Staking liquide Solana : JitoSOL, MEV et ETF en 2026
Solana a bâti son propre écosystème de staking liquide, loin d'Ethereum : JitoSOL, MEV, Sanctum, Marinade et ETF avec staking intégré. Rendement, concentration et accès UE, le point complet.
Le staking liquide traîne une réputation : celle d’un jeu ethereumo-centré, une affaire de stETH, de Lido et de files d’attente de validateurs qui débordent. C’est vrai, mais c’est incomplet. La deuxième grande chaîne à preuve d’enjeu (proof of stake), Solana, a construit son propre écosystème de staking liquide, avec ses jetons vedettes, ses risques bien à elle et une logique économique qui ne ressemble pas à celle d’Ethereum. Et depuis quelques jours, ce coin du marché revient sur le devant de la scène.
Au 22 août 2026, le SOL s’échange autour de 80,12 euros (92,69 dollars), en hausse d’environ 25 % sur sept jours, porté par le même rebond de liquidité qui a soulevé tout le marché, selon CoinGecko. Sa capitalisation avoisine 46,7 milliards d’euros (54 milliards de dollars) pour environ 583 millions de jetons en circulation, encore loin du record de 293,31 dollars atteint le 19 janvier 2025. En parallèle, les ETF Solana au comptant ont renoué avec les entrées : la semaine close le 14 août a été la meilleure depuis mai, et les flux cumulés depuis le lancement dépassent 1,16 milliard de dollars, rapporte Yahoo Finance.
Comprendre le staking liquide version Solana n’est donc plus un détail technique. C’est la clé pour saisir comment le rendement, le MEV et la demande institutionnelle se combinent sur la chaîne la plus rapide du marché. Cet article prolonge notre première analyse du staking liquide, centrée sur Ethereum ; ici, cap sur Solana, où les mêmes mots recouvrent des réalités très différentes. Car le piège, pour un investisseur francophone, serait de plaquer les réflexes appris sur stETH et Lido sur un écosystème qui obéit à d’autres règles.
Staking liquide, mode d’emploi (et ce que ce n’est pas)
Le principe est simple. Quand vous stakez du SOL en direct, vos jetons servent à sécuriser le réseau et rapportent des récompenses, mais ils sont immobilisés : impossible de les utiliser ailleurs tant qu’ils sont délégués. Un jeton de staking liquide (liquid staking token, ou LST) résout ce problème. Vous déposez du SOL dans un protocole, qui le stake pour vous et vous remet en échange un jeton liquide, un JitoSOL ou un mSOL par exemple, qui représente votre dépôt plus les récompenses accumulées. Ce jeton, lui, circule : vous pouvez le vendre, le prêter, le déposer en collatéral, l’utiliser dans des pools de liquidité.
Sur Solana, la plupart des LST suivent un modèle à taux de change : le jeton ne se multiplie pas dans votre portefeuille, c’est sa valeur en SOL qui monte au fil des époques. Un JitoSOL vaut aujourd’hui environ 1,29 SOL, contre 1 à son lancement, précisément parce qu’il a capitalisé plusieurs saisons de récompenses, d’après les données CoinGecko. C’est l’inverse du modèle rebasing de stETH, où c’est le nombre de jetons dans le portefeuille qui augmente. La différence est purement comptable, mais elle change la fiscalité et l’intégration DeFi.
Attention à ne pas confondre staking liquide et restaking. Le premier vous rend un jeton liquide adossé à du SOL staké ; le second réutilise ce dépôt pour sécuriser d’autres services et empile un second étage de rendement, avec un second étage de risque. Nous avons décortiqué cette distinction dans notre analyse du restaking dégroupé. Retenez surtout que sur Solana le restaking reste embryonnaire ; le staking liquide, lui, est déjà un pilier de la DeFi locale.
Pourquoi staker sur Solana n’a rien à voir avec Ethereum
C’est le point que la plupart des articles francophones oublient. Le staking liquide ne résout pas les mêmes problèmes sur Solana et sur Ethereum, parce que les deux mécaniques de staking sont opposées.
Sur Ethereum, l’argument massue du LST est le contournement des files d’attente. Pour devenir validateur il faut 32 ETH et parfois patienter des semaines dans la file d’entrée ; pour sortir, idem. Acheter du stETH sur le marché évite les deux. Sur Solana, ce problème n’existe quasiment pas : il n’y a pas de file d’entrée comparable, l’activation et la désactivation d’une délégation se font au rythme des époques (environ deux jours), avec un plafond qui limite à 25 % le stake pouvant se désactiver par époque. Staker et destaker du SOL nativement est donc rapide et accessible à tous, sans minimum de 32 unités et sans matériel dédié.
Conséquence directe : sur Solana, le LST ne sert pas à sauter une file, il sert à rendre le stake composable et à capter le MEV. C’est une nuance décisive pour comprendre pourquoi la pénétration des LST y est bien plus faible que sur Ethereum, et pourquoi le jeton vedette local, JitoSOL, s’est construit autour du MEV plutôt qu’autour de la liquidité de sortie. Autre différence structurelle : environ 68 % de l’offre de SOL est stakée, soit près de 430 millions de jetons, le ratio le plus élevé parmi les grandes chaînes PoS, selon Datawallet, contre à peu près 35 % pour Ethereum. Quand un actif est déjà staké à plus des deux tiers, la marge de croissance du staking liquide se joue sur la conversion, pas sur la conquête de nouveaux stakers.
JitoSOL : quand le MEV devient du rendement
Impossible de parler de staking liquide sur Solana sans commencer par Jito. Le MEV (maximal extractable value) désigne la valeur que les producteurs de blocs peuvent extraire en ordonnant, insérant ou censurant des transactions : arbitrages, liquidations, sandwichs. Sur beaucoup de réseaux, cette valeur reste opaque et profite surtout à une poignée d’initiés. Jito a fait le pari inverse : capturer ce flux de manière transparente, via un système d’enchères de blocs, et le redistribuer aux stakers plutôt que de le laisser fuir vers des acteurs privés.
Le Jito Block Engine, l’infrastructure d’enchères de blocs de la société, traite aujourd’hui plus de 90 % du stake actif du réseau, ce qui en fait un rouage quasi systémique de Solana. JitoSOL a été le premier LST de la chaîne à intégrer les pourboires de MEV directement dans son rendement : au lieu de toucher uniquement l’émission du protocole, le détenteur capte aussi une part des pourboires générés par les validateurs du pool. Selon les périodes, ce supplément représente de 50 à 150 points de base de rendement additionnel par rapport à un staking classique. Le protocole a par ailleurs son propre jeton de gouvernance, JTO, et une proposition communautaire (JIP-24) a orienté une part des revenus de MEV vers sa trésorerie collective.
Ce MEV n’est pas une abstraction de laboratoire : c’est une source de revenus bien réelle, captée à la frontière on-chain entre le marché et le protocole. Pour les stakers, la promesse est claire : transformer une externalité jusque-là captée par les initiés en une ligne de rendement partagée. Lucas Bruder, cofondateur et PDG de Jito Labs, a fait de cette idée le socle de sa stratégie dans plusieurs interviews de référence, dont un entretien avec Solana Compass.
La carte du marché : Jito, jupSOL, bnSOL, Sanctum, Marinade
Le paysage des LST sur Solana s’est fragmenté. JitoSOL reste la référence historique, avec une capitalisation d’environ 929 millions de dollars (803 millions d’euros) d’après CoinGecko, mais sa part de marché a fondu, passant d’environ 35 % à quelque 20 % du segment, tandis que de nouveaux entrants captent l’essentiel des flux récents. La plus grosse surprise est la montée des LST à validateur unique, comme le jupSOL de Jupiter, et l’infrastructure de Sanctum, qui permet de créer un LST pour presque n’importe quel validateur.
| Jeton | Émetteur | Modèle | Taille / part (mi-2026) | Particularité |
|---|---|---|---|---|
| JitoSOL | Jito Labs | Pool multi-validateurs, MEV inclus | ~929 M$ de cap., part ~20 % | Premier LST Solana à intégrer le MEV |
| jupSOL | Jupiter | LST à validateur unique | Parmi les plus gros afflux 2026 | Adossé au validateur de Jupiter |
| bnSOL | Binance | Custodial (exchange) | Part à deux chiffres | Staking d’exchange packagé |
| LST Sanctum | Sanctum | Infrastructure de validateur-LST | ~1,3 Md$ (ensemble des validateurs) | Crée un LST pour presque tout validateur |
| mSOL | Marinade | Pool + staking natif | Part tombée de 60 % à 22 % | Pionnier, pivot vers le natif |
Un mot de prudence sur ces chiffres. Les capitalisations et les parts de marché des LST varient fortement d’un agrégateur à l’autre, selon qu’on mesure le nombre de SOL sous-jacents ou la valeur en dollars, laquelle bouge avec le cours. C’est le même réflexe critique que nous appliquons aux volumes affichés dans notre enquête sur les faux volumes crypto : mieux vaut raisonner en tendances et en ordres de grandeur qu’en décimales trompeuses.
Sanctum, Marinade et la bataille des modèles
Deux acteurs illustrent bien la mutation du secteur. Sanctum a popularisé l’idée du LST infini : plutôt que d’être un pool géant unique, Sanctum fournit l’infrastructure qui permet à n’importe quel validateur d’émettre son propre jeton de staking liquide, tout en partageant une réserve commune pour garantir la convertibilité. Résultat, une longue traîne de petits LST spécialisés, adossés à des validateurs individuels, dont le total avoisinait 1,3 milliard de dollars au printemps 2026, selon le classement de rendement publié par Sanctum.
Marinade, longtemps le leader avec son mSOL, a suivi une trajectoire différente. Sa part du segment LST est tombée d’environ 60 % il y a un an à 22 %, mais le protocole a rebondi en misant sur le staking natif, où l’utilisateur garde le contrôle direct de ses comptes de stake sans jeton intermédiaire. Ce pivot a payé côté institutionnel : l’offre Marinade Select, utilisée notamment par des émetteurs d’ETF pour router leurs actifs, a bondi d’environ 205 % sur un trimestre pour atteindre 2,7 millions de SOL, note CriticalHit. Le marché des LST Solana n’est donc pas un simple concours de rendement : c’est une bataille entre modèles custodial, multi-validateurs, validateur unique et staking natif, chacun avec son propre compromis entre décentralisation, rendement et facilité d’usage.
D’où vient vraiment le rendement
Voici la question que tout détenteur de LST devrait se poser : mon rendement vient-il de la création de nouveaux jetons, ou d’une activité économique réelle ? La distinction est fondamentale. Le rendement natif du staking Solana tourne autour de 5,3 % par an (dans une fourchette d’environ 5,2 à 5,7 % selon les validateurs et les commissions), d’après Staking Rewards. Mais ce chiffre mélange deux sources très différentes.
- L’émission (inflation) : le protocole crée de nouveaux SOL pour récompenser les stakers. Ce n’est pas un rendement réel ; c’est une redistribution qui dilue ceux qui ne stakent pas. Le taux d’émission, parti de 8 %, décroît d’environ 15 % par an vers un plancher de long terme proche de 1,5 %.
- Les frais de transaction et de priorité : payés par les utilisateurs qui veulent que leurs transactions passent en priorité. Ceux-là, ce sont des revenus réels, adossés à l’usage du réseau.
- Le MEV : les pourboires captés lors de la production de blocs, la source de rendement supplémentaire de JitoSOL. Également réel, car adossé à une activité de marché.
Au fil de la disinflation programmée, la part de l’émission dans le rendement va mécaniquement baisser, et celle des frais et du MEV va gagner en importance. C’est pourquoi un LST orienté MEV comme JitoSOL, ou un LST qui capte des frais réels, offre une meilleure résilience de rendement à long terme qu’un simple relais de l’inflation. Cette logique de rendement adossé à une activité réelle rejoint celle que nous décrivions à propos de la montée d’une courbe des taux dans le crédit on-chain : le marché apprend à distinguer le rendement subventionné du rendement gagné. Un investisseur avisé regardera donc moins le pourcentage affiché que sa composition.
Pourquoi la pénétration des LST reste faible
Voici un paradoxe apparent. Solana a le taux de staking le plus élevé du marché, mais le taux de staking liquide le plus faible parmi les grandes chaînes. À la fin du quatrième trimestre 2025, la part des LST dans le stake total tournait autour de 17,6 %, en hausse depuis 11,6 % le trimestre précédent, mais toujours loin des quelque 30 % observés sur Ethereum, selon l’étude de Streamflow.
L’explication tient à ce que nous avons vu plus haut. Sur Ethereum, le LST est presque obligatoire pour qui veut à la fois staker et rester liquide, car le staking direct est lourd (32 ETH, files d’attente, exigences matérielles). Sur Solana, staker nativement est trivial : n’importe quel portefeuille le fait en quelques clics, sans minimum ni délai significatif. Le LST devient donc un choix, pas une nécessité. On l’adopte pour une raison précise : composabilité en DeFi, capture du MEV, ou packaging institutionnel. Ce marché a donc un plafond de croissance différent, plus tiré par la demande DeFi et institutionnelle que par la contrainte technique.
Concrètement, un LST Solana prend toute sa valeur une fois branché sur la DeFi locale. Déposé en collatéral sur un protocole de prêt comme Kamino ou marginfi, il permet d’emprunter des stablecoins tout en continuant à percevoir le rendement de staking ; placé dans un pool de liquidité, il sert de brique de rendement composable. C’est cette utilité secondaire, et non la simple liquidité de sortie, qui justifie de convertir du SOL nativement staké en JitoSOL ou en jupSOL. Le revers, on l’a vu, est que chaque nouvel usage ajoute une couche de risque : risque de contrat, risque d’oracle, risque de liquidation.
La taille totale du segment reflète cette dynamique : l’ensemble des LST Solana approchait 15 milliards de dollars (environ 13 milliards d’euros) mi-2026, d’après Datawallet, un montant significatif mais qui reste une fraction du staking natif. Autrement dit, la marge de progression est réelle, à condition que la DeFi Solana continue d’inventer des usages pour ces jetons.
La leçon du depeg mSOL de décembre 2023
Le staking liquide n’est pas sans risque, et Solana a son cas d’école. Le 12 décembre 2023, une baleine a échangé environ 68 536 mSOL contre du SOL en neuf transactions étalées sur une vingtaine de minutes, soit à peu près 8 millions de dollars. La liquidité de sortie n’a pas suivi : le prix du mSOL a décroché d’environ 15 % par rapport au SOL, tombant grosso modo de 78 à 66 dollars, avant de se rétablir le jour même, rapporte SolanaFloor.
Il n’y a eu ni piratage ni faille de contrat : juste un événement de liquidité et de confiance, exactement comme le fut le décrochage du stETH en 2022 sur Ethereum. Mais l’épisode a déclenché une cascade de liquidations sur les protocoles de prêt et surtout un débat de fond entre MarginFi et Solend sur la gestion des oracles. Solend a fait valoir que son système ne prend pas en compte un depeg temporaire d’un LST pour déclencher des liquidations ; MarginFi a défendu l’idée inverse, que son prix de liquidation reflète fidèlement le marché, même lors d’un décrochage passager, comme le détaille Solana Compass.
La leçon est double. Un LST ne vaut jamais mieux que la liquidité qui permet de le sortir ; et le vrai risque, souvent, n’est pas le contrat du LST lui-même mais la manière dont les protocoles qui l’acceptent en collatéral valorisent son prix. Comprendre ces mécaniques de post-mortem, c’est le métier des équipes forensiques dont nous avons dressé le portrait avec Halborn.
Concentration : un client, une DAO, un point de défaillance
Le débat sur la centralisation, si vif du côté d’Ethereum avec Lido, prend une forme différente sur Solana, mais il existe bel et bien. Le point sensible n’est pas tant la part de marché d’un LST donné que la position quasi hégémonique de l’infrastructure de Jito. Quand un même moteur d’enchères de blocs traite plus de 90 % du stake actif, il devient un point de défaillance potentiel : un bug, une décision de gouvernance discutable ou une pression réglementaire sur cet acteur aurait des répercussions sur une grande partie du réseau.
Jito a répondu en partie à cette critique en faisant transiter une part des revenus de MEV vers sa DAO et en ouvrant sa gouvernance, mais la question de la diversité des clients et des opérateurs reste posée. C’est le même raisonnement qui vaut pour toute contrepartie en DeFi : la vraie question n’est pas seulement combien vous gagnez, mais qui, exactement, se trouve de l’autre côté de votre position, et ce qui se passe si cet acteur trébuche.
Pour l’investisseur, la parade est classique : diversifier les LST, privilégier ceux qui reposent sur un ensemble large de validateurs, et ne jamais concentrer tout son collatéral sur un seul jeton adossé à une seule infrastructure. La décentralisation n’est pas qu’un slogan : c’est une police d’assurance contre le jour où le maillon dominant se grippe.
Les ETF Solana : le staking intégré dès le premier jour
C’est la grande différence avec les ETF Bitcoin et Ethereum de la première vague : les ETF Solana au comptant sont nés avec le staking. La différence est majeure, car elle transforme un produit d’exposition au prix en un produit générateur de rendement. Cette bascule a été rendue possible par la clarification réglementaire américaine du 5 août 2025, quand la SEC a précisé que certaines activités de staking, y compris le staking liquide et les jetons de reçu, ne constituent pas en soi une opération sur titre, selon le communiqué officiel de la SEC.
| Fonds | Ticker | Frais | Approche staking | Note |
|---|---|---|---|---|
| Bitwise Solana Staking ETF | BSOL | 0,20 % | 100 % staké via Helius, cible plus de 7 % | Premier ETF spot avec staking (28 oct. 2025), encours ~635 M$ |
| REX-Osprey SOL + Staking | SSK | 0,75 % | Délégué à des validateurs tiers | Premier fonds US avec staking (2 juil. 2025), encours ~418 M$ |
| Grayscale Solana Trust | GSOL | 0,35 % | Reverse ~77 % des récompenses | Structure historique de Grayscale |
| Morgan Stanley (spot SOL) | – | 0,14 % | Reverse ~95 % des récompenses | Entrée à frais très bas |
| Canary Marinade Solana | SOLC | 0,50 % | Staking via Marinade Select | Routage vers un protocole DeFi |
Le BSOL de Bitwise résume la tendance. Il stake 100 % de ses avoirs via un validateur dédié opéré avec Helius, vise plus de 7 % de récompenses annuelles pour 0,20 % de frais, et gérait environ 635 millions de dollars (549 millions d’euros) fin juillet 2026, selon TipRanks. Son lancement fin octobre 2025 avait battu des records, avec un volume de 55,4 millions de dollars le premier jour. Eric Balchunas, analyste ETF chez Bloomberg, a souligné que le fonds avait attiré environ 417 millions de dollars sur sa première semaine, le plaçant parmi les vingt meilleurs ETF toutes classes d’actifs confondues sur cette période, rapporte BeInCrypto.
La demande institutionnelle ne faiblit pas. En août 2026, les ETF Solana enchaînaient une septième semaine consécutive d’entrées nettes, et ARK Invest a acheté des parts d’un ETF Solana avec staking le 17 août, note Yahoo Finance. Zach Pandl, responsable de la recherche chez Grayscale, se montre confiant sur la trajectoire : « Over a one- to two-year period, seeing at least 5% of the underlying [Solana] token held in these ETP structures would be my expectation » (soit plus de 5 milliards de dollars aux prix actuels), a-t-il déclaré à DL News. Pour mesurer ce que représentent de tels flux sur le prix d’un actif, on relira notre décryptage des flux d’ETF et de leur poids réel.
La concurrence entre émetteurs se joue désormais sur deux fronts : les frais et la part des récompenses reversée. Comme le montre le tableau ci-dessus, l’éventail va d’un fonds Morgan Stanley au comptant à seulement 0,14 % de frais, reversant l’essentiel des récompenses, jusqu’à des structures plus chères mais mieux intégrées. Pour l’investisseur, cette guerre des prix est une bonne nouvelle, mais elle déplace la vraie question : derrière chaque ETF se cache un choix d’infrastructure de staking (validateur maison chez Bitwise, délégation à des tiers chez REX-Osprey, routage vers Marinade chez Canary) qui détermine le rendement net et le profil de risque.
Alpenglow : la finalité à 150 ms change-t-elle la donne ?
Une mise à niveau majeure plane sur tout l’écosystème du staking Solana : Alpenglow. Il s’agit de la plus grosse refonte du consensus depuis le lancement du réseau en 2020. Alpenglow remplace les deux piliers historiques de Solana, la Proof of History et TowerBFT, par deux nouveaux composants, Votor (finalisation des blocs en un ou deux tours au lieu de dizaines) et Rotor (propagation des blocs via une couche de relais unique), détaille la documentation officielle de Solana.
L’effet attendu est spectaculaire : la finalité passerait d’environ 12,8 secondes à une fourchette de 100 à 150 millisecondes. La proposition a été approuvée par les validateurs dès septembre 2025 avec plus de 98 % de soutien, le réseau de test communautaire est actif depuis le 11 mai 2026, rapporte CoinDesk, et l’activation sur le réseau principal via la version Agave 4.3 est visée pour octobre 2026.
Quel rapport avec le staking liquide ? D’abord, une finalité quasi instantanée réduit le risque de réorganisation et renforce la confiance dans les valorisations d’oracle, précisément le maillon qui avait failli lors du depeg mSOL. Ensuite, elle rend le stake plus réactif. Anatoly Yakovenko, cofondateur de Solana, a résumé l’enjeu avec sa concision habituelle en affirmant que la finalité n’est « really only important at the cash register », autrement dit au moment du paiement, quand marchands et utilisateurs ont besoin de la certitude qu’une transaction ne sera pas annulée, a-t-il déclaré à CoinDesk. Pour les émetteurs de LST et d’ETF, une chaîne plus rapide et plus déterministe est un argument commercial de plus.
Solana contre Ethereum : deux philosophies du staking liquide
Récapitulons les différences structurelles dans un tableau, car elles conditionnent tout le reste : le rendement, les risques et la stratégie à adopter.
| Dimension | Solana | Ethereum |
|---|---|---|
| Part de l’offre stakée | ~68 % | ~35 % |
| Pénétration des LST | ~15 à 18 % du stake | ~30 % du stake |
| Problème résolu par le LST | Composabilité + MEV | Contourner les files d’attente + composabilité |
| Leader du segment | JitoSOL / jupSOL | stETH (Lido) |
| Source du rendement | Émission + frais + MEV | Émission + frais + pourboires |
| Rythme des époques | ~2 jours, plafond de désactivation 25 %/époque | Files d’entrée/sortie variables |
La conclusion pratique tient en une phrase : sur Ethereum, le LST est d’abord un outil de liquidité ; sur Solana, c’est un outil de composabilité et de capture de valeur. Confondre les deux, c’est mal évaluer les risques comme le rendement.
Cette divergence n’est pas qu’académique : elle dicte la stratégie. Un détenteur d’ETH cherche souvent dans le LST un moyen de rester liquide sans renoncer au rendement ; un détenteur de SOL, lui, stake déjà facilement en direct et n’ira vers un LST que s’il compte l’employer activement en DeFi ou capter du MEV. Sur Solana, détenir un LST sans l’utiliser revient donc à payer une petite prime de risque (contrat, depeg, concentration) pour un gain de liquidité dont on n’a pas forcément besoin. La question à se poser avant de convertir son SOL n’est pas seulement combien cela rapporte, mais à quoi le jeton liquide va réellement servir.
Réglementation : MiCA, AMF et le fossé d’accès UE / US
Pour le lecteur francophone, la question centrale n’est pas seulement technique mais réglementaire, et elle débouche sur un paradoxe frustrant. Aux États-Unis, la clarification de la SEC a ouvert la voie à une dizaine d’ETF Solana avec staking, accessibles au grand public via un simple compte-titres. Dans l’Union européenne, ces produits ne sont pas commercialisables auprès des particuliers ; l’accès au staking Solana enveloppé passe plutôt par des ETP cotés en Suisse, comme le CoinShares Physical Staked Solana, ou par le staking en direct.
Côté européen, le cadre est celui de MiCA. La période transitoire pour les prestataires français (l’ancien régime PSAN) a pris fin le 1er juillet 2026 ; depuis, l’agrément CASP est obligatoire, et l’AMF a rappelé dès le 5 février 2026 que les acteurs non conformes doivent organiser une sortie ordonnée, comme le détaille l’AMF. Un point technique compte pour le staking liquide : MiCA ne crée pas de catégorie de service dédiée au staking. Le staking custodial proposé par une plateforme relève des services de conservation et d’administration d’un CASP ; un LST décentralisé, lui, tombe dans une zone grise de la DeFi, où la responsabilité est plus difficile à rattacher à un prestataire identifié.
Attention enfin à ne pas mélanger les régimes : les produits dérivés crypto (futures, perpétuels) sur SOL relèvent de MiFID II et du superviseur des marchés, pas de MiCA, qui ne couvre que les actifs au comptant et les prestataires. Cet écart d’accès entre juridictions est, pour l’instant, le principal frein à la démocratisation du staking Solana enveloppé en Europe, et il pousse une partie des particuliers vers le staking en direct, plus autonome mais aussi plus exigeant.
Comment choisir son LST Solana
Pour l’investisseur qui veut du SOL productif tout en gardant de la liquidité, quelques critères tranchent entre les options :
- La source du rendement : un LST qui capte le MEV et des frais réels (type JitoSOL) résiste mieux à la disinflation qu’un simple relais de l’émission.
- La décentralisation des validateurs : privilégier un jeton adossé à un ensemble large de validateurs plutôt qu’à un seul, pour limiter le point de défaillance unique.
- La liquidité de sortie : la profondeur des pools de swap conditionne votre capacité à sortir sans décrochage, la leçon même du depeg mSOL.
- La convertibilité et les frais : vérifier les délais et coûts de rachat en SOL, ainsi que la commission prélevée par le protocole.
- L’intégration DeFi : un LST accepté en collatéral sur les grands protocoles de prêt a plus d’utilité, mais expose aussi au risque d’oracle et de liquidation.
- Le profil custodial ou non : un bnSOL d’exchange n’a pas le même profil de risque de contrepartie qu’un LST on-chain ou qu’un staking natif.
La règle d’or reste la même que partout en DeFi : comprendre exactement d’où vient le rendement et qui se trouve de l’autre côté. Un rendement affiché à deux chiffres qui repose surtout sur de l’émission n’est pas un cadeau, c’est une dilution déguisée ; un rendement plus modeste adossé à du MEV et à des frais réels est souvent plus solide qu’il n’en a l’air. Sur une chaîne aussi rapide que Solana, la prochaine étape se jouera moins sur les promesses de rendement que sur la robustesse de l’infrastructure qui les produit.
Foire aux questions
Quel est le meilleur jeton de staking liquide sur Solana ?
Il n’y a pas de réponse unique. JitoSOL reste la référence pour la capture du MEV et la liquidité, jupSOL et les LST Sanctum ont capté l’essentiel des flux récents, et le staking natif de Marinade séduit les institutions. Le bon choix dépend de votre priorité : rendement adossé au MEV, décentralisation des validateurs, ou intégration DeFi.
Quel rendement attendre du staking liquide sur Solana ?
Le rendement natif tourne autour de 5,3 % par an (fourchette d’environ 5,2 à 5,7 %), auquel un LST orienté MEV comme JitoSOL peut ajouter 50 à 150 points de base. Attention : une partie de ce rendement provient de l’émission de nouveaux jetons, qui décroît d’environ 15 % par an, et non uniquement de revenus réels.
Le staking liquide sur Solana est-il risqué ?
Oui, comme toute stratégie DeFi. Les principaux risques sont le décrochage de prix par manque de liquidité (comme le depeg mSOL de décembre 2023), le risque de contrat, le risque d’oracle sur les protocoles de prêt, et la concentration de l’infrastructure autour de Jito. Diversifier ses LST et surveiller la liquidité de sortie réduit l’exposition.
Un particulier en France peut-il acheter un ETF Solana avec staking ?
Pas les ETF américains, qui ne sont pas commercialisables auprès du grand public européen. Les investisseurs de l’UE passent plutôt par des ETP cotés en Suisse, comme le CoinShares Physical Staked Solana, ou par le staking en direct via un prestataire agréé CASP sous le régime MiCA supervisé par l’AMF.
Quelle différence entre staking liquide et restaking sur Solana ?
Le staking liquide vous rend un jeton liquide adossé à du SOL staké. Le restaking réutilise ce dépôt pour sécuriser d’autres services et ajoute un étage de rendement et de risque. Sur Solana, le restaking reste embryonnaire, tandis que le staking liquide est déjà un pilier de la DeFi locale.
Par Yuki Tanaka, rédacteur senior chez HOGE Wire ; il couvre la DeFi, le staking et l’infrastructure on-chain.