Emprunter contre ses cryptos en 2026 : le guide pratique
Emprunter des stablecoins contre ses BTC ou ses ETH sans les vendre évite la cession imposable à 31,4 %. Voici comment ça marche, combien emprunter et comment éviter la liquidation.
En 2026, emprunter contre ses cryptos n’a plus rien d’exotique. Coinbase laisse ses clients emprunter des USDC contre leur Bitcoin via le protocole Morpho, Robinhood a branché son offre Earn sur la même infrastructure, et les encours de prêts d’Aave tournaient autour de 12,5 milliards de dollars au 1er septembre 2026, en hausse d’environ 1,5 milliard sur un mois, selon InteractiveCrypto. Le même jour, Morpho franchissait pour la première fois les 5 milliards de dollars de prêts en cours, dont 95 % libellés en stablecoins, d’après Cryptopolitan. Le principe tient en une phrase : vous déposez vos BTC ou vos ETH en garantie, vous empruntez des stablecoins, et vous récupérez de la liquidité sans vendre.
Pour un résident français, l’intérêt dépasse le simple confort. Vendre ses cryptos, c’est déclencher une cession imposable à la flat tax, portée à 31,4 % au 1er janvier 2026. Emprunter, non : tant qu’il n’y a pas de transfert de propriété, mettre ses cryptos en garantie ne constitue pas une cession. « Les gens devraient pouvoir accéder à de la liquidité sans avoir à vendre les actifs auxquels ils croient », a résumé Ben Shen, senior product director de Coinbase, au média The Block. Ce guide explique, étape par étape, comment fonctionne le prêt adossé aux cryptos, combien on peut emprunter, ce que l’on paie, comment éviter la liquidation, et où se cachent les pièges fiscaux et réglementaires propres à la France.
Pourquoi emprunter plutôt que vendre
Un détenteur de long terme a souvent besoin de liquidités sans vouloir se séparer de ses cryptos : un apport immobilier, un achat, le remboursement d’une autre dette, ou simplement de quoi vivre sans solder une position dont il attend qu’elle prenne de la valeur. La finance traditionnelle connaît cette logique depuis longtemps sous le nom de crédit lombard : on nantit un portefeuille de titres pour obtenir un crédit, sans vendre les titres. Le prêt adossé aux cryptos en est la transposition, avec un Bitcoin ou un Ethereum à la place d’un portefeuille d’actions.
L’arbitrage est double. Côté avantages, vous conservez votre exposition : si le prix monte, votre collatéral s’apprécie pendant que votre dette, elle, reste fixe en dollars. Vous n’actez aucune plus-value, donc aucun impôt sur la cession. Côté inconvénients, ce n’est pas de l’argent gratuit : des intérêts courent, et surtout vous prenez un risque de liquidation. Si le prix de votre collatéral chute trop, le protocole vend une partie de vos cryptos, souvent au pire moment, pour rembourser la dette. Emprunter contre ses cryptos, c’est donc troquer un risque fiscal certain (l’impôt sur la vente) contre un risque de marché (la liquidation). Tout le reste de ce guide consiste à maîtriser ce second risque.
Les cas d’usage sont variés et très concrets. Certains empruntent pour financer une dépense ponctuelle, un apport, des travaux, un imprévu, sans toucher à un portefeuille qu’ils veulent garder. D’autres réinvestissent ailleurs sans vendre, ou lissent leur trésorerie en attendant un meilleur moment pour céder. Le fil rouge reste le même : préférer une dette remboursable à une vente définitive, surtout quand cette vente se ferait dans un creux de marché ou déclencherait une lourde facture fiscale. À l’inverse, emprunter pour spéculer avec effet de levier revient à jouer double ou quitte, et transforme un outil de trésorerie en pari à haut risque.
Le crédit lombard, version crypto
Un prêt adossé aux cryptos est presque toujours surcollatéralisé : vous déposez une garantie qui vaut plus que ce que vous empruntez. C’est la grande différence avec un crédit bancaire classique, accordé sur la base de vos revenus et de votre historique. Ici, le prêteur, qu’il s’agisse d’un smart contract ou d’une plateforme centralisée, ne regarde ni votre fiche de paie ni votre score de crédit : il ne fait confiance qu’au collatéral qu’il détient. Cette mécanique explique pourquoi il n’y a ni dossier, ni délai, ni entretien : le prêt est instantané et sans échéance fixe.
Ce guide couvre le prêt surcollatéralisé, de loin la porte d’entrée la plus accessible. Le crédit sans collatéral, fondé sur l’identité, un score de crédit on-chain ou des créances, existe aussi mais reste réservé à des profils spécifiques ; nous en avons détaillé les mécanismes dans notre dossier sur la frontière du crédit DeFi sans collatéral. Pour la grande majorité des particuliers, la question n’est pas « comment emprunter sans garantie », mais « comment emprunter contre mes cryptos sans me faire liquider ni me tromper d’impôt ».
LTV, seuil de liquidation, facteur de santé : les trois chiffres qui comptent
Trois notions gouvernent tout prêt adossé aux cryptos. Le premier est le LTV (loan-to-value, ou ratio prêt sur valeur) : le montant emprunté divisé par la valeur du collatéral. Emprunter 5 000 euros contre 10 000 euros d’ETH, c’est un LTV de 50 %. Chaque actif a un LTV maximal autorisé au moment du dépôt : de l’ordre de 80 % pour l’ETH, autour de 70 % pour le Bitcoin, jusqu’à 90 % pour un stablecoin très liquide, ces paramètres variant selon le protocole et le marché.
Le deuxième est le seuil de liquidation : un niveau de LTV, légèrement supérieur au LTV maximal, au-delà duquel votre position peut être vendue. Le troisième, le plus utile au quotidien, est le facteur de santé (health factor). Sur Aave, il se calcule ainsi : (valeur du collatéral multipliée par le seuil de liquidation) divisée par la dette. Un facteur supérieur à 1 signifie que la position est saine ; en dessous de 1, la liquidation se déclenche. Morpho simplifie encore en fixant un seul paramètre par marché, le LLTV (liquidation loan-to-value). Concrètement, un facteur de santé de 2 veut dire que le prix de votre collatéral peut être divisé par deux avant que vous soyez en danger ; un facteur de 1,1 signifie qu’une baisse de 10 % suffit. La documentation d’Aave et celle de Morpho détaillent ces formules, que nous avons décortiquées dans notre article sur le facteur de santé et la cascade de liquidations.
Prenons un cas concret. Vous déposez pour 10 000 euros d’ETH et empruntez 4 000 euros d’USDC, avec un seuil de liquidation de 82,5 %. Votre facteur de santé vaut alors (10 000 multiplié par 0,825) divisé par 4 000, soit environ 2,06 : confortable. Si l’ETH perd 40 %, votre collatéral tombe à 6 000 euros et le facteur descend à près de 1,24, encore au-dessus de 1. Il faudrait une chute d’environ 51 % pour approcher le point de liquidation. C’est tout l’intérêt de démarrer avec un LTV bas : la marge de sécurité se lit directement dans le facteur de santé.
DeFi ou CeFi : deux portes d’entrée
Il existe deux façons d’emprunter contre ses cryptos. La voie centralisée (CeFi) passe par une plateforme qui garde vos actifs et gère le prêt pour vous : interface simple, KYC, mais vous confiez vos cryptos à un tiers. La voie décentralisée (DeFi) consiste à interagir directement, depuis votre propre wallet, avec un protocole comme Aave, Morpho ou Spark : vous restez maître de vos clés, mais vous êtes seul responsable. Fait notable en 2026, la frontière s’estompe : le produit d’emprunt de Coinbase, tout comme l’offre Earn de Robinhood, tourne en réalité sur Morpho, un protocole DeFi. La façade est centralisée, la plomberie ne l’est pas.
« Morpho fonctionne le mieux comme une infrastructure, en permettant à des marques et à des institutions de proposer des produits plus ouverts, plus transparents et plus compétitifs que ceux bâtis sur les rails de la finance traditionnelle », explique Paul Frambot, cofondateur de Morpho, cité par Crypto Economy. Le produit de Coinbase, décrit par Morpho, permet d’emprunter jusqu’à 5 millions de dollars d’USDC contre du Bitcoin et jusqu’à 1 million contre de l’Ethereum, mais il n’est pour l’instant ouvert qu’aux États-Unis (hors New York) et au Royaume-Uni, comme le rappelle Crypto Briefing : pas encore la France. Le tableau ci-dessous résume les principales options et leur disponibilité.
| Plateforme | Type | Collatéral | Emprunt | Accessible en France ? |
|---|---|---|---|---|
| Aave | DeFi (auto-conservation) | ETH, WBTC, stablecoins, LST | USDC, GHO, etc. | Oui, via un wallet |
| Morpho | DeFi (auto-conservation) | cbBTC, ETH, stablecoins | USDC, EURC | Oui, via app.morpho.org |
| Coinbase Borrow | CeFi (bâti sur Morpho) | BTC, ETH, SOL, XRP… | USDC | Non (US et Royaume-Uni) |
| Nexo | CeFi (conservation par un tiers) | BTC, ETH, stablecoins… | Stablecoins, fiat | Oui, mais hors MiCA |
| Spark | DeFi (auto-conservation) | ETH, stablecoins | USDS, USDC | Oui, via un wallet |
Cette convergence n’a rien d’anecdotique. En branchant leurs interfaces grand public sur Morpho, Coinbase et Robinhood font passer des millions d’utilisateurs de détail vers une infrastructure de prêt on-chain, souvent sans qu’ils sachent que la DeFi tourne sous le capot. Plus de 5 milliards de dollars de dépôts Morpho se trouvent désormais sur la seule chaîne Base, soit plus d’un tiers du total du protocole, selon Crypto Briefing. Pour l’utilisateur français, la leçon est double : la voie DeFi directe reste la plus accessible, mais les produits centralisés qui arrivent en Europe reposent de plus en plus sur ces mêmes rails.
Étape par étape : emprunter sur un protocole DeFi
Voici le déroulé concret d’un emprunt sur Aave ou Morpho, la voie universellement accessible depuis la France. Chaque étape compte, et deux d’entre elles décident souvent de la réussite ou de l’échec de l’opération : le choix d’un LTV prudent et la vigilance face au phishing.
- Préparer un wallet en auto-conservation (MetaMask, Rabby, Ledger) et l’approvisionner en ETH pour payer les frais de réseau, sur la chaîne visée (Ethereum, Base ou Arbitrum). Sur Base, les frais sont de quelques centimes.
- Se connecter au protocole via son adresse officielle (app.aave.com, app.morpho.org). Vérifier scrupuleusement l’URL et n’approuver que les transactions comprises : le vol par faux site et signature piégée reste la première cause de perte, comme nous l’avons montré dans notre enquête sur le phishing qui remonte la chaîne logicielle.
- Déposer le collatéral : Bitcoin sous forme enveloppée (WBTC ou cbBTC), ETH, ou un stablecoin. Le dépôt reste votre propriété, simplement nanti auprès du contrat.
- Choisir l’actif à emprunter (l’USDC est le plus courant) et le montant. Viser un LTV nettement inférieur au maximum autorisé.
- Surveiller le facteur de santé après le tirage et configurer des alertes de prix. Beaucoup d’outils tiers envoient une notification quand le facteur passe sous un seuil choisi.
- Rembourser quand vous le voulez : le prêt est à durée ouverte, sans échéance. Une fois la dette et les intérêts soldés, vous récupérez votre collatéral.
Choisir son collatéral et fixer un LTV prudent
Tous les collatéraux ne se valent pas. Un stablecoin comme l’USDC bouge peu : on peut monter à un LTV élevé sans grand risque de liquidation, ce qui en fait la brique de base des stratégies à effet de levier. Le Bitcoin et l’Ethereum, eux, peuvent perdre 20 % en une séance : même si le protocole autorise 70 ou 80 % de LTV, s’en approcher revient à jouer avec le feu. Les tokens de staking liquide (wstETH, weETH) ajoutent une couche de risque : au-delà de la volatilité de l’ETH, ils peuvent subir une décote face à l’ETH lui-même, comme l’a rappelé l’épisode du 20 août 2026 où une hausse brutale de l’ETH a mis sous tension les positions les plus tendues d’Aave, rapporté par crypto.news.
Le choix de la forme du collatéral compte aussi. Pour utiliser du Bitcoin en DeFi, il faut passer par une version enveloppée : le WBTC, historique mais dépendant d’un consortium de conservation, ou le cbBTC émis par Coinbase, plus récent et adossé à ses réserves. Chaque enveloppe ajoute sa propre couche de risque de contrepartie, distincte de celle du Bitcoin lui-même. Sur Base, c’est le cbBTC qui domine les marchés de prêt. La règle est simple : sachez toujours qui garde le Bitcoin caché derrière le token que vous déposez, car une défaillance de l’émetteur affecterait votre collatéral avant même toute variation de prix.
La règle d’or tient en une phrase : laissez-vous une marge. Sur un collatéral volatil, viser un LTV de 50 % ou moins, même quand le maximum est à 80 %, revient à supporter une chute de moitié du prix avant tout danger. Le tableau suivant donne des ordres de grandeur ; les valeurs exactes changent selon le protocole, le marché et la politique de risque en vigueur.
| Collatéral | Volatilité | LTV max typique | Emprunt prudent conseillé | Usage courant |
|---|---|---|---|---|
| Stablecoins (USDC) | Très faible | ~90 % | jusqu’à 80 % | Levier, effet de boucle |
| Bitcoin (WBTC, cbBTC) | Élevée | ~70 % | 50 % ou moins | Liquidité long terme |
| Ethereum (ETH) | Élevée | ~80 % | 50 % ou moins | Liquidité long terme |
| LST (wstETH, weETH) | Élevée plus décote | ~78 % | 40 à 50 % | Looping (avancé) |
Combien pouvez-vous emprunter contre 1 BTC ou 10 ETH ?
Passons aux chiffres concrets. Au 5 septembre 2026, le Bitcoin valait environ 68 555 euros et l’Ethereum environ 2 116 euros, d’après CoinGecko pour le BTC comme pour l’ETH. À partir de ces valeurs, voici ce que vous pourriez tirer d’un dépôt, en visant d’abord un LTV prudent de 50 %, puis un LTV proche du plafond à titre de comparaison. Ces montants s’entendent hors intérêts et frais, et à titre purement indicatif.
| Collatéral déposé | Valeur (5 sept. 2026) | Emprunt prudent (LTV 50 %) | Emprunt proche du plafond (LTV ~70 %) |
|---|---|---|---|
| 1 BTC | ~68 555 € | ~34 000 € | ~48 000 € (risqué) |
| 10 ETH | ~21 160 € | ~10 500 € | ~14 800 € (risqué) |
| 1 000 USDC | ~1 000 € | ~500 € | ~900 € (stable) |
La lecture est instructive. Un stablecoin permet d’emprunter presque autant que sa valeur, parce qu’il ne bouge pas ; un Bitcoin ne devrait servir de base qu’à la moitié de sa valeur si l’on veut dormir tranquille. La colonne de droite montre ce qu’il est techniquement possible de faire, pas ce qu’il faut faire : plus vous approchez du plafond, plus une simple secousse de marché suffit à tout faire basculer.
Ce que vous allez payer : taux variables et taux fixes
Emprunter a un coût, et ce coût n’est pas figé. La plupart des protocoles pratiquent un taux variable, calculé automatiquement en fonction du taux d’utilisation du marché : plus la part des fonds empruntés est élevée, plus le taux grimpe, parfois brutalement une fois passé un point d’inflexion. Nous avons expliqué ce mécanisme dans notre article sur l’utilisation et le coude. Conséquence pratique : le taux affiché au moment du tirage peut doubler si le marché se tend. Depuis 2026, des taux fixes existent aussi, notamment via Morpho Midnight sur Base, qui a accompagné le passage du protocole au-dessus de 14 milliards de dollars de dépôts, rapporté par Crypto Briefing ; ils offrent de la prévisibilité au prix d’une légère prime.
Un exemple chiffré aide à visualiser. Empruntez 34 000 euros de stablecoins contre 1 BTC à un taux variable de 6 %, et vous paierez environ 2 040 euros d’intérêts sur un an, sans échéance imposée. À comparer à la facture d’une vente : céder 34 000 euros de Bitcoin porteur de 20 000 euros de plus-value latente coûterait de l’ordre de 6 280 euros d’impôt à 31,4 %, une somme définitivement perdue. Tant que votre collatéral tient et que le taux reste raisonnable, l’emprunt peut donc revenir moins cher que la vente. Mais si le taux grimpe ou si le prix chute, l’équation s’inverse rapidement.
Pour juger si un emprunt vaut le coup, comparez son taux à ce que votre argent rapporterait ailleurs. Un Livret A rapporte 1,70 % depuis le 1er août 2026, selon le gouvernement ; le taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne est à 2,25 % depuis juin 2026 ; et déposer des stablecoins peut rapporter davantage, Aave ayant relevé le rendement de son épargne GHO à 4,50 % le 1er septembre, d’après InteractiveCrypto. Règle de bon sens : si le taux de votre emprunt dépasse le rendement attendu de ce que vous en faites, l’opération vous appauvrit.
Le looping : emprunter pour réinvestir, et le risque qui va avec
Une stratégie revient souvent dès qu’on parle d’emprunt adossé aux cryptos : le looping, ou effet de boucle. Le principe consiste à déposer un actif en collatéral, emprunter un stablecoin, racheter le même actif avec ce stablecoin, le redéposer, réemprunter, et recommencer. À chaque tour, l’exposition grandit : c’est du levier fabriqué maison. Les adeptes du staking liquide l’utilisent pour empiler du rendement, en bouclant sur un wstETH ou un weETH qui rapporte du staking pendant que le collatéral travaille.
Le revers est brutal. Le looping amplifie les gains quand tout monte, mais il amplifie tout autant les pertes, et il rapproche mécaniquement votre facteur de santé du seuil de liquidation à chaque boucle. Une baisse modérée du sous-jacent, ou une simple décote du token de staking liquide face à l’ETH, peut alors déclencher une liquidation en chaîne. C’est précisément ce genre de position tendue qui saute en premier lors des secousses de marché. Le looping n’est pas une martingale : c’est un outil pour utilisateurs avertis, qui exige une marge de sécurité encore plus grande qu’un emprunt simple et une surveillance de tous les instants.
Éviter la liquidation : la seule règle qui compte
La liquidation est le scénario à fuir. Quand votre facteur de santé passe sous 1, un robot rembourse votre dette en saisissant une partie de votre collatéral, majorée d’une pénalité : de l’ordre de 5 à 10 % sur Aave, environ 5 % via le mécanisme de Morpho. Vous perdez donc cette pénalité, et, cerise amère pour un résident français, cette vente forcée est une cession imposable (nous y revenons plus bas). Une liquidation, c’est la double peine : la perte de marché et l’addition fiscale.
Cinq réflexes réduisent fortement le risque : garder un LTV bas dès le départ ; surveiller le facteur de santé et activer des alertes ; conserver des liquidités pour renforcer le collatéral ou rembourser une partie de la dette en cas de chute ; se méfier des collatéraux volatils et des tokens sujets à décote ; enfin, garder en tête le risque d’oracle. Un oracle est la source de prix qui indique au protocole combien vaut votre collatéral. S’il se trompe ou est manipulé, vous pouvez être liquidé injustement. « L’oracle est codé en dur et n’est donc jamais réévalué ; le wstUSR était valorisé à 1,13 dollar alors qu’il s’échangeait autour de 0,63 dollar sur les marchés secondaires », a expliqué Omer Goldberg, fondateur de Chaos Labs, à propos d’un exploit de 2026, dans The Defiant. Le détail du déroulé d’une cascade est dans notre dossier sur le facteur de santé et la cascade.
Les risques : ce n’est pas un livret d’épargne
Un prêt adossé aux cryptos n’a rien d’un dépôt bancaire. Il n’existe pas de Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) pour vous rembourser jusqu’à 100 000 euros en cas de défaillance : si un protocole accumule des créances douteuses, ce sont les déposants qui épongent, sans prêteur en dernier ressort. À ce risque s’ajoutent le risque de smart contract (un bug dans le code), le risque d’oracle déjà évoqué, et, chez les protocoles à curateurs comme Morpho, le risque que le gestionnaire d’un coffre ait mal évalué un collatéral. L’année 2026 a fourni son lot d’exemples, de l’effondrement de Stream Finance à l’exploit de Resolv en passant par l’attaque de pont qui a laissé environ 200 millions de dollars de dette non couverte sur Aave.
Ces épisodes méritent d’être connus avant de déposer le moindre euro. En novembre 2025, l’effondrement de Stream Finance a propagé environ 285 millions de dollars de pertes dans l’écosystème via des collatéraux mal valorisés, selon BlockEden. En mars 2026, l’exploit de Resolv a vu un oracle codé en dur maintenir un token à 1,13 dollar alors qu’il s’échangeait à 0,63 dollar. En avril 2026, une attaque de pont visant le rsETH de KelpDAO a laissé autour de 200 millions de dollars de dette non couverte sur Aave, un protocole pourtant réputé conservateur, d’après NewsBTC. La leçon est claire : même une garantie qui semble solide peut être mal évaluée, et c’est le déposant qui paie la note.
La voie centralisée n’est pas exempte de risque, elle en déplace simplement la nature : vous ne subissez plus un bug de contrat mais le risque de contrepartie, c’est-à-dire la solvabilité et l’honnêteté de la plateforme, comme l’ont appris les clients de plusieurs prêteurs centralisés lors des faillites de 2022. En DeFi, tout est transparent et vous gardez vos clés, mais vous êtes votre propre service client. En CeFi, l’interface est confortable, mais vos cryptos sont entre les mains d’un tiers. Si le pire arrive, les recours sont minces : nous avons examiné ce qu’il reste possible de récupérer dans notre analyse sur la récupération de fonds après un rug pull.
Fiscalité française : emprunter n’est pas vendre
C’est le nerf de la guerre pour un particulier en France. Vendre des actifs numériques contre des euros, ou les utiliser pour payer un bien, constitue une cession imposable au titre de l’article 150 VH bis du Code général des impôts, dès lors que le total de vos cessions de l’année dépasse 305 euros. La plus-value est soumise à la flat tax, ou prélèvement forfaitaire unique, portée à 31,4 % au 1er janvier 2026 : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, après le relèvement de la CSG prévu par la loi de financement de la Sécurité sociale, comme le détaillent des guides spécialisés tels que Waltio et Cryptoactu. Les cessions se déclarent via le formulaire 2086, et la directive DAC8, en vigueur depuis le 1er janvier 2026, organisera dès 2027 l’échange automatique des données des plateformes entre administrations fiscales européennes.
Emprunter, à l’inverse, ne déclenche en principe aucune imposition. Mettre ses cryptos en garantie n’est pas une cession tant qu’il n’y a pas de transfert de propriété : vous restez propriétaire du collatéral, vous ne réalisez aucune plus-value, donc rien à taxer, comme l’expliquent des ressources françaises telles que Coinhouse sur le crédit lombard adossé aux cryptos et Climb sur la fiscalité des emprunts en crypto. Trois réserves importantes toutefois. D’abord, lisez le contrat : certaines plateformes considèrent la mise en garantie comme un transfert, ce qui changerait tout. Ensuite, il existe une zone grise en DeFi lorsque les tokens sont envoyés vers un contrat sans traçabilité individuelle, que l’administration pourrait requalifier. Enfin, et surtout, une liquidation est une vente forcée : elle constitue bel et bien une cession imposable, à déclarer. Autrement dit, tant que vous gardez le contrôle et remboursez, vous ne payez pas d’impôt sur le gain ; le jour où vous êtes liquidé, vous le payez.
Un dernier point technique rassure sur le stablecoin emprunté : le convertir en euros constitue techniquement une cession de ce stablecoin, mais comme son prix d’acquisition est proche de sa valeur, la plus-value est quasi nulle. L’économie d’impôt vient précisément de ce que vous ne cédez pas le collatéral qui, lui, s’est apprécié. Ces règles sont générales et ne constituent pas un conseil fiscal : pour une situation précise, référez-vous à la doctrine de la DGFiP sur impots.gouv.fr ou consultez un professionnel.
Réglementation : MiCA encadre les plateformes, pas le prêt
Côté supervision, il faut comprendre ce que MiCA couvre et ce qu’elle laisse de côté. Le règlement européen encadre les prestataires de services sur crypto-actifs (les CASP, ex-PSAN en France : plateformes d’échange, conservation, émetteurs), ainsi que les stablecoins. Il ne régule pas les protocoles DeFi autonomes, ni le prêt crypto en tant que tel. L’illustration la plus nette vient de Nexo : ses prêts adossés aux cryptos, comme ses produits de rendement, sont proposés en dehors des agréments MiCAR et MiFID de ses partenaires, ainsi que l’ont relevé FinanceFeeds et crypto.news. Traduction : même chez un acteur qui affiche sa conformité, l’activité de prêt reste largement hors du filet réglementaire.
Pour un utilisateur français, deux conséquences. D’une part, la période transitoire du régime PSAN s’est achevée le 1er juillet 2026 : les prestataires non conformes doivent cesser ou se mettre en règle, et l’AMF a renouvelé ses mises en garde à l’intention des particuliers, comme le rappelle l’Autorité des marchés financiers. D’autre part, interagir en direct avec un smart contract se fait hors de toute supervision : c’est le revers de la médaille du sans permission, aucun recours en cas de problème. Aucune garantie de dépôt ne s’applique, ni côté DeFi, ni sur le prêt lui-même côté CeFi. Emprunter contre ses cryptos reste donc une opération que vous assumez seul, à vos risques.
Concrètement, cette zone grise a une conséquence pratique pour l’épargnant : aucun régulateur ne validera la solidité d’un coffre ou d’un marché de prêt à votre place, et aucune indemnisation n’est prévue si les choses tournent mal. Comme le répète l’AMF dans ses mises en garde, la meilleure protection reste la vôtre : ne mobiliser que des sommes dont la perte serait supportable, privilégier des protocoles longuement éprouvés, et se méfier des rendements anormalement élevés, qui signalent presque toujours un risque caché plutôt qu’une aubaine.
La checklist avant d’emprunter
- Choisir un protocole établi et audité (Aave, Morpho, Spark) ou une plateforme régulée, et vérifier l’URL avant toute connexion.
- Fixer un LTV prudent : viser 50 % ou moins sur un collatéral volatil, même si le maximum autorisé est plus élevé.
- Surveiller le facteur de santé en continu et activer des alertes de prix.
- Garder des liquidités de côté pour renforcer le collatéral ou rembourser une partie de la dette en cas de baisse.
- Comprendre le taux, variable ou fixe, et le comparer au rendement attendu de l’argent emprunté.
- Anticiper la fiscalité : une liquidation est une cession imposable ; conserver ses justificatifs et déclarer via le formulaire 2086.
- Ne jamais oublier qu’il n’existe pas de garantie des dépôts : le risque de perte totale est réel.
Foire aux questions
Peut-on emprunter contre ses cryptos sans les vendre en France ?
Oui. Un prêt surcollatéralisé vous permet de déposer vos BTC ou vos ETH en garantie et d’emprunter des stablecoins tout en restant propriétaire de vos cryptos. Vous récupérez de la liquidité sans acter de plus-value, donc sans déclencher la cession imposable qu’entraînerait une vente.
Emprunter contre ses cryptos est-il imposable ?
En principe non : mettre ses cryptos en garantie n’est pas une cession tant qu’il n’y a pas de transfert de propriété. En revanche, une liquidation de votre collatéral constitue une vente forcée, donc une cession imposable à la flat tax de 31,4 %. Lisez le contrat de la plateforme et, en cas de doute, consultez un professionnel.
Quel protocole choisir pour emprunter en DeFi en 2026 ?
Aave reste le plus gros marché de prêt, avec une architecture de banque universelle, tandis que Morpho, qui alimente les produits de Coinbase et de Robinhood, mise sur des marchés modulaires. Le choix dépend de votre collatéral, de la chaîne et du taux ; ceci n’est pas un conseil en investissement.
Quel taux de LTV est prudent pour éviter la liquidation ?
Sur un collatéral volatil comme le Bitcoin ou l’Ethereum, viser un LTV de 50 % ou moins offre une marge confortable, même si le protocole autorise 70 à 80 %. Un facteur de santé élevé signifie que le prix peut chuter fortement avant tout danger.
Que se passe-t-il si le prix de mon collatéral chute ?
Votre facteur de santé baisse. S’il passe sous 1, une partie de votre collatéral est vendue avec une pénalité de l’ordre de 5 à 10 % pour rembourser la dette. Pour l’éviter, ajoutez du collatéral ou remboursez une partie de l’emprunt avant d’atteindre ce seuil.
Par Yuki Tanaka, HOGE Wire.