des courtiers traditionnels comme Interactive Brokers. Relever les frais reviendrait, selon lui, à détruire l’avantage tarifaire qui alimente le volume, donc les revenus eux-mêmes. Ce désaccord résume tout l’enjeu de durabilité : Hyperliquid peut-il restaurer ses revenus par son pouvoir de fixation des prix, ou est-il enfermé dans une course vers le bas qui les érode ?

Une voix plus large mérite d’être citée pour l’équilibre. Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, considère plus généralement que la généralisation des rachats financés par les revenus pourrait doubler les valorisations crypto en deux ans, à mesure que les protocoles adoptent ce modèle, rapporte Crypto Economy. Le rachat de Hyperliquid n’est donc pas une anomalie, mais l’archétype d’une tendance dont la question ouverte reste la résistance au cycle.

Pump.fun dépasse Hyperliquid : ce que ça révèle

Le signal le plus commenté de cette fragilité est venu d’un concurrent inattendu. Le 9 août 2026, Pump.fun, la plateforme de création de memecoins sur Solana, a dépassé Hyperliquid en revenus sur 30 jours pour la première fois depuis avril 2025, avec 33,73 millions de dollars contre 32,73 millions, d’après Crypto Briefing. Début septembre, l’écart s’était creusé (environ 55,9 millions contre 49,6 millions selon AMBCrypto), et sur les frais bruts, la domination de Pump.fun est nette.

Mais le brut n’est pas tout, et c’est ici que la qualité du revenu réapparaît. Hyperliquid conserve une rétention nette (la part de chaque dollar de frais qui parvient réellement aux détenteurs du token) de 73 %, contre 41 % pour Pump.fun, selon crypto.news. Autrement dit, Pump.fun encaisse plus, mais en reverse proportionnellement beaucoup moins. C’est ce qui explique que Hyperliquid reste en tête du holders-revenue malgré des frais bruts inférieurs.

Indicateur (30 jours)HyperliquidPump.fun
Frais bruts~47,1 M$~84,4 M$
Rétention nette (part au token)73 %41 %
Revenu cumulé (depuis l’origine)~1,19 Md$1,23 à 1,26 Md$

Deux enseignements. D’abord, le classement des revenus bruts et celui de la valeur revenant aux détenteurs sont deux choses différentes ; un investisseur avisé regarde le second. Ensuite, aucun des deux protagonistes n’échappe à la cyclicité : la spéculation sur les memecoins qui nourrit Pump.fun est au moins aussi volatile que le volume de perpétuels qui nourrit Hyperliquid.

Cette dépendance à quelques sources cycliques est le vrai talon d’Achille de la catégorie. Les dix premières applications concentrent environ 87 % de tout le holders-revenue de la DeFi, selon Crypto Briefing. Le rendement réel n’est donc pas un vaste champ diversifié : c’est une poignée de protocoles, presque tous adossés à des flux de trading cycliques. Quand le cycle se retourne, il ne se retourne pas pour un acteur, mais pour presque toute la catégorie en même temps.

Il faut toutefois se garder d’un contresens. Que Pump.fun dépasse ponctuellement Hyperliquid en revenus bruts ne signifie pas que le modèle de Hyperliquid est cassé ; cela signifie que la spéculation sur les memecoins a connu, ces dernières semaines, un regain plus vif que le trading de perpétuels. Les deux courbes s’entrecroiseront probablement encore, au gré des humeurs du marché. Le vrai enseignement n’est pas de savoir qui est numéro un, il est structurel : les deux plus gros moteurs de rendement réel de la DeFi sont adossés à des activités hautement spéculatives, et rien, dans l’un comme dans l’autre, ne ressemble à un revenu récurrent d’abonnement ou de service.

Le seul rendement non-cyclique n’est pas le vôtre

Face à ces revenus cycliques, existe-t-il un rendement qui ne l’est pas ? Oui, mais il présente trois défauts pour un investisseur DeFi. Le seul rendement réellement non-cyclique de tout ce paysage est le taux de base des bons du Trésor américain tokenisés. Ce marché pèse environ 15,86 milliards de dollars (près de 13,7 milliards d’euros) de valeur distribuée et compte plus de 73 000 détenteurs, d’après rwa.xyz. Son rendement tourne autour de 3 % (rwa.xyz affichait 2,93 % de rendement moyen sur sept jours début septembre, contre environ 3,4 % un mois plus tôt), en phase avec la fourchette de la Fed à 3,50-3,75 %.

Premier défaut : ce n’est pas un rendement de protocole DeFi, c’est un coupon de dette d’État importé sur la blockchain ; nous l’avons analysé en détail dans notre dossier sur le rendement réel importé. Deuxième défaut : il est libellé en dollars, et nous y revenons plus bas. Troisième défaut : il pourrait monter, ce qui n’est pas la bonne nouvelle qu’on croit pour les rendements crypto. Après le discours offensif de Kevin Warsh, président de la Fed, à Jackson Hole le 28 août, la probabilité d’une hausse des taux le 16 septembre est passée d’environ 35 % à quelque 60 %, selon CNBC. Warsh a affirmé que la lutte contre l’inflation devait être la priorité de la banque centrale. Si le taux sans risque grimpe, il attire les capitaux hors des actifs risqués et relève la barre que tout rendement crypto doit franchir pour justifier son risque. Le rendement contra-cyclique existe donc, mais il n’est ni crypto-natif, ni en euros.

Ce point mérite d’être creusé, car il inverse une intuition répandue. Beaucoup d’investisseurs voient dans un taux sans risque élevé un simple point de comparaison ; en réalité, il agit comme une aspiration. Quand un bon du Trésor tokenisé rapporte 3 % sans risque de contrepartie crypto, un rendement de perpétuels à 8 % susceptible de fondre de moitié en un trimestre paraît soudain moins attractif : sa prime de 5 points doit rémunérer une volatilité et un risque de protocole considérables. Si la Fed relève ses taux, la prime exigée grimpe encore, et les capitaux les plus prudents refluent vers la référence en dollars. Les rendements crypto cycliques sont donc pris en étau : comprimés par le bas quand les volumes faiblissent, concurrencés par le haut quand le taux sans risque monte. C’est précisément le scénario que la réunion de la Fed du 16 septembre pourrait enclencher.

Le spectre de cyclicité du rendement réel

Il est utile de ranger les principaux rendements réels sur un spectre, du moins au plus cyclique. Plus un rendement a été élevé par le passé, plus il tend à être cyclique ; et plus il est durable, plus il converge vers le taux de base.

Protocole ou actifMécanismeSource du revenuCyclicité
Bons du Trésor tokenisésCoupon (~3 %)Dette d’État USFaible
Staking ETHÉmission + frais + MEV (~2,7 %)Sécurité du réseauFaible à moyenne
Sky (SSR 3,75 %)Taux administréRWA + emprunts SparkFaible mais discrétionnaire
AaveRachat automatiséFrais d’empruntMoyenne
UniswapBuy-and-burn (fee switch)Frais de swapMoyenne à élevée
Ethena (sUSDe ~4 %)Delta-neutreFunding des perpétuelsÉlevée
Hyperliquid (HYPE)Rachat (Assistance Fund)Frais de perpétuelsTrès élevée

Le staking d’ETH se tient dans le bas du spectre : son rendement de base tourne autour de 2,7 %, tiré de l’émission du réseau, des frais de priorité et du MEV, ces deux dernières composantes étant cycliques mais minoritaires (ethereum.org). Sky (ex-MakerDAO) verse un Sky Savings Rate fixé par la gouvernance à 3,75 %, adossé en partie à des bons du Trésor tokenisés et au taux d’emprunt de Spark, d’après sky.money ; c’est peu cyclique, mais administré, donc modifiable par un vote. Ethena illustre l’autre extrême parmi les stablecoins : le rendement de sUSDe, tiré du funding des perpétuels, tourne autour de 4 % aujourd’hui contre plus de 20 % en 2024, selon DefiLlama, preuve de sa sensibilité au cycle. Aave et Uniswap, avec leurs rachats financés respectivement par les frais d’emprunt et les frais de swap, se situent au milieu ; nous avons expliqué la mécanique du crédit on-chain dans notre guide pour emprunter contre ses cryptos. Hyperliquid, lui, occupe clairement le haut de l’échelle.

Une régularité se dégage de ce classement : les rendements qui ont été les plus spectaculaires sont aussi ceux qui se sont le plus dégonflés. Le sUSDe d’Ethena, au-dessus de 20 % en 2024, est retombé autour de 4 % ; les fermes à trois chiffres de 2021 ont purement disparu. À l’inverse, les rendements qui tiennent (staking ETH, taux Sky, coupon des bons du Trésor) gravitent tous dans une fourchette étroite, de 2,7 % à 3,75 %, proche du taux sans risque. La leçon pour un allocataire est contre-intuitive : un rendement durablement supérieur de plusieurs points au taux de base doit être lu comme la rémunération d’un risque précis (cyclicité, effet de levier, risque de protocole), jamais comme un repas gratuit.

Le piège de change pour l’investisseur en euros

Reste le défaut qui touche spécifiquement l’investisseur en euros, et il vaut pour tous les rendements ci-dessus, cycliques ou non : ils sont libellés en dollars. Le taux de base des T-bills, les frais de Hyperliquid, le cours de HYPE, tout est en USD. Ce que vous conservez réellement, c’est le rendement après variation de l’EUR/USD.

Le 8 septembre 2026, l’euro s’échangeait autour de 1,1623 dollar, près d’un plus haut de trois mois, d’après Trading Economics. Le tableau ci-dessous montre à quel point le change peut dominer un rendement modeste.

Scénario EUR/USD sur un anEffet sur un rendement en USD de 3,4 %
Euro stable+3,4 % conservés
Euro +3,4 %rendement annulé (0 %)
Euro +5 %perte nette (environ -1,6 %)
Euro -5 %gain amplifié (environ +8,4 %)

La mécanique est brutale : une hausse de 3,4 % de l’euro suffit à annuler un an de rendement à 3,4 %, et une hausse de 5 % le fait basculer en perte. Or nous sommes dans une course entre deux banques centrales : la Fed pourrait relever ses taux le 16 septembre, mais la Banque centrale européenne mène elle aussi une politique restrictive (taux de dépôt autour de 2,25 %). Pour un épargnant en euros, le véritable seuil de comparaison n’est pas le T-bill américain, mais le taux sans risque en euros, plus proche de 2 % ; c’est aussi ce que rappelle notre analyse du carry passé sous les bons du Trésor. Sur un token volatil comme HYPE, le risque de change est de second ordre face au risque de prix ; mais sur le rendement dit sûr qui sert de référence à tout le reste, il est l’impôt caché.

AMF, MiFID II et fiscalité française

Un mot sur le cadre français et européen, car il n’est pas neutre pour qui s’intéresse à Hyperliquid. Point crucial : Hyperliquid est une plateforme de perpétuels, et les dérivés crypto (futures, perpétuels) sont des instruments financiers relevant de la directive MiFID II, supervisés par l’Autorité des marchés financiers (AMF), et non du règlement MiCA, qui ne couvre que les crypto-actifs au comptant et les prestataires (PSAN et CASP). Un investisseur français qui trade des perpétuels se situe donc à un périmètre réglementaire différent de celui qui détient un token au comptant.

Pour les rendements en stablecoins évoqués plus haut, MiCA (articles 40 et 50) interdit de rémunérer directement les stablecoins ; c’est précisément pour cela que le rendement se loge sur des enveloppes comme sUSDS ou sUSDe, et non sur le stablecoin lui-même. Côté transition, le régime PSAN issu de la loi PACTE a pris fin le 1er juillet 2026 ; l’AMF a rappelé que les prestataires non conformes doivent organiser leur arrêt ordonné, comme le détaille sa note sur la fin de la période transitoire MiCA.

Sur la fiscalité, les plus-values réalisées par un particulier français sur des actifs numériques relèvent du prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux), avec une exonération sous 305 euros de cessions annuelles. Attention : le traitement peut différer pour des produits qualifiés d’instruments financiers, et ceci n’est pas un conseil fiscal. En cas de doute, l’accompagnement d’un professionnel s’impose.

Six questions pour juger la durabilité d’un rendement

Pour conclure, une grille en six questions permet de juger non plus si un rendement est réel, mais s’il est durable.

  • Le paiement survivrait-il si le token tombait à zéro ? (le test de sincérité)
  • D’où vient le revenu, et à quel point est-il cyclique ? (les frais de trading le sont beaucoup)
  • Le protocole reverse-t-il plus qu’il ne gagne ? (le signe d’une subvention déguisée)
  • Le rendement dépasse-t-il le taux de base des T-bills (~3 %), et cette prime paie-t-elle le risque pris ?
  • Quelle est votre exposition à l’EUR/USD, et peut-elle effacer la prime ?
  • Où le rendement se situe-t-il sur le spectre de cyclicité, et que devient-il en marché calme ?

Appliquée à Hyperliquid, cette grille donne un verdict nuancé : un rendement incontestablement réel, une transparence exemplaire, mais une cyclicité très élevée et une base de revenus mono-source qui explique la baisse de 51 % du rachat. Le pari des détenteurs de HYPE n’est pas sur la sincérité du modèle, il l’a prouvée ; il est sur le retour du volume et sur la capacité du protocole à faire remonter sa marge, par les prix ou par la diversification. C’est un pari sur le cycle, pas sur la comptabilité.

Foire aux questions

Le rendement réel de Hyperliquid est-il durable ?

Le rendement de Hyperliquid est réel, financé à près de 99 % par des frais de trading et sans émission de tokens, mais sa durabilité est la vraie question. Comme le rachat est une part fixe des bénéfices, il a chuté de 51 % en un an quand les revenus ont reculé de 43 %. Sa durabilité dépend du retour des volumes et de la capacité du protocole à préserver sa marge.

Pourquoi le rachat de HYPE a-t-il baissé malgré des volumes record ?

Parce que les revenus, eux, baissent. La croissance vient des marchés HIP-3 déployés par des tiers (surtout tradeXYZ), qui prélèvent une part des frais. Le coût du revenu est passé de moins de 6 % à environ 18 %, si bien que Hyperliquid traite plus de volume mais en garde une part plus mince, ce qui comprime le rachat.

Qu’est-ce que HIP-3 chez Hyperliquid ?

HIP-3 est le mécanisme qui permet à des tiers de déployer leurs propres marchés (notamment des perpétuels sur actifs du monde réel) sur l’infrastructure de Hyperliquid, en échange d’une part des frais. Ces marchés représentent désormais environ la moitié du volume, mais rapportent proportionnellement moins au protocole que le carnet natif.

Pump.fun a-t-il vraiment dépassé Hyperliquid ?

Sur les revenus bruts, oui : depuis août 2026, Pump.fun encaisse davantage sur 30 jours. Mais Hyperliquid conserve une rétention nette de 73 % (part reversée aux détenteurs) contre 41 % pour Pump.fun, si bien qu’il reste en tête du holders-revenue. Les deux modèles restent très cycliques.

Comment est taxé un gain sur HYPE en France ?

Pour un particulier, les plus-values sur actifs numériques relèvent en principe du prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux), avec une exonération sous 305 euros de cessions par an. Le régime peut différer pour des produits qualifiés d’instruments financiers ; ceci n’est pas un conseil fiscal.

Par Yuki Tanaka, rédacteur principal chez HOGE Wire, spécialiste de la DeFi et des marchés on-chain.

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